740,4 – Mœurs, Mode, Modes de vie

– Qui comprend ce premier terme que le dictionnaire définit comme les principes et règles morales régissant une société,  puisque tout est devenu question de choix individuels fluctuants ? Encore une vieillerie.

– C’est la pub. qui fait la mode, et qui fait la pub ? Remarquable cohérence dans le domaine marchand comme dans le domaine des mœurs : tout toujours bouleverser. Il faut vraiment être très jeune ou très sot pour penser que les deux domaines (fric et mœurs) ne marchent pas de pair et n’obéissent pas aux mêmes maîtres.

– Il est bien évident que les plus gros revenus disponibles, donc les meilleurs consommateurs sont les personnes sans enfants (DINKS : double income no kids), d’où l’enthousiasme des publicistes et des média pour le travail féminin, l’homosexualité, et en général la féminisation des modes (les femmes ayant de tout temps été les plus grosses consommatrices, au moins pour les achats et investissements limités, ce, pour des raisons d’ailleurs diverses.)

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« Il pensait qu’un Etat ne peut être heureux avec des murs debout et des mœurs en ruine. » (Saint-Augustin – sur Scipion)

« Plus nos lois tendront à une impossible égalité, plus nous nous en écarterons par les mœurs. » (Balzac)

« Sans contenu, la mode devient le spectacle que les hommes se donnent à eux-mêmes du pouvoir qu’ils ont de faire signifier l’insignifiant. » (Roland Barthes – Système de la mode)

« Même circuit mythologique pour la barbe : sans doute peut-elle être simplement l’attribut d’un homme libre, détaché des conventions quotidiennes de notre monde et qui répugne à  perdre le temps se raser … Attribut missionnaire ou capucin, elle ne peut faire autrement que signifier apostolat et pauvreté … Derrière la barbe on appartient un peu moins à son évêque, à la hiérarchie … On semble plus libre, un peu franc-tireur, en un mot plus primitif, bénéficiant du prestige des premiers solitaires, disposant de la rude franchise des fondateurs du monachisme, dépositaires de l’esprit contre la lettre. » (Roland Barthes – sur l’abbé Pierre, sa coupe de cheveux, son béret, sa canne, sa cape… – Mythologies)  – Ces qualificatifs d’indépendance, d’apostolat, de pauvreté et de franchise  s’appliquent-ils à nos laquais médiatiques tous barbus ou mal rasés avec grand soin ? 

« On ne peut échapper à la mode (puisque la mode elle-même fait du refus de mode un trait de mode ; le blue-jean en est un exemple historique). » (Jean Baudrillard)

« L’histoire dit que la critique de la mode est au XIX° siècle une pensée de droite, mais qu’elle est devenue aujourd’hui, depuis le socialisme, une pensée de gauche. L’une venait de la religion, l’autre vient de la révolution. La mode corrompt les mœurs, la mode abolit la lutte des classes … Au regard de la morale et des mœurs, la gauche a pris tout simplement le relais de la droite … la mode est immorale … Il fut un temps où l’immoralité était reconnue, de Machiavel à Stendhal, en passant par Bernard de Mandeville (la fable des abeilles), ce n’est plus et ne peut plus être dans un système de pensée dictatoriale … La mode ne connaît rien des systèmes de valeurs ni des critères de jugement : le bien ou le mal, le beau ou le laid, le rationnel et l’irrationnel, elle joue en-deçà ou au-delà, elle joue donc comme subversion de tout ordre. » (Jean Baudrillard) – L’auteur en est un peu resté à la vieille gauche. Evidemment, la nouvelle morale de gauche des milliardaires tolère très bien des entorses à quelque morale que ce soit, service au néocapitalisme et service de soi-même obligent. Voir la démolition récente en Occident de toute valeur, au nom d’autres valeurs totalement bidons (ouverture, flexibilité…)

« Le marché ne survivrait pas si les consommateurs s’accrochaient aux choses. » (Zygmunt Bauman)

« La mode procède par contrastes, par soubresauts brusques. Elle passe des extrêmes contorsions de 1900 à l’extrême sécheresse de l’architecture moderne, de même que le gouvernement passe du rigorisme de Saint-Just aux relâchements de Barras. » (Emmanuel Berl)

« L’esprit de la mode incite les cultures aux volte-face soudaines. L’engouement appelle le dégoût … Les régimes comme les styles nouveaux expliqueront qu’ils ne ressemblent pas du tout à ceux qui les précèdent. » (Emmanuel Berl)

« Maîtres de l’or, maîtres de l’opinion, c’est-à-dire des mœurs. » (Georges Bernanos)

« Les coutumes sont les habitudes d’une nation ; les habitudes sont les coutumes de l’individu : les mœurs sont ou des coutumes ou des habitudes, selon qu’il s’agit d’une nation ou d’un individu. » (Louis-Ambroise de Bonald)

« La notion même de mode, nous dit Simmel, est récente. Elle apparaît avec les formes modernes de la stratification, à partir du moment où la mobilité sociale est suffisamment importante pour que certains membres de chacune des classes soit tentés de s’identifier symboliquement à la classe immédiatement supérieure en imitant ses manières de faire et ses goûts, en attendant de pouvoir y accéder … phénomène de classe. » (Raymond Boudon) – Et aussi porté par l’instinct grégaire (jeunesse).

« La mode produit des clones plus sûrement que la génétique. » (Paul Carvel)

« La vitesse avec laquelle les modes se succèdent donne aux gens l’impression trompeuse que tout cela est anodin … et que ces modes n’ont rien de comparable avec les grandes illusions idéologiques … La personnalité se désagrège au fil de ces changements perpétuels, sans aucune pause … Plus de critère permettant de juger de la portée d’un événement. » (Stanko Cerovic – sur les modes intellectuelles) – Quant à la réflexion, méditation !

« La mode, c’est ce qui se démode. » (Coco Chanel)

« En valorisant le renouvellement des formes et l’inconstance du paraître, d’abord essentiellement au plan vestimentaire et dans le cercle réduit des aristocrates puis des bourgeois, la mode a permis la disqualification du passé et la valorisation du nouveau, l’affirmation de l’individuel sur le collectif … le règne de l’éphémère systématique. » (Sébastien Charles)

« Pas de vagues, juste des vogues. » (Gilles Châtelet) – Telle est la modernité.

« Ne demande pas comment les principes de l’Ancien Testament pouvaient être bons. Demande comment ils étaient bons, à l‘époque pour laquelle ils ont été faits. » (saint Jean Chrysostome) – Ne juger les lois et les mœurs que dans le cadre de leur époque.

« ‘Mœurs douces’ et mœurs dissolues vont de pair, témoin la Régence, le moment le plus agréable et le plus lucide, donc le plus corrompu, de l’histoire moderne. » (Emil Cioran) – Pour ce qui est du dernier terme, on a fait bien mieux depuis.

« Se tenir à la page est la marque d’un esprit fluctuant qui ne poursuit rien de personnel. » (Emil Cioran)  

« La mode est devenue nécessaire à l’économie de marché. Et cela est valable pour tous les produits de l’échange. En particulier pour ceux du libidinal, du ludique, du marginal, et pour les produits culturels … Paradoxe de la mondanité … On est un individu dans la mesure où l’on représente un genre. On est singulier lorsqu’on est le signe d’un genre … Processus de valorisation de l’individu par le genre … Le standard est vécu comme originalité. L’individu se singularise dans la mesure où il s’intègre à un genre. La proclamation subjective n’est que la ratification d’un groupe sociologique … Production d’un modèle standard : l’individu de la social-démocratie libertaire. » (Michel Clouscard – Le capitalisme de la séduction)

« La libération des mœurs nécessaire au marché du désir. » (Michel Clouscard)

« Le comble du mauvais goût est, aujourd’hui, d’avoir l’air propret, c’est-à-dire benêt, guindé, naïf, engoncé … S’habiller est démodé. Votre ouverture d’esprit est proportionnel à celle de votre col … Un refus de se soumettre au devoir de son état (on disait autrefois à son devoir d’état) devenu terriblement banal y compris au plus haut sommet de l’Etat … La cravate en quinconce, la veste en accordéon et le pantalon tire-bouchon … Les petites blagues de gamin déplacées, la manière d’abaisser la fonction (face à Leonarda), les manières de Goujat (avec Valérie Trierweiler) … Puis sont arrivés Benalla, les gandins louches de Saint-Martin avec leur doigt d’honneur, les bains de foule s’approchant de la pratique de la vulgarité  et tout l’aréopage bigarré moins pressé de servir que de se servir … les tee-shirt à message porté dans la tribune présidentielle un 14 juillet par une membre du gouvernement… » (Gabrielle Cluzel) –On aura reconnu ce bouffon de François Hollande, ce jeune freluquet inculte d’Emmanuel Macron, l’arrogante sotte de Sibeth Ndiaye. La dictature du sans cravate, du port de la barbe

« Les mauvaises mœurs sont les seules choses que les gens prêtent sans réfléchir. » (Jean Cocteau)

« La question des mœurs est sans solution … parce qu’en démocratie avancée, toute minorité agissante saura immanquablement s’arroger des droits particuliers face à une majorité inerte, incapable de se mouvoir mais aisée à émouvoir, si ce n’est à culpabiliser. » (Jean-François Colosimo) – Ce qui signifie que plus la démocratie est avancée, moins elle est démocratique ; on s’en doutait. Voir sur l’effet Olson, La logique de l’action collective de Mancur Olson à la rubrique Action, 005,1

« Qui ne superpose pas au réel un objet idéal de croyance ne composera jamais rien, et partout où le haut s’en va, qu’il s’agisse de Lénine, du mandat du ciel ou du sacré républicain, le bas se décompose et les sociétés partent en capilotade. On ne triche pas impunément avec cette nature crucifère et crucifiante des collectifs, abcisse et ordonnée. Les mœurs ne tiennent que par les croyances. » (Régis Debray)

« L’air du temps fixe le cahier des charges – à notre insu. En 1960, le fond de toile était rouge ; il est passé ensuite au rose, puis au vert, et maintenant la bannière US étoile nos T-shirts. Chaque décennie sa dominante mais, en tout cas, la page n’est jamais blanche, et le moule jamais vide. … Les opiums du peuple successifs … le passé d’une illusion à peine  dénoncé et rejeté derrière nous qu’une autre arrive pour relancer l’affaire. » (Régis Debray) – Nous baignons dans l’air du temps, les modes de l’époque.   

« Il est toujours plus facile d’épouser une lubie que d’en divorcer. » (Régis Debray)

« Le principe de précaution, qui est grandement loué quand il concerne les OGM ou l’usage profitable de la nature, est vilipendé lorsqu’il s’agit de mœurs. » (Chantal Delsol) – Certes. Mais comment fabriquerait-on le zombi asservi à la technique que réclame la mondialisation universaliste et capitaliste ?

« Si les lois sont bonnes, les mœurs sont bonnes, et elles sont mauvaises si les lois sont mauvaises … Le législateur forme à son gré des héros, des génies et  des hommes vertueux. » (Diderot) – « Les vices d’un peuple sont cachés au fond de sa législation. » (Helvétius)

« A défaut de l’originalité de l’esprit on arbore celle des mœurs. » (Louis Dumur)

« La société n’a pas de morale, elle n’a que des mœurs. » (Louis Dumur)

« Dans nos sociétés, le désir de nouveauté peut s’exprimer même en l’absence de  toute sollicitation commerciale … Les modes investissent des domaines où l’éphémère n’est pas de mise : les prénoms, (un prénom, c’est pour la vie),  la propension en politique de ‘sortir les sortants’, les enfièvrements de la scène intellectuelle (du maoïsme au lacanisme…) … Toutefois il existe une tradition et des classiques permettant de distinguer un tube de l’été d’un opéra de Mozart. Dans le domaine de la mode de tels équivalents apparaissent introuvables. » (Guillaume Erner) – Il existe, plutôt il existait, le degré d’inculture, de stupidité et d’abrutissement de notre société empêche désormais de distinguer tube et œuvre, Mozart et un rappeur, Stendhal et Christine Angot…

« L’imitation des alchimistes transformant le plomb en or. Accrocher un crocodile sur  un vulgaire polo pour le transformer en un authentique Lacoste … Pouvoirs de la marque … C’est Chanel qui remarqua que la mention de son nom suffisait à vendre les produits les plus divers (le parfum, son numéro 5) …  Dior s’enhardit, décida de louer son nom, pressentant la formidable rente que l’on pouvait retirer d’un nom célèbre comme le sien  … Opération magique par laquelle un produit anodin peut trouver une valeur grâce à un acte de baptême (bouleversement du monde de la mode)  … La rente fondée sur l’immatériel … Le système des licences était né avec  le pourcentage sur les recettes obtenu par Dior en 1948 … De grandes entreprises collectionnèrent les marques afin d’additionner les rentes … Mais les marques de mode sont à la merci de la mode. » (Guillaume Erner)

« Outre l’enfance malheureuse que l’on retrouve chez de nombreux grands couturiers (pour la génération des Chanel et des Lanvin, la couture comme activité professionnelle était réservée aux petites filles pauvres – Dior devint styliste sur le tard), l’importance de la figure maternelle (première version de l’élégance), le désir de revanche sociale (enfance modeste, sinon très pauvre, de Ralph Lauren, Calvin Klein, Jean-Paul Gaultier, John Galliano ou Pierre Cardin), le souhait de pouvoir assumer leurs choix amoureux (dans ce milieu, l’homosexualité ne passait pas pour un vice). » (Guillaume Erner)

« Nos contemporains se révolteraient contre l’obligation de porter un uniforme … Pourquoi, certains d’entre eux décident-ils de leur plein gré de le porter ? … La mode se prête idéalement à la consommation ostentatoire. Elle est, selon Thorstein Veblen, l’illustration parfaite de la ‘culture pécuniaire’, où un objet tire sa beauté de son prix (d’où la préférence pour les marques). » (Guillaume Erner)

« Manière de façonner son identité … l’individu prolonge avec ses choix vestimentaires le travail sur son identité … Raison pour laquelle le souci de la mode atteint son summum dans les périodes où chacun cherche à se définir (à l’adolescence, c’est et compréhensible  et excusable). « (Guillaume Erner)

« La volonté de se distinguer ne suffit pas à créer des modes. Pour exister, les tendances ont besoin de processus mimétiques …Un phénomène qui conjugue imitation et distinction aboutit nécessairement à un paradoxe. Alors que la réalisation de soi est un des idéaux de l’époque, les foules occidentales offrent un spectacle homogène. » (Guillaume Erner)

« Avec leur volonté inflexible de placer les mœurs sous la coupe du droit et leur codification obsessionnelle des moindres attouchements, les minorités en lutte ont préparé le terrain aux ultras de la majorité morale. » (Alain Finkielkraut) – La fameuse exigence de transparence, c’est-à-dire d’espionnage, de délation et de chantage. Jadis, le linge sale se lavait en famille.

« Les idées de la veille font les mœurs du lendemain. » (Anatole France) 

« Ce que les hommes appellent civilisation, c’est l’état actuel des mœurs ; barbarie, les états antérieurs. » (Anatole France)

« La banalisation du voyeurisme et de l’exhibitionnisme sont symptomatiques de notre société  d’individualisme de masse à dominante urbaine … Une société où les rapports interpersonnels se sont appauvris comparativement aux liens de voisinage qui existaient dans les communautés rurales traditionnelles. » (Jacques Gautrand)

« La mode est une tradition momentanée. » (Goethe)

« La perniciosité du ‘jeunisme’, de ces phénomènes de mode qui, pensons-nous, sont à la source de tous les fanatismes idéologiques et abolissent, par le terrorisme intellectuel … l’esprit critique au profit de l’esprit de système ou, tout simplement, de l’esprit grégaire. » (Gilles William Goldnadel)

« La transparence du moi, l’exposition frénétique de chacun au regard de tous les autres, voilà une façon de retrouver le partage, l’alliance et le lien en mettant en quelque sorte l’intimité sur la table … L’homme sans intérieur est un homme désarmé. » (Jean-Claude Guillebaud)

« De l’impératif de non-dissimulation … on est passé … à un totalitarisme de la transparence … Or, comme disent les océanographes en parlant de l’eau de mer, la transparence est signe de mort … Le principe de transparence … assiège de toutes parts le bastion de l’intériorité. » (Jean-Claude Guillebaud) – Plus de rideaux.

« Tout ce qu’on appelle communément ‘libération des mœurs’, les enjeux sociétaux du libéralisme libertaire, s’inscrivent tous dans un processus favorable aux intérêts marchands. » (Jean-Louis Harouel) – C’est sans doute pourquoi toute nouvelle aberration sur ce plan commence toujours aux Etats-Unis.

« L’homme moyen d’aujourd’hui a trouvé la mode comme substitut à ces traditions perdues. Saison après saison, elle lui dicte les règles indispensables pour être toujours sociable, elle lui fournit les expressions en vogue, les formules, les danses et les mélodies qu’il faut connaître … Il manque à notre existence des normes coutumières, un consensus sacré, non écrit et traditionnellement transmis par les générations antérieures sur ce qui est considéré comme convenable et décent dans le cadre des rapports humains. » (Hermann Hesse) – Ce qu’on appelait jadis les usages a disparu, reste le chaos vulgaire.  

« Vaines sont les lois sans les mœurs. » (Horace)

« Jusqu’au XVI° siècle, selon un historien, Jos Van Ussel, les attitudes et le mode de vie étaient pro-sexuels … Peut-on parler de chambre à coucher, une vaste pièce où tous dormaient … dans un même lit et nus comme des vers … La nudité naturelle et publique … La chemise de nuit apparaît à la même époque que la fourchette ou le mouchoir … La maison de bains, rendez-vous de tous … Progressivement, la sexualité, de même d’ailleurs que les fonctions naturelles, sera reléguée par le processus de civilisation à l’arrière-plan de la vie sociale. C’est à la même époque que les animaux symboliques de la noblesse (lion, loup, ours, aigle…) sont remplacés par ceux de la bourgeoisie (fourmi, scarabée, abeille, écureuil…) … Le corps organe de plaisir transformé en organe de performance … Les émotions se font plus retenues : tuer, bâtonner, s’arracher les cheveux de désespoir … La naissance, la maladie, la mort, les crises de l’existence humaine, l’hystérie, la folie, la peur, la haine et presque tout ce qui concernait la sexualité  se dissimule dorénavant derrière les murs et les coulisses … la civilisation progressive des mœurs a essentiellement consisté à accroître le contrôle sur tout ce qui tient à la nature animale de l’homme … Nous avons peine à imaginer ce qu’était une société violente (comme le dit Norbert Elias, nous sommes des enfants de chœur par rapport au passé), les autodafés de chats ! » (Roland Jaccard – L’exil intérieur)

« Les mœurs se composent de coutumes et d’habitudes. Les coutumes font les mœurs publiques et les habitudes les mœurs individuelles. Si les mœurs publiques sont bonnes, les mauvaises mœurs individuelles comptent pour peu. »(Joseph Joubert) – Les mœurs publiques d’aujourd’hui !

« Les mœurs publiques sont un chemin que les successeurs trouvent frayé dans la course de la vie. Où il n’y a pas de mœurs, il n’y a pas de chemin ; chacun alors est obligé de frayer le sien, et, au lieu d’arriver, il s’épuise à chercher la route. » (Joseph Joubert)

« En matière de mœurs, le niveau d’éducation s’est substitué à l’appartenance socio-professionnelle et aux préférences partisanes comme la variable explicative la plus opérante. » (Jacques Julliard) – Et, ce n’est guère un progrès.

« Comme il appartient à la ‘mode’ de trouver belle toute innovation, aussi absurde et rebutante soit-elle, la mode n’a pas manqué d’adopter pareille attitude à l’égard de ‘l’art moderne’ : c’est la ‘beauté’ du chaos. » (Carl Jung)

« Les vertus farouches font les mœurs atroces. »(Saint-Just)

« Toute l’intelligence du monde est impuissante contre une idiotie à la mode. » (Augusta Amiel-Lapeyre)

« Les hommes font les lois, les femmes font les mœurs. Quand même elles les déferaient quelquefois, il n’en est pas moins vrai que les hommes qui s’éloignent de leur société cessent d’être aimables et ne peuvent plus le devenir. » (prince de Ligne) – Maintenant elles font (ou défont) tout.

« L’empire de la mode désigne cette immense inversion de la temporalité sociale consacrant la prééminence du présent sur le passé, l’avènement d’un espace social arc-bouté sur le présent, le temps même de la mode … La mode, aujourd’hui, n’est plus un luxe esthétique et périphérique de la vie collective, elle ne trouve plus son modèle principal dans les jeux du paraître vestimentaire, elle est devenue un procès général à l’œuvre dans le tout social qui commande la production et la consommation des objets, la publicité, la culture, les média, les changements idéologiques et sociaux … Séduction, éphémère, différenciation marginale  … Pourquoi en Occident et non ailleurs (au départ) … Elle a un commencement repérable dans l’histoire (milieu du XVI° siècle, la fin du Moyen Âge en Europe occidentale, décollage économique de l’Occident, enrichissement des classes seigneuriales et bourgeoises … comme son apparition  a requis un schème religieux unique, celui de l’Incarnation, ayant conduit, à la différence des autres religions, à l’investissement de l’ici-bas, à la dignification de la sphère terrestre, des apparences et des formes singulières ) … Elle n’est pas restée cantonnée, tant s’en faut, dans le champ de la parure (mobilier et objets, langage et manières, goûts et idées, artistes et œuvres culturelles) … Forme spécifique du changement social, la mode n’est pas liée à un objet déterminé, dispositif social caractérisé par une temporalité particulière et par des revirements plus ou moins fantasques … affectant des sphères très diverses de la vie collective … Fluctuations rapprochées sans lendemain … Moins signe des ambitions de classe que sortie du monde de la tradition … Ce n’est plus un agrément esthétique, un accessoire décoratif de la vie collective … Elle était périphérique, elle est maintenant hégémonique … L’agent par excellence de la spirale individualiste … Commandée par la logique de la théâtralité, la mode est un système inséparable de l’excès, de la démesure, de l’outrance (minimal et maximal, sobre et clinquant…) … Elle a enclenché un investissement de soi, une auto-observation esthétique sans précédent (proche du narcissisme). » (Gilles Lipovetsky – L’empire de l’éphémère – considérations éparses sur le système de la Mode)

« A la loi verticale de l’imitation (de Gabriel Tarde)  s’est substituée une imitation horizontale conforme à une  société reconnue d’égaux. » (Gilles Lipovetsky)

 « Loin d’être le signe de la suprématie de la noblesse, la mode témoigne bien davantage de son affaiblissement continu depuis la fin du Moyen Âge, de sa métamorphose progressive en classe ‘spectaculaire’ dont une des obligations majeures sera de se mettre en avant par des dépenses somptuaires de représentation … On sait, depuis les analyses de Veblen, que la consommation des classes supérieures obéit essentiellement au principe du gaspillage ostentatoire et ce, afin de s’attirer l’estime et l’envie des autres. » (Gilles Lipovetsky) – On peut douter que ce dernier point soit toujours vrai avec la fureur envieuse qui caractérise les sociétés démocratiques (fiscalité délirante à caractère vengeur).

« Le progrès des Lumières et celui du bonheur ne marchent pas du même pas. L’euphorie de la mode a pour pendant la déréliction, la dépression, le trouble existentiel. Il y a davantage de stimulations  en tout genre, mais plus d’inquiétude à vivre, il y a plus d’autonomie privée, mais plus de crises intimes. Telle est la grandeur de la  mode qui renvoie toujours plus l’individu à lui-même, telle est la misère de la mode qui nous rend de plus en plus problématiques à nous-mêmes et aux autres. » (Gilles Lipovetsky – cité par Alain Renaut qui précise, d’après Lipovetsky : par mode entendre de l’invasion de la publicité à la gadgétisation de l’existence et à la soumission de l’activité culturelle  elle-même aux impératifs de la communication … Impasse relationnelle, crise communicationnelle, leucémisation des relations sociales…)

« Triomphe la logique du ‘box-office’ favorisant l’uniformisation des goûts (hits-parades, ‘top ten’, best-seller…). »  (Gilles Lipovetsky, Jean Serroy)

« Les avant-gardes sont intégrées dans l’ordre économique, acceptées , recherchées, soutenues … Fini le monde des grandes oppositions rédhibitoires, art contre industrie, culture contre commerce, création contre divertissement … Les stratégies marchandes du capitalisme créatif transesthétique n’épargnent plus aucune sphère … il démultiplie les styles, les tendances, les spectacles, les lieux de l’art ; il lance continuellement de nouvelles modes et crée à grande échelle du rêve, de l’imaginaire, des émotions … Après l’art-pour-les-Dieux, l’art-pour-les-princes et l’art-pour-l’art, c’est maintenant l’art-pour–le-marché qui triomphe … Les termes professionnels suivent : les jardiniers sont devenus des paysagistes, les cuisiniers des créateurs culinaires, d’autres des ‘créateurs d’automobiles’, etc. … L’ère transesthétique en marche est planétaire … Goût pour la mode, les spectacles, la musique, le tourisme (qui ne voit partout que des paysages à admirer et à photographier comme des décors ou des tableaux), le patrimoine, les musées,  les cosmétiques, la décoration de la maison … Espèce de fétichisme et de voyeurisme esthétique généralisé … L’important est de ressentir … non d’être conforme à des modèles de représentation sociale … Moins conformiste et plus exigeant que par le passé, l’individu transesthétique apparaît en même temps comme un ‘drogué de la consommation’, pressé, zappeur, boulimique de nouveautés, obsédé de jetable, de célérité, de divertissement faciles (‘l’homo festivus’ de Philippe Muray, doublé d’un ‘homo esthéticus’, par ailleurs dépossédé de sa propre culture) mais qui n’en porte pas moins un regard esthétique, non utilitaire, sur le monde … Ce sont les valeurs initialement prônées par les artistes bohèmes du XIX° siècle (hédonisme, accomplissement de soi, authenticité, expressivité, recherche des expériences) qui sont devenues les valeurs dominantes célébrées par le capitalisme de consommation. » (Gilles Lipovetsky et Jean Serroy – considérations éparses – L’esthétisation du monde, vivre à l’âge du capitalisme artiste) – Derrière (et même devant cette esthétique), le fric. Affreux mélange du n’importe quoi, n’importe où, n’importe quand, n’importe comment, pour et par n’importe qui, irrespect généralisé, absurdité et abrutissement garantis, sauvagerie, infantilisme, fin en catastrophe imminente malgré l’enthousiasme évident et difficilement compréhensible des auteurs  – « Le capitalisme esthétique présenté comme non moins agressif ou cynique que le capitalisme financier, vise les ressources émotionnelles des acteurs. » (Eva Illouz) – Il est encore plus tordu.

« Ceux qui n’ont pas eu d’autres soucis que de ‘marcher avec leur temps’, épousant ses goûts, ses idées, ses passions, ses préjugés, ses engouements, ses manies, ceux-là seront vite vieillis, dépassés. Ils sont, comme on dit, ‘à la page’ ; mais une page est vite tournée. » (cardinal Henri de Lubac)

« La prospérité corrompt les mœurs. » (Lucain) – Les Chinois vont bientôt en faire l’amère expérience.

« Parlant de la mode qui sévit au sein des ‘groupes étroits’, Georg Simmel remarque qu’il s’agit là d’une ‘violence brutalement faite à l’individualité’ … Il n’est aucun domaine qui lui échappe : du plus frivole à celui réputé le plus sérieux, on retrouve le besoin de s’identifier. Modes vestimentaires bien sûr, mais aussi culinaires, langagières, musicales, sportives … jusqu’aux idées. » (Michel Maffesoli) – Conformisme.  

« Si l’on évite un individualisme qui ne convient qu’aux protestants, la question morale redevient question sociale : point de mœurs sans institutions. » (Charles Maurras)

« Le paradoxe central de notre époque : celui d’une société qui n’a jamais été aussi libérale quant à ses principes économiques, ni aussi à gauche quant à l’évolution des mœurs. » (Jean-Claude Michéa)

« Sitôt que la consommation intérieure ostentatoire (soit le développement d’un mode de vie fondé sur la mode, le spectacle et le mouvement) commence à dépasser un certain pourcentage du PIB, il est inévitable …  que les mœurs évoluent dans un sens individualiste, narcissique et libéral (autrement dit de gauche au sens contemporain du terme). » (Jean-Claude Michéa)

« Une culture est certes toujours en évolution … mais cette évolution s’opère à un rythme qui confère à cette culture une structure nécessairement ‘transgénérationnelle’, ce qui signifie qu’elle définit toujours un espace commun à plusieurs générations et autorise ainsi …  la rencontre et la communication des jeunes et des vieux (dans un stade, une fête de village ou la vie d’un vrai quartier populaire). La mode est, au contraire, un dispositif ‘intra-générationnel’ et dont le renouvellement incessant obéit avant tout à des considérations économiques. Organiser la confusion systématique entre, d’une part, les cultures durables que créent les peuples, à leur rythme propre et, d’autre part, les modes passagères imposées par les stratégies industrielles constitue l’une des opérations de base du ‘tittytainment’. On sait que c’est un art où l’omniprésent Jack Lang a très peu de rivaux. » (Jean-Claude Michéa) – Tittytainment : ‘cocktail de divertissement abrutissant et d’alimentation suffisante permettant de maintenir de bonne humeur la population frustrée de la planète’ (voir à la rubrique Travail, 715, 1, Jean-Claude Michéa : « Dans le siècle à venir… »

« De même que la croissance économique ne peut exploiter à l’infini les ressources fossiles … de même, la croissance culturelle du capitalisme (ce que les libéraux de gauche vénèrent sous le nom darwinien ‘d’évolution des mœurs’ !) ne saurait exploiter à l’infini le trésor anthropologique accumulé par les générations précédentes sans compromettre … les conditions même de la survie morale de l’humanité. » (Jean-Claude Michéa – Le complexe d’Orphée)

« Ce sont choses que j’ai toujours vues de singulier accord : les opinions supercélestes et les mœurs souterraines. » (Montaigne) – L’hypocrisie n’est pas d’aujourd’hui même si elle fructifie.

« Le mœurs font toujours de meilleurs citoyens que les lois. » (Montesquieu)

« Un peuple connaît, aime et défend toujours plus ses mœurs que ses lois. » (Montesquieu) – C’est pourquoi pour briser un peuple il suffit de bouleverser ses mœurs, comme de nos jours.

« Quand un peuple a de bonnes mœurs, les lois deviennent simples. » (Montesquieu) – Alors, nos mœurs !

« Plus d’Etats ont péri parce qu’on a violé les mœurs que parce qu’on a violé les lois. » (Montesquieu) – D’où les lois dites sociétales, afin qu’il n’y ait plus rien à violer ; génial !

« On peut dire que les lois du commerce perfectionnent les mœurs, par la même raison que ces lois perdent les mœurs. Le commerce corrompt les mœurs pures : c’était le sujet des plaintes de Platon ; il polit et adoucit les meurs barbares, comme nous le voyons tous les jours. » (Montesquieu). A quoi Rousseau réplique : « Tout ce qui facilite la communication entre les diverses nations porte aux unes non les vertus des autres, mais leurs crimes, et altère chez toutes les mœurs qui sont propres à leur climat  et à la constitution de leur gouvernement. » (J. J. Rousseau) – Cités par Pierre Manent – Que les mondialistes choisissent.

« Par ‘mœurs honnêtes’, j’entends surtout cette qualité d’un être, grâce à laquelle le mal le dégoûte comme une vulgarité. » (Henry de Montherlant)  

« La mode n’est dictée par personne. Un publicitaire, un groupe de rock, un styliste ou une entreprise commerciale ne font que ‘lancer’ une idée  qui ‘marchera’ ou ‘ne marchera pas’ ; leur réussite ou leur échec dépendant bien entendu des ‘impondérables de l’air du temps’. Dans le cas favorable, cette idée sera vite reprise par d’autres, qui l’enrichiront successivement, lui donnant davantage de sens et de complexité : en étendant ses applications à un modèle de coiffure, à une façon de danser, à une idéologie, à un graphisme, etc., cette idée pourra en fin de compte devenir une mode à part entière, par l’addition successive des trouvailles que chacun y apportera, animé par une même compréhension de ‘l’esprit du temps’. La mode est créée par ceux qui la suivent. A l’inverse de l’Art, c’est une création de la masse … La notion de la ‘masse’ (totalement distincte de celle du ‘peuple’) n’étant pas opposée à ‘élite’ mais à ‘individu’ … La masse crée, enrichit, affine et met fin. » (Hectot Obalk – Les mouvements de mode)

« Il y a aussi les idiots utiles  qui s’imaginent que c’est en prônant un libertarisme à tout crin dans le domaine des mœurs que l’on va convaincre les musulmans des bienfaits de la société libérale. » (Paul-François Paoli) – Pour y croire, il faut habiter des lieux tels saint-Germain des prés ou assimilés. L’expression idiots utiles était utilisé par Lénine pour qualifier les intellectuels compagnons de route du Parti.

« Les nouvelles mœurs sont indissociables des ‘avancées technologiques’ qui rendent possibles ces ouvertures. » (Patrice de Plunkett – pensant à la PMA, GPA) – Le terme  malencontreux d’ouverture ne signifie pas approbation de l’auteur à ce qui n’exprime que la lâcheté et l’incohérence de l’Occident (on ne peut plus parler à son propos de civilisation) qui s’avéreront rapidement de plus en plus catastrophiques.

« En l’absence d’une morale solidement établie en principe, les mœurs finirent par disparaître. » (Joseph Proudhon – sur le caractère indispensable d’une morale)

« Les nations de l’Europe auront de bonnes mœurs, lorsqu’elles auront de bons gouvernements. » (Raynal) – C’est pas demain la veille !

« Une mode intellectuelle est le phénomène par lequel une théorie, un ensemble d’énoncés, qui ne sont le plus souvent qu’un groupe de mots, s’emparent d’un nombre significatif d’esprits par d’autres moyens que la démonstration. » (Jean-François Revel)

« Nos mœurs sont encore plus dérangées que nos finances. » (Rivarol) – Ce qui aujourd’hui n’est pas peu dire, d’un côté comme de l’autre.

« Les snobismes de la mode sont marqués d’une extrême volatilité. » (Frédéric Rouvillois) – Au contraire du snobisme mondain (particules, noms, titres, décorations, cercles et clubs, anglomanie et cosmopolitisme…)

« Il y a … une ‘main invisible’ (au sens d’Adam Smith) dans l’ordre des mœurs et des équilibres psychiques, beaucoup plus puissante que dans l’ordre économique. Et il est encore beaucoup plus dangereux de la déranger, comme le prouvent très vite, lorsque triomphent momentanément les utopies morales des faits aussi graves (suit liste qu’on peut retrouver chaque jour dans les faits divers et autour de soi) et surtout la diminution générale du bonheur. » (Raymond Ruyer) – Pourquoi la dérange-t-on aussi férocement ? Bonne question.

« Et si l’on laissait les meurs régler les mœurs et la société s’occuper de ce qui la regarde ? L’Etat n’a rien à dire, rien à voir,  rien à faire dans la vie sexuelle qui relève de la liberté individuelle, non de la libération imposée. Il doit seulement fixer quelques interdits… » (Michel Schneider)

« Renforcer une virilité mise à mal … Quelque chose à cacher … ‘On veut être avant tout un mâle viril, et seulement après, un homme’. » (? – citant Schopenhauer – considérations sur la mode, dictatoriale,  de la barbe chez les jeunes hommes)

« L’imitation délivre l’individu des affres du choix, le signale comme la créature d’un groupe, comme le réceptacle de contenus sociaux …  La mode … permet de conjoindre en un même agir unitaire la tendance à l’égalisation sociale et la tendance à la distinction individuelle, à la variation … Associer et distinguer, telles sont les deux fonctions de base … L’attrait de la mode réside dans sa façon tant de réunir étroitement un milieu défini et de montrer la cohésion de celui-ci comme sa cause et son effet, que d’isoler nettement le cercle en question par rapport à d’autres … La mode est le lieu d’élection où s’ébattent les individus privés d’autonomie intérieure qui ont besoin d’appui, mais dont l’amour-propre exige en même temps qu’on les distingue quelque peu, qu’on leur prête attention et qu’on les traite à part … Elle exprime à la fois l’instinct d’égalisation et d’individualisation, l’attrait de l’imitation et de la distinction, fait qui explique peut-être pourquoi les femmes lui sont en général très fortement attachées … La faiblesse de leur position sociale les soudant étroitement à tout ce qui est ‘mœurs’ et ‘convenances’, à la forme d’existence validée partout et approuvée de tous … Il paraît exister pour chaque individu un certain dosage quantitatif entre l’instinct qui pousse à l’individualisation et celui qui pousse à la dissolution dans la collectivité. » (Georg Simmel – écrivant fin XIX° siècle) 

« Rien n’égale la promptitude et la facilité des Français à suivre les modes et à se soumettre aux prétentions. » (Saint-Simon)

« C’est la victoire de la mode sur les mœurs et les coutumes. Les coutumes éternelles sont nécessairement les perdantes dans un monde d’imitation simultané. » (Peter Sloterdijk – sur la dictature du jeunisme)

« Négliger entièrement les lois qui concernent les mœurs, les sentiments, expose la république à des désordres monstrueux ; et, en les portant trop loin, on détruit peu à peu toute liberté, toute justice. » (Adam Smith – Traité des sentiments moraux) – Recommandation à l’Etat de ne pas se mêler de ce qui ne le regarde pas. Mais alors, impossibilité pour lui de s’emparer de la société civile, d’asservir les esprits !

« Impossible de ne pas voir que l’évolution des mœurs, qui pousse l’individu à prendre ses libertés et à en user, ne convient que trop bien à un système de domination qui préfère une humanité atomisée, sans liens, racines ni solidarités. » (François Taillandier)

« De nos jours, en notre siècle de mode déployée et envahissante, les œuvres artistiques et les actes vertueux sont à peu près semblables partout … mais, de dix ans en dix ans, pour ne pas dire d’année en année, les manières … se transforment avec les goûts du public (ceux que l’on dicte au public !), et les maximes morales elles-mêmes s’usent, s’altèrent, se renouvellent avec une effrayante facilité. » (Gabriel Tarde) – Déjà, en 1900 !

« Triomphant sur tant de points importants, grâce à l’anglomanie, l’imitation-mode s’est déchaînée, a débordé sur tout et produit le plus grand cyclone social jamais vu … Il fallait trouver la force destructrice du passé français, et c’est à cela qu’a servi l’esprit de dénigrement du passé français, inspiré par l’anglomanie. » (Gabriel Tarde) – La prostitution de nos élites depuis avant même la Révolution de 89, avec en apothéose : la boucherie de 1914, en aboutissement : la soumission actuelle au mondialisme destructeur.

« Rien ne vieillit plus vite que la nouveauté recherchée comme telle. » (Gustave Thibon)  

« La mode, cette dictature de l’éphémère, remplace la tradition abolie. La variation tient lieu de variété et la diversion fleurit sur la diversité. Ainsi les engouements collectifs se succèdent sans laisser de traces, la feuille morte voltige d’un lieu l’autre, mais les lieux se valent pour elle, car son unique patrie est le vent qui l’emporte. » (Gustave Thibon)

« Jadis, une grande stabilité dans le temps allait avec une grande diversité dans l’espace. Tandis que, maintenant nous avons le contraire : mobilité dans le temps et uniformité dans l’espace. La mode est la même partout … et elle y passe tout aussi vite. » (Gustave Thibon)

« Elever le plus possible les mœurs au niveau de la morale et non abaisser celle-ci au niveau des mœurs. » (Gustave Thibon)

« L’homme a besoin d’harmonie entre la morale et les mœurs. L’union, dans un même individu, d’un fort idéal moral et de mœurs décadentes constitue un terrible danger social … ‘Union d’opinions supercélestes et de mœurs souterraines (Montesquieu) … D’où dérivent les péchés d’idéalisme et d’angélisme, qui sont à la base des grandes convulsions modernes … J. J. Rousseau, mélange de moralisme exaspéré et de mœurs pourries (couplet quasi religieux à la naissance de ces enfants et abandon de ceux-ci, père indigne donnant des conseils d’éducation) … Unie à de saintes mœurs, la haute moralité fait des saints ; liées à des mœurs croulantes, elle produit des utopistes et des révolutionnaires (et des dictateurs) … La vertu qui n’est pas équilibrée, humanisée par de bonnes mœurs est toujours menacée de devenir la proie d’un idéal chimérique … et destructeur … Bienfait de saines mœurs que d’empêcher la morale de divaguer … La décadence des mœurs produit, à son premier stade, un moralisme rigide et exalté, à son second stade, un immoralisme érigé en dogme ; elle enfante toujours … la pire morale … Un Rousseau et un Gide censurent … certains maux presque inhérents à la condition humaine et, en même temps, ils accueillent et glorifient les pires désordres. Ils visent simultanément plus haut que l’homme et plus bas que l’animal … Morale faite de vaine révolte contre la nécessité et de plate abdication devant le désordre. »  (Gustave Thibon) – Où en est l’Occident en général et la France en particulier ?

 « Chaque génération se moque des anciennes modes, mais suit religieusement les nouvelles. » (Henry David Thoreau)

« Dans une société sans mœurs, seule l’austérité est aimable. » (Roger Vailland)

« Les mœurs se gâtent plus facilement qu’elles ne se redressent. » (Vauvenargues)

« Quand il n’y a plus de mœurs on fait des lois. » (Philippe de Villiers)

« Les lois sont dangereuses quand elles retardent sur les mœurs. Elles le sont davantage lorsqu’elles se mêlent de les précéder. » (Marguerite Yourcenar) – Et encore plus lorsqu’elles servent à les imposer.

« La mode est devenue la forme dominante de tout processus de consommation-production, dans lequel le principe est de réduire la durée de vie du produit non plus par son usure mais par la lassitude du consommateur. » (?)

« La mode, c’est ce qui se démode. » (?) 

« Ce sont les mœurs qui font une bonne compagnie. » (?)

« Ne côtoyez pas le monde que comme contemporain de vous, des idées de votre lieu et de votre époque, il est espace vous le savez, mais il est temps aussi. » (?)   

« Type de mode : l’anglomanie furieuse de la bourgeoisie des XVIII°, XIX°, XX° siècles ; cosmopolitisme. » (?) 

Ci-dessous, extraits remaniés et simplifiés de l’ouvrage de Mark Hunyadi, La tyrannie des modes de vie.

« Les modes de vie désignent les attentes de comportement durablement imposés par le système aux individus et aux groupes, et qui s’imposent indépendamment de la volonté des acteurs qui doivent s’y soumettre au même titre qu’un locuteur aux règles de sa langue.  Ils se développent et s’imposent à nous de manière quasi autonome, sans que personne ne les ait voulus, sans que quiconque puisse s’y opposer … Notre existence prend de plus en plus la forme d’un ‘curriculum vitae’ … Une multitude d’actions isolées finissent par imposer, par leurs effets cumulatifs et convergents, une conséquence que personne n’a voulue comme telle (robotisation : suivi de voix préenregistrées au téléphone, d’instructions données par des appareils, obéissance à des ‘bip’ d’alerte … peu de chose, en attendant les androïdes qu’on nous prédit) … Il n’est de la  compétence ou de la responsabilité de personne de dire si leur usage est souhaitable …  L’espace social n’est pas vide : s’étend en effet tout le réseau dense des pratiques instituées, activités courantes, usages et attentes de comportements qui s’imposent objectivement aux individus dans tous les domaines de la vie, indépendamment de leurs préférences particulières. Cet espace social est précisément celui qu’occupent les modes de vie, lesquels fixent bien mieux ce qui est exigé des individus que les principes politiques abstraits qui gouvernent la structure de base de la société … Notre connexion au monde, c’est notre connexion au contexte, lequel est nervuré, structuré, charpenté par les modes de vie  … Isolement des pratiques et des savoirs, parcellisation des sphères d’action, le système vise obstinément à fragmenter …  Les modes de vie ne manifestent que les résultats non intentionnels d’initiatives individuelles chacune blanchie par la petite éthique, et pour cette raison présumés bons … Le principe de précaution n’invite à appréhender les actions techniques qu’à travers les seules lunettes du risque, sans aucune autre évaluation, opérations de blanchiment éthique. »

« Nous, individus réputés libres et démocratiques sont dans les fers des modes de vie. Ceux-ci nous imposent des attentes de comportement (avoir un travail, être consommateur, s’intégrer au monde technologique, au monde administratif, au monde économique….) auxquels nous devons globalement nous adapter. Paradoxe démocratique renforcé  par un paradoxe éthique : c’est au moment où l’on assiste à une véritable inflation éthique, par la multiplication des comités, chartes, conseils, règlements, labels éthiques en tout genre, tous censés protéger les droits individuels, que les modes de vie de plus en plus contraignants  étendent comme jamais leur emprise sur les individus. Ce qui veut dire que tout ce dispositif éthique (la petite éthique) sert en réalité à blanchir le système et les modes de vie qui en découlent, qui peuvent ainsi étendre leur emprise en étant éthiquement pasteurisés. Notre éthique ne sert donc pas à critiquer le système ni les modes de vie, mais à les accompagner dans leur marche triomphale. … L’éthique est le maître mot, alors qu’elle s’est retirée du monde  … Ethique de la civilité taillée à la mesure des comportements et droits individuels, éthique des principes centrée sur le respect de l’intégrité personnelle … Dans le respect éthique des droits individuels, on nous prépare un monde qui est peut être éthiquement détestable, dans la déresponsabilisation politique et l’irresponsabilité morale … Ethique restreinte, de l’abstention et du conformisme,  ne se prononçant plus sur le cours général des choses, cantonnée à la défense de quelques principes particuliers dont le respect renforce mécaniquement le système qu’ils blanchissent … La parcellisation, le fractionnement, des éthiques : médicale, bioéthique, de l’environnement, des affaires, de la famille, sexuelle, du travail, du soldat, de l’entreprise… et des dizaines d’autres, le moyen le plus sûr pour  soustraire à tout questionnement de fond les évolutions les plus marquantes. (on se soucie du consentement du patient mais pas de la déshumanisation de la médecine, des risques techniques, mais on laisse faire l’emprise de la technoscience) … La petite éthique sert à blanchir le monde, pas à le critiquer, encore moins à le refuser (muette face à l’économisme ambiant, au culte de la performance, à l’individualisme croissant, à la marchandisation, à la juridicisation, à la technicisation…) … Ethiques vidées de toute relation au monde au profit du respect de tel ou tel principe, érigé en norme morale suprême  … Ethique vassale, comme le montre le pullulement des comités éthiques de tout poil »  

Quelques aperçus, non fidèles quant à la forme, du livre de Norbert Elias, La civilisation des mœurs. Remarques issues des nombreux traités d’époque sur le savoir-vivre et plus spécialement des Contenances de table (l’un d’eux issu même du philosophe Erasme, jonction du XV° au XVI° siècles). Pour nous ôter quelques œillères, nous débarrasser de quelques jugements aussi définitifs que péremptoires sur nos ancêtres en nous faisant comprendre les évolutions de sensibilité, ainsi que leur dépendance à la structure sociale.

« Des hommes qui mangeaient comme les hommes du Moyen Âge, qui prenaient la viande dans le même plat avec les doigts (Erasme précise de n’en utiliser que trois), qui buvaient le vin dans la même coupe, qui lampaient la soupe dans le même bol ou la même assiette … Tous mangent avec les mains … Encore au XVII° siècle la fourchette (apparue scandaleusement chez une byzantine à Venise au XI° siècle) était un objet de luxe, en or ou argent, dont se servait la couche supérieure (le riche trésor de Charles V comporte une douzaine de fourchettes, une seule dans tous les ustensiles de table de Charles de Savoie)  … Elle sert surtout à prendre des mets dans le plat commun … Très peu d’ustensiles, d’assiettes … On boit la soupe dans la soupière commune, en y buvant ou en se partageant une même cuiller … Manières de cracher, de se moucher, de manier le couteau (‘Ne tourne pas ton couteau vers ton visage, cette vue est très effrayante’), limitation de son usage même (en Chine la présence du couteau à table a alors disparue depuis longtemps) … On se mouchait dans les doigts (de la main gauche à table pour prendre les mets de la main droite) ou dans la manche (à la fin du XVI° siècle, Henri IV possède cinq mouchoirs)… Apparition du crachoir (?), à défaut on doit écraser le produit craché à terre … Lentement, le dépeçage de grand animaux sur la table (rôle essentiel des officiers de cour chargés de…) passe dans des enceintes éloignées … Peu à peu, la délicatesse et la retenue que les hommes entendent trouver dans leurs rapports avec autrui augmentent, mais il n’y a aucune allusion à l’hygiène … Le jugement qu’on porte sur les habitudes est toujours expressément justifié par leur effet sur les autres personnes, la motivation sociale  précède de beaucoup la motivation scientifique … L’impératif ‘Cela ne se fait pas’ déborde de la Cour vers les autres milieux … Honte et malaise sont des phénomènes à la fois naturels et historiques … Les changements (restrictifs) sont toujours impulsés par une couche sociale déterminée faisant figure de modèle, position s’expliquant par une structure particulière de la société … Le postulat d’accomplir toutes les fonctions corporelles en un lieu retiré ne se trouve qu’en une édition de 1774 … De même l’absolue privatisation des relations sexuelles est-elle assurément récente … La fonction du sommeil n’était pas non plus privatisée, chambre et lits communs, on recevait dans son lit … La nudité était quelque chose de naturel et d’évident … La toilette de nuit apparaît à la même époque que la fourchette et le mouchoir (de manière très restrictive, fin du XV° siècle ?) … La réduction de l’agressivité suit (qu’on songe aux rixes immotivées du Moyen Âge) … On assiste au cours du processus de civilisation à la formation progressive de deux sphères différentes de la vie humaine, dont l’une est intime et secrète, l’autre ouverte, publique … L’habitude en est si évidente que l’homme n’a presque plus conscience du clivage, de la dissociation … Modération et tenue en laisse des pulsions et des émotions … Les manifestations affectives et émotionnelles de l’homme médiéval sont dans l’ensemble plus libres et plus spontanées que celles de leurs successeurs. » – Est-ce vraiment acquis, pour l’agressivité notamment ?

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