460,3 – Morale, Ethique

– Le premier terme sent l’ancien temps, l’arriération, l’obscurité… Nos contemporains évolués utilisent le mot d’éthique, il a une autre allure. Les deux termes ne veulent pas dire exactement la même chose (mais s’il fallait se préoccuper du sens !) : – l’éthique, plus chic que morale, trop poussiéreux,  est acceptée pour son caractère ondoyant et divers, elle ne comporte aucun caractère normatif, elle reflète le comportement, l’affirmation de l’être, la positivité de l’existence, elle est particulière à un individu ou un groupe et répond à la question Comment vivre ? Elle tend vers le bonheur – La morale est redoutée pour sa rigidité, elle répond à des exigences précises, elle se veut universelle et répond à la question Que dois-je faire ? Elle tend vers la vertu. Si l’éthique s’intéresse au réel, à l’existentiel, ses valeurs et ses normes sont relatives à un Ici et à un Maintenant sans viser à l’universel ; la morale s’intéresse à l’intériorité, à l’intention. – « La morale commande, l’éthique recommande. » (André Comte-Sponville). Antigone agissait moralement, plus que conformément à l’éthique locale et d’époque.

– On peut cependant encore utiliser le vieux terme dépassé de morale à condition de le faire suivre de l’adjectif républicaine, ce qui évidemment en fait une morale des plus estimables, comme on le voit tous les jours publiquement et privativement dans l’honnêteté, la pureté, la franchise, le souci des petits qui règnent aujourd’hui…  Rien ne vaut le suffrage universel pour nous édifier une bonne morale, qui « plaise au plus grand nombre » (Jeremy Bentham).

– Il est humain que la diffusion de la morale ait toujours été plus ou moins entachée d’un peu de tartufferie. Mais, aujourd’hui, la production médiatique en général, cinématographique, livresque… se caractérise par une dose d’hypocrisie sans pareille en prétendant pourfendre des vices alors qu’elle se pourlèche sans vergogne en les exhibant (ce qu’on appelle la condamnation apologétique). Ces reflets se donnant pour « de la confrontation sans complaisance » censée « ne rien épargner au spectateur » pour une « courageuse provocation » provoquant un « choc salutaire »… (Hans Enzensberger). Tartufferies.

– De même que notre société en général rachète sa décadence morale par un moralisme totalitaire, soit par une vision manichéenne interdisant toute nuance et toute analyse. Lequel procédé consiste notamment à porter des jugements moraux sur des événements où la morale n’a guère sa place et qui mériteraient une compréhension plus large et surtout plus objective : conflits, soubresauts sociaux, attitudes et comportements privés ou politiques, colonisation, industrialisation, fiscalité… 

– Comment se fait-il que la moralité générale soit si basse alors que nous recevons quotidienneemnt des tombereaux d’excellente moraline déversés par ces saintes peronnes que sont (que ceux que j’oublie veuillent bien m’excuser) : nos bien-aimés gouvernants démocratiques, les dévoués ténors du monde intello-médiatique, les humbles et pauvres patrons de la Silicon valley et autres lieux de bienfaisance, les eurocrates lucides et désintéressés de Bruxelles, les scintillants altruistes du show-biz, les si discrètes stars du football, etc. ? Il est bien désespérant de voir une humanité si rétive.

– La morale ne relève pas que de ‘l’agir’, du ‘faire’, de ‘l’action’. Car nous ne sommes pas que des sujets agissants, nous sommes aussi des sujets parlants. Malé-dictions signifie le mal que nous pouvons causer par la parole, et il peut être grand. Qui ne se souvient, des dizaines d’années après, d’une parole blessante, assassine ? « Le langage est un lieu d’élection de nos bienfaits et de nos méfaits … Des paroles oubliées de moi mais non de ceux à qui je les ai adressées. » (Michel Lacroix)

– Deux morales (distinction de Max Weber) inégalement respectables :

. La morale de conviction, ou d’intention, abstraite, soumise à un impératif inconditionné,  (celle des hommes de foi, celle qui fait les prophètes et les purs, celle des ‘belles âmes’ extrêmement soucieuses de leur satisfaction personnelle, indifférente au non-immédiat, aux conséquences, au bien commun) : « Le virtuose de la bonté ‘acosmique’ veut agir au plus près de ses valeurs sans se soucier des conséquences : ce que l’intention devient dans le monde et les dégâts qu’elle peut provoquer, cela n’est pas son affaire … Pratiquer la nécessaire lucidité éthique n’est pas manquer de compassion … Je ne crois pas qu’on puisse excuser la cécité par la générosité. » (Alain Finkielkraut) – Bien au contraire c’est pratiquer une lucidité efficace. Elle s’applique à travers ce qu’on appelle la rationalité axiologique. Morale de l’intention. Elle recoupe la notion de l’honnête de Montaigne. « La morale est dans les principes et non dans les résultats des actions. » (Maine de Biran). « Le partisan de la morale de conviction ne se sent responsable que de veiller sur la flamme de la pure doctrine afin qu’elle ne s’éteigne pas. »  (Max Weber). Elle est le seul aspect de la morale qu’imposent les média irresponsables qui sont à la seule recherche du profit, « commodes morales »’Paul Nizan) – Perspective dite déontologique, une action est bonne si elle est conforme aux impératifs moraux, en particuliers ceux dictés par la loi ou le devoir.

. La morale de responsabilité, concrète, soucieuse de l’opportunité de l’action  (celle des hommes d’Eglise, au sens large évidemment, ou des hommes d’Etat, celle que connaissent les hommes d’action et de décision), tient compte des circonstances, de l’état du monde où elle s’exerce, gardant la conviction, elle considère cependant les possibilités et elle garde le souci pratique d’efficacité et celui des conséquences. Elle s’applique à travers ce qu’on appelle la rationalité instrumentale ou conséquentialiste. Morale du résultat. Elle recoupe la notion de l’utile de Montaigne. Elle est le seul aspect de la morale qui tienne compte des intérêts vitaux (et même de la survie à terme) de la société et de ses membres les plus faibles (contrairement à la morale de conviction qui ne se soucie que du narcissisme des ‘belles âmes’, qui se comptent généralement parmi les privilégiés.). Perspective dite conséquentialiste, une action est bonne ou mauvaise en considération de ses effets sur le monde, y compris ceux à terme – « Seule l’éthique de la responsabilité est possible en politique si on veut maintenir la paix civile. » (Daniel Bell) – « Le sujet ne semble pas si désespéré si on ne me demande pas qui a moralement raison et qui a moralement tort, mais si l’on demande : étant donné le conflit en place, comment puis-je le résoudre d’une manière qui fasse courir le moins de risques externes et internes à toutes les personnes concernées ? » (Max Weber)

– Cette dualité de deux morales, ou plutôt aspects de la morale, éclate actuellement dans la position vis-à-vis de la gestion de la question migratoire  (si tant est qu’on puisse parler de gestion à propos de cette question).

« Le conséquentialisme semble mieux convenir à la morale collective, celle qui doit régir la vie en société … tandis que le déontologisme semble plus proche de la morale individuelle. » (Guillaume Erner) – Un homme d’Etat ne peut être que conséquentialiste, nos minables politiciens ne sont même pas déontologistes, ils ne sont que des girouettes vides.

– « L’éthique de la conviction et l’éthique de la responsabilité ne sont pas contradictoires, mais elles se complètent l’une l’autre et constituent ensemble l’homme authentique. » (Max Weber)

– « La fonction de l’éthique institutionnelle est d’habituer les gens aux développements technologiques pour les amener à désirer bientôt ce dont ils ont peur aujourd’hui. » (Jacques Testard, biologiste et expert) – Il n’y a effectivement que l’éternel imbécile pour accorder la moindre confiance aux comités d’éthique, comme aux engagements des politiques et soi-disant experts.

– « L’éthique pose des principes alors que la morale s’efforce de les mettre en œuvre … L’éthique est théorique alors que la morale est pratique … L’éthique tend vers une définition des normes alors que la morale tend vers une action circonstancielle. » (Jean-Marie Domenach

-« Alors que la morale représente une contrainte, sous le mot ‘éthique’, se cache une morale de la complaisance, une morale nécessairement de l’instant, du court terme, puisque fondée sur ce qui plaît. C’est selon Finkielkraut, une morale de l’ingratitude : ‘Rien avant, rien autour, rien après, rien que moi’. Chacun définit sa part de vérité. » (Pierre-Patrick Kaltenbach) – Morale-bidon pour relativistes.

——————————————————————————————————————————-

« Rien ne naît de la morale ; on pourrait la comparer aux rails qui guident ou qui repèrent le mouvement, mais sont insuffisants à rien promouvoir. » (Raymond Abellio)

« Sa largeur de vue  en matière morale le disputait à la générosité de son cœur. » (extrait d’une notice nécrologique) – « Façon d’avouer que le regretté défunt était dénué de tout sens moral. » (cité par Théodor Adorno)

« L’inflation contemporaine du discours moral sous ses diverses formes substitutives, celle de la demande d’éthique, de l’humanitaire, d’une littérature morale à succès préoccupée avant tout par le souci de soi et la culture des vertus… occupe le devant de la scène … Tout se passe comme si la place prétendument laissée vacante par le politique était aujourd’hui occupée par une sorte d’activisme moral …le ‘tout moral’ qui retombe nécessairement dans les errements de la ‘belle âme’ hégélienne … Inflation indissociable d’une logique de la compassion universelle, inhérente aux conditions de la démocratie moderne comme processus d’égalisation des conditions.  » (Myriam Revault d’Allonnes)

L’expérience (des régimes totalitaires) nous dit que « ceux qui chérissent les valeurs et tiennent fermement aux normes et aux standards moraux ne sont pas fiables … les normes et les standards moraux peuvent changer en une nuit … Bien plus fiables sont ceux qui doutent et sont sceptiques, non parce que le scepticisme est bon et le doute salutaire, mais parce qu’ils servent à examiner les choses et à se former un avis. Les meilleurs de tous seront ceux qui savent seulement une chose : que, quoi qu’il se passe, tant que nous vivrons, nous aurons à vivre avec nous-mêmes … ‘Que faire pour être sauvé ? Par dessus-tout, ne jamais se mentir à soi-même’ répond le starets (Dostoïevski – Les frères Karamazov) … Ceux qui redoutent le mépris d’eux-mêmes ou la contradiction avec eux-mêmes sont ceux qui vivent avec eux-mêmes ; ils trouvent évidemment les propositions morales, ils n’ont pas besoin d’obligation … Bien que je sois un, je suis deux en un, et il peut y avoir harmonie ou disharmonie avec le soi. Si je suis en désaccord avec d’autres personnes, je peux partir ; mais je ne peux partir de moi … Le critère moral ne dépend en définitive ni des us et coutumes … ni d’un commandement d’origine divine ou humaine, mais de ce que je décide en me considérant … et ce, pour me permettre de vivre avec moi-même … Il est donc décisif que la faculté de se souvenir soit ce qui empêche de mal agir … ‘Il vaut mieux pour moi être en désaccord avec le monde entier que de l’être avec moi-même’. » (Hannah Arendt – interprétant Socrate) 

« ‘Le moralisme, cette faculté à s’indigner’ qui a coutume de regarder le réel dérogeant à ses principes comme une ‘insolence à son égard’. » (Raymond Aron – cité par Marc Crapez)

« Le matin, quand il t’en coûte de te réveiller, que cette pensée te soit présente : c’est pour faire œuvre d’homme que je m’éveille. » (Marc-Aurèle)

 « Le caractère c’est le squelette moral, aussi nécessaire que l’autre. » (Anne Barratin)

« Il faut peu de temps pour perdre le fruit de quelques pénibles progrès moraux . Cinq minutes de grêle et la récolte est perdue. » (Anne Barratin)

« Il faisait reposer toute sa conduite comme son enseignement sur le principe kantien qu’il formulait ainsi : ‘Je dois toujours agir de telle sorte que je puisse vouloir que mon action serve de règle universelle’. Dans les cas particuliers que nous citons (dénonciation, expulsion…)  il avait jugé qu’il n’appartenait pas à un brouillon qui se pique de générosité de maintenir quelque chose de pourri dans une collectivité. Il y a dans cette règle morale un élément de stoïcisme et aussi un élément de grand orgueil – car elle équivaut à dire que l’on peut connaître la règle applicable  à tous les hommes – et puis encore un germe d’intolérance fanatique – car concevoir une règle commune à tous les hommes, c’est être fort tenté de les y asservir pour leur bien ; enfin il y a une méconnaissance totale des droits de l’individu, de tout ce que la vie comporte de variété, de peu analogue, de spontané dans mille directions diverses. » (Maurice Barrès – Les déracinés – sur le personnage de l’enseignant de Nancy) – C’est la position alibi de tous les dénonciateurs, de tous les hypocrites salauds qui se multiplient actuellement.

« L’un des paradoxes du libéralisme est qu’il aboutit, sous couvert de proclamer la liberté, à multiplier les interdits … Comment une époque  qui a autant renoncé à toute conception de la vie bonne peut-elle autant faire la morale ? … Quand la tyrannie du politiquement correct en vient à se retourner contre la tyrannie du plaisir, on assiste au spectacle étrange de mai 68 portant plainte contre mai 68, du parti des conséquences mobilisant ses ligues de vertu pour exiger l’interdiction de ses propres prémisses … ‘Meetoo’ est symptomatique de la schizophrénie de l’époque, déchirée entre frénésie exhibitionniste et fureur répressive … S’exhiber et punir. » (Eugénie Bastié)

« Pour une majorité de gens, tout ce qui est légal finit un jour par être considéré comme moral (en tout cas, pas si grave que ça). » (Jean-Marc Bastière – à propos de l’IVG) – Mais on peut étendre.

« En vérité, une loi morale incontestable est contraire au principe d’une démocratie, où , virtuellement, il n’est rien qui ne soit en question. » (Georges Bataille) – Précisons  que l’auteur constatait une évidence, sans être pour cela fasciste suivant les conventions en vigueur, où Dieu sait quoi, et même loin de là.

« Aux Etats-Unis, la permissivité va de pair avec un hypermoralisme social, qui fait de toute voix ou attitude dissidente une pathologie à éradiquer. » (Jean Baudrillard – par Alain de Benoist) – Et comme nous obéissons servilement à cet empire…

« La gauche est devenue une pure juridiction morale, incarnation des valeurs universelles, champion du règne de la Vertu et tenancière des valeurs muséales du Bien et du vrai, juridiction qui peut demander des comptes à tout le monde sans avoir à en rendre à personne … Moralisation des valeurs : qu’il ne puisse plus être jugé de la vérité historique de tel événement, de la qualité esthétique de telle œuvre, de la pertinence scientifique de telle hypothèse, qu’en termes de morale. » (Jean Baudrillard)

« La modernité proposait deux grandes institutions censées atteindre ce but, à savoir la prédominance de la moralité par le biais de l’application de règles. La première était la bureaucratie, l’autre les affaires. Ces institutions diffèrent … mais s’accordent sur le point d’éradiquer les émotions ou au moins de les tenir à distance respectable – Dans le cas de la bureaucratie, il semble que l’organisation ne soit ‘dirigée par personne’ (Hannah Arendt). ‘Flottement de responsabilité’ : du moment qu’un membre a fidèlement suivi les règles, a fait ce qu’on lui avait dit de faire, ce n’est pas lui qui porte la responsabilité des effets de son action. Qui est le responsable dans ce cas ? ‘Rationalité de procédure’ : les seuls critères sont la justesse de procédure, si les actes sont acceptables de ce point de vue, il n’est nul besoin de leur faire passer aucun autre examen. Les personnes qui entrent dans l’orbite de l’action bureaucratique cessent d’être des sujets moraux responsables, ils sont catalogués à ‘l’état d’agent’ (Stanley Milgram) – La seconde, les affaires, repose sur la ‘rationalité déterminante’ : savoir tirer le meilleur parti de ses moyens considéré comme un devoir, l’honnêteté c’est tenir ses promesses et s’en tenir aux obligations contractuelles. ‘Tous les marchés incitent très fortement à échapper aux responsabilités ; à répercuter les coûts sur la communauté, puis dévaluer l’avenir et ce qu’on laisse aux générations à venir’ (Geoff Mulgan). La rationalité des affaires se dérobe à la responsabilité de ses propres conséquences. Toute transaction d’affaires, pour être véritablement rationnelle, doit commencer de zéro, oublier les mérites passés et les dettes de gratitude – La bureaucratie muselle ou criminalise les impulsions morales ; les affaires se contentent de les mettre de côté. » (Zygmunt Bauman)

« Justesse morale et justesse esthétique, sens des proportions, de la mesure, de la symétrie des actes et de la beauté des gestes … Un acte juste est toujours également un beau geste. » (Bruce Bégout – sur la décence ordinaire de George Orwell)

« Le cataclysme des notions morales chez ceux qui éduquent le monde. » (Julien Benda – évoquant les intellectuels modernes) – Depuis 1926, cela ne s’est pas amélioré.

« Un monde qui ne connaîtrait que la morale des laïcs ne serait que barbarie ; un monde qui ne pratiquerait que la morale des clercs (idéale, dépourvue de tout esprit pratique) cesserait d’exister. La civilisation veut que la morale des clercs influence la morale des laïcs, mais ne soit jamais influencée par elle … Sous l’influence du clerc, le laïc adoucit sa morale, se ‘civilise’, s’adoucit, puis se ressaisit s’il s’est adouci à un point qui compromet son existence. » (Julien Benda)

« Jadis les chefs d’Etat pratiquaient le réalisme, mais ne l’honoraient pas. Louis XI, Charles-Quint… pratiquaient le réalisme mais ne prétendaient pas que leurs actes fussent moraux. La moralité était violée, mais les notions morales restaient intactes. Le gouvernant moderne, du fait qu’il s’adresse à des foules, est tenu d’être moraliste, de présenter ses actes comme liés à une morale, une métaphysique, une mystique. » (Julien Benda)

« Un Machiavel, qui parle pour ses pairs, peut s’offrir le luxe de n’être point moraliste. Un Maurras qui parle pour des foules ne le peut pas : on n’écrit pas impunément dans une démocratie. » (Julien Benda)

« Le cataclysme des notions morales chez ceux qui éduquent le monde. » (Julien Benda – évoquant les intellectuels modernes) – Depuis 1926, cela ne s’est pas amélioré.

« Notre modernité tardive se targue d’une libération morale ; à chacun ses valeurs. Mais de l’autre elle entend définir la bonne et la mauvaise manière de vivre et de penser … Les péchés de discrimination ou d’intolérance. » (Philippe Bénéton) – On voit clairement qui sont les gentils et les vilains.

« L’incitation à l’égoïsme pratique va de pair avec un moralisme social envahissant. D’un côté, il est recommandé de se livrer à ses appétits, de l’autre, il est requis de cultiver de grands sentiments. » (Philippe Bénéton)

 « La morale aristocratique peut se définir … comme la capacité d’agir contre ses intérêts. C’est très exactement l’inverse de l’agent économique de la théorie libérale … La morale aristocratique est une morale vis-à-vis de soi. Pouvoir se regarder en face avec fierté.» (Alain de Benoist)

« ‘Morale de midinettes’. Mais c’était encore une morale, et il n’y a plus de midinettes. On en est à l’apologie des larves. » (Alain de Benoist – citant Henry de Montherlant)

« L’ancienne morale prescrivait des règles individuelles de comportement … La nouvelle morale veut moraliser la société elle-même, sans imposer de règles aux individus … L’ancienne morale disait aux gens ce qu’ils devaient faire, la nouvelle morale décrit ce que la société doit devenir. Ce ne sont plus les individus qui doivent se conduire de façon droite, mais la société qui doit être rendue ‘plus juste’ … Ce que Max Weber appelait la logique du ‘devoir-être’ … Le monde doit devenir autre chose que ce qu’il a été jusqu’ici. Il doit être transformé pour devenir ‘plus juste’ … refus du monde tel qu’il est … le bonheur remplace le salut, l’au-delà cède la place à l’avenir … ‘Remplacez le salut chrétien par la foi au progrès, et vous obtenez le credo commercial de l’Occident planétaire’ (Pierre Legendre) … L’idéologie des droits de l’homme déchiffre la réalité sociale à la lumière de ce qu’elle devrait être (sans que ce ‘devoir-être’ pousse à l’intelligence des obstacles qu’elle trouve sur sa route) … ‘Aurons-nous le courage de dire que c’est ce moralisme qui est à l’origine de la bêtification contemporaine ?’ (Michel Maffesoli). » (Alain de Benoist – Les démons du bien) 

« Le remplacement du politique par la morale, loin d’aboutir à l’extinction des conflits, aboutit au contraire à leur aggravation … Le conflit devient alors inextinguible … L’adversaire relatif devient un ennemi absolu, il ne devrait pas exister, il est ‘hors de l’humanité’, comme il est impossible de pactiser avec lui, il doit être détruit, ou au moins converti ou ‘rééduqué’  … Un adepte de la paix universelle ne peut faire la guerre qu’au nom du bien en soi … une société sans ennemi se transformerait en un royaume de juges et de coupables … Alors que si ma relation à l’homme est par-delà bien et mal, l’Autre peut être à la fois mon ennemi et mon frère. » (Alain de Benoist – s’inspirant d’une thèse de Carl Schmitt)

« Certaines associations se posent davantage en hérauts inquisiteurs d’une nouvelle ‘bien-pensance’ qu’en défenseur d’un intérêt commun : à la morale, on préfère manifestement le moralisme. » (Paul Bensussan, Florence Rault) – C’est plus facile, psychologiquement et matériellement plus rentable.

Les deux niveaux de la morale « ‘Tandis que la première, la morale d’obligation est d’autant plus pure et plus parfaite qu’elle se ramène mieux à des formules impersonnelles, la seconde, pour être pleinement elle-même doit s’incarner dans une personnalité privilégiée qui devient un exemple. La généralité de l’une tient à l’universelle application d’une loi, celle de l’autre à la commune imitation d’un modèle (saints, sages, prophètes…) … Tandis que l’obligation naturelle est pression ou poussée, dans la morale complète et parfaite, il y a un appel’ … La première morale n’apparaîtrait que comme un minimum … La morale d’obligation, déposée dans l’espèce, est anonyme, structurelle et génétique, et n’est la morale de tous parce qu’elle n’est celle de personne. La morale concrète et complète est toujours la morale de ‘quelqu’un’ et n’est universelle qu’en émanant d’un individu, lui-même exemplaire et exceptionnel … Tandis que la morale close suppose l’extériorité d’un ordre impersonnel, celui de la loi, la morale complète repose sur l’appropriation d’une conduite à partir d’une personne exemplaire à laquelle nous nous efforçons de ressembler. » (Henri Bergson – début – commenté par Arnaud Bouaniche)

 « Qu’apprendrait-il de nouveau ce vieux prêtre ? Il a vécu mille vies, toutes pareilles. Il ne s’étonnera plus; il peut mourir. Il y a des morales toutes neuves, mais on ne renouvellera pas le péché. » (Georges Bernanos)

« La question n’est plus de savoir si une chose est intrinsèquement condamnable au regard de principes moraux supérieurs … mais de mesurer sa conformité à ‘ce qui se fait’, à ‘ce qui ne se fait pas’, à ‘ce qui se dit’, à ‘ce qui ne se dit pas’ … Adaptation et exigence morale ne font pas bon ménage. » (Harold Bernat)

« De quelque manière qu’on l’entende, la morale suppose un monde stable, des repères définis, des intérêts actualisables et négociables, un contexte où les attentes et la confiance peuvent être satisfaites. » (Jean-Michel Besnier) – Alors ne nous étonnons pas de n’avoir plus de morale.

« Le triomphe de la ‘political correctness’ ne consacrerait-il pas le retour de la morale à sa préhistoire, du temps où la valeur d’un acte ne s’évaluait pas à l’intention qui y préside mais à sa seule manifestation extérieure et à ses conséquences pratiques ? … Ce n’est pas en réclamant le respect universel qu’on sert la cause de la morale mais, au contraire, en invitant à résister à l’inflation des objets dignes de notre déférence ainsi qu’à la tentation de s’en remettre au légiste du soin de fixer les limites en deçà desquelles nous cessons de représenter l’humanité. » (Jean- Michel Besnier – Eloge de l’irrespect)

« On se forme de bonne heure un modèle en réunissant non pas les qualités vertueuses en elles-mêmes, mais celles qui plaisent, qui se concilient l’approbation générale et obtiennent le crédit de la société où l’on vit. C’est à ce modèle imaginaire qu’on cherche à ressembler, ou dont on se donne les apparences. » (Maine de Biran)

« Personne n’a encore découvert le moyen de préserver l’ordre dans une société sans des principes éthiques traditionnels. » (Max Born)

« Les morales avares qui définissent le devoir à la mesure du pouvoir humain, qui recommandent le salut par la loi et les œuvres et prêchent une spiritualité de maîtrise et de contentement de soi, qui substituent le ‘tu peux, donc tu dois’ à l’implacable exigeant ‘tu dois, donc tu peux’. Devoirs littéraux, naufrage du devoir. Le devoir vrai est dans la disjonction du pouvoir et du vouloir au sein de l’esprit tendu dans une volonté de l’impossible. » (Etienne Borne)

« L’éthique antique et médiévale contient une dimension selon laquelle la pratique morale doit prendre pour modèle la régularité du monde. » (Rémi Brague) – Du temps où, d’une part, on s’inclinait devant l’ordre du monde, au sens de l’univers, et où, d’autre part, l’ordre et la régularité étaient considérés pour ce qu’ils sont, des qualités, des vertus.

« Il n’existe pas de morale avec épithète. Il n’y a pas de morale ‘païenne’ ou ‘juive’, ‘islamique’, ‘bouddhiste’, pas plus que de morale ‘humaniste’ ou ‘chrétienne’. » (Rémi Brague)

« Quand le marché se met au service de la morale et prétend promouvoir l’entraide et la solidarité, c’est la morale qu’il met à son service parce qu’elle est devenue rentable. » (Pascal Bruckner)

« Faire considérer que la conception du monde qu’elles traduisent non plus comme un chaos désordonné de revendications discordantes, mais comme la seule capable de fonder un ordre qui tienne compte des postulations irréductibles de l’être humain … En pratiquant une probité qui sache se refuser à la séduction et une fermeté qui s’accommode mal du désir de plaire. » (Roger Caillois – sur les conceptions reposant sur l’étroite solidarité entre intransigeance intellectuelle et intransigeance morale, des Rimbaud (‘Une saison en enfer’), Baudelaire…) – On voit aujourd’hui combien, même les expressions d’intransigeance, de probité, de fermeté sont inconnues du gang médiatico-politique et show-business, comme des people.

« Le peu de morale que je sais, je l’ai appris sur les terrains de football et les scènes de théâtre qui resteront mes vraies universités. » (Albert Camus)

« Nos vrais moralistes n’ont pas fait de phrases, ils ont regardé et se sont regardés. Ils n’ont pas légiféré, ils ont peint. » (Albert Camus)

« L’idéologie, en hyperdémocratie, a tôt fait de se faire passer pour une morale. Des éléments jadis normatifs culturellement se voient dépouiller de cette qualité … On ne tiendra plus compte des accents,  de l’élocution, de la prononciation, du vocabulaire, du sens, du bon goût… » (Renaud Camus)

« Il n’est pas de progrès moral, et l’idée même d’un progrès moral est une absurdité … Il suffit d’une génération pour que tout soit remis en cause, les habitudes les plus estimables et les lumières les mieux étendues. » (Albert Caraco)

«  Le problème avec la morale, c’est qu’on trouve toujours plus vertueux que soi. Sur ce terrain, quand le démon de la comparaison emporte les hommes dans sa spirale de concurrence, plus personne n’est en mesure de répondre de la cessation des hostilités. » (Jean-Michel Castaing)

« Moins la morale est l’affaire de chacun et plus se multiplient les lois. » (Jean Cau) – Et plus on multiplie les lois, plus la morale s’effondre, jusqu’à ce que tout s’écroule.

« Contrairement à l’opinion reçue, toute décadence discute à perte de vue d’éthique. Elle moralise à tout bout de champ alors que toute grande époque, toute civilisation forte se hausse et se rue vers la vie en laissant la morale, lancée à ses trousses, se débrouiller comme elle peut … L’insupportable moralisme socialiste est un signe clinique de l’essoufflement vital de l’Occident. » (Jean Cau)

« Ce cri : ‘Il n’y a plus de morale !’ Hélas, il n’y a que ça ! Vous confondez : il n’y a plus de sanctions. Et c’est tout autre chose. » (Jean Cau)

 « Quand nous serons devenus moraux tout à fait au sens où nos civilisations l’entendent et le désirent et bientôt l’exigeront, je crois que nous finirons par éclater tout à fait aussi de méchanceté. On ne nous aura laissé pour nous distraire que l’instinct de destruction. » (Louis-Ferdinand Céline) – C’est bien ce qui est arrivé.

« La morale ‘démocratique’, une morale qui se définit statistiquement (constatée par enquête) et non pas normativement (déduite de principes). » (Patrick Champagne – à propos des sondages)

« Les sociétés où règne le moralisme sont celles où triomphe le mensonge. » (Bernard Charbonneau) – La nôtre le démontre sans cesse.

« Sans morale, il n’y a plus de vin de Bordeaux, ni de style. La morale, c’est le goût de ce qui est pur et défie le temps ; c’est le mépris du relâchement. » (Jacques Chardonne) – Vin de Bordeaux (ou de Bourgogne, ou d’ailleurs), ce n’est pas qu’une boutade. Mais alors : le changement perpétuel, la surconsommation, le gaspillage au profit de la déesse croissance, l’abandon de toute racine et tradition, le métissage…

« Si la morale n’a pas disparu du champ social, elle n’en est pas moins imposée du dehors, par les messages véhiculés par les média, et non plus déterminée du dedans. » (Sébastien Charles – avec Gilles Lipovetsky) – En clair la bonne morale est celle dont décident les dominants ; dirigeants, Europeistes, Etats-Unis et lobbies.

 « La république n’est qu’un régime politique parmi d’autres possibles, dont la légitimité est plus conditionnée par sa capacité à défendre les intérêts de la nation qu’à la conduire à une impossible perfection morale. » (Jean-François Chemain – sur les invraisemblables diktats moraux de nos politiciens) – D’ailleurs assez mal placés pour.

« Qu’est-ce en définitive que la morale courante, si ce n’est une morale qui s’éloigne en courant ? » (Chesterton)

« L’Evangile tel qu’il se présente est presque un recueil d’énigmes.    D’abord, mon lecteur de l’Evangile n’y trouverait aucune banalité … C’est infiniment plus qu’on ne peut en dire de la plupart des moralistes agnostiques et des moralisateurs d’associations humanitaires, qui chantent le service à rendre et la religion de la fraternité. Le moralisme de la plupart des moralistes anciens et modernes a consisté en un déluge universel de platitudes submergeant tous et chacun. » (Chesterton) – Il ne s’agit même plus aujourd’hui de platitudes ; il s’agit d’hypocrites stupidités.

« Il n’y a pas de possibilité réelle de tirer du panthéisme un quelconque élan moral. Pour le panthéisme une chose est aussi bonne qu’une autre ; alors que l’action suppose qu’une chose est préférable à une autre. » (Chesterton)

« L’aspect civique de notre penchant vers l’absolu. »  (Emil Cioran)

« La stratégie néo-capitaliste doit sur le plan idéologique des principes, de la morale, des conduites de consommation et pour conquérir ses marchés, casser, liquider, broyer les valeurs éthiques ; la société ‘d’abondance’ doit promouvoir les valeurs inverses de consommation, de gaspillage, de fête, de libidinalité … Liquider l’éthique (moralisme répressif de papa !), liquider l’économie (de l’accumulation) l’inhibition, les valeurs traditionalistes. » (Michel Clouscard) – D’où l’association libéral-libertaire.

« Le moraliste dérange l’ordre faux des convenances. Ne pas confondre moraliste et moralisateur. » (Claude Michel Cluny)

« Les sots font de leur morale une masse compacte et indivisible, pour qu’elle se mêle le moins possible avec leurs actions et les laisse libres dans tous les détails. » (Benjamin Constant)

« Le principal ne serait pas d’enseigner une morale mais d’initier à ce qu’est un jugement de valeur, d’apprendre à discerner qu’il y  a en toute action humaine un aspect moral, un enjeu de valeurs. » (Guy Coq) – L’expression jugement de valeur est-t-elle compréhensible dans un IUFM ?

« Un être moral est celui qui peut se rappeler ses actions passées et apprécier leurs motifs, qui peut approuver les unes et désapprouver les autres. » (Charles Darwin) – Et ces rappels ne sont pas toujours confortables.

« Les moralistes de profession ont assez rarement une morale personnelle. » (Régis Debray) – Tous nos imprécateurs politico-médiatiques.

« La morale de l’héroïsme a fait place à la morale de la victimisation. » (Chantal Delsol)

L’insupportable et hypocrite « moralisation permanente de tous nos comportements, tombée des mains du clergé pour apparaître entre les mains de ce nouveau clergé : l’engeance bobo … des gens qui ont passé leur existence à vilipender l’ordre moral des religions, pour recréer aussitôt un ordre moral constitué par eux-mêmes et maintenu avec une intransigeance inquisitoriale … Ce qu’ils refusaient, ce n’était pas l’ordre moral, c’était de n’en être pas les maîtres. » (Chantal Delsol) – Sur nos nouveaux, et féroces, inquisiteurs.

 « La morale contemporaine n’est rien d’autre que du pharisaïsme, car elle consiste non pas à agir moralement, mais à énoncer le bien sous forme d’admonestation, de conseil ou de menaces … Il s’agit de discourir à voix puissante sur la morale … Moins on l’applique, plus sa parure devra briller … Le sujet contemporain parle beaucoup et agit peu, ou agit sans se risquer, de préférence devant les caméras … Nous vivons dans une société où tout sent le faux. » (Chantal Delsol)

« Enjoint d’inventer par lui-même ses propres normes, et interdit d’en faire l’écho dés qu’il les a trouvées, l’individu contemporain en est réduit à se passer d’éthique structurée … Emotion, indignation, jugements réactifs, morale au coup par coup, morale par saccades, dépourvue de structure … lacunaire et contradictoire. » (Chantal Delsol)

 « Une morale exige toujours une forme de sacralisation de ses normes. Il serait difficile de défendre les droits de l’homme s’ils n’avaient été rendus … intouchables … Même ne supposant aucune vérité concernant le monde humain, ils ont été sacralisés, non pas en tant que vérité, mais en tant que mythes … Les certitudes peuvent disparaître, mais il est impossible à l’esprit humain de vivre dans un monde privé de points fixes. La réapparition des mythes en lieu et place des vérités marque une rupture des temps … Les mythes étaient symboliquement utiles dit Xénophane de Colophon à la bonne tenue des mentalités individuelles et collectives … Les dogmes monothéistes supprimés en tant que vérités sont conservés comme résidus sur lesquels s’appuiera dorénavant la morale … Lorsque les vérités s’éteignent, la morale ne repose plus que sur des mythes … Affirmations sans preuve ni témoignage ni explication, mais auxquelles l’esprit s’attache par la force du cœur et par l’appartenance identitaire (et aussi un peu par la contrainte exercée par les dominants) … Ni dogme ni ‘credo’ ni clergé, mais des comportements, des lois et des interdits rituels … La société des mythes est puissamment ritualisée, parce que les rites y remplacent les fondements … Il faut dans nos sociétés payer tribut à l’égalité, à la non-discrimination, aux droits de l’homme … faute d’être aussitôt marginalisé. » (Chantal Delsol) – Foisonnement des mythes à notre époque : la science, la raison, la justice, l’égalité, la démocratie, dont certains sont l’objet, en France, d’une ferveur quasiment religieuse…

« La protestation du populisme s’inscrit dans la critique de l’élite, responsable des perversions morales, de la vénalité et des magouilles politiciennes … On peut s’étonner de  voir à quel point notre époque si moralisatrice, récuse cette moralisation du populisme. » (Chantal Delsol) – Oui, mais contre le peuple et les populistes, tous les moyens sont bons.

« La mauvaise foi n’a pas son pareil pour mimer la hauteur morale. » (Jean-Philippe Domecq)

 « Cette difficulté inhérente à la morale que Sartre a aperçu : ‘Demander aux hommes de se conduire comme s’il y avait un absolu en affirmant qu’il n’y en a pas’ … Tant que la morale n’aura pas retrouvé, ou trouvé, un point d’ancrage au ciel ou sur la terre, elle ne pourra que chercher en elle-même la justification des normes. » (Jean-Marie Domenach) – D’abord, c’est effectivement ‘se foutre du monde’, attitude généralisée dans nos sociétés. Ensuite, on voit poindre le totalitarisme.

« L’axiome sartrien ‘On ne peut être moral que si tout le monde l’est’ … Mon effort vers le Bien sera d’autant plus dur que la société où je vis s’orientera vers le Mal » (Jean-Marie Domenach) – D’où l’intérêt pour le groupe politico-médiatique dominant de tout, et de tous, pourrir.

« La contrainte n’est plus guère morale, elle est technique, publicitaire … Douce, subtile mais finalement rigoureuse et disciplinaire, elle n’a pas fini de se perfectionner pour nous perfectionner … Manger comme ceci, s’habiller comme cela, bouger, courir, et surtout l’hygiène, boire avec modération et utiliser des préservatifs … Nous voila bombardés de ‘must’. Liquidée en gros, la morale revient en détail, avec des injonctions de plus en plus insistantes et publiques … L’acte moral n’est pas démocratique. La consultation de l’opinion lui serait fatale car l’opinion publique tend normalement vers l’acceptation, le moindre risque, le compromis … Sous Néron, les Sénèques fleurissent et c’est au milieu des catastrophes morales que prospère l’éthique … Voir la France d’aujourd’hui, où les traités d’éthique se multiplient en proportion du mensonge, de la corruption et de la démission grandissantes … Rien de pire pour la morale que la morale au pouvoir … L’immoral nie le Bien, l’amoral nie le Mal, ce qui est pire … Le déclin de la religion pousse le pouvoir politique à usurper une autorité morale, ce qui est extrêmement redoutable. » (Jean-Marie Domenach – considérations éparses sur la morale)

« La morale qui ne peut se faire qu’au nom de…’ … On ne sait plus au nom de qui ou de quoi la faire … Absence d’énonciateur collectif crédible. » (Dany-Robert Dufour)

« Si Socrate, dans le ‘Criton’, refuse de s’enfuir, c’est en définitive parce qu’il n’y a pas de vie morale hors de la cité. » (Louis Dumont) – L’individualisme contre la morale.

« Chacun se fait à son usage une morale personnelle pour pouvoir, la conscience à l’aise, se livrer à ses petites malhonnêtetés. » (Louis Dumur)

« La société n’a pas de morale ; elle n’a que des mœurs. » (Louis Dumur)

« Dans la marche en avant de la civilisation les idées morales forment l’arrière-garde. » (Louis Dumur) – A l’époque de l’auteur on pouvait peut-être encore croire à une marche en avant.

 « Les traits, forcément non conséquentialistes, de la morale de sens commun sont que les devoirs négatifs (‘tu ne tueras point’) ont priorité absolue sur les devoirs positifs (‘tu viendras en aide à ton prochain’). On a plus de responsabilité par rapport à ce que l’on fait que par rapport à ce que l’on laisse faire. » (Jean-Pierre Dupuy) –  Les règles morales sont généralement des prescriptions négatives (un seul précepte positif dans le Décalogue : Tu aimeras…) – Et pourtant la morale « n’est pas toute dans l’abstinence, mais don et grâce, libéralité et magnanimité… » (Félix Ravaissson)

« La morale est aussi, désormais, l’arme de tous ceux qui, faute de déconstruire un argument, choisissent de le récuser en le présentant comme méchant. » (Raphaël Enthoven) – On reconnaît la meute des moralistes médiatiques de l’intolérante pensée unique.

« Des exigences morales sans proportion avec les possibilités d’action poussent finalement les intéressés à se mettre en grève et à nier toute responsabilité. » (Hans Enzensberger – Sur les larmoiements hypocrites des média, les continuels appels aux dons, la culpabilisation érigée en principe de domination…)

« Qu’y a-t-il de vertueux dans une morale qui ne s’astreint plus au devoir de clairvoyance ? Où est la supériorité éthique et politique de ceux que rien jamais ne vient ébranler ou inquiéter car ils rabattent systématiquement les nouvelles fractures de la société sur les figures familières de la détestation de l’étranger ou de la lutte des classes ? » (Alain Finkielkraut – Sur les censeurs du réel, journalistes, sociologues officiels…)

« Contre sa propre ‘hybris’, contre sa propre impatience, la morale elle-même a besoin de méthode et de protection. » (Alain Finkielkraut) – Les moralisateurs cachent bien souvent une vocation de bourreau. Ceux qui prospèrent aujourd’hui dans le monde politico-médiatique ne dérogent pas à cette vieille règle.

 « Dans certaines associations humanitaires, on n’y aime guère les hommes, on aime à s’occuper d’eux… La génération humanitaire, dégrisée de la grande histoire, ne s’intéresse plus qu’au malheur de l’espèce : sa solidarité prend la forme d’un immense maternage. Sa prédilection pour les désolés anonymes ressort davantage du principe de précaution que de l’élan fraternel … Sur le plan intellectuel au moins, cette morale de l’extrême urgence est une morale de l’extrême confort. » (Alain Finkielkraut)

« Du grand principe qu’était naguère l’antiracisme, il ne reste plus, de nos jours, que la pratique systématique du déni et la persécution des indociles. La morale est devenue matraque. » (Alain Finkielkraut)

« La nécessaire lucidité de l’éthique. » (Alain Finkielkraut) – Elle dicte la morale de responsabilité, la seule vraie morale, celle qu’ignorent nos belles âmes.

« Je ne crois pas qu’on puisse excuser la cécité par la générosité. » (Alain Finkielkraut)

« Immoralité. – Ce mot bien prononcé rehausse celui qui l’emploie. » (Flaubert – Dictionnaire des idées reçues)

« Les fables ne sont pas ce qu’elles semblent être –  Le plus simple animal nous y tient lieu de maître – Une morale nue apporte de l’ennui – le conte fait passer le précepte avec lui. »(La Fontaine – Le lion et le chasseur)

« Si par morale on entend cet ensemble de problèmes qui traitent du péché, de la vertu, de la bonne ou mauvaise conscience, alors je crois que la morale a cessé d’exister au cours du XX° siècle. » (Michel Foucault) – L’auteur a malheureusement raison et l’humanité va payer fort cher son hubris.

« La communauté donne aussi naissance à un ‘Surmoi’ sous l’influence duquel s’accomplit l’évolution de la civilisation … Le ‘Surmoi’ de civilisation a constitué ses idéaux et il formule ses exigences. Parmi elles, celles qui touchent aux relations entre êtres humains sont ramassée sous la forme d’une éthique. » (Sigmund Freud) – Aujourd’hui, il s’agit de détruire toute éthique ; ce pourquoi, conformément à une règle bien connue, on en parle tant.

« L’éthique qui s’appuie sur la religion fait intervenir là  ses promesses d’un au-delà meilleur. Il me semble que tant que la vertu ne sera pas récompensée déjà sur terre, l’éthique prêchera en pure perte. » (Sigmund Freud) – Certes, mais c’est oublier que l’éthique officielle est édictée par les dominants. Ce que Freud souhaiterait serait donc que ceux-ci fassent ce qu’ils disent et cessent de s’engraisser sur le dos des dominés ; totalement irréaliste.

Renforcement de la morale par les convictions : « Aussi longtemps que l’homme est satisfait de son sort, sa conscience morale aussi est bien disposée et accorde au ‘Moi’ toutes sortes de choses ; si un malheur l’a frappé, l’homme rentre en lui-même, connaît sa condition de pécheur, accroit ses exigences de conscience, s’impose des privations et se punit par des pénitences. » (Sigmund Freud) – Aujourd’hui, on accuse les autres, la société… C’est plus confortable et, parfois, plus rentable.

« Un Dreyfus innocent n’intéresserait personne. Vos moralistes ne prendraient fait et cause pour un nouveau Dreyfus que s’il avait dûment trahi, de manière évidente et comme par-devant notaire. » (André Frossard – faisant parler le diable)

« Pourquoi parle-t-on si souvent d’éthique et si peu de morale ? C’est que la morale est une éthique qu’on ne compose pas soi-même et que l’on ne peut pas changer tous les jours, alors que l’éthique est une morale que l’on met en discussion. » (André Frossard)

« Le moralisme ambiant qui isole notre monde dans la conviction de sa supériorité, autre visage de la prison du présent. » (Marcel Gauchet)

« La morale de la honte gouverne les sociétés qui mettent les individus sous le regard d’autrui (‘perdre la face’, sociétés asiatiques). La morale de la culpabilité repose sur une intériorisation de la faute commise par le sujet (Occident, christianisme). » (Christian Godin)

« Le respect de soi-même est la règle de notre moralité. » (Goethe)

« Si chacun de nous balaie le pas de sa porte le monde entier sera propre. » (Goethe)

« L’éthique confondue avec les bons sentiments peut servir de manteau à la présomption et à la bêtise. » (Jean-Pierre Le Goff) – Toute notre époque.

« Le cynisme se retrouve à gauche comme à droite, mais la façon dont la gauche s’est  appropriée la morale fait peser sur elle un poids de responsabilité particulière. » (Jean-Pierre Le Goff)

« Pour Benjamin Franklin, la morale est utilitaire ou n’est pas … les vertus ne sont vertus que dans la mesure où elles sont pratiquement utiles à l’individu, en particulier dans le commerce, honnêteté, ponctualité, ardeur à la besogne, tempérance… ; et c’est pour cela qu’elles sont des vertus … On pourrait conclure que lorsque l’apparence de l’honnêteté rend les mêmes services, celle-ci est suffisante… » (Roland Gori – s’appuyant sur une remarque de Max Weber sur Benjamin Franklin et la gigantesque hypocrisie américaine)

« La morale est un talent de société. » (Rémy de Gourmont)

«  Toute morale repose sur la sublimation des désirs masochistes. » (André Green)

« La dégradation de la politique en moralisme est plus dangereuse que la dégradation de la mystique en politique. Le moralisme remplace le cas de conscience par la bonne conscience, comme le juridisme remplace le citoyen par le justiciable, et l’économisme le citoyen par le consommateur. » (Henri Guaino) 

« Pour eux,  l’arrivée de l’explication génétique annonce simplement la fin de la morale. Comment pourrions-nous tenir des gens pour moralement critiquables si non seulement leurs préférences, mais leurs actes eux-mêmes sont prédéterminés par la structure de leur ADN. » (Jean-Claude Guillebaud)

 « La vie morale ne consiste pas, comme on le dit, à anéantir, à détruire. Elle exige que, sans immoler, on surmonte ; que sans anéantir, on consacre ; que, sans mépriser, on sublime … Puritanisme ou amoralisme appartiennent au même genre : l’un et l’autre supposent un certain dualisme du Bien et du Mal, de l’être et du Paraître. L’un et l’autre ont pour règle morale le dédoublement : la bête est au rez-de-chaussée, l’ange au premier étage. L’homme est dissocié sans être uni … Le lieu que l’homme ordinaire habite, c’est le milieu, la zone des médiations, celle de l’incarnation. » (Jean Guitton)

« L’idéal moral sera l’activité dans toute la variété  de ses manifestations … Le vieillard est souvent porté à devenir égoïste, de même des malades. Toutes les fois que la source de vie est diminuée, il se produit dans l’être entier un besoin d’épargner, de se garder pour soi ; on hésite  à laisser filtrer au dehors une goutte de la sève intérieure … Vie, c’est fécondité, générosité … En agissant elle jouit de soi, en agissant moins elle jouit moins, en agissant davantage elle jouit davantage … Les équivalents du devoir, par une sorte d’obligation naturelle ou d’impulsion impérative. Le devoir impersonnel créé par le pouvoir même d’agir, puis par la conception même de l’action (intelligence), puis par la fusion croissante des sensibilités et le caractère plus sociable des plaisirs élevés … » (Jean-Marie Guyau)

« Au lieu  de dire : ‘je dois, donc je puis’, il est plus vrai de dire : ‘je puis, donc je dois’. De là, l’existence d’un certain devoir impersonnel créé par le pouvoir même d’agir. » (Jean-Marie Guyau)

« Le passé et l’avenir, rappelés ou entrevus, sont une condition de la moralité … Un être, pour devenir moral, doit vivre dans la durée. » (Jean-Marie Guyau) – C’est bien afin de détruire toute moralité que les systèmes prétendus philosophiques et les pratiques officielles cherchent à nous faire oublier l’un et négliger l’autre.

« La moralité thérapeutique d’après laquelle il n’existe pas de gens moraux ou immoraux, il n’y a que des gens bien portants ou malades. » (Heinz Hartmann – cité par Christopher Lasch – sur ce que ce denier appelle la moralité thérapeutique)  – On connaît les dégâts d’un tel angélisme. –  « La moralité thérapeutique associée au libéralisme du vingtième siècle détruit l’idée de responsabilité morale … et culmine avec l’attribution aux experts du monopole de la connaissance et du contrôle. » (Christopher Lasch)  

« Le fait d’agir pour le compte d’un groupe semble libérer les hommes de maintes entraves morales qui interviendraient s’ils agissaient d’une façon individuelle. » (Friedrich A. Hayek)

« Les plus grands crimes de notre époque ont été commis par des gouvernants qui avaient l’appui enthousiaste de millions  de gens que guidaient des impulsions morales. » (Friedrich von Hayek)

« Je doute qu’aucune règle morale puisse être préservée sans que soient exclus de la compagnie décente ceux qui l’enfreignent régulièrement. » (Friedrich von Hayek) – Mais qui songerait raisonnablement à préserver de vieilles règles morales, dans la mesure où il en subsisterait quelques bribes malgré tous nos efforts pour les faire disparaître ?

« Faire son devoir consiste à observer les coutumes et les mœurs du milieu dans lequel on vit (vie éthique). La moralité, elle, fonde la connaissance du Bien sur l’intériorité du sujet, sur sa conscience, et non sur la connaissance de règles extérieures. » (Hegel) – Antigone.

« Morale sans sanction ni obligation, sans contrainte ni ascétisme, morale spectacle réduite à l’impératif d’étaler sa réprobation et sa sollicitude … Le management avec du cœur, droit d’être riche, devoir d’aider les pauvres … Morale décontractée, elle tolère la dérision pseudo-absurde, le style marrant, la vulgarité affectée, voire l’obscénité … Les bons sentiments, le moralisme bonasse inspirent tous les débats publics … Le bulletin d’informations télévisées ressemble à un bulletin paroissial, et le calendrier des manifestations caritatives est aussi chargé que celui des manifs ‘contre’ d’il y a dix ans. » (François-Bernard Huyghe – La soft-idéologie)  

« Ascèse et non berceuse : telle est la vie morale. » (Vladimir Jankélévitch)

« Les trois quarts de la morale sont faits pour nous dissimuler cet enfer de la conscience inconsolable, pour nous soustraire au remords. Il n’y a rien au monde qui nous effraie autant que l’inexpiable. » (Vladimir Jankélévitch) – Les rites de consolation, du deuil par exemple, les larmes…

« Le plus grand danger de la vie morale, c’est ce qu’on peut apppeler l’obsession du ‘témoin virtuel’ ; nous posons continuellement, sinon pour autrui, du moins pour nous-mêmes, pour un autre moi, tour à tour apitoyé, laudatif, admiratif, et qui est toujours là pour nous excuser ou nous rassurer. » (Vladimir Jankélévitch)

« L’homme intéressé au chaos des valeurs et à l’indétermination … n’est pas  sans soupçonner que la droiture morale est peut-être une chose simple et univoque, et il a bien trop peur de rencontrer cette chose toute simple. » (Vladimir Jankélévitch)

« Le cynisme est souvent la forme la plus ambivalente du moralisme déçu : il piétine les vertus et blasphème les valeurs, mais sa fureur sacrilège et ses sarcasmes sont peut-être un alibi du dépit amoureux. Dans toutes les négations de la morale, s’affirme avec la même force le moralisme universel et obligatoire. » (Vladimir Jankélévitch)

« L’exigence morale se réduit à un presque-rien, à quelque chose d’impalpable … Cet impalpable est justement la qualité de l’intention et la pureté du cœur. » (Vladimir Jankélévitch)

« Evitons les mots tabous … Même les programmes officiels, pour ne pas prononcer le mot ‘Morale’ emploient des circonlocutions ridicules. Comme si le mot était obscène. » (Vladimir Jankélévitch)

« Il faut laisser vivre les contradictions, et quand on a quelque chose d’important à faire, il faut d’abord le faire, même si on a l’air de se contredire soi-même … L’acte irrationnel par lequel on dit ‘non’ ressemble à un coup de hache ; cet acte est une passion, une violence tranchante qui ne s’organise pas toujours harmonieusement avec notre passé et notre contexte social et culturel … Le refus est un ‘geste gordien’, comme le geste d’Alexandre le Grand … Le refus est l’épée qui tranche tout d’un coup les arguties et les sophismes prometteurs en leur opposant la monosyllabe ‘non’. » (Vladimir Jankélévitch) – « Je ne serrerai pas la main de cet homme. C’est un malhonnête homme. Aussi comme je ne peux pas refuser ma main à un officier français devant les indigènes, je m’en vais. » (Charles de Foucauld s’éloignant de son ermitage de Tamanrasset)

« La morale ne commence qu’avec la polarité du Bien et du Mal ; c’est-à-dire qu’elle exige deux principes, et pas plus de deux ! Jamais plus de deux, mis jamais moins non plus. Moins, ce serait le monisme du Paradis ou de l’Enfer, le royaume de l’innocence sans ombres ou le désespoir de la pure méchanceté, le règne de la grâce ou le tragique absolu. Plus, ce serait le régime de la transaction et des innombrables compromissions, l’option émoussée, l’alternative devenue floue, la volonté dispensée de choisir : car si un principe unique étouffe la lutte morale, dès sa naissance, trois principes détendent la tension et déjà négocient la paix, … en pactisant par l’intermédiaire et grâce à la médiation du moyen. » (Vladimir Jankélévitch)

« Il y a des gens qui n’ont de morale qu’en pièce ; c’est une étoffe dont ils ne se font jamais d’habit. » (Joseph Joubert)

« Le moralisme, c’est la morale appliquée aux autres ; la vraie morale est celle que l’on s’applique à soi-même. » (Jacques Julliard)

« La tyrannie de la télévision et d’Internet tend à substituer à l’objectivité de la loi le subjectivisme de la morale … Toute la société médiatique baigne dans les bons sentiments dont nous voyons chaque jour l’impuissance et l’hypocrisie … Les surenchères de la morale servent de cache-sexe à la prédominance absolue des intérêts privés et du profit. » (Jacques Julliard)

« La moralité d’une société, prise dans son ensemble, est inversement proportionnelle à ses dimensions ; car plus il y a d’individus qui s’agglomèrent, plus les facteurs individuels se neutralisent, s’éteignent les uns les autres, y compris la moralité, qui repose en entier sur le sentiment moral de chacun et partant sur la liberté indispensable à l’individu pour l’extérioriser. »  (Carl Jung)

« La génération aujourd’hui aux affaires s’est autoproclamée ‘génération morale’, mais tout démontre qu’elle  se crispe depuis peu plus en ‘ordre moral’ et, comme il faut à tout ordre moral son clergé … les médias français remplissent cet office (selon Régis Debray) … Il n’y a pas d’ordre moral sans une profession de type clérical, assurant, avec le contrôle des esprits, la diffusion du paradigme et des idées à la mode … Il n’y a non plus pas d’ordre moral sans privilégiés … L’excommunication, mieux l’ostracisme s’effectue en plein jour (pourquoi se gêner ?). » (Pierre-Patrick Kaltenbach) – Ecrit en 2001, Mais depuis les années 1980, les années fric, le triomphe de de la grande corruption affichée et bénie, rien n’est changé, au moins quant à l’hypocrisie moralisatrice, sauf en pire.

« Le beau est le symbole du bien moral. » (Emmanuel Kant)

« Agis toujours de telle sorte que la maxime de ton action puisse être érigée en loi universelle. » (Emmanuel Kant) – Célèbre formule.

« Puis-je ériger la maxime de mon action en loi de la nature, ou cela aurait-il un effet contraire à la raison ? » (Emmanuel Kant) – L’impératif catégorique)

« Qu’est-ce qui, en moi, fais que je suis capable de sacrifier les séductions les plus profondes de mes tendances et tous les désirs qui procèdent de ma nature à une loi qui ne me promet en retour aucun avantage et ne me menace d’aucune peine si je la transgresse ; mieux, une loi que j’honore d’autant plus profondément qu’elle ordonne plus strictement et promet moins en compensation ? » (Emmanuel Kant) – sur la morale naturelle)

« On est d’autant plus chatouilleux sur la question de l’honneur que l’on en a moins. » (Karl Kraus) – « Plus les erreurs se multiplient, plus les les règles et les procédures sont renforcées. Jamais … on n’avait éprouvé le besoin d’édicter autant de codes de bonne conduite. Il n’y en avait simplement pas. La bonne conduite allait de soi. » (Bernard Poulet – Le pouvoir du Monde. Quand un journal veut changer la France)

« Les gardiens de la morale sont toujours soucieux pour le compte des autres, jamais pour eux-mêmes. » (Helge Krog)

« La morale de l’essentiel a laissé la place à la morale de l’archive (l’idéal de l’archive : la douce égalité qui règne dans une immense fosse commune). » (Milan Kundera)

« La paralysie morale de ceux qui mettent au-dessus de toutes les valeurs ‘l’ouverture d’esprit’. » (Christopher Lasch) – Les zombies et les laquais.

« L’exigence de lois et d’ordre, qui, à première vue, semble être une tentative de rétablir des normes morales, est en réalité la reconnaissance et l’acceptation de leur effondrement. L’application de la loi en vient à être envisagée comme la seule arme de dissuasion efficace dans une société qui ne connaît plus la différence entre le bien et le mal … Séparée du concept de justice, la loi n’est rien d’autre qu’un instrument au moyen duquel les autorités imposent l’obéissance … De l’expression du consensus moral de la communauté, la loi n’est plus envisagée que comme un outil de contrôle comportemental. » (Christopher Lasch) – Elle n’exprime plus rien que l’état des rapports de force et les exigences des vainqueurs.

« Notre pouvoir de faire  excède infiniment notre capacité de sentir et d‘imaginer. Cet écart irréductible que Günther Anders nomme le ‘décalage prométhéen’, anesthésie littéralement notre sens moral. » (Serge Latouche)

« La morale s’annexe tout … morale d’un type nouveau. Elle n’impose plus rien aux comportements individuels, mais dessine un cadre général de jugement pour les affaires du monde, en sorte que l’hypermoralisme ambiant va très bien de pair avec la disparition de toute moralité concrète dans la vie pratique. » (C. Lavirose)

« Est moral ce qui sert la révolution. » (Lénine) – Enfin, une définition claire.

« Une grand estime de soi est le premier fondement de la morale, aussi bien que des nobles desseins et des actions honorables. » (Giacomo Leopardi)

« La morale n’est pas une branche de la philosophie mais la philosophie première. »(Emmanuel Levinas)

« Il est temps de dénoncer la confusion entre niaiserie et morale. » (Emmanuel Levinas – Autrement qu’être ou au-delà de l’essence) – Non, il est trop tard, les niais ont tout détruit.

« Une définition de la morale qui la situe exclusivement au niveau du porte-monnaie. » (Elisabeth Lévy – sur la morale actuelle.)

« L’indécent déballage auquel nous avons été conviés est bien le revers de la moralisation, nom désormais donné à la délation organisée. » (Elisabeth Lévy – sur le livre de madame Treirweiler, aussi immonde que récent, et donc bien vendu) – Toute la pseudo- morale actuelle, la fameuse transparence, n’a pour but que d’habituer les esprits à la délation institutionnalisée.

« Fort de la certitude de sa supériorité morale, le néobourgeois peut profiter de ses privilèges à l’abri de frontières culturelles invisibles mais bien gardées … Chatoyant discours sur l’ouverture, la diversité et l’amour de l’Autre. » (Elisabeth Lévy) – « Le discours d’ouverture de la supériorité morale du bourgeois est presque un signe extérieur de richesse. » (Christophe Guilluy)

« Au nom de la morale, on réclamera sans relâche la censure au nom de la liberté, la mise à l’index au nom de la tolérance, l’exaltation ethnique au nom de l’antiracisme. Puisqu’on est incapable de le réfuter intellectuellement, ou trop paresseux pour le faire, le dissident doit être, en effet, disqualifié moralement. Juger, décréter, parfois lyncher deviennent des substituts tant à la pensée qu’à l’action. ‘On ne se détermine pas en fonction des enjeux, mais des ennemis à vaincre’. » (Elisabeth Lévy – citant Paul Thibaud analysant les années Mitterrand)

« Le talent inspiré est toujours une insulte à la médiocrité. Et si cela est vrai dans l’ordre esthétique, ce l’est bien plus encore dans l’ordre moral. Plus que la beauté artistique, la beauté morale semble avoir le don d’exaspérer notre triste espèce. Le besoin de tout rabaisser à notre misérable niveau, de souiller, moquer et dégrader… » (Simon Leys) –  De déchaîner l’immonde meute politico-médiatique. Témoin, les Guignols

« Il n’y a aucun ‘retour de la morale’. L’âge du devoir rigoriste et catégorique s’est éclipsé au bénéfice d’une culture inédite qui diffuse davantage les normes du bien-être que les obligations suprêmes de l’idéal, qui métamorphose l’action morale en ‘show’ récréatif et en communication d’entreprise, qui promeut les droits subjectifs mais fait tomber en déshérence le devoir déchirant. Désormais le label ‘éthique’ est partout, l’exigence de se dévouer nulle part … Nulle recomposition du devoir héroïque, mais réconciliation du cœur et de la fête, de la vertu et de l’intérêt, des impératifs du futur et de la qualité de vie au présent. Loin de s’opposer frontalement à la culture individualiste postmoraliste, l’effet éthique en est une des manifestations exemplaires … L’éthique fait aujourd’hui figure de remède miracle passe-partout, tant elle ressemble à un nouveau leitmotiv théorique … ‘L’éthicisme’ nouvelle figure désenchantée de la ‘fausse conscience’ … Comment ajouter foi à l’idée que la maîtrise de l’avenir soit suspendue à l’essor de la générosité et des mouvements du cœur ? Comment croire … que les proclamations idéales, les vertueuses protestations, les comités d’éthique puissent être à la hauteur des défis du monde moderne … L’éthique, opération cosmétique» (Gilles Lipovetsky) – Surtout quand les dites proclamations et indignations émanent de la clique politico-médiatique dont on connaît la corruption matérielle et morale.

« Il n’est plus de nobles causes sans stars … Les stars ont remplacé les prédicateurs, les ‘shows’ les psalmodies vertueuses … La détresse elle-même est devenue occasion ‘d’entertainment’ … Pleins feux sur le spectacle des variétés et des déshérités, du rire et des larmes, même la morale doit être une fête … Performance, exploit des montants recueillis, exploit de la mobilisation générale, ‘Olympiade de la bienfaisance’, ‘Marathon du cœur’ … ‘Tout ce que j’ai fait est de transformer la famine en événement à la mode’ (Bob Geldof, le premier disque de rock au service du tiers monde) … Spectacularisation des valeurs, gadgétisation se l’engagement éthique. La solidarité n’a rien d’ethnocentrique, elle est ‘épidermique’… Larmes aux yeux, théâtralité du Bien … Non plus une morale de l’obligation, mais une morale sentimentalo-médiatique … ‘La morale de la pitié universelle’ (Nietzsche). » (Gilles Lipovetsky)

« Ce qu’on appelle ‘renouveau éthique’ ne signifie aucunement renaissance d’une culture des devoirs de l’homme, mais foi et illusion scientiste dans le savoir-décider des experts en matière de fins … Voir comment les institutions incarnant l’éthique travaillent, elles aussi, à la reproduction de la démotivation individualiste, à la promotion des spécialistes, à l’expansion de l’organisation technocratique des démocraties : la réaffirmation éthique est une éthique sans citoyen. » (Gilles Lipovetsky) – Ou comment abdiquer et se soumettre.

« Non plus une morale de l’obligation, mais une morale ‘sentimentalo-médiatique’, partout l’émotion l’emporte sur la loi, le cœur sur le devoir, il s’agit principalement d’éveiller la sympathie du public pour les déshérités. » (Gilles Lipovetsky) – Afin que les dominants et les Bobos serviles puissent profiter et jouir en paix.

« On ne peut exclure la montée en puissance d’un néoconformisme moral exacerbé par l’extrémisme des minorités actives de même que par les référentiels dominants de la sécurité et de la santé, de la protection des femmes et des enfants: une morale sévère, l’incandescence du devoir en moins. » (Giles Lipovetsky) – Il est déjà bien là.

« La morale rigoriste culpabilisait les consciences, la nouvelle charité les déculpabilise dans le divertissement …  Les stars ont remplacé les prédicateurs, les ‘shows’ les psalmodies vertueuses ; en lieu et place du ‘tu dois’ régulier, monotone, inconditionnel, nous avons des concerts, des ‘coups de cœur’, des sollicitations humanitaires non directives et non contraignantes. » (Gilles Lipovetsky) 

« La modernité  se présente sous deux faces : d’un côté l’idolâtrie de l’impératif moral, de l’autre sa délégitimation radicale ; la sacralisation laïque du devoir a eu pour envers la désacralisation de la conscience vertueuse. » (Gilles Lipovetsky)

« Le moralisme est cause de grands désordres. Mais combien pire la dissolution de la morale dans l’estimation même du sujet ! » (cardinal Henri de Lubac)

« La légitimité morale réchauffe le cœur bien plus que la froide légalité, mais la démocratie se fonde sur des valeurs ‘froides’ telles que la légalité … Si les ‘lois non écrites des dieux’ se contentent de s’opposer abstraitement à la loi positive, elles peuvent se révéler extrêmement dangereuses ; si pour Antigone elles s’identifient à une valeur que nous pouvons tous considérer comme universelle, un fanatique peut considérer comme un commandement divin la voix intérieure qui le pousse, au nom de sa morale ou de sa religion, à empêcher les femmes de faire des études ou à tirer sur Ytzhak Rabin (ou bien d’autres) … Un moralité pure, même noble, mais déconnectée de la loi, peut devenir violence de justicier, et aller jusqu’au lynchage. » (Claudio Magris) – Et c’est bien ce à quoi on assiste actuellement du côté du terrorisme d’inspiration islamiste comme du côté des réseaux sociaux lyncheurs.

« On ne fait pas de politique avec de la morale, mais on n’en fait pas davantage sans. » (André Malraux)

« Le vernis moral s’écaille très vite lorsqu’un intérêt entre en jeu. » (François Marchand)

 « Le concept de société décente n’est pas nécessairement lié au concept de droits. Même une société sans concept de droits peut développer des concepts d’honneur et d’humiliation. » (Avishaï Margalit) – Une morale des droits (l’ai le droit d’obtenir ceci ou qu’on ne me fasse pas cela) est autre qu’une morale des devoirs (j’ai le devoir d’accorder ceci ou de ne pas faire cela). La seconde est fondamentalement et pratiquement supérieure. Il est clair que nous sommes passés de la deuxième à la première, et ce n’est pas un progrès ; d’autant plus qu’une morale des devoirs peut coexister avec une morale des droits alors qu’une morale des droits poussée à l’extrême éteint infailliblement une morale des devoirs.

« Toute morale qui doit se faire respecter par des contraintes extérieures avoue ainsi ne plus inspirer de respect par soi, donc ne plus valoir comme morale. » (Jean-Luc Marion) – Effectivement la floraison de lois interdisant ne reflète nullement une quelconque morale, mais c’est bien évident, la seule préservation  des intérêts du gang dominant.

« La modernité ne transgresse pas la norme morale : elle récuse la normalité de la norme … Elle ne détruit pas l’éthique, elle la récuse. Elle récuse que l’éthique puisse jamais imposer une norme, venue absolument d’ailleurs … ‘Un désastre obscur’ (Mallarmé). » (Jean-Luc Marion)

« Ce que les héritiers du rationalisme prétendent nous imposer aujourd’hui, c’est une morale anti-ascétique, exclusivement technologique. Une technique appropriée doit nous permettre de rationaliser la vie humaine, c’est-à-dire de satisfaire nos désirs avec le moins d’inconvénients possibles, cela sans réforme intérieure de nous-mêmes. » (Jacques Maritain)

« Centrer toute la vie morale, non plus sur le bien, mais sur la pure forme du devoir. Le devoir pour le devoir, l’unique motivation morale, ce qui fait de l’agent moral un agent qui se suffit absolument à lui-même. » (Jacques Maritain – sur l’idéalisme kantien)

«  Contaminés par la dérive anglo-saxonne qui consiste à porter tout désaccord devant les tribunaux, nous en arrivons à renoncer à  la réflexion philosophique, sociologique ou politique pour ne plus penser qu’à la loi, en une dérive étrangement similaire à celle des fanatiques qui nous combattent, et pour lesquels l’obéissance à une loi divinisée et prétendument divine abolit toute exigence éthique … L’abandon de l’exigence morale pour ne garder que la dimension contractuelle des relations humaines et du droit aboutit à la loi de la jungle, la capacité d’instrumentaliser les subtilités juridiques tenant lieu de force, son vernis policé ne devant pas en masquer la sauvagerie. » (Aurélien Marq) – Les lâches, comme les impuissants moralement comme culturellement,  s’abritent toujours derrière la loi.

« Ils n’ont pas de morale, ils se servent de la morale. » (Karl Marx – sur les bourgeois) – Sur les Bobos et les élites officielles d’aujourd’hui.

 « Les théories contemporaines de la justice (anglo-saxonnes) séparent radicalement la notion de ‘juste’ de celle de ‘bien’ et donnent la priorité à la première … Parce que la société se compose d’une multitude de personnes, chacune ayant ses propres buts et ses propres intérêts, elle ne peut être juste que si elle est gouvernée par des principes qui n’impliquent aucune conception particulière du bien … Ethique minimale dont l’idée est qu’aucune morale ne peut être juste si elle n’est pas ‘neutre’ à l’égard des conceptions du bien que les individus peuvent formuler … Pousser la neutralité jusqu’au point de considérer comme ‘moralement indifférente’ toute conception de la vie aboutit à saper la possibilité d’une conception éthique autre que le relativisme. » (Michela Marzano) – C’est effectivement la disparition par éclatement, atomisation,  de la notion de bien par la primauté quasi exclusive accordée à une justice d’inspiration hyper-individualiste sous la supervision aussi hypocrite que dictatoriale d’un rêve d’égalité forcenée. Constater que l’ambition, constante, du monde anglo-saxon est de détruire toute morale n’est pas une nouveauté et ne peut constituer une révélation que pour le Bobo asservi.

« Les raisons d’agir. Les raisons explicatives permettent uniquement de rendre une action intelligible … Elles donnent une idée des motivations, mais ne justifient pas pour autant la conduite d’un individu … même en cas de consentement (d’une autre partie) …  Les raisons justificatives permettent de la justifier et de comprendre ainsi si l’action accomplie est ‘légitime’ d’un point de vue éthique. » (Michela Marzano)

« En morale c’est être vaincu que de conclure une trêve. » (Paul Masson)

« On rencontre d’austères moralistes, toujours à cheval sur le devoir, mais ils ont un manège en ville. » (Paul Masson)

« Une norme juridique ou morale n’est pas le produit d’un constat réaliste, c’est le dépassement idéal d’un état de fait qui, de lui-même, ne fait pas droit … ‘S’il y a des esclaves, ce n’est pas parce qu’il y en a toujours eu.’ » (Jean-François Mattéi – citant J. J. Rousseau)

« La subjectivité moderne qui s’est calfeutrée dans l’ombre de l’immanence pour ne plus sortir de chez soi … Peut-on penser l’exigence éthique sous le règne factuel d’une communauté humaine sans aucun dehors et enlisée dans sa propre humanité ? … Le sujet transcendantal, dénué de transcendance, n’a pas d’autre issue que la fuite dans un relativisme généralisé. » (Jean-François Mattéi) –Soit rejetant toute transcendance.

« Sans religion, point de morale efficace et vivante : or il nous faut une morale pour mettre fin à l’anarchie des sentiments, comme il a fallu une classification des sciences pour mettre fin à l’anarchie des esprits. » (Charles Maurras – reprenant Auguste Comte)

« Sans Dieu, le principe de l’examen subsiste seul, principe qui peut tout exclure, mais qui ne peut fonder rien. » (Charles Maurras)

« Si l’on évite un individualisme qui ne convient qu’aux protestants, la question morale redevient question sociale : point de mœurs sans institutions. » (Charles Maurras)

« Il se produit ainsi et se développe une ‘moralisation du monde’. Pas au sens, on s’en doute, où le monde deviendrait meilleur et plus moral, mais au sens où il est constamment vu, vécu et traité sous sa dimension morale. » (Yves Michaud – sur la floraison des droits, des réclamations, des lamentations, des dénonciations…) – Epanouissement de l’hypocrisie.

« La vision morale du monde ne doit en aucun cas tenir lieu de politique : elle peut, éventuellement, combler l’âme des êtres sensibles, elle n’a que des relations légères et très volatiles avec la réalité. Dans le meilleur des cas, elle exprime la vie rêveuse. Dans le pire, la vie hypocrite … Les morales / politiques du soin (du ‘care’) en reviennent à la patriarchie plutôt qu’à la démocratie, au gouvernement des familles, des pasteurs, des prêtres, des accompagnants, des coaches, des soignants et des nounous, plutôt qu’à la souveraineté du peuple citoyen. » (Yves Michaud)

« Sentiment intuitif des choses qui ne doivent pas se faire, non seulement si l’on veut rester digne de sa propre humanité, mais surtout si l’on cherche à maintenir les conditions d’une existence quotidienne véritablement commune. » (Jean-Claude Michéa – sur la common decency, morale laïque de George Orwell) 

« Il n’est pas une école philosophique qui refuse d’admettre que l’influence des actions sur le bonheur doit être prise en considération … dans bien des questions de morale appliquée … ce, quelque répugnance qu’éprouvent certains à reconnaître cette influence comme le principe fondamental de la moralité et la source de l’obligation morale … Tous les partisans de la morale … ne peuvent se dispenser d’avoir recours à des arguments utilitaristes … L’utilitarisme soutient que la seule chose désirable comme fin est le bonheur, c’est-à-dire le plaisir et l’absence de douleur … que les actions sont bonnes ou sont mauvaises dans la mesure où elles tendent à accroître le bonheur, ou à produire le contraire du bonheur … Une semblable conception de la vie provoque chez beaucoup de gens une profonde répugnance … c’est à les en croire, chose basse et vile … Ainsi attaqués, les Epicuriens ont toujours répliqué que cette accusation suppose que les êtres humains … ne sont pas capables d’éprouver d‘autres plaisirs que ceux que peut éprouver le porc … On ne saurait admettre que dans l’estimation des plaisirs on ne tienne pas compte de la qualité … Les plaisirs que nous devons à l’intelligence, à la sensibilité, à l’imagination et aux sentiments moraux sont d’une bien plus haute valeur comme plaisirs que ceux que procure la pure sensation … Peu de créatures humaines accepteraient d’être changées en animaux inférieurs sur la promesse de la plus large ration de plaisirs de bêtes … Mieux vaut être Socrate insatisfait qu’un imbécile satisfait … L’idéal utilitariste, c’est le bonheur général et non le bonheur personnel … Le bonheur que les utilitaristes ont adopté comme critère de la moralité n’est pas le bonheur personnel de l’agent, mais celui de tous les intéressés, et même le bonheur universel … On dénonce l’immoralité de l’utilitarisme en l’appelant ‘morale de l’intérêt’ et en l’opposant à une morale fondée sur des principes … Mais c’est confondre ce qu’on appelle ‘l’expédient’ momentané avec le respect de règles d’un niveau supérieur que reconnaît l’utilitariste (dire un mensonge, même dans notre intérêt, viole en nous la sensibilité chatouilleuse en matière de véracité) … Chaque individu aujourd’hui possède la conviction qu’il est un être social ; et cette conviction le persuade de mettre en harmonie ses sentiments et ses buts avec ceux de ses semblables. » (John Stuart Mill – considérations éparses sur la morale dite ‘utilitariste’, distincte des morales dites ‘intuitionnistes’ qui, elles, s’appuient sur l’intuition de vérités rationnelles et supérieures à l’expérience, considérant la distinction entre le bien et le mal comme un fait irréductible et inexplicable, innée … théorie des instincts moraux, moralité éternelle et immuable…) – L’utilitarisme est beaucoup plus proche de la morale dite de ‘responsabilité’ que de la morale dite de ‘conviction’, distinction de Max Weber, décrite plus haut.

« Une des tâches (du Nouvel Ordre moral) est de déplacer le factuel vers l’éthique, c’est-à-dire de voiler la vérité. » (Richard Millet)

« Quiconque hésite est déjà un être moral. » (Ferencz Molnar)

« Quand je critique ‘l’hypermoralisme’, j’entends par là l’attitude qui consiste à ramener à la morale, à une même morale, ce qui n’est pas de son ressort. L’économique, le politique, l’esthétique… sont des domaine distincts … Il est aussi ridicule de faire une ‘politique morale’ que de vouloir fonder une ‘esthétique économique’ … Politiquement indispensable n’est pas forcément moralement nécessaire … Une action moralement très recommandable peut se révéler politiquement désastreuse … Faire de la ‘politique morale’ revient à prétendre agir politiquement au nom du bien. Il en résulte que l’adversaire est nécessairement une représentation ou une incarnation du mal. La lutte politique devient alors inhumaine … ‘Une société qui voudrait faire régner la paix par la justice, c’est-à-dire par le droit et la morale se transformerait en un royaume de juges et de  coupables’ (Julien Freund). » (Thomas Molnar) – C’est exactement ce que font nos dirigeants : se parer eux de vertus, salir et faire taire l’opposant, tromper et cocufier le peuple.

« La morale pour tous de la religion de l’humanité, indispensable à la mondialisation qui a pour nom l’anti-racisme. Lequel commence avec le simple attachement de l’homme à la forme de vie développée par son propre groupe, distinguée de celles des groupes étrangers … Est taxé de racisme tout refus de la zombification. » (Flora Montcorbier)

« Vous êtes pédagogue et moralisateur. Vous n’êtes pas fait pour le simple et pour le vrai. » (Henry de Montherlant)

« C’est quand la chose manque, qu’il faut en mettre le mot. » (Henry de Montherlant) – Quitte à en abuser comme nos dirigeants et leurs laquais médiatiques.

« Dans les arts, la presse, le cinéma, l’édition, la morale a remplacé le talent et l’esprit de sérieux a censuré la liberté d’opinion … parole cadenassée, écrits surveillés, rire formaté … le conformisme est la règle absolue de survie : ne surtout pas dévier de la ligne majoritaire, consommer les mêmes cochonneries, lire les mêmes âneries, regarder les mêmes inepties, se plier aux injonctions venues d’en haut et s‘ennuyer à mourir … L’aréopage de connards chargés d’établir la liste des meilleurs films français de ces dernières années… » (Thomas Morales) – Soumis à la meute politico-médiatique aussi inculte qu’arrogante et cupide, ne pas s’étonner de l’impressionnante dégringolade de la culture française (lire Perry Anderson et la presse anglo-saxonne), du déclin de notre cinéma, et j’en passe.

« La moraline (j’emprunte ce terme à Nietzsche) est la simplification et la rigidification éthique qui conduisent au manichéisme et qui ignorent compréhension, magnanimité et pardon. » (Edgar Morin)

« Les hommes se préoccupent plus de gouverner leur pays que de se gouverner eux-mêmes.  Nous sommes plus patriotes que moraux. » (abbé Mugnier)

« ‘Ce que nos pères ont fait, nous ne l’aurions pas fait’. Au nom de l’éradication de la violence nous tournons notre violence non liquidable contre nos ancêtres ; et nous tirons de l’inoffensive confrontation avec leurs fantômes un sentiment éclatant de supériorité morale. » (Philippe Muray) – Rien de nouveau depuis les Pharisiens – « Pleins d’hypocrisie et d’iniquité. » (Mt 23 : 28)

« C’est toujours quand on sort de l’Histoire qu’on invoque la morale, par laquelle on espère encore donner au présent une apparence d’éternité. » (Philippe Muray)

« La morale féministe qui dévoile sous nos yeux son visage hideux ignore le pardon, ignore la prescription, ignore le débat contradictoire. Nous voilà ramenés avant le Christ, avant la fondation de la justice à Athènes. » (Alain Neurhor)

«  Celui qui a laissé échapper Dieu se cramponne d’autant plus à la foi dans la morale. » (Nietzsche) – D’où l’odieux moralisme hypocrite de notre temps.

« Morale de  ‘l’élevage’ et morale de la ‘domestication’ … De tout temps on a voulu ‘améliorer’ les hommes, c’est cela qui s’est appelé morale. Sous ce même mot ‘morale’ se cachent les tendances les plus différentes. La ‘domestication’ de la bête humaine, l’homme apprivoisé que le prêtre a rendu ‘meilleur’, tout aussi bien que ‘l’élevage’ d’une espèce d’hommes déterminée, laquelle est une ‘amélioration’, les quatre races de la morale hindoue : race sacerdotale, race guerrière, race de marchands et d’agriculteurs, race de serviteurs. » (Nietzsche)

« Le jugement de ‘bon’ ne provient nullement de ceux qui bénéficient de cette ‘bonté’. Ce sont plutôt les ‘bons’ eux-mêmes, c’est-à-dire les nobles, les puissants, les supérieurs en position et en pensée qui ont éprouvé et posé leur façon de faire et eux-mêmes comme bons … par contraste avec tout ce qui est bas, bas d’esprit, vulgaire et populacier … A partir de ce sentiment de la distance, ils ont fini par s’arroger le droit de créer des valeurs et de forger des noms de valeur. » (Nietzsche – Généalogie de la morale)

« La haine abyssale, la haine de l’impuissance … Les maîtres sont défaits, la morale de l’homme vulgaire a triomphé … L’insurrection des esclaves  dans la morale commence lorsque le ressentiment lui-même devient créateur et engendre des valeurs ; le ressentiment d’êtres tels que la véritable réaction, celle de l’acte, leur est interdite , qui ne s’en sortent indemnes que par une vengeance imaginaire … L’homme du ressentiment a conçu le ‘méchant comme notion fondamentale, à partir de laquelle  il invente pour finir, et sous forme d’image inversée, de négatif, un ‘bon’, à savoir : lui-même. » (Nietzsche)  – A notre époque d’explosion du ressentiment tous azimuts, les dits esclaves se sont emparés du pouvoir et s’autorisent l’acte (haine ouverte, censure, injures, ostracisme, dénonciations, condamnations…) 

« La morale est toujours, par essence, un sentiment de soumission à quelque chose, la conscience de servir et d’avoir des obligations. » (José Ortega y Gasset) – Soumission, servir, obligations ? Etranges expressions, moyennageuses peut-être ?

« Il est difficile d’échapper à cette idée cynique que les hommes ne sont moraux que lorsqu’ils sont sans pouvoir. » (George Orwell)

« L’unité morale est le desideratum de toute société constituée, desideratum qu’elle exprime par l’organe de ses sociologues, de ses moralistes et de ses pédagogues. » (Georges Palante)

« Le point de vue éthique est celui qui impressionne le plus le peuple. Aussi l’ennemi religieux ou politique est-il généralement accusé, à tort ou à raison, de violer les règles de la morale. » (Vilfredo Pareto) – Procédé qu’affectionne la horde des moralistes socialistes.

« Travaillons donc à bien penser, c’est là le principe de la morale. » (Blaise Pascal) – De la ‘vraie morale’, de celle qui ‘se moque de la morale’. A l’intention de partie de la bourgeoisie qui pourtant se dit cultivée.

« Il faut avoir un point fixe pour en juger (sans cependant s’immobiliser en poteau indicateur du sens). Le port juge ceux qui sont dans un vaisseau mais où prendrons-nous un port dans la morale ? » (Blaise Pascal)

« La morale n’est pas faite pour faire fonctionner la société mais pour que l’homme soit l’homme. Ce n’est pas l’homme qui définit un ordre moral selon l’arbitraire de ses besoins, de ses souhaits, tendances et désirs, mais c’est au contraire la moralité qui définit l’homme. » (Jan Patocka) – Horreur pour notre époque.

« Dans certains courants de la pensée moderne, on en est arrivé à exalter la liberté au point d’en faire un absolu, qui serait la source des valeurs … On a attribué à la conscience individuelle des prérogatives d’instance suprême du jugement moral, qui détermine d’une manière catégorique et infaillible le bien et le mal…  De cette façon la nécessaire exigence de la vérité a disparu au profit d’un critère de sincérité, d’authenticité, d’accord avec soi-même, au point que l’on en est arrivé à une conception radicalement subjectiviste du jugement moral. » (Jean-Paul II)

« Séparer option fondamentale et comportements concrets revient à contredire l’intégrité substantielle ou l’unité personnelle de l’agent moral, corps et âme… » (Jean-Paul II)

« Les circonstances ou les intentions ne pourront jamais transformer un acte intrinsèquement malhonnête de par son objet en un acte ‘subjectivement’ honnête ou défendable comme choix. » (Jean-Paul II)

« L’autonomie de la raison ne peut pas signifier la création des valeurs et des normes morales par la raison elle-même. »  (Jean-Paul II)

« Les immorales raides quand elles s’y mettent, sont infiniment plus dangereuses que les immorales souples. Car étant raides, on les prend pour des lois. » (Charles Péguy)

« Pour que le système de production puisse fonctionner en toute impunité, il faut délimiter des espaces, réels ou symboliques, qui lui échappent. Qu’il s’agisse des réserves d’Indiens, des réserves naturelles ou de la bioéthique (chargée de déterminer l’espace ‘sacré’ interdit à l’activité scientifique) … La bioéthique, du seul fait qu’elle existe et qu’on peut s’y référer, tend à justifier l’ensemble des recherches biologiques et génétiques … Elle légitime paradoxalement la fuite en avant technologique du fait même que ses prises de position restrictives ne concernent  que des cas-limites de manipulation du vivant … La notion de ‘minimum sacré’ légitime en même temps la recherche du profit par aileurs et ailleurs … Ce faisant, elle contribue à créer une acceptabilité … face aux innovations biotechnologiques … L’écran moral protecteur des comités d’éthique. » (Perrot, Rist et Sabelli)

« On peut penser que lorsque la référence à un groupe ou à une communauté est plus lâche, voire absente, l’instance morale répressive intériorisée acquiert une sévérité d’autant plus grande à l’égard de soi-même. » (Evelyne Pewzner)

« Un homme ça s’empêche ((Albert Camus) … Le sens de ‘ce qui ne se fait pas’ est indispensable à toute société humaine, puisqu’il est la condition de toute cohésion. » (Natacha Polony) –  Qu’est ce ‘qui ne se fait pas’ de nos jours !

« On ‘moralise’ la vie politique, mais on le fait par la loi, parce que la loi peut seule freiner les excès engendrés par l’absence d’interdit moral. Face à la disparition de la ‘décence’, de cette connaissance intime et instinctive de ‘ce qui se fait’ et de ce ‘qui ne se fait pas’, on organise la transparence, c’est-à-dire la surveillance. » (Natacha Polony)

« Les principes moraux se distinguent des autres principes en ceci que fondamentalement ils ne sont pas susceptibles d’être argumentés. » (Karl Popper)

« En l’absence d’une morale solidement établie en principe, les mœurs finirent par disparaître. » (Joseph Proudhon – sur le caractère indispensable d’une morale)

« On devient moral dés qu’on est malheureux. » (Marcel Proust)

« Demandez-vous en rentrant chez vous : Quelle faute ai-je commise ? Quel bien ai-je fait ? Quel devoir ai-je oublié ? » (attribué à Pythagore)

« La croyance au progrès s’accompagne de surdéterminations morales. Ce qui vient après est forcément meilleur que ce qui précède (réactionnaires, anomalies du temps comme les indigènes l’étaient de l’espace des conquistadors) … Plus évolué, l’homme moderne tant qu’il est habité par la croyance au progrès se tient pour moralement supérieur aux hommes des temps passés … (l’antienne du ‘Nous ne sommes plus au Moyen Âge’). » (Robert Redeker)

« Ensemble des règles de vie que chacun trouve excellentes pour autrui. » (Charles Régismanset)

« Quand on évoque une morale commune, voire la morale laïque, beaucoup de gens poussent de grands cris, accusant l’Etat de vouloir rétablir l’ordre moral. » (Isabelle Richebé) – C’est donc que la fabrique scolaire et médiatique des veaux a bien fonctionné.

« La morale élève un tribunal plus haut et plus redoutable que celui des lois. Elle veut non seulement que nous évitions le mal, mais que nous fassions le bien, non seulement que nous paraissions vertueux, mais que nous le soyons ; car elle ne se fonde pas sur l’estime publique, qu’on peut surprendre, mais sur notre propre estime, qui ne nous trompe jamais. » (Rivarol)

« Ce n’est pas la nature, c’est la morale qui apprend aux hommes qu’il vaut mieux être malheureux par une infortune que par un remords. » (Rivarol)

« Il n’y a qu’une morale, comme il n’y a qu’une géométrie ; ces deux mots n’ont point de pluriel. » (Rivarol) – Est-ce à dire que la gauche plurielle n’aurait aucune morale ? On n’ose y croire.

« Plus une société est immorale, plus elle est répressive … Face à la jungle, la société s’organise en tribus qui définissent leurs propres codes. Dans tous les cas, l’individu est perdant. » (Claude Rochet) – La clique politico-médiatique exerce effectivement la répression de façon totalitaire, tant elle a peur qu’éclate sa corruption.

« Révolte de la pensée devant le donné – Refus de prendre le monde tel qu’il est – Prise de distance par rapport au réel… » (Clément Rosset)

« L’inattention au réel est à mes yeux la marque la plus caractéristique du moralisme, qu’il émane de Sartre ou de tout autre … Disparition de l’objet dont on parle au profit des instructions qu’on entend en tirer … La morale dispense du réel ; c’est là à la fois son privilège et sa motivation première, ainsi que la raison de son éternelle popularité … Ainsi Sartre s’occupe-t-il incessamment non de l’essence des choses, de leur réalité, mais de leurs images les plus inconsistantes, les plus contestables, les plus superficielles : essentiellement la place qu’elles occupent dans une ‘histoire’ et un ‘destin’ plus que problématiques, ainsi que le crédit qu’on peut leur allouer dans une échelle de valeurs tout aussi problématique ; bref des questions d’actualité telles que les perçoit confusément une opinion nécessairement mal informée. » (Clément Rosset) – Et à la suite de l’ignoble Sartre, tous les arrogants moralistes corrompus d’aujourd’hui.

« Ce passage où il demande à son lecteur ce qu’il ferait au cas où il pourrait s’enrichir en tuant en Chine par sa seule volonté, d’un seul signe de tête, un vieux mandarin sans bouger de Paris. » (J. J. Rousseau – test connu sous le nom du Mandarin de Rousseau – cité par Balzac; Rastignac dans le Père Goriot)

« La science ou l’ignorance ne sont que les ‘dehors’ de l’homme, le culturel, extérieur et étranger à sa nature ; ‘mais  le cœur ne change point, et tout l’homme est dans le cœur’. » ( ? – cité par Frédéric Rouvillois) – Constance de la morale.

« Morale et expansion sentimentale se produisent aux périodes de décadence intellectuelle. La morale surtout supplée à la pensée absente. » (Dominique de Roux)

« L’orgie de moralisme politique. » (Raymond Ruyer)

« Je suis libre de faire ce que je veux, mais je ne suis pas libre de décréter que mon acte sera bon ou mauvais. » (Raymond Ruyer) – Universalité des notions morales.

« Les progressistes néophytes sont pressés de faire la morale à tout le monde au nom des idéologies à la mode. Ils sont sévères en diable dans ce rôle. Les ennemis des lois et de la police sont de terribles policiers … ils sont des moralistes austères, aussi dépourvus d’humour que les prophètes, et portés, comme les prophètes, à condamner ce qu’ils ne comprennent pas. » (Raymond Ruyer)

« Un coup d’œil sur l’histoire de l’Europe nous convainc que la part du ressentiment dans la genèse des morales y est considérable … La morale bourgeoise qui, depuis le XVIII° siècle, n’a cessé de désintégrer la morale chrétienne, et dont la Révolution française a été l’apogée, a sa source dans le ressentiment. Tout prés de nous, dans le socialisme contemporain, le ressentiment est devenu un facteur de première importance qui petit à petit a évincé la morale éternelle. » (Max Scheler – cité par Paul-François Paoli)

« Il est facile de prêcher la morale, il est difficile de la fonder. » (Schopenhauer)

« En matière d’éthique, comme en tant d’autres domaines, nous avons à dessein abandonné notre grand héritage classico-chrétien, avec une belle insouciance. Pire encore, nous avons  avili les mots mêmes sur lesquels se fonde le discours moral, comme vertu, amour, tempérance … Qui sait quelque chose aujourd’hui des sept péchés capitaux ou des quatre vertus cardinales ? Qui pourrait seulement les nommer ? Et s’il n’y a pas lieu, croit-on, de s’embarrasser de ces vieilles et vénérables idées, quelles sont les nouvelles idées qui les ont remplacées ? » (E. F. Schumacher) – Le Vivre ensemble peut-être, ou bien cool, sympa, éclairé, ouvert, …phile de tout et de n’importe qui et quoi, démocrate, citoyen, antifasciste… La liste de nos nouvelles vertus est illimitée.

« Cette asymétrie morale qui attribue à la gauche le monopole de la vertu. » (Roger Scruton) – C’est une couverture bien pratique pour traficoter à l’abri.

« Pour Trotski, il n’y a pas de morale en soi, pas de morale idéale ni éternelle. La morale est relative à chaque société, à chaque époque, relative surtout aux intérêts des classes sociales. » (Victor Serge) 

« Au-delà de la querelle de la laïcité, la convergence entre la morale chrétienne et la morale républicaine formera, un siècle durant, la charpente morale des Français. Depuis les années 1970, ce consensus s’est volatilisé. A l’heure de l’individualisme roi, le concept de morale commune a été récusé comme attentatoire à la liberté de chacun ; à l’heure du multiculturalisme, il a été rejeté comme contraire au droit à la différence. Résultat … d’innombrables morales cohabitent désormais sur le sol français. » (Jean Sévillia)

« Ne donnez pas à vos enfants d’instruction morale ou religieuse sans être assuré qu’ils ne la prendront pas trop au sérieux : mieux vaut être la mère d’Henri IV que celle de Robespierre. » (G . B . Shaw)

« Un mot ‘morale’ domine l’époque, omniprésent dans les discours, dans les média…  … Pas un jour sans que soit annoncée quelque mesure de redressement des mœurs, de lutte contre la corruption, sollicité l’avis de quelque sage ou créé un nouveau comité, sans que soit allongée la liste des délits … On se complaît à développer un sentiment de culpabilité collective. » (Alain-Gérard Slama)

« Pour que l’homme fasse abstraction des tendances contre lesquelles s’élève la morale, il faut qu’il existe chez lui quelque ressort puissant, que la conviction domine toute la conscience et agisse avant que les calculs de la réflexion aient eu le temps de se présenter à l’esprit. » (Georges Sorel) – Reste à chercher quelque conviction chez nos contemporains.

« Quand on est convaincu que l’avenir du monde dépend de prospectus électoraux, de compromis conclus entre gens influents et de ventes de faveurs, on ne peut avoir grand souci des contraintes morales qui empêcheraient l’homme d’aller là où se manifeste son plus clair intérêt. » (Georges Sorel) – D’où l’utilité des élections à répétition pour dissoudre toute morale, comme toute responsabilité.

« Grandiloquence éthique et fascination des règles … Être éthique ou ne pas être. C’est l’injonction contemporaine. Achetez éthique, parlez éthique, placez éthique, gouvernez éthique. Quant à ce que veut dire ‘éthique’ dans tous ces emplois, nul ne juge utile de le préciser. On se retranche derrière un silence prudent et lourd de sous-entendus. Tout le monde est censé savoir ce qu’est l’éthique … Un tel usage en fait le mot de la fin, qui clôt la discussion. Alors qu’il devrait être plutôt l’entrée en matière, le signal qu’on commence à réfléchir …. » (Monique Canto-Sperber)

Conditions de pertinence de la réflexion en morale aujourd’hui : « La certitude que derrière la réflexion morale se dissimule toujours une volonté de moralisation ou un rapport de force. L’affirmation dogmatique que morale et éthique s’opposent, la morale représentant la loi et l’éthique le bien vivre. L’obstination à soutenir que l’éthique rationnelle, moderne, autonome n’a plus rien à voir avec la religion définie comme autoritaire, passéiste, hétéronome. La croyance qu’il faut se dire athée pour parler légitimement de morale. La conviction illusoire que l’individu moderne est le terme d’un processus nécessaire et univoque d’émancipation.  Le leurre que notre modernité … est homogène et ne pouvait devenir que ce qu’elle est devenue … Que tout ce qui a précédé le kantisme, la réflexion des Anciens, relève des archaïsmes traditionalistes. » (Monique Canto-Sperber)

« Après avoir été les principaux suspects, la morale et l’éthique tendent à devenir le réconfort universel. » (Monique Canto-Sperber) – Mais comme disait Péguy, les mots les plus utilisés signalent des disparitions.

« L’opposé de la réflexion morale, ce n’est pas la religion, c’est la superstition moralisante, largement représentée dans notre monde prétendument moderne. C’est l’ennemi aussi de la réflexion religieuse. Méconnaître ainsi la raison à l’œuvre dans la religion, c’est se mettre délibérément hors d’état de comprendre ce qui subsiste du religieux dans notre monde. » (Monique Canto-Sperber)

« Aucun règlement juridique, aussi parfait soit-il, ne peut annuler la gravité (et la nécessité) d’une réflexion morale. Ces remarques ne témoignent d’aucun scepticisme à l’égard du droit ni de la moindre volonté de dresser la morale contre le droit. Ce qui m’importe est de dissocier droit et pensée morale, tout en reconnaissant l’existence de liens très étroits entre les deux … C’est une chose de parler d’un ‘droit à l’avortement’ au sens de la capacité légale pour une femme de (pour des raisons pratiques ou de désir) ou d’un ‘droit à l’avortement’ comme expression décisive d’autonomie, comme enjeu concret de l’émancipation des femmes … L’invocation du droit des femmes à avorter comme un principe absolu, tout comme la prohibition radicale dont l’avortement devrait faire l’objet pour certains, a jusqu’ici neutralisé la réflexion morale sur le sujet. » (Monique Canto-Sperber) – donnant cet exemple, et dont j’espère ne pas avoir trahi la position équilibrée.

« Une image plus complexe de la moralité : une moralité au sens strict définie par les obligations impersonnelles, et une moralité en un sens plus complet, qui requiert la réalisation des perfections humaines et l’accomplissement des capacités individuelles … Une image dissociée de la moralité … Le jugement moral a trait a la valeur de l’engagement, du devoir, à la prise en compte des souffrances infligées, la justification existentielle a trait à des biens et des valeurs propres à l’accomplissement des talents de la personne et à une forme de perfection humaine. » Conflits entre appréciations morales : Gauguin abandonne sa famille pour s’embarquer et réaliser sa vocation de peintre, la condamnation morale est sans appel. Mais Gauguin est devenu un grand peintre, sa création d’une grande œuvre n’est pas non plus indifférente ou sans valeur, même d’un strict point de vue moral, il est difficile de dire que si Gauguin avait renoncé à son talent par devoir, c’eût été bien. (Monique Canto-Sperber)

« Nous n’avons besoin de morale que faute d’amour. » (André Comte-Sponville)

« Que dois-je faire ? Et non, que doivent faire les autres ?  Ce qui distingue la morale du moralisme. » (André Comte-Sponville)

« La morale, c’est ce qui reste de l’obéissance quand on l’a oubliée. Mais on ne peut oublier, intérioriser, dépasser, surmonter que ce qu’on a connu … Pauvres enfants sans loi. » André Comte-Sponville)

« Le siècle qui vient de s’achever a suffisamment montré que le modèle classique d’un humanisme capable de tenir tête à la barbarie, à l’inhumain, grâce à une certaine culture, à une certaine éducation …  était illusoire … Un humanisme sans fondement théologique est par trop fragile pour satisfaire aux besoins humains, pour satisfaire la raison elle-même … Qu’il y ait dans l’athéisme conséquent et rigoureux, ce qui est très rare, la possibilité d’une grand morale stoïque, cela ne fait pas de doute … Pourtant, comme l’a montré Emmanuel Levinas, cela reste très difficile : pourquoi faire l’effort énorme d’une justice envers l’autre ? Quelle sera la récompense de l’altruisme social ou politique ? S’il n’y a pas la possibilité d’un jugement plus qu’humain, au-delà de l’humain, alors à quoi bon ! » (George Steiner)

« Le fait moral fondamental et absolu est un droit et non un devoir. » (Léo Strauss – définissant la modernité comme une culture où…)

« Le parti intellectuels’ affirme dépositaire de la culture et prêche la contre-culture, rend ses arrêts au nom de la morale et proclame la déchéance des valeurs morales. » (Georges Suffert – Les intellectuels en chaise-longue)

« Christianisme (contre la morale plus souple de l’empire romain) … La réforme protestante comme la réforme catholique sont un coup de tonnerre dans un ciel relativement serein. Fini de rire. Le sérieux est de règle aussi bien chez Luther et Calvin que chez les Jésuites. La morale actuelle dans ses grandes lignes date de cette époque. Certes, il a existé une Renaissance aimable et légère. Mais elle ne touche qu’une petite fraction de la société de l’époque. Dans son fond, la morale véhiculée par la révolution culturelle de la Renaissance est bien plus puritaine que celle de la fin du Moyen Âge. Dans ces deux cas, la mutation des mœurs portée par une révolution culturelle débouche sur ce qu’il faut bien appeler une espèce de puritanisme. Il y a, devant nous, un autre exemple infiniment plus proche. La révolution culturelle chinoise a-t-elle été une libération des mœurs ou bien l’inverse ? Ce qui est tombé sur la Chine c’est une impitoyable rigueur des comportements … Christianisme, Renaissance, Chine  actuelle, dans ces trois cas la révolution culturelle a entraîné ‘in fine’, non pas un relâchement et une libération des mœurs, mais un durcissement des règles imposées aux hommes, aux femmes, aux couples, aux enfants, etc.. Ceux qui, aujourd’hui, confondent un peu trop vite évolution culturelle et libération sexuelle feraient bien d’y regarder à deux fois. » (Georges Suffert – écrit au début des années 1970) – Prémonitoire, car aujourd’hui, près de cinquante ans après, nous sommes bien en face d’une sorte de révolution culturelle (ne serait-ce que par la disparition et la haine portée à toute culture vraie) accompagnée d’une répression fille d’une soi-disant morale ; meute féroce en chasse perpétuelle et aveugle : législation totalitaire, poursuites, dénonciations, mises au pilori : Réseaux sociaux, Balanceton porc, Meetoo, etc

« L’Eglise est devenue le grain de sable qui empêche notre époque de suivre la pente d’une vision purement scientifique et marchande du monde … Sans le contre-pouvoir culturel de l’Eglise il n’y aurait tout simplement pas de bioéthique. » (Pierre-André Taguieff)

 « La morale est conçue simplement comme un guide de l’action … elle a uniquement rapport avec ce qu’il est juste de faire et non avec ce qu’il est bon d’être … On met l’accent sur les principes, les injonctions ou normes qui guident l’action, mais on néglige complètement les visions du bien … L’idée que la pensée morale devrait se préoccuper de nos différentes conceptions de ce qui est qualitativement supérieurs, des biens forts, n’est même jamais soulevée. » (Charles Taylor – sur la morale naturaliste ou utilitariste)

« Le passage de la substance à la procédure, d’un ordre que l’on trouve à un ordre que l’on construit, représente une immense intériorisation par rapport à la tradition morale platonico-stoïcienne. » (Charles Taylor) – Pas seulement en morale, dans toute notre compréhension- appréhension du monde.

« Répartition des sources morales en trois grandes familles : Celle qui donne un fondement théiste à ces normes – Une autre centrée sur le naturalisme de la raison désengagée, qui prend de nos jours des formes scientistes – Une troisième qui trouve ses sources dans l’expressivisme romantique (communion avec la nature, sensibilité, bienveillance, vie accomplie sur le plan esthétique, exaltation de l’art et de la beauté…) ou dans des visions modernes qui lui ont succédé. » (Charles Taylor)

 « A maintes reprises … on a affirmé qu’une société instrumentale (accordant la priorité aux résultats) traduisant un mode d’existence commercial, capitaliste, et finalement bureaucratique,  occultant les significations les plus profondes, tend à vider l’existence de sa richesse, de sa profondeur ou de son sens. Il ne reste plus de place pour l’héroïsme, pour les vertus … Mais des normes élevées nécessitent des sources morales fortes … Disposons-nous toujours des moyens de voir que ‘cela est bon’ ? … L’obligation de bienveillance peut mener au sentiment d’être indigne qui peut conduire à projeter le mal hors de soi, sur une personne ou un groupe (bouc émissaire) … L’absence de sens qui accompagne fréquemment un  sentiment de culpabilité peut conduire à l’adhésion à une idéologie fortement polarisée pour donner un sens à sa vie et retrouver un sentiment de pureté fondé sur l’opposition aux puissances des ténèbres (‘Les Démons’ de Dostoïevski) … Les aspirations et les idéaux spirituels les plus élevés menacent d’imposer à l’humanité les fardeaux les plus écrasants. Les grandes visions spirituelles de l’histoire humaine ont aussi été des coupes empoisonnées (jusqu’au marxisme récemment) … Si les idéaux les plus élevées sont aussi les plus destructeurs, alors la voie la plus prudente est peut-être la plus sûre. (Charles Taylor) – On pourrait aussi évoquer l’imposition brutale de la démocratie à certains pays si ce noble idéal ne dissimulait pas parfois quelques intérêts plus concrets. – Le Grand Inquisiteur de Dostoïevski était moins dangereux que certains personnages des Démons.

« Un être moral, c’est quelqu’un qui exerce son jugement pour faire des choix en des matières importantes ou non. S’il arrive que son droit et son devoir de choisir lui soient confisqués par l’Etat, le parti ou le syndicat, ses facultés morales, sa capacité de choisir, s’atrophient et il devient un infirme moral. » (Margaret Thatcher)

« Toute faute de morale est d’abord une faute de jugement. » (Edmond Thiaudière)

« A propos de la nouvelle morale : droit de cité réclamé pour les tarés … Etrange besoin de l’assentiment et de la protection de la société chez ceux qui en nient les fondements et les lois. Incapables de transcender le bien et le mal sociologiques comme dans les grandes passions, ils mendient la bénédiction, la consécration du Gros Animal. Plat hommage à la morale la plus plate. Des révoltés assoiffés de conformisme. » (Gustave Thibon)

« Je ne crois pas à la chirurgie morale ; elle laisse des plaies qui s’infecte. » (Gustave Thibon)

« Elever le plus possible les mœurs au niveau de la morale et non abaisser celle-ci au niveau des mœurs. » (Gustave Thibon)

« L’homme a besoin d’harmonie entre la morale et les mœurs. L’union, dans un même individu, d’un fort idéal moral et de mœurs décadentes constitue un terrible danger social … ‘Union d’opinions supercélestes et de mœurs souterraines’ (Montesquieu) … D’où dérivent les péchés d’idéalisme et d’angélisme, qui sont à la base des grandes convulsions modernes … J. J. Rousseau, mélange de moralisme exaspéré et de mœurs pourries (couplet quasi religieux à la naissance de ces enfants et abandon de ceux-ci, père indigne donnant des conseils d’éducation) … Unie à de saintes mœurs, la haute moralité fait des saints ; liées à des mœurs croulantes, elle produit des utopistes et des révolutionnaires (et des dictateurs) … La vertu qui n’est pas équilibrée, humanisée par de bonnes mœurs est toujours menacée de devenir la proie d’un idéal chimérique … et destructeur … Bienfait de saines mœurs que d’empêcher la morale de divaguer … La décadence des mœurs produit, à son premier stade, un moralisme rigide et exalté, à son second stade, un immoralisme érigé en dogme ; elle enfante toujours … la pire morale … Un Rousseau et un Gide censurent … certains maux presque inhérents à la condition humaine et, en même temps, ils accueillent et glorifient les pires désordres. Ils visent simultanément plus haut que l’homme et plus bas que l’animal … Morale faite de vaine révolte contre la nécessité et de plate abdication devant le désordre. » (Gustave Thibon) – Où en est l’Occident en général et la France en particulier ?

« Nous aimons la morale quand nous sommes vieux, car elle nous fait un mérite d’une foule de privations qui nous sont devenues une nécessité. » (Constance de Thies)

« La démocratie ne vous empêche pas de devenir un être moral, mais elle ne vous y oblige pas non plus. » (Tzvetan Todorov)

« Le moralisme règne lorsque le bien domine le vrai et que, sous la pression de la volonté, les faits deviennent une matière malléable. » (Tzvetan Todorov) – Nous vivons en plein moralisme.

« Distinction entre l’individu moral, qui soumet sa propre vie à des critères du bien et du mal dépassant ses satisfactions ou plaisirs et le moraliste, le moralisateur, qui soumet à de tels critères la vie de ceux qui l’entourent, il tire sa vertu uniquement de la dénonciation de leurs vices. » (Tzvetan Todorov)

 « Pour le christianisme, la charité est tellement essentielle à la valeur de l’acte moral que le fait de donner toute sa fortune aux pauvres, et même de se sacrifier totalement soi-même n’est pas moralement valable si la charité n’informe pas l’acte. C’est exactement l’inverse de la position de Kant, pour qui  l’amour nuisait à la ‘pureté’ de la conduite éthique. » (Claude Tresmontant) – Charité, amour de Dieu et du prochain comme créature de Dieu. « On fait du bien, non dans la mesure de ce que l’on dit ou de ce que l’on fait, mais dans la mesure de la grâce qui accompagne nos actes. » (Charles de Foucauld)

« Pour le christianisme, la charité est tellement essentielle à la valeur de l’acte moral que le fait de donner toute sa fortune aux pauvres, et même de se sacrifier totalement soi-même n’est pas moralement valable si la charité n’informe pas l’acte. C’est exactement l’inverse de la position de Kant, pour qui  l’amour nuisait à la ‘pureté’ de la conduite éthique. » (Claude Tresmontant) – Charité, amour de Dieu et du prochain comme créature de Dieu. « On fait du bien, non dans la mesure de ce que l’on dit ou de ce que l’on fait, mais dans la mesure de la grâce qui accompagne nos actes. » (Charles de Foucauld) – Pour le bouddhisme, une action sera considérée comme bonne ou mauvaise selon l’état de pureté ou d’impureté de l’esprit (la pureté étant définie par la libération de tout désir, de toute haine, et de toute non-conscience).

« Je suis un honnête homme, dit-il. Il veut dire qu’il approuve la plupart de ses actions. » (Paul Valéry)

« L’interprétation de l’histoire et de la politique en termes de morale (le bien contre le mal) est la source des fanatismes et des totalitarismes. » (Dominique Venner) – Comme on le voit en France aujourd’hui.

« Il faut qu’il y ait du ‘il faut’ que rien ne fonde sinon le ‘il faut’, pour qu’il y  ait de la morale. » (Bertrand Vergely)

« Quand on avait le temps de la pratiquer, la leçon de morale représentait … ‘la prière du matin’. L’éducation morale figurait, d’ailleurs, au premier rang des programmes de l’école élémentaire … ‘Il faut que l’instituteur puisse être un maître de morale en même temps que de langue et de calcul.’ » (Jean Vial – citant le Dictionnaire  de pédagogie et d‘instruction primaire) – Depuis 1882, nous et notre école sont entrés dans un autre univers !

« La morale c’est ce qui permet de ‘fonctionner’ avec les autres. Elle est utilitaire. Elle n’est plus  qu’utilitaire. » (Pierre le Vigan)

« L’avènement de la société de consommation imposait la dissolution … de tout ce qui serait susceptible de freiner l’achat de marchandises, et donc l’abolition de toute morale réprimant la satisfaction immédiate du désir. » (Jean Vioulac)

« Toute activité orientée selon l’éthique peut être subordonnée à deux maximes totalement différentes et irréductiblement opposées : l’éthique de responsabilité et l’éthique de conviction. » (Max Weber) – La première correspond à la rationalité instrumentale (souci des conséquences), la seconde à la rationalité axiologique (primauté des principes). En politique, la seconde est valorisante mais peut se révéler catastrophique.

« Il est donné à très peu d’esprits de découvrir que les êtres et les choses existent. » (Simone Weil)

Les niveaux de morale. « – Morale individuelle (rapports avec moi-même) – Morale domestique (rapports familiaux et élargis) – Morale professionnelle – Morale publique (rapports de soi avec les autres) – Morale civique (rapports du citoyen et de l’Etat) – Morale universelle (rapports de chacun avec l’humanité). » (Martine Xiberras)

« Un peu moins de morale, un peu plus de vertu ! » (?)

« Nul ne s’est jamais perdu sur une route droite. » (proverbe)

« Le droit a remplacé la morale. » (?)

« La morale du sentiment exploitée par les média. » (?)

« Jadis les lois morales pouvaient être violées, elles n’étaient point contestées. » (?) – Et ceci change tout.

C-i dessous, extraits de l’ouvrage d’Hans Jonas, Le principe responsabilité. Sur l’évolution de celle-ci.

« La transformation de l’essence de l’agir humain … (Nouvel impératif par rapport à l’impératif catégorique de Kant : ‘Agis de telle sorte que ta maxime puisse devienne une loi universelle’) : ‘Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la Permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre’ (‘Ne compromets pas par ton action les conditions de la survie indéfinie de l’humanité sur terre’) … Mon agir ne doit pas mettre en jeu ‘l’intérêt entier’ des autres (générations futures), l’humanité n’a pas droit au suicide … Ce nouvel impératif s’adresse plus à la politique publique qu’à la conduite privée … Il invoque non la cohérence de l’acte en accord avec lui-même, mais celle de ses effets sur la survie de l’activité humaine dans l’avenir … La ‘première obligation’ de l’éthique d’avenir : se procurer une idée des effets lointains, obligation à l’égard de la postérité … Davantage prêter l’oreille à la prophétie de malheur qu’à la prophétie de bonheur (l’issue heureuse ou malheureuse peut se comparer à la probabilité d’atteindre ou de rater un but – cible – beaucoup d’échecs), en matière d’affaires de gravité comportant un potentiel apocalyptique, accorder un plus grand poids au pronostic de malheur qu’au pronostic de salut. La peur devient donc la première obligation préliminaire d’une éthique de la responsabilité historique, s’opposant à l’espérance qui elle présuppose qu’il est possible d’aboutir à quelque chose et parie de le faire  … Les développements technologiques ont tendance à se rendre autonomes, dynamique propre, inertie, entraînant irréversibilité et débordement du vouloir et de la planification des initiateurs … De façon classique, la responsabilité continue de porter certes sur ce qui a été fait, sur l’acte causal ; mais aussi sur ce qui est à faire … La responsabilité, corrélat du pouvoir. Le contrôle sur ‘cela’ implique l’obligation pour ‘cela’ (responsabilité pas toujours contractuelle : la responsabilité parentale, la responsabilité du pouvoir) … Relation, dépendance au pouvoir et au savoir, éléments  qui jadis étaient autrefois tellement limités que, concernant l’avenir, les choses devaient être abandonnées au destin. »

Ci-dessous, extraits d’un ouvrage d’Ayn Rand, La vertu d’égoïsme. Ouvrage dans lequel elle combat vigoureuseemnt la morale altruiste et sacrificielle, piège à cons.

 « On a le droit de vivre pour son propre bien, pour son propre intérêt, ne sacrifiant ni soi-même aux autres, ni les autres à soi-même … la vie de chacun est une fin en soi … Chaque être est une fin en soi, non le moyen pour les fins ou le bien-être des autres … Cest uniquement en se fondant sur l’égoïsme rationnel, sur la justice, que les hommes peuvent avantageusement se réunir pour vivre ensemble dans une société libre, prospère, bienveillante et rationnelle … Pourquoi la vie ou le bonheur de l’autre auraient-ils plus de valeur que les miens ? … Les néo-mystiques substituèrent à ‘la volonté de Dieu’ comme la norme de ce qui est bon par ‘ce qui est bon pour la société’ … ‘Quoi que ce soit que la société fasse est bien parce que la société a choisi de le faire’ n’est pas un principe moral … La vie de l’organisme devient sa norme d’évaluation … Préoccupation, non de la vie d’un individu, mais de la vie d’une entité désincarnée ‘le collectif’ … La société, souverain omnipotent et  arbitraire, est placée ‘hors’ la loi morale, comme son incarnation, sa source ou son interprète exclusif … Les libertés et les droits individuels ne sont que des privilèges accordés en vertu d’une ‘autorisation’ qui peut être révoquée à tout moment par la société …. Alors que la norme d’évaluation de l’éthique objective est la ‘vie de l’homme’, c’est-à-dire ce qui est requis pour la survie de l’homme en tant qu’homme  … Ce qui est bon pour l’homme  ne nécessite pas de sacrifices des uns en faveur des autres … Le principe de l’échange est le seul principe éthique rationnel pour toutes les relations humaines …  Déploration d’une société fondée sur l’éthique de l’altruisme qui traite l’homme comme un animal sacrificiel et le pénalise pour ses vertus de manière à pouvoir récompenser des parasites, des mendiants, des pilleurs, des brutes et des bandits  pour leurs vices … L’altruisme jauge la vertu d’un homme par le degré avec lequel il abandonne ses valeurs, y renonce ou les bafoue, puisque l’aide à un étranger ou à un ennemi est considérée comme plus vertueuse, moins  ‘égoïste’ que l’aide à ceux qu’on aime  … Seul un manque d’estime de soi pourrait donner plus de valeur à la vie d’un étranger qu’à notre propre vie … C’est seulement dans les situations d’urgence que l’on doit se porter volontaire pour aider des étrangers, si cela est en notre pouvoir, et on ne peut considérer toutes les souffrances humaines comme des situations d’urgence … Les exemples des apologistes de l’altruisme sont toujours tirés de situations exceptionnelles … Toute aide doit être une exception et non la règle, un acte de générosité et non un devoir moral.»  

Extraits du petit ouvrage de Léon Trotski, Leur morale et la nôtre. Livre dans lequel il attaque d’ailleurs plus les sociaux-démocrates et les staliniens que la réaction proprement dite.

« Admettons que ni la fin personnelle ni la fin sociale ne puisse justifier les moyens. Il faudrait alors chercher des critériums en dehors de la société … Où ? Au ciel si ce n’est sur la terre. La morale émancipée de la sanction religieuse fut un immense progrès (Hegel). Mais détachée des cieux, la morale avait besoin de racines terrestres. La découverte de ces racines fut l’une des tâches du matérialisme … Invoquer de nos jours les ‘vérités éternelles ‘ de la morale, c’est tenter de faire rétrograder la pensée … Les théologiens jésuites enseignaient qu’un moyen peut être indifférent par lui-même, mais que sa condamnation ou sa justification est commandée par la fin. Un coup de feu est par lui-même indifférent : mais tiré sur le chien enragé qui menace un enfant, c’est une bonne action ; tiré pour tuer ou faire violence, c’est un crime … Les  bolcheviks sont aux démocrates ce que les Jésuites étaient à la paisible hiérarchie ecclésiastique … On ne peut s’indigner du principe jésuitique tout en s’inspirant de l’utilitarisme, si caractéristique de la philosophie britannique. La fin qui justifie les moyens suscite d’ailleurs la question : qu’est-ce qui justifie la fin ? Le moyen ne peut être justifié que par la fin. Mais la fin a aussi besoin de justification. Nous répondons qu’est permis tout ce qui mène à la libération des hommes … La classe dominante impose ses fins à la société et l’accoutume à considérer comme immoraux les moyens qui vont à l’encontre de ces fins, telle est la mission de la morale officielle … Celui qui s’incline devant les règles édictées par l’ennemi ne vaincra jamais … Les gens pris comme otages (Trotski défend là son décret de 1919 sur les otages) sont au moins liés par des intérêts de classe et de solidarité familiale à l’un des camps. La guerre moderne avec son artillerie à longue portée, avec son aviation, ses gaz toxiques, avec son cortège de destruction, de famine d’incendies et d‘épidémies implique inévitablement la perte de centaines de milliers et de millions d’individus qui ne participent pas à la lutte, vieillards et enfants compris (combien d’assassinés à Hambourg, à Dresde, à Tokyo, à Hiroshima, en France aussi ? Merci les Anglo-Saxons) … Du point de vue des ‘vérités éternelles’ la révolution est naturellement ‘immorale’. Ce qui nous apprend seulement que la morale idéaliste est contre-révolutionnaire … Il ne saurait y avoir chez le révolutionnaire marxiste, de contradiction entre la morale personnelle et les intérêts du parti, car le parti embrasse les tâches et les fins les plus hautes de l’humanité (jouez trompettes). »

Ci-dessous, extraits remaniés et simplifiés de l’ouvrage de Mark Hunyadi, La tyrannie des modes de vie.

« Nous, individus réputés libres et démocratiques sont dans les fers des modes de vie. Ceux-ci nous imposent des attentes de comportement (avoir un travail, être consommateur, s’intégrer au monde technologique, au monde administratif, au monde économique….) auxquels nous devons globalement nous adapter. Paradoxe démocratique renforcé  par un paradoxe éthique : c’est au moment où l’on assiste à une véritable inflation éthique, par la multiplication des comités, chartes, conseils, règlements, labels éthiques en tout genre, tous censés protéger les droits individuels, que les modes de vie de plus en plus contraignants  étendent comme jamais leur emprise sur les individus. Ce qui veut dire que tout ce dispositif éthique (la petite éthique) sert en réalité à blanchir le système et les modes de vie qui en découlent, qui peuvent ainsi étendre leur emprise en étant éthiquement pasteurisés. Notre éthique ne sert donc pas à critiquer le système ni les modes de vie, mais à les accompagner dans leur marche triomphale. … L’éthique est le maître mot, alors qu’elle s’est retirée du monde  … Ethique de la civilité taillée à la mesure des comportements et droits individuels, éthique des principes centrée sur le respect de l’intégrité personnelle … Dans le respect éthique des droits individuels, on nous prépare un monde qui est peut être éthiquement détestable, dans la déresponsabilisation politique et l’irresponsabilité morale … Ethique restreinte, de l’abstention et du conformisme,  ne se prononçant plus sur le cours général des choses, cantonnée à la défense de quelques principes particuliers dont le respect renforce mécaniquement le système qu’ils blanchissent … La parcellisation, le fractionnement, des éthiques : médicale, bioéthique, de l’environnement, des affaires, de la famille, sexuelle, du travail, du soldat, de l’entreprise… et des dizaines d’autres, le moyen le plus sûr pour  soustraire à tout questionnement de fond les évolutions les plus marquantes. (on se soucie du consentement du patient mais pas de la déshumanisation de la médecine, des risques techniques, mais on laisse faire l’emprise de la technoscience…) … La petite éthique sert à blanchir le monde, pas à le critiquer, encore moins à le refuser (muette face à l’économisme ambiant, au culte de la performance, à l’individualisme croissant, à la marchandisation, à la juridicisation, à la technicisation…) … Ethiques vidées de toute relation au monde au profit du respect de tel ou tel principe, érigé en norme morale suprême  … Ethique vassale, comme le montre le pullulement des comités éthiques de tout poil »  

 

Ce contenu a été publié dans 460, 3 - Morale, Ethique , avec comme mot(s)-clé(s) . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.