220,1 – Discrétion / Indiscrétion ; Exhibitionnisme / Voyeurisme ; Secret ; Transparence ; Dénonciation, Délation

-Nous vivons le triomphe d’Asmodée, le démon qui soulevait les toits pour regarder à l’intérieur des maisons, ou celui, plus moderne, des fouilleurs de poubelles.

– Discrétion : soit élégante réserve (savoir se tenir à bonne distance d’autrui, respecter ses aises, son occupation du moment, son mutisme…), soit confidentialité (secret).

– Plus de mystère, on sait tout. Quel ennui profond, quelles haines vont s’accumuler. 

« Qui n’a rien à cacher, n’a rien à montrer. » (?)

– Est-il bon de tout savoir ? Plus exactement de croire qu’on sait tout alors qu’aucune vie n’est transparente.

– Déballages, étalages, impudeur, vulgarité, indécence et obscénité, ennui et saletés…

– « De nos jours, tout s’étale : les amours, bien sûr, les haines, les bassesses. Oui, l’absolu de l’intime s’en est allé, laissant le champ libre à un exhibitionnisme qui de plus, pour beaucoup, va de soi. » (Lucien Jerphagnon) – « L’impudeur, l’expression de ceux qui n’ont rien à dire. » (Ivan Rioufol)

– « La transparence, outil de tous les totalitarismes. Mettez-vous à poil, afin que rien ne m’échappe, et surtout pas vote liberté et votre être.-  « Abandon du statut de personne, serviteur/ zombi d’une Etat providence ou d’une idéologie dominante qui  le mène par le bout du nez. » (Chantal Delsol)

– La dictature de la transparence est établie pour répandre encore plus l’hypocrisie et la tromperie ainsi qu’accessoirement pour déstabiliser et culpabiliser l’individu. « Parce que son action consiste à feindre (il ne peut faire autrement), il ne sait plus qui il est. » (Chantal Delsol) – « Société de transparence : société de surveillance générale. » (?)

– Le secret, fortifiant de solidarité, quand il ressort d’un environnement populaire, élément du ‘quant à soi’, peut être un élément de résistance (de la société, des réseaux divers, de la famille réseau fermé par excellence…) contre les empiètements autoritaires du pouvoir. « Les régimes totalitaires ont d’ailleurs tous pour point commun de chercher à étendre leur contrôle sur la vie privée des individus et à abolir la barrière du secret. » (Patrick Poivre d’Arvor, Eric Zemmour)

– Quand il est à l’œuvre au sein des couches sociales dominantes s’affirmant les garants de la plus pure moralité (grands commis de l’Etat, haute intelligentsia, journalistes d’opinion et autres grandes consciences…) le secret couvre un mécanisme de ruse étroitement apparenté à l’illégalisme, au favoritisme, à l’édification de privilèges (tiré, modifié, de Michel Maffesoli) – C’est ainsi, (entre mille exemples) que les réseaux anglo-saxons et leurs laquais européens (Jean Monnet, Jacques Delors, Pascal Lamy…), souvent socialistes, ont asservi les Européens.

– Fort opportunément, la dictature de la transparence s’arrête là où il faut (revenus et retraites des ministres, présidents des comités truc et machin…) ou bien là où commencent les problèmes (statistiques inopportunes, potentiellement stigmatisantes suivant le jargon officiel).

– Effets pervers de la transparence : on croyait limiter les salaires exorbitants des PDG des grands groupes en les publiant. C’est le contraire qui s’est produit, suivant des effets de comparaison, Si Untel ne vaut que tant, alors c’est qu’il n’est pas très bon ! Même inflation dans le sport (football notamment) et certainement dans bien d’autres secteurs plus discrets.

– Avec l’outing (méthode anglo-saxonne pour forcer quelqu’un à avouer ses goûts pour les hommes ou les femmes), on atteint aux limites de l’immonde chantage.

– Avec la fameuse Parole libérée, on peut parfois sentir s’exprimer  le vulgaire intérêt, le narcissisme, toujours exhibitionniste, parfois la manipulation, et même  jusqu’à la haine – « La parole libérée : la dénonciation officialisée. » (?)   

– « Il y  a des choses qu’on détruit en les montrant. » (Emil Cioran)  

– « Je viens d’un coin d’Europe où les débordements, le débraillé, la confidence, l’aveu immédiat, non sollicité, impudique est de rigueur, où l’on connaît tout de tous, où la vie en commun se ramène à un confessionnal public, où le secret précisément est inimaginable et où la volubilité confine au délire. » (Emil Cioran) – Heureusement pour lui, l’auteur est mort avant que la France ne surpasse son pays d’origine, avec encore plus de débraillé, de vulgarité, d’exhibitionnisme, et avec moins d’excuse.

« Pourquoi une police quand chacun est le flic de l’autre ? » (Michel Clouscard)

– « La différence est cruciale entre le ’ne pas vouloir savoir’ qui appartient au registre du déni, forme de lâcheté, et le ‘vouloir ne pas tout savoir’ qui met l’accent sur le choix, sur la décision de respecter le jardin secret de l’autre et donc par là-même du sien. » (Anne Dufourmantelle)

-« Vouloir savoir qui sont ‘vraiment’ les gens, c’est courir le risque de leur faire honte. Ils n’ont plus d’endroit où se cacher. » (Richard Sennett – sur la dictature de la transparence)

– « La culture de l’obscénité. » (Monique Canto-Sperber – sur la télé-réalité)

– Qui s’interroge sur les motifs du délateur, du dénonciateur ? Des connes, incultes, haineuses ont jugé bon de faire l’apologie de la dénonciation avec l’odieux  ‘Balance ton….’. Compensation sordide d’un échec, jalousie, envie, désir de se faire mousser, vengeance… On n‘a, à juste raison, que mépris pour ceux qui dénonçaient les juifs pendant la guerre. Maintenant on encense les délateurs et délatrices sans s’interroger sur leurs vrais mobiles, en se contentant des justifications infantiles qu’ils et elles donnent. La pourriture progresse.

 ——————————————————————————————————————————-

« Derrière une clarification et une transparence apparentes des relations entre les hommes, où plus rien n’est laissé dans le vague, c’est la brutalité pure et simple qui s’annonce. » (Theodor Adorno) – C’est bien ce que veulent les excités fanatiques de la transparence.

« Comme il faisait chaud, l’affaire transpira. » (Alphonse Allais)

 « Gênés de faire appel aux instincts les moins avouables de chaque individu, peu pressés de leur révéler qu’ils n’agissent guère que pour gonfler les ventes d’une presse qui perd des lecteurs, les voyeurs mettent en place leurs gros téléobjectifs, aussi aimables que des kalachnikov , et s‘embusquent pour ‘shooter’ pour parler comme eux. » (Patrick Poivre d’Arvor, Eric Zemmour)

« La monarchie française a d’abord mis un genou à terre sous le cou des affaires de mœurs, avant de perdre la tête sous le grand rasoir national. » (Patrick Poivre d’Arvor, Eric Zemmour) – Les révélations sont des armes.

« Sa ‘vie privée ne nous regarde pas’ à condition qu’il n’essaie pas de nous la dissimuler. On tolère tout à condition de tout savoir. » (Patrick Poivre d’Arvor, Eric Zemmour)

« Cet électorat-là (les classes moyennes et supérieures qui constituent le gros de l’électorat du parti socialiste) veut d’abord de la transparence … réclame des politiques qu’ils soient sincères avant d’être utiles … C’est ce groupe sociologique dominateur qui annonce et réclame l’avènement des valeurs féminines au XXI° siècle. » (Patrick Poivre d’Arvor, Eric Zemmour) – Le grand critère de sincérité semble être le potentiel de nocivité, encore supérieur à l’impuissance affirmée.

« Pour reconnaître (la diversité, la parité, les innombrables minorités et communautés…), il faut connaître, étiqueter, révéler, exhumer… La machine infernale, d’essence totalitaire s’est ébranlée, elle ne s’arrêtera plus. » (Patrick Poivre d’Arvor, Eric Zemmour)

« On déshabille les corps … mais on habille les âmes de grands principes. Nos modernes Savonarole sont formidables : ils veulent le bénéfice de la bonne conscience, les gros tirages et les grandes tirades, les acclamations du populo et la bénédiction des nouveaux prêtres … La transparence, mot fétiche, mot magique, mot ouvre tout, mot règle tout … La transparence qui pallie la fin des idéologies, comble le besoin obsessionnel d’égalité, apaise la peur panique de la liberté. » (Patrick Poivre d’Arvor, Eric Zemmour)

« Loin d’entraîner des révoltes citoyennes, la révélation des scandales contribue à fabriquer une société de l’impuissance. » (Florence Aubenas)

« Chaque secteur de la société s’est organisé pour tendre vers ce nouvel idéal : apparaître … Tout s’est plié à l’impératif absolu de la représentation … Tout ne doit pas seulement être montré, tout est façonné pour l’être … La moindre opacité est déclarée marginale, déviante. La communication a fini par devenir l’idéologie dominante … Ne pas répondre est devenu un acte grave, louche, qui mérite d’être signalé … La transparence est devenue une appellation contrôlée, qui s’applique aussi bien aux élections, à un régime, à une décision, à une gestion, à la nourriture … Ils militent (les journalistes) pour la lumière. Comme certains juges, ils prennent volontiers des postures de chevalier blanc … Les affaires restent la seule façon aujourd’hui dans une démocratie de tenter un coup d’Etat. » (Florence Aubenas, Miguel Benasayag) – Sur ce dernier point voir l’éjection de François Fillon – « Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s’annonce comme une intense accumulation de spectacles. Tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation. » (Guy Debord – La société du spectacle)  

« Un secret consiste à ne le répéter qu’à une seule personne à la fois. » (Michel Audiard)

« Une certaine clandestinité est indispensable à l’homme pour préserver sa part de monde. » (Kostas Axelos)

« La dénonciation, du moment où elle servait les intérêts de la  cause, lui semblait chose naturelle et … il tendait à considérer toute disposition au mouchardage comme une vertu révolutionnaire … La délation, ignominieuse dans une société bourgeoise … devient l’exercice de la plus élémentaire honnêteté lorsqu’elle est au service de la lutte prolétarienne. » (Marcel Aymé – Uranus) – De nos jours, les crapules communistes ont triomphé, la délation, l’arme des lâches,  est érigée en comportement modèle, en vertu citoyenne.

« Le mouvement de libération sexuelle a été entièrement récupéré et constitue désormais un des éléments essentiels de la nouvelle société de consommation … Les normes d’hier ont cédé la place aux nouveaux commandements : il faut se libérer, il faut jouir … Derrière un commun dénominateur : la folle obsession de rendre l’homme transparent de part en part, qui est au fondement du projet occidental des Lumières. La sexualité privée de tout mystère … ‘La haine du  secret qui n’est pas autre chose qu’une  des formes de la haine pour tout ce qui dépasse le niveau moyen … et s’écarte de l’uniformité qu’on veut imposer à tous’ (René Guénon) : univers infrahumain où tout deviendrait public, où chacun d’entre nous serait une maison de verre offerte au regard de tous, et par là même un ‘assemblage’ intégralement manipulable …’Tant que l’on est identifié à la manière de ce que l’on vit, on ne peut prendre conscience de ce par quoi on est agi’. » (Julius Evola). » (Philippe Baillet)

« Pour sauvegarder la paix, ,ne pas se mêler à tort et à travers des affaires d’autrui. » (Jacques Bainville)

« D’une certaine façon, si l’on peut ‘tout dire et tout montrer’, c’est aussi que l’on n’a plus grand-chose à dire et encore moins à montrer. » (Olivier Bardolle)

« On garde toujours mal un secret quand on ne le garde pas par respect pour soi-même. » (Anne Barratin)

« Il faisait reposer toute sa conduite comme son enseignement sur le principe kantien qu’il formulait ainsi : ‘Je dois toujours agir de telle sorte que je puisse vouloir que mon action serve de règle universelle’. Dans les cas particuliers que nous citons (dénonciation, expulsion…)  il avait jugé qu’il n’appartenait pas à un brouillon qui se pique de générosité de maintenir quelque chose de pourri dans une collectivité. Il y a dans cette règle morale un élément de stoïcisme et aussi un élément de grand orgueil – car elle équivaut à dire que l’on peut connaître la règle applicable  à tous les hommes – et puis encore un germe d’intolérance fanatique – car concevoir une règle commune à tous les hommes, c’est être fort tenté de les y asservir pour leur bien ; enfin il y a une méconnaissance totale des droits de l’individu, de tout ce que la vie comporte de variété, de peu analogue, de spontané dans mille directions diverses. » (Maurice Barrès – Les déracinés – sur le personnage de l’enseignant de Nancy) – C’est la position alibi de tous les dénonciateurs, de tous les hypocrites salauds qui se multiplient actuellement.

« La délation érigée en vertu civique (les campagnes ‘Balancetonporc’ et ‘Meetoo’) … La lutte au nom du bien se permet tout. Tout est bon contre le cochon … ‘Meetoo’ est symptomatique de la schizophrénie de l’époque, déchirée entre frénésie exhibitionniste et fureur répressive … S’exhiber et punir. »» (Eugénie Bastié)

« Le nihilisme de la transparence, c’est-à-dire le processus de destruction des apparences au profit du sens … La tentation de réduire la dualité, la tentation meurtrière de réunifier le tout, avec élimination du rien. » (Jean Baudrillard)

« Chassez les ombres, et la lumière devient insoutenable. » (Jean Baudrillard – sur la transparence) 

« L’obscène, bien loin de se cantonner au domaine sexuel, désigne tout ce qui a trait à l’excès de visibilité et de monstration, ce qu’il appelle la transparence. » (tiré de Jean Baudrillard)

« Ce qui caractérise l’enfer, c’est qu’on y discerne tout, jusqu’à la moindre chose, avec la dernière netteté. » (Jean Baudrillard)  – La transparence obligée. 

« Ce n’est plus l’obscénité de ce qui est caché, refoulé, obscur, c’est celle du visible, du trop visible, du plus visible que le visible, c’est l’obscénité de ce qui n’a plus de secret, de ce qui est tout entier soluble dans l’information et la communication. » (Jean Baudrillard) – L’obscénité imposée par la dictature de la fameuse transparence.

« Toute société en voie d’intégration et d‘homogénéisation tend, au-delà d’un certain seuil critique (que nos sociétés ont largement dépassé), vers la dissociation. Homogénéisez, intégrez tant que vous voulez, la séparation aura lieu de toute façon. L’exclusion et la discrimination seront même en fonction directe des ‘progrès ‘ de l’intégration. Vous ne dépasserez jamais l’antagonisme de deux principes, dont l’incidence dans nos sociétés modernes est la résurgence d’une société parallèle, d’un marché parallèle, d’un circuit financier parallèle, d’une médecine, d’une morale, voire d’une réalité et d’une vérité parallèle. N’importe quel régime de contrôle et d’interdit  crée une situation irrégulière, clandestine, anomalique : un marché noir … Perversion qui résiste à toute normalisation, structures occultes qui narguent les pouvoirs. De toute façon, que peut-on espérer d’une société qui serait purifiée de toute clandestinité ? » (Jean Baudrillard)

« Partout où s’élimine ce vide, cet univers parallèle antagonique, cette illusion radicale, irréductible aux données du réel et du rationnel, la catastrophe du réel est immédiate. » (Jean Baudrillard) – C’est bien ce qu’obtiendront les forcenés de la transparence.

 « Pourquoi voulons-nous à tout prix traquer le vide, traquer l’absence, traquer la mort ? Pourquoi ce phantasme d’exclusion de la matière noire, de tout rendre visible, de tout réaliser et d’exprimer avec force ce qui ne veut pas l’être ? D’exhumer de force ce qui seul assure la continuité du Rien et du secret ? Pourquoi cette tentation mortelle de la transparence, de l’identité, de l’existence à tout prix ? » (Jean Baudrillard) – Pour combler notre vide dans la chaleur de la meute.

 « Réaliser techniquement l’équivalent du Royaume de Dieu, c’est-à-dire l’immanence d’un monde entièrement positif … Tentation diabolique de vouloir le règne du Bien, car c’est frayer la voie au Mal absolu. » (Jean Baudrillard) 

Le panopticon de Jeremy Bentham à la fin du XVIII° siècle (longuement interprété par Michel Foucault) : édifice carcéral où un observateur unique, invisible, peut  surveiller un nombre considérable de ‘pensionnaires’ sans que ceux-ci aient la moindre possibilité de savoir s’ils sont observés ou non, d’où l’impératif d’une constante normalisation  de leur conduite. « Bentham sut définir la stratégie fondamentale du pouvoir : faire croire aux sujets qu’ils n’ont aucun moyen d’échapper au regard omniprésent de leurs supérieurs et, par conséquent, qu’aucun de leurs écarts de conduite, même les plus secrets, ne peut demeurer impuni. » (Zygmunt Bauman) – La fameuse transparence actuelle et les délires des associations  de persécution tendent à la réalisation effective de cet univers carcéral.

« On a laissé bafouer un droit primordial, notre droit à l’opacité … Mon droit à ne faire connaître de mes actes ou de mes pensées que ce que j’ai décidé de faire connaître (sauf évidemment délit de ma part) … Ne pas vivre en permanence sous le regard d’autrui … On nous gave de fantasmes poussant à la culture d’un ‘Soi’ … et au lieu de protéger ce ‘Soi’, on accepte d’être de plus en plus transparent … L’homme transparent, potentiellement surveillé, tracé n’est plus l’homme libre des droits de l’homme. » (Jean-Léon Beauvois – Deux ou trois choses que je sais de la liberté) – L’objectif est bien de rendre l’homme schizophrène.  

« Dans les sociétés de la transparence, l’idée même du conflit n’a plus de place. Il faut le brider, le maîtriser. Il n’est plus acceptable que sous sa forme unidimensionnelle ; celle de l’affrontement, de la lutte du bien contre le mal, de la santé contre la maladie, de la sécurité contre l’insécurité. » (Miguel Benasayag, Angélique del Rey) 

« ‘Le combat est, de tous les être, le père’ (Héraclite). C’est penser en termes de processus, c’est penser que ce qui émerge ne le fait pas dans une harmonie possible … Dans les sociétés occidentales hyperformatées, l’idée même du conflit n’a plus de place. Il faut le brider, le maîtriser. Il n’est plus acceptable que sous sa forme unidimensionnelle ; celle de l’affrontement, de la lutte du bien contre le mal, de la santé contre la maladie, de la sécurité contre l’insécurité … Les conceptions de la vie commune tendent vers l’intolérance à toute opposition. Le minoritaire doit se soumettre à la majorité et, de plus en plus, contestataires et dissidents semblent relever de ‘l’anormal’ … La version dure du refoulement du conflit implique l’éradication de l’altérité … Une société de la transparence radicale ne connaît pas d’ennemi, seulement des ‘terroristes’, des ‘déviants’ à éliminer … Reconnaitre des conflits reviendrait à accepter ce qui s’oppose à la transparence … Accepter des conflits impliquerait que ‘d’autres’ puissent s’opposer à un certain ordre social ou religieux sans être pour autant des anomalies, des barbares à éliminer … Ce refoulement s’inscrit sous le signe de la croyance en un devenir d’harmonie et de justice universelles où tous les conflits seraient résolus … Loin d’être pacifiées, les sociétés contemporaines qui nient ou refoulent le conflit sont lourdes d’une violence extrême et sans limites … Faute de nouvelles procédures de régulation des conflits et contradictions entre les individus et la société, qui auraient dû succéder à l’occultation de ces conflits par l’autorité traditionnelle, les aspirations actuelles de l’individu devront être toujours davantage niées, écrasées ou manipulées de manière perverse. » (Miguel Benasayag, Angélique del Rey – Eloge du conflit – considérations éparses sur le conflit)

« Il n’y a nulle égalité dans le jeu de séduction. Jacques Lacan disait que ‘toute femme cherche un maître sur lequel elle puisse régner’. Georges Bataille fondait l’érotisme sur la transgression. L’idéologie de la transparence veut qu’on ne transgresse plus rien ; il n’est plus question que d’égalité, de dignité, de dialogue. Des mots qui ne veulent pas dire grand-chose en matière de sexe. » (Alain de Benoist)

« Entre ces paysans et moi, dominait donc le genre de rapports qui est de rigueur dans les clubs, entre vieux gentlemen qui connaissent trop la vie pour souhaiter en parler. De même que dans les clubs, la conversation était remplacée par un système d’interjections et de formules convenues. » (Alain Besançon) – Discrétion réserve, respect d’autrui… Tout ce qui est perdu dans l’indécent et vulgaire exhibitionnisme actuel.

« Le monde deviendrait vite un enfer si l’hypocrisie en était bannie. » (Gustave Le Bon)

« Où règne la dénonciation permanente un devoir civique.. » (Françoise Bonardel) – Est-il besoin de préciser où ?

« On a peine à imaginer aujourd’hui le niveau de servilité atteint en ce temps-là par quelques partisans de la foi maoïste, prêts aux bassesses les plus imbéciles … Il est aussi très curieux de constater l’existence d’une espèce de dénonciation à la fois lamentable et dérisoire. »  (Pierre Boncenne – sur les attaques subies par Simon Leys et son livre, Les habits neufs du président Mao) – Si, on peut imaginer quand on voit le niveau de servilité et d’hystérie atteint aujourd’hui par la classe intello-médiatique ; quant à la dénonciation, elle n’a fait que progresser.

« La pratique de l’autodénonciation, que la langue de bois qualifiait d’autocritique, est une application de la théorie de la ‘fausse conscience’ : ma conscience est fausse, mais avec l’aide des autorités compétentes, du Parti, de l’idéologue … je puis voir la lumière. » (Raymond Boudon) – La ressemblance est frappante avec les exigences d’excuses implicitement assorties de menaces proférées par la meute bien-pensante au moindre dérapage, c’est-à-dire à la moindre pensée non exactement conforme à la dictature du politiquement correct, soit à l’impératif de soumission à ladite meute  sanguinaire.

« ‘Le monde est devenu une réunion de copropriété, le stade suprême de la connerie.’ Chacun ne peut plus rire que de sa communauté s’il veut éviter les ennuis. Dans un roman Michel Desgranges imagine un ‘espace de’ délation républicaine chargé de ‘recueillir les plaintes d’internautes traumatisés par des sites où s’expriment des opinions qu’ils désapprouvent’ et de récompenser la délation au nom du Bien. On y décerne ‘le laurier démocratique pour le signalement d’une incivilité de nature raciste ou sexiste, la grande fougère recyclable pour la dénonciation d’homophobie, le poireau vertueux pour avoir débusqué des blasphèmes écolophobes.’. Le CSA n’en est plus très loin » (Daoud Boughezala)

« Le repli sur le vécu, le témoignage ou le document ‘bouleversant d’authenticité’, la sincérité toujours avancée en excuse à la médiocrité, en bref le culte de l’émotionnel et du proche. » (Daniel Bougnoux)

« Notre culture valorise comme idéal l’état déclaratif des connaissances : ‘tout dire’ ou tout expliciter … Quel degré d’éclairage tolère la nécessaire conjugaison d’un espace public avec l’ombre protectrice des ‘mondes-de-la-vie’ ? … Ces flots de lumière se heurtent pourtant nécessairement aux clôtures du privé et de l’intime … Une forme d’explicitation prospère aujourd’hui avec le dévoilement pornographique, symptôme parmi d’autres de cette visibilité forcenée. » (Daniel Bougnoux) – L’exhibitionnisme débridé.

« De tous les emplois, le plus lâche aujourd’hui est d’être l’espion des paroles d’autrui. » (Edme Boursault) – Au nom de la franchise et de la transparence bien sûr. Polémiques, délation généralisée, traqueurs frustrés et impuissants de …istes et de …phobes.  

« Le secret, la négation absolue de tout paraître. » (Pierre Boutang) – On comprend que le secret soit pourchassé par une époque où l’exhibitionnisme est érigé en comportement de référence.

« L’accusation portée contre le monde moderne par Péguy, à savoir qu’il ‘avilit’, a été justifiée … L’avilissement, la mise au plus bas prix possible, étant devenue ‘mise à la portée du regard’. » (Pierre Boutang – sur l’avilissement de l’exhibitionnisme)

« Aristote a défini l’homme éduqué comme celui qui sait dans quels cas une approche déterminée convient à son objet et dans quels cas elle ne l’est pas … un ‘honnête homme’ ne se conduit pas en mathématicien ou en soldat quand il a affaire à des gens qui ne le sont pas (tiré de Blaise Pascal) … Ce comportement approprié n’est autre que le respect … Traiter le donné comme ce qui se donne … ce qui peut impliquer de rester à la surface, de renoncer à pénétrer trop avant dans les profondeurs de l’autre. » (Rémi Brague) – Au moins tant qu’on n’est pas invité à aller plus avant.

« Est-ce que le prêtre vous raconte ses péchés ? » (Robert Brasillach) – Tout n’est pas à dire par n’importe qui à n’importe qui.

« Aujourd’hui, si quelqu’un ne dit pas ce qu’on lui demande, c’est qu’il a ‘quelque chose à cacher’. Le secret est assimilé à la dissimulation, qui elle-même relèverait d’une intention mauvaise. » (Philippe Breton)

« L’intériorité est le lieu privilégié de formation des opinions … L’opinion est d’abord une connaissance spécifique qui se forme, se modèle, se produit, se réfléchit au sein d’un espace personnel propre. » (Philippe Breton) – Et comme l’exhibitionnisme obligé, associé à la hideuse transparence exigée ont détruit tout espace personnel, il n’ y a plus d’opinions que les vérités officielles imposées.

« Le voyeurisme, largement permis (encouragé) par les médias, n’est plus aujourd’hui un défaut de moralité, mais une vertu nécessaire à la survie sociale. » (Philippe Breton) – Progressons dans l’abjection.

« On se doit d’être conforme à tout moment à l’image de soi que l’on prétend donner. Même dans les alcôves. La société du spectacle a fini par envahir la sphère privée. Dans le village global de l’ère numérique, six milliards de voyeurs guettent par le trou de serrure de leur ordinateur … On se doit désormais d’être grand homme même pour son valet de chambre. La ‘transparence’  à tout prix, qui vous somme d’afficher vos préférences sexuelles ou vos superstitions religieuses dans la rue, a eu raison de la vie privée. Ainsi commencent tous les fascismes … Sauf que la vertu (et son corolaire immédiat, l’hypocrisie) n’ont pas renoncé, et sous sa forme la plus sévère. Au fur et à mesure que la pornographie envahissait les circuits commerciaux, le puritanisme, qui est son autre visage est revenu en force via l’idéologie de la transparence. » (Jean-Paul Brighelli)

« ‘J’ai le droit de savoir, j’ai le droit de dire, j’ai le droit de décider’ ; le triumvirat démocratique et le torrent participatif. » (Gérald Bronner – La démocratie des crédules)

« Le Téléthon, mis en scène d’une générosité hystérique, mélange d’obscénité et d‘efficacité, de farce et de foi résume toutes nos ambivalences envers les victimes. Nous les plaignons sincèrement, mais nous avons besoin d’elle pour nous aimer et nous racheter à travers leurs épreuves … Fusion de deux morales, l’utilitariste et la ludique. Être bon devient à la fois profitable et amusant … Marathon et kermesse … S’époumoner, s’enthousiasmer bruyamment … les standards sont saturés, les records s’affichent sur des écrans géants … Les présentateurs sautillant, trépignant, hurlant … Débauche d’exploits inutiles (et souvent grotesques) : trente heures d’affilés de tennis, de rock, etc., le plus grand saucisson du monde, etc. … On se croyait du côté des Evangiles, on se retrouve dans le livre des records. » (Pascal Bruckner)

« L’horizontalité d’un paysage sans ombre … Il n’aura pas été difficile de trouver dans le récent arsenal intellectuel ce qui pouvait faire office de bulldozer, de pelleteuse ou de bétonneuse, pour réduire les réserves d’irréalité, les poches d’obscurité, les archipels de ténèbres, dont les atmosphères particulièrement délétères pouvaient encore opposer leur incomparable lumière démoralisante aux progrès d’une réalité en passe d’exercer son hégémonie totalitaire. » (Annie Le Brun – Du trop de réalité) – Résumé de l’horreur que nous promet la transparence.

 « C’est incontestablement grâce aux constants progrès de cet éclairage artificiel des zones d’ombre que la bête du ‘c’est mieux’ dont parlait André breton a pu prospérer. » (Annie Le Brun) 

« Le totalitarisme, c’est l’idyllique maison de verre, avec le Goulag à côté. » (Annie Le Brun)

« Toute révélation d’un secret est la faute de celui qui l’a confié. » (La Bruyère)

« Quand nous serons tous coupables, ce sera la démocratie. » (Albert Camus – La chute) – Anticipant sans doute notre superbe système de délation généralisée et encensée.

« Dans un système de transparence généralisé, celui qui s’y soustrairait serait accusé d’avoir quelque chose à cacher. » (Renaud Camus – prenant l’exemple d’un vote dépourvu de forme, isoloir, bulletin pouvant, devant, être choisi, et un seul…)

 « Renoncer à ce que l’on est, ce peut être discrétion, délicatesse, modestie, courtoisie, politesse, usage du monde … c’est consentir au jeu social : par dédain, peu-être, par civisme éventuellement, au mieux par souci d’exercice spirituel … Le paraître n’est qu’une défroque mais qui a l’immense mérite d’assurer un peu de compréhension et de paix … ‘moins être de chacun’ au profit du ‘plus être de tous’ » (Renaud Camus)

« Ils sont ‘sincères’ et tout est dit, tout peut se dire, ils n’ont pas besoin d’autres principes pour faire honorable figure dans le monde … L’opposé de la distanciation, le comble de la sincérité, la récusation la plus radicale des formes, des rôles, des emplois et du respect du moment opportun, c’est fatalement l’hystérie. » (Renaud Camus – à propos de l’exhibitionnisme des sportifs triomphants, jet de raquette, bras levés et bras d’honneur, ridicule posture à genoux, grotesques embrassades de groupes)

« Le secret est au fond le plus intime de la puissance … L’acte d’épier … Valeur des paroles du taciturne … Une bonne part du prestige qui s’attache aux dictatures tient à ce qu’on leur attribue la force concentrée du secret. » (Elias Canetti)

« Quand on a pu s’échapper vivant d’un abattoir international en folie, c’est tout de même une référence sous le rapport du tact et de la discrétion. » (Louis-Ferdinand Céline – survivant de 1914)

« Nous reconnaissons de petites erreurs pour que vous n’en découvriez pas de plus graves. » (Stanko Cerovic) – L’ABC de la transparence des politiques et des dominants.

« L’acharnement judiciariste comme compensation rageuse au désastre des existences particulières, la négation de la différence sexuelle, la chasse aux délits d’opinion, l’inversion de toutes les anciennes valeur… » (Bruno de Cessole – commentant Philippe Muray.) – Quels désastres personnels cachent les aboyeurs de  la meute pour être aussi excités et haineux ?

« Pas de jour sans nuit … Chez les anciens Grecs déjà , Apollon, le dieu de la lucidité, du principe d’individuation, des limites et des formes stables, combattait Dionysos, le dieu de l’ivresse, de la confusion, du danger, de la cruauté et de la sensualité » (Catherine Chalier)

« Le dieu, voulant que tout fût bon et que rien ne fût mauvais … prit toute la masse des choses visibles, qui n’étaient pas en repos mais se mouvait sans ordre ni règle, et la fit passer du désordre à l’ordre, estimant que l’ordre était préférable à tous égards. » (Platon – Le Timée) – « Et il y eut de la lumière. Et Dieu vit que la lumière était bonne. Et il fit une séparation entre la lumière et l’obscurité. Dieu appela la lumière jour et l’obscurité il l’appela nuit.  … Et il y eut un soir et il y eut un matin, un jour. (Bible – Genèse) – « Tout ce qui vit doit d’abord être séparé, ou encore extrait, de la confusion ténébreuse (le tohu-bohu), dont la nuit est distincte (elle n’équivaut pas aux ténèbres primordiales), afin de pouvoir grandir et exister, mais aussi soustrait à l’empire d’une lumière trop forte … Le deux oriente vers l’un, à condition toutefois que l’un ne cherche pas à anéantir l’autre, à le dominer ou à fusionner avec lui … L’alliance entre la nuit et le jour ; La nuit ne doit pas envahir le jour, mais le jour ne doit pas envahir la nuit. L’un et l’autre sont solidaires, ils se désirent dit même le Zohar … L’unité du jour provient de l’alliance de deux réalités, le matin ne peut venir sans le soir, le soir sans le matin. La dualité partout présente dans la Création (masculin/ féminin) renvoie à une source Unique» (Catherine Chalier – La nuit, le jour) – Mais nous sommes devenus si malins que notre ambition est de tout mélanger, de ne plus rien distinguer, de revenir aux ténèbres initiales. Ce qui ne manquera pas de se produire.

« Il a oublié la patience et l’attention du veilleur. Il s’est enivré du ‘jour’ au point qu’il est persuadé d’avoir vaincu la nuit. Mais, dès lors, se croyant de part en part illuminé il n’en ignore que plus sûrement sa propre nuit et il juge indispensable de brutaliser ceux qui ne souscrivent pas à son hégémonie … Le désir de chasser la nuit et de jouir enfin des Lumières, une fois pour toutes … a trop souvent assombri le jour cosmique et humain … L’enchantement par le jour et la vénération pour un monde dont toute nuit serait dissipée ou pourchassée virent en effet souvent, chez ceux qui s’en font les initiateurs, en une impitoyable détermination à exclure et à condamner, voire en une résolution à éliminer ou à exterminer, et cela en fonction même de l’aveuglement à l’ampleur de leurs propres ténèbres. » (Catherine Chalier- La nuit, le jour)« Les ’grands soirs’ des révolutionnaires, les enterrements du ‘vieux monde’ … Mais la philosophie de la ‘chouette de Minerve (et de Hegel) qui prend son envol au crépuscule’ redit cette totalité qui comprend la nuit et le jour, et non pas seulement le jour, car il ne convient pas de chasser la nuit ou de simplement lui tourner le dos … L’oubli de la nuit ou sa subordination au jour porte toujours une grande violence … Rien n’assure que l’on peut garder le jour si on déconsidère la nuit en la confondant avec les ténèbres, la souffrance, l’ignorance … le sens ne peut en effet grandir dans un monde où sous prétexte de lucidité, de transparence et d’éloge du savoir, toute nuit aurait été chassée. Un monde entièrement livré aux lumières, privé d’ombres et d’incertitudes, serait un monde terrible. Ceux qui, aujourd’hui encore, plaident la cause d’un tel monde le précipitent très sûrement dans un nihilisme redoutable … L’illusion du savoir total et des certitudes absolues ne vient pas à bout de la nuit, elle y précipite sans pitié. Les Lumières doivent donc continuer d’éclairer une nuit qui, si elle disparaissait, les rendrait d’ailleurs inutiles puisqu’elles n’auraient plus rien ni personne à éclairer. » (même auteur) – Le monde gris et froid de nos moralistes, de nos inquisiteurs, de nos sadiques dénonciateurs.

« L’impératif de lucidité affole souvent ceux qui disent lui obéir et il les entraîne dans un labyrinthe obscur et dans fin. Comment faire la part des choses ? Comment décider de ce qu’est le jour quand on voit la nuit partout ? … Une fois sur sa lancée, l’impératif de transparence en toutes choses ne connaît aucune borne, il contraint à voir la noirceur partout à l’œuvre et à nier la réalité du jour et de la nuit. Paradoxalement, , en lieu et place de la grande clarté annoncée, une nuit très opaque se répand alors, car lorsqu’un être humain, habité de ténèbres (haine, ressentiment, envie) qu’il méconnaît et projette autour de lui, s’arroge le droit de décider ce que sont le jour et sa lumière, ce jour suscite une grande peur … Que serait un monde sans ombre ? Aveuglant sans doute, éclatant dans l’éclat, comme aveuglé de soi, plus solitaire encore … L’ombre soulage de la trop brûlante et aveuglante ardeur du soleil, elle est bénéfique à tout ce qui vit, grandit et vit … Méconnaître en soi la grande part d’ombre qu’on est à soi-même, celui qu’elle envoûte n’admet aucune transcendance qui orienterait ses jours et ses nuits autrement, c’est plaider la cause d’une clarté incommensurable à toute velléité de maîtrise par la raison et par la lumière dont elle éclaire les choses, par la puissance de la technique et sa démesure tragique ; par la déraison du désir de tout mettre à nu et, enfin, par cette ambition, récurrente dans l’histoire humaine, de s’approprier la lumière de Dieu, au lieu de s’efforcer de voir à Sa lumière, selon une part reçue, finie et contingente. » (Catherine Chalier)

« Mais ils avaient quelques préjugés estimables. Ils considéraient comme une honte d’être connu, reconnu, photographié, ou simplement nommé. Pour eux, un homme bien passe inaperçu. On n’en parle jamais. La gloire, c’est pour les baladins. » (Jacques Chardonne – sur la grande bourgeoisie bordelaise de jadis) – Evidemment, l’auteur ne songeait pas à M. Juppé, qui  n’est ni de cette race, ni de cette classe.

« Le sentiment d’avoir tous les droits, d’être au-dessus des autres, le sentiment qu’appartenant au camp du ‘Bien’ on peut tout se permettre, y compris fouler au pied des victimes et des personnes rendues vulnérables. » (Anne-Sophie Chazaud) – Sur les délateurs et nombre de journalistes.

« Que deviendra le MOI, lorsque toutes les pensées seront communes comme les désirs, lorsque tous les esprits se verront comme ils sont vus ? » (Emil Cioran)

« Toute forme d’analyse étant une profanation, il est indécent de s’y adonner. A mesure que, pour les remuer, nous descendons dans nos secrets, nous passons de l’embarras au malaise et du malaise à l’horreur. La connaissance de soi se paye toujours trop cher. Dans un univers ‘expliqué’, rien n’aurait encore un sens, si ce n’est la folie.» (Emil Cioran)

« Si vous cherchez la pureté, si vous prétendez à quelque transparence intérieure, abdiquez sans tarder vos talents, sortez du circuit des actes, mettez-vus en dehors de l’humain. » ((Emil Cioran)

« Tout laisser voir car il n’y a rien à cacher. Mentalité protestante des vitrines des bordels d’Amsterdam, renforcée d’un projet progressiste de panoptique à la Bentham. Mentalité aussi de militaire, qui doit tout voir, même au cœur de la nuit. Chacun sous le regard de tous. Tout voir en même temps. Murs de verre, façades de verre, projecteurs, ambiance de laboratoire … La prison de verre, indéfiniment élargie à la société toute entière … Cette manie de tout raser … Pourquoi tondait-on les femmes à la libération ? C’est d’ailleurs après, d’un même mouvement, au début des années 50, qu’on a rasé le bocage, tondu les haies, arraché les mûriers, détruit les nids et les terriers, arasé les talus, comblé les fossés. » (Jean Clair) – La transparence, l’obsession des démolisseurs, des jaloux, des frustrés, des médiocres aspirant à ce que tous partagent leur vide.

« Tout exposer, ne rien laisser à désirer. C’était se résigner à ne plus rien voir, à ne plus rien désirer non plus. Perdre le secret c’est perdre le sacré. Exposer ce qui ne peut que se dévoiler, montrer à tous les vents ce qui ne peut se faire qu’à certains moments et selon des règles, mettre en pleine lumière ce qui ne peut vivre que dans l’ombre, trivialiser enfin le sexe et la mort, c’est la violence la plus grande faite à l’homme … Cela en effet finissait aux camps, dans la promiscuité horrible des cadavres. » (Jean Clair)

« La transparence est l’ouverture à l’horreur. Être transparent, c’est ne plus exister. C’est une autre version de l’homme qui a perdu son ombre … L’image du corps de verre comme métaphore de la folie (dans les ‘Méditations’ de Descartes), le ‘Panoptique ‘ de Bentham, prison où l’homme doit être surveillé à chaque instant … Un immense intérieur climatisé, un habitacle protecteur, une grande couveuse immunitaire dans lequel l’individu renoncera à sa propre intériorité, à chaque instant observé, décrit et dénoncé par quelque ‘Médiapart’ … La modernité (vue par Dostoïevski à l’exposition universelle de Londres en 1851), conçue comme un palais de cristal, une bulle protégée des aléas de l’histoire et des agressions extérieures … Pourquoi le ciel nocturne est-il si noir alors qu’il est rempli de milliers d’étoiles plus lumineuses que mille soleils ? … Les civilisations ont fondé leur existence sur la construction d’enceintes opaques et sur l’imposition d’un secret replié sur le silence et la vie domestique (on fondait une ville en traçant un sillon de charrue, le sillon tracé par Romulus, puis en montant les murs de son enceinte, les maisons aveugles côté rue, les sanctuaires étaient clos…) … Les humains avaient dans ces temps-là des visages et des gestes fortement caractérisés … le monde moderne, énervé par sa passion de la transparence et de la visibilité, est devenu le lieu d’une engeance à la silhouette indiscernable, une procession de fantômes … Domination de l’informe. Retour au chaos des origines. Plus de ligne, plus de frontière, plus de borne … Sans frontière, pas de pensée,  pas de passion et pas de poésie … L’idiotisme fondu dans la globalisation … Les haies du bocage, aujourd’hui rasées, qui protégeaient du vent comme des regards et que peuplaient les oiseaux … Araser les murs et construire sans définir un lieu fait partie du grand débraillé contemporain qui défait toutes les coutures. » (Jean Clair – considérations éparses sur le secret, la transparence, la visibilité – Les derniers jours)

« Elles ont bien plus à craindre des regards d’un profane que des coups d’un ennemi et ne sauraient permettre qu’on voie rien d’elles que ce qu’elles montrent. » (Augustin Cochin – sur les sociétés dites de pensée)

« Un secret a toujours la forme d’une oreille. » (Jean Cocteau)

« Le respect de la vie privée est devenu un formidable alibi pour cacher des dérives qui n’ont rien à voir avec l’intimité. » (Sophie Coignard) – Il s’agit de protéger les turpitudes et les malversations des puissants –  « L’invocation de la vie privée n’est trop souvent qu’un faux-semblant, un prétexte pour arrondir les fins de mois – souvent déjà fort confortables – de nos stars ou starlettes. Les gros sous comptent … On négocie même après, contre un petit rab financier,  la non-publication des décisions judiciaires ordonnées pat le juge. Il n’y a pas de petits profits …  (les six cents jugements rendus entre 1999 et 2000 ont rapporté plus de 3 millions d’euros aux ‘victimes‘ de la presse people. Dix personnalités  se partageant plus de la moitié de ce pactole ; leaders : la famille Grimaldi de Monaco… » (Duverger, Ménard) – Tout cela étant arrangé d’avance entre fausses ‘victimes’ et paparazzi complices, et même la presse people… . 

« Ne cherchez pas à vous immiscer dans les affaires dont vous n’avez pas la charge. » (Confucius) – Et, sauf invitation, n’entrons pas dans les conversations des autres.

« Il aurait voulu qu’elle atteignit les pensées, les impressions les plus passagères, qu’elle poursuivit l’homme sans relâche, et sans lui laisser un asile où il pût échapper à son pouvoir. » (Benjamin Constant – sur la loi telle que la voulait l’abbé Mably) – De nos jours, l’abbé serait comblé par nos lois inquisitoriales, les meutes médiatiques déchaînées et la transparence violeuse.

« Plus les agences appelées à lutter contre les discriminations sauront générer un climat de délation des comportements discriminatoires, plus on y reconnaîtra un approfondissement de la culture démocratique. » (Mathieu Bock-Côté – évoquant des déclarations médiatiques et celles  du directeur de la Halde, louis Schweitzer) – Jusque-là, on ignorait qu’il pouvait y avoir un quelconque rapport entre délation et démocratie. On ne cesse de progresser.

« Si le poète est un névrosé, le héros un pervers, l’homme d’Etat un manipulateur, que reste –t-il ? … La transparence a vidé l’individu de toute consistance. » (Raphaël Debailiac) – Et vidé le monde de tout charme pour laisser libre cours à l’envie haineuse.

« Le secret de dégoûter est de vouloir tout montrer. » (Régis Debray)

« L’époque veut du scabreux, de l’idole et du trou de serrure … Grands coups de témoignages nombrilistes, d’introspections impudiques et d’album d’images. De bilan, de réflexion sur l’œuvre accomplie de retour sur un projet, ses réussites et ses échecs, de ses articles et de ses ouvrages, pas un mot (à propos du dixième anniversaire de la disparition de François Mitterrand). La question ‘mais qui était-il donc ?’ remplace le ‘mais qu’a-t-il donc fait ?’. » ( Régis Debray)

« Que la fonction transcende l’individu comme l’œuvre la personne de son auteur, cet acquis de civilisation va-t-il devenir une incongruité ? » (Régis Debray) – Tous à poil !

« L’indécence de l’époque ne vient pas d’un excès, mais d’un déficit de frontières ; entre affaires publique et intérêts privés, entre citoyen et individu, entre l’être et le paraître, entre l’info. et la pub, entre l’Etat et les lobbies, entre la chambre et le bureau… » (Régis Debray)

« Là où il y a du sacré, il y  a une enceinte. Et là où la clôture s’efface (ligne, seuil ou dénivelé) le sacré disparaît … La démocratie de proximité entend combler les distances. Là où régnait l’opacité, il y aura transparence … Plus de talus, plus d’écrans, plus de haies ; on arase pour dégager et pouvoir circuler … On a déjà enlevé l’estrade en salle de classe … Une société voyeuriste qui aspire au diaphane, le ‘sans frontière’ est le mot d’ordre … Chaque nivellement d’une circonscription protégée en voit émerger une autre dans notre dos … des apartheids plus ou moins édulcorés entre communautés ethniques, religieuses et linguistiques … insidieux retour du refoulé (Belgique, Espagne…) … Aux XVIII° et XIX° siècles, les lieux saints de Jérusalem, mur des Lamentations, esplanade des Mosquées ne mobilisaient personne … – (Régis Debray – Le moment fraternité) – Plus on arase, plus on construit des murs et on installe des barbelés.

« Tout ce qui fait seuil ou sas n’est pas destructeur, et tout ce qui lisse et efface n’est pas salvateur. » (Régis Debray)

« Les deux mamelles d’une nation réhabilitée qui ne s’appelleraient plus labourage et pâturage mais  étalage et déballage. » (Régis Debray)

 « Les pays de la Réforme ne mettent pas de volets aux fenêtres (ex. concret : les vitrines d’Amsterdam…), du spirituel au psychologique, de l’examen de conscience à l’autobiographie (dégoulinante). » (Régis Debray – sur le néo-protestantisme made in USA)

« Le sacré est ce qui se tient derrière la porte en bronze, le rideau – de scène, de lit ou de brume – ou sous le voile et qui ne se livre pas au premier coup d‘œil. » (Régis Debray) – « Lieu sacré … souvent un lieu de culte est vécu comme un refuge contre la dispersion, contre l’éclatement de soi, autrement dit un lieu où l’on ressource le sentiment d’être une personne. » (Robert Redeker) – Mais notre société ne veut plus des personnes, que des individus, plus rien n’est sacré. Tout sur la place publique. Au vu et au su de la meute.

« N’écartons pas, dans la traque vindicative des petites misères et du ‘misérable tas de secrets’, dans notre joie misérable à démystifier, la part des passions basses … Le démocrate nouveau est arrivé … Collé à la vie, ouvert(e), sympa, blessé(e) … Crédible parce qu’authentique. Décoiffant. Tel qu’en lui-même enfin. Le bureau donne sur la chambre. Sans hypocrisie. Traduisons en bon latin : obscène, ‘ob-scenus’, ce qui reste d’un homme quand il ne se met plus en scène, quand s’exhibe au regard de tous ce que l’on doit cacher ou éviter … Une société qui confond le ‘surmoi’ et le ‘moi’, le ‘nous’ et le ‘je’ … la société produite par la proximité, convivialité, réactivité … Une France myope et narcissique, qui ne voit presque plus rien en dehors de ses frontières, et ne se voit plus elle-même telle qu’elle est … parce qu’elle a renoncé à prendre le recul du spectateur … qui discrédite le spectaculaire, délégitime les  secrets, abandonne la distance et la retenue … Déballage et ‘coming out’ … abandon du secret de l’instruction, du secret médical … On commence par rabaisser le caquet à ceux qui se haussent du col, et l’on finit par faire rentrer dans le camp des minables, le nôtre, toutes les figures héroïques ou géniales … En chacun de nous, un maniaque du trou de serrure … Sans taillis, plus de gibier, sans coulisses, plus de scène … Gesticulations au lieu d’action … Obscène et condamné à l’échec, puisqu’un projet d’immédiate et absolue transparence, fût-il baptisé ultra ou post moderne, ignore qu’un être vivant dépérit s’il se voit privé de ses zones d’ombre. » (Régis Debray – simplifié)

« L’aspiration démocratique  à transformer en conscience une expérience aussi mince que possible (divorce, amour de vacances, traversée d’une banlieue, partouze, crise de la quarantaine, bedon qui pousse, moustache coupée, etc.) … L’équivalent littéraire du ‘selfie’ … La biographie d’une célébrité, sujet annoncé, laisse vite transparaître l’autobiographie de l’auteur, le vrai sujet, faufilé sous l’étiquette ‘roman’, avec son cortège d’autocélébrations et d’autocitations, et le brouillon de soi s’étale en gloire, que le sujet s’appelle Jésus-Christ ou Chaplin, peu importe. L’important n’est pas d’ouvrir sa fenêtre sur un monde inconnu ou légendaire mais de se mettre soi-même tout nu à sa fenêtre, sans rien celer de ses amours, enfants, psychanalyse, déménagements, plats préférés, etc. » (Régis Debray)

« Une existence consciente n’a rien à gagner à réduire ses zones d’ombre … Ouvrir ses tiroirs, ses portes, ses volets, retirer ses lunettes noires, vider ses poches, donner ses codes, ses clés, avouer ses fautes, même imaginaires, renoncer au bénéfice du doute, aux arrière-pensées créatrices, aux effets de surprise, par simple illusion conviviale, est une conduite d’échec, rien de plus … Il est absolument indispensable et utile à la société d’accorder le moins de place possible à la transparence, en tout cas comme nécessité morale. Après cela, libre qui veut de pratiquer la transparence personnelle,  si c’est par plaisir. » (Luc Dellisse)

« Sous le nom de transparence, l’espionnage a beaucoup progressé dans la sphère privée. Sous le nom de réseaux sociaux, l’exposition périlleuse de nos mœurs et de nos idées, et le coming-out indifférencié, s’insinuent dans toute les brèches que notre nonchalance laisse ouvertes. La plus petite exposition possible au regard et au jugement d’autrui est une condition indispensable à la tranquillité et au bonheur. » (Luc Dellisse)

« Celui qui prétend tout dire et tout montrer avoue en même temps son propre néant. » (Chantal Delsol)

« L’impudeur contemporaine représente l’un des aspects sociaux … où se révèle la fuite de soi. » (Chantal Delsol)

« Acceptation de la transparence. Abandon du statut de personne, serviteur/zombi d’un Etat providence ou d’une idéologie dominante qui  le mène par le bout du nez. » (tiré de Chantal Delsol) 

 « Irrespect pour l’individu et pour sa vie privée. Ici, on le justifie en brandissant le droit sacré à l’information … la police communiste … et ses micros …  ne pouvait-elle, elle aussi, prétendre assumer son ‘droit à l’information ? » (Chantal Delsol) – Au moins celle-ci avait-elle un but politique, autre que le voyeurisme malsain et la préoccupation constante de tout salir, tout pourrir pour aligner autrui à soi-même.

« Le plus terrible secret de ce monde serait qu’il n’y ait aucun secret. » (Jean-François Deniau)

« C’est dans la chrétienté médiévale que sera pensée la figure du secret non plus comme ordre du monde mais comme intériorité du sujet. Le for intérieur était ce lieu du cœur que seul Dieu pouvait connaître. C’est une révolution qui va peu à peu faire de l’intime une valeur, et du sujet un être appartenant d’abord à lui-même avant d’être une part du monde, cela d’Augustin à Abélard, de Duns Scot et Pascal à Kierkeggard. » (Anne Dufourmantelle)

« Le jardin secret représente une opposition positive à l‘air du temps. Il aide l’individu à penser par lui-même, à devenir un peu plus dense et à se moquer des diktats de l’époque. » (Anne Dufourmantelle) –  C’est bien pourquoi on exige la transparence partout, pour empêcher toute indépendance d’esprit et de comportement. Tous des laquais exhibitionnistes, dominants, dominés.

« Alller vers la connaissance de soi ne suppose pas de succomber au désir tyrannique de tout savoir sur l’autre, c’est même sans doute l’inverse … L’aveu devient la norme, et l’inavouable donc ce qui sera potentiellement reproché à quiconque se ‘sépare’ du flux communicationnel. Les nouveaux totems sont Facebook, Instagram, Twitter, etc. … Faut-il toujours descendre dans les cryptes pour y faire la lumière ? A quel prix saurons-nous tout de tout ? … Les premières pensées qu’un enfant ne dit pas, les premiers actes qu’il dissimule, les premières pensées qu’il omet de partager sont des étapes cruciales dans son chemin d’individualisation … Résister à l’obligation du ‘tout se dire’ est un acte de résistance … Vouloir tout savoir de l’autre est une maladie qui tue lentement ce qu’elle désire le plus protéger. Sans fantasme, aucun amour ne tient …L’entreprise de nivellement que requiert une économie mondialisée s’attaque aussi à l’imaginaire, parce que là commence le travail de la liberté … La fin des royautés et l’exercice de la démocratie ont peu à peu fait sienne la règle de transparence … Mais la transparence est le nouveau nom par lequel le politique organise de nouvelles opacités … Chacun sait qu’une politique de la transparence est impossible puisque le pouvoir cultive le secret pour s’exercer … Dans la société des aveux, tout secret est déjà un mensonge … Que toute la population se voit encouragée à faire de même (nécessité de mise en alerte et de traquer les abus par certains individus), c’est-à-dire à entrer dans la délation, est un effet pervers coercitif … La question n’est pas d’accepter servilement les opacités, mais de refuser de traquer tout aussi servilement toute résistance à une transparence informative idéale … Par qui et par quoi veut-on être surveillé ? Quel est ce besoin d’être vu à tout prix ? … Dans le ‘Panopticum’ de Jeremy Bentham, chacun est constamment sous surveillance … La transparence volontaire sert la servitude volontaire … La société matérialiste n’a d’autre objectif que de nous rendre plus poreux aux images qu’elle secrète, aux objets qu’elle fabrique et décompose, aux substances qu’elle considère indispensable à la fabrication d’un individu toujours plus lisse, aseptisé et interchangeable … De nouvelles castes apparaissent qui ont pour privilège premier le droit à la discrétion … Le secret peut avoir une double polarité séparatrice et unificatrice (cas des sociétés secrètes, initiatiques…). » (Anne Dufourmantelle – Défense du secret – considérations éparses sur le secret, la transparence…)

« On pourrait dire que le voyeur est un paranoïaque guéri. Tous deux ne supportent aucune action qui soit dissimulée à leur vue, aucune pensée, aucune intention à leur esprit. C’est-à-dire à leur contrôle. » (Anne Dufourmantelle)

« La ‘transparence’ est la vertu cardinale de notre époque. Tout ce qui était caché doit être révélé … ‘Le secret comme source de bonheur est une idée qui a vécu’ (Ségolène Royal – qui n’en est pas à une ânerie près). » (Benoît Duteurtre)

 « ‘L’outing’, mélange de transparence et d’exhibition … » (Benoît Duteurtre)

« La dérive la plus obscène de cet étalage personnel réside toutefois dans l’espionnage permanent qu’autorisent désormais les smartphones, prêts à dénoncer… » (Benoît Duteurtre)

« Ce qui était auparavant invisible (intime, intériorité) est désormais sollicité pour s’exhiber sur la scène publique … On comprendra que celui qui tiendrait à son invisibilité soit rejeté, mis de côté, voire suspecté de quelque crime imaginaire. La nudité physique, psychique et sociale est le mot d’ordre … Cette nudité sonne le glas d’une société dans laquelle chacun bénéficiait de dispositifs protecteurs. Les enveloppes doivent être enlevées. Chacun doit pouvoir être à la disposition des autres. Ce sont donc les meilleurs pervers qui tireront profit de la situation … En effet, le pervers affûté … pourra mettre à profit cette connaissance des autres pour développer son emprise sur eux, pour les soumettre à sa volonté de jouissance, les harceler, les mépriser, les déconsidérer, les dominer, les exploiter… » (Eugène Enriquez) – Voilà où va nous mener l’impérialisme de la fameuse transparence poussé à l’extrême. N’oublions pas que le résultat (sinon l’objectif) de l’hypermodernité devenue folle des excité(e)s est la guerre de tous contre tous.

« La version démocratiquement acceptable qui donne à la délation un alibi ‘solidaire’ et maquille l’indiscrétion en ‘vigilance conviviale’. » (Raphaël Enthoven) – L’hypocrisie des censeurs-inquisiteurs.

« Quelle différence entre l’indiscrétion et la délation ? Entre l’exposition forcée de vos passions discrètes et l’enfermement dans une identité que vous ne voulez pas avoir ? Entre un animateur considérable, que personne ne contredit, et qui exhibe, sans vergogne … la vie d’un autre, et une police secrète qui brise la réputation d’un dissident ? » (Raphaël Enthoven – à propos de la révélation d’un animateur de TV sur un autrui) – Mœurs indécentes de la société médiatique, reflet de notre société.

« Sous le masque de la transparence, derrière la volonté de lever les paravents, c’est d’abord la servitude volontaire qui donne le jour à l’illusion d’en finir avec l’illusion. » (Raphaël Enthoven)

 « Cache ta vie. » (Epicure) – Maxime impossible aujourd’hui dans le cabotinage exhibitionniste ambiant paré des plus belles vertus.

« Le jour à perpétuité : telle est la peine infligée au genre humain par les croisés de l’égalitarisme radical. » (Alain Finkielkraut)

« On a cessé de vivre caché, on se montre, on s’exhibe, on ne laisse rien ignorer de ses menus, de ses manies, de ses humeurs, de ses orientations, de ses coups de mou, de ses anniversaires. Sans fracas ni soubresauts, une révolution anthropologique a eu lieu : le désir d’apparaître pour être quelqu’un a pris le pas sur le sens de la pudeur. Quand ce ne sont pas les individus eux-mêmes qui arrachent le rideau protecteur, des malveillants s’en chargent (via les réseaux sociaux). » (Alain Finkielkraut)

« Humain est l’être qui peut fermer la porte derrière lui. Une vie n’est humaine qu’à condition de dérober une part d’elle-même à la lumière et de disposer d’un refuge contre les regards indiscrets. » (Alain Finkielkraut)

« L’idéal de transparence qui règne aujourd’hui presque sans partage. Les exhibitions un peu bouffonnes des hommes publics ne sont qu’un élément parmi d’autres d’une difficulté spécifiquement contemporaine à envisager l’intime autrement que sur un mode ironique. » (Michaël Foessel – La privation de l’intime) – L’indécence vulgaire.

« Par le biais de la ‘pipolisation’, les hommes et les femmes publics semblent avoir décidé de nous entretenir d’eux-mêmes pour ne plus avoir à parler de nous. » (Michaël Foessel)  – On conviendra que c’est bien pratique et, de plus, les innombrables stupides gogos aiment ça.

« On pourrait croire que les médias, assistés par certains hommes publics, nous ont collectivement transformés en valets de chambre. » (Michaël Foessel – La privation de l’intime)

« Le cœur n’est pas seulement l’organe de la générosité, il pourrait aussi devenir le critère d’un tribunal où l’on serait jugé sur ses intentions. La distance à soi et aux autres est une condition de la ‘civilité’ qui constitue le meilleur rempart contre la promiscuité du cœur. La privatisation de l’espace public est dangereuse parce qu’elle détruit ‘l’entre-eux’ qui sépare les hommes et qui garantit leur liberté. » (Michaël Foessel – La privation de l’intime)

« Historiquement, les époques de valorisation de l’intime coïncident avec la décadence du politique. Ainsi le déclin de l’empire romain correspond à un affaiblissement de la vie publique et à une promotion de la sphère privée. » (Michaël Foessel) – A méditer par la horde des dominants-bien-pensants.

« Un monde intimiste où aucun comportement public n’est plus anodin est un monde sans refuge où il devient extrêmement difficile d’élaborer sa liberté à l’abri du regard des autres. Car ‘plus les gens sont intimes, plus leurs relations deviennent douloureuses, fratricides, asociables’. » (Michaël Foessel – citant Richard Sennett) – Justement l’enfer de la transparence exigée a bien pour but ultime de rogner sur notre liberté.

« Avec l’aide des médias qui permettent d’organiser leur surexposition, les politiciens exhibent leur intimité pour éviter d’avoir à être jugés sur leurs actes … Le refus de traiter les citoyens comme des inconnus, le jeu de la proximité et la mise en scène de soi concourent à maintenir le statuquo social. » (Michaël Foesssel)

« Selon Pascal, il y a de la folie à croire que ceux que la société distingue méritent de l’être en raison de leurs vertus propres … Une société intimiste, qui fait partout l’apologie de l’authenticité, est propice à ce type de psychose : La réussite et l’échec y sont déclarés ‘personnels’, et donc toujours justifiés. » (Michaël Foessel)  – « Chacun devient responsable de son bonheur, et c’est la construction collective même d’un changement sociopolitique qui se trouve sérieusement limitée. » (Eva Illouz)   

« Rien ne pèse tant qu’un secret – Le porter loin est difficile aux dames – Et je sais même sur ce fait – Bon nombre d’hommes qui sont femmes … Car ce n’était plus un secret – Comme le nombre d’œufs, grâce à la renommée – De bouche en bouche allait croissant – Avant la fin de la journée – Ils se montaient à plus d’un cent. » (La Fontaine – Les femmes et le secret)

« Il y a des maniaques de l’indiscrétion qui pour regarder à travers une porte vitrée, se penchent au trou de la serrure. » (Michel Foucault)

« Comme s’il s’agissait de laisser de côté tout mystère ou, pour le moins, de transformer tout mystère, toute opacité en une ‘énigme’, relevant du ‘pas encore’ … Un homme-dieu, créateur créé dans un monde panoptique, sans âme, sans opacités … Un monde de ‘lumières sans ombres’ … Cette quête de la transparence correspond à la désacralisation propre à la modernité … ‘L’idéal panoptique de nos sociétés établit une identité entre bien et transparence’ (Michel Foucault – Surveiller et punir) … L’opacité immédiatement perçue comme maladive. » (Miguel Benasayag)

« Aux lanceurs d’alerte désintéressés voulant dénoncer des scandales d’Etat ont succédé des pirates et des multinationales cherchant à déstabiliser leurs cibles à des fins peu avouables … L’intérêt de l’arme du ‘leak’ (arme utilisée par tout le monde, facile de pirater une boîte mail, d’insérer de fausses dépêches…) réside dans l’impunité qu’elle autorise notamment aux pirates informatiques qui sont bien souvent à l’origine des fuites massives … Les ‘lanceurs d’alerte rémunérés’ ! (et commandités) … Qui sont ces pirates ? Pour qui travaillent-ils ? » (Pierre Gastineau et Philippe Vasset – Armes de déstabilisation massive, le business des fuites de données)

« Le prestige ne peut allers ans mystère car on révère peu ce que l’on connaît trop bien. » (Charles de Gaulle) – « Pourquoi cette quête de transparence suicidaire ?» (Régis Debray – à propos de notre classe politique)

« ‘Si vous avez été victime d’inceste dans votre jeunesse faites-nous part de votre expérience’ (station de radio connue) … Dans la course à l’audimat, la souffrance fait recette. » (Jean-Pierre Le Goff)

« Maxime pour les secrets : ni les ouïr ni les dire. » (Baltasar Gracian)

« Ne voit-on pas des gens qui veulent juger l’œuvre d’un homme d’après ce qu’ils savent de sa vie privée, comme s’il pouvait y avoir entre ces deux choses un rapport quelconque. » (René Guénon) – Sans compter l’intox et le mensonge  dans les deux sens, positif comme négatif. On voit bien là l’immense stupidité et le voyeurisme infantile contemporain.

« Le vulgaire éprouve toujours une peur instinctive de tout ce qu’il ne comprend pas, et la peur n’engendre que trop facilement la haine … Il y a d’ailleurs des négations qui ressemblent elles-mêmes à de véritables cris de rage, comme par exemple celles des soi-disant ‘libres-penseurs’ à l’égard de tout ce qui se rapporte à la religion … La mentalité moderne est ainsi faite qu’elle ne peut souffrir aucun secret ni même aucune réserve ; de telles choses, puisqu’elle en ignore les raisons, ne lui apparaissent que comme des ‘privilèges’ établis au profit de quelques-uns, et elle ne peut souffrir non plus aucune supériorité … La haine du secret, au fond, n’est pas autre chose qu’une des formes de la haine pour tout ce qui dépasse le niveau moyen, et aussi pour tout ce qui s’écarte de l’uniformité qu’on veut imposer à tous. » (René Guénon)

« La transparence du moi, l’exposition frénétique de chacun au regard de tous les autres, voilà une façon de retrouver le partage, l’alliance et le lien en mettant en quelque sorte l’intimité sur la table … L’homme sans intérieur est un homme désarmé. » (Jean-Claude Guillebaud) – Plus de rideaux.

 « De l’impératif de non-dissimulation … on est passé … à un totalitarisme de la transparence … Or, comme disent les océanographes en parlant de l’eau de mer, la transparence est signe de mort … Le principe de transparence … assiège de toutes parts le bastion de l’intériorité. » (Jean-Claude Guillebaud)

« Il est faux de dire que les femmes ne savent pas garder un secret. Elles le savent… mais à plusieurs. » (Sacha Guitry) – Horrible misogyne.

« Des stations du club Med (le tourisme, domaine par excellence de la marchandisation des émotions), à la musique d’ambiance, diffusée par nos écouteurs, en passant par les guides de psychologie positive et la valorisation de sentiments par l’industrie des cartes de vœux, la consommation et les émotions sont désormais entièrement imbriquées. C’est là un trait fondamental de notre modernité. Une modernité qui nous demande d’être parfaitement rationnels et, dans le même mouvement, de chercher sans relâche à intensifier nos émotions. Ce paradoxe est rendu possible par le fait que les émotions et les marchandises sont désormais coproduites, jusqu’à générer un type de produits inédit … les marchandises émotionnelles. » (Eva Illouz – Les marchandises émotionnelles)

« Tournant des années soixante … lorsque l’individu ne s’est plus contenté de suivre les scénarios proposés par l’industrie publicitaire mais est de lui-même parti en quête d’états émotionnels, qu’il utilise désormais  de manière stratégique, selon les circonstances.  Ce faisant, il s’est privé des moyens de percevoir quels sentiments lui appartiennent en ‘propre’ et quels autres sont simplement simulés … Nos sentiments sont eux-mêmes devenus des marchandises, des biens pouvant être proposés sur différents marchés dans l’objectif d’en tirer profit … avec lesquels il devient possible de faire des affaires plus ou moins profitables … Sentiments et émotions sont devenus des marchandises … On n’aperçoit plus que des sujets qui, pressés par l’industrie du spectacle, ne connaissent plus que des mouvements émotionnels et des émotions qu’ils mettent exclusivement au service de la promotion de leur personne. » (Eva Illouz)) – De quoi donner raison au tout est pourri. L’obscénité de l’exhibitionnisme ambiant.

« Qu’il s’agisse du ‘secret à deux’, celui des amants, ou du ‘secret à plusieurs’ qui cimente les communautés religieuses ou politiques, il y a toujours une aristocratie du secret, avec ses privilégiés, ses emblèmes, sa mythologie et ses serments. D’avoir vu ensemble une chose très rare, de détenir ensemble quelque secret accablant … crée déjà entre deux êtres une fraternité … une sorte d’entente non concertée. » (Vladimir Jankélévitch)

« De nos jours, tout s’étale : les amours, les haines, les bassesses … L’absolu de l’intime s’en est allé, laissant le champ libre à un exhibitionnisme qui de plus, pour beaucoup, va de soi … Moi qui tiens la discrétion pour vertu. » (Lucien Jerphagnon – L’astre mort)

« Discrétion, la seule vertu qui souffre l’excès sans en souffrir. » (Marcel Jouhandeau)

« Aujourd’hui, dénoncer n’est plus un tabou. » (journal Le Parisien – sur les lanceurs d’alerte) – C’est même devenu glorieux, avant de devenir un devoir, puis une obligation légale ! La pourriture ne cesse de progresser.

« Que chacun donne son mot de passe, que chacun dise quel est son nom,, d’où il vient et de qui, qui le paie et pourquoi … Travail de repérage, de mesure, de détection… » (Hervé Juvin)

« ‘Il n’y a de barbares que ceux qui considèrent les autres comme tels’ … Nous qui dénonçons chaque jour de nouveaux pédophiles, de nouveaux racistes, de nouveaux extrémistes … nous qui mettons chaque jour de nouveaux mots, auteurs, livres, propos, opinions, idées à l’index, savons-nous bien les nouveaux et présentables barbares que nous faisons ? » (Hervé Juvin – citant Claude Lévi-Strauss)

« La diffamation vertueuse, douce et diluée, la délation bien-pensante et mimétique donnent son style à la chasse aux sorcières à la française. » (Pierre-Patrick Kaltenbach)

« L’un des puissants leviers du XX° siècle qui influence l’opinion publique et qui, par ce canal, se déverse et s’infiltre partout, c’est la mentalité de laquais … Le laquais ne connaît pas, et surtout ne reconnaît pas de héros … Sa façon de voir le monde mesure tout à son aune terre-à-terre et elle observe tout à partir de ses propres vues et perspectives, qui sont déterminées par l’envie et la méfiance soupçonneuse … De nos jours, c’est le regard du laquais qui devient maître souverain pour dicter à l’opinion ses canons en matière de morale et de goût … Une certaine presse dite de caniveau, sait tout sur tout un chacun et peut donc exercer sur n’importe qui du chantage à l’aide de témoignages compromettants, réels ou fabriqués. » (Karel Kosik) – Notre société de médiocres envieux qui pratique et vante tant la dénonciation. 

« Tout, y compris la vie privée, y compris la politique, y compris la vie culturelle, se transforme en espace d’exhibition, et le ‘schauspieler’ devient omniprésent … l’apparence constitue la catégorie principale de l’époque … Ce n’est pas l’homme en lui-même qui est important, c’est son image … la vie publique est une arène où les ‘schauspieler’ de tous styles et de tous âges concourent pour leur image … première place dans les concours de popularité … se maintenir en haut de l’échelle. Ceux qui sont à la pointe de la popularité, des enquêtes, représentent les sommets de la culture moderne, c’est à eux que revient l’admiration, ils sont reconnus comme des héros … Le ‘Schauspieler’ est la figure de la  ‘fin de l’Histoire’. Son essence est l’imitation, comme la ‘fin de l’Histoire’ est une imitation en grand et une grandiose production de succédanés. » – Le ‘schauspieler’ (Nietzsche – Le gai savoir) celui qui se montre, celui qui s’exhibe, qui n’est rien sans spectateurs, l’homme de l’instant, le centre de l’attention… – « Se rendre visible … Le ‘showman’ devient le personnage central de notre époque. Son entrée en scène annonce la fin de la culture. Un ‘showman’ prend la réalité pour une scène et se donne en spectacle en ‘se la’ jouant de telle ou telle manière … Avec de tels bouffons, notre époque est incapable de produire autre chose qu’une farce … Dotée des moyens techniques les plus modernes, notre époque est capable de tout, à l’exception de trois choses : révérer ce qui est sacré, avoir le sens de l’humour et respecter la dignité. La bouffonnerie est l’essence même de sa vacuité. » (Karel Kosik) 

« Pour un groupe secret, le mensonge sera plus qu’une vertu. Dissimuler ce qu’il est et, pour pouvoir le faire …  Simuler ce qu’il n’est pas : voilà le mode d’existence que tout groupement secret impose à ses membres … Ne pas dire ce qu’on pense … Dire le contraire. » (Alexandre Koyré) – Ces groupes sont beaucoup plus puissants et influents que ce qu’imagine le bon Gogo.

« Le privé et le public sont deux mondes différents et le respect de cette différence est la condition ‘sine qua non’ pour qu’un homme puisse vivre en homme libre. Le rideau qui sépare ces deux mondes est intouchable. Les arracheurs de rideaux sont des criminels … Le rêve surréaliste cher à André Breton : la maison de verre, maison sans rideaux où l’homme vit sous les yeux de tous … Beauté de la transparence ! … Société totalement contrôlée par la police … Transformation d’un homme de sujet en objet … La divulgation de l’intimité de l’autre, dés qu’elle devient habitude et droit, nous fait entrer dans une époque dont l’enjeu le plus grand est la survie ou la disparition de l’individu. » (Milan Kundera – Les testaments trahis) – Les excité(e)s de la transparence ne veulent voir que des êtres couchés, des robots, tels qu’eux, telles qu’elles mêmes, le sont déjà.

« Quand une conversation d’amis … est diffusée publiquement … ce ne peut vouloir dire qu’une  chose : que le monde est changé en camp de concentration, qu’il s’agit d’un monde où l’on vit perpétuellement les uns sur les autres, jour et nuit. Le camp de concentration, c’est l’entière liquidation de la vie privée. » (Milan Kundera)  – Et c’est bien ce que veulent, de nos jours, tous les inquisiteurs, les furieux et furieuses de la transparence, de la délation organisée.

« Les ‘fouilleurs de poubelle’ sont des passionnés de l’inessentiel. » (Milan Kundera) – A qui pensait-il ? Aux passionnés de la Transparence ?

« On peut quelque fois compter sur la discrétion d’un traître, jamais sur celle d’un étourdi. » (Jean-Benjamin de Laborde)

« La seule chose interdite dans notre culture du dévoilement est la tendance à interdire, à fixer des limites au dévoilement. » (Christopher Lasch) – La culture de l’illimitation, drogue compensatoire des minables.

« Des gens n’appartenant pas au même milieu pouvaient s’entretenir poliment et coopérer, sans devoir, pour autant, dévoiler leurs secrets les plus intimes. Cette réserve disparut … On se mit à croire que le comportement public d’un individu révélait sa personnalité intérieure. Le culte romantique de la sincérité et de l’authenticité arracha les masques que l’on portait en public, mina la distinction entre vie publique et vie privée. On se mit à considérer le domaine public comme un miroir de soi ; on perdit la capacité de distanciation et donc de nouer des relations sur le mode du jeu … Les rapports sont devenus terriblement sérieux … ‘Tout moi étant, d’une certaine façon, un musée des horreurs des rapports civilisés entre les individus ne peuvent d’établir que si nos petits désirs, nos cupidités et nos envies sont soigneusement gardés secrets.’ » (Christopher Lasch – citant Richard Sennett)

« Il est au-dessous de notre dignité d’accorder à ce ramassis une importance réelle. Il est toujours au-dessous de notre dignité de dégrader l’intégrité individuelle en allant fouiller et remuer l’ordure de l’accident et de l’inférieur, le ramassis des coïncidences mécaniques et des automatismes. Seuls ont un sens les événements qui concernent une âme dans sa pleine intégrité, soit qu’ils en sortent, soit qu’ils la modifient » (D. H. Lawrence – s’élevant contre le romantisme en général – cité par Roger Caillois)  – Et le déluge d’exhibitionnisme narcissique actuel !

« Chacun d’entre nous est invité à une constante mise en scène de lui-même … L’exhibitionnisme et le voyeurisme font partie des perversions majeures de notre temps … Le monde extérieur n’a plus d’intérêt et de réalité que si j’en constitue la figure centrale (hideuses selfie devant des monuments ou des paysages). » (Dominique Lecourt)

« La transparence livre les citoyens à une conception de la société qui favorise un pouvoir sans aucune limite. C’est bien l‘idée du régime totalitaire. » (Dominique Lecourt)

« La délation érigée au rang de vertu. » (Bérénice Levet – sur le féminisme)

« La sorcellerie, c’est la curiosité qui se manifeste là où il faut baisser les yeux, l’indiscrétion à l’égard du divin, l’insensibilité au mystère, la clarté projetée sur ce dont l’approche demande de la pudeur. » (Emmanuel Levinas – Lectures talmudiques)

« Pour vivre heureux, vivons montrés. La vie privée est une affaire publique. Le droit à l’intimité a cédé la place à un devoir d’exhibition. Si la vie est une marchandise, son exploitation est un business. » (Elisabeth Lévy)

« Les malheurs privés sont un précieux carburant de la fabrique d’émotion publique … La cellule d’aide psychologique, la création d’une association et la publication d’un livre sont les ingrédients d’une trithérapie sociale fort prisée. » (Elisabeth Lévy)

« Ce qui est nouveau c’est que chacun (et plus encore chacune) se croie autorisé, et même encouragé, à livrer à ses concitoyens son ‘misérable petit tas de secrets’ » (Elisabeth Lévy)

« Ce n’est pas la transparence qui nous attend mais la surveillance généralisée. » (Elisabeth Lévy)

« Lorsqu’on dénonce un homme, on révèle. Lorsqu’une femme est dénoncée, on la diffame. Parité ? » (Jean-Paul Lilienfeld)

« Le strip-tease psychique qui nourrit le voyeurisme devenu aujourd’hui universel. » (Gilles Lipovetsky)

« A l’âge de l’individualisme hypermoderne, le moi n’est plus haïssable, tant il est vrai qu’on assiste à une formidable expansion sociale des pratiques d’exposition de soi. » (Gilles Lipovetsky, Jean Serroy)  – A en être écœuré.

« Il n’y a nulle tromperie dans le refus explicite de tout dire. La malhonnêteté consiste à faire croire qu’on dit tout, que l’homme d’Etat n’a aucun secret pour le public. Et cette malhonnêteté a pour origine l’argument sophistique selon lequel le public … n’aurait qu’un seul esprit qu’un seul cœur, un seul intérêt commun. » (Walter Lippman) – S’ajoute maintenant, l’obscène voyeurisme des minables.

« Dans la passion de la vérité il faut savoir s’arrêter à temps. » (Juliette Machon – citée par Clément Rosset) – Sauf à tomber dans la curiosité, ou pire encore, dans l’obsession de la transparence et la chasse en meute.

« La croyance trop répandue dans le milieu médiatique et politique que ‘la fin justifie les moyens’. Et que pour dénoncer ‘l’humain, trop humain’, il conviendrait de recourir à la dénonciation, voire à la délation … Nos justiciers à la petite semaine, sous prétexte d’éradiquer la corruption et le mensonge, instaurent un climat de défiance généralisée, d’espionnage perpétuel, bien contraire au but recherché … L’esprit prêtre n’est pas mort. Et l’inquisition ne manque pas de renaître périodiquement de ses cendres. » (Michel Maffesoli)

« Notre époque croit aux secrets dévoilés. D’abord parce qu’elle pardonne mal son admiration, ensuite parce qu’elle espère obscurément parmi les secrets dévoilés, trouver du génie. … Sous l’artiste on veut atteindre l’homme. Grattons jusqu’à la honte la fresque, nous finirons par trouver le plâtre … La foule, dans sa bassesse, se réjouit de contempler les humiliations des grands et les faiblesses des puissants ; en découvrant toute espèce de vilenies, elle est enchantée : ‘il est petit comme nous !’ ‘il est vil comme nous !’ » (André Malraux – Les voix du silence)

« La discrétion est ma devise. Même sur ma carte de visite, il n’y a rien d’écrit. » (Groucho Marx)

« Il ne faut pas essayer d’entrer dans la vie des êtres malgré eux … Il ne faut pas pousser la porte de cette seconde ni de cette troisième vie que Dieu seul connaît. Il ne faut jamais tourner la tête vers la ville secrète, vers la cité maudite des autres, si on ne veut pas être changé en statue de sel. » (François Mauriac – La Pharisienne) – La transparence totale est une idée de voyeur-sadique.

« A quoi bon découvrir les ressorts secrets de ce qui est accompli. » (François Mauriac – le personnage cité songeant à l’introspection)

« Dans la culture de gauche (ou progressiste, ou moderniste) toute porte fermée constitue une provocation intolérable et un crime contre l’esprit humain. C’est … un impératif catégorique que d’ouvrir, et de laisser ouvertes, toutes les portes existantes (même si elles donnent sur la voie et que le train est en marche) … cette peur panique d’interdire. » (Jean-Claude Michéa)

« Le mystère a contre lui le fantasme de la transparence démocratique. » (Richard Millet)  – D’où notre monde infiniment horizontal, infiniment plat, infiniment morne, infiniment désespérant.   

« Rappelant ainsi que la dénonciation est non seulement une spécialité française, mais encore un des plus bas instincts humains et qu’il importe de le flatter. » (Richard Millet – commentant la plainte d’un président de la Halde (organisme de lutte contre les discriminations) se plaignant qu’on ne saisisse pas suffisamment cette noble institution, qui ne reçoit pas assez d’appels).

« L’évaluation, terme longtemps anodin, désigne aujourd’hui un ensemble de pratiques nouvelles et menaçantes. L’évaluation met en place les procédures propres à instaurer l’absolu gouvernement des choses. Non seulement, elle saisit les hommes dans leurs activités extérieures (conduites, résultats, productions…), mais elle prétend sonder les profondeurs de l’intime … à évaluer les sujets comme sujets. A les frapper du sceau de l’inerte … Que l’individu soit branché sur la normalité de groupe, de tels raccordements doivent mettre en alerte … L’idéologie de l’évaluation poursuit un seul dessein ; que du plus grand au plus petit, du plus public au plus secret, la même logique soit mise en œuvre et que cette logique s’accomplisse … comme une obéissance. Cela doit mettre en alerte … Comme autrefois dans l’agriculture soviétique, les objectifs sont si obscurs et si confus que personne ne pourra jamais les définir, spécialement pas  ceux qui les fixent. L’important n’est pas d’ailleurs qu’ils soient définissables, mais qu’ils soient impératifs, contradictoires et, de préférence, humiliants. » (Jean-Claude Milner – La politique des choses)

« C’est cela, l’ère de la transparence. On a ennobli les délateurs qu’on appelle désormais les lanceurs d’alerte. » (Eric Dupont-Moretti)

« La moindre des qualités consiste à garder un secret, la plus grande consiste à l’oublier. » (Al-Muhallab)

 « Démarche de visibilité pour dépasser la logique binaire d’inclusion-exclusion et de répulsion-attraction réciproques génératrice d’écarts susceptibles de rompre toute relation de convivialité et de compromettre notre nécessaire appartenance à une citoyenneté commune … Les placards doivent sortir de l’obscurité ! L’oubli doit cesser d’être victime d’omission ! » (Philippe Muray – acide, sur la transparence)

 « Ceux ou celles qui ont quelque chose à dire ne viendront jamais le dire (à la télé) … Ils ont compris qu’avec cette technique du témoignage, de l’aveu public, du récit intime et de la confession, on cherchait à les tuer. Ils ont vu, ils ont senti à l’œuvre la haine foncière des médias pour l’individu. » (Philippe Muray)

« Le vieux monde, c’était le monde de l’obscurité et de la dissimulation (le monde ‘victorien’). Le nouveau monde annonçait la transparence sans entraves. La nudité obligatoire … nouvel ordre moral … Pas question de laisser un mystère traîner dans un coin ! Tout doit être éventé ! Tout doit être vu jusqu’à l’os, comme dans la pornographie. » (Philippe Muray)

« la dénudation généralisée est l’avenir radieux de ce nouveau monde-monstre. » (Philippe Muray)

« Nous ne savons plus ce que signifie l’expression ‘vie privée’. Nous n’invoquons plus le caractère prétendument sacré de celle-ci que contre des ennemis sélectionnés (et officiellement labellisés tels : fascistes, populistes…) … Nous en avons évacué le concept, et les tripes se répandent sans répit, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sur tous les plateaux de télévision … Sphère publique et sphère privée ont fusionné sous les exigences de la transparence. La ‘visibilité sociale’ est devenue le devoir de tous. » (Philippe Muray) 

« En se plaignant, on se console. » (Alfred de Musset) – Aujourd’hui, en plus, l’exhibition fait du fric.

« ‘L’avec’ est une détermination fondamentale de l’être. L’existence est essentiellement co-existence … Être-avec, ou s’exposer les uns aux autres, les uns par les autres : rien à voir avec une ‘société du spectacle’. » (Jean-Luc Nancy)

« Le principe qui règne aujourd’hui est une curiosité universelle : chacun montre sa belle âme, raconte ses secrets. Qui a le malheur de ne pas s’y intéresser est un monstre. » (Roger Nimier)

« Celui qui vit sous le regard des autres fait comme les autres dans le seul dessein d’éviter d’avoir à être jugé par eux. L’incapacité à la solitude joue un rôle majeur dans le consentement. » (Michel Onfray) – Il est évident que la fameuse transparence, n’est qu’un outil supplémentaire conçu et encensé pour servir le conformisme, la servilité et in fine promouvoir soumission et lâcheté.

« Car la pente irrésistible de l’égalité est de dissoudre toutes les discriminations, et l’obsession de l’homme démocratique consiste à postuler avant tout la ressemblance des êtres et l’homogénéité des lieux … L’absence de couleur esthétique observée en Amérique est selon lui dans l’exacte dépendance d’un moralisme omniprésent … De là, les mœurs sévères qu’on observe en Amérique, la gravité des individus, le sentiment qu’à tout instant chacun est averti de ce qu’il doit sentir et de ce qu’il doit faire … Un monde vide d’émotions esthétiques …  ‘sans ombres, sans ambiguïté, sans mystère, rien d’autre qu’une prospérité banale, visible au grand jour tout simplement’. »  (Mona Ozouf – évoquant le romancier Henry James) – Espace sans relief. Les mœurs sévères restent sous la surface de l’exhibitionnisme, voir les délires de l’anti harcèlement.

« Un secret n’est pas quelque chose qu’on ne se raconte pas, mais c’est une chose qu’on se raconte à voix basse et séparément. » (Marcel Pagnol)

« L’obscène est cette invasion de la scène par l’humain réduit au stade pathétique de la pure revendication … L’obscénité du spectacle permanent à laquelle l’humanité se voue, à travers l’exhibition médiatique, consiste à emplir la scène de son néant. » (Paul-François Paoli) – Vanité qui n’attend rien d’autre que la vaine approbation de soi.

« Qui peut encore se permettre le luxe d’être indigné ? Pour être indigné, il faut avoir gardé le sens du digne et de l’indigne, or c’est justement ce sens qui s’est perdu avec la révolution anthropologique en cours … Où se situe la frontière du digne et de l’indigne, du décent et de l’indécent, de l’acceptable et de l’intolérable ? » (Paul-François Paoli)

 « Des contritions plus sales que des fautes. » (Charles Péguy)

« L’industrie pétitionnaire … Comment expliquer qu’un si grand nombre d’intellectuels, puisque tel est leur statut officiel, puisse de nos jours accepter aussi facilement de se livrer, toute honte bue, à des opérations de basse police … ‘La passion policière qui pousse certaines gens à dénoncer voisins, parents, relations ou collèges ne trouve de véritable exutoire que dans les périodes de bouleversements, de guerres, d’occupation … Mais même en temps normal, elle n’en demeure pas moins latente chez les ratés, les envieux, les médiocres … la vénalité en est rarement absente, mais ce serait une erreur d’y voir son moteur exclusif … La recherche d’avantages personnels s’augmente le plus souvent d’autres mobiles non moins puissants : des sentiments d’infériorité ou de frustration (le succès d’autrui apparaissant comme une véritable provocation), le désir de se donner de l’importance, une forme d’exhibitionnisme, et surtout un respect inné du Pouvoir, de l’Ordre établi, des Autorités, l’instinct flic, la haine de tout ce qui apparaît non conforme, différent, hétérodoxe, hérétique.’»  (André Perrin – citant Simon Leys)

« On eut également droit à la variante ‘défense de la vie privée contre cette abominable entreprise de transparence totalitaire’, de la part de gens qui, bien souvent, avaient trouvé la transparence  tellement moderne et démocratique. » (Natacha Polony – à propos des exploits sexuels de  monsieur DSK) – Tout dépend en effet de qui il s’agit. Si la sainte transparence exige que l’on traque le citoyen ordinaire jusque sous son lit, il convient de protéger nos élites, président inclus, de leurs minables coucheries ou même agressions.

« On ‘moralise’ la vie politique, mais on le fait par la loi, parce que la loi peut seule freiner les excès engendrés par l’absence d’interdit moral. Face à la disparition de la ‘décence’, de cette connaissance intime et instinctive de ‘ce qui se fait’ et de ce ‘qui ne se fait pas’, on organise la transparence, c’est-à-dire la surveillance. » (Natacha Polony)

« Nos démocraties sont menacées par une nouvelle idéologie : celle du ‘minoritarisme’ … Ces nouveaux bigots détestent l’homme tel qu’il est, avec ses faiblesses, ses pulsions, ses humeurs, l’homme incarné … Reconnaître les droits des homosexuels, l’égalité homme-femme, combattre le racisme, s’occuper des handicapés … Autant de nobles causes ! Mais chaque fois ces causes sont instrumentalisés par des minorités actives qui en font un instrument de combat idéologique … Dérives flagrantes avec le néoféminisme et ‘Balance ton porc’, campagne partie d’une indispensable dénonciation pour  tourner à la curée contre la figure fantasmée du  mâle dominateur … Cette idée du Bien que poursuivirent les inquisiteurs et les comités de salut public de tout poil, tous ceux qui ne voulaient pas le bonheur de l’homme tel qu’il est avec son petit tas de misère, ses joies simples et ses grandeurs insoupçonnées, mais la rédemption de leur âme ou le contentement de leur orgueil pour avoir su conduire tant de pécheurs dans le droit chemin … Culture permanente de la culpabilisation, de la repentance, de la transparence, dictature de la bien-pensance, totalitarisme qui n’assume même pas sa nature totalitaire … Coupables d’avoir bu un verre, d’avoir blagué sur les femmes, de manger de la viande, d’avoir offensé une minorité quelconque, un citoyen qui se trouvait un type à peu près bien se retrouve cloué au pilori, sommé d’expier ses crimes et de faire repentance … Derrière cette traque aux dérapages et ces entreprises de rééducation, un mécanisme ; la tyrannie des minorités qui instrumentalisent des combats essentiels, pour les transformer en croisade contre une supposée majorité, contre les ‘dominants’. Au nom du Bien, on modifie le vocabulaire, on nie le plaisir, on criminalise le désir, on réécrit l’histoire … Ce ‘minoritarisme’ tend à s’étendre à l’ensemble des rapports sociaux pour imposer … Le droit de ne pas être offensé s’est transformé en injonction  à se taire … Une conception des droits, de la liberté et de l’égalité qui correspond uniquement aux modèles culturels forgés par la société américaine. » (Natacha Polony, Jean-Michel Quatrepoint)

« La volonté de transparence qui cache un trop facile alibi aux dérapages, alors qu’elle est parfaitement trompeuse et dangereuse. » (Bernard Poulet) – Et qui cache souvent un goût du sang, un désir de lynchage.

« Derrière l’idéologie de la dénonciation,  on a vu resurgir la position hypercritique, héritière des projets révolutionnaires et réformistes … qui n’en appelle plus à l’intelligence mais à la morale, opposant le bien au mal et interdisant à la fois de combattre et de débattre. » (Bernard Poulet) – La dénonciation, Cette fille bâtarde de la transparence n’est qu’une idéologie compensatrice pour les voyeurs-impuissants.

« Le conditionnel, tout journaliste peut en attester, n’est que le cache-sexe de l’hypocrisie, quand il n’est pas le sésame de la mauvaise foi, l’instrument des pires insinuations, des campagnes les plus nauséabondes. » (Bernard Poulet) – L’outil privilégié des dénonciateurs.

« Démagogique, égalitaire, fraternelle, ces mots désignent la même attitude : des meurtriers se surveillent du coin de l’œil. Ils participent à la même aversion pour toutes les supériorités. Ils sont tous blottis les uns contre les autres, serrant les mains sur leur anxiété … quémandant une protection, un interdit, une chaîne, un médicament supplémentaire. Cet effroi devant l’indépendance et le désir se métamorphose naturellement en haine contre ceux qui revendiquent un peu d’ombre dans le dessein de dérober à la vue de tous leurs jouissances. Pour eux la liberté est une émeute. Ils ont peur s’ils ne dorment pas. » (Pascal Quignard – Les ombres errantes) – Secret, intimité : dangereux, interdits, tous transparents, nus,  sur la place publique.

« Il n’est point de secret que le temps ne révèle. » (Racine – Narcisse)

« Devenant un acte social valorisé, la délation appelle la délation. » (Florence Rault) 

« L’indiscrétion est contagieuse. » (Charles Régismanset)

« Quand on commet une indiscrétion, l’on se croit quitte en recommandant à la personne d’être plus discrète qu’on ne l’a été soi-même. » (Jules Renard)

« Nous avons créé un environnement à notre image : minuscule, futile et vulgaire. » (Ivan Rioufol)

 « Suffisance, amour de soi, besoin de paraître : cette autosatisfaction collective qui fait que chacun pense être une référence, au minimum l’égal de l’autre, généralement son supérieur, et qu’il entend le faire savoir à un public prêt à tout avaler … Cette vanité collective est née en 1968, avec l’éclosion des concepts d’autogestion, d’autonomie, d’autocontentement. Un individualisme égalitariste et sarcastique en est resté, qui s’est engraissé de quelques principes à la mode : la transparence, l’authenticité, l’impertinence … Il n’est pas nécessaire d’avoir quelque chose à dire pour se faire entendre. Comme il est recommandé de faire connaître son avis quand on ne sait rien du sujet. L’époque ne souffre que la spontanéité. Elle  a aussi un faible pour l’outrance … Elle raffole des exhibitions et des effets de manche … Elle aime le bruit et le vent, le vedettariat et la provocation … Seule la pulsion est créatrice … Ainsi la grossièreté s’est imposée … Superficialité, dérision et imposture … Nous avons créé un environnement à notre image : minuscule, futile et vulgaire … Du ‘quant à soi’ étriqué, l’époque est passée au copinage débridé (médiocrité du tutoiement généralisé, extrême vulgarité de la bise) ... Faites un livre, passez à la télévision. Montrez-vous. Laissez parler votre sensibilité, dévoilez votre générosité, votre capacité d’écoute … Combattez, vous êtes héroïque. » (Ivan Rioufol – La tyrannie de l’impudeur)

« La discrétion va de pair avec le savoir-faire et son efficacité. Le professionnalisme n’a pas besoin de se faire mousser. » (Ivan Rioufol)

« Comment pouvons nous prétendre qu’un autre garde notre secret, si nous ne pouvons le garder nous-mêmes ? »(La Rochefoucauld)

« Celui à qui vous dites votre secret devient maître de votre liberté. » (La Rochefoucauld)

 « Rechercher la vérité ne signifie pas du tout qu’il faille, dans toutes les circonstances, parfois anodines, de l’existence, toujours tout observer, tout écouter, tout épier … L’homme d’aujourd’hui n’a que trop tendance à confondre le service du vrai avec la satisfaction de sa curiosité. » (Clément Rosset) – Et parfois le goût de la délation encouragée par les autorités et les média.

« Le secret doit exister, ce n’est pas un vide que l’on cache. » (Dominique de Roux)

« L’homme a insatiablement besoin de l’homme … pour assouvir son cannibalisme psychique, pour assouvir le besoin de voir, de toucher, de connaître sans discrétion …  Il y a dans l’indiscrétion de la foule pour ses idoles acteurs, artistes, sportifs, gladiateurs, matadors, aristocrates, personnages royaux, criminels célèbres, quelque chose de gourmand … avidité du public. » (Raymond Ruyer) – Ce qui fait bien l’affaire des dites idoles exhibitionnistes.

« Il ne faut pas écouter aux portes, non point par discrétion, mais parce que nous prêtons un intérêt excessif à des propos qui ne nous sont pas destinés. » (Pierre Sansot) – Si, aussi par discrétion, pour ne pas partager l’immonde du voyeur si répandu dans notre société.

« L’Etat voudrait que les citoyens n’aient pas de secrets pour lui, tout en conservant les siens bien cachés (ce ne sont pas les exemples qui manquent). La transparence est de gauche, le secret de droite. En quoi le secret est-il toujours vicieux, et la nudité vertueuse ? Idée dans sa généralité aussi fausse que son contraire. A quand un secrétariat d’Etat à ‘l’outing’, un ministère de la transparence ? » (Michel Schneider)

« Un secret n’existe que s’il est connu de quelqu’un. » (Louis Scutenaire)

« Aujourd’hui, le maître-mot est ‘authentique’ … sans apprêt, sans fard, quasi transparent. C’est ainsi que nous sommes curieux de biographies détaillées : quel est le vrai caractère d’une  star, d’un politique ? Nous votons même moins sur un programme et une action passée, que pour ou contre un homme tel qu’à la télévision il a su ou non nous inspirer confiance. Tout à cette quête quelque peu narcissique, nous fuyons avec ennui l’étude des mécanismes sociaux ‘impersonnels’, des ‘froides’ statistiques, laissant ainsi à peu de frais le pouvoir aux élites qui nous gouvernent. » (Richard Sennett) – Il est donc normal que l’électeur soit cocu.

« L’obsession des personnes, aux dépens des rapports sociaux plus impersonnels, peut se comparer à un filtre qui décolorerait toute notre saisie rationnelle de la société. » (Richard Sennett)

« L’ennui est la conséquence logique de l’intimité considérée comme un marché d’échange ; L’autre n’est plus un inconnu ; ‘Il n’y a plus rien à se dire’. » (Richard Sennett)

« Plus les gens ont de barrières tangibles entre eux, plus ils sont sociables … Pour être sociables, les êtres humains ont besoin de se retrouver protégés les uns des autres. Augmentez le contact intime, vous diminuez la sociabilité. » (Richard Sennett) – Voir l’expérience des bureaux conçus comme des open space.

« Tout moi étant, d’une certaine façon, un musée des horreurs, des rapports civilisés entre les individus ne peuvent s’établir que si nos petits désirs, nos cupidités, nos envies sont soigneusement gardés secrets. » (Richard Sennett)

 « Rousseau prédisait que l’ordre public s’effondrerait et serait remplacé par un mode de vie fondé sur la combinaison du sentiment intimiste authentique et de la répression politique … Mode de vie qui, en fait ressemble beaucoup au nôtre … tyrannie politique et recherche de l’authenticité individuelle vont de pair. Telle est l’essence de la prophétie rousseauiste, et elle s’est trouvée réalisée. » (Richard Sennett)

« Nous sommes confrontés à une véritable idéologie de l’intimité : les rapports sociaux ne sont réels, crédibles et véridiques que lorsqu’ils tiennent compte de la psychologie interne de chacun. Cette idéologie transforme des catégories politiques en catégories psychologiques. Elle définit  l’esprit humanitariste d’une société sans dieux ; la chaleur humaine est devenue notre vrai dieu. » (Richard Sennett)

« Le masque permet la pure sociabilité … La civilité préserve l’autre du poids du moi … Elle consiste à traiter les autres comme s’ils étaient des inconnus, à forger avec eux des liens sociaux respectant cette distance première … L’incivilité est inverse, c’est le fait de peser sur les autres de tout le poids de sa personnalité … Pensons à ces personnes inciviles qui déversent sur leurs interlocuteurs les traumatismes quotidiens  qui les assaillent ; pensons à toutes ces autobiographies, à toutes ces biographies qui décrivent compulsivement les goûts sexuels, les habitudes financières, les faiblesses caractérielles … L’incivilité des leaders politiques contemporains, et spécialement des leaders charismatiques permettant aux structures de la domination de rester dissimulées et intactes … La perversion de la fraternité dans l’expérience communautaire moderne … où la fraternité n’est plus que l’union d’un groupe sélectif qui rejette tous ceux qui ne font pas partie de lui … Plus la communauté est intimiste, moins elle est sociable. » (Richard Sennett)

« Un monde dans lequel le fait de voir, d’être vu, de faire-voir et se faire-voir sont si centraux est un monde qui a bel et bien été abandonné par la honte. » (Raffaele Simone)

« Tout être humain est entouré d’une sphère invisible dont la dimension peut varier selon les différentes directions et les différentes personnes auxquelles on s’adresse ; nul ne peut y pénétrer sans détruire le sentiment que l’individu a de sa valeur personnelle. » (Georg Simmel)

« S’abstenir de connaître tout ce que l’autre ne révèle pas positivement … Réserve … Tout ce qui n’est pas permis est interdit … Renoncer à connaître tout ce que l’autre ne montre pas de son plein gré. » (Georg Simmel) – Evidemment, une telle correction ne saurait exister dans l’indécente société actuelle où l’exhibitionnisme narcissique rencontre en face l’exigence de soi-disant transparence (curiosité malsaine) renforcée par la pratique honorée de la délation.

« Comme l’action de dissimuler des réalités … est l’une des plus grandes conquêtes de l’humanité ; comparé à l’état d’enfance, où toute représentation est aussitôt exprimée … le secret permet un extraordinaire élargissement de la vie, parce que la publicité totale empêche bien des contenus exisrentiels de se manifester. Le secret offre en quelque sorte la possibilité d’un autre monde à côté du monde visible. » (Georg Simmel) – En clair, une société qui se voudrait transparente, comme la nôtre actuellement, serait indécente, obscène et ne ferait qu’augmenter l’hypocrisie ambiante.

« Tout ce qui est mystérieux est essentiel et important … Le secret fonctionne aussi comme un ornement que l’on possède et qui valorise la personne (Je sais et tu ne sais pas) … C’est grâce à ce qu’il dissimule aux autres que le sujet doit apparaître comme particulièrement remarquable … Il peut jouer de deux intérêts opposés ; celui de dissimuler comme celui de  dévoiler. » (Georg Simmel)

« Tous les comités, conseils, de direction, de faculté, d’administration… dont les débats sont secrets : l’individu disparaît, en tant que personne, derrière le membre pour ainsi dire anonyme du groupe, et avec lui la responsabilité, qui ne peut en aucune manière être attachée à un être insaisissable dans  son comportement particulier. » (Georg Simmel) – Cette occultation peut aboutir à une dissimulation. Mais la confusion entre la fonction et la personne (que revendiquent démagogiquement nos hommes publics exhibitionnistes) est aussi pernicieuse.

« Un monde dans lequel le fait de voir, d’être-vu, de faire-voir et se-faire-voir sont si centraux est un monde abandonné par la honte (exhibitionnisme, concentration sur le corps, exaltation de la nudité, événements créés uniquement pour les faire voir) … En Occident, l’idée que presque tout peut être vu, que presque tout peut se-faire-voir … s’est fortement enracinée. » (Raffaele Simone) – Ce n’est pas une mince différence avec l’Islam (que nous scandalisons).

« Cet idéal, la transparence, supposant une vertu et une intelligence d’autrui inaccessibles, a pour seul effet l’extension de la surveillance et de la délation. » (Alain-Gérard Slama)

« La tempête accompagne l’explicite. » (Peter Sloterdijk)

« Toute vie est impure, et on ne saurait sans tomber dans une idéologie mortifère lui préférer la pureté. » » (André Comte-Sponville) – C’est bien pourtant l’ambition délirante et  prométhéenne  de la transparence totale, idéologie mortifère.

« On se permet de plaisanter sur sa propre bassesse, sur ses propres vices, de les avouer avec impudence, de se jouer avec des âmes timides qui répugnent encore à cette avilissante gaieté. » (Germaine de Staël) – Qui ignorait encore nos prétendus humoristes et notre télévision.

« Il y a deux sortes de transparence. La transparence du pouvoir pour ceux sur qui il s’exerce s’appelle la démocratie ; la transparence des gouvernés pour le pouvoir s’appelle la tyrannie. » (François Taillandier)

« Lorsque le vin entre, le secret sort. » (Talmud)

« La civilité exige le masque, l’occultation de soi par le rite, le jeu, la règle commune, un paraître qui requiert l’entre-deux d’un monde impersonnel. L’incivilité consiste au contraire à faire reposer sur l’autre toute la pesanteur de son moi ; à abolir les entraves à un contact direct, immédiat, épidermique. La vie sociale requiert l’artifice qui nous préserve de l’intimisme incivil. » (Frédéric Tellier) – Tout le contraire de l’exhibitionnisme obscène d’aujourd’hui, de la transparence érigée en contrainte.

« Qui colporte les racontars trahit les secrets, ne fraie pas avec le bavard. » (Ancien Testament – Livre des Proverbes)

« Régression  vers l’état simiesque. Deux caractéristiques du singe : l’impudeur (nous vivons sous le signe de l’exhibitionnisme : confidences à tout vent, pornographie, etc.) et le mimétisme : obéissance servile et presque automatique au goût (au mauvais goût) du jour. »  Gustave Thibon)

« Nous sommes devenus une société avouante … On avoue ses péchés … on avoue ses crimes … on avoue son passé et ses rêves … on s’emploie avec la plus grande exactitude, à dire ce qu’il y a de plus difficile à dire … L’homme en Occident est devenu une ‘bête avouante’. La société devient ainsi un confessionnal de plein vent où l’aveu sans repentir tient lieu d’absolution. » (Gustave Thibon – citant Michel Foucauld)

« Ce qui fut jadis objet de confidence (ou de confession) s’étale au grand jour et l’exhibition entraîne non seulement la justification mais la consécration. Mythe de la transparence qui tient lieu de pureté. Plus de pudeur ni de secret : le  mal, la honte ne sont plus dans la chose, mais dans le voile dont on la recouvre, l’aveu sans repentir rendant l’innocence baptismale. » (Gustave Thibon)

« De l’aveu exhibition, sinon défi. La confession sur tréteau … Ce qui fut objet de repentir devient matière à sermon. » (Gustave Thibon)   

 « A force de tout savoir ‘sur’, on ne sait plus rien ‘de’. A force de tout explorer, on a éliminé le mystère d’en haut ; après quoi on a supprimé, en l’éclairant, le mystère d’en bas. Le ciel fermé et l’égout grand ouvert. » (Gustave Thibon) – Remerciements aux déconstructeurs – « La mise en lumière de l’impureté a eu des conséquences effroyables auprès des masses. Les modèles se sont effondrés. Si le poète est un névrosé, le héros un pervers, l’homme d’Etat un manipulateur, que reste-t-il ?… La transparence a vidé l’individu de toute consistance. » (Raphaël Debailiac)

« Tout système juridique suffisamment complexe sera intrinsèquement injuste favorisant ceux qui ont les ressources permettant de maîtriser son extrême complexité. C’est clairement le cas aux Etats-Unis où ceux qui ont de l’argent peuvent l’emporter sur ceux qui n’en ont pas en les menaçant tout simplement de poursuites. (Emmanuel Todd)  – Contrairement à ce qu’on fait croire aux gogos, le développement forcené du droit entraîne évidemment l’effet d’en réserver le bénéfice aux puissants et aux riches, la profusion juridique n’est pas un outil de libération, mais un outil de domination.

« Nous avons tous appris qu’on reconnaissait la bonne santé d’une démocratie lorsque le pouvoir est transparent et la vie privée opaque. Lorsque c’est l’inverse, c’est la dictature. » (Philippe Val) – Ce vers quoi tend toute la tendance et la législation actuelle, avec l’aide des inquisiteurs des réseaux sociaux.

 « Idéologie de l’envie … Si l’on considère comme une injustice l’existence d’une personne qui réussit mieux que soi et que l’on en fait une philosophie politique, on comprend vite l’enchaînement des idées qui conduit à l’abondance des charniers. C’est aussi forcément une idéologie de la dénonciation. Au nom du bien égalitaire, elle est permise et recommandée. » (Philippe Val) – Voilà où nous en sommes.

« Quand on pense qu’il y  a des gens qui s’épouvantent de la lutte antiterroriste et de l’état d’urgence parce qu’ils permettent des écoutes téléphoniques et une surveillance numérique, alors que dans le même temps, ils sont en train de tout révéler d’eux-mêmes sur les réseaux sociaux… » (Philippe Val) – Et comme si leurs petites personnes, leurs petites manies, leurs petites perversions, leur médiocrité et leur vulgarité  pouvaient intéresser quiconque.

« Le saint est celui qui se rend imperceptible. » (Paul Valéry)

« Otez toutes choses que j’y voie ! » (Paul Valéry – Monsieur Teste)

« La myopie et le voyeurisme définissent inséparablement l’adaptation d’un homme à la mesquinerie sociale de notre époque. Contempler le monde par le trou de la serrure ! Le spécialiste y convie, l’homme du ressentiment s’y délecte. » (Raoul Vaneigem) – Notre société avide de transparence.

« Le rêve d’un monde totalement ‘clean’ est totalitaire. » (Pierre le Vigan)  – C’est bien pour y parvenir en douceur qu’on pousse autant à la fameuse transparence. 

« Dire le secret d’autrui est une trahison, dire le sien une sottise. » (Voltaire)

« Je suis de plus en plus convaincu que toute la littérature de notre passé récent avait fait une mauvaise besogne en stigmatisant l’hypocrisie mondaine … C’est aussi le résultat de la bonne éducation, qui est un des moyens sociaux d’autodéfense des hommes contre eux-mêmes. C’est la capacité de savoir se dominer, sans laquelle aucun rapport normal n’est possible. Sans cette bonne éducation, la vie devient un cauchemar. Sans elle, il est tout simplement impossible de rencontrer qui que ce soit. » (Paul Watzlawick)

« Communication et secret sont contradictoires dans les termes. Mais l’une n’existe pas sans l’autre, nous vivons dans une société qui en valorisant à l’extrême la communication rejette le secret, ne l’admet pas et le dévalorise … Rarement dans l’histoire des sociétés le secret n’a eu un statut aussi dévalorisé, le sentiment dominant étant que l’information et la connaissance en feront sans cesse reculer les frontières. » (Michel Wieviorka et Dominique Wolton) – Enfin le voyeurisme à la portée de tous.

« Tout ce qui est public n’est pas bon en soi et tout ce qui est secret n’est pas non plus mauvais en soi. Il existe des secrets légitimes … Il n’y a pas de communication sans secret et, à l’inverse l’existence du secret n’est possible que parce qu’il peut être communiqué. Au lieu d’accepter l’idée d’un rapport complexe entre secret, vérité et mensonge, l’idéologie actuelle rabat le secret du côté du mensonge, alors que la vérité est souvent du côté du secret et du silence. Mais silence et secret paraissent les antinomies des valeurs actuelles de la communication. » (Michel Wieviorka et Dominique Wolton)

« Le secret est un rouage essentiel de l’ordre social, un des mécanismes par lesquels se structurent les groupes et s’articulent les processus d’individualisation et de socialisation. Le secret crée autant la société que la communication. » (Michel Wieviorka et Dominique Wolton)

« Aujourd’hui, le désir d’être reconnu l’emporte largement sur le respect du devoir de réserve qui domina longtemps. » (Michel Wieviorka et Dominique Wolton) – D’où les étalages et déballages écœurants.

« On ne devrait jamais se confier à une femme qui avoue son âge. Une femme qui dit son âge est incapable de garder un secret. » (Oscar Wilde) 

« Ne joue pas avec les profondeurs d’un autre. » (Ludwig Wittgenstein)

« L’hypocrisie fut qualifiée de bourgeoise, pour mieux la déconsidérer … On se dit tout, on ne se cache rien … La discrétion protégeait la liberté individuelle ; elle serait regardée dès lors comme une entrave à la liberté individuelle, une faute contre les sentiments … Staline aussi détestait les secrets. C’est même le premier principe de fonctionnement d’un régime totalitaire. » (Eric Zemmour) – On entrait dans l’univers de la délation aujourd’hui bien établi et honoré, parce que redouté  (journalisme d’investigation, souvent journalisme de délation)

« Le patriarcat, c’est l’accumulation des petits et grands secrets, pour se forger en dehors de la mère ; le matriarcat, c’est la transparence, la mise à mort de tous les secrets, la fusion placentaire. Comme dans tout régime totalitaire, le secret voilà l’ennemi. » (Eric Zemmour)

« Qui de tout se tait de tout a paix. » (proverbe du Moyen Âge)

« Ce que trois personnes savent est public. » (proverbe)

« Dis ton secret à ton serviteur et tu en auras fait ton maître. » (proverbe)

« Tu dis ton secret à ton ami, mais ton ami a un ami aussi. » (proverbe)    

« Secret de trois, secret de tous. » (proverbe)

« Si tu veux que l’on garde ton secret, que ne le gardes-tu pas ? » (proverbe)

« Pour vivre heureux vivons cachés. » (proverbe) – Ce n’est vraiment plus la mode dans le magma actuel d’exhibitionnisme vulgaire.

« Aujourd’hui, la légitimité du voyeurisme. » (?)

« La transparence (l’illusion de croire tout savoir sur tout ou sur chacun), substitut moderne de l’impudeur ? » (?) – Epoque de voyeurisme et d’exhibitionnisme, l’un et l’autre se répondant.

– Big Brother n’aime pas les secrets. » (?) – Sauf ceux dont la révélation le desservirait.

« Cette rengaine actuelle qui veut que chacun soit à la recherche d’une blessure fondatrice qui l’exonèrerait de toutes ses mauvaisetés. » (?)

« Le voyeurisme généralisé (brandi par les associations de férocité) n’a rien à voir avec les libertés publiques. » (?) – La fameuse transparence (théoriquement souhaitable) n’est souvent qu’un outil de chantage et de persécution de plus, utilisée pour abolir toute vie privée, laquelle est insupportable aux excité(e)s frustré(e)s et cupides.

« La loi des trois L : je loue, je lâche, je lynche. » (?)

Un livre écrit en 1920 par un Russe, Eugène Zamiatine, Nous autres, a précédé et inspiré les fictions du Meilleur des mondes d’Aldous Huxley et de 1984 de George Orwell. Il traite d’un totalitarisme où tout est transparent, même les murs, les séparations sont en verre. La transparence : c’est le totalitarisme, on le voit bien dans l’exigence actuelle.

 « D’habitude, dans nos murs transparents et comme tissés de l’air étincelant, nous vivons toujours ouvertement, lavés de lumière, car nous n’avons rien à cacher, et ce mode de vie allège la tâche pénible du ‘Bienfaiteur’… ‘Nous ’vient de Dieu et ‘moi’ du diable … L’œil, le doigt et la dent n’existent pas lorsqu’ils sont sains. N’est-il pas clair, dans ce cas que la conscience personnelle est une maladie ? »

Ci-dessous, extraits remaniés de l’ouvrage de Sophie Coignard et Alexandre Wickham, L’omertà française. Quelques progrès à faire en matière de transparence, même si on a fait un certain bout de chemin dans la bonne direction depuis une dizaine d’années. « Dans n’importe que pays la vérité aurait éclaté dix ans plus tôt. » – Quand, chez nous, elle a bien voulu éclater, avec quand même une grande discrétion.

 « D’où viennent tous ces châteaux, ces appartements, ces restaurants gastronomiques, ces vacances exotiques, ces tableaux de maître, ces chaussures italiennes sur mesure ? »

 « ‘L’odeur de crime’ évoquée par François Mauriac à propos de la politique française … D’authentiques suicides et d’autres qui ressemblent à des meurtres : Robert Boulin, Pierre Bérégovoy, François de Grossouvre, les frère Saincené, René Bousquet (assassiné opportunément par un désaxé qui ne l’avait jamais vu), le capitaine Guézou (responsable des écoutes pratiquées par l’Elysée)… » –  La liste serait interminable.  Quid de Jean-Edern Hallier ?

« Coups fourrés des gaullistes contre Pompidou, mégalomanie et cupidité de Giscard d’Estaing, dévergondages de François Mitterrand et l’entretien de sa famille cachée par tous les services de l’Etat, ceux de Jacques Chirac, la carrière d’Edith Cresson, les maîtresses des puissants généreusement entretenues comme salariées-bidons par les entreprises d’Etat, les Roland Dumas et Christine D-J (se nommant elle-même : ‘la putain de la République’), les innombrables et gigantesques scandales, du Crédit lyonnais, du Carrefour du développement, d’Urbatechnic (la pompe à finance du PS), de la Mnef, du sang contaminé, de l’ARC, les ‘acrobaties’ et la morgue d’un Bernard Tapie (merci à la simple ‘légèreté’ de Madame Lagarde, dispensée de sanction en tant que membre de l’élite, de lui avoir accordé 40 millions de préjudice moral en sus des centaines d’autres millions), la gigantesque corruption régnant à la mairie de Paris sous Jacques Chirac et grâce à lui, les ‘affaires africaines’ juteuses … Heureusement, les scandales sont mais éclatent rarement, pas plus que la vérité sur certaines disparitions opportunes. Pas de loi du silence possible sans représailles efficaces, graduation des sanctions  (conseil d’ami, avertissement, placard, licenciement, révocation, la promotion (excellent moyen de paralyser une instruction, sans faire ni mécontents ni vagues), menaces (y inclus physiques), appels téléphoniques anonymes, cambriolages, utilisation de malfrats… En dernier recours, les lois d’amnistie ne sont pas faites pour les chiens. » – Comme pour les suicidés précédemment, la liste des scandales entraînés par la corruption en haut lieu serait interminable. »

« Ce n’est pas le mensonge constant et répété de l’ancien président (François Mitterrand) dans ses bulletins de santé, pendant quatorze ans, qui retint l’attention des chroniqueurs, mais la divulgation de la supercherie par son ex-médecin »  – On est en France, pays de servilité médiatique garantie.

« Payer des sommes affolantes à des nantis se jugeant diffamés. Constamment il faut tenir sa plume ou sa parole, alors qu’avant la guerre les procès en diffamation de jadis se soldaient par des dommages et intérêts d’un franc. » (Michel Déon – cité par Sophie Coignard, Alexandre Wickham) – Oui, mais les Grands étaient plus sensibles à l’honneur qu’à la rapacité. Procédé efficace (et rentable) de censure.

 « Le fait que d’éventuelles vérités dérangeantes soient véhiculées par l’extrême gauche ou l’extrême droite a servi de parade convaincante pour en dénier la valeur. » (André Laurens – cité par Sophie Coignard, Alexandre Wickham)) – C’est bien pratique. 

Ce contenu a été publié dans 220, 1 - PER - Discrétion / Indiscrétion ; Secret, avec comme mot(s)-clé(s) , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.