535,1 – Paix / Conflit, Guerre, Violence ; Sécurité / Insécurité ; Ennemi, Adversaire, Mercenaire ; Héros ; Armes ; Vengeance, Terrorisme

– Ne jamais oublier le catéchisme bien-pensant : la violence engendre la violence, les causes en sont diverses et même parfois excusables, la violence est toujours un échec, ou au moins un aveu d’impuissance, il faut privilégier le dialogue, sans oublier que, si on leur explique, les violents regrettent toujours et souvent vont jusqu’à fondre en larmes.

La violence, c’est très vilain, mais en plus si c’est pour se défendre c’est totalement inacceptable.

– Par notre origine nous sommes tous frères de Caïn (peut-être figure de groupe plus qu’individu). La protection que lui apporte Dieu marque, symboliquement, le début de la culture, soit la renonciation  aux cycles de la vengeance sans fin.

 – En France au moins, média et intellectuels sont fascinés par le spectacle de la guerre. Pour les premiers on comprend, l’événement rameute le troupeau massif des gogos voyeurs, donc bénéficie à la pub., pour les seconds il s’agit de cultiver le romantisme de la violence, de poser en héros au bar de la Closerie des Lilas, de s’ériger en guide des consciences, de s’exciter… et peut-être accessoirement de ramasser quelques enveloppes ?

– Les guerres ont leur bon côté. Elles ont toujours servi à résorber les horribles récessions économiques. La dernière guerre dite mondiale (1939) a permis de sortir l’Occident, mais surtout les Etats-Unis, de la grande dépression des années 30. Depuis, et notamment depuis 1989 (fin de la menace soviétique), les nombreuses interventions militaires brutales et meurtrières de  l’Amérique sont menées sans autre justification que celle de faire des exemples : Restez tranquilles et obéissants. Ces opérations menées pour l’exemple ont remplacé, sans évidemment les interdire, les traditionnels assassinats politiques menés précédemment par les Anglo-saxons (Mossadegh en 1953…), plus coûteuses certes, mais infiniment plus rentables par leur impact sur l’opinion mondiale.

– Djihadistes occidentaux : certes, des paumés, des illuminés, quelques petites crapules sanguinaires (comme souvent), des aventuriers… Mais aussi, inconsciemment chez la plupart, consciemment sans doute chez certains, un profond dégoût de l’Occident, de son arrogance et dont il serait hélas trop long d’énoncer les raisons, deux seulement : les Femen, et certaines parades. Ce qui n’est d’aucune justification pour rejoindre une organisation de bêtes barbares. Et aussi, le besoin de l’Ombre, la réapparition de la part maudite que l’Occident moderne et prétentieux avait cru évacuer. Pourquoi le contingent de ces djihadistes venu de France est-il de loin le plus important ? Question interdite.

– Sans oublier cependant que les initiateurs du chaos moyen-oriental sont les Américains et leurs cow-boys de l’axe du bien (remodeler le Moyen-Orient), ce, dés la stupidité de financer et soutenir ben Laden sous prétexte qu’il mordait les Russes en Afghanistan, tout comme Sarkozy et l’inadmissible pousse-à-la-guerre BHL le sont du chaos lybien, donc saharien, malien… Les populations locales sont infiniment reconnaissantes à ces grands chefs blancs, au couteau entre les dents. Sa légendaire imbécillité condamne l’Occident.

– Dans l’abdication du sens qui pourrit l’Occident, le mot guerre a disparu dans ses multiples acceptions métaphoriques : guerres à l’obésité, au cancer, au harcèlement sexuel, aux accidents de la route… Et si on déclarait la guerre à la connerie journalistique ?

– Zéro mort. Chez nous, chez les bons. Il est de plus évident (sauf peut-être pour le téléspectateur-inconscient-jouisseur-voyeur) que réduire ses pertes signifie multiplier les pertes civiles et autres dégâts dits collatéraux. Il vaut mieux dorénavant être militaire que civil.

– Une théorie, ou une stratégie, intéressante, celle dite du fou (madman theory), consiste, en politique extérieure principalement, à faire croire à l’adversaire que l’on est prêt à prendre des décisions irrationnelles et potentiellement dangereuses, que l’on est prêt aux pires extrémités (bombardement nucléaire par exemple), de façon à intimider, désarmer psychologiquement l’adversaire, le contraindre à plier. On prétend que Nixon y aurait eu recours à certains moments du conflit au Vietnam (campagne délirante de bombardements féroces), mais avec insuffisamment de conviction (évidemment difficile à bien pratiquer en démocratie). « Il est parfois très raisonnable pour un prince de simuler la folie. » (Sun Tzu). Cette stratégie n’est pas ignorée lors de conflits financiers familiaux, conjugaux ou entre associés et particuliers

– « Dans le monde où l’histoire semble s’arrêter sur la démocratie universelle, seuls les Etats-Unis d’Amérique et leurs alliés ont le droit de recourir à la guerre. Le monopole américain de la guerre… » (Hervé Juvin) – Sans même prendre le souci de la déclarer. Serbes écrasez-vous, au moins sous les bombes. Plutôt que le mot allié, le mot laquais conviendrait mieux.

– Mais qu’on se rassure, et heureusement, le pacte Briand-Kellog a mis la guerre hors la loi dés 1928. On sait depuis comment ce phénomène a bien voulu obéir à ces humanitaristes déclarations (à peu près comme les droits de l’homme sont respectés). La stupidité de nos dirigeants est sans limites (dirait Einstein), comme la crédulité des Gogos-Bobos de toute époque.

– « La seconde guerre de Trente ans. » (George Steiner- sur la période 1914 à 1945)

– « Quand tu combats un monstre, veille à ne pas devenir toi-même ce monstre. » (Nietzsche – Par delà  bien et  mal) – Devenus des montres, eux aussi, Clémenceau refusant toute offre de paix en 1917, Churchill ordonnant le bombardement au phosphore des villes allemandes et faisant bruler vifs femmes et enfants, le président Truman remerciant Dieu de lui avoir donné la bombe atomique et récidivant trois jours après sur Nagasaki par jouissance sadique.

– « La distinction de différentes espèces d’hostilités précède la distinction de différentes espèces de guerres … Dans un monde où les protagonistes se précipitent mutuellement dans l’abîme de la dégradation totale avant de s’exterminer physiquement, on voit naître forcément de nouveaux types d’hostilité absolue. »  – Et on peut faire confiance à la modernité pour développer la férocité des haines – « Ni l’existence des moyens d’extermination ni une méchanceté préméditée de l’homme ne constituent la menace dernière. Celle-ci réside dans le caractère inéluctable d’une contrainte morale … Les hommes qui utilisent ces moyens se voient contraints d’anéantir aussi moralement ces autres hommes, leurs victimes et leurs objets. Ils sont forcés de déclarer criminel et inhumain dans son ensemble le camp adverse, d’en faire une non-valeur totale, sous peine d’être eux-mêmes des criminels et des monstres. » (Carl Schmitt) – Attitude indispensable pour bombarder les villes civiles, pour envoyer la mort en pressant sur un bouton. L’extrême férocité a débuté en 1914 avec la propagande systématique de haine, poursuivie en 1940-1945, demain ne pourra être que pire.

– « On nous a fait faire tous les métiers, oui, tous les métiers, parce que personne ne pouvait ou ne voulait les faire … On peut demander beaucoup à un soldat, en particulier de mourir, c’est son métier. On ne peut lui demander de tricher, de se dédire, de se contredire, de mentir, de se renier, de se parjurer. » (Hélie Denoix de Saint Marc – Déclaration devant le tribunal militaire le 5 juin 1961)

« Les traités  de paix avec soi-même sont souvent les plus difficiles à conclure. » (Romain Gary)

Sur le concept augustinien de Paix de Babylone, voir Philippe Nemo à la rubrique Normes, 515,1

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« Quand j’écoute trop Wagner, j’ai envie d’envahir la Pologne. » (Woody Allen)

« ‘Quand un Etat combat son ennemi politique au nom de l’humanité … c’est une guerre où un Etat donné cherche à accaparer un concept universel pour s’identifier à celui-ci (aux dépens de l’adversaire), comme on abuse de la paix, de la justice, du progrès et de la civilisation en les revendiquant pour soi et en les déniant à l’ennemi’. On est donc conduit à refuser à l’ennemi sa qualité d’être humain, à le déclarer hors la loi et hors l’humanité et donc à pousser la guerre aux limites extrêmes de l’inhumain. ‘Ils sont forcés de faire du camp adverse une non-valeur totale, sous peine d’être eux-mêmes des criminels et des monstres’. C’est au nom de l’humanité que peuvent s’accomplir les plus grands crimes. » (Myriam Revault d’Allonnes – citant Carl Schmitt) – Voir l’histoire récente.

« La logique de l’exceptionnalité ou de l’extériorité radicale marque la théorie du gouvernement révolutionnaire comme guerre et comme lutte à mort : ‘la liberté ou la mort’. » (Myriam Revault d’Allonnes ) –« La Révolution est la guerre de la liberté contre ses ennemis. » (Robespierre) – « Entre le peuple et ses ennemis, il n’y a plus rien de commun que le glaive. » (Saint-Just)

« La loi de l’innocence : plus l’effet est grand, plus petite est la méchanceté requise pour le produire … La loi de l’oligarchie : plus grand est le nombre de victimes, plus petite est le nombre de coupables requis pour opérer le sacrifice … La quantité de haine et de méchanceté requise pour le massacre d’un seul homme par ses prochains est négligeable pour les employés qui sont derrière un tableau de commandes … Appuyer sur un bouton absout du bien comme du mal, on ne doit ni n’a besoin de haïr (aucun des pilotes d’Hiroshima n’a eu besoin de mobiliser la quantité de haine qu’il a fallu à Caïn pour tuer son frère Abel … Et les milliers d’équipages de bombardiers avant et après Hiroshima !) Des faits n’ayant requis aucune méchanceté restent fermés à l’examen moral et inaccessibles au remords. Rendre les coupables parfaitement étrangers à leurs actes … (Truman remerciant Dieu de lui avoir permis d’avoir la bombe) … Si nous ne savons plus que nous faisons quelque chose, si nous ne nous en apercevons plus, nous pouvons par conséquent faire les pires choses … Nous allons périr noyés sous un déluge d’innocence … Nous sommes confrontés à la fin de la méchanceté, ce qui ne signifie pas la fin des mauvaises actions mais leur perfide allégement. Car rien n’est maintenant plus inutile que la méchanceté et si les coupables n’ont plus besoin d’être méchants pour accomplir leurs forfaits, ils perdent toutes chances de réfléchir et de revenir sur leurs forfaits. La liaison entre l’acte et le coupable est détruite. » (Günther Anders) – « L’homme qui appuie sur un bouton est complètement protégé contre les conséquences perceptibles de son acte ; il ne peut ni les voir ni les entendre. Ceci peut expliquer que des gens, pas plus méchants que d’autres et qui ne donneraient même pas une gifle à un enfant, se sont montrés capables de lancer des fusées contre des villes en sommeil ou de les arroser de bombes au napalm … livrant ainsi des milliers d’enfants à une mort horrible. » (Konrad Lorenz)

« Les émotions dépendent à chaque fois des situations historiques, surtout de l’appareillage technique. Les affects d’un homme à la mitrailleuse (à plus forte raison d’un pilote de bombardier, pour autant que celui-ci ait encore des émotions, qui dans ses vols de nuit ne combattait plus mais se bornait à anéantir) n’offrent plus la moindre ressemblance avec ceux d’un hoplite engagé dans la bataille de Salamine … A l’époque de l’artillerie à longue portée, la haine est devenue un anachronisme … La haine peut difficilement surgir à cause de la mécanisation des techniques de guerre (il faut donc la fabriquer médiatiquement) … La distance entre agresseurs et agressés s’était accrue au point que non seulement les agresseurs ne pouvaient plus haïr les agressés, mais encore que les agressés eux-mêmes   (comme je l’ai appris de la bouche de survivants d’Hiroshima) ne pouvaient haïr davantage les agresseurs … Des pilotes s’attribuaient même comme une attitude vertueuse, voire chrétienne, d’exécuter leurs missions sans haine … Plus l’ennemi est éloigné, plus difficile et plus improbable devient la naissance ‘naturelle’ de la haine … De nos jours obsolètes sont les ‘champs de bataille’. On tire aujourd’hui en restant chez soi gentiment. Frappeurs et victimes sont tenus à distance les uns des autres … Le pire que nous puissions dire de nous, gens d’aujourd’hui, ‘la haine est définitivement de trop’. » (Günther Anders) – Et avec les pilotes de drones à des milliers de kilomètres, qui rentrent tous les soirs à la maison, après le bureau.

« La guerre par télé-meurtre qui vient sera la guerre la plus dénuée de haine qui ait jamais existé dans l’histoire … Cette absence de haine sera la haine la plus inhumaine qui ait jamais existé ; absence de haine et absence de scrupule ne feront plus qu’un. » (Günther Anders)

« Double règle. Plus l’efficacité des dispositifs techniques est énorme, plus faible est celle de  la masse  – Plus l’efficacité des dispositifs techniques est énorme, plus est énorme aussi celle des particuliers qui désormais, par des caprices de solistes appelés ‘décisions politiques’, sont en mesure de mettre en marche les énormes dispositifs techniques, c’est-à-dire de faire périr des millions d’êtres humains ou l’humanité toute entière. » (Günther Anders – sur notamment Hiroshima, et Nagasaki son doublé trois jours après, et l’abject président Truman, vulgaire génocidaire) 

« Que le goût de l’aventure ait été ou non à l’origine de l’histoire humaine, depuis des millions d’années, nous avons trouvé dans la violence notre satisfaction quotidienne … Nous sommes devenus des êtres à tous égards adaptés aux excitations de l’action violente … Rapport avec notre passé de chasseurs … Beaucoup des fossiles humains que nous retrouvons portent les marques d’une mort violente. » (Robert Ardrey)

« La violence est le commencement. Aucun commencement ne pourrait se passer de violence … La légende parle sans équivoque : toute fraternité dont les hommes sont capables est issue du fratricide, toute organisation politique que les hommes aient réussie tire son origine d’un crime. » (Hannah Arendt) – Romulus et Remus… La violence inaugurale n’est pas celle qui ruine, la violence qui instaure n’est pas celle qui détruit.

« L’intérêt c’est ce qui, se tenant entre les êtres, les rassemble mais aussi les empêche, pour ainsi dire, de tomber les uns sur les autres. Vivre ensemble dans le monde, c’est dire essentiellement qu’un monde d’objets se tient entre ceux qui l’ont en commun, comme une table est située entre ceux qui s’assoient autour d’elle ; le monde, comme tout entre-deux, relie et sépare en même temps les hommes. » (Hannah Arendt) – L’absence d’intérêt médiateur entraîne la mêlée de la violence.

« Le pouvoir et la violence s’opposent par leur nature même ; lorsque l’un des deux prédomine de façon absolue, l’autre est éliminé. » (Hannah Arendt) – La complète paix totalitaire ou le triomphe de la situation révolutionnaire.

« La politique n’a pas encore découvert le secret d’éviter la violence. Mais la violence devient plus inhumaine encore quand elle se croit au service d’une vérité à la fois historique et absolue … Une guerre morale est une guerre sans limite, » (Raymond Aron) – C’est une invitation à l’hubris.

« Est-ce la passion qui a suscité la démesure technique ou la démesure technique qui a suscité la passion ? … Le moteur de l’évolution a été la technique. C’est elle qui a imposé l’organisation de l’enthousiasme, elle qui a condamné à l’échec les tentatives de conciliation, elle qui a exclu la vieille sagesse diplomatique … elle qui a conduit à une paix qui a créé la situation de départ de la deuxième guerre. » (Raymond Aron – à propos du fol enchaînement des années 14-18) – N’a-t-on pas vu cette même démesure à l’œuvre par la suite lors de la deuxième guerre et lors de certaines expéditions, Irak… ? « La guerre cessait d’être, comme le voulait Clausewitz, ‘un moyen sérieux en vue d’une fin sérieuse’. » (Alain Finkielkraut) – Rien ne fut sérieux, rien ne fut humain (au sens de la raison), avant 1914, de 1914 à 1918, et après.

« Dans la guerre, il y a une chose attractive, c’est le défilé de la victoire. L’emmerdant c’est avant. » (Michel Audiard)

« Le concept même de guerre est aujourd’hui extraordinairement obscurci (notamment par l’irruption d’une puissance qui se représente elle-même comme illimité). Tout se passe comme si la fin des limites antérieures … produisait une sorte d’indistinction progressive entre guerre et paix … La guerre n’est plus jamais déclarée, or ce point est tout à fat significatif symboliquement puisqu’il marquait la discontinuité entre guerre et paix. » (Alain Badiou)

« La non-programmation propre à l’espèce humaine se traduit en ce domaine (violence) par l’absence d’un mécanisme inné de contrôle de l’expression de la violence entre congénères et  cette particularité s’exprime par un risque accru de recours à la violence … Il semble avéré que les querelles musclées (de notre espèce) dégénèrent plus facilement en luttes à mort et le font avec une efficacité d’autant plus redoutable que l’intelligence permet de transformer n’importe quel outil en arme. La montée aux extrêmes de la lutte à mort, théorisée par Clausewitz, est, sinon une exclusivité humaine, du moins l’une de ses particularités, dont la racine ultime, est, une fois encore, la liberté. » (Jean Baechler) 

« La ‘montée aux extrêmes’ de Clausewitz, c’est-à-dire que la guerre en son concept est une lutte à mort : – Celui qui use sans ménagement de la force et ne craint pas les effusions de sang est avantagé et l’emportera ; or l’adversaire est obligé d’en faire autant sous peine de défaite certaine … Pas de limite à la violence – Le désarmement est le but des deux adversaires, ‘tant que je n’ai pas abattu mon adversaire, je peux craindre qu’il m’abatte’. Je ne suis pas mon propre maître … Mon adversaire me dicte sa loi comme je dicte la sienne – Chacun des deux augmente ses moyens pour accroître sa force … Mais il existe des freins qui viennent limiter la manifestation de la violence : – Les deux adversaires ne sont pas des inconnus et peuvent calculer les moyens et la volonté de l’autre, facteur de modération – Impossibilité pratique de réunir tous les moyens en même temps, d’où proportion de l’effort en fonction du degré de concentration de l’adversaire – La défaite n’est pas une fin absolue, l’avenir peut retourner les situations, l’espoir en l’avenir incite à la modération. » (Jean Baechler, résumant la théorie de Clausewitz sur la guerre, la montée aux extrêmes et ses limites)

« Qu’il s’agisse de pendaison publique, de guerre ou d’émissions de télévision, la violence vertueuse fascine ceux qui la contemplent. Si une société peut intensifier cette fascination et la conduire jusqu’à sa conclusion sacrificielle cathartique, alors la violence sacrificielle, quelles que soient la présentation de ses justifications, sera un remède aux dissensions internes de cette société … Le président Bush n’a-t-il pas été approuvé par 91% de la population pour avoir écrasé les forces militaires irakiennes à la télévision ? … Qui n’a observé alors ce que Dickens appelait une ‘joie brutale et insensible’ ? » (Gil Bailie) – Tous les politiciens savent combien une bonne guerre permet de les valoriser et d’asseoir leurs pouvoirs, fait taire les mécontents, presque tous en ont usé ou rêvent d’en user.

« Comment dire que la guerre ne rapporte rien à personne ? Elle a fait passer aux Etats-Unis l’hégémonie du monde. » (Jacques Bainville)

« Il reste encore un espoir, la guerre mondiale. » (Bakounine – en 1875 – face au manque d’élan révolutionnaire au sein des masses tantôt résignées, tantôt opportunistes – commenté par Peter Sloterdijk) – Une fois de plus, concordance des vœux anarchistes et du grand capital mondialiste.

« La guerre est irrationnelle ; les règles du comportement rationnel ne peuvent en prévoir l’issue ; l’inaction et l’action ayant l’une comme l’autre des conséquences indépendantes de la volonté. » (Benjamin Barber – conte la folie guerrière américaine) – Evidence, sauf pour un faucon américain.

« Toute guerre se traduit d’abord par le pouvoir absolu de ceux qui sont au pouvoir. » (Maurice Bardèche) – D’où la tentation pour un pouvoir menacé chez lui d’y recourir en manipulant les gogos.

 « Ce qui me parut beaucoup plus grave ce fut la découverte que les enjeux de cette guerre et de toute guerre future n’étaient plus territoriaux ou nationaux, autrement dit égoîstes, mais qu’ils avaient changé de nature, qu’ils étaient devenus métaphysiques,  dangereusement métaphysiques. » (Maurice Bardèche – à propos de la Seconde guerre mondiale) – On sait qu’il n’y a pas de pire barbare, de plus sadique bourreau, de plus abject tortionnaire que celui qui prétend agir au nom du bien.

« La douceur qui succède à la violence n’est souvent que fatigue. » (Anne Barratin)

« Nous avons bouleversé la terre d’une manière si violente que nous avons réveillé la férocité  des enfants. » (Alessandro Barrico)

« Cette dépense catastrophique de l’énergie excédante qu’est la guerre. » (Georges Bataille)

« Nos guerres relèvent ainsi moins de l’affrontement guerrier que de la domestication des forces réfractaires de la planète, des éléments incontrôlables… Tout ce qui est singulier et irréductible doit être réduit et ravalé. C’est la loi de la démocratie et du Nouvel Ordre Mondial. » (Jean Baudrillard)

« Les autres cultures pouvaient être violentes et conquérantes, mais elles ne visaient pas à cette annihilation, à ce décervelage mondial … C’est ce qu’on voit dans les récentes guerres, l’extermination de l’ennemi en tant qu’ennemi, sa disqualification en tant qu’adversaire … Destruction des cultures singulières et de tout ce qui résiste à l’ordre mondial et à l’échange généralisé » (Jean Baudrillard – sur la modernité)

« Cette guerre libère, de par la force des media, une masse exponentielle de bêtise … Bêtise fonctionnelle, professionnelle, de ceux qui pontifient dans le commentaire perpétuel de l’événement … Mais les sottises proférées la veille sont effacées par celles du lendemain. Ainsi chacun est amnistié par la succession ultra-rapide des faux événements et des faux discours. Blanchissement de la bêtise par sa propre escalade … cerveaux lessivés, blanchis… » (Jean Baudrillard – sur la guerre du Golfe) – Mais on peut en dire autant à propos de toutes les guerres depuis que les média existent.

« L’insensibilisation à la cruauté qui peut résulter de l’énorme exposition, sans précédent, aux images de souffrance humaine. » (Zygmunt Bauman)

« Si Himmler devait sans doute quelque peu s’en soucier, le général Schwarzkopf (général américain contemporain) n’avait pas à se soucier de l’intégrité de ses tueurs de masse. Ils ne regardaient jamais leurs victimes dans les yeux ; ils comptaient des points sur un écran, pas des cadavres. » (Zygmunt Bauman)

L’absence de nécessité de ferveur patriotique (avec la disparition de la conscription) « rend la frénésie collective superflue dans le cadre de buts militaires, ce qui permet dès lors d’entreprendre des actions de guerre plus vite, du jour au lendemain … et, du même coup, la prolifération des conflits s’en trouve plutôt plus probable que moins. » (Zygmunt Bauman)

« Les guerres démocratiques, à défaut d’être toujours des guerres civiles, sont des guerres contre les civils, puisque leur objectif est politique avant d’être militaire … Contradiction morale d’une guerre menée au nom des droits de l’homme, qui postulent l’égale valeur et dignité de toute vie, en opposition avec le slogan absurde du ‘zéro mort’ qui divinise les soldats alliée et dévalorise les victimes kosovars ou serbes … Compte tenu du choix de bombardements à haute altitude et du refus d’une intervention terrestre … on a cherché la rupture de la population serbe … l’OTAN s’est vue contrainte de faire la guerre au peuple serbe … de faire des civils le principal objectif tactique et stratégique des opérations militaires durant l’opération ‘Force alliée’. » (Nicolas Baverez – sur la honte des opérations occidentales contre les Serbes, Etats-Unis et Europe servile, avec la France en tête de la meute mondiale déchaînée contre une petite province)

« L’inflation des guerres barbares serait précisément un fruit de l’idéologie pacifiste. En effet, la paix conçue et recherchée comme fin de la guerre transforme la guerre en instrument de paix, au nom duquel on acceptera l’inflation sans limites de la violence … C’est quand le but de la guerre n’est pas la paix perpétuelle que la guerre n’est pas barbare … Plus la réalité de la guerre est niée dans sa complexité (pour être transformée en un simple moyen de sa disparition), plus elle devient inaccessible à toute régulation et donc ouverte à l’excès … L’autorégulation de la guerre est possible quand elle ne relève pas de l’affrontement entre humains et adversaires perçus comme non-humains … ‘Un véritable guerrier n’est pas belliqueux ; un véritable lutteur n’est pas violent ; un vainqueur évite le combat’ (principe taoïste). » (Miguel Benasayag, Angélique del Rey – Eloge du conflit)

« ‘Le combat est, de tous les être, le père’ (Héraclite). C’est penser en termes de processus, c’est penser que ce qui émerge ne le fait pas dans une harmonie possible … Dans les sociétés occidentales hyperformatées, l’idée même du conflit n’a plus de place. Il faut le brider, le maîtriser. Il n’est plus acceptable que sous sa forme unidimensionnelle ; celle de l’affrontement, de la lutte du bien contre le mal, de la santé contre la maladie, de la sécurité contre l’insécurité … Les conceptions de la vie commune tendent vers l’intolérance à toute opposition. Le minoritaire doit se soumettre à la majorité et, de plus en plus, contestataires et dissidents semblent relever de ‘l’anormal’ … La version dure du refoulement du conflit implique l’éradication de l’altérité … Une société de la transparence radicale ne connaît pas d’ennemi, seulement des ‘terroristes’, des ‘déviants’ à éliminer … Reconnaitre des conflits reviendrait à accepter ce qui s’oppose à la transparence … Accepter des conflits impliquerait que ‘d’autres’ puissent s’opposer à un certain ordre social ou religieux sans être pour autant des anomalies, des barbares à éliminer … Ce refoulement s’inscrit sous le signe de la croyance en un devenir d’harmonie et de justice universelles où tous les conflits seraient résolus … Loin d’être pacifiées, les sociétés contemporaines qui nient ou refoulent le conflit sont lourdes d’une violence extrême et sans limites … Faute de nouvelles procédures de régulation des conflits et contradictions entre les individus et la société, qui auraient dû succéder à l’occultation de ces conflits par l’autorité traditionnelle, les aspirations actuelles de l’individu devront être toujours davantage niées, écrasées ou manipulées de manière perverse. » (Miguel Benasayag, Angélique del Rey – Eloge du conflit – considérations éparses sur le conflit)

« La guerre politique impliquant la guerre des cultures, cela est une invention de notre temps. Heureux XVIII° siècle où la guerre n’engendrait pas de haine durable, où le poison des animosités nationales n’était pas inoculé ni exaspéré par tous les moyens de l’Etat, y compris l’école … Louis XIV annexant l’Alsace et ne songeant pas un instant à y interdire la langue allemande…» (Julien Benda)

« On refuse la guerre parce qu’elle serait désastreuse, non pour des raisons morales. » (Julien Benda)

« Max Scheler avait prévu qu’une guerre menée au nom de la paix et de l’humanité serait plus inhumaine que toutes les autres. Lorsque le conflit est posé en mal absolu, la guerre contre la guerre ne peut en effet plus connaître de limites. » (Alain de Benoist) – La validité du raisonnement est amplement démontrée par les prétendues opérations humanitaires des puissances dominantes. 

« L’ennemi … est désormais un ennemi absolu. Diabolisé, criminalisé, considéré comme une figure du Mal, il devient un ennemi de l’humanité, qui doit être, non seulement défait, mais éradiqué. Carl Schmitt montre que les guerres idéologiques des temps modernes, qui disqualifient l’ennemi sous l’angle moral, au lieu de le considérer comme un adversaire que l’on combat tout en admettant aussi qu’il puisse avoir ses raisons, ont pris le relais des guerres de religion. Elles en ont le même caractère impitoyable et total … Toute guerre menée au nom de l’humanité est une guerre qui tombera dans l’inhumanité, car elle est nécessairement amenée à discréditer moralement l’ennemi pour le transformer en un hors-la-loi, en un monstre inhumain … L’idée qu’il puisse y avoir des instances internationales chargées de ‘dire le droit’ implique la démonstration aux yeux de tous que l’ennemi est ‘dans son tort’. Dans cette perspective universaliste, l’adversaire doit donc être déclaré ‘hors la loi’, c’est-à-dire inhumain. Il ne peut donc plus être estimé, mais seulement haï, car il devient le mal en soi, la non-valeur absolue … dévalorisation-extermination … telle est la politique envahie par la morale. » (Alain de Benoist)  – Retour à la barbarie par les institutions internationales, type ONU…

« Laissez faire Vénus, Mars ne tardera pas. » (Henri Bergson) – Souci de la surpopulation ?

« Il donnait à pleines mains cette paix dont il était vide. » (Georges Bernanos – Sous le soleil de Satan)

« La guerre des Démocraties, la guerre des Peuples, la guerre Universelle a voulu son langage, universel lui aussi, œcuménique : pour le constituer, elle a pillé le spirituel, comme le reste : Droit, Justice, Humanité, Patrie, Progrès… » (Georges Bernanos)

« Les conséquences tragiques de victoires proclamées qui font l’économie d’une mise à jour des fautes et des responsabilités. » (Georges Bernanos – sur 1914 / 1918)

« Ce sont les paix justes qui font les guerres justes. Votre société n’est sans doute plus assez juste pour une paix juste … Elle n’était ni molle ni dure, elle suait la peur … L’injustice du Traité de Versailles qui … mettait l’Allemagne hors du droit, hors du monde, hors la loi, hors l’honneur. » (Georges Bernanos – Les Enfants humiliés) – Et qui fabriquait et Hitler et la deuxième guerre dite mondiale.

« Qu’a de commun, la conception individualiste de la guerre d’un Hospitalier ou d’un Templier , avec celle qu’exige l’obéissance aveugle et mécanique d’un homme, dégagé, par son métier, de toute obligation morale, placé ainsi hors la loi morale … Le gentlemen n’a rien vu, rien entendu, il n’a touché à rien, c’est la machine qui a  tout fait … sa mémoire s’est seulement enrichie de quelques souvenirs sportifs … Ce type si parfaitement représentatif de l’ordre et de la civilisation des machines, l’aviateur-bombardier. » (Georges Bernanos) – L’anglo-saxon.

« Je n’ai jamais cru à la guerre des démocraties contre les dictatures … La formule n’ayant jamais été qu’un slogan. Dictatures et démocraties tendaient, hélas, au même but, si elles n’y tendaient pas du même pas. Elles tendaient au dirigisme universel, à l’univers totalitaire. » (Georges Bernanos – cité par Sébastien Lapaque)

« Vous allez voir qu’un jour on va nous déclarer la paix et que nous ne serons pas prêts. » (Tristan Bernard)

« Il est de l’essence des démocraties de justifier moralement leurs combats, de démoniser l’adversaire, d‘angéliser l’allié. C’est ainsi que l’Allemagne fut démonisée abusivement en 1914 et la Russie angélisée en 1941. » (Alain Besançon) – Et quand on masque hypocritement ses intérêts derrière une morale quelconque on est prêts  à commettre toutes les atrocités.

« Louis XIV annexant l’Alsace et ne songeant pas un instant à y interdire la langue allemande. Heureux XVIII° siècle où la guerre n’engendrait pas de haine durable, où le poison des animosités nationales n’était pas inoculé et exaspéré à plaisir par tous les moyens dont aujourd’hui l’Etat dispose, y compris l’école. …Un autre esprit régnait dans les relations des hommes » (Vidal de la Blache – La France de l’Est)

« Dans une guerre, c’est toujours l’adversaire qui commence. » (Francis Blanche)

« On n’est jamais si éloquent sur la paix que lorsqu’on vient de gagner une guerre. » (Francis Blanche)

« Je suis un non violent ; quand j’entends parler de revolver, je sors ma culture. » (Francis Blanche)

« Il n’y a pas une conception socialiste ferme sur la guerre … Même Marx, en 1870, invite les ouvriers de chaque pays à prendre résolument part à la guerre nationale … Le souvenir mal interprété des guerres de la Révolution française, par leur éclat légendaire, impose l’idée vague que guerre et révolution sociale vont ensemble … Jules Guesde : ‘la guerre féconde’, ‘La guerre qui va s’ouvrir fera de quelque façon qu’elle se termine œuvre de révolution’ ; Lénine : ‘Le prolétariat international, fidèle à son point de vue révolutionnaire, doit admettre toute guerre, de défense ou de conquête qui promet d’écarter un obstacle important du chemin de la révolution’ … Trotski et la militarisation de toute la population laborieuse … C’est de la guerre qu’est né le socialisme prolétarien (1917) ; c’est par la guerre qu’il s’est étendu (1945) … Toujours Jules Guesde : ‘Quant aux socialistes qui savent à quels cataclysmes nécessaires est suspendu l’ordre nouveau … ils ne peuvent qu’appeler de tous leurs vœux ce commencement de la fin du plus insupportable des régimes’ … ‘Et si la justice existe qu’elle apparaisse immédiatement’ (Bialik) … Doit-on favoriser le Mal, le porter à son paroxysme, précipiter donc la catastrophe, afin que la délivrance aussi se rapproche ? »   (tiré de Maurice Blanchot) – Certes les rapports idéologiques entre le socialisme et la guerre facteur de bouleversement de l’ordre et donc anticipatrice de révolution possible ont bien changé. Nos socialistes repus ne veulent plus mettre leurs biens en danger. Néanmoins des traces restent, au moins dans les inconscients (à tous les sens du terme) et d’autres ont pris le relais de cette bénédiction de la violence guerrière comme facteur préalable favorable au bouleversement social ou civilisationnel.

« La violence est désormais investie d’un certain charme en elle-même, c’est la ‘joie du couteau’ … Elle est preuve de décision, d’engagement … »  (Allan Bloom – utilisant une expression américaine)

« A la guerre comme à la guerre, dit-on. – Lorsque j’entends un Bourgeois en villégiature dire cette pauvre chose à propos d’un malaise quelconque ou d’une friandise dont il est privé, je suis forcé de résister à la tentation de l’étrangler instantanément… » (Léon Bloy – Exégèse des lieux communs – 2, LXXIV)

« Ce qu’il y a de bien avec les guerres civiles c’est qu’on peut rentrer manger à la maison. » (Jean Galtier-Boissière) – Et aussi « que l’on sait qui l’on tue. » (?)

« Le nombre des soldats tués par la grande guerre est connu. Celui des idées et des croyances détruites par elle reste ignoré. » (Gustave Le Bon)

« Le bétail sait que les loups sont ce qu’ils sont … Il (l’homme occidental) commence à inventer mille théories et schémas pour se prouver que les loups n’existent pas, qu’ils ne représentent aucun danger (si un veau a été ravi, c’est par des loups affamés, voilà tout) et que, s’ils doivent à tout prix nous manger, ce soit lentement, en se régalant et non d’un coup. » (Vladimir Boukovsky, dissident russe – sur les pacifistes invétérés illustrant la lâcheté de l’Occident) – « Le pacifisme ne saurait attendre son salut que de l’éventuelle clémence des maîtres. » (Julien Freund) – « Si nous sommes gentils avec les autres, ils seront gentils avec nous, pensée sur le crétinisme français. » (?)

« Dans la guerre civile, tous les moyens sont possibles … Le plus impitoyable est celui qui croit se battre pour des idées abstraites et de pures doctrines et non celui qui défend seulement les frontières de sa patrie … La guerre civile s’accompagne d’une négation de la réalité politique de l’autre, rendue possible par l’esprit d’abstraction. » (Pierre Boutang) – Les guerres idéologiques en général, ou qui s’avancent sous ce masque.

 « Quand ils ont échoué, ils émigrent, ou se lavent les mains des catastrophes que leur prétention a engendré. Un des préceptes négatifs les plus dangereux qu’ait d’ailleurs enfanté les moralistes est celui de la paix universelle … Quand ils le proclament, on peut être assuré que le sang va couler quelque part, et que la tragédie commence. » (Pierre Boutang – sur les experts que l’auteur appelle les moralistes) –Aujourd’hui, ils n’ont même plus cette décence, et ils continuent à parader dans les média.

« La guerre donne de l’avancement à ceux qui n’avancent pas. » (Philippe Bouvard)

« Plus tard, on ne comprendra peut-être pas tout à fait bien l’état d’esprit de ceux qui ont passé à côté de la guerre dans leur enfance, qui ont grandi dans une Europe pleine d’illusions (même s’ils ne croyaient pas à ces illusions, elles formaient l’atmosphère de leur adolescence) et qui, soudain, pendant plusieurs années, ont attendu la guerre pour le printemps et pour l’automne … Que la guerre est inévitable, qu’elle viendra, de la bêtise démocratique, ou de quelque autre fatalité, mais qu’elle viendra. » (Robert Brasillach – sur sa génération, l’auteur né en 1909 – Notre Avant-Guerre) – « Les cinq ou six années qui précédèrent la seconde guerre, il me semble que la principale de nos occupations était l’attente d’une catastrophe sur quoi nous ne pouvions plus rien. » (Jean d’Ormesson)

« Vous ne me dégoûterez pas de la guerre. On dit qu’elle anéantit les faibles, mais la paix en fait autant. » (Bertolt Brecht)

« La façon de faire la guerre épouse si parfaitement l’état de la civilisation … Ou bien les inégalités sociales entre les hommes sont codifiées et entretenues par les rites, les coutumes, et alors les guerres sont en général limitées, courtoises et peu sanglantes, des sortes de jeux et de cérémonies, la guerre courtoise qui n’existe que dans un monde hiérarchisé et qui ne met aux prises que des gens de rang équivalent ; ou bien les hommes sont égaux en droits, ils participent également aux affaires publiques et, dans ce cas, les guerres ont tendance à se transformer en chocs illimités, meurtriers et implacables … … Quand le peuple est admis (forcé, c’est la Révolution français qui, en Europe, a inauguré la conscription, l’enrôlement obligatoire, la levée en masse, la lutte des peuples, l’affaire de toute la nation) à combattre, la guerre doit nécessairement cesser d’être un jeu, un tournoi et une parade. Elle devient sérieuse (et horrible) … Les couches profondes de la nation se sont révélées des plus accessibles au militarisme belliqueux, en ajoutant fanatisme et démesure … L’éruption des forces élémentaires crève sans peine le faible vernis de la civilisation … La guerre devient une activité totale … Vaincre à tout prix et non au moindre coût et de la façon la plus élégante, soucieuse du seul succès et exclusivement occupée d’anéantir … C’est l’accroissement de la puissance de l’Etat qui change petit à petit la nature de la guerre …’L’Etat est sorti de la domination d’un groupe d’hommes par un autre ; justification, raison d’être : l’exploitation économique des subjugués’ (Oppenheimer) … Chaque guerre augmente la puissance de l’Etat … On ne se bat plus, on fabrique, on transporte et on détruit, l’âge du ‘soldat inconnu’ succède à celui du Héros, c’est-à dire quand le massacre prend la place du combat singulier généralisé … La guerre représente bien le paroxysme de l’existence des sociétés modernes … terrible contraste sur l’écoulement calme du temps de paix. La similitude de la guerre avec la fête (au moins la fête des primitifs) est absolue : période de forte socialisation, de mise en commun intégrale des instruments, des ressources, des forces ; elles rompent le temps pendant lequel les individus s’affairent chacun de son côté en une multitude de domaines différents … Fin des impostures … Temps de l’excès, de la violence, de l’outrage … Substitution d’une économie de gaspillage à une économie d’accumulation … L’épuisement improductif, brutal et presque forcené de ressources patiemment rassemblées à force de privations et de labeur … Inversion radicale des commandements moraux … Sont permis les actes qui sont tenus en dehors d’elles pour les plus francs sacrilèges et pour les crimes les plus inexcusables … On voit sourdre de partout la joie longtemps contenue de détruire … toute violence libératrice … Sacrilège et gaspillage … Les atrocités sont les dernières ressources de la stratégie pour mettre l’ennemi à genoux … ‘Le moral des civils est un objectif militaire’ (Winston Churchill – comprendre ce que cela signifie en pratique), ‘Cela fait plaisir de penser que ce qui est arrivé à Aix-la Chapelle est arrivé et arrive encore à la presque totalité des villes allemandes’ (John Gordon à Noël 1944, après description complaisante de l’horreur dans les villes rasées) … C’en est fini de s’incliner devant la mort et de l’honorer, tout en dissimulant son horrible réalité à la vue comme à la pensée … L’heure où l’on peut impunément saccager et salir cet objet de haute révérence, la dépouille mortelle de l’homme … ‘Situation propice à la naissance et au progrès d’une religion de la mort susceptible de combler les vœux secrets du nombre toujours grandissant de paranoïaques et de sadiques que produit nécessairement une société en désagrégation’ (Lewis Mumford) … Anéantissement (pour certains) d’une civilisation estimée mesquine et fade … Fin ‘d’un bric-à-brac poussiéreux qui traînait dans nos cœurs’ (Ernst von Salomon). » (Roger Caillois – considérations éparses et simplifiées sur la guerre) – Dans les sociétés modernes, remplacement des conflits primitifs et même proches (Moyen Âge) par des guerres totales, soit concernant tous, toutes et tout, gens et ressources, partout et tout le temps, c’est-à-dire non cantonnées comme jadis aux quasi-jeux d’une caste (la noblesse) ou à des troupes limitées de professionnels, de mercenaires s’économisant évoluant au sein de populations seulement concernées incidemment, par leur présence prédatrice. Sortent du cadre de cette étude, d’un côté, les nouvelles formes de guerre, atomiques, électroniques, satellitaires, menées par des drones… à partir de chez soi, du bureau, près de ses pantoufles le soir, et d’un autre côté, le terrorisme aveugle et féroce. 

« N’avoir pas bombardé les voies de chemin de fer menant à Auschwitz, afin de ne pas montrer qu’ils savaient ce qui se passait par là. » (Renaud Camus – sur les Anglais) – Ce qui eut pourtant été aussi facile, économique qu’efficace. Le Gogo de service rétorquera sans doute qu’ils ne savaient pas. Entendre l’éclat de rire si on peut se permettre cette incongruité sur ce sujet.

« Triste à dire : les gens se sont mis avec empressement du bon côté du manche, fascinés par le grand pénis américain, aéroporté et électronique. Cette ‘démocratie’ fabrique ce genre de ‘citoyens’. » (Cornelius Castoriadis – sur les revirements soudains d’opinion fabriqués par les média à propos des guerres fomentées et voulues par les Américains : Irak, Yougoslavie ;  aujourd’hui Ukraine…

« La violence inter-individuelle des passions se meurt. La violence sociale naît, tant il est vrai que toute société sécrète une violence qui, de toute façons, doit fuser. » (Jean Cau)

« Quand on a pu s’échapper vivant d’un abattoir international en folie, c’est tout de même une référence sous le rapport du tact et de la discrétion. » (Louis-Ferdinand Céline – sur la guerre de 1914)

« … Le Temps nous voit avec épouvante ravager dans un clin d’œil ce qu’il eût mis des siècles à détruire. » (Chateaubriand)

« Il est déplorable de ravager la propriété de son voisin … mais … franchement est-il beaucoup plus humain de massacrer une famille de paysans allemands que vous ne connaissez pas … ? Quoi qu’on en dise, les guerres civiles sont moins injustes, moins révoltantes et plus naturelles que les guerres étrangères, quand celles-ci ne sont pas entreprises pour sauver l’indépendance nationale. Les guerres civiles sont fondées au moins sur des outrages individuels, sur des aversions avouées et reconnues. Ce sont des duels avec des seconds, où les adversaires savent pourquoi ils ont l’épée à la main. Si les passions ne justifient pas le mal, elles l’excusent, elles l’expliquent … La guerre étrangère, comment est-elle justifiée ? Des nations s’égorgent ordinairement parce qu’un roi s’ennuie, qu’un ambitieux se veut élever, qu’un ministre cherche à supplanter un rival. Il est temps de faire justice de ces vieux lieux communs de sensiblerie, plus convenables aux poètes qu’aux historiens… » (Chateaubriand)

« On passe d’une forme de conflits limités, les conflits dynastiques, à des conflits interminables et monstrueux avec les guerres révolutionnaires. Les guerres de dynasties, en comparaison, sont infiniment moins meurtrières … La Révolution française a fait payer au peuple, en un quart de siècle, le prix de plusieurs guerres d’une violence inouïe … Allons les libérer (les autres qui ne demandaient rien) … Les troupes napoléoniennes, dans un certain nombre de cas, conduisent la guerre selon des méthodes barbares, notamment en Espagne. On incendie les villages etc. C’est une façon de faire la guerre qui avait reculé depuis la guerre de cent ans. Régression… » (Pierre Chaunu) – C’est la révolution française qui a inauguré la levée en masse, la conscription, la participation forcée des peuples. Avant, les guerres étaient affaire de mercenaires, lesquels savaient d’ailleurs s’économiser. « Les peuples ne se mêlent point de la guerre que font leurs maîtres ; les citoyens d’une ville assiégée passent souvent d’une domination à l’autre sans qu’il ait coûté la vie à un seul habitant. » (Voltaire) – Comparez avec nos guerres actuelles, civilisé avez-vous dit ?

« Il est plus facile d’inspirer l’horreur de la guerre à ceux qui reçoivent les coups qu’à ceux qui les donnent. » (Victor Cherbuliez)

« Rien ne stimule autant que de grossir des riens, d’entretenir de fausses oppositions et de démêler des conflits là où il n’y en a pas. Si on s’y refusait, une stérilité universelle s’ensuivrait. » (Emil Cioran)

« Quand on n’envahit plus, on consent à être envahi. Le drame d’Hannibal fut de naître trop tôt ; quelques siècles plus tard, il eût trouvé les portes de Rome ouvertes. L’Empire était vacant, comme l’Europe de nos jours. » (Emil Cioran) – Prescience des grandes migrations qui ne font que commencer.

« La guerre est une lutte qui consiste à sonder les forces morales et physiques au moyen de ces dernières. » (Carl Von Clausewitz)

« La guerre est une violence en action et son usage ne peut être limité par rien. Chacun des adversaires impose à l’autre sa loi d’où découle une interaction qui ne peut manquer de mener aux extrêmes. » (Carl Von Clausewitz)

La guerre « moyen sérieux en vue d’une fin sérieuse. » (Carl von Clausewitz) – Au moins du temps de l’auteur.

« La quantité de temps et d’énergie employée à attaquer est quelque sept fois supérieure à celle dont la défense a besoin. » (Carl von Clausewitz)

« On fait quartier à un ennemi de son pays, voire de son parti – mais que faire à ceux du genre humain, sinon les détruire ? … ‘Il s’agit moins de les punir que de les anéantir’ (Couthon, révolutionnaire de 89) … La guerre nouvelle est une guerre de ‘Nation à brigands’ (le mot restera pour désigner les ennemis de l’humanité, qui ne sont plus des hommes ) … La (nouvelle) guerre humanitaire est la seule qui tue pour tuer, et c’est même par cela qu’elle se distingue de la guerre nationale (de jadis) … ‘C’est par principe d’humanité que je purge la terre de la liberté de ces monstres’ (Carrier) … Carrier est un humanitaire, qui guillotine, fusille et noie pour le genre humain, la vertu, le bonheur universel, le peuple en soi, etc. » (Augustin Cochin – L’esprit du jacobinisme) – Depuis Carrier, nous avons progressé dans la lutte contre ‘l’axe du mal’, débutant avec les bombardements de masse sur les villes allemandes, avec les camps de la mort, se continuant par toutes nos expéditions sanglantes pour imposer notre démocratie bénie (ou sous prétexte de.)

« C’est par quoi une guerre est néfaste. Si elle ne tue pas, elle communique aux uns une énergie étrangère à leurs ressources, aux autres elle permet ce que les lois défendent et les forme aux chemins de traverse. Elle exalte artificiellement l’ingéniosité, la pitié, l’audace. Toute une jeunesse s’y croit sublime… » (Jean Cocteau)

« Deux conflits mondiaux et une terrifiante lutte contre le terrorisme nous ont appris que c’est au nom de la paix que l’’on mène les plus sanglantes campagnes d’extermination. » (C. N. I.)

« On peut penser que si l’Angleterre n’a jamais été envahie depuis 1066, c’est que les envahisseurs potentiels redoutent trop d’y passer un dimanche. » (Pierre Daninos)

« Les américains sont prêts à se battre au Yémen jusqu’au dernier Yéménite, en Syrie jusqu’au dernier Syrien, en Irak jusqu’au dernier Irakien, en Ukraine jusqu’au dernier Ukrainien ; qu’importe le droit, la destruction du pays, le nombre des victimes. » (Nicolas Davis – Huffington post) – Ce n’est pas d’aujourd’hui.

« N’ayant jamais tenu un revolver en main, ni fait son service national, les dernières couvées ignorent les questions de défense. D’où une certaine propension à engager des guerres au loin qu’elles ne savent pas comment terminer. » (Régis Debray) – Et qui tournent toujours à nos dépens, sauf que le spectacle accroit l’Audimat en excitant les impuissants et leurs compagnes.

« La guerre civile a toujours été un trou noir, aussi bien dans notre savoir que dans notre mémoire. Une gêne psychologique, politique et philosophique … Les guerres patriotiques sont exaltées car leur souvenir rassure en quelque sorte … en renforçant en chacun de nous l’idéal du ‘nous’ … La guerre civile n’accède à la vie publique et à la reconnaissance historique que travestie, ou plutôt transfigurée, en ‘révolution’, en ‘sécession’, ou en ‘libération’ (exemple 1943/4 en France – La Première guerre mondiale fut une guerre civile à l’échelle de l’Europe, la second en fut une dans chaque pays occupé, jour après jour, et charnellement), toutes expressions qui gardent un halo prestigieux, alors que ‘guerre civile’ fait (et de fait est) malpropre … la mémoire collective n’est pas l’histoire … On n’a pas l’ennemi en face de soi, mais des ordures et des salauds … La violence n’est plus réservée aux professionnels des tanks et des avions : un couteau de cuisine peut toujours servir. Chacun devient responsable, inventif, bricoleur. Avec les moyens du bord … La gangrène des conflits ethniques et confessionnels n’est pas une mauvaise fièvre qui nous viendrait d’Afrique. C’est le symptôme du nouveau désordre international qui a remplacé l’ancien équilibre de la terreur. Qui ne voit que la mondialisation économique et financière se double partout d’une tribalisation culturelle et politique ? » (Régis Debray)

« L’intolérance du surdéveloppé aux pertes de vies humaines éclaire la paralysie tragi-comique des grandes puissances face aux micro-Etats résolus, aux bandes décidées, aux ‘fanatiques’ (ce mot qui sert si souvent à ne pas penser) … Que reste-t-il de la superpuissance (américaine) qui doit retirer ses troupes d’un confins d’Afrique parce que dix-huit de ses fantassins y ont été abattus … d’une ex-URSS qui ne peut plus supporter la dureté du conflit avec quelques bandes afghanes ? » (Régis Debray)

« La manière dont les Alliés ont, dans ce conflit, subtilisé les mots – ‘guerre’, ‘bombardements’, ‘victimes civiles’ ont été supprimés du vocabulaire – rappelle la domination d’un système, qui se prend pour le critère du Bien, et dés lors escamote ses méfaits en cessant de les nommer. » (Chantal Delsol – à propos de l’intervention au Kosovo) – Rien de nouveau. Traditionnels mensonges et hypocrisie habituelle des Anglo-Saxons, de tout temps.

« Les économistes et les penseurs de la tradition libérale … expliquent généralement la violence, le vice et la misère par une cause unique, la rareté … On retrouve cette idée chez Marx … La pensée qui les sous-tend, la nécessité suspend la morale … La rareté est cause de violence, parce que la limitation des ressources est à l’origine du mal. L’envie et la convoitise deviennent hautement recommandables parce qu’elles sont les moteurs de l’activité économique et que celle-ci permet d’échapper à la pauvreté, de vaincre la rareté, la nécessité qui engendrent … la violence et la destruction, le vice et la misère. L’économie devient une morale plus haute que la morale. » (Paul Dumouchel – sur le primat de l’économique) – On reconnaît le stupide et pernicieux angélisme de tous les socialismes qui ont repris, sans le savoir ni y rien comprendre, les idées libérales les plus pernicieuses.

« L’hypothèse ‘girardienne’ (de René Girard) consiste à postuler que le sacré résulte d’un mécanisme d’auto-extériorisation de la violence des hommes, laquelle se projetant hors de leur prise sous forme de pratiques rituelles, de systèmes de règles, d’interdits et d’obligations, réussit à se contenir elle-même. Le sacré c’est la ‘bonne violence’ institutionnalisée qui régule la ‘mauvaise violence’ anarchique son contraire en apparence. » (Jean-Pierre Dupuy)

« La mise à mort des principes de la guerre juste, qui faisaient en théorie de la guerre un rituel à la fois violent et mesuré, un rituel qui ‘contenait’ la violence par la violence, cette mise à mort a d’abord été le fait de l’Occident. Le principe de discrimination, qui impose de n’attaquer que les combattants adverses, non les peuples tenus pour innocents, en particulier les femmes, les enfants et les vieillards ; le principe de proportionnalité, qui oblige à ajuster les moyens violents de la guerre aux objectifs politiques et stratégiques poursuivis, ces principes sont morts à Hiroshima … Ce qui ne veut pas dire qu’ils n’avaient pas été mis au tapis auparavant, par exemple lors des bombardements de Dresde et de Tokyo. » (Jean-Pierre Dupuy)

« Lorsque l’action humaine ‘tourne mal’ elle dégénère en violence, en guerre, en destruction … L’action ‘bonne’ aujourd’hui peut demain être jugée ‘mauvaise’ … La confrontation impliquée par le face à face … L’originalité des sociétés historiques, pourvues d’un Etat et d’institutions centralisées est d’avoir substitué aux dispositifs symboliques des sociétés dites primitives (notamment, le langage du don, créateur d’un monde de relations stables, de sécurité) un mécanisme beaucoup plus efficace et puissant, mais par là même beaucoup plus aliénant : celui de ‘l’interface’ … Ne rencontrer que des interfaces, des institutions anonymes, agissant selon des règles fixes et connues,  a un avantage : les dommages engendrés sont anonymes et ne sont jamais un rapport entre deux personnes en face à face … Personne ne crée apparemment de dommages à autrui (si cela se produit, un mécanisme d’interface, la Justice, s’interpose) … Ce qui limite les risques que la violence éclate (au prix du sacrifice du sens et de la visibilité et de sa conséquence, le risque d’explosion générale de type révolution) … Seul l’interface qui dissimule la ‘cause’ des dommages aux yeux des victimes, est capable d’éviter l’explosion violente … » (Jean-Pierre Dupuy, Jean Robert – sur, entre autres, le rôle du Marché)

« On n’est jamais si éloquent sur la paix que quand on vient de gagner une guerre. » (Jean Dutourd)

« Reconnaître la violence comme une force biologique est le vrai matérialisme … et la gauche a très mal fait de ne pas étudier assez la biologie et l’éthologie. » (Umberto Eco) – Ce qui, tactiquement, permet à la gauche de faire semblant d’ignorer sa propre violence.

« Je serais assez d’accord avec les futuristes sur le fait que la guerre est la seule hygiène du monde, à une nuance près : elle le serait, si seuls les volontaires pouvaient y participer. Malheureusement, elle entraîne aussi les réfractaires. » (Umberto Eco)

« ‘Quiconque prend l’épée périra par l’épée. Mais quiconque ne la prend pas périra bien avant. » (Georges Elgozy)

« On peut formuler en règle générale que celui qui emploie la violence affirme toujours (et croit le plus souvent) l’employer pour la liberté de son adversaire, pour son bien … ‘Il y a des violences qui libèrent et des violences qui asservissent’ … Lorsque les armées révolutionnaires françaises ont mis en coupe réglée l’Italie, la Suisse, la Hollande, c’était aussi pour les libérer des tyrans et monarques. Malheureusement les peuples ainsi libérés ne semblaient pas toujours apprécier. » (Jacques Ellul – citant ?) 

« La guerre frontale … s’est transformée en guerre économique, moins coûteuse directement en vies humaines mais qui se traduit par d’autres coûts, notamment sociaux : stress, dépression, chômage, placardisation, inquiétude et angoisse devant le futur. On craint moins d’être tué physiquement que psychiquement. » (Eugène Enriquez)

« Ce qu’apporte de radicalement nouveau la Révolution de 1789, c’est l’irruption de la guerre idéologique et de la guerre de masse … Pour ne pas laisser se désagréger le Tout et s’évaporer l’esprit, le gouvernement doit de temps en temps ébranler les individus dans leur isolement par la guerre … La guerre est aussi devenue le temps de l’excès permis … Le progrès de la civilisation est au service de la pulsion de mort. » (Eugène Enriquez)

 « Dans les guerres civiles actuelles, toute légitimation s’est évaporée. La violence s’est complètement débarrassée des justifications idéologiques … Par rapport aux agresseurs actuels, ceux de jadis étaient des dévots … au nom d’idéaux. Ils croyaient ‘dur comme fer’, ‘fanatiquement’, ‘inconditionnellement’ à une certaine conception du monde. » (Hans Enzensberger) – Jusqu’à il y  a peu on prétendait vouloir libérer le peuple, chasser des pédateurs… On ne se donne même plus la peine de mentir … On massacre les paysans, les femmes, les enfants de son propre camp, les otages… Snipers et bombes humaines…

« ‘La férocité des lions ne combat pas les lions’ (Pline) … Seuls les hommes, il n’y a que l’homme … Créé sans armes et faible, doté de liens d’affection, de parenté, de voisinage ; que d’arguments par lesquels la nature a voulu enseigner à l’homme la paix et la concorde … Tout est empoisonné par tant de dissentiments que c’est à peine si je peux trouver quelque demeure où me loger … Se réfugier chez les intellectuels, on y croise sauvagement le fer ! … Avec la religion, là où la religion combat la religion, où il y a autant de factions que de confréries ! … Dans le cœur d’un seul homme, l’homme se combat lui-même ! … Si les mortels n’aimaient pas la guerre, ils ne se déchireraient pas entre eux en des guerres continuelles … Ils se combattent sans trêve, sans mesure ni fin. Les peuples se déchirent entre eux, les cités entre elles, les partis entre eux, les princes entre eux … Tous ces biens amassés par le grand nombre sont scandaleusement dissipés par quelques-uns … Est-il croyable que ce soit des hommes qui aient inventé les canons … Le Christ n’a-t-il pas enseigné autre chose que la paix, livré un autre message que celui de la paix, ‘La paix soit avec vous’, ‘Je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix’, ‘Qu’ils soient un’, Il supplie (Pierre) de rengainer ce glaive qui devait le défendre … ‘Il n’y a ni esclave ni homme libre, ni barbare ni Grec, ni homme ni femme’ … Vous priez pour écarter ce dont vous-mêmes vous êtes les auteurs … On a honte de rappeler quelles bagatelles produisent de telles tragédies, et de quelles minuscules étincelles naissent de tels incendies … Le nom universel de patrie est-il une raison de poids qui justifie qu’un peuple veuille en exterminer un autre ? … Une guerre une fois déclenchée, on ne peut l’arrêter, une petite guerre grossit toujours, une seule guerre en engendre de nombreuses autres… » (Erasme – Plaidoyer pour la paix – C’est la paix qui parle)

« Il vaut mieux avoir honte d’un éclat que d’un silence, d’une violence que d’une abstention. » (Robert Escarpit)

« Quelle est la cause des guerres ? Nous pouvons répondre sans hésiter : la nature humaine. » (Sandor Ferenczi) – Questionné en 1939 pour savoir si cette guerre serait la dernière, Freud, alors âgé, répondit : « Ma dernière. » (cités par Roland Jaccard)

« La pire violence ne vient pas de l’antagonisme entre les hommes mais de la certitude de les en délivrer à tout jamais … Son caractère inhumain (celui de l’idéologie sous-jacente) découle de son désir impatient de fraternité. » (Alain Finkielkraut)

« La volonté de faire vivre l’humanité dans la paix, l’harmonie, la plénitude ne se reconnaît pas d’ennemi légitime. Violence de l’idylle. Férocité de l’utopie. Dès lors que l’humanité devient le sujet de l’histoire et de la politique, la menace apparaît de voir la distinction de l’ennemi et du criminel s’effacer une nouvelle fois. Rien n’est plus dangereux que l’appropriation de l’universel … Qu’est-ce que l’ennemi au sens politique, c’est une collectivité qui met en question l’existence  d’une autre collectivité … ‘Du moment que nous ne voulons pas d’ennemi, nous n’en auront pas, raisonnez-vous. Or, c’est l’ennemi qui vous désigne. Et s’il veut que vous soyez son ennemi, vous pouvez lui faire les plus belles protestations d’amitié, vous le serez’ (Julien Freund) … ‘Qui nie l’ennemi, nie la paix’ (Carl Schmitt)’ » (Alain Finkielkraut – reprenant Carl Schmitt) – Que cela nous plaise ou non, Al Quaida a décidé que nous sommes ses ennemis. 

« Hostilités. – Sont comme les huîtres, on les ouvre. Il semble qu’il n’y ait plus qu’à se mettre à table. » (Flaubert – Dictionnaire des idées reçues)

« Défaite. – S’essuie. » (Flaubert – Dictionnaire des idées reçues)

« Qu’il faut faire aux méchants guerre continuelle. – La paix est fort bonne de soi – J’en conviens, mais de quoi sert-elle – Avec des ennemis sans foi ? » (La Fontaine – Les loups et les brebis)

« Ô peuple trop heureux, quand la paix viendra-t-elle – Nous rendre comme vous tout entiers aux beaux-arts. » (La Fontaine – Un animal dans la lune)

« Combien d’intellectuels français ont ensuite radoté après Marx sur ‘la violence accoucheuse de l’histoire’. » (Claude Fouquet)

« Lors d’une guerre civile on sait au moins pourquoi on se bat. » (Anatole France)

« Aucun prince ne commencera la guerre avant d’avoir obtenu l’indulgence plénière des philosophes. Désormais ces messieurs vont gouverner l’Europe comme les papes l’assujettissaient autrefois. » (Frédéric II – cité par Eric Zemmour) – C’est même devenu pire de nos jours, ce sont ces pitres arrogants qui imposent de faire la guerre, tel BHL dictant la cible de Libye à Sarkoz et, guidant l’agression contre l’Ukraine russophone.

« Ce ne sont ni la famille, ni la propriété privée, ni les inégalités entre les hommes qui sont cause de violence : l’agressivité n’a pas de cause sociale première, et c’est pourquoi toute civilisation, même la plus développée, n’est jamais quitte avec la haine de l’Autre … Plus l’exigence d’aimer les membres d’une même communauté croit, plus la haine est rejetée sur l’extérieur, sur l’ennemi à l’égard duquel toute pitié naturelle disparaît. » (Sigmund Freud) – Ceux qui prétendent en finir avec la violence sont les pires meurtriers.

« Et voilà que la guerre, à laquelle nous ne voulions pas croire, éclata et apporta la désillusion … pour le moins aussi cruelle, acharnée, impitoyable que toutes celles qui l’ont précédée… Facteurs de misère psychique : la désillusion et changement d’attitude vis-à-vis de la mort … celle-ci ne se laisse plus dénier suivant la manière conventionnelle d’avant. » (Sigmund Freud) – L’impact formidable et sous-estimé du conflit de 1914-18 … Retour de la conscience de la mort … Suicide (définitif) de l’Occident.

« Violence directe : violence en acte. Violence indirecte : violence de situation … Celle-ci ne se manifeste presque jamais ouvertement … violence sans conflit, du moins sans conflit ouvert ou apparent. » (Julien Freund)

« A la différence de la paix séraphique qui n’est qu’une entité abstraite, coupée de la réalité, sans contours et sans consistance (la paix de nombre de pacifistes chrétiens qui appellent à leur secours le ‘sermon sur la montagne’) … la paix évangélique comme la paix politique dépendent du vouloir et des capacités des hommes, sauf que la paix évangélique se fait avec le prochain, la paix politique avec une autre collectivité … La première avec l’ennemi privé qui nourrit à notre égard de l’animosité tandis que dans le cadre de la seconde, l’ennemi public cherche essentiellement à défendre sa position … Être pacifiste, ce n’est pas la même chose qu’être pacifique au sens des Béatitudes (suivant lequel la propagation de la paix peut être le résultat d’incantations, de prières, de prédications, d’exhortations ou d’imprécations.) » (Julien Freund)

« Au nom de l’éthique de conviction, en criminalisant la guerre, on ne peut que criminaliser la paix … On ne négocie pas avec un criminel … La volonté de culpabiliser l’autre fait partie de l’arsenal de la propagande pendant la guerre, mais elle constitue une méthode désastreuse lorsqu’on veut susciter une paix par la négociation … La criminalisation de l’ennemi est à l’opposé de la reconnaissance de l’ennemi, condition indispensable lorsqu’on veut terminer un conflit par un compromis … La diffusion de la pensée idéologique sous couleur de moraliser les conflits est de nos jours à la racine de la criminalisation de la guerre et de la paix … Préjugé de notre époque. » (Julien Freund) – Et diktat de la dictature de la bonne conscience cupide américaine.

« On parle de fanatisme aveugle ; il y aurait donc des fanatismes clairvoyants ? » (André Frossard)

« S’il fallait absolument choisir entre la violence et la lâcheté, je conseillerais la violence. » (mahatma Gandhi) – Notre société qui honore Gandhi n’en suit pas ses conseils pour autant.

« Pour arriver à la victoire, la terre avait été couverte de cadavres d’hommes innocents. » (Virgil Gheorghiu – sur la deuxième guerre mondiale)

« Quand vous tenez un marteau, tous les problèmes ressemblent à des clous. » (Anthony Giddens – sur la propension américaine à recourir à la force militaire – cité par François Heisbourg)

« Nos sociétés seraient les premières et les seules à s’être donné les moyens, et le luxe, d’abattre les digues qui contiennent le flux de la violence humaine ; elles seules libèrent le désir vers un état d’indifférenciation jamais connu auparavant, vers une étrange sorte de non-culture ou d’anticulture que nous nommons précisément le moderne … Elles seules dissolvent les différences, désagrègent donc le tissu social. » (René Girard)

« Le mimétisme engendre la rivalité, en retour, la rivalité renforce le mimétisme. Les protagonistes d’un conflit ne voient pas qu’ils sont interchangeables, symétriques, des ‘doubles’. L’observateur extérieur voit que les hommes se battent littéralement pour rien. » (René Girard)

« Le propre de la violence, et pourquoi on la qualifie d’irrationnelle, c’est de survivre au stimulus qui la déclenche ; il est plus facile de la déclencher que de l’arrêter. La violence se trompe, elle déborde. » (René Girard)

« La violence vient toujours des autres, alors qualifiés d’agressifs ou d’agresseurs. Mais ce n’est pas juste. Aucune forme de violence ne se développe en se pensant elle-même comme violence, comme agression. L’homme est par essence compétitif et enclin à la rivalité … Neuf fois sur dix, la violence cache non pas de l’agressivité, mais de la compétition. » (René Girard) – Pour une fois, l’auteur est bien optimiste … Orange mécanique et nos faits divers horribles devenus quotidiens.

« Pour ce qui est des terreurs apocalyptiques, nul ne peut mieux faire désormais que le journal quotidien. » (René Girard)

« Les institutions religieuses sont hantées par ce péril extrême de la propagation sans fin de la violence. » (René Girard)

« La tendance à effacer le sacré, à l’éliminer entièrement, prépare le retour subreptice au sacré sous une forme non pas transcendante mais immanente, sous la forme de la violence et du savoir de la violence. » (René Girard) – Présomption impérialiste laïco-démocratique et Islamisme de combat.

« L’essentiel, face à la violence, la seule conduite vraiment recommandable, c’est de faire semblant de ne rien voir. L’anthropologie religieuse moderne surenchérit sur l’interdiction platonicienne de mentionner la violence. » (René Girard) – Là, la lâcheté occidentale s’épanouit en toute bonne conscience.

« C’était la dernière guerre, la prochaine attend. » (Jean Giraudoux) – Ecrit entre les deux dernières.

« Les hommes ont inventé la guerre pour y être sans nous, les femmes, entre eux. » (Jean Giraudoux)

« Les experts, qui prédisent la fin des idéologies, donc de l’histoire, donc des violences, ont tout faux … Ils croient que ce sont les idées qui guident la violence, alors que c’est elle qui mène et engraisse les idéologies … Au commencement est le tueur en série. Pas le bouquet d’idées qui légitiment l’action, mais le plaisir qui la fait goûter … C’est parce que je hache, que j’emprunte des icônes qui transfigurent mon crime en mission, respectable, adorable, surtout multipliable. » (André Glucksmann) – Sur la violence prétendument justifiée par la religion, aujourd’hui comme hier, ou par quelque idéologie révolutionnaire de type avenir meilleur.

« La technique des camps de concentration a été systématisée, dés l’orée du siècle (le XX°) par l’Angleterre … en Afrique du sud. Plutôt que de quérir dans la tradition jacobine de l’Europe continentale l’unique exemple de violence historique et culturelle moderne, les théoriciens du totalitarisme auraient mieux fait de jeter un coup d’œil sur les westerns de leurs douze chaînes TV ; Ils auraient découvert qu’un génocide devient mythe fondateur. Ils avaient bien repéré que d’un côté de l’Atlantique, on recommence l’histoire en tuant son pourcentage de vilains-aristocrates ou de pétroleuses au gré des opinions variables. Ils auraient pu reconnaître que de l’autre côté, on commence par tuer tous les Indiens, plus une bonne proportion de vagabonds, bandits et filles douteuses. Sans parler des nègres. Deux versions différentes des ‘origines de la démocratie totalitaire’ qui peuvent préparer à d’analogues pratiques expérimentées sur ce qu’il reste d’Indiens, sur les Vietnamiens, sur les Sud-Américains… ou les habitants de Dresde, d’Hiroshima ou de Nagasaki. » (André Glucksmann – sur l’hypocrisie des donneurs de leçons américains)

« En matière de lutte contre la délinquance violente, l’Etat est devenu colosse aux pieds d’argile : sommé par les progrès de l’insécurité d’user de son droit à recourir à la violence légale, il reste tétanisé … Entre un soldat revêtu de l’uniforme d’une armée régulière et un rebelle dépenaillé, le journaliste, l’écrivain, l’intellectuel, l’artiste prendront majoritairement le parti du second contre le premier … Délégitimation de la violence d’Etat. » (Gilles William Goldnadel – sur les critiques pleuvant sur Israël, mais on peut étendre la réflexion bien au-delà) – On sait la corruption mentale régnant au sein de la classe des journalistes, intellectuels et soi-disant artistes.

« Si les grandes guerres suicidaires, malgré l’horreur qu’elles inspirent, n’étaient pas conformes aux vœux les plus profonds de l’homme moderne, elles ne se produiraient pas. » (Paul Goodman – interprété par Bernard Vincent) – C’est certainement exact pour 1914.

« L’histoire de la vie, c’est l’histoire de la violence invaincue, insurmontée. La violence est éternelle et indestructible. Elle se transforme mais ne disparaît pas et ne diminue pas … L’humain ne s’accroît pas en l’homme … L’homme est immobile comme un bloc de granit …  Il n’y a pas de progrès historique. L’homme est toujours égal à lui-même, on n’en fera rien. Il y a une loi simple : la loi de la conservation de la violence … Elle saute d’un continent à l’autre, se change en lutte des classes et de lutte des classes en lutte des races … Les penseurs prennent le chaos de ces métamorphoses pour l’évolution et en cherchent les lois. Mais le chaos ne connaît pas de lois, d’évolution, de sens, de but. » (Vassili Grossman – un personnage de Tout passe) – A destination des Bobos à l’optimisme bien-pensant, éternels complices de la violence par béatitude stupide et égoïste.

« Le relativisme, le désenchantement, l’indifférence seraient devenus le gage d’un monde pacifié. Il nous faut comprendre la profonde, l’incommensurable sottise de ce lieu commun. La violence, au contraire, est le produit des désirs sans frein, de l’avidité sans limites, de la manipulation sans règles, c’est-à-dire d’un affaiblissement des croyances partagées. » (Jean-Claude Guillebaud)

 « La parabole biblique de la joue gauche qu’il s’agit de tendre si on est frappé sur la joue droite, exprime la volonté explicite et consciente de déjouer le mécanisme mimétique de la violence. » (Jean-Claude Guillebaud – reprenant l’analyse de René Girard sur la cycle de la violence mimétique)

« A l’extrême le conflit serait une scission de l’être avec lui-même, contenu de la notion de damnation ? Lorsque l’absurdité cesse d’être dans le monde pour être en nous-mêmes, alors nous sommes enfermés dans le temps, comme la théologie enseigne que les damnés le sont dans l’éternité. » (Jean Guitton) 

« La violence est une caricature de la force … quand la force n’a plus conscience d’elle-même. » (Jean Guitton)

« Que la Révolution décapite le roi, il lui faut inventer cette fiction centralisatrice : la Nation abstraite, conçue comme un génie de la race qui vous fait toiser les autres peuples de haut. Autrefois, rois et nobles faisaient la guerre au-dessus de la tête des populations, qui n’avaient pas à entretenir de haines mutuelles. En 1793, la Convention invente la ‘levée en masse’ … Pour l’arracher aux siens, on lui instille donc la haine de la ‘nation’ d’en face … ‘Qu’un sang impur abreuve nos sillons !’. » (Fabrice Hadjadj) – C’est en 1914 que l’organisation de la haine fut, du moins en France, l’objet de tous les soins (si on peut dire), à des degrés inimaginables, infra-humains. Il fallait bien cela pour obtenir un tel massacre. 

« Tu sais vaincre, Hannibal, mais tu ne sais pas profiter de ta victoire. » (un lieutenant d’Hannibal après la victoire de Cannes devant l’inertie de son chef) – Ecouté alors, Rome eût été conquise.

« La densité, la multiplicité et la complexité des relations entre Etats, jointes au caractère transfrontière de défis communs à l’humanité (climatique, eau, pandémies…) réduisent les occasions où la ‘grande simplification’ qu’est la guerre peut se manifester à la fois de façon efficace et utile … Trancher le nœud gordien n’a de sens que s’il y a un objectif simple à définir et à atteindre, et encore faut-il que le nœud soit de nature à être tranché … Les conflits interétatiques cèdent le pas à une diversité de conflits mettant en jeu des acteurs non étatiques. » (François Heisbourg)

« De la double nature des femmes, il s’ensuit la double capacité d’être l’ange et la bête. Les rouges se perdent dans une bestialité qui fait d’elles des femelles et non des victimes. » (Yannick Ripa – à propos de la guerre civile espagnole – cité par Françoise Héritier) – Cette constatation ne surprendra pas qui a assisté à une libération, une révolution, une épuration, à la conduite hystérique et sadique vis-à-vis de prisonniers réduits à l’impuissance. Mais ne réservons pas la bestialité aux rouges. De plus « aucun des deux sexes n’a l’exclusivité de la violence. » (Françoise Héritier)

« La fureur guerrière des régimes représentatifs et libéraux … Les mercenaires de jadis coûtaient cher. Mieux valait par conséquent économiser leurs vies. Par contre les guerres nationales et la conscription ont pu puiser dans un vivier d’hommes renouvelable à l’infini dans l’esprit de Lazare Carnot, l’organisateur des armées révolutionnaires, qui estimait moins onéreux de procéder à des levées en masse que de remettre les blessés sur pied … ‘Engagez à toute occasion le combat à la baïonnette’… » (Guy Hermet)

« Dans la paix les fils enterrent les pères ; dans la guerre les pères enterrent les fils. » (Hérodote)

« Si la France et l’Allemagne, les deux nations les plus avancées, les plus civilisées du monde, pouvaient s’abandonner à cette boucherie insensée, alors c’est que l’Europe était morte. » (Michel Houellebecq) – Oui, elle s’est suicidée en 1914 (en donnant en plus au monde stupéfait un exemple magistral de stupidité), et on ne réveille pas les morts.

« Toutes les violences ont un lendemain. » (Victor Hugo)

« Les tempêtes d’hommes pires que les tempêtes d’océan. »  (Victor Hugo – L’homme qui rit)

« Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie

« Ont droit qu’à leur cercueil la foule vienne et prie. » (Victor Hugo)

« La dernière décennie du XX° siècle voit une nouvelle forme de guerre morale, altruiste, humanitaire reposant sur les plus énormes trucages. Si le faux tient jusqu’à la victoire, la révélation des trucages n’a aucune importance (les dirigeants occidentaux connaissent leurs propres mensonges, et le peuple de Gogos est sans importance) … Une guerre qui prétend débarrasser des dernières tyrannies opposées à la mondialisation heureuse. Une guerre sur écrans pour nous envoyer le spectacle de notre propre perfection morale et technique … Plus de revendication, seulement nécessité morale … Trilogie : – Légitimité des valeurs humaines – Technicité des méthodes de guerre qui ne tuent que les ennemis nécessaires – Criminalité de l’ennemi réduit à la catégorie de fou dangereux menaçant son propre peuple. » (François-Bernard Huyghe)

« Il n’y a pas de mouvement pacifiste qui ne serve une cause politique. » (Roland Jaccard) – Les soviétiques étaient passés maîtres dans ces créations de mouvements attrape-nigauds.

« La force s’oppose à la faiblesse, la violence, elle, s’oppose à la douceur. La force propulse l’action, qui est économique et ajustée ; la violence dilapide les agitations échevelées, qui sont de l’action en délire, elle trépigne et se démène … quelque chose d’orgiaque … Elle est tout émiettement, éparpillement, éclatement par opposition à la ligne droite de la force. » (Vladimir Jankélévitch)

« La violence est la solution ‘gordienne’ qui, faute de pouvoir délier ou résoudre le nœud, supprime le problème purement et simplement, sectionnant en une fois… Négation instantanée et drastique. » (Vladimir Jankélévitch)

« Si inattendue fut-elle, la première guerre mondiale fut une des conséquences des idées des Lumières. La conscription, la mobilisation de masse mises en pratique par la Révolution française (inaugurée par) furent portées à leur paroxysme en 1914 et furent un effet du concept égalitaire. » (Claude Jannoud)

La guerre commence toujours par des heures héroïques et finit par des minutes de silence. » (Henri Jeanson)

« La guerre, le seul divertissement des rois où les peuples aient leur part. » (Henri Jeanson)

« L’essence de la guerre est d’échapper à son modèle … La guerre est ce qui vit et réagit. » (François Jullien – D’où l’importance du thème dans la pensée chinoise prônant l’adaptation souple de l’esprit face à la variabilité des choses, d’où l’assimilation de sage et de stratège)

« La guerre, une violence épidémique, épidémies psychiques. » (Carl Jung)

« Nous avions quitté les salles de cours, les bancs de l’école et les brèves semaines d’instruction nous avaient fondus dans un grand corps brûlant d’enthousiasme. Elevés dans une ère de sécurité, nous avions tous la nostalgie de l’inhabituel, des grands périls. » ( Ernst Jünger – Orages d’acier )

« Dans le cocon bien clos d’une même culture, nous vivions tous ensemble, plus proches que jamais hommes ne l’ont été, à nos affaires et plaisirs, filant … dans les cafés où nous cernaient les miroirs éclatants, les rues, guirlandes colorées de lumière, les bars pleins de liqueurs chatoyantes, les tables de conférence et le dernier cri, à chaque heure sa nouveauté, à chaque jour son problème résolu, à chaque semaine sa sensation, au fond de tout une insatisfaction énorme que le vacarme couvre de sa chape … Ainsi vivions-nous sans penser, et n’en étions pas peu fiers. A nous, fils d’une époque enivrée de matière, le progrès semblait un accomplissement … la clef … Mais sous les atours dont nous nous attifions comme des magiciens de foire, nous restions aussi nus et bruts que les hommes des forêts et des steppes … On le vit bien lorsque la guerre déchira la communauté de l’Europe … Alors l’humain se revancha en fracassante orgie de tout ce qu’il avait laissé perdre. Alors ses pulsions trop longtemps endiguées par la société et ses lois, redevinrent l’unique et le sacré et l’ultime raison. Et tout ce que le cerveau avait au cours des siècles taillé d’arêtes sans cesse plus tranchantes ne servit plus qu’à accroître la force du poing au-delà de toute mesure. » (Ernst Jünger – La guerre comme expérience intérieure – Sur l’avant 1914)

  « Certes la sauvagerie, la brutalité, la couleur crue propre à l’instinct se sont lissées, polies, estompées au fil des millénaires où la société brida la pulsion des appétits et des désirs. Certes un raffinement croissant l’a décanté et anobli, mais le bestial n’en demeure pas moins toujours au fond de son être. Toujours il est en lui beaucoup de la bête … La sinusoïde de la vie fait-elle brusquement retour à la ligne rouge du primitif, alors les masques tombent : nu comme il l’a toujours été, le voilà qui surgit, l’homme premier, l’homme des cavernes … Il faut que les sentiments eux-mêmes régressent et se confondent, se conforment à l’effrayante simplicité du but : anéantir l’adversaire. » (Ernst Jünger) – Nos sociétés occidentales de voyeurs se régalent devant les actualités télévisées (et truquées) des guerres (Yougoslavie, Moyen-Orient : records d’audience, demain ?), comme pour les films catastrophes.

 « Jour après jour la tranchée pesait de plus belle sur ses occupants qui ployaient. Elle se gorgeait avec voracité de sang, de silence et de force virile … Au moindre bruit inaccoutumé, ce poing jeté vers l’arme depuis les profondeurs du sommeil, c’était une chose qu’on avait dans le sang, un élan de l’homme primitif, le geste même de l’homme des glaciations lorsqu’il empoignait sa hache de pierre … La tranchée faisait de la guerre un travail de manœuvre, des guerriers des journaliers de la mort, usés jusqu’à la corde par un quotidien sanglant … La pourriture couvait sur tout le paysage. Lentement les morts se défaisaient, se conjoignaient à la terre, à la tranchée pour laquelle ils avaient combattu. Quelque part dans la pénombre venteuse, au bord de la tranchée, vacillaient deux rameaux de saule qu’un camarade avait liés en croix. » (Ernst Jünger)

  « La guerre n’est pas instituée par l’homme, pas plus que l’instinct sexuel ; elle est loi de nature, c’est pourquoi nous ne pourrons jamais nous soustraire à son empire … Une civilisation peut être aussi supérieure qu’elle veut, si le nerf viril se détend, ce n’est plus qu’un colosse aux pieds d’argile. Plus imposant l’édifice, plus effroyable sera la chute … Les temps peuvent advenir où les rapides sabots des coursiers barbares claqueront sur les décombres amoncelés de nos villes. » (Ernst Jünger) – Ces temps adviendront, hélas !

« Il n’y a pas de grand mot ni de noble pensée au nom desquels le sang n’ait déjà coulé. » (Ernst Jünger)

« Nous sommes en guerre, mais nous ne le savons pas … C’est la guerre de l’économie contre la société, la guerre que le libéralisme a engagé contre les sociétés humaines, leurs peuples et leur autonomie. Libre-échangisme, mondialisme, sans-frontiérisme, devoir d’ingérence, droit au développement… L’idéologie nouvelle emprunte des costumes variés et déploie une panoplie ingénieuse … pour dissoudre les peuples, abaisser les nations et livrer la guerre de l’économie contre le monde, au nom de l’individu planétaire et du consommateur apatride. » (Hervé Juvin)

« L’extension de la culture monde et la sortie des limites qu’elle appelle, et le désarmement des cultures locales, régionales, nationales qu’elle comporte, loin de préparer la paix, s’inscrivent dans le processus d’explosion de la violence généralisée, d’autant plus terrible qu’elle sera sans cadre, sans structure, sans but de guerre, elle opposera des émotions, des compassions, des opinions, plus que des intérêts fondés sur une juste mesure des choses. » (Hervé Juvin) – On va regretter les temps heureux de Machiavel et de Clausewitz.

« On ne doit pas se permettre, dans une guerre, des hostilités qui seraient de nature à rendre impossible la confiance réciproque, quand il sera question de la paix. » (Emmanuel Kant) – On se doutait que ni Hitler, ni Staline, ni Harris-bomber (britannique) et son maître, Churchill, ni Truman rêvant à l’avance d’Hiroshima n’étaient de grands lecteurs de Kant.

« Dans ces choses qu’on appelle les guerres on a toujours moins à se plaindre des gens qu’on tue que de celui pour lequel on se fait tuer. » (Alphonse Karr) 

« L’ultime faiblesse de la violence est d’être une spirale descendante, engendrant la chose même qu’elle cherche à détruire. Au lieu d’affaiblir le mal, elle le multiplie. En utilisant la violence, vous pouvez tuer le menteur, mais vous ne pouvez pas tuer le mensonge, ni  rétablir la vérité. » (Martin Luther King)

« La première victime d’une guerre c’est toujours la vérité. » (Rudyard Kipling)

« Dans toute l’Histoire, les ravages causés par les excès d’assertion individuelle (excès dus au prestige, à quelque passion, ressentis à titre individuel) sont quantitativement négligeables comparés aux boucheries organisées par transcendance altruiste pour la plus grande gloire d’un drapeau, d’un chef, d’une foi ou d’une conviction politique … Les crimes de violence commis pour des mobiles personnels égoïstes sont historiquement insignifiants par rapport à ceux que l’on a perpétré ‘ad majorem gloriam dei’, par esprit de sacrifice à un drapeau, un chef, une croyance ou une conviction politique. L’homme a toujours été prêt non seulement à tuer, mais aussi à mourir pour des causes bonnes, mauvaises ou complètement futiles … Quelle que soit l’époque considérée … tout indique que la tragédie humaine a pour cause le dévouement (le dévouement transcendantal à des systèmes de croyances collectives) plus que la violence … ‘Le pire des fous est le saint engagé’ (Alexander Pope). » (Arthur Koestler)

« On dit volontiers que les démocraties n’aiment pas la guerre. C’est tout à fait faux, bien sûr, preuve par le caractère belliqueux des démocrates états-uniens et des socialistes français dès que ceux-ci arrivent au pouvoir (pas besoin de remonter à Guy Mollet pour le savoir). Les dirigeants des démocraties contemporaines sont au contraire en permanence tentés de faire la guerre, et cela parce que, davantage soumis aux caprices de l’opinion que les autres régimes, seule la guerre peut les mettre à l’abri de la critique, faire en sorte qu’ils soient identifiés au Bien. » (Aude Lancelin) – Rien de tel qu’un ennemi pour faire taire les opposants, vieux comme le monde.

« Notre tactique était toujours celle du jeu de barres : je te touche et je me sauve ; non point des poussées, mais des coups. Nous n’essayions jamais de garder ou d’exploiter un avantage, mais de rapidement nous éloigner pour frapper à nouveau en quelque autre endroit. Nous utilisions la plus petite force possible et le plus rapidement possible, et le plus loin possible … Notre règle fondamentale refuser toute cible à l’ennemi. » (T. E. Lawrence – Les sept piliers de la sagesse – Mine de considérations su la guerre d’irréguliers.) 

« On a débaptisé l’eau de Cologne devenue eau de Louvain, les chiens de berger allemands devenus bergers alsaciens, la rue de Berlin devenue rue de Liège, et les propriétaires de la rue Richard Wagner l’ont renommée rue Albéric Magnard. » (Paul Léautaud – guerre de 14-18) – On a aussi enlevé sa nationalité à Beethoven pour le déclarer belge, donné la croix de guerre à un pigeon voyageur et envisagé d’en affubler la tour Eiffel !  Avant cette guerre, par haine de l’Allemagne, on ne jouait aucun opéra de Wagner à Paris. On a toujours débaptisé et rebaptisé les rues avec fureur, spécialité française. Ceci pour donner une idée de l’incommensurable lâcheté, de l’inénarrable servilité et de l’ineffable stupidité de l’éternelle bourgeoisie, qui se renouvelle toujours (aujourd’hui Bobos, Médiatiques et médiatisés, Gens bien élevés, castrés, centristes et modérés, petit reste des biens-pensants de jadis, tous aussi politiquement corrects qu’infiniment bornés et arrogants).

« Une poignée de soldats vaut toujours mieux qu’une pléthore d’arguments. » (Georg Christoph Lichtenberg)

« Il faut une âme atroce pour verser le sang de ses sujets ; pour opposer une résistance et amener une guerre civile en France, il me faudrait le cœur de Néron et l’âme de Caligula. »(Louis XVI)

« … Si l’hérétique ne nous fait plus horreur aujourd’hui comme il faisait horreur à nos ancêtres, est-ce à coup sûr parce que nous avons au cœur plus de charité ? Ou ne serait-ce pas … parce que l’objet du litige, à savoir la substance même de notre foi, ne nous intéresse plus ? … En réalité, la partialité contre ‘l’hérétique’ est aujourd’hui ressentie tout comme elle l’était jadis. Beaucoup y cèdent autant qu’y cédaient nos ancêtres. Seulement ils l’ont détournée sur l’adversaire politique. Celui-là seul leur fait horreur … Le sectarisme n’a fait que changer d’objet et prendre quelques autres formes, parce que l’intérêt vital s’est déplacé. Oserions-nous dire que ce déplacement soit un progrès ? … Ce n’est pas toujours, hélas ! la charité qui a grandi ou qui est devenue plus éclairée … L’injustice et la violence règnent toujours ; mais elles sont au service de passions dégradées. » (cardinal Henri de Lubac)

« Il se pourrait que l’agressivité de l’homme fût à l’origine de sa supériorité. » (Alfred Fabre-Luce)

« Ce n’est pas la violence qui répare, mais la violence qui détruit qu’il faut condamner. » (Machiavel)

« Il n’y a que violence dans l’univers, mais nous sommes gâtés par la philosophie moderne qui nous dit que tout est bien. » (Joseph de Maistre) – Déjà !

« On tuait sans doute, on brûlait, on ravageait, on commettait même mille crimes inutiles, mais cependant on commençait la guerre au mois de mai, on la terminait au mois de décembre ; on dormait sous la toile ; le soldat seul combattait le soldat. Jamais les ‘nations’ n’étaient en guerre, et tout ce qui est faible était sacré … Aucune nation ne triomphait de l’autre. » (Joseph de Maistre – évoquant les temps révolus de la guerre des rois) – La guerre totale est une conquête de la démocratie (commencée par nous à la Révolution) comme la haine entre les peuples, qui avant s’indifféraient, tout comme les soldats entre eux d’ailleurs.

« Les guerres d’ailleurs supposent toujours une certaine égalité ; autrement il n’y a point de guerre. Jamais je n’ai lu que la république de Raguse avait déclaré la guerre aux sultans, ni celle de Genève aux rois de France. » (Joseph de Maistre) – Des vertus de l’inégalité, c’était vrai. Maintenant  nos sociétés évoluées n’hésitent plus à écraser le plus faible et celui-ci à pratiquer le terrorisme tout aussi (mais guère plus) aveugle.

« Nous nous sommes engagés dans un mensonge moral de grande ampleur : nous avons menti … Au lieu de dire simplement que nous faisions la guerre … nous avons adopté une posture simplement morale, nous nous sommes placés au pinacle de toutes les vertus, nous menions simplement le pur combat de la justice et du droit … Symétriquement bien sûr, l’adversaire devait apparaître comme un pur et simple criminel, et comme ses crimes … bien réels ne suffisaient pas à notre bonne conscience, nous lui en imputâmes qu’il n’avait pas commis. » (Pierre Manent – sur l’odieux bombardement massif de la petite Serbie pendant soixante-dix-huit jours par les hordes déchaînées de l’Otan aux ordres de la bestialité américaine) – Serait-ce la première (et la dernière fois) fois que l’Occident se cacherait derrière une prétendue morale et mentirait systématiquement ?

« La violence est la sage-femme de toute vieille société grosse d’une nouvelle. » (Karl Marx)

« La violence mise en images, construite sur un arrière-fond de haine (haine de soi, haine de l’autre), anesthésie ceux qui la regardent et ‘neutralise’ tout sentiment d’humanité. La mort spectacle installe une nouvelle forme de barbarie : la barbarie de l’indifférence. » (Michela Marzano) – Sur les vidéos d’égorgement de l’Etat islamique aussi bien que sur le happy slapping occidental (corriger quelqu’un pendant qu’un complice filme la scène), moins violent, mais presque aussi barbare dans son fond.

« Du fond de leur conscience remonte le cri d’angoisse, la question sans réponse des génération sacrifiées : A quoi bon ma vie ? A quoi bon toute vie ? S’ils s’engagent dans les corps francs, une fois les premières semaines de lassitude passées, ce n’est peut-être pas tant par patriotisme que par mépris pour tout ce qui les entoure, pour ceux qui les acclament comme pour ceux qui les bafouent. Ils ont pris racine dans la guerre, et y restent enracinés. Ils ramènent avec eux une sorte d’exaltation funèbre où se combinent le désespoir, le goût de la violence et une soif d’héroïsme désormais sans emploi. » (Jacques Benoist-Méchin – sur les corps francs allemands des marches de l’Est bradées, envahies et saccagées dans les années 1919-20… et le livre Les réprouvés d’Ernst von Salomon)

« Il y a violence quand personne ne sait à quoi s’attendre, quand tout peut arriver, quand font défaut les règles qui rendent prévisibles les comportements et fondent les attentes de réciprocité. » (Yves Michaud)

« Les média ne montrent jamais la vraie violence parce qu’ils ne le peuvent pas. La vraie violence est tellement pornographique qu’elle n’est pas montrable … Les vraies photos de violence sont insupportables et on ne peut pas les produire. Même les ‘Unes’ sur la violence sont esthétisées. D’une certaine manière, on laisse ainsi croire, notamment aux jeunes, que la violence est sans conséquences. » (Yves Michaud)

« Le peu de justification, la gratuité de l’action d’un individu qui se débrouille … Le tout-venant de la violence quotidienne et ordinaire est d‘autant plus déprimant qu’il manifeste cette banalité. » (Yves Michaud) – A rapprocher de La banalité du Mal, d’Hananh Arendt, à propos d’Eichmann.

« Dans le cadre du ‘monitoring’ exercé par la société, la violence est inlassablement perçue, connue, réfléchie, analysée et, aussitôt, prise en charge, aménagée, traitée, gérée, amortie, ce qui signifie aussi qu’elle est du même coup banalisée, maquillée, confinée à des structures de cantonnement et d’anesthésie. » (Yves Michaud)

« Ne jamais oublier que la guerre demeure toujours l’ultime moyen dont disposent les sociétés libérales pour permettre à l’accumulation du capital de poursuivre à l’infini sa course suicidaire … Que cette croissance infinie sur une planète finie soit (provisoirement) repeinte en vert ou encore aux couleurs du ‘développement durable’, de la ‘transition énergétique’ et de la ‘révolution numérique’. » (Jean-Claude Michéa)

« L’idée (qu’on songe à Freud) selon laquelle la civilisation serait un ‘simple vernis’ prêt à craquer (les situations extrêmes ayant le privilège de révéler, non pas tant la part d‘ombre de l’être humain que sa véritable nature) …  idée inspirée par les effets socialement destructeurs, la désorganisation des solidarités traditionnelles les plus solides qu’exercent les guerres civiles, la barbarie et le fanatisme extrême qu’elles revêtent. » (Jean-Claude Michéa)

« Qui n’a pas vu une femme tuer (et j’en ai vu, lors de la guerre civile à Beyrouth) ignore ce que peut le genre féminin. » (Richard Millet) – L’auteur de ce blog peut confirmer.

« Elle est un processus qui ne peut s’achever que par la compréhension complète de l’adversaire, mais, en retour, il ne peut commencer que par cette compréhension même. Bref, la paix doit commencer par la paix ; faire la paix avec un adversaire, c’est commencer par lui donner ce qu’il demande, sans rien réclamer en échange, sinon qu’il accepte ce qu’on lui donne. Si d’aventure, il n’accepte pas, alors il faut réamorcer le processus, en cherchant à comprendre ce qui était demandé au-delà de la demande, et à donner l’objet au-delà de l’objet. Si cela ne suffit pas, on recommence en faisant un pas de plus et ainsi de suite. » (Jean-Claude Milner – sur la paix à l’européenne telle qu’elle est devenue maintenant)

« Les guerres des peuples libres feront regretter celles des rois. » (Mirabeau) – Belle lucidité.

« Toute société implique une stratification et une différenciation sociale qui est la condition même de l’intégration de tous, et, corrélativement, un principe d’organisation égalitaire, dont l’individu en soi constitue le seul référent, entraîne une généralisation de la ‘mimésis’ dont la violence et l’exclusion sont les effets obligés. » (Thomas Molnar) – Et c’est ce qui nous arrive à notre stupide surprise.

« Et consiste l’honneur de la vertu à combattre, non à battre. » (Montaigne)

« Aujourd’hui, tous les conflits se voient directement attribués à la révolte d’hommes aveuglés par le nationalisme et le passéisme contre le mondialisme, c’est-à-dire contre leur propre bonheur. Ces rebelles au nouvel ordre mondial sont les ennemis … de l’Humanité (ce qui est bien commode pour les massacrer) … Ayant trouvé avec des frappes massives sur des pays sans pouvoir de rétorsion, le truc infaillible pour ne plus perdre de GI’s tout en ne pouvant même plus compter, de si haut, les pertes civiles ‘ennemies’, l’Amérique considère qu’elle a enfin inventé la paix. » (Flora Montcorbier) – Esquisse de la méthode sur l’Allemagne et le Japon jadis, perfectionnement et ultimes mises au point sur la Serbie, l’Irak…

« Se battre, épuise ; ne pas se battre, abrutit. Se battre seul : on tombe dans le donquichottisme. Reste le vrai combat : contre soi-même, contre ses démons. » (Paul Morand)

« ‘Ce que nos pères ont fait, nous ne l’aurions pas fait’. Au nom de l’éradication de la violence nous tournons notre violence non liquidable contre nos ancêtres ; et nous tirons de l’inoffensive confrontation avec leurs fantômes un sentiment éclatant de supériorité morale. » (Philippe Muray) – Rien de nouveau depuis les Pharisiens – « Pleins d’hypocrisie et d’iniquité. » (Mt 23 : 28)

 « De nos jours, on se bat. On se bat contre la maladie, on se bat contre la vieillesse, on se bat contre l’exclusion, on se bat contre le chômage, on se bat pour les acquis, on se bat contre l’intolérance, on se bat pour faire bouger les mentalités… On se bat. C’est une guerre, répète-t-on … Toutes les trois phrases : ‘lutter’, ‘se bagarrer’, ‘vaincre’, ‘gagner’, ‘se battre’ … » (Philippe Muray) – Ce qui, dans notre époque de pacifisme bêlant et de ‘trouillardise’ officielle  confirme qu’on ne parle jamais que de ce qui manque.

« Ce n’était d’ailleurs pas leur but. Leur but, c’était le chaos. Le chaos est devenu une doctrine de politique internationale … Les chaotistes de la Maison-Blanche qui n’ont rien trouvé de mieux que de résoudre par le chaos les différents problèmes que leur posent les singularités résiduelles de la planète … Le chaos comme ordre sécuritaire ultime. Le chaos comme dissuasion. » (Philippe Muray) – Sur l’agression américaine contre l’Irak.

« L’état présent du monde n’est pas une guerre de civilisations. C’est une guerre civile, une guerre intestine … Lorsque Rome menait des guerres de police sur les confins de l’Empire (comme les Etats-Unis le font sans cesse), Rome n’était pas en même temps une moitié du monde affrontant une autre : l’Empire était un ordre à part, les peuples singuliers en formaient un autre. » (Jean-Luc Nancy)

 « Il ne faut guère de violence interprétative pour discerner (dans la masse des documents) la présence d’une symbolique et d‘une fantasmatique guerrières plus ou moins discrètement mêlées aux raisons du droit et de la police. … De plus, on ne peut oublier le rôle joué par le désir et le besoin politiques de racheter des échecs guerriers (Vietnam…). Dans le cas des Etats-Unis … ce qui était à laver n’était pas seulement l’humiliation de toute défaite, mais une guerre qui avait rendu la guerre honteuse. Enfin, on n’oubliera pas non plus le goût si clairement étalé, pendant la préparation et la première phase de la guerre, pour le spectacle de la beauté épique et de la vertu héroïque. Après tout, les images ne différaient guère de toutes celles dont sont fait les films de guerre. » (Jean-Luc Nancy – sur la fureur guerrière des Etats-Unis en premier et la jouissance morbide des média et de leurs spectateurs dans les années 199x et 20xx )

« Certains ont dissimulé la guerre sous le manteau du droit … ou pour laver ce qui n’était pas seulement l’humiliation de toute défaite, mais (le souvenir) d’une guerre qui avait rendu la guerre honteuse (Etats-Unis et guerre du Vietnam)… La démocratie ne fait pas la guerre à un souverain (l’Allemagne…), mais à de mauvais chefs. » (Jean-Luc Nancy – sur diverses hypocrisies guerrières)

« Le plus grand péril se trouve au moment de la victoire. » (Napoléon Bonaparte) – Se rappelait-il la façon dont il avait ‘massacré’ sa victoire d’Iéna en humiliant inutilement la Prusse, et donc incité à la bataille des Nations (Leipzig 1813) contre lui, et indirectement accéléré l’unification de l’Allemagne ?

« Une nuit de Paris réparera tout cela. » (mot prêté à Napoléon Bonaparte après quelque boucherie)

« La fonction paternelle exige d’être soutenue par un environnement sous peine de produire des situations ingérables … Si le corps social l’abandonne et décide de le laisser affronter seul la propension incestueuse maternelle, il le réduit à l’impuissance ouvrant la voie à une violence qui débordera très largement le cadre strict de la famille. » (Aldo Naouri – cité par Jean-Pierre Lebrun) – Et on cherche des explications à la déferlante actuelle de violence, surtout pas celle qui mettrait en cause notre société dite avancée !

« C’est la paix, affranchie de la logique des savants et des passions humaines, qui est toute pleine de la fonction poétique. » (cardinal Newman)

« Les guerres constituent en ce moment le plus fort excitant pour l’imagination puisque toutes les extases et toutes les frayeurs chrétiennes sont devenues fades. » (Nietzsche)

« Une erreur fondamentale est de croire à la concorde, à l’absence de conflit – ce serait la mort ! » (Nietzsche)

« Une bonne guerre rend sacrée n’importe quelle cause. » (Nietzsche) – Les Américains ont retenu la maxime.

« Une guerre n’ose pas se montrer, si elle n’est pas assurée de posséder ses causes (faillite de sa propagande) ; en revanche elle saura imposer ses conséquences. » (Roger Nimier)

« ‘Il faut interdire à la violence, comme au désir sexuel, de prendre pied là où leur présence double et une est absolument incompatible avec le fait même de l’existence commune’. Il n’y a toujours qu’une seule manière de résoudre le problème de la violence, le déplacement vers l’extérieur. » (Christine Orsini – citant René Girard) – Sur l’exogamie et la prohibition de l’inceste.

 « Quand la masse agit par elle-même, elle ne le fait que d’une seule manière, elle n’en connaît point d’autre, elle lynche … Lorsque les masses triomphent, la violence triomphe aussi. » (José Ortega y Gasset) – Evident pour qui a vu une émeute, une révolution, certaines  libérations.

« La façon la plus rapide de mettre fin à une guerre est de la perdre. » (George Orwell)

« Les grandes religions politiques sont mortes.  Les grandes confrontations seront religieuses, culturelles, identitaires. » (Paul-François Paoli)

« Linguistes (Alain Bentolila) et psychiatres (Aldo Naouri) ont insisté sur le fait que la violence masculine était liée à un besoin d’affirmation virile qui ne trouve plus de place dans un monde où le féminin, sous toutes ses formes, est surdominant. » (Paul-François Paoli) – Ce qui ne l’excuse certes pas. Pourquoi le contingent de djihadistes venus de France est-il le plus important de ceux venus d’Europe ?

« Certains occupent en France un étrange privilège : leur violence est toujours d’origine ‘sociale’ … Un cas qu’il faut étudier sous l’angle de l’exclusion. Mais si ce sont les Basques, les Bretons ou les Corses qui sont violents, cela devient aussitôt culturel. » (Paul-François Paoli)

« La prétention illusoire de supprimer toute violence aboutit le plus souvent à accroître démesurément la violence. » (Vilfredo Pareto)

« Il ne faut pas confondre la violence et la force. La violence accompagne souvent la faiblesse … Le fort ne frappe que quand cela est absolument nécessaire … Il est curieux d’observer que l’antipathie de la bourgeoisie contemporaine contre la force aboutit à laisser le champ libre à la violence. Les malfaiteurs et les émeutiers, étant assurés de l’impunité, font à peu près tout ce qu’ils veulent. » (Vilfredo Pareto) – Ecrit il y a plus d’un siècle. Que dire maintenant !

« La guerre représente à la fois la plus grande entreprise de la civilisation industrielle, le produit et l’instrument d’une mobilisation totale (comme Ernst Jünger l’a bien vu), et la libération de potentialités orgiaques qui nulle part ailleurs ne peuvent se permettre de porter l’ivresse de la destruction jusqu’à cette dernière extrémité … ‘Happenings’ universels … La démonisation de l’adversaire … Que la démonie puisse atteindre son comble précisément dans une période de lucidité et de rationalité maximales (XX° siècle), c’est toutefois un phénomène sans précédent … L’ennui bien sûr ne recule pas, il occupe de plus en plus le devant de la scène. » (Jan Patocka)

« Celui qui va au bout de l’expérience du front y trouve une positivité profonde et mystérieuse, ni attrait du gouffre ni romantisme de l’aventure … le sentiment puissant d’une plénitude de sens, difficile à formuler, finit par s’emparer de l’homme du front … les participants sont surpris par une liberté absolue, affranchie de tous les intérêts de la paix, de la vie, du jour … le front non pas comme asservissement à la vie, mais comme libération infinie et affranchissement de cette servitude …  Transformation du sens de la vie qui se heurte ici au néant … Chacun est projeté isolément vers son sommet … La ‘solidarité des ébranlés’. » (Jan Patocka – se référant aux expériences similaires et récits proches de Teilhard de Chardin et Ernst Jünger après 14-18)

« La violence a toujours besoin de se légitimer par le mensonge, de se donner l’air – même si c’est faux – de défendre un droit ou de répondre à une menace d’autrui. » (Jean-Paul II)

« Puissions nous avoir sous vous (Millerand, ministre de la guerre) cette guerre qui depuis 1905 est notre seule pensée ; non pas l’avoir seulement, mais la faire ; je donnerais mes œuvres passées, présentes, futures et mes quatre membres pour entrer dans Weimar à la tête d’une bonne section … Et celui qui rend une place ne sera jamais qu’un salaud quand bien même … Ce que l’on demande à l’homme de guerre ce n’est pas des vertus. » (Charles Péguy) – A défaut de Weimar, l’auteur s’est arrêté sur la Marne – Citation pour démolir le mythe du gentil socialiste Péguy et rappeler le Péguy belliciste acharné. Il est vrai que les socialistes sont, historiquement, de grands partisans et initiateurs (jusqu’à Mitterrand !) des guerres, coloniales et autres.

Pour confirmer la nature incendiaire de Péguy, écoutons le pacifique Emmanuel Berl (la mort de la pensée bourgeoise) « Il a souhaité la guerre pour reprendre l’Alsace. Il a réuni toutes les brindilles de bois qu’il a trouvées, patiemment réuni, pour le faisceau de la revanche. Et Jeanne d’Arc. Et 93 … Non seulement Péguy a aimé Jeanne d’Arc, non seulement il a aimé Vala (?), mais encore il a  aimé Millerand dés lors que Millerand organisait des retraites militaires ; il a aimé Gustave Hervé, dés lors que Gustave Hervé posait la question d’Alsace. Et non seulement il a fourbi les haines nationales dans le plan temporel, mais il a ambitionné de les fourbir dans le plan spirituel. Péguy classait les saints par nationalité … un des pires dérèglements qu’on puisse concevoir. » (Emmanuel Berl) – A la suite de Kant, Péguy évoquait Ceux qui n’ont  pas de mains parce qu’ils veulent les garder propres. Lui a les mains couvertes du sang des autres par la haine qu’il a semé.

« Le premier ministre affirme que ‘nous sommes en guerre’. En guerre contre quoi, contre qui ? Notre président, lui, ne nous le dit pas. » (Natacha Polony – sur le duo des sinistres incapables : F. Hollande et J. M Ayrault) – Avouez qu’il y a de quoi déboussoler le guerrier le plus motivé.

« Les pamphlets anti-juifs, Céline les a conçus en réalité comme des pamphlets contre la guerre. Son grand dessein était de crier aux Français qu’on les conduisait de nouveau au casse-pipe, qu’ils ne devaient pas se laisser faire … Si les Chinois, ou les anabaptistes, avaient poussé au conflit, Céline aurait foncé sur eux, sans hésiter, avec la même furie, le même mépris des prudences et des nuances … L’Occident ne devait pas faire la guerre, et il lui était possible de ne pas la faire … Bien sûr, une fois lancé, il passa toute mesure. Les mots l’entraînèrent. Qui dira la puissance aveugle des mots, lesquels, à peine déchaînés, cessent d’obéir à celui qui les mène ? … Il est dangereux d’exciter les peuples et les mots. » (Robert Poulet – évoquant Louis-Ferdinand Céline qu’il ne présenta pas comme antisémite mais comme antibelliciste) – Aujourd’hui même ne continue-t-on pas à exciter les foules ? Observons.

« Peut-il y avoir des bombardements ‘éthiques’ ? Peut-on parler de ‘guerre juste’ quand la disproportion militaire et technologique entre les adversaires est colossale ? Au nom de quelle morale la légitime protection des Kosovars doit-elle supposer la destruction des Serbes ? Quand le rapport militaire est tellement inégal, il est impropre de parler de ‘guerre’. C’est en réalité une punition … En Serbie comme en Irak. » (Ignacio Ramonet)

« Voilà qui est devenu une norme : ne plus montrer les guerres … Ce qu’on en a vu : des images ‘propres’ de soldats corrects, de prisonniers respectés, une violence nulle … Après le Vietnam, les choses ont changé … les Anglais ont commencé aux Malouines, la Grenade a marqué la renverse du côté américain … Le Pentagone a fait ses classes à la Grenade et au Panama, et était finalement au point pour ‘Tempête du désert’. » (Ignacio Ramonet) – Ceci au moins quand les Occidentaux sont engagés au sol. Il faut bien que les populations suivent et approuvent. Ce qu’on montre ne sont que des leurres, ou, à la rigueur, des montages destinés à montrer la perfidie de l’adversaire.

« Il y a une logique de massification commune à la purification ethnique, à la guerre dissuasive et à l’assistance humanitaire … Vus d’avion ou d’ordinateurs … tout peut être cible militaire … La guerre des frappes aériennes, c’est la guerre qui prétend ne pas risquer la vie de ceux qui la font … Le respect de ce contrat du côté où les bombes sont lancées peut provoquer quelques mécomptes du côté où elles sont reçues … Guerres à la frontière de deux humanités : une humanité des individus et une humanité des masses … du monde céleste, moderne, riche et démocratique contre des meutes archaïques. » (Jacques Rancière – A propos de la Serbie et du Kosovo. Mais il y a longtemps que cette dualité a commencé, dès les bombardements de masse opérés par les alliés sur l’Allemagne et le Japon pendant la deuxième guerre mondiale)

« La Deuxième Guerre mondiale offre en effet ce paradoxe : cauchemar pour les peuples qui en subissaient directement les deuils et les dévastations, elle a bel et bien été pour d’autres peuples, chez qui elle mettait fin à la dépression et relançait l’économie à fond de train, une véritable libération. » (François Ricard) – Tiens, tiens ! Les Etats-Unis ne sont pas véritablement sortis de la crise de 1929 par le new deal, mais par la guerre.

« C’est un trou de verdure où chante une rivière …

« Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,

« Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,

« Dort … »

«  Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit. » (Arthur Rimbaud – Le dormeur du val)

« Quand ce sont les méchants qui font la guerre, il y a des morts, c’est sale, c’est moche. Les photos sont insoutenables. Quand ce sont les gentils, ou plus encore, quand c’est nous, c’est propre. Du moins ne nous montre-t-on pas les victimes. » (Ingrid Riocreux)

« Un pays peut se conquérir sans qu’il soit besoin de sortir une arme, ni d’user de la force. Il suffit pour cela de le miner de l’intérieur par des techniques de subversion mêlant culpabilisation, dégoût de soi, fausses nouvelles, querelles fictives. La France en est là, après quarante années d’indifférence aux siens et de fascination pou l’étranger. » (Ivan Rioufol) – D’autant plus que les nouveaux collaborateurs détiennent tous les pouvoirs et tous les média.

« Les Français, las de se gouverner, se massacrèrent ; las de se massacrer au-dedans, ils subirent le joug de Bonaparte, qui les fait massacrer au-dehors. » (Rivarol)

« Il faut arriver jusqu’aux (suit litanie des contemporains de l’auteur), pour entendre célébrer la guerre, avec des accents de jubilation religieuse. » (Romain Rolland)

« Les deux puissances morales dont cette guerre contagieuse a de plus révélé la faiblesse, c’est le christianisme, et le socialisme. Ces apôtres rivaux de l’internationalisme religieux ou laïque se sont montrés soudain les plus ardents nationalistes. » (Romain Rolland – sur le délire réciproque de 1914)

« C’est peut-être dans les armées que le sentiment de haine est le moins fort, parce qu’on y apprend à estimer le courage de l’adversaire, parce qu’on supporte les mêmes souffrances, et parce qu’enfin, où toute l’énergie est tournée vers l’action, il n’en reste plus assez pour le ressentiment ?  C’est chez ceux qui n’agissent pas que la haine prend ces caractères de dureté implacable, dont quelques intellectuels donnent des exemples affreux. » (Romain Rolland – écrivant fin 1914 – Au-dessus de la mêlée) – Pour ceux qui ont, hélas, pu y assister (révolution, libération, insurrection…), ce fut une occasion de se questionner sur la fameuse douceur féminine et les hordes quasi sexuellement excitées hurlant à mort et dépeçant de malheureux prisonniers. J’ai vu.

« Cette haine assassine,  soufflée par des rhéteurs sans risques … On pourrait presque dire que cette guerre est la leur, tant ils y ont apporté de passion forcenée … Non seulement ils n’ont rien fait pour diminuer l’incompréhension mutuelle, pour limiter la haine ; mais, à bien peu d ‘exceptions près, ils ont tout fait pour l’étendre et l’envenimer … Le roi de la meute, Barrès, avec une rage écumante, se jetait à la gorge non plus seulement des Allemands, mais des pacifistes français… La guerre est haïssable, mais haïssables bien plus ceux qui la chantent sans la faire. » (Romain Rolland – sur les intellectuels, en 1914-18) – Mais ils (les intellectuels  officiels) n’ont pas changé depuis lors. 

« L’envie : maladie mortelle, d’où l’intérêt des guerres pour le psychisme. » (Clément Rosset) 

« Qui tue par égoïsme, tue peu ; qui tue par ambition, tue beaucoup ; qui tue par idéalisme, tue énormément. »(Jean Rostand)

« On commence par faire la guerre, on trouve ensuite des raisons de la faire. » (Claude Roy)

« Les patriotes parlent toujours de mourir pour la patrie, jamais de tuer pour elle. » (Bertrand Russel)

« Les ‘professionnels’ de la guerre sont souvent moins sadiques que les amateurs dans les guerres civiles. » (Raymond Ruyer) – De même les guerres de jadis entre mercenaires étaient plus propres que les guerres des peuples inaugurées par la Révolution française.

« Le monde ne renoncera à être violent que lorsqu’il acceptera d’étudier son besoin de violence. » (Une rescapée rwandaise)

« Une violence totalitaire que l’on ne saurait cantonner aux phénomènes de la guerre, des génocides, des camps d’extermination, des bombardements aveugles et qui prend souvent la forme rassurante d’une assistance sociale ou d’une pensée progressiste et moralisante. » (Pierre Sansot)

« La violence se donne toujours pour une contre-violence, pour une riposte à la violence de l’autre. » (Jean-Paul Sartre)

« Une société humaine dépourvue de violence serait une société parfaitement inerte. C’est un fait fondamental que tout éducateur doit prendre en compte avant d’aborder le sujet. Ce n’est pas un phénomène pervers, inexplicable, venu d’on ne sait quel monde diabolique, c’est une composante de notre condition qui doit être rationnellement comprimée et adoucie par… » (Fernando Savater)

La guerre de partisans selon Carl Schmitt : « – L’irrégularité ; Illégalité, Refus de l’uniforme – Le haut degré de mobilité ; Pas de lieu où rester, Imprévisibilité dans le rythme et le type des apparitions, Manière molle dans la conduite de la guerre : ‘l’ennemi avance, nous reculons, l’ennemi demeure, nous gênons, l’ennemi fatigue, nous frappons, l’ennemi se retire, nous suivons’ –  L’engagement politique intense – le caractère tellurique (expression de Carl Schmitt) ; Le village contre la ville, Une forme d’enracinement (local, communautaire). » – L’auteur a reconnu que ces quatre critères pouvaient dater, au moins pour certains.

« Avec la disparition actuelle de toutes les frontières, l’aspiration des Etats-Unis à étendre  leurs interventions et leur reconnaissance à tous les espaces de la terre équivaut à nier le droit à l’autodéfense de tous les autres gouvernements … La suppression de toute mesure et de toute limite qui caractérise l’interventionnisme américain a un sens non seulement global mais aussi total. Il agit aussi bien sur les affaires intérieures que sur les rapports sociaux, économiques et culturels … Pouvoir des Etats-Unis de discriminer les autres gouvernements … qui a  aussi bien sûr le pouvoir de dresser les peuples contre leurs propres gouvernements et de transformer la guerre entre Etats en guerre civile. » (Carl Schmitt – La guerre civile mondiale) – Ecrit il y a plus de soixante-dix ans, prémonitoire. Voir l’Ukraine, le Moyen Orient…

« Carl Schmitt montre que les guerres idéologiques des temps modernes, qui disqualifient l’ennemi sous l’angle moral, au lieu de le considérer comme un adversaire que l’on combat tout en admettant qu’il puisse aussi avoir ses raisons, ont pris le relais des guerres de religion … Même caractère impitoyable et total, effacement des distinctions entre combattants et civils, entre front et arrière, entre belligérants et neutres ; quand les armes se taisent, la guerre se poursuit par la ‘rééducation’ politique (et l’exécution des chefs vaincus, comme Vercingétorix !) … Qui fait la guerre au nom de l’humanité … cherche à accaparer un concept universel pour s’identifier à celui-ci … afin de délégitimer son ennemi, de le transformer en un hors-la-loi,  n un monstre inhumain. » (Carl Schmitt – par Alain de Benoist) – Merci à notre révolution de 1789, aux démocraties qui ont pris la suite ; de ce point de vue pas mieux que les dictatures.

« Le concept d’humanité est un instrument idéologique particulièrement utile aux expansions impérialistes, et sous sa forme éthique et humanitaire, il est un véhicule spécifique de l’impérialisme économique … ‘Qui dit humanité veut tromper’ (Joseph Proudhon) … Le fait de s’attribuer ce nom aussi sublime manifeste une prétention effrayante à faire refuser à l’ennemi sa qualité d’être humain et à le faire déclarer ‘hors la loi’ et ‘hors humanité’ … Détournement du sens classique de la guerre, du fait que les ennemis qui se combattront ne seront plus considérés comme menant également une guerre juste, mais l’on fera passer pour criminel l’un des deux camps au nom de l’exclusivisme moral dont se seront emparées les organisations internationales. » (Carl Schmitt) –Organisations (ONU…), qui, bien loin de freiner les guerres, ne les rendent que plus féroces, c’est bien évident. 

 « L’inculpation de Slobodan Milosevic par le Tribunal pénal international vint enfin légitimer le combat des Alliés et la guerre déclenchée par l’Otan en violation de tout. » (Pierre-Luc Séguillon) – C’est bien la mission du fameux TPI de La Haye, montage judiciaire chargé de légitimer en hâte une guerre illégale (et immorale), de justifier à posteriori les saletés de l’Occident, de distinguer les bonnes agressions (celle de l’Occident et de l’Otan), des vilaines agressions (les non américaines, celle qui se mettent en travers de la mondialisation).

« L’état de guerre lève l’interdiction sacrée du meurtre. » (Michel Serres) – C’était jadis un de ses grands avantages. Aujourd’hui, plus besoin de cet état d’exception, dans nos sociétés aussi libérées qu’avancées, le meurtre est devenu d’une banalité désespérante (voir faits-divers).

« ‘Alors que la notion chrétienne de guerre juste reconnaissait à l’adversaire sa respectabilité et son statut, il en va tout autrement de l’acception moderne du terme. Dans la conception moderne et discriminatoire de la guerre, la distinction entre la justice et l’injustice de la guerre sert précisément à traiter l’ennemi non plus en ‘justis hostis’ (ennemi respectable) mais en délinquant criminel … Si la guerre devient d’un côté une action punitive au sens du droit criminel moderne, l’adversaire de l’autre côté ne peut plus être un ‘justus hostis’. L’action menée contre lui n’est donc pas une guerre, mais une simple opération de police légitime  … La guerre est abolie, mais seulement parce que les ennemis ne se reconnaissent plus mutuellement comme égaux sur le plan moral et juridique’. Ce que dit Carl Schmitt résume de façon prophétique toutes les guerres d’ingérence menée par l’Amérique et l’Occident depuis des décennies. Schmitt a préfiguré le concept d’Etat voyou, né sous la présidence Reagan dans les années 80 et qui connaîtra son heure de gloire sous l’administration Bush. » (Mathieu Slama)

« La violence ne tranche pas toujours forcément les gorges ; le plus souvent elle exige seulement un acte d’allégeance au mensonge, une complicité. »(Alexandre Soljénitsyne)

« La violence ne peut vivre seule. Elle est unie au mensonge par des liens indissolubles … alliance organique … parenté de sang. La violence n’a pas d’autre recours que le mensonge, le mensonge ne peut survivre qu’à l’abri de la violence … L’une, méthode d’action, l’autre, principe normatif … Dès qu’elle prend du volume, pour survivre, elle doit plonger dans un brouillard de mensonges et se masquer sous des faux-fuyants … Du coup, elle n’ose plus toujours trancher la gorge en public, le plus souvent, elle se contente d’exiger de ses sujets un serment d’allégeance et de participation au mensonge officiel. » (Alexandre Soljenitsyne) 

« Aux yeux de la bourgeoisie contemporaine, tout est admirable qui écarte l’idée de violences. Nos bourgeois désirent mourir en paix ; après eux le déluge. » (Georges Sorel)

« La paix n’est pas l’absence de la guerre, c’est une vertu, un état d’esprit, une volonté de bienveillance, de confiance, de justice… qui naît de la force de l’âme. » (Spinoza)

« Comme l’ont montré les récentes guerres américaines (Golfe…), on a renoué avec la pratique féodale qui consistait pour un monarque à appeler auprès de lui, en vue d’une expédition militaire, tous ses vassaux munis de leur équipement et d’un nombre d’hommes proportionnel à leur rang et qualité. » (Alain Supiot)

« La der des der » (disaient les survivants de 1914)

« Où ils ont fait un désert ils disent qu’ils ont donné la paix. » (Tacite)

« ‘La guerre juste’ dont le spectacle réjouit tant le spectateur occidental … Des opérations punitives sont organisées pour ‘démocratiser’ telle ou telle partie récalcitrante du monde … Purification par les bombes … Sous direction américaine, les armées occidentales multiplient les interventions militaro-humanitaires pour forcer d’infréquentables représentants locaux de ‘la Barbarie’ à respecter les droits de l’homme et à s’engager pacifiquement dans la ‘transition démocratique’» (Pierre-André Taguieff – sur les opérations de police internationales, Serbie hier, Ukraine aujourd’hui)

« Le fanatisme répond à deux instincts très profonds de l’être humain : le besoin de sécurité et la tendance agressive. Il rassure la faiblesse et il justifie la violence : il fournit à la fois la cuirasse et le glaive. » (Gustave Thibon)

« Dans les conflits les plus impurs – travestis en guerre sainte – celui qui refuse de prendre parti pour l’une ou l’autre des branches de la tenaille sera broyé par l’une et par l’autre. » (Gustave Thibon)

« La cause la plus vraie est aussi la moins avouée. » (Thucydide – sur les guerres)

« Toutes nos aspirations à la grandeur, tous nos penchants aventureux ont leur source,  sacrée, dans l’idéal chevaleresque qui disqualifie la bestialité, la cruauté, la vénalité. Le code d’honneur n’ a empêché ni les guerres ni les massacres, ; en imprégnant les traditions militaires, il a limité la casse dans des proportions considérables. Depuis qu’il a cessé de prévaloir, on tue froidement, mécaniquement ; les lois de la guerre qu’on feint de respecter n’ont aucune prise sur les consciences. » (Denis Tillinac) – Les lois de la guerre pour les adeptes des bombardements de masse d’hier, comme pour les terroristes d’aujourd’hui !

« Garants de la liberté politique et de l’ordre économique durant un demi-siècle, ils apparaissent de plus en plus comme un facteur de désordre international, entretenant, là où ils le peuvent, l’incertitude et le conflit … Appliquant la ‘stratégie du fou’ qui recommande d’apparaître à d’éventuels adversaires comme irresponsables pour mieux les intimider … Tout se passe comme si les Etats-Unis recherchaient, pour une raison obscure, le maintien d’un certain niveau de tension internationale, une situation de guerre limitée mais endémique … Une Amérique narcissique, agitée et agressive … devenue oligarchique … Militarisme théâtral : – Ne jamais résoudre définitivement un problème : – Se fixer sur les micropuissances afin d’affronter des acteurs mineurs valorisants pour la puissance américaine – Développer des armes nouvelles afin de rester ‘loin devant’ dans une course aux armements qui ne doit jamais cesser … Si l’ancien monde tend vers la paix, s’il n’a plus besoin des Etats-Unis, et si en revanche ces derniers sont devenus économiquement prédateurs et menaçants… Nous pouvons postuler des comportements agressifs de la part d’une classe dirigeante mal contrôlée, et une politique militaire plus aventureuse (la tendance vers l’oligarchie des anciennes démocraties, (‘l’overclass’, la nouvelle classe dirigeante américaine postdémocratique) … Un doute originel plane sur la réalité de la vocation militaire des Etats-Unis. Le déploiement spectaculaire de ressources économiques durant la deuxième guerre mondiale ne peut faire oublier la modestie des performances sur le terrain (et en Corée, et au Vietnam, et ailleurs – hormis bombarder d’en haut les populations civiles ! – l’armée américaine est bonne contre des mythes, comme l’était l’armée de Saddam Hussein) … De plus le concept de zéro mort ! … L’incapacité traditionnelle au sol de l’armée américaine ne peut que rendre l’Amérique plus féroce du haut des airs et renforcer sa préférence pour l’affrontement asymétrique … l’Amérique affaiblie …  n’est plus tolérante. Elle prétend incarner un idéal humain exclusif, posséder la clef de toute réussite économique, … Cette prétention récente à l’hégémonie sociale et culturelle,  ce processus d’expansion narcissique n’est qu’un signe parmi d’autres du dramatique déclin de la puissance économique et militaire réelle, ainsi que de l’universalisme de l’Amérique. Incapable de dominer le monde, elle nie son existence autonome et la diversité de ses sociétés (déclin qui ne la rend que plus dangereuse) … Tant que la Russie existera, l’Amérique ne disposera pas du pouvoir total qui lui assurerait une sécurité économique de longue durée (d’où l’obsession d’abattre la Russie, qu’il faut isoler et dépecer) …Les conflits qu’entretient l’Amérique présentent pour elle un risque militaire zéro, mais lui permettent d’être présente partout et de nourrir l’illusion que la planète, instable et dangereuse, aurait besoin d’elle pour sa protection … Le’micromilitarisme théâtral’ … Ecraser des adversaires insignifiants … Le concept de théâtre d’opération transformé en opération de théâtre … Au-delà de toute motivation apparente des Etats-Unis (indignation de cette société féminisée contre le statut de la femme arabe, importance du pétrole), le choix du monde musulman comme cible et prétexte privilégié du militarisme théâtral américain, dont l’objectif réel est d’illustrer à peu de frais ‘l’omnipotence stratégique’ des Etats-Unis … Le monde musulman, adversaire de théâtre, servant à la mise en scène de la puissance militaire américaine (depuis 2002, date de ces lignes, l’adversaire a un peu changé d’’envergure) … Objectif  poursuivi de désintégration de la Russie, qui pouvait être accélérée par la stimulation des indépendantismes au Caucase et par une présence militaire américaine en Asie centrale … Superpuissance il y a à peine dix ans, la Russie a accepté pacifiquement tous les retraits et toutes les humiliations … L’intégration des anciennes démocraties populaires à l’OTAN ne peut s’interpréter que comme un mouvement agressif tourné contre la Russie, étrange dans le contexte d’un effondrement digne et pacifique de l’Union soviétique. » (Emmanuel Todd – considérations éparses sur le déclin américain et l’agitation militariste forcenée, et fort dangereuse, qui en résulte – Après l’empire)

« Les Etats totalitaires tuent en raison de leurs fondements scientistes ; les Etats démocratiques tuent à l’aide de leurs pratiques scientifiques … On tue, là au nom de ce qui nous apparaît comme une incarnation de l’injustice, et ici, au nom de la justice. » (Tzvetan Todorov – sur la honte monstrueuse de l’Amérique usant sans réelles justifications, par sadisme et racisme, de l’arme atomique contre les populations japonaises)

« Je me demande si la guerre n’éclate pas dans le seul but de permettre à l’adulte de faire l’enfant, de régresser avec soulagement jusqu’à l’âge des panoplies et des soldats de plomb. » (Michel Tournier)

« Être victorieux dans tous les combats n’est pas le fin du fin ; soumettre l’ennemi sans croiser le fer, voilà le fin du fin. » (Sun Tzu – L’Art de la guerre)

« Guerre : massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent et ne se massacrent pas. » (Paul Valéry)

« Le mot de ‘gauche’ emporta tout. Car on accepte à la rigueur d’avoir tué son père, on ne peut pas s’exposer au reproche d’être moins ’à gauche’ que son voisin. Même s’il faut pour cela soutenir l’assassinat … On peut assassiner en restant pacifiste ; l’assassinat  ne devient blâmable que pratiqué par les méchants. Et le méchant, c’est l’armée française. » (Alexandre Vialatte – sur la guerre d’Algérie – Le spectacle du monde)

« La violence est un déni de l’autre, alors que la force implique une retenue de la puissance. La force se refuse à la cruauté, alors que la violence y conduit souvent. La force peut être affirmée quand la violence se déchaîne. La violence recule là où la force avance. » (général Pierre de Villiers)

« Quand on prétend mener une guerre au nom des ‘droits de l’homme’, une guerre humanitaire, on se prive de pouvoir négocier la fin des hostilités avec l’adversaire. Si l’ennemi … est ‘l’ennemi du genre humain’ il ne reste d’autre choix que l’outrance d’une guerre totale et d’une capitulation sans condition. » (Paul Virilio) – Et l’écrasement complet de l’adversaire est bien ce que cherchent les barbares modernes et leurs bombardements sauvages.

« L’étrange inversion des victimes d’un conflit déclenché au nom des ‘droits de l’homme’, où les pertes sont majoritairement civiles, les militaires des deux camps apparaissant comme une espèce protégée … Dans les conflits récents, les pertes sont à 80% du côté des civils, alors que, dans la guerre traditionnelle, c’était exactement l’inverse … La royal où l’US air force du maréchal de l’air Harris (surnommé Harris-bomber), chef opérateur des bombardements stratégiques en Allemagne … La dénomination biblique de ces raids de terreur, ‘Sodome et Gomorrhe’, par exemple … Le concept de zéro-mort ne s’appliquant qu’à la troupe casquée des professionnels » (Paul Virilio) – Il ne s’agit donc pas que des conflits récents. Ce sont les Anglais qui ont inauguré le massacre de terreur des populations civiles (sachant que les Allemands en eussent probablement fait autant s’ils en avaient eu les moyens). Même en France, ce sont les bombardements anglo-américains qui ont tué le plus. Mais, évidemment, les crimes contre l’humanité et les criminels de guerre sont une spécialité (peu enviée, souvent méritée) des seuls vilains vaincus.

« On pourrait supposer qu’une guerre juste serait celle où on vise juste. Le haut niveau technologique d’une attaque devenant du même coup sa garantie morale et légale. » (Paul Virilio) – Belle hypocrisie, et qui marche ! Supposerait que les Américains renoncent à massacrer les populations civiles ? Autrement que par des blocus meurtriers. C’est se montrer bien optimiste.

« Puis soudain, comme une crevasse sur une route lisse, la guerre survint. » (Virginia Woolf – Sur 1914) – Non, tous ceux qui voulaient savoir, savaient que ça allait barder ; que le gouvernement anglais voulait la guerre (question de flotte allemande), que le peuple français était revanchard et atrocement excité par ses pseudos intellectuels (Péguy, Barrès…), ses politicards (Poincaré) et ses instituteurs (défilés d’enfants avec pompon rouge et baïonnette au son de : Vous avez eu l’Alsace et la Lorraine, mais vous n’aurez pas mon cœur…), comme tout le monde savait entre les deux guerres qu’à réduire à la plus noire misère, l’occuper et humilier quotidiennement et savamment sa population (nous savons faire, nous savons même aussi bien fusiller que les autres, en Rhénanie et dans la Ruhr que nous occupions dans les années 1920) et désespérer l’Allemagne on courait à quelque catastrophe, ce fut Hitler, nous l’avions bien cherché, même s’il s’est surpassé dans le délire.

« Nos professions de foi pacifistes sont regardées comme autant de preuves supplémentaires de notre décadence dévirilisée. La défense véhémente de nos valeurs, liberté, égalité, fraternité, n’est qu’une preuve supplémentaire de notre état de déréliction. » (Eric Zemmour)

« La paix n’était plus l’intermède négocié entre deux guerres, mais un absolu qu’on devait imposer, y compris par la force. On sortait de la politique pour entrer dans la morale. On abandonnait le réalisme des rapports de force pour l’idéalisme des bons sentiments … On sortait de la guerre pour entrer dans la croisade … Tout se passait comme si le développement inouï de la technologie moderne, avec ses capacités inédites de destruction obligeait au retour de la guerre juste. Pour justifier de tels moyens de destruction, capables de raser une ville, exterminer un peuple, atomiser un pays, il fallait que la guerre fût moralement juste. » (Eric Zemmour – sur la Seconde Guerre mondiale et l’après 1945) – Simple accroissement de la férocité pour sauvegarder la bonne conscience.

« Une des parties du conflit (la force mondiale dominée par les Etats-Unis) … ne se perçoit pas comme une partie belliqueuse mais comme un agent de médiation pour la paix et l’ordre mondial, qui écrase les rébellions particulières et simultanément procure l’aide humanitaire nécessaire aux ‘populations locales’ … On ne sait jamais si l’avion va larguer des bombes ou des rations alimentaires … La guerre et l’aide humanitaire ne s’opposent donc plus : toutes deux sont intimement liées. La même intervention peut fonctionner simultanément sur les deux niveaux … Le conflit est réduit à la résistance de simples combattants illégaux aux forces de l’ordre universel. » (Slavoj Zizek – sur les conflits ethnico-religieux actuels) – Ce qui ne saurait constituer une excuse aux méthodes terrroristes (massacres, décapitations…)

 « Les Américains se sont aventurés en Somalie dans la confusion la plus totale, se prenant d’abord pour Mère Térésa puis pour John Wayne. » (un journaliste américain) –  La première comparaison est typique de l’intox américaine à l’usage des Gogos et la deuxième de leur brutalité foncière.

« Sans vertus militaires, un peuple ne subsiste pas. » (adage) – Ni les explications savantes, ni les jérémiades, ni les marches, ni les fleurs, ni les bougies ne remplaceront le muscle.

« Le soldat qui s’enfuit au combat est un soldat qui peut resservir. » (proverbe)

« La guerre arrivée, le diable agrandit son enfer. » (proverbe)

« Après la bataille, bien des braves. » (proverbe)

« La victoire a mille pères quand la défaite est orpheline. » (proverbe)

« Qui n’a guère n’a guerre. » (proverbe)

« La paix est le temps où l’on dit des bêtises ; la guerre, le temps où on les paie. » (?)

« Le feu a toujours l’initiative sur les pompiers. » (?)

« Le fanatisme : la haine justifiée par l’amour. » (?)

« La guerre est la multiplication du crime parfait. » (?)

« Les grands conflits ne sont pas des conflits de race, mais de croyance et de culture. » (?)

« L’heure de la victoire est rarement celle de ceux qui l’ont faite, mais de ceux qui en ont les premiers deviné l’approche. » (?)

« Le propre de la violence, et pourquoi on la qualifie d’irrationnelle,, c’est de survivre au stimulus qui la déclenche ; il est plus facile de la déclencher que de l’arrêter. » (?)

« Il arrive que les coups les plus violents soient aussi destructeurs pour ceux qui les portent. » (?)    

« Les seuls combats perdus d’avance sont ceux qu’on ne livre pas. » (?)

Ci-dessous, quelques extraits des considérations de Sun-Tzu sur L’art de la guerre (V° siècle avant J. C.), commentées par Jean Lévi. Sur la mentalité chinoise d’action et d’efficacité, on pourra voir également le Traité de l’efficacité de François Jullien à la fin de la rubrique Action 005, 1, et répétée à la fin de la rubrique Efficacité, 245,1

« La guerre est subordonnée à cinq facteurs. Le premier est la vertu (force morale, ce qui assure la cohésion entre supérieurs et inférieurs et incite ces derniers à accompagner leur chef … sans crainte du danger), le second le climat (ombre et lumière, chaud et froid, cycle des saisons), le troisième la topographie (distances et nature du terrain, accidenté ou plat, large ou resserré), le quatrième le commandement (perspicacité, impartialité, humanité, sévérité et résolution du général), le cinquième l’organisation (discipline, hiérarchie, logistique) … La guerre repose sur le mensonge, Capable, passez pour incapable, Proche, semblez loin, Loin, semblez proche, Prêt au combat, ne le laissez pas voir, Feignez le désordre, Attirez l’adversaire par la promesse d’un avantage, Ecartez-le par la crainte d’un dommage  … Exercez dans l’insolite, l’inhabituel … Fort, évitez-le, Coléreux, provoquez-le, Méprisant, excitez sa morgue, Dispos, fatiguez-le, Uni, semez la discorde, Surgissez à l’improviste, là où on ne vous attend pas … Soumettre l’ennemi sans croiser le fer, voilà le fin du fin … Le mieux consiste à attaquer les plans de l’ennemi, ensuite ses alliances, en dernier ses villes … savoir quand il faut combattre et quand il faut s’en abstenir … Affronter un ennemi qui n’est pas préparé … Faire bouger l’ennemi, pour qu’il se conforme à votre forme, l’attirer avec un appât et le recevoir avec des troupes … La forme d’une armée est semblable à l’eau, elle épouse les accidents du terrain, s’appuie sur les mouvements de l’adversaire, évite les points forts pour attaquer les points faibles  … Le maître des formes sera à l’instar du Tao, sans forme, le sans-forme domine l’ayant-forme … Le premier arrivé est dispos, il a tout pour recevoir l’ennemi,  le dernier est harassé … On ménage une issue à une armée encerclée, on ne poursuit pas une retraite qui n’est que simulée, on ne force pas un ennemi aux abois, on ne barre pas la route à une armée qui regagne ses foyers, on ne gobe pas l’appât que l’adversaire vous tend … Chercher à combattre en position dominante et éviter de monter à l’assaut … On s’établira toujours à quelque distance d’un cours d’eau qu’on vient de traverser pour inciter l’ennemi à le traverser et le surprendre lors de cette opération … ne soyez jamais en aval de l’ennemi (inondation, empoisonnement de l’eau) …  L’ennemi avance, nous reculons, l’ennemi s’immobilise, nos le harcelons, l’ennemi s’épuise, nous le frappons,, l’ennemi recule, nous le pourchassons … Il est préférable de préserver un pays à le détruire … Importance de l’espionnage, de la connaissance des généraux ennemis, de l’intoxication, du dénigrement. L’appréhension du futur n’est que l’observation scrupuleuse et méthodique du présent. »

Ce qui suit, très succinct, essentiellement tiré d’Ignacio Ramonet dans Propagandes silencieuses ne signifie pas qu’une autre domination (issue du terrorisme, par exemple) serait préférable, elle  serait, et à coup sûr, elle, ignoble. Comment peut-on confier le sort de la planète à un pays qui depuis le génocide des Indiens et la tradition des massacres collectifs dans sa conquête de l’Ouest n’a jamais, jamais, cessé d’opérer avec une  brutalité extrême ? Mensonges systématiques, manipulations éhontées, préparation de la guerre totale dés que ses intérêts courent le moindre risque, « Les Américains voulaient cette guerre dés le premier jour » (Jean-Pierre Chevènement, sur le Koweit – mais comme toujours et partout), racisme déclaré et institutionnalisé, massacres de masse (villages vietnamiens, bombardements des villes, Tokyo, villes allemandes passées au phosphore…), humiliantes tromperies adressées à l’ex-URSS (promesses de dissolution de l’OTAN et respect de l’intégrité territoriale), haine féroce contre l’actuelle Russie (le seul obstacle spatial, politique, culturel et religieux à la hideuse mondialisation), ignominies soutenues par Hollywood et toute la machine médiatique mondiale. « Le japonais est le guerrier le plus ignoble, le plus cruel du monde. Il nous faut donc le battre avec ses propres armes » (Consigne de l’US Navy à ses recrues) – « La joie de rôtir les jaunes au lance-flammes. » (John Wayne dans Iwo-Jima) – « Un Vietnamien vivant, c’est un suspect vietcong ; un Vietnamien mort, c’est un véritable vietcong. Un paysan qui s’enfuit est un vietcong, s’il ne s’enfuit pas, c’est un vietcong intelligent ; dans les deux cas, il faut l’abattre.  Comptez les prisonniers seulement à l’arrivée de l’hélicoptère, pas au départ, vous n’aurez pas à rendre compte de ceux qui seraient tombés en vol. » (consignes militaires). Qu’on n’imagine pas que les auteurs des crimes gratuits d’Hiroshima et de Nagasaki se sont conduits différemment sur d’autres théâtres d’opérations. « La logique extravagante qui réglemente les agressions américaines … Des excès de brutalité qui paraissent dériver d’un certain nombre de rites, de règles et de valeurs qui ordonnent le fonctionnement même de la société américaine. » (Peter Davis – Cœurs et Esprits) – Réussir, c’est écraser l’autre.

 

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