375,8 – République

– « Avant de désigner un certain type de régime politique, le terme était utilisé couramment comme synonyme de société ou d’Etat. » (Frédéric Rouvillois). Littéralement : la chose du peuple (res publica); de quoi faire bien rire aujourd’hui.

– Régime se présentant comme disposant de valeurs, remarquables et méconnues semble-t-il puisqu’on en parle sans cesse. En plus de celles-ci, innombrables sont les choses qui méritent l’adjectif de républicain : contrat, ordre, vigilance, pacte, front, désistement, mesure, discours, position, personnalité, parti… presque autant que celles qu’on nomme citoyennes. « Etrange invocation de la république dans des contextes divers qui généralement ne la justifient nullement. Suivant Mona Ozouf la république serait une idéologie de substitution. » (Claude Fouquet) –  A la chute du communisme notamment.

– Notre République, divisée en autant d’individus se détestant (eux-mêmes pleins de contradictions), pratiquant la lutte de tous contre tous,  oserait-elle encore se prétendre Une et Indivisible ?

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« Que la République était belle sous l’Empire. » (Alphonse Aulard)

« La raison d’être des ‘fronts républicains’ n’est pas de défendre la République … mais de maintenir la forme du pouvoir en place. » (Matthieu Baumier) – C’est Lionel Jospin parlant de ’théâtre’ à propos de la soi-disant lutte antifasciste.

« Républiques : Il y a autant d’espèces de républiques qu’il y a de degrés entre le despotisme d’où elles viennent et l’anarchie où elles conduisent. » (Ambrose Bierce – Le dictionnaire du diable)

« Il n’y a eu que deux républiques, la république romaine et la république française, qui aient pu aspirer à la monarchie universelle ; et il n’y a que des républiques qui puissent en réaliser le projet, parce que la monarchie universelle n’est que le despotisme universel, que le despotisme universel suppose une conquête universelle, et que les républiques sont essentiellement conquérantes. » (Louis-Ambroise de Bonald)

« Dans la république, la société n’est plus un corps général, mais une réunion d’individus … Tout s’y individualisme, tout s’y rétrécit et s’y concentre dans la vie présente ; le présent est tout pour elles ; elles n’ont pas d’avenir. » (Louis-Ambroise de Bonald) – Elles le démontrent par leur incapacité à prévoir, agir à temps et empêcher (guerres de 14, 39, de décolonisation, crises industrielles, de l’euro…)

« Quand une République ne cesse d’encenser ses ‘valeurs’ sans être capable de faire respecter le bien commun, mérite-t-elle encore ce titre ? Peut-être vaudrait-il mieux, comme le suggère Jean-François Paoli, qu’elle se prévale de ses ‘vertus’ et tente d’en mettre quelques-unes en pratique. » (Françoise Bonardel) – C’est beaucoup demander.

«  La République en anéantissant l’école de la  République est devenue une oligarchie figée. »  (Jean-Paul Brighelli – sur l’éducation nationale) 

« On n’a toujours vu dans la  république de certaines charges qui semblent n’avoir été imaginées la première fois que pour enrichir un seul aux dépens de plusieurs ; les fonds et l’argent des particuliers y coule sans fin et sans interruption. » (La Bruyère) – Prévoyait-t-il nos centaines de comités, conseils, autorités, commissions, postes et charges qui ne servent qu’à caser les copains et les relations de leurs relations ? 

« La liberté … état d’absence … épuisante par la corvée d’être soi … les citoyens n’aspirent plus qu’à s’humilier et à se démettre, qu’à satisfaire leur nostalgie de la servitude. Rien de plus affligeant que l’exténuation et la déconfiture d’une république. » (Emil Cioran)

« La république subsistera en France, parce qu’elle est la forme nécessaire du gouvernement, chez les peuples ingouvernables. » (Donoso Cortès)

« La démocratie c’est ce qui reste de la république quand on a éteint les lumières. » (Régis Debray) – « Perversion de la république comme l’avaient pressenti Montesquieu, Tocqueville et d’autres. » (Jean-Paul Brighelli)

« Système idéal qui confère à la moitié plus un de la population une tyrannie qu’elle exerce sur l’autre moitié moins un. » (Georges Elgozy)

« Républicains. – Les républicains ne sont pas tous voleurs, mais les voleurs sont tous républicains. » (Flaubert – Dictionnaire des idées reçues)

« La république s’éteint, personne n’y croit plus que ceux qui en vivent. Il est vrai qu’ils sont nombreux ; çà la prolongera. » (Anatole France) – Cela la prolongera même fort longtemps, semble-t-il.

« Lorsqu’un mauvais coup se mijote, il y  a toujours une République à sauver. » (Jean Gabin –film Le président – dialogue de ?)

« La république est-elle au-dessus du suffrage universel ? » (question d’Emile de Girardin) – « La réponse est bien sûr affirmative … Le suffrage universel, donc le peuple souverain, n’a pas le droit de tout faire … Méfiance persistante à l’égard d’un peuple jugé insuffisamment adulte pour décider de son destin, et de la forme de gouvernement qui lui convient. » (Frédéric Rouvillois) 

« Selon Tocqueville, les républiques bourgeoises, à la différence des monarchies, ne violentent pas le corps mais s’attaquent directement à l’âme. » (Max Horkheimer et Theodor Adorno)

« Michelet appelait la république ‘une grand amitié’, la République n’est plus qu’une grande camaraderie. » (Robert de Jouvenel)

« ‘J’appelle République, disait J. J. Rousseau, tout Etat, régi par des lois, sous quelque forme d’administration que ce puisse être, car alors seulement l’intérêt public gouverne et la chose publique est quelque chose’. A ce compte, rien ne ressemble moins à la république que le régime sous lequel nous vivons. » (Robert de Jouvenel) – Et pourtant, il y a plus d’un siècle, le mot moralité publique gardait un sens.

« Tout le monde veut bien de la république ; personne ne veut de la pauvreté ni de la vertu. » (Saint-Just)

« Ce qui constitue une république, c’est la destruction totale de ce qui lui est opposé. » (Saint-Just) – Charmant programme. Heureux Irakiens libérés, démocratisés.

« Dans une monarchie, si constitutionnelle soit-elle, il y  a toujours quelques questions qui ne regardent pas le particulier. Dans une  république, chacun décide à propos de tout … Dans une république chacun est en principe souverain et chacun peut devenir le premier ; c’est ainsi que personne n’est porté à garder la mesure : l’ambition, le désir de gouverner, la volonté de puissance dépassent toutes les limites. » (Hermann von Keyserling) – D’où le vacarme et la cacophonie et l’envie et le ressentiment…

« La république démocratique est la meilleure forme politique du capitalisme ; aussi bien le capital, après s’en être emparé, assoit son pouvoir si solidement, si sûrement, que celui-ci ne peut être ébranlé par aucun changement de personnes, d’institutions ou de partis dans la république démocratique bourgeoise. » (Lénine)

« La monarchie sera partout tant que les hommes les plus opposés à cette forme politique n’auront pas d’autre idéal que d’être eux-mêmes en petit des monarques. » (Pierre Leroux – un des premiers vrais socialistes, celui même qui créa le terme socialisme – cité par Jean-Claude Michéa)

« La  république a de la chance, elle peut tirer sur le peuple. » (Louis-Philippe) – Et, de fait, du consulat à février 34 et après, en passant par Adolphe Thiers, elle ne s’en est jamais privée.

« La sévérité‚ est utile à une république, parce qu’elle la ramène aux principes de son institution et à son antique vertu. » (Machiavel) – Rigolade générale quand on voit nos républiques, leur sévérité et leur vertu !

« Les principes de destruction dans une république viennent plus souvent du dedans que du dehors. » (Machiavel)

« Les républiques qui, dans les dangers imminents, n’ont pas recours ou à un dictateur ou à toute autre institution semblable, doivent y périr infailliblement. » (Machiavel)

« En France, tout est républicain, les impôts, les sentiments, les banquets, les coups de gueule … Républicain, c’est chic, alors que démocratique fait un peu ‘cheap’ … Républicain, démocratique +++. Tout ce qui est politiquement positif est républicain : l’élitisme, l’école, mais aussi la police, l’ordre … Chaque discours politique doit comporter son quota de boniments républicains, bien sirupeux de préférence. » (Corinne Maier)

« Quel appareil immense ! Quelle multiplicité de ressorts et de rouages ! Quel fracas de pièces qui se heurtent ! Quelle énorme quantité d’hommes employés à réparer les dommages ! » (Joseph de Maistre)

« La république, par sa nature, est le gouvernement qui donne le plus de droits au plus petit nombre d’hommes, et qui en ôte le plus à tous les autres. » (Joseph de Maistre)

« L’autonomie collective – la République – en se dressant contre l’hétéronomie collective – la religion – a fini par produire le triomphe de l’autonomie individuelle, de la pure démocratie qui a finalement absorbé la République aussi bien que la religion. » (Pierre Manent) – Et entraîné la déprime collective que nous connaissons bien.

« Toutes les grandes républiques on été des patriciats avoués : Rome, Venise, Carthage. Celles qui désavouent ces principes de la nature ne tardent pas à se désavouer elles-mêmes par la pratique d’un népotisme effréné comme le fait notre république des camarades qui est d’abord une république de ‘fils à papa’, de gendres et de neveux, de beaux-frères et de cousins. » (Charles Maurras) – Encore, du temps de l’auteur, les maîtresses étaient-elles  tenues un peu au loin et ne bénéficiaient pas directement du luxe du pouvoir.

« La République n’a pas besoin de savants » (maxime de la Terreur qui fit mourir Lavoisier, Condorcet, André Chénier et bien d’autres). Bravo la Révolution. Et il semble bien que cette stupidité reste dans les têtes de nos énarques aussi bornés que prétentieux.

« Après la catastrophe de Vichy, la forme républicaine de gouvernement est désormais naturalisée. Qu’ils s’y reconnaissent ou pas, les Français tiennent qu’elle n’a pas d’alternative effective … La République n’a plus besoin qu’on l’accepte à la suite d’un raisonnement ; elle est devenue prémisse indiscutable, horizon indépassable. Jadis il fallait réfléchir pour se conclure républicain, désormais on est républicain sans réfléchir. Plus même, il vaut mieux ne pas réfléchir pour être vraiment républicain … On ne mesure pas en effet combien dans sa phase initiale, de 1875 à 1914, ce régime a paru invraisemblable. Jusque là, les notables restaient divisés, partagés entre légitimistes, orléanistes et bonapartistes » (Jean-Claude Milner) – En ce sens là, la guerre de 1914 a été bénéfique pour la consolidation de la république, ne serait-ce que par l’écrémage des élites !

« Sous la république il faudrait que les gouvernants soient des dieux et les gouvernés des anges. » (Napoléon Bonaparte)

« Une république tyrannique est le pire des gouvernements, car il est plus facile de s’affranchir du joug d’un seul que de celui de plusieurs. » (Napoléon III)

« Pour la gauche c’est aux  Français de s’adapter à la République, pour la droite c’est à la République de s’adapter aux Français. Dans le premier cas la République est une tutelle voire un carcan, dans le second c’est un référent. » (Paul-François Paoli) – La différence est de taille, surtout quant à la liberté.

« Le mot de’ républicain’ est devenu l’alibi ou le cache-sexe vertueux d’un mot que l’on n’ose plus prononcer franchement, celui de français. Pour ne pas dire français, on dit républicain, comme si les deux mots s’équivalaient … Être français, vous n’y pensez pas. Républicain à la rigueur, pour vous justifier de l’être, voire pour vous en excuser. » (Paul-François Paoli)

« Les ‘valeurs de la République’ ; la République était un mot fait pour accueillir … incarnation de la fraternité. Elle est devenue un mot fait pour condamner. Naguère, République voulait dire ouverture … aujourd’hui le mot n’est destiné qu’à enfermer. On ne l’entend plus que pour punir l’adversaire … pour lui clore le bec. » (Xavier Patier)

« La mystique Républicaine c’est quand on mourait pour la république ; la politique républicaine, c’est maintenant qu’on en vit. » (Charles Péguy) – Et plutôt bien, si on regarde les privilèges, avantages, retraites et autres de nos bien-aimés dirigeants.

« On a beau dire, quand on est à cheval, on se sent un peu moins républicain. » (Jacques Perret)

« ‘La démocratie, c’est ce qui reste de la République quand on a éteint les Lumières’ (Régis  Debray) … Le gouvernement républicain définit l’homme comme un animal raisonnable, né pour bien juger et délibérer avec ses congénères … Le gouvernement démocratique tient que l’homme est un animal par essence productif, né pour fabriquer et échanger … La démocratie libérale régit les rapports entre individus par le droit et le marché, dans une neutralité de valeurs … La République ne saurait exister sans les valeurs qui lui donnent sens. » (Natacha Polony)

« La représentation est devenue un métier exercé par une classe de politiciens professionnels qui, pour l’essentiel, s’autoreproduit et fait valider cette autoreproduction par la forme spécifique du peuple qu’il produit, à savoir le corps électoral. Celui-ci reconfirme le pouvoir de cette classe en choisissant entre les factions. » (Jacques Rancière)

« La fatalité de la république est à la fois de provoquer l’anarchie et de la réprimer très durement. » (Ernest Renan) – C’est arrivé (1871). Ce n’est pas une règle.

« L’affaiblissement de la transcendance républicaine sous l’effet de l’extension de l’idée et des valeurs démocratiques … La démocratie providentielle se donne pour légitimité d’assurer l’égalité réelle des individus-citoyens. Elle privilégie tout ce qui est ‘réel’, l’économique, l’historique, l’ethnique, la recherche du bien-être, aux dépens de la transcendance civique … Elle tend à refuser toutes les limites … Ce poids accru du ‘réel’ a pour effet d’épuiser les deux types de transcendance collective, religieuse et politique … Les conditions décentes d’existence assurées par l’Etat-providence ne donnent pas par elles-mêmes un sens à l’existence des individus» (Dominique Schnapper) – Que reste-t-il d’une transcendance déjà faiblarde et molle dans le contexte de l’Etat-providence, c’est-à-dire réduit au rôle de simple fournisseur d’allocations ?

 « Le rituel de la République reste indigent parce qu’il ne se réfère qu’à lui-même et qu’il n’assure aucune forme de médiation avec une forme de transcendance. » (Dominique Schnapper) – Evidemment puisque la République contemporaine refuse tout ce qui la dépasse, soit tout ce qui s’élève et élève et qu’aucun rituel, sauf à être grotesque, ne peut se contenter de rester au ras du sol.

« Tandis que la paix et la confiance assurent la gloire et la sécurité de la monarchie, une république a besoin de craindre quelqu’un … En tant que telle, la monarchie veille déjà à la cohésion d’éventuels éléments antagonistes, elle a souci de leur maintien ensemble ; mais quand ceux-ci n’ont personne au-dessus d’eux pour leur imposer l’unité, quand ils ont une relative souveraineté, ils auront facilement tendance à se séparer si un danger partagé par tous  ne les force à rester ensemble … un danger qui doit rester une menace constante et non se traduire par un combat mené une fois pour toutes. » (Georg Simmel – reprenant des remarques de Montesquieu) – Ce pourquoi une république ne peut pas se passer d’ennemi extérieur ou intérieur.

« La mention de la République recueille à présent une approbation sans nuances. Le terme ‘républicain’ sert de ‘superlatif emphatique’, d’euphémisme généralisé, pour désigner ce qui est tenu pour bien en politique. L’usage indifférencié d’un terme dispense souvent de s’interroger sur ce qu’il signifie. » (Monique Canto-Sperber)

 « Elle est ordinairement pensée comme un mouvement, le mouvement, une sorte de création continue, de telle sorte que le seul arrêt de ce mouvement est perçu comme réaction … Un conservateur est encore réactionnaire lorsqu’il conserve la république telle qu’elle est. » (Albert Thibaudet – non littéral) – Explication du terme réaction. Dans une perspective progressiste, tout ce qui n’avance pas, est réactionnaire.

« Les républiques démocratiques mettent l’esprit de cour à la portée du grand nombre et le font pénétrer dans toutes les classes à la fois. » (Alexis de Tocqueville)

« Qui a sabordé la République ? Qui l’a vendue à Bruxelles ? » (Philippe de Villiers – Bruxelles n’étant que la sous-préfecture de Washington, chargée de veiller sur place aux intérêts américains)

« Le titre de ‘républicain’ fut jadis une marque d’indépendance d’esprit, de rébellion contre l’ordre millénaire des élites aristocratiques ; il est devenu bien souvent un signe de soumission au conformisme politiquement correct, à l’ordre imposé par les élites médiatiques. » (Eric Zemmour) – Seule formulation choquante, l’association des mots ‘élites’ et ‘médiatiques’.

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