080,3 – Malheur, Difficulté

– Comme il peut y avoir une fécondité de l’échec, des crises, des chocs peuvent s’avérer bénéfiques si on sait et si on accepte d’en comprendre les raisons, s’il y en a, et de regarder devant.

– Deux conceptions : Voltaire accusait Dieu, Rousseau s’en prit à l’inconséquence des hommes (concentration aberrante notamment) à propos du tremblement de terre qui anéantit Lisbonne en 1755 et qui bouleversa l’Europe du point de vue de ses conceptions philosophiques.

– Le malheur peut aussi engendrer des résultats bénéfiques. Ainsi la participation passée à un grand malheur collectif et reconnu, surtout si en plus l’absence de témoins permet d’en rajouter quelque peu, peut permettre de fortement aider à édifier et asseoir une célébrité de bon aloi et bien méritée dans toute carrière éminente nécessitant l’adulation du public, telle que celle d’écrivain par exemple. Rien n’est plus profitable à la noblesse d’une grande image que de générer la compassion, empressée et toujours unanime, des média et ainsi de susciter les larmes suivies d’applaudissements du Gogo.

– « Une société dans laquelle un nombre croissant d’individus recourt à des psychotropes ou à des antidépresseurs… » (Natacha Polony)

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« La première règle serait de ne jamais parler aux autres de ses propres malheurs, présents ou passés. » (Alain – impolitesse)

« La trace et le sillage du malheur sont plus faciles à entretenir que ceux du bonheur … Il faut moins d’énergie et moins d’efforts pour rester malheureux après un malheur que pour rester heureux après un bonheur … La ‘tentation du malheur’. » (Christophe André)

« Je suis malheureux donc je me plains ou je me plains  donc je suis malheureux … la plainte répétée induit une victimisation … Elle signifie souvent l’attente d’une intervention extérieure (à laquelle il n’est exigé rien d’autre que d’apporter du fric)  … Les plaintes toxiques : – Chronique, habituelle – Se suffit à elle-même – Persiste longtemps après les difficultés, généralisée, plainte de destinée (se transmet de génération en génération) – Ne soulage pas, voire même aggrave – Ne tient pas compte de la disponibilité et des capacités de l’interlocuteur (vise au contraire à le culpabiliser et le rendre méprisable).  » (Christophe André)

« Entre deux maux, il faut choisir le moindre. » (Aristote)

« Il ne faut pas perdre l’utilité de son malheur. » (saint Augustin)

« Dans les grandes tempêtes de la vie, on imite les capitaines qui, par les ouragans, allègent le navire des grosses marchandises. » (Balzac)

« Il y a tant de plaisir à se plaindre que, pour ce seul plaisir on devrait chercher les malheurs. » (Calderon de la Barca)

« A quelque chose malheur est bon, dit-on. – Le malheur des autres, cela va sans dire. Il n’y a même que cela de bon… » (Léon Bloy – Exégèse des lieux communs – 1, CXXXIII)

« Aux grands maux les grands remèdes, dit-on. – Tous les honnêtes gens vous diront que les plus grands maux sont la ruine et la perte de la santé, quand on est atteint soi-même, bien entendu. Dans le premier cas, il faut ‘se refaire’ n’importe comment, aux dépens de n’importe qui et tous les moyens sont bons … Les autres maux, quels qu’ils soient, ne sont, en comparaison que de petits maux et n’exigent que de petits remèdes. Pour ce qui est des maux d’autrui, petits ou grands, il serait ridicule de songer à y remédier. On a mieux à faire. Chacun pour soi et le bon Dieu pour tous …’Profit de l’un est dommage de l’autre’, a dit Montaigne qui était un penseur d’une incomparable certitude… » (Léon Bloy – Exégèse des lieux communs – 2, XCVIII)

« Entre deux maux il faut choisir le moindre, dit-on. – Là-dessus, pas d’incertitude. Les personnes les plus charitables reconnaissent que le mal du prochain est toujours le ‘moindre’ et que c’est bien celui-là qu’il faut choisir. Les moralistes ont remarqué depuis longtemps qu’on a toujours assez de force pour supporter les peines d’autrui… » (Léon Bloy – Exégèse des lieux communs – 1, CLXVIII)

« Les calamités sont de deux ordres : le malheur qui nous atteint et le coup de chance qui arrive aux autres. » (Ambrose Bierce)

« Il y a des êtres si éloquents pour raconter leurs malheurs que si on les applaudissait ils donneraient des rappels. » (Albert Brie)

« Nous constituons probablement la première société dans l’histoire à rendre les gens malheureux de n’être pas heureux. » (Pascal Bruckner)

« Depuis que nos sociétés, à partir des Lumières, se sont fixé pour tâche d’instaurer le bonheur sur terre, nous évoluons dans l’espace du catalogue, nous comptabilisons sans fin la liste des malheurs à  éradiquer. » (Pascal Bruckner)

« Il y a plus de noblesse d’âme à se réjouir de la gaieté d’autrui qu’à s’affliger de ses malheurs. » (Pascal Bruckner)

« L’homme a bien peu de ressources en lui-même, puisqu’il lui faut une disgrâce ou une mortification, pour le rendre plus humain, plus traitable, moins féroce, plus honnête homme. » (La Bruyère) – A quelque chose malheur est bon.

« Il n’y a pour l’homme qu’un vrai malheur, qui est de se trouver en faute, et d’avoir quelque chose à se reprocher. » (La Bruyère)

« On n’est jamais vraiment tout à fait malheureux. » (Albert Camus)

« On dit d’un homme tout à fait malheureux : il tombe sur le dos et se casse le nez. » (Chamfort)

« Les douleurs ne sont point éternelles. C’est une de nos grandes misères : nous ne sommes même pas capables d’être longtemps malheureux. » (Chateaubriand)

« Un malheur me vint enfin occuper : c’est une ressource sur laquelle on peut toujours compter. » (Chateaubriand)

« Le malheur qui se perpétue produit sur l’âme le même effet que la vieillesse sur le corps ; on ne peut plus remuer ; on se couche. » (Chateaubriand)

« Ce que nous souhaitons dans nos épreuves, c’est que les autres soient aussi malheureux que nous : pas plus, juste autant. Car il ne faut pas s’y tromper : la seule égalité qui nous importe, la seule aussi dont nous soyons capables, c’est l’égalité‚ dans l’enfer. » (Emil Cioran)

« Trouver en soi les ressources nécessaires à la pensée quand le tourbillon de la vie vous submerge. Dans le bonheur comme dans le malheur, n’accorder jamais autant de foi aux circonstances pour en être l’esclave. » (Christian Combaz)

« On ne doit pas se réjouir du malheur d’autrui, mais il n’est pas toujours possible de s’en affliger. » (Christian Combaz)

« Il n’y a, à bien prendre, qu’un seul malheur dans la vie, celui d’être né. » (marquise du Deffand – citée par Marc Fumaroli) – Constatation incompréhensible avant un âge fort avancé.

« Le malheur de Sisyphe n’est pas de rouler une pierre mais de rester absent de la beauté ; jamais pour lui le monde ne devient spectacle à regarder. Pour le reste,  son sort ferait bien des jaloux, car il a quelque chose à faire, et peu importe quoi. C’est la première étape du bonheur : avoir quelque chose à pousser, à planter, à cueillir, à travailler, à inventer, à aimer peut-être. Sans rien de tout cela, difficile de se confronter avec le mouvement du monde. Plus difficile encore de l’arrêter. » (Philippe Delerm)

« L’homme est malheureux parce qu’il ne sait pas qu’il est heureux. » (Dostoïevski – Les démons)

« Il n’est pas sans charme, dans les malheurs qu’on a, d’être lâché de tous. On est acculé à s’occuper personnellement de son destin. Cela prend du temps, et c’est plus difficile que de s’en remettre aux autres, mais c’est mieux fait. » (Jean Dutourd)

« Les imbéciles aiment la tragédie, qui les rehausse à leurs propres yeux, fait d’eux des personnages exceptionnels par leurs infortunes. Ils sont bien plus à l’aise dans le malheur qu’on ne le croit communément. Celui-ci leur fournit une merveilleuse occasion de gémir, de se poser en victime, de se parer de la ridicule supériorité d’avoir souffert. La tragédie est la justification de la bêtise, sa sublimation ; elle la sanctifie, elle la transforme en légende. » (Jean  Dutourd)

« Accuser les autres de ses malheurs est le fait d’un ignorant; s’en prendre à soi-même est d’un homme qui commence à s’instruire ; n’en accuser ni un autre ni soi-même est d’un homme parfaitement instruit. » (Epictète)

« Un homme qui du jour de sa naissance n’aurait pas le malheur mêlé à son destin, cela ne s’est jamais vu. » (Euripide)

« Il ne faut pas, pour de petits malheurs, s’en préparer de grands. » (Euripide)

« Mieux vaut le malheur plutôt que rien. » (Faulkner)

« Le malheur de la vie se passe à dire : ‘il est trop tôt’, puis : ‘il est trop tard’. » (Flaubert)

« Quand le malheur ne serait bon – Qu’à mettre un sot à la raison – Toujours serait-ce à juste cause – Qu’on le dit bon à quelque chose. » (La Fontaine – Le mulet se vantant de sa généalogie)

« Le bonheur comme le malheur est en grande partie une construction mentale faite après coup. Nous n’avons presque jamais eu conscience  d’être pleinement heureux, et pourtant nous nous souvenons de l’avoir été … Le bonheur, le malheur, c’est précisément le passé, ce qui ne peut plus être ; c’est aussi le désir éternel qui ne sera jamais satisfait … Dans ces domaines, nous sommes enveloppés d’illusions sans nombre. Rien de  réel et d’absolument certain que la sensation présente. » (Jean-Marie Guyau)

 « Les gens ont toujours été malheureux. Ils adorent ça. C’est souvent une manière de se donner de l’importance. » (Stéphane Hoffman)

« Les gens fabriquent eux-mêmes le mécanisme de leur malheur. Ils remontent la clef à bloc et ensuite le mécanisme continue de tourner, inéluctablement… »  (Michel Houellebecq)

« Le malheur de notre temps est de s’être fait une trop courte idée du bonheur, de croire que le bonheur lui est dû. Dans une telle perspective, la moindre contrariété prend les dimensions du malheur. Du malheur qu’on regarde avec rage comme injustice. » (Lucien Jerphagnon)

« La prophétie de malheur est faite pour éviter qu’elle se réalise ; et se gausser ultérieurement d’éventuels sonneurs d’alarme en leur rappelant que le pire ne s’est pas réalisé serait le comble de l’injustice : il se peut que leur impair soit leur mérite. » (Hans Jonas)

« Les hommes qui sont malheureux par essence veulent croire qu’ils le sont par accident. » (Giacomo Leopardi)

« On se demande ce qui est arrivé à l’espèce humaine, en particulier à sa partie féminine, pour que quelques mots plus hauts que les autres ou un regard un peu suggestif venant d’un inconnu ou d’un compagnon d’émission puissent causer tant de malheurs … La souffrance n’est plus muette, elle parle haut et fort. Elle ne se cache plus, elle se brandit comme une identité … C’est sur la scène publique que la faiblesse, réelle ou supposée est devenue une force et même une arme que l’on peut pointer sur la tempe d’un contradicteur. Retenez-moi ou je pleure … C’est d’autant plus tentant que le titre de victime est en quelque sorte performatif : si vous souffrez, vous êtes une victime (qui commente abondamment son calvaire, que dis-je, sa tragédie). Le délit est constitué. » (Elisabeth Lévy- sur la sensiblerie contemporaine)  – « On ne se contente plus de ne pas heurter les sensibilités, il faut ménager les susceptibilités. » (Cyril Bennasar) – D’où la platitude sinistre des propos, propos d’impuissants.

« On dira ce qu’on voudra, mais in homme qui n’a d’anniversaire que tous les quatre ans, n’est pas comme les autres … Il apparaît qu’il perd au moins soixante-quinze pour cent de ses manifestions de joie au cours de sa vie … Chacun sait que tout homme, à l’occasion de son anniversaire, se promet sérieusement de faire ou d’omettre une chose, comme de se lever plus tôt à l’avenir, de lire la Bible en entier, de ne plus boire de brandy ; et donc un tel homme se voit privé de toutes ces décisions salutaires et on sait bien ce qu’il en devient de l’exécution quand on n’a quand on n’a pas même pu en venir à la décision. » (Georg Christoph Lichtenberg – Consolations à l’adresse des malheuereux qui sont nés un 29 février))  

« Voir à quels maux on échappe est chose douce. » (Lucrèce – cité par Pascal Bruckner)

« Beaucoup d’hommes attendent de l’apocalypse la solution de leurs propres problèmes. » (André Malraux)

« Je (un personnage) crois que tout le malheur des hommes vient de ne pouvoir demeurer chastes et qu’une humanité chaste ignorerait la plupart des maux dont nous sommes accablés (même ceux qui paraissent sans lien direct avec les passions de la chair). Le bonheur en ce monde par la bonté et par l’amour, un très petit nombre d’êtres m’en ont donné l’idée, chez qui le cœur et le sang étaient souverainement dominés. » (François Mauriac)

« Il n’est pas bon d’être malheureux, mais il est bon de l’avoir été. » (chevalier de Méré)

« Mes malheurs sont à moi, je ne prends pas les vôtres ; je ne sais pas vivre aux dépens des autres. » (Alfred de Musset)

« Sans les rochers on sent bien que les vagues ne monteraient pas si haut. » (Roger Nimier)

« Tout le malheur des hommes vient de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre. » (Blaise Pascal)

« Il faut éviter d’interroger quelqu’un sur ses malheurs, c’est l’affliger. » (Plutarque)

« Les hommes sont malheureux ; le leur dire, c’est les rendre plus malheureux encore. » (Raymond Queneau

 « Inutile de t’occuper sans cesse de tes maux ; rassure-toi, ils ne t’oublieront pas. » (Charles Régismanset)

« Un des plus grands défauts des hommes est qu’ils cherchent presque toujours, dans les malheurs qui leur arrivent par leurs fautes, des excuses devant que d’y chercher des  remèdes ; ce qui fait qu’ils y  trouvent trop souvent trop tard les remèdes qu’ils n’y cherchent  pas d’assez bonne heure. » (cardinal de Retz)

« Mériter son malheur est le plus grand des malheurs. » (Rivarol)

« On juge encore des malheurs comme des vices, dont on rougit d’autant moins qu’on les partage avec plus de monde. » (Rivarol)

« Nous avons tous assez de forces pour supporter les maux d’autrui. » (La Rochefoucauld)

« Dans l’adversité de nos meilleurs amis, nous trouvons souvent quelque chose qui ne nous déplaît pas. » (La Rochefoucauld)

« On se console souvent d’être malheureux par un certain plaisir qu’on éprouve à le paraître. » (La Rochefoucauld)

« Les savants trouveront bien quelque chose. » (Raymond Ruyer) – Litanie invocatoire pour se rassurer devant les catastrophes que nous préparons.

« Nous sommes beaucoup plus malheureux dans le malheur qu’heureux dans le bonheur. » (Armand Salacrou)

« Pour ne pas devenir très malheureux, le meilleur moyen est de ne pas demander à être heureux. » (Schopenhauer)

« Il y a dans le malheur de nos meilleurs amis quelque chose qui ne nous déplaît pas entièrement. » (Georg Simmel)

« Le pire des malheurs, celui qui a pour cause le mépris de soi-même. » (Stendhal)

« Le malheur trouve sans peine ceux qui le cherchent. » (Publius Syrus)

« Le prétexte ordinaire de ceux qui font le malheur des autres est qu’ils veulent leur bien. » (Vauvenargues)

« Le monde contemporain souffre de la politisation du malheur. Car, depuis que celui-ci a été politisé, il existe une attitude proprement névrotique à rejeter la société tout en attendant tout de celle-ci … favorisant une logique de suspicion, d’accusation et d’inquisition … tendance à vouloir désigner nommément des responsables . Nietzsche y a vu une forme de haine ayant besoin de boucs émissaires afin de soulager sa hargne contre sa propre impuissance. » (Bertrand Vergely) – « Je souffre, certainement quelqu’un doit en être la cause. » (Nietzsche – La généalogie de la morale)

« On ne peut guère rester sérieusement avec soi-même. Si la nature ne nous avait faits un peu frivoles, nous serions très malheureux. » (Voltaire)

« Le malheur qui a mordu trop profondément  suscite une disposition au malheur qui contraint à y précipiter soi-même et autrui. L’Allemagne en est un exemple. » (Simone Weil) – Valable pour les individus comme pour les collectivités. L’exemple va contre toute l’histoire officielle (dont on sait ce qu’elle vaut !). L’auteur pense à l’entre deux guerres, à la république de Weimar étranglée,  et peut-être même avant (ravages de Napoléon, de Louis XIV ; ce n’est pas si vieux)

« Les seuls qui se rapprochent de vous dans le malheur sont les créanciers. » (Orson Welles)

« Celui qui n’a pas été malheureux, que sait-il ? » (un sage d’Orient)         

« Ô malheur ! Je te rends grâce si tu es seul. » (proverbe)

« Le malheur vient à cheval et s’en retourne à pied. » (proverbe) 

« Le malheur des uns fait aussi le bonheur des autres. » (proverbe)

 « Il n’est pas bon d’être malheureux, mais il est bon de l’avoir été. » (?)

« Le malheur d’autrui ne nous paraît jamais tout à fait immérité. » (?)

« Le malheur est moins dur à supporter qu’à craindre. » ( ?)

« Qu’il est doux de se croire malheureux alors qu’on n’est que vide et ennuyé. » (?)

Ci-dessous quelques échantillons très simplifiés des recettes tirées des ouvrages de Paul Watzlawick : Faites vous-même votre malheur et Comment réussir à échouer.

. « Être malheureux, vivre en conflit avec le monde et, en particulier, avec les autres hommes,  est certes à la portée du premier venu. Mais se rendre soi-même malheureux, faire soi-même son propre malheur, secréter le malheur tout seul, dans l’intimité de son for intérieur, c’est une autre paire de manches ; ce sont des techniques qu’il faut apprendre. A cet apprentissage-là, quelques coups du destin ne suffisent pas … Comment s’y prendre pour faire de soi-même son pire ennemi ? 

 . ‘Sois loyal envers toi-même sans jamais renoncer’ – Parvenir à l’absolue conviction qu’il n’existe qu’un seul point de vue valide, le sien, et s’y tenir mordicus, en faire sa règle de vie … refuser … ‘J’ai raison et vous avez tort’ … Si mon interlocuteur ne voit pas la réalité comme moi, c’est un signe évident de folie ou de mauvaises intentions … Rejeter même ce qui peut apparaître comme la bonne décision … faire la sourde oreille à la voix même de sa propre raison.

. ‘La glorification du passé’ – Faire de ces espèces de paradis perdu (enfance, jeunesse) des réservoirs inépuisables de larmoyante nostalgie … Vivre dans le passé en ne laissant guère de temps pour s’intéresser au présent … S’embarquer dans la quête pratiquement infinie des causes  dans son passé … Se retourner, comme madame Lot.

. ‘Il suffit d’insister’ – S’empêcher de se rendre compte qu’il existe un certain nombre d’autres solutions possibles, envisageables, voire carrément préférables … Si la solution n’a pas encore produit l’effet désiré, c’est qu’il faut redoubler d’effort et de détermination dans son application … Cette formule a conduit des espèces entières à l’extinction.

. ‘Je l’avais bien dit !’ – Une idée, pour peu qu’on s’y accroche avec une conviction suffisante, qu’on la caresse et qu’on la berce avec soin, finira par produire sa propre réalité … Théorie des prédictions autoréalisatrices (prédiction de pénurie : constitution de stocks et pénurie réelle).

. ‘Gardez-vous d’arriver’ – La route du succès est pénible car elle requiert beaucoup d’efforts et l’échec toujours menace … Beaucoup de mal pour peut-être rien … Plutôt que de s’engager dans une politique des ‘petits pas’ en direction d’un quelconque objectif raisonnable et accessible, il est fort utile de se fixer un but sublime (admiration de la société en prime et, faculté de ne pas se mettre en route hâtivement, ou de faire des pauses, sur un chemin si long et si difficile) … Les amants différant et reculant.»

Des techniques proches  sont développées par Dan Greenburg dans son Manuel du parfait petit masochiste.

 « Atteindre au but jusqu’alors inaccessible : le Complet Désastre Personnel … Et ce, sans se contenter d’à peu près, de bricolage. Agissez méthodiquement et scientifiquement. 

. Sélectionner une Crainte à trois dimensions : Ce sera un véritable calvaire si vos inquiétudes s’avèrent fondées – Il doit y avoir un début de preuve que votre inquiétude va effectivement se révéler fondée – Il devra s’écouler un laps de temps important avant que vous ne puissiez découvrir si votre inquiétude était fondée ou non (exemple : choisir la bonne maladie… )…

. Faire mûrir sa crainte : S’attarder sur les aspects négatifs si… – Se reprocher d’avoir laissé la situation en arriver là – Qu’est-ce qui aurait permis de l’éviter ?…

. Les axiomes de la Pensée Négative : ‘Dans la vie faut s’en faire’ – ‘A chaque jour ne suffit pas sa peine’ – ‘Tant qu’il y a de la vie, il y a du désespoir’ … Exemple simple sur l’attente de quelqu’un : J’attends au mauvais endroit, à la mauvaise heure – Un empêchement s’est produit, il ne peut pas venir et ne sait comment me joindre – Il n’a jamais eu l’intention de venir – Tous les passants savent que j’attends depuis longtemps et se paient ma tête – J’étais moi-même un peu en retard, il est déjà venu et reparti…

. Si vous êtes vraiment décidé à vous rendre malheureux, sachez que vous n’aurez pas de pire  ennemi que l’activité constructive, pas de meilleur allié que l’inactivité totale.

. Deux concepts fondamentaux : Refuser d’accepter ce qu’on ne peut changer (visage, taille, aspect, groupe ethnique…) – Se fixer des objectifs parfaitement irréalisables (trouver le conjoint parfait, le travail idéal, écrire le plus grand roman du siècle…).

. Travaux pratiques simples : Etablir une liste des gens que vous connaissez qui sont plus jeunes que vous et qui réussissent mieux – Recopiez les symptômes de dix maladies mortelles et voyez combien d’entre eux vous avez déjà – Quittant une pièce remplie de monde, imaginez les commentaires possibles, etc. etc.

. Le procédé de Création d’Angoisses perdra vite de son efficacité si on ne rend pas ces angoisses opérationnelles. L’un des moyens les plus simples consiste à les utiliser pour se faire rejeter par les autres, méthode dite du ‘Rejetez-moi’ ou comment faire fuir tout le monde. » Ces dernières savantes manœuvres permettant de perdre à tous les coups (un travail, un succès, une relation amoureuse, des amis…) sont trop complexes pour être même évoquées. Les personnes concernées, passionnées sont invitées à lire le livre de Greenburg. 

. ‘Pourquoi m’aimerait-on ?’ – Si tu me cèdes, tu ne vaux guère ou rien … « Il ne saurait être question pour moi d’appartenir à un club qui m’accepterait comme membre. » (Groucho Marx) – La boutade va fort loin. Elle touche les gens qui n’apprécient que ceux qui les méprisent et qui dévaluent d’entrée ceux qui les considéreraient comme leurs égaux, ou pire comme leurs supérieurs. Adulation malsaine de la supériorité d’autrui et de sa propre infériorité.

 . D’autres procédés contribuant au malheur, mais dont l’initiative appartient à autrui, et entraînant des questionnements sur lesquels on peut discuter, et escalader, sans fin.

. ‘Si tu m’aimais vraiment, tu aimerais l’ail’ ; tout est dans le ‘vraiment’ – ‘Pourquoi es-tu en colère contre moi ?’ (procédé dit de lecture dans la pensée d’autrui) ; L’auteur sait mieux que vous-même ce qui se passe dans votre propre esprit – L’alternative illusoire ; offrir le choix entre deux possibilités et reprocher ensuite d’avoir choisi A plutôt que B, ou l’inverse (offrir deux cravates, et lors du port de l’une, soupirer qu’on savait bien que le destinataire n’aimerait pas l’autre) – Sois spontané ; avec toutes les variantes plus ou moins édulcorées ; illogisme et ‘double bind’.

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