175,8 – Matérialisme

– Les idées comme les valeurs dépendent des structures.

– Par extension, déplorable, réduction de toute réalité à des phénomènes matériels supposés explicables survenus du dehors. « ‘a posteriorisme’, empirisme, définissant la connaissance comme l’opération qui utilise  le concept. » (Gilbert Simondon – traitant plutôt du réalisme)

– Est devenue une vision aussi despotique que la précédente, idéalisme, mais en plus ne supporte pas la concurrence. Tout ce qui s’oppose (philosophie, religions, Eglises…) doit plier ou être brisé par tous les moyens – le communisme hier, l’Occident, la France officielle basse et vulgaire d’aujourd’hui.

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« La critique protestante de l’Eglise romaine (en fait la recherche de l’activité par les œuvres) n’est pas le fait d’un scrupule étrange ; et sa conséquence dernière (indirecte) qui engage l’humanité à ‘faire’ exclusivement, sans viser plus loin, ce qui peut être fait dans ‘l’ordre des choses’, est bien la seule résolution correcte … La résolution du problème matériel … Mais comment l’homme pourrait-il se trouver, ou se retrouver, puisque l’action à laquelle l’engage de quelque façon la recherche est justement ce qui l’éloigne de lui-même ? … Sans doute les œuvres du Moyen Âge ne furent en un sens que des choses, qui pouvaient, à bon droit, paraître misérables. Néanmoins la figure médiévale de la société possède aujourd’hui le pouvoir d’évoquer ‘l’intimité perdue’ … On peut dire sans doute de la critique protestante des ‘œuvres saintes’ qu’elle abandonna le monde aux ‘œuvres profanes’, que l’exigence de la pureté divine ne sut qu’exiler le divin, et achever d’en séparer l’homme. On peut dire qu’à partir de là, la chose a dominé l’homme … La proposition fondamentale du marxisme est de libérer entièrement le monde des choses (de l’économie), de tout élément extérieur aux choses (à l’économie) … Affirmation radicale des forces matérielles et réelles ; négation non moins radicale des valeurs spirituelles. Les communistes donnent toujours le pas à la ‘chose’, contre ce qui ose n’avoir pas son caractère subordonné … Dans cette perspective, l’homme libéré par l’action, ayant décidément effectué la parfaite adéquation de lui-même à la chose, il l’aurait en quelque sorte derrière lui : elle ne l’asservirait plus. Un chapitre nouveau commencerait … Le capitalisme … est un abandon sans réserve à la chose, mais insouciant des conséquences et ne voyant rien au-delà. » (Georges Bataille) – Filiations entre protestantisme (calviniste), capitalisme, communisme … aspects de la mondialisation.

« La vraie civilisation ‘est pas dans le gaz ni dans la vapeur, ni dans les tables tournantes, elle est dans la diminution des traces du péché originel. » (Baudelaire)

« Le matérialisme n’est pas une doctrine, mais une méthode. Il ne consiste pas à donner une valeur ontologique à la matière pour la refuser à tout le reste … Chercher d’abord dans l’infinité des causes qui provoquent un phénomène les causes les plus simples et les causes les plus basses. Le comportement d’une personne nous surprend ? Considérez en premier lieu l’état de son corps et l’état de sa bourse. Il sera temps, après, de voir plus loin … Il est cynique … Pour lui le plus vrai coïncide avec le moins noble … Il préfère toujours le clair à l’obscur, ce qui se conçoit à ce qui se révère … Toutes les valeurs de considération qu’inlassablement la bourgeoisie instaure, inlassablement il les disqualifie … Mépris des valeurs acquises, mépris des consolations et des abdications humaines, mépris du mensonge, de l’illusion, donc royaume de l’évidence. Il accepte que la vérité peut n’être point joyeuse … L’Univers est ce que l’homme doit comprendre, ce contre quoi il faut qu’il lutte, et non pas la forme de son espérance ou de son désir. » (Emmanuel Berl)

« La plus dégoûtante création du monde moderne, l’homme réaliste, c’est-à-dire la créature singulière, jadis si rare, en qui nous voyons rassemblés les vices de l’aventurier, la prudence et l’avarice du bourgeois, le cynisme et l’hypocrisie… » (Georges Bernanos)

« Il a prétendu se substituer aux religions. Mais aujourd’hui la matière est devenue aussi mystérieuse que les dieux qu’elle a remplacés. » (Gustave Le Bon) 

« Un prétendu ‘matérialisme’ qui clame pourtant son ‘réalisme’ aboutit en fait à un ‘idéalisme’ pratique. L’esprit révolutionnaire a tendance à considérer que l’homme est à même de refaire le monde, et voit en cette capacité de détruire l’ordre existant de quoi compenser l’impression de n’être que quantité négligeable dans l’univers. » (Rémi Brague) 

« Le principe du diable tient bon. Il avait raison comme toujours, en braquant l’Homme sur la matière. Cela n’a pas traîné. En deux siècles, tout fou d’orgueil, dilaté par la mécanique, il est devenu impossible. » (Louis-Ferdinand Céline)

« Continuez à tenir l’Homme pour un surcroît accidentel ou un jouet au sein des choses : et vous l’acheminez au dégoût ou à la révolte. » (Père Teilhard de Chardin)

« Les doctrines spiritualistes ne limitent pas l’esprit comme le font les négations matérialistes. Si je crois en l’immortalité, je ne suis pas obligé d’y penser. Mais, si je n’y crois pas, je dois ne pas y penser. Les principales déductions du matérialisme détruisent graduellement son Humanité … pas seulement l’humaine bonté, mais encore l’espoir, le courage, la poésie, l’initiative… » (Chesterton)

« Dans le fatalisme absolu où le matérialisme mène le plus souvent les hommes, il est parfaitement oiseux de prétendre trouver une quelconque force libératrice. Il est absurde de dire que l’on fait avancer la cause de la liberté quand on ne se sert de la libre pensée que pour détruire le libre arbitre. Les déterministes viennent pour lier non pour délier. Ils peuvent à juste titre appeler leur loi une chaîne de causalités. C’est la pire des chaînes qui ait jamais entravé un être humain. » (Chesterton)

« Carthage finit par tomber, parce que le matérialisme est imbécilement indifférent aux réalités de la pensée. A force de dédaigner l’âme, le matérialisme finit par dédaigner l’intelligence … Où auraient-ils (les Carthaginois) appris ce qu’est un homme, eux qui révéraient l’or et la force et des dieux aux entrailles de bêtes ?… » (Chesterton)

« Il comprend tout (le matérialiste) et rien ne semble valoir la peine d’être compris. Il ne manque pas un boulon, pas un rouage à son cosmos et ce cosmos est plus petit que notre monde. Son schéma ignore les énergies étrangères comme l’indifférence de la terre, les peuples qui luttent, les mères fières de leurs enfants, le premier amour ou la première peur … La terre est ainsi très grande et le cosmos très petit … L’objet s’est rétréci … Les parties apparaissent plus grandes que le tout … Son monde est simple et compact … Il ignore le doute … Alors que l’homme sain d’esprit reconnaît en lui quelque chose de la bête, quelque chose du saint, quelque chose du diable, quelque chose du citoyen, quelque chose du fou. » (Chesterton)

« La figure de l’histoire doit son profil exact à la volonté de l’homme. Une histoire économique ne serait pas une histoire du tout … Ce n’est pas parce que l’homme ne peut vivre sans manger qu’il ne vit que pour manger. » (Chesterton – contre le matérialisme historique)

« Le dogme de l’humanité est de dire que le vent fait bouger les arbres. L’hérésie est de dire : les arbres font bouger le vent. Lorsqu’on commence à dire que ce sont les circonstances matérielles seules qui ont créé la morale, alors on empêche tout changement d’advenir. Si les circonstances m’ont fait idiot, comment  puis-je être certain de bien agir en modifiant les circonstances ? … C’est croire que les choses matérielles, si noires et si tordues soient-elles, sont plus importantes que les réalités spirituelles, si puissantes et pures qu’elles soient … L’esclave ne se demande plus ‘Ces chaînes sont-elles dignes de moi’. Il se demande, avec la satisfaction de l’esprit scientifique : ‘Suis-je seulement digne de ces chaînes ?’ (G. K. Chesterton – sur le matérialisme)

« La boisson n’est pas un plaisir animal ; c’est un plaisir qui relève du domaine intellectuel et émotionnel. Si le matérialisme était vrai, les gens auraient pour les sandwichs au jambon et les côtelettes de porc l’incontrôlable passion qui les pousse à boire. C’est parce qu’il a une âme que l’homme boit, et parce qu’ils n’ont pas d’âme que les animaux sont sobres. » (Chesterton) – Démonstration typique de la manière Chesterton.

« Passer d’une conception théologique ou métaphysique au matérialisme historique, c’est changer simplement de providentialisme. » (Emil Cioran)

« Pour avoir liquidé nos vieilles croyances, nous manquons de disponibilités métaphysiques, de réserves substantielle d’absolu … Si l’idée de l’inexorable nous séduit et nous soutient, c’est qu’elle contient malgré tout un résidu métaphysique, et qu’elle représente la seule ouverture dont nous disposons encore sur un semblant d’absolu, faute duquel nul ne saurait subsister. » (Emil Cioran)

 « Sans spiritualité, le politique est conduit à faire du matérialisme l’alpha et l’oméga de ses préoccupations. » (Frédéric Saint Clair) – D’où l’abêtissement de tous et la dépression générale. 

« Je sortais enfin de ce monde hideux  de Taine, de Renan et des autres Molochs du XIX° siècle, de ce bagne, de cette affreuse mécanique entièrement gouvernée par des lois parfaitement inflexibles et, comble d’horreur connaissables et enseignables. » (Paul Claudel) 

« L’implication majeure du matérialisme est un strict déterminisme postulant la soumission des faits sociaux et moraux aux lois de la nature … L’homme est condamné à subir le poids de son environnement … La science matérialiste garantit que l’homme ‘demeure libre dans sa sphère d’action, comme le chèvre attachée à un piquet, dans le cercle dont la corde est le rayon’. Edifiantes allégories déterministes … ‘L’homme est libre, mais avec les mains liées’ (Georg Büchner) … Autant ne plus se laisser berner par le ‘fétiche Progrès’. » (Marc Crapez)

« Le matérialiste, débarrassé de Dieu, était animé par une froide raison. Celui qui ne distinguant rien, adore tout, est un panthéiste. » (Chantal Delsol) – La tendance de nos sociétés, non pas tant dans l’adoration, que dans une sorte de confusion-fusion dans l’environnement.

« Il annonce surtout le grand renversement paradoxal … qu’entraînerait le règne de la raison matérialiste : le triomphe, en fin de compte, d’un sentimentalisme égocentrique, agressif et  débridé et, pour finir, la restitution de l’espèce aux lois de la nature aveugle. » (Slobodan Despot – sur le livre de C. S. Lewis : L’abolition de l’homme) – C’est plus qu’en route.

« Nous considérâmes à nouveau les concepts de notre cerveau du point de vue matérialiste comme étant les reflets des objets réels, au lieu de considérer les objets réels comme les reflets de tel ou tel degré du concept absolu. » (Friedrich Engels)

« Matérialisme. – Prononcer ce mot avec horreur en appuyant sur chaque syllabe. » (Flaubert – Dictionnaire des idées reçues)

« Besoin d’agitation incessante, de changement continuel, de vitesse sans cesse croissante comme celle avec laquelle se déroulent les événements eux-mêmes, dispersion dans la multiplicité et l’instantané, l’analyse poussée à l’extrême, le morcellement indéfini, la désagrégation de l’activité humaine, et de là l’inaptitude à la synthèse, l’impossibilité de toute concentration. Ce sont les conséquences naturelles et inévitables d’une matérialisation de plus en plus accentuée, car la matière est essentiellement multiplicité et division … Tout ce qui précède ne peut engendrer que des luttes et des conflits de toutes sortes entre les peuples comme entre les individus. Plus on s’enfonce dans la matière plus les éléments de division et d’opposition s’accentuent et s‘amplifient … Aussi, qu’il s’agisse des peuples ou des individus, le domaine économique n’est-il et ne peut-il être que celui des rivalités d’intérêt. » (René Guénon)

« L’illusion de sécurité qui régnait au temps où le matérialisme avait atteint son maximum d’influence s’est en grande partie dissipée … si bien qu’aujourd’hui l’impression dominante est celle d’instabilité … D’où nous nous acheminons de la ‘solidification’ du monde  vers sa ‘dissolution’ … De la période du  matérialisme à celle du psychisme inférieur, à celle d’une ‘spiritualité à rebours’. » (René Guénon)

« L’action antitraditionnelle devait nécessairement viser à la fois à changer  la mentalité générale et à détruire toutes les institutions traditionnelles en Occident … Si l’on songe à l’incompréhension totale dont les XVII° et XVIII° siècles ont fait preuve à l’égard du moyen âge … Il fallait tout d’abord réduire l’individu en quelque sorte à lui-même (ce fut l’œuvre du rationalisme qui dénie à l’être la possession et l’usage de toute faculté d’ordre transcendant) … Il fallait ensuite tourner entièrement l’attention de l’individu vers les choses extérieures et sensibles afin de l’enfermer … dans le seul monde corporel, considéré désormais comme la seule réalité (préparant ainsi la voie au matérialisme) … L’homme ‘mécanisait’ toutes choses, et finalement en arrivait à se ’mécaniser’ lui-même … Après avoir fermé le monde corporel aussi complètement que possible, il fallait, tout en ne permettant aucune communication avec les domaines supérieurs, le rouvrir par le bas, afin d’y faire pénétrer les forces dissolvantes et destructrices du domaine inférieur. » (René Guénon)

« L’information génétique est immatérielle, elle est un langage … La spécificité d’un gêne, ce n’est pas son aspect substantiel, mais le message qu’il est capable de transmettre … Le principe de la vie procède donc d’une certaine parole, transmise et recopiée à travers toute la chaîne du vivant … Cette prévalence du langage, repérée au cœur de la matière, bouscule les anciennes catégories réductrices du matérialisme : la matière, contrairement à ce qu’on imaginait, n’est plus seulement de la matière. Il y a en elle un langage … Cet extraordinaire retour de l’immatériel au sein de la pensée scientifique vient ruiner les vieilles intolérances scientistes… » (Jean-Claude Guillebaud)

« Le culte de la technique jouit ici (pays communistes) d’un prestige qui n’a rien de comparable à l’Ouest, allié au point de vue anthropocentrique suivant lequel la nature entière (même la nature humaine) n’est rien d’autre qu’un moyen pour l’autoproduction de l’homme qui lui-même est encore inachevé … Le matérialisme de l’utopie marxiste fait du bien-être matériel une présupposition impérieuse de la libération recherchée du potentiel humain … Par conséquent la poursuite de l’abondance à l’aide de la technique, par-delà les incitations vulgaires qui travaillent dans ce sens et sont partagées avec le capitalisme, devient l’obligation d’ordre supérieur des serviteurs de l’utopie. » (Hans Jonas – Le principe responsabilité)

« Il fut un temps où la profession affichée de matérialisme constituait une réaction d’âmes nobles contre un spiritualisme officiel, hypocrite et sans vigueur … Il faudra, par réaction, reparler un peu plus des âmes. » (cardinal Henri de Lubac)

« Le seul fait que l’esprit pense l’objet, et le plus objectivement qu’il peut, n’indique-t-il pas assez que quelque chose en lui déborde … quelque objet que ce soit ? » (cardinal Henri de Lubac)

« En sociologie, la priorité de l’être social sur la conscience sociale. » (Georg Lukàcs)

« La causalité matérielle est devenue la causalité première … L’athéisme de Marx signifie que l’homme a pris la place de Dieu comme fin ultime de l’histoire et qu’il n’y a pas d’au-delà de l’histoire, même en continuité avec l’histoire. La rupture avec Dieu qui avait commencée comme revendication d’indépendance et d’émancipation, comme une hautaine rupture révolutionnaire, s’achève dans une soumission révérente et prostrée au tout-puissant mouvement de l’histoire. » (Jacques Maritain – sur le matérialisme)

« Ce n’est pas la conscience qui détermine la vie, c’est la vie qui détermine l’existence, c’est l’existence, l‘être social qui détermine la conscience. » (Karl Marx et tout le matérialisme) – Contrairement à l’idéalisme qui descend du ciel sur la terre.- Les pensées dominantes ne sont pas autre chose que l’expression idéale des rapports matériels dominants.  – Il s’agit de la conscience intellectuelle, spéculative, non de la conscience morale.

« Donnez-moi la force humaine et vous obtiendrez une société d’esclavage, le moulin à bras et vous obtiendrez une société féodale, la machine à vapeur et vous aurez une société capitaliste. » (Karl Marx, approx.) – Le premier, celui du matérialisme historique, distinguant les priorités, l’essentiel, l’état de la technique, de ce qu’elle conditionne, la structure sociale.

« A l’encontre de la philosophie allemande qui descend du ciel sur la terre, c’est de la terre au ciel que l’on monte ici. Autrement dit, on ne part pas de ce que les hommes disent, s’imaginent, se représentent … pour aboutir ensuite aux hommes en chair et en os ; non, on part des hommes dans leur activité réelle ; à partir de leur processus de vie réel… La morale, la religion, la métaphysique et tout le reste de l’idéologie, ainsi que les formes de  conscience qui leur correspondent, perdent aussitôt toute apparence d’autonomie … Ce n’est pas la conscience qui détermine la vie, c’est la vie qui détermine la conscience. »  (Karl Marx – Engels – L’idéologie allemande) – Les superstructures (idéaux, croyances, législation, coutumes, formes de socialité…) découlent des structures (essentiellement les formes et rapports de production qui dictent les statuts et l’existence effective).

« Privé du sens de la hauteur, l’être humain s’affaisse sur lui-même, s’ensable et se décompose, comme si on lui avait ôté sa colonne vertébrale. » (Jean-François Mattéi)

« La conscience philosophique des individus gagne toujours à être éclairée par leur mode de vie réel (ou, si l’on préfère, que les spéculations métaphysiques les plus abstraites conservent toujours d’étranges rapports avec les ressources matérielles, et notamment la consommation de kérosène, de leurs auteurs). » (Jean-Claude Michéa)

« L’optimisme inhumain de l’humanisme Ford-Staline. Un matérialisme ne saurait en nier un autre. » (Emmanuel Mounier)

« Le matérialisme ne dit pas que les pensées ne sont pas efficaces mais seulement que leurs causes ne sont pas des pensées. Que leurs effets ne sont pas des pensées. » (Paul Nizan)

« Il faut demander à chaque homme comment il perçoit les éléments de sa vie ; son activité, son bonheur, son malheur reposent sur cette perception. Il faut ensuite savoir toujours les sources de sa perception, si elle naquit d’une expérience réelle ou d’une leçon rabâchée par quelque maître étranger à sa vie. Il faut demander à chacun s’il y  a un accord ou un pénible écart entre les perceptions ou les idées qu’il répète, et ses véritables épreuves du monde…  souffrez-vous de votre service militaire tout en croyant à l’excellence du service obligatoire, etc. » (Paul Nizan – à propos du matérialisme)

« Une civilisation n’est possible qu’avec une spiritualité qui la soutient et qui, elle-même, découle d’une religion. Depuis que le monde est monde, c’est ainsi. L’Histoire témoigne qu’il n’y eut pas de civilisation construite sur l’athéisme et le matérialisme qui, l’un et l’autre, sont des signes, voire des symptômes, de la décomposition d’une civilisation. » (Michel Onfray – sur un livre de Houellebecq) – L’auteur a bien changé. Bravo à lui. 

« Ce n’est pas en ajoutant des corps avec des corps qu’on fera surgir un esprit. » (Blaise Pascal)

« Ce qui est étranger à l’homme-machine n’existe pas. Si l’étrangeté persiste, n‘en pas faire problème : ça s’effondrera à bref délai. On trouvera les causalités triviales … L’empressement avec lequel on s’adresse au monde matériel pour se fournir en explications. » (Louis Pauwels – sur le matérialisme de la deuxième moitié du vingtième siècle)

« Qu’y a-t-il donc d’exactement consternant dans le matérialisme, tel que personne ou presque ne veuille en définitive s’en accommoder, même lorsqu’il se déclare athée, marxiste ou nietzschéen ? les raisons ne manquent certes pas : ignorance de la nature transcendante de la pensée et du sentiment, rejet du miracle de l’existence, livraison au désarroi de la mort … On pourrait finir par s’en accommoder (et par expérience, on s’en accommode en effet) … Mais irrecevable, asphyxiant est le fait que le matérialisme accule ses adeptes à admettre la ‘simplicité’ du monde, soit ; existence unique, privée de toute possibilité d’en appeler à une instance extérieure à elle-même … laquelle serait susceptible d’apporter un peu d‘air à l’existence, de lui assurer le minimum de recul nécessaire pour qu’il soit au moins loisible d’imaginer que la tâche consistant à l’interpréter, à tenter d’autoriser ou de justifier son état, n’est pas vaine en son principe … Un monde qui ne serait que le monde … figure une manière de monstre … le monde et son interprétation supposent à la fois l’existence du monde et celle de l’autre du monde, soit une duplication du réel à laquelle invite toute métaphysique … Un monde exclusivement simple, ne pèche pas par excès de matière, mais bien par défaut …La seule matière étant proprement insuffisante puisqu’incapable de rendre compte d’elle-même … L’objet manquant de la garantie offerte par l’autre devient poreux et incertain … L’existence ne peut recevoir son être que de son double, d’un original à l’égard duquel l’existence présente fait figure de double. » (Clément Rosset)

« Si la caractéristique de l’idéalisme était l’absence complète du sens des réalités, celle du matérialisme était une terrible superficialité, son idéal était l’utilité et rien que l’utilité. » (Oswald Spengler)  

« Le matérialisme se distingue par son manque d’imagination, il en émerge une image du futur où le but ultime et l’état dernier permanent de l’humanité est un paradis terrestre conçu en termes permanents de la toquade technique du moment … Optimisme trivial … Effroyable ennui … Niaiseries idylliques dont la réalisation seulement partielle dans la vie courante conduirait immanquablement au meurtre et au suicide collectif. » (Oswald Spengler) 

« Le matérialisme, j’entends par ce mot toute pensée qui réduit l’être aux mécanismes de la pesanteur. » (Gustave Thibon)

« Le matérialisme athée est nécessairement révolutionnaire, car pour s’orienter vers un bien absolu d’ici-bas, il faut le placer dans l’avenir (où il ne sera jamais au rendez-vous). On a besoin alors, pour que cet élan soit complet, d’un médiateur entre la perfection à venir et le présent. Ce médiateur est le chef : Lénine, etc. Il est infaillible et parfaitement pur. En passant par lui, le mal devient bien.» (Simone Weil)

« Il faut être matérialiste de l’entendement et idéaliste de l’esprit. » (?)

Quelques mots sur le Pragmatisme que l’on peut insérer, sans trop d’illogisme, à la rubrique Matérialisme.

 « Dès que nous abandonnons la distinction entre raison et passion, nous ne pouvons plus rejeter une idée sous le prétexte de ses origines. Nous entreprenons de classer les idées en fonction de leur utilité relative plutôt que de leur source … S’il y a quelque chose de spécifique au pragmatisme c’est qu’il substitue la notion d’un meilleur futur de l’humanité aux notions de  ‘réalité’, de ‘raison’ et de  ‘nature’. On peut dire du pragmatisme ce que Novalis disait du romantisme : qu’il est : ‘une apothéose du futur’ … La seule justification qu’on puisse apporter d’une mutation, qu’elle soit biologique ou culturelle, consiste dans la contribution qu’elle apporte à l’existence d’une espèce plus complexe et plus intéressante quelque part dans le futur … Mais ‘Utiles à quoi ?’, ‘Quel est le critère du meilleur ?’ … C’est la vision, non le but final, qui importe … On passe du goût pour la compréhension du monde au goût pour sa transformation (la phrase de Marx :’ Il n’importe aux philosophes  de comprendre le monde mais de le transformer’) … On privilégie la production du nouveau sur la contemplation de l’éternel … Il s’agit d’un anti–essentialisme, de la substitution d’un futur meilleur pour nous-mêmes, la construction d’une société utopique et démocratique, à la tentative de nous connaître en nous plaçant en dehors du temps et de l’histoire. » (Richard Rorty – définissant le pragmatisme) 

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