290,1 – Être humain, Condition humaine ; Personne, Individu ; Autres ; Individualisme ; Humanité – Le ‘paraître’

-Nous sommes Tête : réflexion, intelligence – Nous sommes Cœur : affection, dévouement – Nous sommes Mains : agir, toucher, faire. Si l’une de ces dimensions est par trop atrophiée, aucune des deux autres ne rachètera son absence.  

– « Eux-mêmes commencent à se distinguer des animaux dès qu’ils commencent à produire leurs moyens d’existence. » (Marx/ Engels – L’idéologie allemande)

– Chacun de nous est unique dans le temps et même dans l’éternité ; c’est ce qu’en philosophie on appelle l’ipséité. « Un être qui vit une durée unique, la sienne … être soi, et seul à l’être en ce monde … Conscience d’une dimension d’absolu» (Lucien Jerphagnon – étonnement suprême). « Cette vérité éternelle à deux pattes. » (Vladimir Jankélévitch – l’Être-soi)

– Le mot Être n’est pas un substantif. C’est un verbe, il implique un agir.   L’Être-Etant de Heidegger, l’Être-existant.

– L’Être existera tant qu’un droit, autant qu’un devoir, celui d’Antigone, se dressera au-dessus, indépendamment, ou même contre, les diktats des pouvoirs et la soumission servile des soi-disant élites. On peut toujours rêver.

-On peut voir ce qu’on veut  (les évocations sont sans limites) dans la figure biblique de Jacob luttant avec l’ange (le tableau de Delacroix) : l’ambition humaine se dressant contre l’obstacle, contre la dépendance, la conquête de l’autonomie, l’affirmation de soi, ou au contraire la rencontre de la barrière infranchissable…  etc. etc.

– Pendant longtemps, il convenait d’adapter le monde à l’homme, et c’est ce qu’ont fait la science et la technique jusqu’à récemment. Depuis peu, comme tout s’est emballé et est passé hors contrôle, les bons esprits ne parlent plus que d’adapter l’homme au monde devenu fou. Cela s’appelle le Transhumanisme.

– « Il n’y a aucun mérite à être quoi que ce soit. » (Marcel Mariën, surréaliste

-« Moi aussi, je suis autre que ce que je m’imagine être. Le savoir, c’est le pardon. » (Simone Weil)

 – Pour montrer la lourdeur de l’espèce humaine, Céline utilisait l’image de la poule  à qui il faut donner un bon coup de pied pour la faire décoller, et pas longtemps.

-Un individu augmenté tel qu’on nous le promet, c’est quoi, et comment cela se passe-t-il ? Qu’est-ce qui augmente : le pénis ? L’étalage de la bêtise déjà pourtant considérable ?

« Je viens je ne sais d’où,

« Je suis-je ne sais qui,

« Je meurs je ne sais quand,

« Je vais-je ne sais où,

« Je m’étonne d’être aussi joyeux. »  (épitaphe de Martinus von Biberach, XV° siècle)

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« J’ai déjà proposé de répartir les hommes selon leurs trois grandes tendances primordiales. Ces trois tendances sont les trois grandes ‘gunas’ de la ‘Bhagavad-Gîta’ hindoue … Les hommes sont dits appartenir à l’une des catégories ‘tamas’ (ignorants ou inertes), ‘rajas’ (actifs), ‘sattwas’ (éclairés). » (Raymond Abellio)

«  Exister, c’est répondre aux chocs du monde environnant. C’est, sans cesse, oublier ce qu’on c’était promis d’être. » (Alain)

 « L’homme est imparfait. On ne peut que se montrer indulgent pour lui quand on songe à quelle époque il a été créé. » (Alphonse Allais)

 « L’être n’est pas seulement un ‘être-au-monde’ mais un ‘être-du-monde’. Nous sommes du monde et pas seulement au monde. » (Myriam Revault d’Allonnes) – Ce qui implique notre participation et entraîne notre responsabilité. L’Être-Etant de Martin Heidegger.

« Nous ne sommes pas à la hauteur du Prométhée qui est en nous. » (Gunther Anders) – « L’émancipation court toute seule et ne sait pas où s’arrêter ; sans cran d’arrêt, la barbarie est assurée …  Croire que l’on peut mettre un terme à la tragédie humaine et rendre à l’homme son unité (Marx), ou bien faire surgir de la terre allemande une race parfaite (Hitler), ou bien transformer les hommes en cyborgs invulnérables et immortels (le post-humanisme contemporain), c’est bien suivre la même trace … Le prométhéisme perverti observé à la fois dans les totalitarismes et dans les sociétés contemporaines, ne peut se déployer que dans les sociétés postchrétiennes. Car les sociétés non-occidentales sont dotées d’une vision circulaire du temps qui n’entretient pas l’idée de progrès. »  (Chantal Delsol) – A l’inverse du temps fléché judéo-chrétien. Encore que la Chine, le Cambodge… n’aient pas ignoré cet aspect délirant du prométhéisme qu’était la tentative de la fabrication d’un ‘homme nouveau’..

« Nous sommes en train de vivre une révolution anthropologique : l’homme n’est plus une personne, un être ouvert à autrui et à la transcendance ; il est un individu, voué à se choisir des vérités, à se choisir une éthique ; il est une unité de force, d’intérêt et de jouissance (Père Schooyans). Nous allons indiscutablement vers une humanité unisexe, sinon qu’une moitié aura des ovocytes et l’autre des spermatozoïdes, qu’ils mettront en commun pour faire naître des enfants, seuls ou à plusieurs, sans relation physique, et sans que même nul ne les porte. Sans même que nul ne les conçoive si on se laisse aller au vertige du clonage (Jacques Attali). » (cités par Charles-Henri d’Andigné) – Et le transhumanisme nous réserve bien pire.

 « L’homme est un commencement et un commenceur …Les hommes qui, parce qu’ils ont reçu le double don de la liberté et de l’action, peuvent établir une réalité bien à eux. » (Hannah Arendt)

« L’homme consommé en vertus est le meilleur des animaux. Sans loi et sans justice il est le plus mauvais de tous. » (Aristote)

« Être, connaître, vouloir. Je suis, je connais, je veux. Je suis celui qui connaît et qui veut. Je connais que je suis et que je veux. Et je veux être et connaître. » (saint Augustin)

« L’individu humain intègre trois niveaux de réalité : il est à la fois, distinctement et conjointement humain, acculturé et unique. Il est humain en partageant avec tous les humains nés et à naître certains attributs communs définissant la nature de l’espèce. Il est acculturé, en recevant son humanité actualisée de cercles culturels à rayons variés, depuis le ménage jusqu’à la civilisation. Il est rendu unique par ses idiosyncrasies (comportement particulier d’un individu). » (Jean-Baechler)

« La personne, elle est la conjonction parfaite des trois niveaux de réalité dans le même individu, chacun a sa place que lui assigne la nature. La personne est à la fois et distinctement humaine, acculturée et elle-même, et elle donne à chacun de ces niveaux leur orientation naturelle, le spécifique pour viser l’universel, le culturel pour se guider dans la particularité, et l’idiosyncrasique pour s’engager dans la singularité … Chacun de ces niveaux se retrouve dans l’application que fait : la personne libre effectuant des choix délibérés droits – la personne rationnelle en appliquant sa capacité à résoudre des problèmes – la personne finalisée en poursuivant des fins – la personne faillible en cherchant à minimiser les coûts de la liberté. » (Jean Baechler) – Notre époque ne peut pas toucher (encore, avec la biogénétique !) au premier niveau de nature humaine, elle peut et n’hésite pas à massacrer le culturel et parallèlement à accentuer l’idiosyncrasique, la singularité, l’individualisme. Catastrophe assurée.

« Les critères des trois activités humaines ont le même statut … Le ‘faire’ est sous la juridiction de l’utile et du nocif, le ‘connaître’ sous celle du vrai et du faux et ‘l’agir’ sous celle du bien et du mal … Les contradictoires ne sont pas interchangeables … les uns sont préférables aux autres du point de vue de l’humain et du vivant, les seconds sont des négations et des privations des premiers et les humains inclinent et aspirent naturellement à l’utile, au vrai et au bien, en dépit de leurs faux pas répétés dans le nocif, le faux et le mal .. Les rapports de la personne avec les activités humaines révèlent sa nature … La personne en tant qu’elle connaît recherche les réponses justes … la vérité … quantifie si possible … se considère comme une étape, un maillon d’une chaîne … se méfie du reçu, du dominant, du fracassant. La personne vouée au faire cherche à donner une matière à une forme ou une forme à une matière … elle considère utilité, efficacité, adéquation. La personne agissant vise des objectifs à travers l’incertitude perpétuelle des circonstances et des conséquences … elle oriente ses actions sur les fins de l’homme … elle agit à la place et dans l’état qui convient le mieux à ses capacités et à ses inclinations. » (Jean Baechler) 

« Tout ce qui est humain spécifique demeure virtuel tant qu’il n’a  pas été actualisé culturellement, puisque l’espèce est non programmée. » (Jean Baechler)

« Le caractère le plus exclusif de l’espèce humaine est la non-programmation suivie d’acculturation. Tout individu humain en est rendu un composé subtil de niveaux de réalité humain, culturel et idiosyncrasique (réaction individuelle, propre à chaque homme). Si l’on met entre parenthèses le culturel, les individus deviennent tous identiques en tant qu’humains et uniques par la réunion singulière de différences, rendues possibles par les degrés de liberté de la nature humaine. » (Jean Baechler)

« Les individus humains sont les porteurs de ce qui distingue l’espèce humaine des autres en général et des anthropoïdes en particulier. Nous avons retenu quatre caractères distinctifs, qui s’expriment à travers la plus grande diversité individuelle des dotations spécifiques, l’acculturation des individus dans les cercles culturels les plus variés et une infinité de nuances…personnelles, soit l’individu unique au sein d’une totalité : La liberté rend la nature humaine virtuelle et exige pour elle des actualisations culturelles ; la rationalité est la capacité à résoudre les problèmes posés par la liberté ; la finalité est l’ensemble des solutions aux problèmes posés par la nature et la condition humaine ; la faillibilité est la capacité à tomber dans la non-liberté, l’irrationalité et la contre-finalité, elle est impliquée dans la liberté comme capacité des contraires. » (Jean Baechler)

« De quelque manière, il se voit lui-même, dans la prison de sa nature, de son histoire, de sa sotte et ronde planète, comme le dindon de la farce; il cherche des yeux celui qui l’a mis dans cette situation, et il ne trouve personne. » (Père Hans Urs von Balthasar)

« Et il n’aura pas fini d’apprendre son métier d’homme tant qu’il n’aura pas réussi à concilier, aussi parfaitement que possible, l’attitude qui le tient courbé vers la matière et l’attitude droite, le regard levé vers Dieu. » (Père Hans Urs von Balthasar)

« Des millions d’années pour parvenir à se tenir debout et quelques décennies pour se retrouver à plat ventre, affalé sur le canapé du salon devant la Star Ac » (Olivier Bardolle) – Triste destin !

« L’homme est merveilleux, les hommes sont pitoyables. »(René Barjavel)

« L’homme n’étant pas un, on ne voit pas comment il pourrait être pris comme unité de mesure. » (Georges Bastide) – L’homme n’est pas la mesure de toutes choses, contrairement à ce que prétendait le sophiste Protagoras, donc il n’est pas le sujet de référence des valeurs, heureusement ! Ce qui ruine la thèse qui fait de l’humanisme un absolu.

« Cette improbabilité infinie d’où je viens … Si j’envisage ma venue au monde, liée à la naissance puis à la conjonction d’un homme et d’une femme, et même à l’instant de la conjonction, une chance unique décida de la possibilité de ce moi que je suis ; en dernier ressort, l’iimprobabilité folle du seul être sans lequel, ‘pour moi’, rien ne serait. La plus petite différence dans la suite (l’immense lignée) dont je suis le terme : au lieu de ‘moi’ avide d’être moi, il n’y aurait quant à moi que le néant, comme si j’étais mort … Car si la plus infime différence était survenue au cours des événements successifs dont je suis un terme, à la place de ce moi intégralement avide d’être moi, il y aurait un autre. » (Georges Bataille – L’expérience intérieure – cité par Claude Morali – Qui est moi aujourd’hui ?)  – Vertigineux.

« Il ne s’agit plus ‘d’être’ soi-même, il s’agit de se ‘produire’ soi-même … Partout l’homme a appris à se réfléchir, à s’assumer , à se mettre en scène selon ce schème de production qui lui est assigné comme finale de la valeur et du sens … Cette identité que l’homme revêt à ses propres yeux, lorsqu’il ne peut plus se penser que comme quelque chose à produire, à transformer, à faire surgir comme valeur … Ce n’est plus l’humain qui pense le monde. Aujourd’hui,  c’est l’inhumain qui nous pense. » (Jean Baudrillard)

« Boire sas soif et faire l’amour en tout temps, Madame, il n’y a que ça qui nous distingue des autres bêtes. » (Beaumarchais – Le mariage de Figaro)

« Concept évident chez Hegel, chez Karl Marx, chez Nietzsche, pour qui le souverain principe est celui par lequel l’être ‘doit toujours se dépasser’. » (Julien Benda)

« Dans l’anthropomorphisme défini par Georges Bataille, l’être est l’impossible en tant qu’il ne peut éviter ses limites et pas non plus s’y tenir. » (Jean-Michel Besnier)

« Homme : animal si profondément plongé dans la contemplation extatique de ce qu’il croit être qu’il en oublie totalement ce qu’il devrait être. » (Ambrose Bierce)

« Le ‘moi’ ne commence à exister pour lui-même qu’à l’exercice de la libre activité  … Le ‘moi’ n’obtient la conscience de son action que dans le ‘vouloir’ seul et l’expression de la volonté est la première condition de la conscience de soi-même … La conscience du moi senti, reconnu distinct des autres existences n’est autre que ‘l’effort voulu’ … L’effort voulu et immédiatement aperçu constitue expressément l’individualité, le ‘moi’. » (Maine de Biran)

« Tout nous manque indiciblement. Nous crevons de la nostalgie de l’Être. » (Léon Bloy)

« Ce n’est pas le premier venu, dit-on. – Lorsqu’un père de famille, c’est-à-dire le chef d’une importante maison de commerce, a dit cela d’un monsieur Trouillot, par exemple, on est fixé. C’est Trouillot qui aura la fille … Le plus haut titre aux yeux du Bourgeois, c’est de n’être pas le premier venu … L’Evangile dit que les derniers seront les premiers, et le Bourgeois s’en souvient…» (Léon Bloy- Exégèse des lieux communs – 1, XCVI)

« Seule, l’espèce humaine lève bien haut une tête fière

« Et légère, se tient droite et regarde la terre de haut.

« Cette apparence, à moins que ta nature de mortel ne t’ait rendu stupide, t’invite,

« Toi qui cherche le ciel, la tête haute et le front dégagé,

« A élever aussi ton âme vers les hauteurs, de peur que sous les pesanteurs,

« Elle ne s’enfonce et ne tombe plus bas que ton corps. » (Boèce)

« Que voulez-vous que je dise de moi ? je n’en connais rien, même pas la date de ma mort. » (Jorge Luis Borges)

« C’est une entreprise hardie d’aller dire aux hommes qu’ils sont peu de chose. » (Bossuet)

« Comment aurait pu prendre un tel ascendant une créature si faible et si exposée … si elle n’avait en son esprit une force supérieure à celle de toute la nature visible… » (Bossuet)

« … C’est pourquoi les sages du monde, voyant l’homme d’un côté si grand, de l’autre si méprisable, n’ont su ni que penser ni que dire : les uns en feront un dieu, les autres en feront un rien… » (Bossuet)

« L’homme sujet … de sa propre conscience et de sa propre liberté, c’est au fond une sorte d’image corrélative de Dieu. L’homme du XIX° siècle (et la suite), c’est Dieu incarné dans l’humanité. Il y a eu une sorte de théologisation de l’homme, redescente de Dieu sur la terre. » (Rémi Brague)

« Le thème de la station droite comme un privilège de l’homme par rapport au reste des  animaux … Une invitation à se dresser vers le ciel. L’idée est présente dès Platon, d’où elle passe chez les auteurs les plus variés, à travers les siècles … La station droite qui permet à l’homme de contempler le ciel est pour lui un rappel de son origine. » (Rémi Brague)

« L’humanisme exclusif est tout simplement impossible. Non parce qu’il rendrait l’homme inhumain, mais parce qu’il détruirait l’homme … Si nous n’étions qu’intellect, nous serions des anges ; si nous n’étions que sensibilité, nous serions des animaux … Il est en effet incapable d’apporter une réponse à la question fondamentale : celle du point d’appui … Il faut un point d’appui extérieur pour avoir le droit de dire de l’homme qu’il vaut la peine d’exister … Pourquoi est-il bon qu’il y ait des hommes sur la terre ? … C’est la question de la légitimité de l’humain … ‘Le lien entre l’original divin et sa copie humaine, lien qui fait que la mort de Dieu doit entraîner nécessairement celle de l’homme’ (repris indirectement de Nietzsche et de Michel Foucault) … ‘Il est bien permis de se demander si l’Image n’est pas aussi absente que le Prototype, et s’il peut y avoir des hommes dans une société sans Dieu ?’ (Léon Bloy) – ‘S’il n’ y a pas de Dieu, il n’y a pas d’homme non plus.’  (Nicolas Berdiaeff) –  ‘Ce qui paraissait séparer l’homme de la nature, de l’animal et de la machine, s’est trouvé progressivement réfuté, au profit de la révélation proprement vexatoire pour lui d’une continuité avec ce qui n’est pas lui.’ (selon Peter Sloterdijk) … Qui peut nous dire qu’il est bon que nous soyons là, que notre présence, que notre possession des caractéristiques qui font de nous des hommes est légitime ? … Même à supposer que la vie humaine soit un enchaînement de plaisirs … il faudrait encore demander si le bonheur de l’homme ne serait pas, par exemple, acheté à un prix excessif pour le reste de la planète … L’existence de l’homme étant un danger pour les autres formes de vie … A supposer que l’homme soit incapable de se modérer, ait une tendance irrépressible à monter aux extrêmes, ne serait-il pas plus sûr de l’éliminer une fois pour toutes ? … Le Moyen Âge permettait une affirmation de l’homme parce qu’il considérait que son humanité même dépendait d’un principe qui en était distinct et qui le posait dans l’être … la question de la légitimité se rapproche de ses connotations originelles, qui sont de l’ordre de la filiation : si la lignée n’a pas d’ancêtre, la question perd tout objet et devient vide … L’homme deviendrait du coup une sorte de bâtard qui n’aurait aucun géniteur … Le seul fait que la nature ait produit une espèce qui puisse envisager sa propre destruction (collective ou individuelle : le suicide particularité humaine) montre qu’il n’est pas facile de voir dans cette espèce le pur produit de la nature … L’athéisme est incapable de donner une réponse argumentée à la question de la légitimité de l’existence de l’homme. S’il était conséquent, il aboutirait à la destruction de son substrat, de l’espèce … Si en revanche il s’en remet à la ‘nature’ ou à ‘l’instinct’, il maintient bien l’existence de son substrat humain. Mais cette démission le fait renoncer au projet des Lumières qu’il prétendait accomplir. » (Rémi Brague – considérations éparses sur la légitimité de l’homme) – En ramenant l’homme à un pur accident évolutionnel sans filiation originelle et, donc, sans prétention finaliste. A rapprocher de certaines positions existentialistes : « Du moment que Dieu est mort, il n’y a plus de justification de l’existence, donc l’existence est absurde. » (cité par Pierre Hadot) 

« Volonté déterminée d’effacer toutes les frontières. Celle, fondamentale, de la dualité des sexes. Celle, traditionnelle, qui sépare l’homme de l’animal. Celle, sacrée, qui pour les humains trace la ligne entre vivant et mort …  Ce sont ces frontières qui font que l’humanité existe comme telle  …Si le genre n’est pas lié au sexe, pourquoi ne pas en changer tous les matins ? Si le corps est à la disposition de notre conscience, pourquoi ne pas le modifier à l’infini ? S’il n’y a pas de différence entre animaux et humains, pourquoi ne pas faire des expériences scientifiques sur les comateux plutôt que sur les animaux ? Pourquoi ne pas avoir de relations sexuelles ‘mutuellement satisfaisantes’  avec son chien ? S’il est des vies dignes d’être vécues et d’autres qui ne le sont pas, pourquoi ne pas liquider les infirmes, y compris les enfants ‘défectueux’ ? (‘l’avortement post-natal’), pourquoi ne pas nationaliser les organes des humains quasi-morts au profit d’humains plus prometteurs… Ce sont là des thèmes ultra-classiques de la réflexion ‘morale’ anglo-saxonne contemporaine … Pourquoi faire l’ange quand on peut refaire la bête ? … ‘L’humanité occidentale, fatiguée, est désormais au bout du rouleau … organisant elle-même les conditions de son propre remplacement’ (Michel Houellebecq) … Elimination de la différence sexuelle, animalisation de l’homme, effacement de la mort, refus de l’idéal … monde informe sans limites ni frontières … Slavoj Zizek a bien vu que ce mépris de la sexualité , de la chair et du corps pouvait être rattaché à l’antique courant gnostique …  se débarrasser de ce corps encombrant soit par l’ascèse, soit par la débauche en l’épuisant, au moins le transformer par le tatouage. » (Jean-François Braunstein – La philosophie devenue folle)

«  Terrible vertige d’un homme soudain délesté de ses entraves et qui subit moins un désenchantement qu’une désorientation ; il se retrouve libre mais pygmée. Emancipé du pouvoir féodal qui l’assignait à sa naissance et de la loi religieuse qui le rivait au souci du salut, il (le moderne) ne connaît ni prédestination ni destination. » (Pascal Bruckner) – Certes, peu de regrets, mais un poids difficilement supportable.

« L’homme est le seul être qui peut refuser ce qu’il est. » (Albert Camus – cité par Milovan Djilas)

« Quand on a beaucoup médité sur l’homme, il arrive qu’on éprouve de la nostalgie pour les primates. » (Albert Camus)

« Dés sa naissance le sujet humain est pris dans un champ social-historique, est placé à la fois sous l’emprise de l’imaginaire collectif instituant (les idées maîtresses de la société où il arrive), de la société instituée (de ses institutions, éducatives…), et de l’histoire dont cette institution est l’aboutissement provisoire. La société ne peut faire autrement, en premier lieu, que produire des individus sociaux qui lui sont conformes et qui la produisent à leur tour … Les options sont prédonnées. » (Cornelius Castoriadis) – Même un futur philosophe devra partir de cette histoire et de cette philosophie qu’il trouvera là.

« La nature, ou l’essence de l’homme, est précisément cette capacité, cette possibilité au sens actif, positif, non prédéterminé de ‘faire être des formes autres’ d’existence sociale et individuelle … Une nature ou une essence de l’homme, définie par cette spécificité centrale, la création … selon laquelle l’homme crée et s’autocrée. » (Cornelius Castoriadis) 

« Plus de saint, plus de héros, plus de guerrier, plus de moine, plus d’artiste et, en vérité, plus d’homme. » (Jean Cau) – Si, il en reste quelques uns, mais les média s’efforcent de ne montrer que les sous-hommes, les minables, les serviles, les laquais.

« L’Homme, il est humain à peu près autant que la poule vole. » (Louis-Ferdinand Céline)

« La grande fatigue de l’existence humaine … La grande fatigue d’avoir à présenter toujours comme un petit idéal universel, surhomme du matin au soir, le sous-homme claudicant qu’on nous a donné. » (Louis-Ferdinand Céline)

« Tous les éléments de l’idéologie socialiste : abolition de la propriété privée, de la famille, de la hiérarchie, hostilité envers la religion, peuvent donc être considérés comme la manifestation d’un principe fondamental : celui de la répression de l’individualité … La communauté des biens et l’abolition de la famille sont considérées comme le moyen d’arriver à une égalité qui n’est pas une égalité des droits et des possibilités, mais une identité de conduite, une uniformisation des personnalités. Il ne s’agit plus d’égalisation des conditions extérieures, mais d’abolition des différences dans le comportement et le monde intérieur des individus … Il s’agit d’hostilité envers la personne humaine … On peut considérer la mort de l’humanité comme le résultat auquel aboutirait le développement du socialisme. » (Igor Chafarévitch)

« Dans les grandes choses, les hommes se montrent comme il leur convient de se montrer ; dans les petites, ils se montrent comme ils sont. » (Chamfort)

« Le lien qui attache l’individu à la société est tellement puissant que même dans la soi-disant ‘société des individus’, ces derniers sont si peu capables de prendre leur distance avec les entraînements collectifs que spontanément, ils consentent à l’anéantissement de ce à quoi ils tiennent le plus : la liberté. » (Bernard Charbonneau)

« L’homme non plus seulement un ‘être qui sait’, mais un ‘être qui sait qu’il sait’. »(Père Teilhard de Chardin)

« Il serait étrange que l’homme prétendît à une constance inaltérable, lorsque toute la nature change autour de lui. » (Chateaubriand)

« Par quel miracle l’homme consent-il à faire ce qu’il fait sur cette terre, lui qui doit mourir ? » (Chateaubriand)

 « Trois prototypes de la post-modernité : ‘l’homo économicus’, le citoyen méduse, le Robinson égoïste et rationnel, atome de prestations et de consommations – ‘l’homme moyen’, le citoyen panéliste, le héros des concours de beauté de Keynes (sorte de jeu consistant à anticiper les anticipations des autres, quel sera le plus joli visage choisi par une foule), acharné à prendre le ‘risque’ de deviner ce que sera l’opinion moyenne et jubilant à l’idée de chevaucher toutes les courbes de Gauss – ‘l’homo communicans, le citoyen thermostat, transparente créature des services tertiaires, habitant-bulle d’une société sans conflit ni confrontation sociale ‘archaïque’, se flattant de n’exister que comme ‘ténia cybernétique’ perfusé ‘d’inputs’ et vomissant des ‘outputs’. » (Gilles Châtelet – Vivre et penser comme des porcs)

« La vie : quelque chose qui advient et devient … Sans ‘devenir’ il n’y aurait pas de vie ; la vie n’est vie qu’en devenant … Dans le sens de l’incessante marche de la Voie qui va du Rien vers le Tout, du non-Être vers l’Être, nous pourrons suivre la démarche qui va de la mort à la vie, et non de la vie à la mort … Ce ‘rien’ ne doit pas être confondu avec le néant. Contenant la promesse du Tout, le Rien désigne le Non-Être, ce Non-Être n’étant autre que ce par quoi l’Être advient. C’est à partir de cette notion de Non-Être qu’on peut réellement concevoir l’Être. » (François Cheng)

« Les besoins vitaux ou désirs irrépressibles que la conscience de la mort fait naître en nous : – Désir de réalisation, s’inscrire non dans un ‘trajet de vie’ inéluctable mais dans un ‘projet de vie’, dans une activité créatrice. – Désir de dépassement, de nous-mêmes, sortir de notre condition ordinaire par quelque effort qui a nom ‘passion’ ; d’aventure, d’héroïsme, d’amour. – Désir de transcendance, ‘C’est par la mort que la morale est entrée dans la vie’ (Chateaubriand), sans l’épreuve des souffrances et de la mort, jamais nous n’aurions eu l’idée de Dieu, ni même pensé à une quelconque transcendance. » (François Cheng)

 « L’homme est un animal étrange au point qu’on pourrait presque le dire étranger à la terre. Il a plutôt l’air de débarquer d’une autre planète que d’être né sur celle-ci. Il est inférieur à son état et supérieur à son état. Il n’est pas bien dans sa peau ; il ne peut se fier à ses instincts, créateur et infirme. » (Chesterton)

« Non seulement la théologie mais l’histoire enseignent qu’il y a une blessure dés l’origine. Quelles qu’aient été les croyances des hommes, ils ont toujours cru que la race humaine était blessée. » (Chesterton)

« Cette question du dessin montre admirablement la solitude et le mystère de l’homme. Il est une créature, mais radicalement différente des autres, car il est aussi un créateur. » (Chesterton – sur les peintures préhistoriques)

« L’homme sain d’esprit reconnaît en lui quelque chose de la bête, quelque chose du saint, quelque chose du diable, quelque chose du citoyen. » (Chesterton)

« L’homme est triste uniquement parce qu’il n’est pas une bête mais un dieu tombé. » (Chesterton)

« Nos seulement nous sommes embarqués sur le même bateau, mais nous avons tous le mal de mer. » (Chesterton)

« Il y a une seule définition certaine de l’homme sain : c’est celui qui a la tragédie dans le cœur et la comédie dans la tête. » (G. K. Chesterton)

« Celui qui, ayant fréquenté les hommes, se fait la moindre illusion sur eux, devrait être condamné à se réincarner, pour apprendre à observer, à voir, pour se mettre un peu à la page. » (Emil Cioran)

« Si Dieu a pu avancer qu’il était ‘celui qui est’, l’homme, tout à l’opposé pourrait se définir ‘celui qui n’est pas’. Et c’est justement ce manque, ce déficit d’existence qui, réveillant par réaction sa morgue, l’incite au défi ou à la férocité. » (Emil Cioran).

« Pour croire inébranlablement en l’homme, il faut être incapable d’introspection et ne pas connaître l’histoire. » (Emil Cioran)

« Ne pouvant vivre qu’en deçà ou au-delà de la vie, l’homme est en butte à deux tentations : l’imbécillité ou la sainteté : sous-homme ou surhomme, jamais lui-même. Mais alors qu’il ne souffre pas de la peur d’être ‘moins’ que ce qu’il est, la perspective d’être ‘plus’ le terrifie. »(Emil Cioran)

« Après tant de conquêtes et de performances … l’homme commence à se démoder. Il ne mérite encore intérêt que dans la mesure où il est traqué et coincé, où il s’enlise de plus en plus. » (Emil Cioran)

« Au zoo ; toutes ces bêtes ont une tenue décente, hormis les singes. On sent que l’homme n’est pas loin. » (Emil Cioran)

« Le fait de naître est plus inexplicable que celui de disparaître. Celui-ci est de l’ordre de la nécessité. Mais  celui-là, ‘naître’, de quel impératif vient-il ? Ce qui vit doit mourir. Ce qui n’existe pas encore, d’où peut-il venir ? On peut écrire des Mémoires d’outre-tombe, mais garde-t-on des souvenirs d’outre-berceau ? … On peut comprendre qu’un organisme meure. Mais peut-on comprendre pourquoi un être vient au monde ? … ‘Un enfant nous est né’. L’origine garde son énigme. » (Jean Clair)

« Les ailes nous manquent, mais nous avons toujours assez de forces pour tomber. » (Paul Claudel)

« Tout homme porte sur l’épaule gauche un singe et, sur l’épaule droite, un perroquet. » (Jean Cocteau)

« Aussi, comme le savait Bataille, l’homme est-il une perte, avant toute chose. Un manque. Et surtout la conscience de ce manque, de cette perte, s’inscrivant dans sa capacité à se souvenir, comme à imaginer. Il s’inscrit dans le monde phénoménal, il est lui aussi un produit de l’évolution, mais en creux, en négatif. » (Maurice G. Dantec) – Perte, manque… voilà un langage, une vision bien religieuse … En priant pour que l’auteur ne me lise pas, car la religion ne semble guère être sa tasse de thé.

 « Aussi l’homme est-il mort parce qu’il a fait de lui-même son horizon, et de sa propre pensée son zénith. » (Maurice G. Dantec)

 « L’homme de l’Ouest n’a plus d’idées, il est un ventre … Il était un maillon d’une société articulée, il est devenu contenu d’une société globale. » (Raphaël Debailiac)

« La première phase de la domination de l’économie sur la vie sociale avait entraîné dans la définition de toute réalisation humaine une évidente dégradation de ‘l’être’ en ‘avoir’. La phase présente de l’occupation totale de la vie sociale par les résultats accumulés de l’économie conduit à un glissement généralisé  de ‘l’avoir’ au ‘paraître’, dont tout ‘avoir’ effectif doit tirer son prestige immédiat et sa fonction dernière. » (Guy Debord – La société du Spectacle)

« Dans l’Antiquité, la valeur des individus provenait d’instances extérieures aux individus, sociales, familiales, politiques, selon les cas (exposition des enfants, moindre valeur des filles…) … Une culture de l’immanence (vidée de toute transcendance, de tout religieux) peut respecter les sentiments de l’individu, ses traditions, ses croyances, mais ne peut pas le respecter en tant que tel inconditionnellement, car il lui apparaît sans mystère. » (Chantal Delsol) – Au XX° siècle, on a commencé à voir où cela nous menait, attendons la suite.

« Il y a une chose dont on ne puisse douter, c’est que l’on doute : il ne m’est pas possible de penser que je ne pense pas. Et il ne se peut pas que je pense sans que j’existe … Et qu’il (le puissant et rusé génie) me trompe tant qu’il voudra, il ne saurait jamais faire que je ne sois pas, tant que je penserai être quelque chose. » (Descartes)

« Dieu aima les oiseaux et inventa les arbres. L’homme aima les oiseaux et inventa les cages. » (Jacques Deval)

« Le terme d’être humain ne concerne ni l’origine ni l’ontologie, mais une manière d’être dans le monde. »  (Philip K. Dick)

« Prince et sujet, père et fils sont des rôles oubliés ;

« Car chacun se convainc d’être seul appelé

« A devenir Phénix, et seul de son espèce. » (John Donne)

« Un être qui s’habitue à tout, voilà la meilleure définition qu’on puisse donner de l’homme. » (Dostoïevski)

« Il y a trois forces, les seules qui puissent jamais subjuguer la conscience de ces faibles révoltés, ce sont : le miracle, le mystère, l’autorité. Tu les a repoussées toutes trois … L’homme est plus faible et plus vil que tu ne pensais … La grande estime que tu avais pour lui a fait tort à la pitié. Tu as trop exigé de lui, toi qui pourtant l’aimais plus que toi-même. En l’estimant moins, tu lui aurais imposé un fardeau plus léger … Qu’importe qu’à présent il s’insurge partout contre notre autorité et soit fier de sa révolte ? C’est la fierté de jeunes écoliers mutinés qui ont chassé leur maître. Mais l’allégresse des gamins prendra fin et leur coûtera cher. » (le grand inquisiteur de Dostoïevski s’adressant au Christ – Les frères Karamazov ; La légende du  Grand Inquisiteur)

« C’est non seulement parce qu’il est fini, mais surtout parce qu’il est mal fini, qu’il a possiblement accès à l’infini. Si, comme certains animaux, il s’était suffi à lui-même, il n’aurait pas eu besoin d’aller, en quelque sorte, voir ailleurs s’il y était. » (Dany-Robert Dufour)

« L’unité du genre humain … mais les hommes ne sont des hommes que par leur appartenance à une société globale, déterminée, concrète … La présence du social dans l’esprit de chaque homme … La perception de nous-même comme individu n’est pas innée mais apprise. » (Louis Dumont)

« On ne devient jamais vraiment ce qu’on veut être. » (Clint Eastwood)

« J’ai pleuré et j’ai sangloté à la vue de la terre insolite … Du haut de quel honneur et de quelle béatitude ne suis-je pas tombé … Dans un pays sans joie où rôde le meurtre et la tribu des fléaux … Nous sommes descendus là dans cette caverne … où règne l’intolérable nécessité. » (Empédocle) – Sur la condition humaine après la Chute.

« Il jugeait que l’homme était le plus calamiteux des animaux, parce que tous acceptent de vivre dans les limites de leur nature, tandis que seul il s’efforce de les franchir. » (Erasme – citant ?)

« Il est impossible que de l’immanence bouclée en stricte immanence puisse sortir autre chose que du tautologique trop humain. Il faut à l’homme plus que l’homme pour devenir vraiment humain. » (Père Gérard Esbach)

« La condition humaine ne se boucle pas en continuité avec ce qui est donné naturellement. La condition humaine est très profondément une condition ‘pascale’. L’homme ne devient homme véritablement qu’à travers : Rupture. Exode. Traversée… » (Père Gérad Esbach)

« La conscience au sens le plus strict n’existe que là où un être a pour objet son genre, son essence. Seul un être qui a pour objet son propre genre peut constituer en objets, conformément à leur nature essentielle, d’autres choses ou êtres … L’homme a une vie intérieure et extérieure. La vie intérieure est celle qui le rapporte à son essence, à son genre. Il parle avec lui-même. L’homme est à lui-même simultanément, ‘Je’ et ‘Tu’. » (Ludwig Feuerbach)  – Cette conscience d’appartenir à un genre est différente de la simple conscience de soi dont est pourvu l’animal (sentiment de soi, perception et discernement dans l’aire du sensible)

« ‘Non, un homme çà s’empêche’. Voilà ce qu’est un homme, ou sinon … L’homme, autrement dit est l’être qui se définit non par ce qu’il fait – ses projets, ses produits, ses prouesses, ses édifices… mais par ce que le scrupule ou la vergogne le retiennent de faire. » (Alain Finkielkraut – commentant Le premier homme d’Albert Camus)

« Quel homme ? Le sujet abstrait et universel de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen ? La réalité incorporelle, l’Être sans être, la créature sans chair, sans couleur et sans qualités qui peuple les grands discours universalistes ? L’individu moins tout ce qui le distingue. » (Alain Finkielkraut) – Le laquais béat parfaitement réussi de nos sociétés démocratiques et médiatiques.

« Être réaliste c’est composer avec la nature humaine, au lieu, comme les uns de la flétrir et de prétendre la corriger par des discours édifiants, ou, comme les autres, de la nier purement et simplement en imputant tous les vices des hommes à un mauvais fonctionnement social. » (Alain Finkielkraut)

« L’animal vit, mais il ne vit pas sa vie ; l’homme vit, et, de plus, il vit sa propre vie … L’homme est en quelque sorte un ‘être intermédiaire’, limité dans deux directions contraires : par son savoir aussi bien que par ses désirs et par ses actions, il est cantonné entre un ‘plus’ et un ‘minus’, un En Deçà et un Au-Delà, un mieux et un pire … ne se meut jamais au sein de l’absolu, n’atteint jamais à aucun extrême, mais se trouve pour ainsi dire en équilibre entre les deux pôles contraires de la subjectivité pure (Naturmensch) et de la pure objectivité (Kulturmensch), absolus également inaccessibles … équilibre instable et mouvant … Tel le joueur d’échecs qui n’ignore pas les conséquences d’un coup mais ne peut les prévoir à l’infini … mais nous connaissons ces limites et ‘la conscience que nous prenons de notre limitation nous place au-dessus de la limitation … et c’est pour cela que le mouvement de la vie spirituelle apparaît comme un mouvement indéfini … la transcendance est elle-même immanente à la vie, formule paradoxale’ … Alors même qu’un effort de réflexion sur soi transporte notre pensée hors des cadres étroits de notre vie actuelle, elle se sait limitée à l’intérieur du moi par des relations et des déterminations particulières … ‘La conséquence de ce fait c’est que nous ne sommes jamais tout entier dans l’instant actuel de notre vie ; c’est que le présent de la vie consiste à transcender le présent’ … Pas de repos pour la conscience … Rationalistes, qui à force de s’extérioriser dans leurs œuvres, perdent tout contact avec leur moi profond et romantiques qui, à force de poursuivre des impressions fugitives et de noter les mouvements de leur âme oublient d’exprimer des réalités objectives … La vie, sous sa forme idéale, apparaît comme un équilibre harmonieux d’actions objectives et de réactions subjectives qui se compensent … Sort des ‘libéralismes’ religieux : se dissoudre dans une intériorité pure, mais volatile et insaisissable ou se dessécher sous une charpente solide qui la stabilise, mais en l’écrasant. Telle est la ‘tragédie de la conscience spirituelle’ … ‘Il paraît également exister pour chaque individu un certain dosage quantitatif entre l’instinct qui pousse à l’individualisation et celui qui pousse à la dissolution dans la collectivité’. (Alain Finkielkraut – commentant, s’inspirant, citant Georg Simmel  dans La tragédie de la culture) – J’ai fait au mieux que je pouvais faire, mais complètement dépassé par Simmel plus Finkielkraut, j’ai dû tronquer, omettre, falsifier peut-être un peu, en tout cas rester au ras des pâquerettes.

« ‘L’homme est la mesure de toute chose’, affirmait Protagoras, déjà si moderne. ‘Pourquoi pas le cochon ?’ lui rétorquait Socrate en riant. » (Claude Fouquet)

« Entre l’amour de soi jusqu’à l’éviction du reste et la volonté d’abolition de soi dans ses expressions les plus variées, entre l’absolu de l’être et l’être-rien, peut-être n’aurons-nous plus jamais fini de balancer. » (Marcel Gauchet)

« On ne peut jamais se débarrasser de ce qui fait partie de nous, même si on le rejette. » (Goethe)

« Il est tabou d’affirmer que l’homme a une essence indépendante car alors il pourrait échapper à la société qui le contrôle, et à ceux qui contrôlent la société. Soutenir que l’homme n’a pas de nature propre, c’est s’assurer qu’il n’a pas de consistance et donc rien de solide à opposer aux mécaniques du monde artificiel qui prétendent veiller sur lui. » (Pierre-Yves Gomez)

« Prêter aux bêtes des lueurs d’humanité c’est les dégrader. » (Rémy de Gourmont)

« L’homme est un animal arrivé, voilà tout. » (Rémy de Gourmont)

« Tout être vivant est ce qu’il sera.  S’il est donc vrai que nous sommes ce que nous avons à être, à la différence de tous les autres êtres vivants, ce que nous avons à être il nous faut le choisir … Seul l’homme se poursuit, se cherche et tente de se reconnaître dans ce qu’il fera. Même si ce qu’il réalise ou qu’il obtient ne dépend que très partiellement de lui, il ne dépend toutefois que de lui de le vouloir … Même ne pas vouloir, c’est vouloir. » (Nicolas Grimaldi)

« Si ‘l’homme n’est produit que pour l’infinité’, si ‘sa perfectibilité est réellement indéfinie’, s’il est donc vrai qu’il lui faudrait ‘une vie infinie pour accomplir toutes ses virtualités’, il nous faut alors reconnaître dans l’homme cette promesse qui n’est jamais tenue … celle d’un être fini portant en lui, et comme sa destination même, l’exigence de l’infini. » (Nicolas Grimaldi – citant Pascal, Condorcet et Kant)

« Parce que la contingence de la nature humaine est si infinie qu’on a même pu penser qu’il n’y a pas de nature humaine, infinis sont donc aussi les systèmes auxquels nous pouvons nous plier, les jeux auxquels nous pouvons nous livrer, les statuts que nous pouvons adopter, les rôles que nous pouvons apprendre. » (Nicolas Grimaldi)

« Grattez le civilisé, vous trouverez le paléolithique. » (René Grousset) 

« Priver l’homme de la possibilité de satisfaire un certain nombre d’instincts fondamentaux risque de rendre nécessaire le maintien d’une dictature visant à réprimer la libre décharge de l’énergie pulsionnelle. »  (Béla Grunberger, Janine Chasseguet-Smirgel)

 « L’unité de l’homme n’est pas quelque chose de donné et de naturel … ‘Si je rencontrais mon double, je ne lui ferais aucune confiance’ … nous ne sommes pas uns, mais nous sommes doubles. Divisés quoique uns; uns quoique désunis. Il ne peut pas ce qu’il veut ; intervalle absurde entre le pouvoir et le vouloir … La première manière de nier pratiquement la division intérieure de notre nature est de la considérer comme un écho de la division extérieure, de la société … cette conduite n’explique pas la division mais l’exorcise … La lutte contre un adversaire visible, palpable (guerre, révolution…) délivre de la lutte contre soi-même … Une autre façon de nier cette division est de la remplacer par le dédoublement … s’élever par la haute partie de l’âme à un niveau supérieur … Vivre au-dessus de la division intime  par une partie réputée intacte, pure … Accepter la dualité mais en hauteur … la dissociation gidienne. » (Jean Guitton)

« L’homme … sa conscience contient ceci que l’individu se saisit comme personne, c’est-à-dire se saisit dans sa singularité comme un être universel en soi, capable d’abstraction, capable de renoncer à toute particularité et donc comme un être infini en soi. » Nécessité pour cela de « parvenir à la contemplation d’une quelconque objectivité solide, comme par exemple Dieu, la loi, à laquelle puisse adhérer la volonté de l’homme, et par laquelle il puisse parvenir à l’intuition de sa propre essence. » (Hegel) – Comme il n’y a plus ni Dieu, ni loi, ni rien du tout de consistant, quel est l’avenir de l’être pour se construire, l’adoration du fric et la contemplation des people ? Nous allons vers des lendemains délicieux.

 « L’homme est savoir de soi et c’est par là qu’il se distingue de l’animal. Il est un être pensant. Or penser, c’est connaître ce qui est universel … Seul l’homme peut renoncer à l’aveuglement quant à sa propre réalité et activité. Seul l’homme peut s’abstraire de tous les buts immédiats que lui dicte la nature (ex. le suicide), peut rompre avec la nature. C’est pour cette raison qu’il exprime l’Esprit et qu’il est agent de l’histoire. » (Hegel)

L’être humain doit encore et toujours apprendre : « qu’il n’est pas tel qu’il serait susceptible de se faire lui-même. » (Martin Heidegger)

« L’homme connaît l’étant et oublie l’Être. » (Martin Heidegger)

« L’inquiétant, ce qui nous rejette hors de la ‘quiétude’ c’est-à-dire hors de l’intime, de l’habituel, du familier, de la sécurité non menacée … nous empêche de rester dans notre élément. » (Martin Heidegger)

« Le loup des steppes pressent également que ‘l’homme’ n’est pas une création achevée, qu’il est une revendication de l’esprit, une possibilité lointaine, autant désirée que crainte … Il représente plutôt une tentative et une transition ; il n’est rien d’autre qu’une passerelle étroite, périlleuse, entre la nature et l’esprit. Sa destinée la plus profonde le mène vers le monde spirituel, vers Dieu ; sa nostalgie la plus ardente l’incite à retourner vers la nature, vers notre mère commune. Tels sont les deux pouvoirs entre lesquels son existence angoissée et tremblante se trouve ballottée. » (Hermann Hesse)

« La jeunesse a pour mission, pour aspiration, pour devoir le devenir ; l’homme mûr doit se débarrasser de lui-même ou, comme autrefois le disaient les mystiques allemands ‘défaire son être’ » (Hermann Hesse)

« L’homme a des ailes et des racines : toutes ses contradictions viennent de là. » (Victor Hugo)

« Le totalitarisme nazi disait ‘tout est nature’ (inné), le dogme communiste clamait au contraire ‘tout est culture’ (acquis). Nos penseurs contemporains rejettent l’idée même de nature et cherchent à nous faire accroire que les êtres humains n’ont aucune nature d’aucune sorte, rien à voir avec la nature, ne sont en fait pas des animaux du tout mais des entités purement culturelles qui se créent elles-mêmes par un effort de leur volonté. Selon le dogme contemporain de la plasticité, tout est variable de culture en culture, tout est question de code, de contrainte et de construction. Or la nature existe …  et jusqu’à nouvel ordre nous en faisons partie. Bien au-delà de la différence sexuelle, cette attitude anti-écologique, qui postule une disparité radicale entre l’être humain et le monde matériel qui l’entoure, c’est-à-dire en réalité une supériorité de l’être humain sur le monde, est en train de nous tuer … Tout serait construit et donc reconstructible, le bébé humain serait une ‘tabula rasa’. A nous de décider ce que nous souhaitons écrire dessus. Cet orgueil prométhéen, ce refus de tout déterminisme, de toute modestie, de toute limite à ce que nous pouvons et nous devons entreprendre a caractérisé tous les régimes communistes du XX° siècle et conduit aux catastrophes que nous savons. » (Nancy Huston) – Ce qui ne nous gêne pas pour persévérer dans notre orgueil aussi prétentieux que dérisoire. On voit percer l’idéologie du modelage. Au profit de qui ? Bonne question.

« Cette double attente de l’âme humaine … dont on peut constater la présence tout au long de l’histoire et jusqu’à nos jours : rationnelle et mythique, naturelle et surnaturelle, immanente et transcendante, et si l’on se risque aux grands mots, scientifique et mystique. Il y a bien là un équilibre… » (Lucien Jerphagnon) – Equilibre que l’Occident s’est juré de détruire par l’élimination féroce des deuxièmes termes.

« … Chargés de l’insupportable poids de nous-mêmes. »(Joseph Joubert)

 « L’homme, conscience instable, espoir d’Elohim, est aussi pour la même raison l’espoir de Satan … Vaniteux, obscur, propre à la douleur. Il est compliqué. Il est riche de puissances énormes qu’il devra toujours ignorer. Par en haut, céleste, par en bas le mauvais rêve de la bête, il est hybride. » (Pierre-Jean Jouve)

« Nous sommes nés à un moment donné, en un lieu donné, et nous avons, comme les crus célèbres, les qualités de l’an et de la saison qui nous ont vus naître. » (Carl Jung)

« Il faudrait que chaque homme eût une vie illimitée pour apprendre à faire un usage complet de toutes ses dispositions naturelles. » (Emmanuel Kant) – Nul ne peut accomplir la totalité de sa nature.

« Il fallait, pour Nietzsche, que Dieu soit mort, afin que le surhomme puisse exister. Mais le surhomme a-t-il encore quelque chose d’humain ? » (cardinal Walter Kasper)

« Au point de vue chrétien, il n’est non plus jamais question de savoir ce qu’un homme a été, mais ce qu’il est devenu ; comment il était, mais comment il est devenu ; quel a été le début, mais quelle a été la fin. » (Kiergegaard)

« L’homme est celui qui avance dans le brouillard. » (Milan Kundera)

« Rien de plus cafouilleux que la réalité humaine. » (Jacques Lacan)

« Que l’homme soit la plus noble des créatures, voilà qui se laisse aussi prouver par le fait qu’aucune autre ne lui a contesté cette affirmation. » (Georg Christoph Lichtenberg)

« Feuerbach dissolvait l’être religieux dans l’être humain (selon Marx, cinquième thèse sur Feuerbach) ; Marx, achevant le processus, dissout l’être humain dans l’être social. Ce qui devait magnifier l’homme achève de le ruiner. » (cardinal Henri de Lubac)

« Il se pourrait que l’agressivité de l’homme fût à l’origine de sa supériorité. » (Alfred Fabre-Luce)

« Il n’y a point d’Homme dans le monde. J’ai vu, dans ma vie, des Français, des Italiens, des Russes etc. ; je sais, même grâce à Montesquieu, qu’on peut être Persan. Mais quant à l’homme, je déclare ne jamais l’avoir rencontré de ma vie. S’il existe, c’est bien à mon insu. » (Joseph de Maistre – évoquant des constitutions proclamées faites pour l’Homme, stupidités)

« Au-dessus de ces nombreuses races d’animaux est placé l’homme, dont la main destructrice n’épargne rien de ce qui vit ; il tue pour se nourrir, il tue pour se vêtir, il tue pour se parer, il tue pour attaquer, il tue pour se défendre, il tue pour s’instruire, il tue pour s’amuser, il tue pour tuer : roi superbe et terrible, il a besoin de tout, et rien ne lui résiste. » (Joseph de Maistre)

« II ne faut pas neuf mois pour faire un homme, mais 77 ans. » (André Malraux – Les conquérants) 

« L’homme dépend, dans une très large mesure, de l’idée qu’il se fait de lui-même. Cette idée ne saurait être dégradée sans être elle-même dégradante. » (Gabriel Marcel)

« Le remplacement du principe de plaisir par le principe de réalité est le grand événement traumatique du développement  de l’homme, aussi bien au niveau de l’espèce qu’au niveau individuel. » (Herbert Marcuse)

« La gloire d’exister et la saveur de l’existant que l’homme a tant voulu connaître ne lui font face qu’avec une indifférence infinie et n’ont jamais voulu se donner à lui, c’est lui qui a voulu les prendre ; et donc dés l’origine il acceptait la déception, car on encourt une déception inévitable à vouloir prendre ce qui ne veut pas se donner. » (Jacques Maritain)

« Les hommes commencent à se distinguer des animaux dés qu’ils commencent à produire leurs moyens d’existence. » (Karl Marx – Engels)

« Notre finalité est plus que notre origine. » (Louis Massignon)

« L’homme possède une nature double qui tient ‘d’un néant à l’égard de l’infini’ et  ‘d’un tout à l’égard du néant’, de sorte qu’il est toujours ‘un milieu entre rien et tout’. » (Jean-François Mattéi – citant ?)

« L’homme contemporain ‘assailli par l’anxiété, la dépression, un mécontentement vague et un sentiment de vide intérieur’ se réfugie dans une obsession de soi qui rejette toute transcendance spirituelle. Le succès du genre autobiographique et des confessions privées qui ne doivent plus rien à saint Augustin ou à Rousseau en est la manifestation médiatique la plus visible … Fasciné par la réflexion de son reflet qui ne lui renvoie jamais l’image d’une réalité extérieure puisque ce reflet se limite à la gestion de ses procédures intellectuelles qui, dépourvues de la moindre finalité, sont nécessairement vides. » (Jean-François Mattéi – citant Christopher Lasch) – Et encore n’évoque t-il pas les lamentables selfies, les faces stupides des invité(e)s des auditoriums télé, les ridicules mise en scène permanente de soi-même, l’exhibitionnisme généralisé.

« ‘A la place du concept d’Être, nous trouvons maintenant le concept de processus’ . Et si le propre de ‘ce qui est’ consiste à se tenir dans la fixité de ses limites, qu’elles soient celles des dieux, des hommes, de la terre ou du monde, le propre de ‘ce qui devient’ consiste à abolir toute mesure étrangère à l’écoulement de son flux. (Jean-François Mattéi – citant Hannah Arendt)

« Je ne comprends rien à l’être de mon être,

« Tant de dieux ennemis se le sont disputés. » (Charles Maurras)

« L’homme de l’élite n’est pas simplement un homo-duplex, il est plus que dédoublé en lui-même, il est aussi ‘divisé’ ; son intelligence, la volonté qui lui fait suite, le retard qu’il met à l’expression de ses émotions, la façon dont il domine celles-ci, sa critique, souvent excessive, l’empêchent  d’abandonner jamais toute sa conscience aux impulsions violentes du moment … L’homme ordinaire est déjà dédoublé et se sent une âme ; mais il n’est pas maître de lui-même. L’homme moyen de nos jours – et ceci est surtout vrai des femmes – et presque tous les hommes des sociétés archaïques ou arriérées, est un total ; il est affecté dans tout son être par la moindre de ses perceptions ou par le moindre choc mental. » (Marcel Mauss – Limitant la démarche ethnographique à ce dernier type d’homme)

« L’homme est un être qui agit sur lui-même et sur l’espèce (seul dans le règne animal) et pas uniquement pour se policer, se cultiver et devenir lettré dans la communauté des lettrés, aussi pour être plus sain, plus beau, plus fort, plus performant, plus séduisant … pour avoir une descendance parfaite … Les hommes ont désormais la capacité de faire quasiment tout ou presque tout ce qu’ils veulent d’eux-mêmes, de l’espèce et de la nature … Deux séries de questions en découlent. L’une, quelles conséquences de ces actions sur la vie, l’espèce, la planète, qu’allons-nous devenir ? Que devons-nous faire ? Ne pas faire ? L’autre, quel genre d’être que nous, êtres encore humains, voulons devenir, être ou éviter d’être ? Quel genre de vie ? … une autre forme de vie si nous décidions de devenir des mutants» (Yves Michaud – reprenant Sloterdijk) – Bio-technologies entre autres.

« L’idée que l’être humain, une fois dépouillé de tous ses oripeaux symboliques par les différentes théologies du soupçon, n’est fondamentalement rien d’autre qu’un consommateur, une pure et simple machine désirante … Si on ressort la vieille stupidité selon laquelle le client est roi, chacun se retrouve légitimement fondé à exiger qu’une offre corresponde à n’importe laquelle de ses demandes, fut-elle la plus absurde ou la plus immorale. Du point de vue libéral-libertaire, il est ainsi parfaitement légitime de défendre jusqu’à ses ultimes conséquences l’idée d’un ‘droit de tous sur tout’ (expression de Hobbes) … d’exploiter librement son prochain, d’épouser son chien… » (Jean-Claude Michéa – interprétant Christopher Lasch)

 « Chaque homme est une humanité, une histoire universelle et pourtant cet être, en qui tenait une généralité infinie, c’était en même temps un individu spécial, un être unique, irréparable, que rien ne remplacera. Rien de tel avant, rien après. Dieu ne recommencera point … Il en viendra d’autres, sans doute le monde qui ne se lasse pas amènera à la vie d’autres personnes, meilleures peut-être, mais semblables, jamais, jamais. » (Jules Michelet – sur la mort de Louis d’Orléans, mais sur n’importe quelle mort )

« L’essence de l’homme n’est plus identifiée à l’être d’un individu naturel et isolé, ‘robinsonnade … Elle est l’ensemble des rapports sociaux.’ » (Jacques Milhau – citant Marx-Engels)

« Toi, aucune restriction ne te bride, c’est ton propre jugement, auquel je t’ai confié, qui te permettra de définir ta nature … Si nous ne t’avons fait ni céleste ni terrestre … c’est afin que doté pour ainsi dire du pouvoir arbitral et honorifique de te modeler et de te façonner toi-même, tu te donnes la forme qui aurait eu ta préférence Je ne t’ai donné ni place déterminée, ni visage propre, ni don particulier, ô Adam, afin que ta place, ton visage et tes dons tu les veuilles, les conquières et les possèdes par toi-même. La nature enferme d’autres espèces en des lois par moi établies. Mais toi que ne limite aucune borne, par ton propre arbitre … tu te définis toi-même, afin que, souverain de toi-même, tu achèves ta propre forme librement, à la façon d’un peintre ou d’un sculpteur … Tu pourras dégénérer en formes inférieures, comme celles des bêtes, ou, régénéré, atteindre les formes supérieures qui sont divines. » (Pic de la Mirandole – faisant parler Dieu) – « La contrepartie logique au fait que  Dieu n’a pas donné d’essence à l’homme, c’est qu’il est prêt à faire place … à toutes les essences que les vies humaines auront dessinées. » (Philippe Nemo) – « ‘Il n’existe pas de nature humaine qui soit indépendante de la culture’ » (Geertz). – « ‘Il est bien plus cohérent de considérer la nature humaine comme un matériau tout à fait brut et parfaitement indifférencié, qui ne prendra une forme reconnaissable que lorsqu’elle aura été formée par la tradition culturelle. » (Margaret Mead) – Donc « L’être humain a ainsi la capacité et même l’obligation de construire son être … Au lieu de recevoir son existence toute prête de la nature ainsi que les autres êtres et de la tenir d’elle en fief, pour ainsi dire, définitivement, il est dans la nécessité de l’acquérir, de lui donner forme … L’homme est une exception dans l’être ; il n’y a pas de limite indépassable à son action ; telle est sa grandeur et telle est sa dignité … Etant conscience d’être, l’homme ne peut jamais être ce qu’il est. » (Alain Finkielkraut) – Contrairement à tous les autres animaux, la fonction, le rôle d’humain est indéfini. Libre, il peut tout dans le moins comme dans le plus. L’Existentialisme : l’existence précède l’essence ; l’homme, pur commencement à sa naissance, ne sera, ne se définira qu’ensuite.

« Chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition. » (Montaigne)

« Nul ne comprend bien sa situation tant qu’il n’a pas compris que, hormis un ou deux êtres, personne ne s’intéresse à ce qu’il vive ou à ce qu’il meure. » (Henry de Montherlant – Le chaos et la nuit)

« L’on ne devient soi même que lorsque ses parents sont morts. » (Henry de Montherlant)

« On peut redevenir singe ou loup en six mois, mais pour être un Platon, il aura fallu des millions d’années. » (Paul Morand)

« Heidegger posant l’être-avec comme constitutif de l’être-là … ‘L’avec’, trait essentiel de l’être … Penser absolument et sans réserve à partir de ‘l’avec, en tant que propriété d’essence d’un être qui n’est que l’un avec l’autre’ … Que l’être, absolument, est ‘être-avec’, voilà ce qu’il nous faut penser. ‘Avec’ est le premier tarit de l’être .. ‘Être–avec’, c’est faire sens mutuellement, et seulement ainsi … Il n’y a de sens qu’en raison d’un ‘soi’, en quelque manière … Mais il n’y a de soi qu’en raison d’un ‘avec’, qui, en vérité, le structure. » (Jean-Luc Nancy – Être singulier pluriel

« Si chaque animal a besoin de diverses conditions pour exister, l’homme en exige une de plus : il lui faut croire. » (Nietzsche)

« Toute élévation du type ‘homme’ fut jusqu’alors l’œuvre  d’une société aristocratique – il en sera toujours ainsi. » (Nietzsche)

« Je vous énonce trois métamorphoses de l’esprit : comment l’esprit se mue en chameau, le chameau en lion et le lion, enfin, en enfant. – Le chameau  est celui qui accepte tous les fardeaux … pour le bonheur de se sentir vivant sous le poids de ses charges, docile aux valeurs millénaires et aux lois édictées … ‘tu dois’. – Il lui faudra se muer en lion pour parvenir à dire ‘je veux’, non pas pour créer des valeurs nouvelles (le lion lui-même en est encore incapable), mais pour créer sa liberté pour des créations nouvelles et opposer même au devoir le ‘non’ sacré – Ensuite seulement le lion pourra se métamorphoser en enfant qui est ‘innocence et oubli’, un recommencement, un jeu, une roue roulant d’elle-même, un premier mouvement, un ‘oui’ sacré. » (Nietzsche, interprété par Bertrand Leclair  – Ainsi parlait Zarathoustra) – A entendre dans le sens du toujours à refaire.

« Tout être, aussi anodin soit-il, s’aperçoit fièrement qu’il est en mesure de donner le jour à un riche éventail de crises, dès qu’il est à l’écoute de son Moi. » (Hector Obalk)

« Rien n’est plus fort que les hommes dans la beauté, dans le courage, dans la recherche de la vérité, dans le bien. Et rien n’est plus fort que les hommes dans la laideur, dans le crime, dans le mensonge et dans le mal. Les hommes sont à la fois le miracle et la tache. Ils sont la faute et le pardon, ils excellent dans la grandeur comme ils excellent dans la bassesse. » (Jean d’Ormesson)

« Unique. Irremplaçable. Le seul, à jamais, de mon espèce et de mon genre. Et d’une banalité à pleurer. A la façon de milliards d’êtres vivants, de toute les couleurs et … je serai passé dans ce monde. » (Jean d’Ormesson)

« Les ‘Pensées’ où l’homme est à la fois un ’imbécile ver de terre’ et toute la grandeur du monde, un rebut et une gloire, un ‘cloaque d’incertitude et d’erreur’ et le ‘dépositaire du vrai’, un ‘néant à l’égard de l’infini’, un ‘tout à l’égard du néant’ un ‘milieu entre rien et tout’. » (Jean d’Ormesson –  citant Pascal)

« Deux caractères, deux types d’homme, deux psychologies : l’homme-minorité et l’homme-masse, celui qui a une forte exigence vis-à-vis de lui-même … effort … fondateurs, êtres inventifs et créateurs ; à l’opposé, un produit inerte et agglutiné, né de l’agglomération et de l’homogénéisation, l’homme du commun, de la vulgarité et du radotage. » (José Ortega y Gasset – La révolte des masses)

« Être humain consiste essentiellement à ne pas rechercher la perfection, à être parfois prêt à commettre des péchés par loyauté, à ne pas pousser l’ascétisme jusqu’au point où il rendrait les relations amicales impossibles, et à accepter finalement d’être vaincu et brisé par la vie, ce qui est le prix inévitable de l’amour porté à d’autres individus. » (George Orwell)

« Il est dangereux de trop faire voir à l’homme combien il est égal aux bêtes, sans lui montrer sa grandeur. Il est encore dangereux de trop lui faire voir sa grandeur sans sa bassesse. Il est encore plus dangereux de lui laisser ignorer l’un et l’autre. » (Blaise Pascal)

« Je ne sais qui m’a mis au monde ni ce que c’est que le monde, ni ce que c’est que moi-même  … Je vois ces effroyables espaces de l’univers qui m’entourent et je me trouve attaché à un coin de cette vaste étendue sans que je sache pourquoi je suis plutôt placé en ce lieu qu’en un autre, et pourquoi ce peu de temps qui m’est donné à vivre m’est assigné à ce point plutôt qu’à un autre de toute l’éternité qui m’a précédé et de toute celle qui me suit … En voyant l’aveuglement et la misère de l’homme, en regardant tout l’univers muet, et l’homme sans lumière, abandonné à lui-même, et comme égaré dans ce recoin de l’univers, sans savoir qui l’y a mis, ce qu’il y est venu faire, ce qu’il deviendra en mourant, incapable de toute connaissance, j’entre en effroi comme un homme qu’on aurait porté endormi dans une île déserte et effroyable, et qui s’éveillerait sans connaître où il est, et sans moyens d’en sortir. » (Blaise Pascal)

« L’homme ne sait à quel rang se mettre. Il est visiblement égaré, et tombé de son vrai lieu sans pouvoir le retrouver. Il le cherche partout avec inquiétude et sans succès, dans des ténèbres impénétrables. » (Blaise Pascal)

« Deux choses instruisent l’homme de sa nature : l’instinct et l’expérience. » (Blaise Pascal)

« Que de natures en l’homme. » (Blaise Pascal)

« Une mouche bourdonne à ses oreilles; c’en est assez pour le rendre incapable de bons conseils. Si vous voulez qu’il puisse trouver la vérité, chassez cet animal qui tient sa raison en échec et trouble cette puissante intelligence qui gouverne les villes et les royaumes. Le plaisant Dieu que voilà ! » (Blaise Pascal)

« Un néant à l’égard de l’infini, un tout à l’égard du néant, un milieu entre rien et tout. » (Blaise Pascal) 

« L’homme est misérable de se croire grand et grand de se savoir misérable. » (Blaise Pascal)

« Si l’homme n’avait jamais été corrompu, il jouirait dans son innocence et de la vérité et de la félicité avec assurance ; et si l’homme n’avait jamais été que corrompu, il n’aurait aucune idée ni de la vérité ni de la béatitude. Mais, malheureux que nous sommes … nous avons une idée du bonheur, et ne pouvons y arriver ; nous sentons une image de la vérité, et ne possédons que le mensonge ; incapables d’ignorer absolument et de savoir certainement, tant il est manifeste que nous avons été dans un degré de perfection dont nous sommes malheureusement déchus. » (Blaise Pascal)

 « Nous travaillons incessamment à embellir et conserver notre être imaginaire, et négligeons le véritable. » (Blaise Pascal)

« L’homme n’est pas achevé, une part de sa propre création lui incombe. » (Louis Pauwels)

« L’être humain, de façon générale, n’est-il pas une sorte de charlatan vivant d’apparences et de mendicité émotionnelle ? » (Georges Picard)

« Pour l’homme dont l’être est ‘d’être un’, il vaut mieux être brouillé avec le monde entier qu’être brouillé et en contradiction avec soi-même. » (inspiré de Platon)

« L’être se manifeste de deux manières, sur un mode visible et sur un mode intelligible. » (Platon) – L’homme intermédiaire entre le sensible et l’intelligible.

« La condition humaine ne serait-elle pas de telle sorte qu’il n’y ait pas de bonne solution ? Toute action ne nous engagerait-elle pas dans un jeu que nous ne pouvons entièrement contrôler ?» (Merleau-Ponty – cité par Alain Finkielkraut)

« Je ne crois plus en l’homme. Selon moi il a gâché son affaire avant de se noyer dans cette essence toute différente qui s’appelle : les hommes …Pour en vouloir aux êtres, il faut en avoir attendu quelque chose. » (Robert Poulet) 

« L’homme vit avec cette terrible conscience que son pouvoir de destruction est plus grand que son pouvoir de construire. » (cardinal Joseph Ratzinger)

« Un individu est un atome vide. Une personne est un individu qui a vaincu ce vide … un atome  doté d’une vie intérieure. » (Robert Redeker)

« Que me fait cet homme, qui vient se placer entre l’humanité et moi ? … La vraie noblesse n’est pas d’avoir un nom à soi, un génie à soi, c’est de participer à la race noble … c’est d’être soldat perdu dans l’armée immense qui s’avance à la conquête du parfait. » (Ernest Renan – cité par Alain Finkielkraut) – Comment au XIX° siècle, on préparait les chemins des totalitarismes du XX°.

« L’homme est désespéré de faire partie d’un monde infini où il compte pour zéro. » (Ernest Renan)

« Les gens sont étonnants ; ils veulent qu’on s’intéresse à eux. » (Jules Renard)

« L’homme … doit être soulevé pour être transformé. » (Jean-Paul Richter)

« Nous sommes parfois aussi différents de nous-mêmes que des autres. » (La Rochefoucauld)

« Nous saurons qui nous sommes quand nous verrons ce que nous avons fait. » (Pierre Drieu la Rochelle)

« Cette structure fondamentale du réel, l’unicité, désigne à la fois sa valeur et sa finitude : toute chose a le privilège de n’être qu’une, ce qui la valorise infiniment, et l’inconvénient d’être irremplaçable, ce qui la dévalorise infiniment. Car la mort de l’unique est sans recours : il n’y en avait pas deux comme lui ; mais une fois fini, il n’’y en a plus. Telle est la fragilité ontologique de toute chose venant à l’existence : l’unicité de la chose qui constitue son essence et fait son prix, a pour contrepartie une qualité ontologique désastreuse, jamais plus qu’une très faible et très éphémère participation à l’être. » (Clément Rosset – bien plus général que sur l’Être humain)

 « L’assomption jubilatoire de soi-même, la présence véritable de soi à soi, implique nécessairement le renoncement au spectacle de sa propre image … Et c’est au fond l’erreur mortelle du narcissisme que de vouloir non pas s’aimer soi-même avec excès, mais tout au contraire, au moment de choisir entre soi-même et son double, de donner la préférence à l’image. Le misérable secret de Narcisse, une attention exagérée à l’autre … Le narcissique souffre de ne pas s’aimer : il n’aime que sa représentation. S’aimer d’amour vrai implique une indifférence à ses propres copies, telles qu’elles peuvent apparaître à autrui … A la différence du héros romantique qui ne vit que pour autant que sa vie est garantie par la visibilité de son reflet, fuir le double, objet du témoignage extérieur et garant d’existence (fictive), abandonner son image, fardeau pesant et paralysant, au profit du soi en tant que tel … L’angoisse de voir disparaître son reflet est liée à l’angoisse de savoir qu’on est incapable d’établir son existence par soi-même … Si je ne me retrouve pas en moi-même, je me retrouverai encore moins bien en mon écho. Il faut que le soi suffise, si maigre semble-t-il ou soit-il en effet … ‘On ne se refait pas’. » (Clément Rosset)

« L’homme étouffe dans l’homme. » (Jean Rostand)

« C’est en un sens à force d’étudier l’homme que nous nous sommes mis hors d’état de le connaître. » (J. J. Rousseau)

« La spécificité de l’homme n’est pas dans la vie sociale, ni même dans le langage comme signalisation ou communication ; elle est dans l’emploi du langage, non pour ‘parler à…’, mais pour ‘parler de…’ » (Raymond Ruyer)

« La ‘distance psychique’. Un certain débrayage qui a mis hors circuit la fonction pratique des vocalisations. Les mots employés n’ont plus que leur valeur d’évocation mentale. L’homme voit les objets ‘à distance’. Il leur retire toute puissance d’appel direct à ses réflexes d’adaptation … Alerte ! ou bien ‘j’ai dit alerte’ en évoquant un épisode passé. » (Raymond Ruyer) – Distanciation caractéristique de l’animal humain.

« Nous sommes dans le monde humain dés qu’il y a des sens et des valeurs stables, détachés de la physiologie humaine … L’homme est un animal sans ‘umwelt’, un animal qui a prolongé son domaine vital jusqu’à un monde total (religieux éventuellement). » (Raymond Ruyer) – Umwelt : notion de milieu naturel, forcément limité, de niche écologique indispensable à la survie, où le monde de la perception est étroitement ajusté au monde de l’action nécessaire.

« La vieille classification des hommes, chère aux anciens gnostiques : les ‘hyliques’ (matérialistes) – les ‘psychiques’, qui vivent par l’âme – les ‘pneumatiques’, qui vivent par l’esprit, garde une certaine vérité si on la dépouille des mythes adjoints et si l’on se souvient surtout que tout homme est corps, âme et esprit. Tout homme veut manger à sa faim, être bien vêtu, être logé dans le confort ; tout homme veut aussi se sentir bien au chaud dans une communauté vivante ; et tout homme enfin a besoin d’un idéal, religieux ou politique, au-delà même du bonheur quotidien. » (Raymond Ruyer)

« L’existence précède l’essence : Cela signifie que l’homme existe d’abord, se rencontre, surgit dans le monde, et qu’il se définit après. Il n’est d’abord rien, il ne sera qu’ensuite et il sera tel qu’il se sera fait … Il n’y a pas de nature humaine puisqu’il n’y a pas de dieu pour la concevoir. » (Jean-Paul Sartre) – Définition de l’existentialisme. Pleine liberté, pleine responsabilité : épreuve suprême, insupportable ?

« L’homme est l’être qui peut dire non. » (Max Scheler)

« Hors la reconnaissance d’un système symbolique, d’un ensemble extérieur et cohérent de significations … d’un petit nombre d’éléments imposés et au nom desquels on pense et on vit, un sujet n’est plus un sujet. Être sujet, c’est voir bornée la part des droits et des choix, et se situer face à autrui dans un rapport  de dette et de devoirs … On ne peut être sujet que d’un Autre, un sujet de ‘soi-même’ n’est pas un individu, c’est un fou. » (Michel Schneider)

 « Ce qu’on est : la personnalité dans son sens le plus étendu (santé, force, beauté, tempérament, caractère moral, intelligence…) – Ce qu’on a : propriété et avoir de toute nature – Ce qu’on représente : la manière dont nous existons dans la représentation des autres, leur opinion à notre sujet (honneur, rang, gloire…) … L’influence sur le bonheur ou le malheur des différences de la première catégorie que la nature a elle-même établies sera plus essentielle et plus pénétrante que celles des différences provenant des règles humaines, des deux autres catégories. » (Schopenhauer)

« L’individu est l’obstacle que tout système révolutionnaire doit surmonter, et que toute idéologie doit détruire. Son attachement aux particularités et aux nécessités ; sa tendance gênante à rejeter ce qui a été imaginé pour son bien-être ; sa liberté de choix, ainsi que les droits et devoirs par lesquels elle s’exerce ; autant d’obstacles aux révolutionnaires consciencieux qui s’efforcent de mettre en place leurs plans quinquennaux. D’où la nécessité d’exclure l’individu du choix politique. La novlangue préfère parler de ‘forces’, de ‘classes’ et de marche de l’Histoire… » (Roger Scruton)

« L’homme, ce trop connu. » (Louis Scutenaire)

« Je ne sais qui je suis, je ne sais qui je sais :

« Une chose et non une chose, un point nul et un cercle. » (Angelus Silesius)

« Refuser de mûrir, refuser de vieillir, c’est refuser de s’humaniser. L’humanisation passe par le relâchement du masque, par son amollissement. Refuser de mûrir, c’est en somme refuser de devenir humain. » (Christiane Singer)

« Le discours hygiénique et pseudo-scientifique … qui ne retient de tout un poème que la composition chimique du papier sur lequel il se trouve imprimé. » (Christiane Singer)

« Ce qu’Heidegger a appelé le ‘miracle des miracles’, la prise de conscience que l’étant ‘est’ ; le terme ‘est’ désignant ici à peu près l’ouverture pour l‘être humain qui n’oublie pas qu’il est-dans-le-monde d’une manière exposée, mais refusant de s’arrêter à ce  constat comme s’il s’agissait d’un événement indépassable … La mémoire collective a raison de retenir le mois d’’août 1945 comme la date de l’apocalypse physique (bombardement atomique sur le Japon) et le mois de février 1997, où fut rendue publique l’existence du mouton cloné, comme le date d’une apocalypse biologique. » (Peter Sloterdijk) – Le miracle des miracles heideggerien : l’entrée dans la ‘clairière’ … l’être échappant à l’indéterminé … L’hominisation : sortie dans la ‘clairière’ … La sortie de ‘l’homo sapiens’ dans l’ouvert, ou l’extraversion humaine … C’est l’usage de la pierre qui a inauguré la prototechnique humaine (le jet et la frappe par un moyen externe dur), émancipation de l’être vivant de la contrainte du contact corporel avec des présences dans l’environnement, remplacement du contact physique direct, évitement positif, (contrairement à la fuite, évitement négatif) qui se transforme en un savoir-faire, production d’un effet … La triade du lancement, du coup et de la découpe ouvre une fenêtre dans laquelle des productions peuvent apparaître … Conquête de la distance naturelle par laquelle survient simultanément un premier franchissement de l’anneau formé par l’environnement, en direction de l’ouverture au monde … Avec chaque succès obtenu, dit et stocké, la distance entre le pré-homme et son environnement s’accroît … Les organismes des pré-sapiens sont libérés de la contrainte de s’adapter corporellement à l’environnement extérieur … Si l’on peut dire ‘il’ y a l’homme, c’est parce qu’une technique l’a fait surgir de la pré-humanité» (Peter Sloterdijk – considérations éparses sur le concept heidegerrien de clairière  comme espace d’ouverture et suite) – Autant que j’ai compris !

« L’un des traits caractéristiques de la condition humaine est de placer les hommes devant des problèmes trop lourds pour eux, sans qu’ils puissent décider de ne pas y toucher en raison de leur poids … Provocation de la nature humaine par l’inévitable, qui est simultanément le non maîtrisable. » (Peter Sloterdijk) – La mort, l’origine et le pourquoi… les découvertes scientifiques et le pouvoir ainsi conféré.

 « Avancement risqué du moment de la naissance et retard immensément accru du moment où l’on devient adulte (payé jusqu’à une période récente d’une mortalité infantile très élevée) … La luxuriance de l’évolution cérébrale est, entre autres, responsable de ce courant et peut partiellement s’expliquer par les primes élevées accordées par l’évolution à la croissance de l’intelligence (plus, en nourriture, l’accès aux protéines animales). Elle conduit à une augmentation remarquable du volume cérébral … à une croissance crânienne intra-utérine, dont l’effet secondaire immédiat est la contrainte de mettre au monde de manière prématurée … Cérébralisation et prématurité sont liées l’une à l’autre par une causalité circulaire. Elles sont conditionnées par le fait que la sphère de groupe stabilisée est en mesure de remplir sur une longue durée les fonctions d’utérus externe, de couveuse de groupe … compensant ainsi le déficit utérin du nouveau-né (l’enfant humain aurait besoin de vingt et un mois, s’il devait atteindre dans le ventre de sa mère l’état de maturité qu’ont les primates à leur naissance. Or, il doit naître au bout de neuf mois au plus tard afin d’utiliser sa dernière chance de passer par l’ouverture du bassin maternel) … La plus grande partie, et de loin, de la formation et de la structuration du cerveau humain se déroule en situation extra-utérine. Ainsi, l’attente et l’ouverture à l’information ultérieure postnatale et historique prend définitivement le dessus sur l’inné et l’apporté. » (Peter Sloterdijk) – « Chaque enfant à sa naissance est prêt à apprendre n’importe quelle langue. » (?)

« Nombreux sont les ‘deîna’ de la nature, mais de tous le plus ‘deînon’ c’est l’homme … Maître d’un savoir dont les ingénieuses ressources passent l’espérance, tantôt il prend la route du mal, tantôt celle du bien. » (Sophocle – Antigone – cité par Myriam Revault d’Allones) – Deîn. : terreur, effroi, excès, mais aussi ingéniosité, étonnant, effrayant, admirable, voire monstrueux.

« Multiple l’inquiétant, rien cependant

« Au delà de l’homme, plus inquiétant… » (Sophocle – Antigone – cité par Martin Heidegger) 

« L’homme est un entre-deux : entre ciel et terre. Enlevez l’un, vous perdez l’autre. Pire : enlevez l’un, vous perdez l’homme. Vous en faites l’ange qu’il n’est pas ou le bétail d’un régime totalitaire. » (Martin Steffens)

« Marque de la démarcation entre l’humain et le reste de la création : – ‘Seul l’homme possède le langage’ (axiome grec) – ‘Seul l’homme possède la raison’ (axiome cartésien) – ‘Seul l’homme, pour déchu qu’il soit, est conscient de cette chute et d’une éventuelle rédemption’ (saint Augustin) – ‘Seul l’homme peut anticiper et penser sa mort’ (Montaigne, Pascal…). » (George Steiner) – « L’homme est le seul animal qui fasse du feu, ce qui lui a donné l’empire du monde. » (Rivarol)

« La perfection de ce temple est telle que je sais maintenant que les dieux ont visité l’homme. » (Goethe, devant le temple de Segeste, en Sicile) – « Devant Chartres, je sais maintenant que Dieu a rendu visite à l’homme. » (Henry Adams) (les deux cités par George Steiner)

« Le mystère de la coexistence dans l’animal humain de ce qu‘il y a de plus haut comme puissance, imagination, fiction et de plus bas comme conduite morale, pratique, empirique reste un dilemme énorme. » (George Steiner)

« Pour connaître l’homme, il suffit de s’étudier soi-même ; pour connaître les hommes, il faut les pratiquer. » (Stendhal)

« On ne vient pas qu’une seule fois au monde. » (Jack Sullivan)

« Jusque dans ses joies inconsidérées l’être humain fait pitié. » (Edmond Thiaudière)

« L’homme a un beau et un vilain côté. Les philanthropes le regardent du bon côté , les misanthropes du vilain. Mais ceux qui veulent réellement le connaître le regardent de face. » (Edmond Thiaudière)

« L’homme est un homme et il n’est qu’un homme : on n’arrive jamais à se persuader pratiquement de cette évidence. On attend de l’homme autre chose que de l’humain. Les faux idéals, avec les déceptions et les blasphèmes qui en résultent, n’ont pas d’autre source : on ne se résout pas à voir l’homme agir seulement en homme. Faut-il qu’on se souvienne inconsciemment de la filiation divine, de ‘l’image de Dieu’ ! » (Gustave Thibon)

« Hommes actuels. – Masqués ? Oui, mais non comme jadis. Autrefois on trouvait des masques sur les visages. Aujourd’hui, le masque est entré dans le visage, il se confond avec le visage. On est faux spontanément, naturellement. On ne joue plus la comédie, on ne fait plus le pantin, on est comédie, on est pantin. » (Gustave Thibon)

« Besoins de l’homme : Leur urgence est inversement proportionnelle à leur qualité. Nécessités d’évacuation et faim, pulsions sexuelles et tendresse, entraide matérielle et charité. Et que dire de la contemplation et de la prière qui peuvent attendre indéfiniment sans dommage apparent ? » (Gustave Thibon)

« L’homme ne peut se penser et se conduire qu’en se dédoublant : il dépend de lui que ce double soit son juge ou son complice. » (Gustave Thibon)

« Le ‘moi’, siège de la conscience et de la liberté est plus faible que le ‘ça’, siège des pulsions. ‘Mais il le sait’. Et cette conscience d’être le plus faible lui dicte le devoir d’être le plus fort. » (Gustave Thibon)

« Dés l’instant que nous admettons des degrés dans l’être, dés l’instant que nous nous donnons un but, si humble ou si bas soit-il, à notre vie et que nous jugeons telle chose préférable à telle autre, nous dépassons l’existence pour nous élever jusqu’à l’essence. Tous les jugements de valeur sont des jugements d’essence : ils se réfèrent à une idée universelle, à un modèle éternel. » (Gustave Thibon)

 « ‘L’homme désire toujours autre chose qu’exister’ … Il désire reproduire un idéal, incarner une essence, réaliser une valeur … Dés l’instant que nous admettons des degrés dans l’être, dés l’instant que nous nous donnons un but, si humble ou si bas soit-il, à notre vie et que nous jugeons telle chose préférable à telle autre, nous dépassons l’existence pour nous élever jusqu’à l’essence. Tous les jugements de valeur sont des jugements d’essence : ils se réfèrent à une idée universelle, à un modèle éternel … L’essence est par définition universelle, nécessaire et parfaite ; l’existence est en fait  individuelle, contingente et incomplète. Tout le drame humain tient à ce que l’essence et l’existence ne coïncident pas : aucun homme n’incarne en lui l’humanité. » (Gustave Thibon – citant Simone Weil) – Contre l’existentialisme qui supprime idéal, essence et valeur, et du même coup tout principe d’action et de lutte, prétendant délivrer et exalter l’être concret, il le réduit à sa détermination la plus abstraite, l’existence anonyme à la lisière du néant.

« La socialité n’est pas un accident ni une contingence : c’est la définition même de la condition humaine … Le besoin d’être regardé, le besoin de considération … Nous avons un besoin impérieux des autres, non pour satisfaire notre vanité, mais parce que, marqués d’une incomplétude originelle, nous leur devons notre existence même. » (Tzvetan Todorov) – Nul ne peut se regarder, se contempler, physiquement en entier !

« L’homme est semblable à ces blessés au cours d’un tumulte ou d’une émeute qui demeurent debout aussi longtemps que la foule les soutient en les pressant, mais qui glissent à terre dés qu’elle se disperse. » (Michel Tournier)

« La traditionnelle idée chrétienne selon laquelle il n’y a pas de raison d’attendre de changement dans la nature humaine pécheresse … La proportion de péché originel et de bonté naturelle  dans les individus restera, en moyenne et  à peu de chose près, ce qu’elle a toujours été …  Aussi loin que remonte notre information, il n’y a pas eu de variation perceptible dans l’échantillon moyen de la nature humaine dans le passé. » (Arnold Toynbee) – Auteur, qui ne pouvait penser, en 1947, aux perspectives effroyables dues à la monstruosité des manipulations du transhumanisme, soit de la fin de l’humanité (si le dérèglement climatique ne précède pas notre folie)

« Chacun de nous est le confluent d’une éternité et d’une immensité. » (Miguel de Unamuno)

« Nous sommes enfermés hors de nous-mêmes. »  (Paul Valéry)

« Tantôt je pense, tantôt je suis. » (Paul Valéry)

« Je suis excédé d’être une créature. » (Paul Valéry) 

« Les hommes se distinguent par ce qu’ils montrent et se ressemblent par ce qu’ils cachent. » (Paul Valéry)

« Nous sommes la totalité de ce que nous avons vécu. » (Bertrand Vergely)

« La terre nous rappelle que nous avons une origine. Le ciel, que nous avons un devenir. Si le devenir sans une origine est vide, une origine sans devenir est aveugle. » (Bertrand Vergely) 

« D’où vient l’homme ? Généralement c’est d’une bouche de métro … Il se prouve par le chapeau mou qui le distingue des autres primates. » (Alexandre Vialatte)

« L’homme n’échappe aux lois de ce monde que la durée d’un éclair. Instants d’arrêts, de contemplation, d’intuition pure, de vide mental, d’acceptation du vide moral. » (Simone Weil)

« En créant l’homme, Dieu a quelque peu surestimé ses capacités. » (Oscar Wilde)

« L’humain n’a d’autre essence que son désir, d’autre limite que son compte en banque. La loi n’a plus qu’à en aménager les modalités. » (ouvrage collectif des Veilleurs : Nos limites)

« L’homme pense, Dieu rit. » (proverbe yiddish) – Petitesse prétentieuse de l’homme.

« Être homme est facile ; être un homme est difficile. » (proverbe)

« Les rayures de l’homme sont à l’intérieur, celles du tigre sont à l’extérieur. » (proverbe)

« Grattez le Russe, vous trouverez le Cosaque, grattez le Cosaque, vous trouverez l’ours. » (adage russe, qui ne s’applique pas qu’aux Russes)

« L’Être est un mélange de fourmi et de lion. » (?)

« Nous sommes nés capables de devenir ce que nous voulons. » ( ?) – Prétention.

« Celui qui importe n’est pas celui qui a été‚ mais celui qui est devenu. » (?)

« L’homme est le seul animal qui distingue l’eau plate de l’eau bénite. » (?)

« Animal assis, qui contemple un écran. » (?) – L’Être occidental moderne.

Ci-dessous, extraits de l’ouvrage de Dany-Robert Dufour, On achève bien les hommes, sur l’inachèvement de l’homme et ses deux natures

« L’existence intra-utérine de l’homme apparaît relativement raccourcie, l’enfant d’homme est jeté dans le monde plus inachevé que les autres animaux … Cette prématuration spécifique de l’homme se solde par l’allongement du maternage et un développement sexuel ralenti (en deux temps, séparés par une longue période de latence) … Cet animal, non fini, à la différence des autres animaux, doit donc se parachever ailleurs que dans la première nature, dans une seconde nature, généralement appelée culture … ‘L’homme ne naît pas homme, il se fabrique tel’ (Erasme) … Il est l’artisan de son propre destin, il n’est pas soumis à un supradéterminisme aveugle … Si Dieu a fait l’homme incomplet, c’est pur qu’il fasse jouer son libre arbitre et sa raison (d’après Pic de la Mirandole) … ‘La nature semble s’être complue à l’égard de l’homme dans sa plus grande économie et elle a mesuré au plus juste, avec parcimonie, sa dotation animale’ (Kant) … ‘Chaque animal est ce qu’il est ; l’homme seul, originairement n’est absolument rien’ (Fichte) … ‘Si les humains naissaient humains comme les chats naissent chats, il ne serait pas possible de les éduquer, qu’appellera-t-on humain dans l’homme, la misère initiale de son enfance ou sa capacité d’acquérir une seconde nature ?  (Jean-François Lyotard) … L’homme n’a pas d’instinct, il arrive au monde inachevé … L’homme est un ‘néotène’, soit un être qui a perdu sa première nature et se trouve contraint d’en inventer une seconde … Le mythe de Prométhée, récit qui narre l’inachèvement de l’homme et qui exalte son accomplissement … fût-ce en s’affranchissant de Dieu … Non fini, il devient un être d’une extrême plasticité, capable de s’adapter aux situations les plus diverses … Il n’habite pas dans l’espace puisqu’il n’est adapté nulle part, il n’habite pas l’instant puisqu’il y est toujours insuffisant (son temps est élargi, passé, avenir) … L’espèce la plus inapte (contre-exemple à la loi darwinienne), le triomphe d’une espèce qu’on peut qualifier de débile, qui a réussi au-delà de toute mesure … inventant des fictions pour pouvoir vivre (Dieu en place de mâle dominant, le peuple, la nation, le prolétariat, la fiction humanité… la métaphysique greffée sur un défaut de l’homme pour y obvier), le désir de ce petit sujet pour la soumission, pour les grands Sujets garantissant son existence, dont il a besoin pour être sujet (les grands récits de légitimation, récits religieux ou récits politiques) en voie d’épuisement le livrant ainsi à lui-même … Peut-on se passer de Tiers ? »

« La seconde nature est désormais susceptible de remanier la première … Puisque le Marché implique la fin de toute forme d’inhibition symbolique (c’est-à-dire la fin de la référence à toute valeur transcendantale au profit de la seule valeur marchande) rien ne pourra empêcher que l’homme s’affranchisse de toute idée prétendant le maintenir à sa place et qu’il sorte de sa condition ancestrale dès qu’il en aura les moyens. » (Dany-Robert Dufour- autour de tout ce qu’englobent les manipulations génétiques)

« Nèoténie : du fait de son inachèvement, l’homme serait un être intrinsèquement prématuré, dépendant de la relation à l’autre, d’où la substitution nécessaire de la Culture à la Nature propre à cette espèce, et sa place particulière dans l’histoire de l’évolution, l’homme se réappropriant le monde par la parole, la croyance symbolique et la « création prothétique », c’est-à-dire la technique … Le paradoxe de la « débilité » naturelle de l’humanité au regard de sa prétendue supériorité évolutive pourrait être expliqué par une hypothèse encore plus audacieuse : par son essence inachevée et naturellement indéterminée à la naissance, l’homme jouirait d’une supériorité sélective du fait de l’extraordinaire plasticité des adaptations culturelles au regard de la sélection naturelle … La technique et la culture se substituant à la programmation instinctuelle des autres animaux, créent la possibilité d’adaptations beaucoup plus rapides que celles permises par le processus darwinien de sélection naturelle, fondé sur la transmission des caractères génétiques. Cette disposition implique en contrepartie l’extrême vulnérabilité des petits humains et leur longue dépendance vis-à-vis des sujets adultes, la socialisation constituant une étape nécessaire, longue et coûteuse en énergie, à la formation d’individus viables et autonomes. » (Wikipédia)

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Le paraître

« ‘Il m’a semblé plus pertinent de suivre la vérité effectuelle des choses’ … La vérité ‘effectuelle’ qui s’oppose à la spéculation métaphysique, pour se concentrer sur ‘l’effectif’, c’est-à-dire sur  ce dont nous pouvons faire l’expérience par ses effets dans la réalité. » (Agnès Cugno – sur une approche d’une forme de la vérité selon Machiavel) –« Cette notion de ‘vérité effectuelle’ renforce cette idée que le ‘paraître’ est selon l’expression de Maurice Merleau-Ponty ‘le lieu et en somme la vérité’ paradoxale du politique. » (même auteure)

« On souffre toujours tôt ou tard du gouffre séparant ce que l’on est véritablement de ce que l’on s’efforce de paraître aux yeux d’autrui. » (Jean Dutourd – sur André  Breton, devenu dupe de son personnage)

« Être et paraître devinrent deux choses tout à fait différentes, et de cette distinction sortirent le faste imposant, la ruse trompeuse, et tous les vices qui en sont le cortège … ‘L’amour de soi qui ne regarde qu’à nous est content quand nos vrais besoins sont satisfaits ; mais l’amour-propre qui se compare, n’est jamais content et ne saurait l’être parce que ce sentiment, en nous préférant aux autres, exige aussi que les autres nous préfèrent à eux, ce qui est impossible.’  L’amour-propre, c’est précisément la perte de toute propriété, l’hémorragie du moi, la soumission intégrale de l’être au regard et au jugement des autres. » (Alain Finkielkraut – citant J. J. Rousseau et commentant les Carnets du sous-sol de Dostoïevski)

« Qui sont nos héros ?  Les présentateurs de télé, à la blancheur Colgate ? … Tapie-la-frime pour son génie de l’entreprise … Nous assistons à une effrayante inversion des valeurs, faux penseurs, savants bidons, chanteurs nuls, imposteurs en tout genre : il est dans la nature même du monde de l’image, c’est-à-dire du ‘paraître’, de propulser en avant les escrocs médiatiques, les ‘malfaiteurs des apparences’. » (Jean-Edern Hallier)

« Aux fous de Dieu auront succédé les fous d’eux-mêmes, ces hommes qui auront substitué à la vieille dialectique de l’être et de l’avoir celle du paraître. » (Jean-Edern Hallier) – Depuis, sont apparus de nouveaux fous de Dieu, qui ne se soucient guère de l’être des autres.

« Le naturel, voilà l’ennemi, voilà le faux. Le réel, voilà ce qui s’en va … Avec la disparition de la Nature, c’est la seconde mort de Dieu qui s’accomplit … le corps est trop réel pour être plus longtemps toléré. Aucune dépense ne sera de trop pour apprivoiser, captiver, supporter ce réel … Fuite devant le spécifique, devant tout ce qui était le propre de l’espèce humaine, enracinement, attachement, héritage, appartenance, transmission sommé de céder devant le soleil rayonnant du moi indéterminé, indéfiniment mobile, flexible et désengagé … Mieux vaut supprimer le réel, toujours incorrect, pour y substituer sa représentation, toujours soumise … fluide, lisse, sans aspérités ni gros mots … Rabotage du monde … La quête de l’indétermination s’exprime avec une vigueur singulière dans le domaine des particularités physiques marquant une appartenance ou dénonçant une origine… Sortir l’espèce humaine de la malédiction de la maladie, de la souffrance et de l’accident. Que plus rien d’humain n’échappe au champ du droit, du vouloir et du savoir … Miss X est d’abord l’élue de l’indétermination, programmée pour être la miss d’un monde de nulle part, élue rêvée d’une planète démocratique. » (Hervé Juvin – L’avènement du corps)

« ‘Keep smiling’, le rire de l’homme moderne qui revêt son rire comme un masque sans lequel il serait inacceptable dans la société et n’aurait de ce fait aucune chance de succès … Qui rit selon le rire de l’époque moderne ne le fait pas parce que telle est son humeur, mais parce que le public et la position sociale de la personne exigent la grimace nommée ‘keep smiling’ … Si les hommes veulent être ils doivent paraître, plus parfaits ils paraissent, et plus ils sont ; plus parfaite est leur apparence et plus ils sont réels, et plus réelles et importantes sont les places qu’ils occupent. Ce n’est pas être qui est essentiel, c’est paraître : celui qui paraît, est aussi. A qui paraît être sage, l’on attribue la sagesse … Celui qui se lamente sur le sort des enfants d’Amérique du Sud éveille l’impression que leur sort lui tient vraiment à cœur et que ses lamentations sont déjà le début d’une aide réelle. » (Karel Kosik)

« Pour un prince il n’est pas nécessaire d’avoir en fait toutes les qualités, mais il est tout à fait nécessaire de paraître les avoir. Je dirai même ceci : si on les  a et  qu’on les observe toujours, elles sont néfastes ; si on paraît les avoir, elles sont utiles. » » (Machiavel – Le Prince

« La soif de paraître est une passion terrible qui détruit l’humanité dans l’homme. Elle est insatiable. Elle assèche la source intérieure. » (Hélie de Saint Marc)

« ‘Elle avait oublié son moi, elle avait perdu son moi, elle en était libérée ; et là il y  avait le bonheur’ (Milan Kundera) … Elle se sent délivrée, lavée de ‘la saleté de son moi’ : les soustractions successives , enfin, aboutissent à zéro … ‘Comme un voyageur qui a fait abandon de son bagage et marche à l’aventure, sans souci de ce qu’il laisse après soi ‘(Paul Valéry) … Dans un monde apaisé, accordé, débarrassé de tout manque et de tout conflit et dans lequel l’être éprouve qu’il réalise pleinement sa nature … L’apaisement n’est pas de se hausser au-dessus du monde, il n’est pas de se replier sur soi. Il est, simplement, de jeter les armes et de disparaître : de consentir à être mortelle. » (François Ricard – analysant L’immortalité de Milan Kundera)

« Nous gagnerions plus de nous laisser voir tels que nous sommes, que d’essayer de paraître ce que nous ne sommes pas. » (La Rochefoucauld)

« Rien n’empêche tant d’être naturel que l’envie de le paraître. » (La Rochefoucauld)

Ci-dessous, extraits d’un petit livre de Renaud Camus, Eloge du paraître, lequel paraître dépasse l’être, le masque opportunément, valorise les apparences.

« Le ‘vertueux vient toujours ‘comme il était. D’ailleurs ‘il est comme il est’. C’est sa devise, c’est sa carte de visite, c’est sa formule magique … Il adhère à l’idéologie du ‘sympa’ … ‘Être soi-même’, idéal officiel de tout citoyen sympathique en société culturellement petite-bourgeoise … Les champions de l’être, Rousseauistes par excellence. L’être est pour eux le ‘bon sauvage’. Ils ont raison au moins sur l’un des termes … Le paraître est du côté de la civilisation … c’est lui qui l’a créé. L’homme est sorti de la barbarie le jour où il a commencé à se soucier du regard de l’autre sur lui et de l’opinion qu’on pouvait entretenir à son sujet, en face … le jour où il est sorti de l’être … L’important, c’est ce que je pense moi, et de me sentir comme j’ai envie de me sentir … ‘Rien à fout’ dit-il volontiers, ‘rien à fout’ de ce que pensent les autres … Ils répugnent absolument à s’adapter aux circonstances. Ils n’ont qu’un seul langage pour tous les interlocuteurs, une seule tenue pour toutes les heures, une seule règle quoi qu’il arrive, la fidélité rigoureuse à leur moi bien-aimé … L’ëtre est littéral, militant, péremptoire. Le paraître est littéraire, ironique, détaché … Renoncer à ce que l’on est, ce peut être discrétion, délicatesse, modestie, courtoisie, politesse, usage du monde … c’est consentir au jeu social : par dédain, peu-être, par civisme éventuellement, au mieux par souci d’exercice spirituel … Le paraître n’est qu’une défroque mais qui a l’immense mérite d’assurer un peu de compréhension et de paix … au moins le paraître qui n’est pas un vulgaire substitut,  imposture … le bon qui affiche sa qualité de paraître, de ‘moins que l’être’, de simple instrument … ‘moins être de chacun’ au profit du ‘plus être de tous’ … Le paraître est une structure, alors que l’être, lui, est soumission au temps … La régnante idéologie du ‘sympa’ encourage chacun à être soi-même autant que faire se peut, à se présenter dans les tenues les plus excentriques ou les plus relâchées, à faire parade de ses moindres opinions, convictions, émotions, la grande loi est celle de ‘naturel’ … non pas le naturel de longue conquête, celui que confèrent l’aisance acquise, la timidité vaincue … Tout paraître s’est vu renié partout (foin des uniformes et même des chemisiers stricts et des cravates de jadis) … Vous pensez traiter avec une institution, vous faites face à un T-shirt historié (et irresponsable) … Parmi les adversaires du paraître sont le ‘commode’ et le ‘plus pratique’ ainsi que le ‘plus simple’ et le ‘plus confortable’ … On calomnie les apparences. On les donne immanquablement pour trompeuses. Sous prétexte qu’elles ne disent pas toujours la vérité, on les accuse de mentir sans cesse … Or elles parlent bien plus souvent qu’elles ne fourvoient … La vie de l’esprit émet des signes … elle laisse des traces sur les visages, dans les attitudes, jusque dans la mise ; son absence encore bien davantage … Les apparences, elles, sont honnêtes. Elles n’ont rien à cacher, puisqu’elles sont tout entières dans le visible … Décrypter les apparences, c’est un don, mais c’est aussi un exercice … La première lettre qu’on reçoit de quelqu’un (son enveloppe même), il n’est même pas besoin de la lire pour savoir, à peu près, à quel genre de personne … Le champion de ‘l’être soi-même’, et toute l’idéologie du ‘sympa’ avec lui, récuse, quant à sa propre personne, la pertinence du jugement d’autrui, et même de son opinion … C’est par le paraître que l’être tient au monde. Le paraître est l’enchantement du monde. »



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