570,1 – Politesse

– Ensemble de formalismes destinés à préserver autrui d’attitudes et de contacts déplaisants. C’était avant le règne du : Moi, Je. Avant l’ignoble injonction d‘être soi-même (souvent un porc en liberté)

– Avant l’obligation du « parler bébé, triple ou quadruple baisers sur les joues et les souhaits de ‘bon ceci’, ‘bon cela’, progressivement adaptés à de plus en plus petits laps de temps,’ bon début de week-end’, ‘bonne fin de soirée’ … Fausse intimité, dans un monde de plus en plus anonyme. Fausse chaleur, à mesure que les rapports sociaux deviennent plus froids. » (Dominique Noguez)

– Il y a eu « substitution du rapport réciproque au rapport unilatéral » (Gabriel Tarde). Jadis déférence gestuelle unilatérale de l’inférieur envers le supérieur (se courber, se prosterner, s’incliner, se découvrir…). Il en restait des traces, avant que la muflerie n’emporte tout, dans la poignée de mains que ne doit pas initier l’inférieur (entendre souvent le nettement plus jeune).

– Sait-on que le vouvoiement existe encore, qu’il implique la distance bienvenue et le respect réciproque et que ce n’est pas à un blanc-bec ou à quelqu’un se situant à un niveau moindre quelle qu’en soit la raison) à prendre l’initiative du tutoiement, ni à utiliser le prénom. La bise (« un des protocoles les plus incongrus de nos échanges de civilité. » – quatre fois, trois ou deux fois) est-elle devenue une obligation civique ? « La tyrannie de l’intimité. » (Régis Debray) – – Qui osera dire « On pourrait peut-être continuer à se   vouvoyer ? » (Philippe Delerm)   – Cette coutume est cependant aussi bienvenue en famille que déplacée entre étrangers.

 – « A l’origine le tutoiement doit traduire une intimité confiante, mais si les gens qui se tutoient ne sont pas intimes, il rend subitement une signification opposée, il est ‘expression de la grossièreté, un monde où le tutoiement est d’usage commun n’est pas un monde d’amitié mais un monde d’irrespect général » (Milan Kundera)

– Monopoliser la parole, soit ne pas laisser le moindre intervalle de temps pour permettre à autrui de tenter de s’exprimer, en empêchant l’autre de s’insérer dans le flot ininterrompu d’une conversation,  soit interrompre tout échange un peu suivi par des remarques circonstancielles sur le plat qu’on déguste ou les derniers potins contés par la cousine, soit encore pénétrer quelque part (‘c’est moi qui débarque’) en s’exclamant et ainsi fracasser sans aucune gêne la conversation présente. Petites mufleries trop courantes, souvent féminines.

– Parmi les innombrables mufleries actuelles : obliger quelqu’un à lever les yeux du journal qu’il lit pour vous serrer la main ; s’insérer, s’imposer dans une conversation apparemment sérieuse entre d’autres personnes ; si encore c’était pour y participer ! Non c’est habituellement pour la fracasser : Il y a longtemps que je ne t’ai vu(e) ! Deux jours, bisous, sais-tu ce qui m’arrive ? Et c’est parti… Quant à la grossièreté induite par l’obligation où l’on vous met d’accepter ou de refuser l’extrême vulgarité de la bise, la dictature obscène des téléphones portables !  

– Autres mufleries quasi quotidiennement rencontrées : – Manifester clairement son total désintérêt pour l’autre en ne parlant que de soi – Dès que la main semble échapper, la reprendre par la classique anecdote personnelle introduite par l’aussi classique : ‘Ainsi, moi je…’ – Se répandre interminablement en réponse à une question qu’on n’a posée bien évidemment que par pure courtoisie – Déballer et infliger à autrui ses photos, de vacances, de maison, de mariage, de famille… et pire en les commentant. 

– Détail, mais en cohabitation ne commettez pas l’imprudence fatale de laisser libre l’espace qui vous est alloué (tiroirs, placards…). Tu ne l’utilisais pas, alors… Terminé, vous êtes éjecté, sauf déclaration de guerre.

– Nos contemporaines rigoleraient (sans essayer de comprendre) de la coutume qui voulait, qu’exceptionnellement, en pénétrant dans un lieu public (restaurant, café, assemblée…), un homme précède toujours une femme l’accompagnant.

– Un vieil homme n’a pas pu ne pas remarquer que les fois où quelqu’un cède sa place dans un autobus ou un métro, il s’agit très souvent d’un jeune issu de l’immigration.

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« La politesse est une précaution contre les signes dans l’usage des signes. » (Alain)

« La première règle serait de ne jamais parler aux autres de ses propres malheurs, présents ou passés. » (Alain – impolitesse)

 « La politesse s’apprend comme la danse … c’est peu de choses de connaître les règles de la politesse ; et, même si on s’y conforme, on ne se trouve encore qu’au seuil … Il faut que les mouvements soient précis,  souples sans raideur ni tremblement … Qu’est-ce qu’une politesse qui inquiète ? … L‘homme poli est celui qui sent la gêne avant que le mal soit sans remède, et qui change de route élégamment. » (Alain)

« La première règle serait de ne jamais parler aux autres de ses propres malheurs, présents ou passés. On devrait tenir pour une impolitesse de décrire aux autres un mal de tête … une injustice … Les plaintes sur soi ne peuvent qu’attrister les autres, c’est-à-dire en fin de compte leur déplaire, même s’ils cherchent de telles confidences, s’ils semblent se plaire à consoler. » (Alain) – Ne pas encourager exhibitionnisme et  voyeurisme !

« Si vous arrivez en retard dans une assemblée, dites donc que vous n’êtes pas le premier venu. » (Alphonse Allais)

 « La politesse, science, art ou vertu ? » (Henri Bergson) – Sans doute les trois.

« Il n’y a rien de plus grand que de laisser passer quelqu’un devant soi. » (William Blake – cité par Christian Bobin) – Et cela va bien au-delà de la politesse entre deux portes

« Respecter les convenances, dit-on. – Le voulut-il, un riche ne blessera jamais les Convenances. Cela lui est aussi impossible que d’entrer dans le Royaume des Cieux… » (Léon Bloy – Exégèse des lieux communs – 1, XCIV)

« Un homme cérémonieux dégoûte même de la politesse. » (François Defay-Boutherque)

« ‘çà va ?’, Formalité lapidaire, standardisée qui constitue le lien social minimal dans une société de masse … Parfois moins de routine que d’intimidation : on veut contraindre la personne rencontrée à se situer, on veut la pétrifier, la soumettre d’un mot à un examen approfondi. Où en es-tu ? Que deviens-tu ? Discrète sommation … Car il y a intérêt à ce que çà aille même si l’on ne sait pas où çà va. » (Pascal Bruckner) – Suffit de voir la tête et la gêne des gens auxquels on rétorque paisiblement : Non.

« La politesse est une certaine attention à faire que par nos paroles et par nos manières les autres soient contents de nous et d’eux-mêmes. » (La Bruyère)

« En vertu du tout puissant ‘être soi-même’, l’aune de l’attitude n’est plus en l’autre et dans la nature de la relation souhaitée avec lui, mais en le ‘moi’ » (Renaud Camus)

 « Renoncer à ce que l’on est, ce peut être discrétion, délicatesse, modestie, courtoisie, politesse, usage du monde … c’est consentir au jeu social : par dédain, peu-être, par civisme éventuellement, au mieux par souci d’exercice spirituel … Le paraître n’est qu’une défroque mais qui a l’immense mérite d’assurer un peu de compréhension et de paix … ‘moins être de chacun’ au profit du ‘plus être de tous’ » (Renaud Camus)

« La courtoisie ne peut plus avoir cours dans un monde que la littérature cesse d’enseigner ; les relations sociales y obéissent à d’autres codes, presque aussi complexes … mais qui ne sont pas perçus par leurs usagers comme des codes : la sincérité, l’authenticité, le naturel, le ‘sympa’. L’homme qui lit des livres ne peut que s’y sentir étranger. » (Renaud Camus)

« Ce don singulier chez lui, qui est l’attention à autrui avant tout autre souci. Des mots, des formules peut-être. Ces formules exigent de la mémoire et de la présence d’esprit ; avant tout, cette notion si rare à quoi l’on reconnaît le civilisé : un idée du prochain qui ne soit pas tout à fait abstraite. » (Jacques Chardonne)

« Napoléon : ‘Madame de Coigny, vous aimez toujours autant les hommes ?’ – ‘Oui, sire, surtout quand ils sont bien élevés.’ » (Aimée de Coigny)

« En haut comme en bas de l’échelle, la décontraction dérive en désinvolture ; l’élaboré passe pour alambiqué, le digne, pour hautain, le poli, pour maniéré. » (Régis Debray)

« A quoi sert la politesse : à garder des rapports supportables avec les gens qu’on n’aime pas, qui ne vous aiment pas, qui vous ennuient, qui vous nuisent, qui ne vous veulent en tout cas aucun bien. » (Luc Dellisse)

« La politesse ; elle consiste surtout à satisfaire la vanité du voisin. » (Auguste Detoeuf)

« S’habiller est une forme de politesse. » (Francis Dorléans) -Totalement ignorée de nos jours.

« Nous savons que l’Autre est pour moi un danger mortel. Les ‘primitifs’, qui codifiaient les relations, le savaient sans détour métaphysique. Et ils établissaient les rituels … pour que le danger disparaisse ou … devienne tolérable. La mise en question de la politesse par les vertueuses indignations de nos jeunes chiens est une simple sottise fondée sur l’ignorance. » (Jacques Ellul)

« La politesse a été oubliée … Elle fait partie de ces valeurs essentielles qu’il ne faut plus prononcer. Comme la morale, elle a été victime d’un véritable terrorisme verbal. » (Alain Etchegoyen)

« Être poli ce n’est pas faire valoir ses titres ou ses créances, c’est se reconnaître obligé.  Ce n’est pas s’affirmer, c’est s’amoindrir. Ce n’est pas se poser, c’est s’incliner. Ce n’est pas se vouloir souverain … mais ‘se dépouiller de la royauté imaginaire du monde’, ne fût-ce que le temps d’une lecture ou la seconde d’un franchissement de porte. » (Alain Finkielkraut – citant Simone Weil) « Si l’homme des droits de l’homme occupe seul le terrain, c’en est fini des bonnes manières. » – Droits de l’homme, multiplication des incivilités, pour le moins !

«Les égards sont ringards. La décontraction est universellement et continuellement de rigueur. Il n’y a aucune dérogation à l’impératif d’avachissement. Et le respect qui consistait à mettre les formes se flatte maintenant de les abolir. Nulle formule de politesse … Le mot ‘prof’ manifeste, si l’on peut dire, l’effacement de la hauteur. Le prestige se dissipe, la transcendance s’aplanit… » (Alain Finkielkraut) – Pour les hommes, une horde, tous sans cravate et tous barbus … pas des imitateurs, même pas des laquais, des moutons.

« L’exercice de la politesse nécessite un rapport de supérieur à inférieur (termes discutables), de donneur à receveur, d’enseignant à enseigné. Cette distance est celle qui permet la reconnaissance (celle d’autrui et de soi-même) … La politesse est agréable à celui qui en bénéficie, mais d’abord à celui qui la possède. » (Inès de Franclieu)

« Notre monde … a conservé et même multiplié les rites de bonne réciprocité qui existaient déjà dans le monde archaïque destinés à empêcher la tendance des rapports pacifiques à glisser dans la violence. Plus que jamais nous nous répandons en salutations, protestations d’amitié, visites, festivals, cadeaux … On observe même de nos jours … une tendance spontanée à allonger les vieilles formules de politesse, dans un effort … pour renforcer leur efficacité … de ‘bonsoir’ à ‘bonne soirée, bonne journée’… » (René Girard)

« Ce n’est pas du sentiment que le monde veut ; c’est de la politesse. » (Goethe)

« Ne pas s’occuper des autres c’est toute la distinction ; s’en occuper, c’est toute la politesse. » (Edmond et Jules de Goncourt)

« La politesse est une certaine urbanité modeste et affable qui part d’un fonds d’estime pour tout le monde, qui s’accomode à chaque particulier selon son rang, qui se prête aux usages permis des honnêtes gens … qui rend aimables et l’homme de bien et la vertu. » (Baltasar Gracian)

« La politesse, c’est comme un polissoir. Comme s’il s’agissait de désarmer par avance quelque méfiance universelle, on pourrait la définir comme l’ensemble des moyens par lesquels on rassure quiconque ne nous connaît pas. » (Nicolas Grimaldi)

« La politesse n’est pas la sincérité. Toute sa fonction est même de la farder. Car elle ne tend qu’à rendre supportables entre eux des gens que leur sincérité rendrait insupportables. » (Nicolas Grimaldi)

« Art de ‘polir’ les rapports humains, d’éviter les rugosités de tempérament, les frottements d’individus destinés à vivre en société, il est considéré du même mouvement comme un ferment d’hypocrisie qui s’oppose à la véritable charité chez les chrétiens ou à la sincérité pour les autres. » (Jacques de Guillebon) – Sur l’ambivalence que porte en elle la politesse.

« Rien n’est plus réfrigérant que de dire ‘vous’ à quelqu’un qui vous tutoie. » (Sacha Guitry) 

« Le ‘Tu’, symbole des intimités faciles, translucides et sans lendemain, place les amis sur le même plan ; ils se supposent mutuellement simples, quoiqu’ils se sentent l’un à l’autre étrangers ; ils se voient nus mais ne se connaissent pas. Le ‘Vous’, au contraire, respecte l’énigme, c’est-à-dire l’infini dont tout être est porteur. » (Vladimir Jankélévitch)

« La politesse est l’art de s’ennuyer sans ennui, ou de supporter l’ennui sans s’ennuyer. » (Joseph Joubert)

« La politesse enveloppe les aspérités de notre caractère et empêche que les autres en soient blessés. » (Joseph Joubert)

« ‘Il faut porter son velours en dedans’, c’est-à-dire montrer son amabilité de préférence à ceux avec lesquels on vit, chez soi. » (Joseph Joubert)

« Méfiez-vous de ceux qui font étalage de leur politesse. » (Marcel Jouhandeau)

« L’influence de la norme objectivement la meilleure, pour aussi extérieure même que soit cette observance, influence à la longue l’homme intérieur. » (Hermann von Keyserling)

« L’œil d’un seul remplacé par les yeux de tous. L’œil de Dieu remplacé par l’appareil photo … Jadis, quand on voulait photographier quelqu’un, on lui demandait toujours la permission, même aux enfants … Et puis, un jour personne n’a plus rien demandé. Le droit de la caméra a été élevé au-dessus de tous les droits. » (Milan Kundera)  –  Pour l’auteur, début de la muflerie

« A l’origine le tutoiement doit traduire une intimité confiante, mais si les gens qui se tutoient ne sont pas intimes, il rend subitement une signification opposée, il est l’expression de la grossièreté, un monde où le tutoiement est d’usage commun n’est pas u un monde d’amitié mais un monde d’irrespect général » (Milan Kundera) – « Les seules ‘salles de rédaction’ où règne une solidarité et une confraternité véritables sont celles, exceptions rarissimes, où l’affreux tutoiement est banni. » (Robert Poulet – il y a déjà près de cinquante ans) – Si, lorsqu’il est déplacé, le tutoiement n’implique pas la fausseté. Il est assuré que le vouvoiement implique le respect et présume plus de la droiture. Il n’est donc pas surprenant que notre époque de larves impose le tutoiement, avec « à la radio-télévision notamment, l’usage du prénom comme à la maternelle. » (Régis Debray)

« Une personne polie ne trouve jamais le temps de parler de soi. » (marquise de Lambert)

« A une époque qui ne cesse de faire l’éloge du naturel, de la spontanéité, de la bonne franquette, la politesse ne peut être qu’une nostalgie, c’est-à-dire une vertu que notre temps, si impunément épris de lui-même et de son absence de manières jusque dans la langue, trouve forcément haïssable … La politesse appartient au paraître et le paraître contrarie le naturel qui est lui-même confondu avec la sincérité et l’égalité mal comprise … L’homme poli est celui qui est décidé à entretenir une distance imperceptible mais réelle entre lui et ses contemporains. … ‘Pour être poli, il faut avoir quelque chose à donner (esprit, richesses, rang, crédit…), être poli, c’est savoir offrir et accepter avec grâce (Custine). » (Jérôme Leroy – sur le livre Dictionnaire nostalgique de la politesse de Frédéric Rouvillois)

« ‘Après vous’, cette formule de politesse devrait être la plus belle définition de notre civilisation. » (Emmanuel Levinas)

« Il possédait toutes les expressions de la déclinaison et de l’inclinaison du chapeau. » (Georg Christoph Lichtenberg) – Du temps où on portait chapeau. 

« J’ai fait attendre des empereurs et des impératrices, mais jamais un soldat. » (prince de Ligne) – Un très grand.

« Ce n’est pas pour rien que l’imaginal a été relégué dans la tradition occidentale, car la fascination de la forme est une entrave à la production … Selon Johan Huizinga, au Moyen-Âge, qui avait un véritable ‘culte des formes’, la politesse aux rites compliqués et chatoyants avait un aspect moins éthique qu’esthétique. » (Michel Maffesoli) – N’ayant plus ni éthique ni esthétique, nous pouvons nous livrer aux pires mufleries.

« J’ai vu souvent des hommes incivils par trop de civilité, et importuns de courtoisie. » (Montaigne)

« Outil privilégié de l’ordre institué entre les êtres … La ‘bonne distance’ suivant Schopenhauer (la fable des porcs-épics et la distance à trouver pour se protéger du froid sans trop se piquer) … Trop de proximité nous fatigue, nous use et augmente l’entropie ; trop de distance nous isole et l’on souffre de sa propre compagnie, trop pesante … Ni fait pour vivre seul, ni fait pour vivre en groupe. Or, le groupe commence avec l’autre… » (Michel Onfray)

« Je les ai toujours vus faire preuve à l’égard de tous d’une courtoisie désarmante. Je ne les ai jamais entendus prononcer un mot plus haut que l’autre. Ils traitaient exactement avec la même déférence Monseigneur l’archevêque … et les filles des gardes ou des fermiers … Toute la famille avait marqué, depuis toujours, la même politesse, ou un peu plus, à un pécheur breton ou à un maçon sicilien qu’à un notaire ou à un général ou, à plus forte raison, à un ministre de la république ou à un pétrolier enrichi. » (Jean d’Ormesson – Au plaisir de Dieu) – La vraie grandeur est toujours simple. Elle existât, elle est perdue.

« Le monde moderne est celui de la ‘panmuflerie’. » (Charles Péguy)

« La politesse n’est pas ce qui se réclame mais ce qui s’offre aux autres. C’est toute la différence avec la notion de respect. Le respect, dans la plus pure logique du narcissisme contemporain, est désormais non ce qui s’offre à l’autre, mais ce qu’on exige pour soi. Héritage obligé de la conception moderne des droits de l’homme. » (Natacha Polony)

« Politesse dans ‘l’inférieur’, signe de son état; dans le ‘supérieur’, signe de son éducation. » (Rivarol)

« La plupart des jeunes gens croient être naturels quand ils ne sont qu’impolis et grossiers. » (La Rochefoucauld)

« J’étais dans mon rôle en insistant, mais jamais il n’aurait dû accepter. » (Jean Rostand)

« La politesse est à la fois un certain type de comportements et un ensemble de préceptes déterminant comment il faut se comporter … Certains de ces derniers, les plus fondamentaux, se confondent avec la morale et sont aussi universels et immuables que celle-ci ; les autres dépendent des structures sociales, économiques, politiques, religieuses ou idéologiques en vigueur, dans un lieu et à une époque donnée. » (Frédéric Rouvillois)

« On est toujours un peu hypocrite si on est poli. » (Claude Roy)

« La démagogie commence souvent par une politesse outrée. Le maître qui dit à ses jeunes élèves : ‘Je ne suis pas plus que vous et je n’en sais pas plus que vous. Vous en savez autant que moi, au fond, je suis votre camarade’… » (Raymond Ruyer)

« Il me paraît louable de désirer présenter une image aimable de sa personne. Il s’agit là d’une forme de politesse à l’égard de ceux qui nous côtoient … C’est parfois aussi une marque de courage. J’accepte ce qui m’a été légué par la nature, je m’en accommode, je ne le renie pas, je l’améliore … Le désir d’être belle ou beau ne découle  pas au premier chef d’un quelconque narcissisme. Il exprime surtout notre volonté de conduire habilement notre destinée … de manifester des qualités de volonté, de persévérance, de contrôle de soi qui inciteront l’entreprise à accorder sa confiance. »  (Pierre Sansot – La beauté m’insupporte)

« Nous avons inventé la politesse pour dissimuler l’égoïsme. » (Schopenhauer)

« Les porcs-épics, s’ils sont trop éloignés les uns des autres, ils ont froid, mais s’ils se serrent de trop près pour se réchauffer, ils se blessent mutuellement … Ainsi, le besoin de société, né du vide et de la monotonie de leur vie intérieure, pousse les hommes les uns vers les autres ; mais leurs nombreuses manières d’être antipathiques et leurs insupportables défauts les dispersent de nouveau.  La distance moyenne qu’ils finissent par découvrir et à laquelle la vie en commun devient possible, c’est la politesse et les belles manières. » (parabole de Schopenhauer)

« Plus les individus se libèrent des codes et coutumes en quête d’une vérité personnelle, et plus leurs relations deviennent fratricides et asociales. En exigeant toujours plus d’immédiateté et de proximité, en assaillant l’autre sous le poids des confidences personnelles, on ne respecte plus la distance …La civilité est l’activité qui protège le moi des autres … le port du masque est l’essence même de la civilité … La sociabilité exige des barrières, des règles impersonnelles qui seules peuvent protéger les individus les uns des autres ; là où, au contraire, règne l’obscénité de l’intimité, la communauté vivante vole en éclats et les rapports humains deviennent destructeurs. » (Richard Sennett – Tyrannie de l’intimité

« Les tyrannies de l’intimité … Au XVIII° siècle, la sociabilité n’était pas fonction de l’intimité … Des étrangers, n’appartenant pas au même milieu, pouvaient faire connaissance, s’entretenir poliment et coopérer, sans devoir, pour autant, dévoiler leurs secrets les plus intimes. Mais cette réserve disparut au XIX° siècle ; on se mit à croire que le comportement public d’un individu révélait sa personnalité intérieure. Le culte romantique de la sincérité et de l’authenticité arracha les masques que l’on portait en public, mina la distinction entre vie publique et vie privée … On perdit la capacité de distanciation, et donc de nouer des relations sur le mode du jeu … Les rapports établis de nos jours en public, conçus comme une forme de révélation de soi, sont devenus terriblement sérieux … Et pourtant, tout moi étant, d’une certaine façon, un musée des horreurs, des rapports civilisés entre les individus ne peuvent s’établir que si nos petits désirs, nos cupidités et nos envies sont soigneusement gardés secrets. » (Richard Sennett – cité par Christopher Lasch et commenté par Jean-Claude Michéa) – Transparence, exhibitionnisme, narcissisme, voyeurisme : société perverse et, qui plus est, mortellement ennuyeuse.

« Les bonnes manières précèdent les bonnes actions et y mènent. » (André Comte-Sponville)

« La beauté comme le talent, pour avoir toute sa perfection, a besoin que la politesse lui serve de vernis. » (baron de Stassart)

« La terre deviendrait vite inhabitable si chacun cessait de faire par politesse ce qu’il est incapable de faire par amour. Inversement, le monde serait presque parfait si chacun arrivait à faire par amour tout ce qu’il fait par politesse. » (Gustave Thibon)

« La politesse est la forme épidermique et anonyme de l’amour du prochain. Être poli, c’est faire bénéficier n’importe quel être humain d’un préjugé favorable. » (Gustave Thibon)

« Alain soulignait que la civilité va plus loin que la politesse. La civilité s’apprend en ville, alors que la politesse s’apprend partout. Il y  a en ville une civilité de trottoir, qui se perd d’ailleurs. » (Pierre le Vigan) – Du temps d’avant l’indécence exhibitionniste des téléphones portables et l’abrutissement des ruminants courbés sur leurs tablettes.

« Je suis de plus en plus convaincu que toute la littérature de notre passé récent avait fait une mauvaise besogne en stigmatisant l’hypocrisie mondaine … C’est aussi le résultat de la bonne éducation, qui est un des moyens sociaux d’autodéfense des hommes contre eux-mêmes. C’est la capacité de savoir se dominer, sans laquelle aucun rapport normal n’est possible. Sans cette bonne éducation, la vie devient un cauchemar. Sans elle, il est tout simplement impossible de rencontrer qui que ce soit. » (Paul Watzlawick)

« La politesse, c’est se dépouiller de la royauté imaginaire du monde. » (Simone Weil)

« La seule chose que la politesse risque de vous faire perdre de temps en temps, c’est une place dans un bus bondé. » (Oscar Wilde)

« A Rome, on fait comme les Romains. » (adage)

« La familiarité engendre le mépris. » (dicton anglais)     

« L’homme courtois évite de poser le pied sur l’ombre de son voisin. » (proverbe chinois)

« La politesse résout un paradoxe : concilier le sens de la hiérarchie et l’égalité. » (?)

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