715,1 – Travail / Paresse

– Tout est dit sur son évolution en remarquant que l’on est passé du mot Carrière à  celui de Job.

– Nouveauté, on ne travaille plus, on pratique le coworking. Si seulement j’avais pu bénéficier de cette bénédiction !

– Sa fonction n’est pas de nous épanouir. Il le fera si on ne le lui demande pas. Il n’est pas une maîtresse (laquelle d’ailleurs a plus pour objectif son propre épanouissement que le nôtre).

– Par suite d’une fausse interprétation de la Genèse, il est souvent présenté comme une punition, alors qu’il n’entraîne que la peine de l’accomplir ; ce qui n’est pas la même chose.

– Une étude américaine restée confidentielle des années 1995 (incapable, provisoirement, de retrouver le nom du rapport) énonçait : – L’augmentation inéluctable du chômage, en Occident du moins – La nécessité de fournir aux gens des occupations diverses, des hobbies, pour les empêcher au moins de trop s’ennuyer et de se révolter (en admettant qu’on puisse leur assurer un niveau de vie décent) – De cette prévision est née l’introduction des nouveaux rythmes scolaires. On ne peut soupçonner un, ou une, ministre de lire de tels vieux rapports entre deux tweets, mais un de ses conseillers peut s’en souvenir et lui faire faire d’une pierre deux coups : innover (changer, bouleverser : préoccupation ministérielle constante) et parer en partie à l’avenir inéluctable suivant cette étude. Le gogo ne se doute pas qu’il y a très souvent de solides raisons pratiques derrière les gadgets. Que les Gogos sachent que sa permanence pour le monde occidental était décidée et acceptée dés les deux dernières décennies du vingtième siècle. Les mêmes Gogos ne verront sans doute aucun lien entre cette prédiction-certitude et l’instauration des nouveaux rythmes scolaires destinés à préparer les gamins à des activités futiles et sans intérêt pour les occuper quand ils seront adultes – « L’offre en ressources humaines augmente énormément, tandis que la demande est en nette diminution … Chacun peut demain être superflu (l’est déjà). Que faire de lui ? » (Hans Magnus  Enzensberger).

– Le Code du travail n’est passé que de 1.000 pages en 1990 à 3.589 en 2014. Et de mauvaises langues diront que nos dirigeants et leurs assistants ne font rien.

– Le revenu universel (forme nouvelle des anciennes pratiques clientélistes de la Rome impériale) signifie la fin du travail et la renonciation définitive à s’occuper de l’emploi. Plus de travailleurs et encore plus de chômeurs, la société idéale, pour combien de temps ?

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« Le travail a des exigences surprenantes. Il ne souffre point que l’esprit considère des exigences lointaines. Le faucheur ne regarde pas au bout du champ. » (Alain)

« La réforme du marché du travail ne mobilise contre elle que des gens qu’elle ne concerne pas : les différentes organisations qui défendent au premier chef le secteur public, la CGT… » (Hervé Algalarrondo) – Pas au premier chef, qui ne défendent que ceux du secteur public. – « La préférence française pour le chômage. » (Denis Olivennes)

« Les bons ouvriers ne rougissent pas d’être appelés ainsi ; les autres se décorent du nom de travailleurs. » (Emile Amet)

« ‘Le travail a créé l’homme’. Signifie que le travail et non pas Dieu a créé l’homme ; que l’homme, pour autant qu’il est humain, se crée lui-même … que ce n’est pas la raison, jusqu’alors le plus haut attribut de l’homme, mais le travail, l’activité humaine traditionnellement la plus méprisée, qui contient l’humanité de l’homme … Glorification du travail et de l’action (en tant que pratiquée contre l’action et la pensée). » (Hannah Arendt – citant Karl Marx)

« L’ascension soudaine, spectaculaire, du travail, passant du dernier rang, de la situation la plus méprisée (dans l’Antiquité), à la place d’honneur et devenant la mieux considérée des activités humaines, commença lorsque Locke découvrit dans le travail la source de toute propriété. Elle se poursuivit lorsque Adam Smith affirma que le travail est la source de toute richesse. Elle trouva son point culminant avec Marx, où le travail devint la source de toute productivité et l’expression de l’humanité même de l’homme. » (Hannah Arendt)

« ‘L’animal laborans’ et ‘l’homo faber’, le travail de nos corps ou l’œuvre de nos mains … L’un soumis à la nécessité de la vie et y satisfaisant, qui peine et assimile, serviteur de la nature et de la terre, l’autre, qui fait ouvrage, libre de produire, confronté seul à l’œuvre de ses mains, libre aussi de détruire, seigneur et maître de la terre … La distinction du travail ou de l’œuvre … L’exécution de tâches serviles qui ne laissent aucune trace ou la production d’objets, entités indépendantes, assez durables pour être accumulés, effectuées sous la conduite d’un modèle extérieur au fabricateur … Garder intact le processus vital et pourvoir à sa régénération ou ajouter un objet de plus, durable si possible … Mouvement cyclique et perpétuel au service du processus vital, sans commencement ni fin autre que l’épuisement de la force de travail ou commencement précis, fin précise et prévisible, caractéristique de la ‘fabrication’ … Les ‘choses de courte durée’  et celles qui durent assez pour pouvoir ‘se conserver sans se gâter’ (John Locke) … La distinction entre un ‘pain’, dont la vie moyenne ne dépasse guère une journée, ou une table, qui survit aisément à plusieurs générations humaines … Les produits de l’œuvre, et non ceux du travail, garantissent la permanence, la durabilité (de choses plus durables que l’activité qui les a produites, souvent même que la vie de leurs auteurs) sans lesquelles il n’y aurait plus de monde possible … La plus mince paire de souliers reste intacte si je ne les porte pas, ils ont une certaine indépendance, qui leur permet de survivre … La consommation (des produits du travail) survit à peine à l’acte qui les a produits alors que l’œuvre de ‘l’homo faber’ consiste en réification. ‘Faire’. L’objet vient d’un matériau ouvragé, qui n’est pas simplement donné, qui est déjà un produit des mains … La production de l’œuvre procure de l’assurance et peut être  source de confiance en soi pendant toute une vie. » (Hannah Arendt –  La Condition de l’homme moderne) – Suite et assemblage de considérations éparses sur une vieille distinction dans la sphère de l’activité dite travail. Continuation  de la philosophie aristocratique grecque séparant ce qui est noble. On pourrait parler aujourd’hui, mais très approximativement, au moins au niveau d’un individu particulier, de consommation et d’investissement.

« L’avènement de l’automatisation qui, en quelques décennies, probablement videra les usines et libèrera l’humanité de son fardeau le plus ancien et le plus naturel, le fardeau du travail, l’asservissement à la nécessité … C’est une société de travailleurs que l’on va délivrer des chaînes du travail, et cette société ne sait plus rien des activités plus hautes et plus enrichissantes pour lesquelles il vaudrait la peine de gagner cette liberté … Plus de classe, d’aristocratie politique ou spirituelle, qui puisse provoquer une restauration des autres facultés de l’homme … Perspective d’une société de travailleurs sans travail, c’est-à-dire privés de la seule activité qui leur reste. On ne peut rien imaginer de pire. » (Hannah Arendt) – Elle avait vu juste.

« D’une manière ou d’une autre, la mobilité des hommes est nécessaire : on a le choix des moyens, pression économique ou contrainte policière … telle qu’elle fonctionne en Union soviétique. » (Raymond Aron)

« L’homme est beau quand il travaille ; il est presque toujours laid quand il s’amuse. » (Lucien Arréat)

« Plus j’ai envie que quelque chose soit fait et moins j’appelle ça du travail. » (Richard Bach)

« Le jour où l’on a entendu parler de ‘flux tendu’, une certaine bonhomie au travail disparaissait, ce type de vocable (comme ‘zéro défaut’ ou ‘croissance plus’) n’annonce que de la sueur et des larmes … La compétition est devenue féroce lorsque nous sommes passés d’un monde d’examens à un monde de concours. » (Olivier Bardolle)

« J’ai beaucoup travaillé, et je continue. J’ai aimé ce que je faisais même quand je ne faisais pas ce que j’aimais. » (René Barjavel)

« Quelle jouissance que celle de payer généreusement, elle est plus douce que celle de donner ; c’est honorer le travail. » (Anne Barratin)

« Les gens qui ont beaucoup travaillé voudraient, pour la plupart, recommencer la vie. » (Anne Barratin)

« Il faut travailler, sinon par goût, au moins par désespoir, puisque, tout bien vérifié, travailler est moins ennuyeux que s’amuser. » (Baudelaire)

« Il n’y a que deux moyens pour échapper à ce cauchemar (l‘idée et la sensation du temps) : le plaisir nous use, le travail nous fortifie, choisissons ; plus nous servons l’un de ces moyens, plus l’autre nous inspire de répugnance. » (Baudelaire)

« Le travail immédiat, même mauvais, est mieux quel la rêverie. » (Baudelaire)

 « Apparemment, le marxisme ‘pur et dur’ prône la libération des forces productives sous les auspices de la négativité du travail. Mais ne s’agirait-il pas là, face à l’idéalisme vulgaire de l’évangile du travail (l’exaltation du travail comme valeur, comme positivité, comme fin en soi, comme impératif catégorique de l’idéologie bourgeoise), d’un idéalisme ‘aristocratique’ … Le respect de la machine, la sauvegarde de l’instrument de travail … et l’appropriation future des moyens de production, institue la classe ouvrière dans une vocation productiviste qui relaie la vocation historique de la bourgeoisie … Sous couvert de matérialisme historique, c’est l’idéalisme de la production qui finit par donner une définition positive à la classe révolutionnaire » (Jean Baudrillard)

« Neutraliser des groupes entiers comme producteurs tout en les conservant comme consommateurs. Il ne s’agit plus de la stratégie de ‘l’armée de réserve du capital’, mais d’une mise sur la touche … d’une mise en disponibilité sociale et de la transformation de catégories entières en clientèle oisive et parasite du système. Non plus l’exploitation sauvage, mais la tutelle et la relégation. » (Jean Baudrillard – sur le chômage)

« Ce n’est plus aux managers qu’il revient … de diriger …C’est désormais aux subalternes qu’il revient d’attirer le regard des supérieurs, de rivaliser … C’est aux ouvriers de démontrer à l’entreprise qu’ils ont bien fait leur tâche … ‘Pour survivre sur une fine couche de glace, il faut patiner vite’. » (Zygmunt Bauman – La société assiégée – citant Waldo Emerson)

« Le ‘savoir-faire’ est progressivement, mais inexorablement, remplacé par le ‘savoir-être’ (qui consiste à développer un réseau de communication dont on occupe le centre, à multiplier les liens sans engagement, à voyager léger et à être constamment en mouvement…) » (Zygmunt Bauman)

« Le travail, dans les sociétés modernes, n’est pas seulement une source de revenus ; il est le socle de l’identité, de la dignité, de la citoyenneté. Qu’il disparaisse, et les individus, les familles, les territoires basculent dans l’anomie. » (Nicolas Baverez)

 « Les écoles ont tendance à servir d’arrangement institutionnel, à se muer en ‘salles d’attente’ qui ne remplissent plus leur office de qualification professionnelle … C’est continuer à délivrer des billets pour nulle part en disant que, sans billet, on ne pourra jamais monter dans le train.» (Ulrich Beck – visant ce qu’on appelle la formation, qui ne sert qu’à faire semblant d’occuper les gens, puisque de toute façon, en France, il n’y a pas d’emploi derrière) 

« Il ne faut pas beaucoup de jours de blocage des raffineries pour rêver de restreindre le droit de grève. » (François Bégaudeau –  évoquant l’homme de gauche)

« Le point de vue économique ampute le travail de sa dimension subjective, il le subordonne aux seules fins économiques de l’économie … il ne vaut que par sa contribution à la richesse produite, activité homogène et quantifiable … Le médecin et le proxénète appartiennent l’un et l’autre à l’économie de services tout comme la cartomancienne et le professeur. » (Philippe Bénéton)

« Quand bien même le travail (au sens courant du terme) deviendrait inutile, la nécessité subsisterait pour l’homme de bâtir, de se donner une forme, par une volonté de contrainte sur soi, génératrice d’efforts. » (Alain de Benoist)

« Les tendances majeures de ce temps sont à l‘abstraction, à la dématérialisation. Le travail a définitivement perdu sa dimension utilitaire. » (Pierre Bergounioux)

« L’homme n’est pas fait pour travailler, la preuve c’est que ça le fatigue. » (Tristan Bernard)

« Il nous faut être seul et abandonné de tous si nous voulons aborder un travail de l’esprit. » (Thomas Bernhard)

« Travail : l’un des processus par lequel A gagne des biens pour B. » (Ambrose Bierce)

« Sur ce marché hyperconcurrentiel en mutation innovante, si tu veux garder ton employabilité il faut bouger dans ta tête, OK ? » (jargon typique cité par Baudouin de Bodinat)

« Le pénible fardeau de n’avoir rien à faire. »(Boileau)

« Un bourreau de travail finit ordinairement par tomber sous son couperet. » (Albert Brie)

« Au rapport de subordination qui faisait du travail de l’ouvrier la condition de la fortune du patron, au lien d’appartenance fort entre le patron et ses employés, a succédé un rapport d’innovation et de prospection dans les territoires lucratifs de ‘la nouvelle économie’. Au malheur d’être exploité a succédé le malheur pire encore de n’être plus exploitable … Ce qui est terrible, c’est moins la domination que le délaissement. » (Pascal Bruckner)

« En présentant l’autonomie du collaborateur de l’entreprise comme étroitement lié à son bonheur et à son épanouissement, il s’agit de faire en sorte qu’il intériorise la responsabilité des échecs ou des difficultés de son organisation. » (Cabanas, Illouz – Happycratie, l’idéologie du bonheur)

« L’importance exceptionnelle accordée à l’idée de  responsabilité personnelle … le salarié n’est plus dirigé de l’extérieur par autrui : il se dirige lui-même … La ‘carrière’ remplacée par des ‘projets professionnels’ … Déplacement du fardeau de l’incertitude et de  la compétition sur les épaules du salarié … Les attitudes positives devenues pour beaucoup de managers plus importantes que les qualifications techniques ou les aptitudes, sélection en fonction de la positivité de la personne. » (Edgar Cabanas, Eva iIlouz  – Happycratie, l’idéologie du bonheur) 

« L’adaptation continuelle soutient la flexibilité nécessaire à l’environnement économique. » (Cabanas, Illouz – Happycratie, l’idéologie du bonheur)

« Ces heures contre lesquelles nous protestons et qui nous défendent si sûrement contre la souffrance d’être seul. » (Albert Camus)

« La ‘retraite’ n’est pas une affaire futile en société petite-bourgeoise … Tout le monde en parle : de ses plaisirs ou de l’ennui, de son imminence pour soi ou pour un tel, des places qui vont se libérer, de la nécessité de bien la préparer… » (Renaud Camus)

« L’enseignement de masse, sans engendrer d’élite élargie… éradique progressivement, aussi sûrement qu’il a éradiqué la classe cultivée, la classe ouvrière dont les fonctions traditionnelles sont assurées peu ou prou (pour combien de temps ?) par le moyen des délocalisations d’une part (le travail est fait ailleurs), de l’immigration d’autre part (le travail est fait sur place par des nouveaux venus). » (Renaud Camus)

« Mutabilité actuelle du métier et du lieu d’exercice qui enlève toute  certitude quant à son identité professionnelle … plus d’identité professionnelle ferme, d’où un sentiment d’imposture. » (Belinda Cannone – sur la flexibilité)

« Malaise face à la révolution numérique, impression tenace de ne servir à rien, sentiment de vacuité, mais aussi peur tenace, non dénuée de fondement, chez certains gagnants de la compétition scolaire, d’être la prochaine classe sociale à basculer hors de la catégorie des privilégiés. » (Jean-Laurent Cassely – La révolte des premiers de la classe)

« Si les métiers ‘à la con’ regroupent potentiellement l’activité d’individus de toutes les classes sociales, on remarque cependant que plus l’utilité d’un métier est manifeste, donc moins il est ‘à la con’, et moins il est rémunéré : instituteurs et éboueurs en sont de bons exemples. » (Jean-Laurent Cassely)

« Personne ne sait vraiment ce pourquoi il se rend au travail tous les jours. » (Jean-laurent Cassely)

« Les jeunes premiers de la classe réalisent vite le décalage entre le niveau intellectuel requis pour obtenir un diplôme bac+ 5 et ce qu’exige le travail des cadres au quotidien. Ils ont beau être qualifiés de producteurs de l’économie de la connaissance, leur travail rime surtout avec réunions sans prise de décisions, ‘reporting’, gestion des mails et travail administratif. La redescente de trip a été violente pour toute une génération de jeunes cadres dynamiques, passée de son fantasme d’avant-garde de la mondialisation à la réalité de bon soldat de la suite Microsoft Office. » (Jean-Laurent Cassely – citant Denis Monneuse) – Si ces Gogos avaient pris un peu plus soin de leur culture générale ils auraient été, à tout le moins, moins  naïfs.

« ‘Les analystes symboliques’, nom donné par Robert Reich (ministre du travail de Bill Clinton) au groupe social appelé à prendre les commandes de l’économie du futur, désignés aussi par les expressions de ‘manipulateurs de symboles’ ou de ‘manipulateurs d’abstractions’. Ils sont les créateurs, les manipulateurs et les pourvoyeurs du flot d’informations qui caractérise l’économie mondiale post-industrielle. Ils simplifient la réalité en représentations, en modèles abstraits et schématiques. Les alphabets symboliques qu’ils manipulent sont des algorithmes mathématiques, des cours de bourse, des schémas financiers, des statistiques, des images, des photos , des plans, des articles de loi, des mots, des leviers psychologiques. » (Jean-Laurent Cassely) « Je ne connais quasiment plus personne qui ait un intitulé de poste classique. » (?) « La chair du monde est remplacée par son image numérique ; l’être des choses est remplacé par le graphique de ses variations. » (Michel Houelllebecq)

« ‘C’est un travailleur !’, suprême éloge. ‘C’est un feignant !’, suprême blâme. » (Jean Cau – énonçant des sentences de jadis)

« Après la malédiction qui pesait sur lui depuis le châtiment divin de la Genèse et l’esclavage gréco-latin, grâce au capitalisme qui en fit un droit et au socialisme qui en fit un devoir, le travail se sacralisa peu à peu, puis, la machine aidant, permit d’espérer le fruit de sa propre bénédiction : l’avènement des loisirs. Mais une évolution inverse ne risque-t-elle pas de rendre ces mêmes loisirs maudits, après qu’ils auront été pendant si longtemps considérés comme une béatitude ? … D’abord, travailler en proportion des vacances que l’on veut s’offrir, ensuite, plus ils deviennent importants dans la vie de la société, plus s’impose l’obligation de les organiser et, ce qui est plus grave, d’organiser la vie et la nature en fonction de leur déploiement. Ils entraînent dés lors tout un travail… » (Bernard Charbonneau)

« La société ne voit plus qu’un moyen d’assurer l’emploi : développer les techniques de pointe qui le suppriment. » (Bernard Charbonneau)

« La vigueur du corps s’entretient par l’occupation physique ; le labeur cessant, la force disparaît … La liberté ne se conserve que par le travail, parce que le travail produit la force … L’homme est moins esclave de ses sueurs que de ses pensées. » (Chateaubriand)

« Le point sensible de ce qu’il est convenu d’appeler la ‘crise contemporaine’ … Laisser dégrader le travail-patience, le vrai créateur de richesse, au bénéfice du travail-corvée de la survie et du travail- performance esclave de l’impatience … Il y a de moins en moins de métiers et de plus en plus de jobs. Et un job, ça remplit l’assiette tant bien que mal, mais ça ne crée pas de joie. » (Gilles Châtelet – cité par Olivier Bardolle)

 « On saisit incomparablement plus de choses en s’ennuyant qu’en travaillant, ’l’effort’ étant l’ennemi mortel de la méditation. » (Emil Cioran)

« L’apprentissage de la vie n’est plus l’apprentissage du métier, mais l’apprentissage du gaspillage … maintenant on livre à l’enfant toutes les technologies d’usage, on le préserve même des exercices pédagogiques élémentaires (toute pédagogie était aussi un apprentissage, car la vie quotidienne exigeait une multitude de travaux domestiques … faire son lit…) devenus autoritarisme et brimades … Avec l’électricité, il suffit d’une pichenette, geste magique, geste de démiurge. L’enfant profite d’un progrès sans donner aucun travail, même symbolique, en échange. Il s’installe dans la totale ignorance du travail nécessaire à cette consommation … La société capitaliste a inventé une pédagogie d’intégration au système : l’usage ludique du fonctionnel. » (Michel Clouscard – Le capitalisme de la séduction) – Il suffit de les voir et de les interroger sur ce qu’il y  a derrière leurs écrans et leurs téléphones. Futurs gaspilleurs inconséquents et standardisés.

« Le travail c’est bien une maladie puisqu’il y a une médecine du travail. » (Coluche)

« Gagner sa vie ne vaut pas le coup, étant donné qu’on l’a déjà. » (Coluche)

« Le boulot, y en a pas beaucoup. Faut le laisser à ceux qui aiment ça. » (Coluche)

« Le gouvernement s’intéresse à l’emploi… au sien. » (Coluche)

« Quel salarié des ‘métiers innovants’ ignore encore ce que signifie la tyrannie de l’absence de  structure ? » (C. N. I.) 

« Ne vous souciez pas d’être sans emploi ; souciez-vous plutôt d’être digne d’un emploi. » (Confucius) – Conseil aux chômeurs !   

« La forme même des pyramides d’Egypte montre que déjà les ouvriers avaient tendance à en faire de moins en moins. » (Will Cuppy)

« Si le travail c’est la santé, à quoi sert la médecine du travail. » (Pierre Dac)

« Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage. » (Déclaration universelle des droits de l’homme) – Entre autres perles. Et on trouve des nigauds (ou des manipulateurs) pour s’y référer.

« Le christianisme … portait en lui l’idée d’œuvre à accomplir et symbolisait l’existence humaine par la parabole des talents. » (Chantal Delsol)

« Souvent il n’y a pas tant de perfection dans les ouvrages composés de plusieurs pièces et faits de la main de divers maîtres, qu’en ceux auxquels un seul a travaillé. » (Descartes)

« Personne ne peut légitimer l’absence de proportions entre les rémunérations  (voilà un domaine à penser que les ‘Intellectuels’ laissent en jachère) … Les salaires faramineux attribués à la minorité de managers sont sans commune mesure, sans proportion avec les services rendus et la pertinence du travail … Des présidents-directeurs  généraux de grandes entreprises sont remerciés à prix d’or après échec de leur politique économique. » (Jean-Philippe Domecq) 

« Si l’on voulait réduire un homme à néant, il suffirait de donner à son travail un caractère de complète inutilité, voire d’absurdité. » (Dostoïevski)

« La fortune, a-t-on dit, s’acquiert par le travail, elle s’acquiert surtout par le travail d’autrui. » (Edouard Drumont)

« Je ne peux pas avoir de travail et je ne peux pas ne pas en avoir. » (Dany-Robert Dufour) – « L’identité sociale est la seule identité réelle … C’est toujours une déficience de l’identité sociale qui en vient à perturber l’identité personnelle, et non le contraire, comme on aurait tendance à le penser. » (Clément Rosset) – « Si l’identité sociale ‘craque’, alors tout craque et le moi avec. »  (Dany-Robert Dufour)

« Le monde moderne périra pour avoir à la fois trop travaillé et mal travaillé. » (Louis Dumur)

« Le lieu de travail est bien souvent le seul lieu où les hommes recontrent leurs pairs, le lieu de socialisation par excellence. » (Jean-Pierre Dupuy)

« ‘L’œuvre’, activité de ‘l’homo faber’ et le travail de ‘l’animal laborans’, distingués par l’absence de finalité du second. La première constitue une fin dans la mesure où des ‘inputs’ sont utilisés pour …où l’objet construit possède une certaine stabilité et survit au processus de fabrication (une table) … participe du monde durable dans lequel la vie humaine peut se dérouler … ajoute des éléments stables au monde humain … Par opposition, ce que produit le deuxième … est réinjecté aussitôt dans le processus vital de l’humanité, dans le ‘métabolisme avec la nature’ où il se trouve consommé … Futilité d’une activité qui ‘ne se fixe ni se réalise en un sujet permanent qui dure après que son labeur est passé’. » (Tiré de Jean-Pierre Dupuy s’appuyant sur Hannah Arendt et citant Adam Smith)

« ‘Travailler plus pour gagner plus’ (slogan électoral). Gagner plus, pourquoi ? Si ce n’est consommer plus et ainsi jouir plus … Le travail ne sert plus à produire aucune œuvre, mais seulement à jouir plus. » ( Dany-Robert Dufour – La cité perverse)

« Tant que l’esclavage a été la solution des problèmes du travail, il n’y a pas eu de croissance des techniques : à partir de sa suppression, il fallait bien s’arranger autrement : d’où les techniques. » (Jacques Ellul)

« Le travail, c’est la liberté, dit-on. – On pourrait aussi bien dire le travail, c’est la vérité, ou la justice, ou la fraternité, ou la santé. Ce ne serait ni plus ni moins vrai, parce qu’on ne voit pas ce que le travail a à faire avec tout çà … C’est un grand travailleur ! Tout est ainsi purifié (toutes autres turpitudes)… Cette mutation du travail en valeur c’est le système le plus courant de justification, parce que le bourgeois est en fait voué au travail … Et l’ouvrier a fini par y croire à cette vertu (au moins jadis, lire Proudhon et Louis Blanc) … Le grand tour de passe-passe est réussi. La morale bourgeoise est devenue morale ouvrière … Et Karl Marx vient apporter la justification théorique … Ce qu’il faut qu’il y tienne quand même à la liberté, le bonhomme, pour formuler de si évidentes contre-vérités, pour avaler de si parfaites absurdités, qu’il y ait de profonds philosophes pour l’expliquer et d’immenses politiciens pour l’appliquer juridiquement. »(Jacques Ellul – Exégèse des nouveaux lieux communs) – Ecrivant dans les années soixante, l’auteur, comme dans toute son exégèse des lieux communs, date un peu ; tout est allé si vite.

« N’étant considérés que par rapport à leur utilité économique, au travers de la rentabilité qu’ils peuvent assurer, de l’argent qu’ils peuvent dépenser, les individus sont ainsi réifiés, et se considèrent eux-mêmes plus ou moins comme des marchandises … Ce qu’on leur apprend : ‘Comment se vendre !’ » (Eugène Enriquez)

« Pour être grand, il faut quatre-vingt-dix-neuf pour cent de travail. » (William Faulkner)

« Ouvrier. – Toujours honnête, quand il ne fait pas d’émeute. » (Flaubert – Dictionnaire des idées reçues)

« Travaillez, prenez de la peine – Mais le père fut sage – De leur montrer, avant sa mort – Que le travail est un trésor. » (La Fontaine – Le laboureur et ses enfants)

« A l’œuvre on connaît l’artisan – … – Le refus des frelons – Fit voir que cet art passait leur savoir. » (La Fontaine – Les frelons et les mouches à miel) 

« Je perds le temps. Laissez-moi travailler – Ni mon grenier ni mon armoire – Ne se remplit à babiller. » (La Fontaine – La mouche et la fourmi)

« A nos yeux le travail est encore lié à l’âge industriel, au capitalisme d’ordre immobilier … alors qu’il n’est plus aujourd’hui qu’une entité dépourvue de substance … Le monde inédit qui s’installe sous le signe de la cybernétique, de l’automation, des technologies révolutionnaires, (de l’intelligence artificielle) et qui exerce désormais le pouvoir, semble s’être esquivé, retranché en des zones étanches, quasi ésotériques. Il ne nous est plus synchrone … On fait jaillir du virtuel, on combine sous forme de ‘produits dérivés’ des valeurs financières que ne sous-tendent plus des actifs réels, volatiles, invérifiables … Un monde qui vit à la vitesse de l’immédiat … Une quantité majeure d’êtres humains n’est déjà plus nécessaire au petit nombre qui, façonnant l’économie, détient le pouvoir … Le chômage :‘notre souci majeur’, le retour de l’emploi : ‘notre priorité’ (rires en coulisses, mensonges) ... Cette étrange manie de vouloir à tout prix caser la population dans des emplois inexistants, et des emplois dans une société qui n’en a manifestement plus besoin … Les paysages politiques, économiques ont pu se métamorphoser au vu (mais non au su) de tous sans avoir éveillé l’attention, moins encore l’inquiétude … le nouveau schéma planétaire a pu envahir et dominer nos vies sans être pris en compte, sinon par les puissances économiques qui l’ont établi. » (Viviane Forrester – L’horreur économique)

« Pour schématiser, la mondialisation, c’est une réserve planétaire de main-d’oeuvre qui passe d’un milliard et demi à trois milliards de femmes et d‘hommes. » (Richard  Freeman) – Y a bon !

« Je n’ai jamais très bien compris pourquoi une semaine de grève s’appelle une semaine d’action. » (André Frossard)

« La supériorité de longue date des Allemands sur leurs voisins européens en matière d’artisanat industriel …  est l’un de ces phénomènes qui défient l’explication en termes de politique ‘macro-économique’. Sa cause dernière pourrait bien être située dans le domaine de la culture. » (Francis Fukuyama)

« Le capitalisme est amplement facilité par les doctrines religieuses qui encouragent le travail par ‘vocation’, c’est-à-dire pour l’amour de lui-même et non pour la consommation qu’il permet. » (Francis Fukuyama – endossant Max Weber,  l’éthique protestante et l’esprit du capitalisme) – Il est évident qu’en détruisant (provisoirement) la religion les soviétiques condamnaient l’expérience communiste, comme les sociétés occidentales férocement athées (la nôtre) n’ont aucune chance de ne pas sombrer complètement à bref délai.

« Le jugement social s’adapte au plaisir personnel et aux rémunérations élevées … Que la paie la plus généreuse doive aller à ceux qui jouissent le plus de leur travail a été pleinement accepté … Le travail est jugé essentiel pour les pauvres. S’en affranchir est louable pour les riches. » (J. K. Galbraith)

 « Les hommes sont reconnus pour ce qu’ils font, les femmes pour ce qu’elles font, ou plutôt pour  ce que le système viriarcal exige qu’elles soient : serviables… Mais effet pervers  de la dévalorisation virile consécutive à la perte d’emploi, rupture de la vocation traditionnelle de l’homme pourvoyeur de ressources … confinant en plus l’homme à l’espace domestique classiquement assimilé au féminin. » (Olivia Gazalé – Le mythe de la virilité)

« Travailler, c’est marcher vers soi-même. Atteins-toi ! » (Paul Géraldy)

« Au-delà du discours pseudo-savant et de la confusion du discours sur les compétences (innombrables, classées, disséquées, parcellisées, décomposées à l’extrême,…, autant de normes présentées comme des objectifs à atteindre) se développe une approche bien particulière du travail humain … qui ne rompt pas fondamentalement avec la démarche taylorienne … Le travail n’est pas une simple affaire de compétences … il n’est pas seulement un ‘processus’ à rationaliser, il est aussi un monde dans lequel l’individu se confronte … coopère … acquiert … » (Jean-Pierre Le Goff)

« Les ‘outils d’évaluation de compétences’ (et leur logomachie) sont généralement structurés à partir d’un découpage entre les ‘savoirs’ (connaissances théoriques), les ‘savoir-faire’ (compétences ou habiletés acquises dans la pratique professionnelle) et les ‘savoir-être’ (attitudes et comportements). Dans cette trilogie, la notion de ’savoir-être’ est des plus confuses, mélangeant les dimensions professionnelles, psychologiques et idéologiques, véhiculant un modèle de bon comportement qui se prête à de multiples usages et manipulations. » (Jean-Pierre Le Goff) 

« A la différence des objets du travail qui sont objets de consommation et ne durent pas, les objets de l’œuvre ont pour caractéristiques essentielles la stabilité, la permanence, la durée, auxquelles peut venir s’ajouter la beauté. Alors que le travail ne procure qu’un ‘plaisir fugace’ après l’effort qui devra être perpétuellement recommencé, l’œuvre peut donner ‘assurance et satisfaction’, être ‘source de confiance en soi pendant toute une vie’. Ces différenciations entre travail et œuvre ne sont plus prises en considération dans les théories modernes du travail, alors qu’elles peuvent constituer des repères. » (Jean-Pierre Le Goff – citant Hannah Arendt)

 « Avant, les gens tenaient à une certaine belle œuvre, maintenant ils s’en fichent. Ce n’est pas ce qu’ils demandent. Ce qu’ils demandent c’est un service. Cela change tout … Pour les agents issus d’une culture de métier, cette évolution n’est pas sans risque du point de vue de la motivation au travail … Il faut retrouver une référence. Il faut valoriser le travail de la personne en tant que rapidité d’exécution, donc de meilleur rendement dû au service, de reconnaissance du client, de l’entreprise … La logique qui place le client au centre des préoccupations peut-elle engendrer des repères d’identification aussi solides que ceux de la culture de métier ? … Du ‘geste technique’ et de la ‘belle œuvre’, du ‘goût du travail bien fait’ au ‘service rendu au client’, le changement est important … La culture de métier a ses propres exigences de qualité qui ne s’accordent pas naturellement et nécessairement avec les exigences du consommateur, lequel entend être satisfait au mieux, au moindre coût et au plus vite.» (Jean-Pierre Le Goff)

 « Chez certains cadres, le curieux mélange de deux cultures, ‘scout’ et technicienne, paraît aveugle sur les effets de déstabilisation des individus et des collectifs de travail qu’il peut entraîner … L’injonction répétée à l’autonomie déstabilise les collectifs de travail et les individus. » (Jean-Pierre Le Goff) – Plus généralement, la tendance est très d’époque ; tout mélanger.

« Le travail est naturel à l’homme. Il existe onze millions de bénévoles en France … On ne leur demande pas de travailler et ils le font spontanément … Ils s’inventent des activités pour produire, pour participer à la société, pour être utile. L’homme c’est un ‘homo faber’. » (Pierre-Yves Gomez)

Une intéressante remarque de David Goodhart sur la motivation au travail, même médiocre, réside dans le sentiment masculin de responsabilité comme soutien de famille … Ce qui devrait dicter une politique familiale. » (Résumé, car textes difficile à déployer, mais c’est l’essentiel )

« La comparaison avec les brillantes carrières a dépouillé de tout prestige les emplois plus basiques … Valorisation excessive de l’ambition et de la réussite … Les capacités intellectuelles en sont venues à éclipser les autres caractères de réussite, tels que la force de caractère, la compétence ou l’expérience … Travailler ne se résume pas à gagner de quoi vivre (être apprécié, respecté, contribuer pour sa famille, la communauté…) … Il n’y a pas de honte à ne pas aller à l’Université quand seulement 15 ou 20% d’une classe d’âge y vont, mais c’est une autre affaire quand c’est 45 ou 50% … Une société individualiste et compétitive juge les accomplissements plutôt que la valeur d’une personne, du moins dans la sphère publique … Les partisans de la mobilité sociale prennent trop rarement la peine de réfléchir à l’effet de leur discours sur ceux qui ne gravissent pas les échelons …A écouter les Partout (les anywhere) parler de mobilité sociale, on croit souvent entendre ceux qui ont pris l’ascenseur social réclamer que tout le monde devienne comme eux … ‘Avec la méritocratie, ceux qui ne sont pas au sommet, ceux qui se débattent au milieu, ou les pauvres et les impuissants tout en bas, comprennent que ce n’est pas par malchance, mais que c’est ce qu’ils méritent’ (Andrew Marr)  … Le principe omniprésent, sinon la réalité, de la méritocratie et de la mobilité sociale peut amener les gens à des comparaisons  défavorables entre leur vie et celle des plus brillants et des plus riches, plutôt qu’avec celle de ceux qui sont juste au-dessus ou en dessous d’eux. » (David Goodhart)

« Ne rien faire est peut-être le métier le plus dur et le plus fastidieux. » (Rémy de Gourmont)

« Le management individualisé, qui est maintenant la règle, est rarement favorable à l’individu … Il met les plus faibles à merci … Le discours dit : ‘Investis-toi, identifie-toi à ton entreprise’ … On demandait à l’ouvrier taylorien d’exécuter une tâche dure et aliénante, mais, après, on le laissait tranquille … Et c’est peut-être grâce à cela que la classe ouvrière a pu s’organiser et construire ses propres modes de réaction. Aujourd’hui … il n’y a même plus cette distance. » (Jean-Claude Guillebaud – s’inspirant du sociologue Robert Castel)

‘L’adaptation des sociétés européennes et américaines aux normes de l’économie-monde passe donc par la mise en œuvre du plus grand plan social de l’histoire, celui des classes populaires. Procédure de licenciement massive … des classes populaires des pays développés, trop coûteuses, qui n’ont plus leur place. » (Christophe Guilluy)

« A aucun moment n’est évoqué le fait que les zones d’emploi les plus actives (notamment les métropoles) sont aussi celles qui sont devenues inaccessibles puisque le coût du logement y est prohibitif pour les catégories modestes. » (Christophe Guilluy – à propos du chômage) – Mais si on l’évoquait on ne pourrait plus faire l’éloge de la sacro-sainte mobilité et jeter la pierre aux sédentaires forcés. Un président ne pourrait plus dire qu’il suffit de traverser la rue.

« Lorsqu’on fait quelque chose on ne fait qu’une chose, ce qui n’est pas fatigant, tandis que lorsqu’on ne fait rien, pendant une ou deux minutes, alors on pense à tout ce qu’on a à faire et qu’on ne fait pas, et ça c’est éreintant. » (Sacha Guitry)

« Il faut travailler d’une manière désintéressée, en ne donnant leur nom aux choses que lorsque les choses sont faites. » (Jean Guitton)

« La règle d’or du travail intellectuel : ‘Ne tolère ni demi-travail ni demi-repos’. Donne-toi tout entier ou détends-toi absolument, pas de mélange des genres. » (Jean Guitton)

« On pouvait pressentir la réduction de l’activité des travailleurs à un travail de surveillance, lequel signifie l’atrophie de la quasi-totalité des potentialités subjectives de l’individu et ainsi un malaise et une insatisfaction croissante. » (Michel Henry)

« Marx a développé un concept clé, le concept de travail qui permet d’articuler en lui-même une conception positive de l’accomplissement humain, de la réalisation de soi, et une conception négative de l’aliénation de l’être humain. » (Axel Honneth)

« La flexibilisation et la dérégulation du travail qui accompagnent les transformations néo-libérales du capitalisme exigent des capacités de se transformer soi-même en marchandise à des fins productives (se mettre en valeur !) … L’emploi, vu non pas tant  comme l’accomplissement d’un devoir social mais comme une étape non définitive et expérimentale de la réalisation de soi … Ils (les candidats) doivent organiser leur biographie professionnelle sur le modèle de la réalisation de soi. » (Axel Honneth) – Vision exacte mais qui date déjà un peu. Avec les gigantesques crises qui s’annoncent pour demain, les exigences et les conduites narcissiques et jouissives vont rapidement s’estomper. Resteront les conduites de plus en plus agressives.

« En France, il n’est jamais considéré comme un bien en lui-même, au service de l’épanouissement individuel et des relations interhumaines et, par ricochet de la prospérité d’un pays … C’est toujours en dehors de lui-même et dans l’ignorance de toute ambition économique que le travail est envisagé …’ L’évangile du travail a été détrôné par la valorisation du bien-être, des loisirs et du temps libre’. » (Patrice Huerre et Mathieu Laine – à propos notamment des 35 heures et citant Gilles Lipovetsky)

« Combien de personnes travaillent-elles au Vatican ? – Ôh, pas plus de la moitié. » (Jean XXIII – réponse à la question)

« J’aime le travail, il me fascine. Je peux rester des heures à le regarder. » (Jérôme K. Jérôme)

« On feint de croire, à cause du drame du chômage, qu’une économie capitaliste, et même une économie tout court, … pourrait se donner pour objectif premier de créer des emplois. C’est une absurdité. Le but de l’économie est de créer de la richesse, au moindre coût financier et humain. » (Jacques Julliard)

« Personne ne veut réellement la fin de la situation actuelle, ni la classe politique qui préfère être traitée en bouc émissaire plutôt que de perdre le monopole du traitement du problème, ni le patronat qui bénéficie d’une tranquillité sociale exceptionnelle, ni les syndicats qui évitent par-dessus tout de s’investir dans la solution concrète des problèmes …. L’escamotage de la société civile, c’est-à-dire l’incitation permanente à la passivité adressée aux individus par les corps constitués, est un impératif catégorique du monde politique, bien plus que la fameuse priorité à l’emploi … qui est un mensonge éhonté. » (Jacques Julliard – sur le chômage)

« Tout moment d’impatience où l’on veut regarder au but pour voir si l’on s’en approche un peu est toujours une cause de retard et de distraction. Non, sois une fois pour toutes et sérieusement résolu et mets-toi au travail, le dos tourné au but. Ainsi fait le rameur dans la barque, et de même le croyant. » (Kierkegaard)

« Oubliez un instant que vous êtes américain et faites travailler votre cerveau. » (Milan Kundera)

« Le dieu Progrès, le fils aîné du travail. » (Paul Lafargue) – Qu’en aurait dit le beau-père, Karl Marx. 

« Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règnent la civilisation capitaliste … Cette folie est l’amour du travail, la passion moribonde du travail, poussée jusqu’à l’épuisement des forces vitales de l’individu et de sa progéniture … Au lieu de réagir contre cette aberration mentale, les prêtres, les économistes, les moralistes, ont sacro-sanctifié le travail. » (Paul Lafargue – Le droit à la paresse

« Sous l’Ancien Régime, les lois de l’Eglise garantissaient au travailleur 90 jours de repos (52 dimanches et 38 jours fériés) … C’était le grand crime du catholicisme, la cause principale de l’irréligion de la bourgeoisie industrielle et commerçante. Sous la Révolution, dès qu’elle fut maîtresse, elle abolit les jours fériés et remplaça la semaine de sept jours par celle de dix. Elle affranchit les ouvriers du joug de l’Eglise pour mieux les soumettre au joug du travail … Auparavant, Henri IV avait demandé au pape la réduction du nombre de jours fériés, lequel avait refusé … Le Protestantisme qui était la religion chrétienne accommodée aux nouveaux besoins industriels et commerciaux de la bourgeoisie fut moins soucieux du repos populaire ; il détrôna au ciel les saints pour abolir sur terre leurs fêtes. La réforme religieuse et la  libre pensée philosophique n’étaient que des prétextes qui permirent à la bourgeoisie rapace d’escamoter les jours de fête du populaire. » (Paul Lafargue – Le droit à la paresse) – Il n’y a que les imbéciles (nombreux d’ailleurs) pour croire qu’une révolution, quelle qu’elle soit, même les révolutions actuelles dites de couleur ou les révolutions dans les pays arabes, toutes fomentées par le grand capital américain (George Soros et Cie) soient faites dans l’intérêt du peuple. 

« De nos jours, l’élimination des compétences, tant au bureau qu’à l’usine, a créé des conditions telles que la puissance de travail se mesure en termes de personnalité, plutôt que de force ou d’intelligence … Les hommes comme les femmes doivent donner une image plaisante d’eux-mêmes, et devenir à la fois acteurs et connaisseurs avertis de leur propre prestation … Ils doivent considérer la création de leur moi comme la plus haute forme de créativité. » (Christopher Lasch) 

« Le travail n’est plus glorifié comme un devoir envers Dieu, envers la collectivité, envers soi-même …  il est devenu une action performative pure … Nous avons troqué la morale ‘solidariste’ du travail contre l’éthique postmoraliste de l’excellence, du challenge permanent, de l’efficience indéfinie, du toujours plus … par l’exigence de gagner, d’être les meilleurs. Vaincre est devenu le but suprême. » (Gilles Lipovetsky)

« Le travail, engendré chez l’homme par le besoin animal, et, du même coup, outil pour s’élever au-dessus de l’animalité. Dure servitude et force libératrice. Aujourd’hui encore, il demeure marqué de ce caractère ambigu … Plus on montrera que le travail ne devrait pas être une peine, plus ressortira par le fait même ce caractère de peine qu’il n’a que trop, en fait, sous tant d’aspects, et qu’on ne voit pas qu’il puisse cesser complètement d’avoir. » (cardinal Henri de Lubac)

« Depuis Bismarck, depuis que la social-démocratie a pris une certaine force, un certain partage des richesses entre capital et travail s’était mis sur pied mais c’était sans doute dû la menace que le socialisme faisait peser sur le capital. Dès qu’il a été libéré de cette menace, il a joué au maximum le transfert des richesses du travail vers le capital. » (Jean-Paul Malrieu – cité par Pierre le Vigan)

« L’animal, en effet, exerce la même activité, et le lion qui poursuit la gazelle pour la dévorer ‘travaille’ plus que le sauvage qui se baisse pour ramasser des glands. Mais nous n’employons pas le mot de travail lorsqu’il s’agit d’un animal ; et nous n’en usons même pas spontanément pour définir l’activité humaine de cueillette ou de chasse. » (Pierre Manent – liaison avec le droit de propriété à partir du moment où les choses ont été retirées du monde, du domaine commun, pour entrer dans la sphère propre d’activité de l’individu) – Travail est un nom humain. L’oiseau qui construit son nid n’est pas dit travailler.

« Les hommes commencent à se distinguer des animaux quand ils commencent à produire leurs moyens de subsistance. » (Karl Marx)

« Le but du travail n’est plus tel produit spécifique ayant des rapports particuliers avec tel ou tel besoin de l’individu, c’est l’argent, richesse ayant une forme universelle, si bien que le zèle au travail de l’individu ne connaît plus de limites. » (Karl Marx – Engels)

« Les divers stades de développement de la division du travail représentent autant de formes différentes de la propriété ; autrement dit, chaque nouveau stade de la division du travail détermine également les rapports des individus entre eux. » (Karl Marx – Engels)

« La valeur travail est aussi bien de gauche que de droite et on ne comprend pas par quelle aberration la gauche a trouvé le moyen d’abandonner un de ses thèmes les plus honorables pour faire siennes les pleurnicheries sur le travail qui ne produirait que de la souffrance. » (Yves Michaud) – Dans une telle vision, on comprend bien pourquoi aucun leader de gauche n’a jamais travaillé, et ne travaillera jamais.

« Le ‘métier’ (apprentissage, expérience spécifique) confère toujours à ceux qui le pratiquent la possibilité d’exercer un véritable contrôle sur tout le cycle de leur activité et de disposer ainsi d’une large autonomie … C’est cette autonomie, et le savoir-faire sur lequel elle repose que le Capital a perçue, dés l’origine, comme un obstacle majeur à son emprise sur les travailleurs … suivre l’histoire du travail depuis deux siècles … C’est alors seulement que nous quittons définitivement la logique du métier (le travail concret qui produit des valeurs utiles) pour entrer peu à peu dans celle de l’emploi (le travail abstrait qui produit des valeurs d’échange) … A la différence du métier (fondé sur l’autonomie relative du travailleur spécialisé), l’emploi moderne est, en effet, condamné à devenir flexible et précaire, puisque tout le monde (ou presque) peut désormais être remplacé à n’importe quel moment par n’importe qui (les stages de formation étant aussi là pour ça) … D’ailleurs la fonction première de l’école actuelle est bien de préparer à cette mobilité, flexibilité puisqu’il ne s’agit plus pour elle que ‘d’apprendre à apprendre’. » (Jean-Claude Michéa) – Et en matière de petits boulots intermittents on n’a encore rien vu avec l’avènement de la mondialisation et des substitutions de population à grande échelle.

 « ‘Dans le siècle à venir, deux dixièmes de la population active suffiraient à maintenir l’activité de l’économie mondiale’ (septembre 1995, fondation Gorbatchev). Comment serait-il possible, pour l’élite mondiale, de maintenir la gouvernabilité des quatre-vingts pour cent ‘d’humanité surnuméraire’, dont l’inutilité a été programmée par la logique libérale ? … Solution de Zbigniew Brzezinski (ex-conseiller de présidents américains et fondateur de la trilatérale en 1973) : tittytainment (entertainment et tits, en argot américain : les seins), soit définir un ‘cocktail de divertissement abrutissant et d’alimentation suffisante permettant de maintenir de bonne humeur la population frustrée de la planète’ (hobbies en tout genre, jeux vidéos et autres et surtout innombrables fêtes, parades, commémorations, spectacles ininterrompus, compétitions… – ne pas laisser l’esprit, ou ce qu’il en reste, désœuvré)… Cahier des charges de l’école du XXI° siècle … Un pôle d’excellence pour assurer le renouvellement quand même indispensable des élites managériales, pour certains un apprentissage des compétences techniques moyennes vite dépréciées par ailleurs et pour la grande masse restante, l’ignorance compensée, masquée par le divertissement, l’essentiel étant pour ceux-ci d’opérer ce que Guy Debord appelait la ‘dissolution de la logique’ (celle-ci pouvant par ailleurs se révéler dangereuse pour le pouvoir), soit la ‘perte de la possibilité de reconnaître instantanément ce qui est important et ce qui est mineur ou hors de la question ; ce qui est incompatible ou, inversement, pourrait bien être complémentaire ; tout ce qu’implique telle conséquence et ce que, du même coup, elle interdit’. Un élève ainsi dressé, ajoute Debord, se trouvera placé ‘d’entrée de jeu au service de l’ordre établi, alors que son intention a pu être complètement contraire à ce résultat’. » (tiré, mais très simplifié de Jean-Claude Michéa) – Pour qui se ferait des illusions sur la courbe du chômage ou ne comprendrait pas l’objectif, à terme, des nouveaux rythmes scolaires.

« Tout travail travaille à faire un homme en même temps qu’une chose. » (Emmanuel Mounier)

« Qu’est-ce qu’un agent accompagnateur ? Un agent de proximité ? Et un développeur de patrimoine ? Comment décrire avec justesse un coordinateur petite enfance ? Un accompagnateur de détenus ? Un accompagnateur de personnes dépendantes ? Est-il possible de se révéler mauvais comme agent d’ambiance ? Détestable facilitateur de réinsertion à la sortie de l’hôpital ? Ou médiocre facilitateur de décloisonnement ? Minable coordinateur de soutien scolaire ? Que se passe-t-il quand un agent de convivialité familiale ou une accompagnatrice de randonnée se met en grève ? Que fait un assistant de déchetterie ? Quelles limites encadrent une sensibilisatrice à l’environnement en entreprise … Il s’agit bien sûr de se mobiliser contre le chômage et d’innover au-delà des modes de pensée traditionnels et des discours convenus, d’explorer de nouvelles pistes, d’investir dans le domaine des services aux personnes, dans la qualité de la vie, de la protection de l’environnement, de la consolidation du lien social … Un romancier un peu extrémiste, par le biais de la farce, chercherait à proposer des emplois destinés à améliorer vraiment la vie des citoyens : fracasseur de transistors, restaurateur du négatif, dissuadeur de touristes dans les aéroports, décourageur d’artistes contemporains, entraveur de randonnées, aggraveur de l’exception française, décoordinateur polyvalent… » (Philippe Muray)  – « Agent local d’accompagnement culturel, moniteur-éducateur, agent local d’insertion, aide médico-psychologique, conseillère en économie familiale et sociale, chargés de mission du RMI, médiateur sociosportif, coordinateur de réadaptation des personnes soignées… » (Dominique Schnapper)

« Jours de travail ! Seuls jours où j’ai vécu ! » (Alfred de Musset)

« Les races laborieuses ont grand mal à supporter l’oisiveté : un coup de maître de l’instinct anglais fut de sanctifier le dimanche dans les masses et de le rendre à ce point ennuyeux que l’Anglais aspire inconsciemment au retour des jours de semaine et de travail. » (Nietzsche)

« La vie, la santé, l’amour sont provisoires, pourquoi le travail ne serait-il pas précaire ? » (Laurence Parisot) – En effet ! Logique parfaite.

« Le processus accéléré de développement de la civilisation unilatéralement matérialiste, dans laquelle on donne avant tout de l’importance à la dimension objective du travail (travail-marchandise), tandis que la dimension subjective – tout ce qui est en rapport indirect ou direct avec le sujet même du travail – reste sur un plan secondaire. » (Jean-Paul II)

« De mon temps tout le monde chantait. Dans la plupart des corps de métier on chantait. Ces ouvriers ne servaient pas, ils travaillaient. La bourgeoisie capitaliste par contre a tout infecté. Elle s’est infectée elle-même et elle a infecté le peuple, de la même infection. C’est la bourgeoisie qui a commencé à saboter, en traitant le travail de l’homme comme une valeur de bourse. » (Charles Péguy)

« Le travail physique est l’antidote imaginée par Dieu pour contrer le chagrin. » (Kathy Reichs)

« Le travail pense, la paresse songe. » (Jules Renard)

« La peur de l’ennui est la seule excuse du travail. » (Jules Renard)

« L’activité économique abandonne de plus en plus les métaphores relevant du travail pour celles du jeu. » (Jeremy Rifkin)

« Quand la fortune nous exempte du travail, la nature nous accable du temps. » (Rivarol)

« Le véritable travail c’est de savoir attendre. » (Jean Rostand)

« L’esclavage, en freinant la science et la technique, fut la Némésis qui se retourna contre les sociétés qui l’avaient consacré comme une nécessité naturelle. » (Louis Rougier)

« La proclamation de l’égale dignité de tous les hommes (chrétienté) entraîna par le même effet la réhabilitation du travail manuel et des arts mécaniques. Jésus n’était-il pas charpentier, les premiers disciples d’humbles pêcheurs, saint Paul fabriquant de tentes ? » (Louis Rougier)

« La récompense d’un  labeur n’est pas ce qu’on en retire mais ce en quoi il nous a transformé. »(John Ruskin)

« Se trouver au milieu de gens qui travaillent, et dont on comprend le but, c’est un calmant efficace contre l’angoisse, aussi bien que de travailler soi-même. » (Raymond Ruyer)

« L’idéologie actuelle qui dénonce l’amour du métier et du travail comme un préjugé archaïque renforcé par les exploiteurs …  représente un sabotage, non seulement de l’organisation sociale, mais de l’organisation de l’âme individuelle. Spontanément d’ailleurs les hommes aiment leur métier. » (Raymond Ruyer) – Ecrit au tout début des sinistres années 1970.

« La multiplication des nouveaux métiers dans une société tendue vers l’avenir, qui célèbre la nouveauté en tant que telle, tend à dévaloriser les métiers traditionnels. Le prêtre est remplacé par les divers ‘psy’ et les travailleurs sociaux… » (Dominique Schnapper) – Le médecin encadré par les spécialistes et techniciens…

« L’autonomie dans l’organisation du travail et l’individualisation dans la performance a introduit la concurrence entre les ouvriers. » (Dominique Schnapper) – Ce n’est pas suffisant pour rejeter ces améliorations.

 « La plupart entrent au service de l’Etat-providence, dans les métiers du social pour des raisons de ‘militantisme prophétique’ ou de  ‘bénévolat inspiré’ (suivant Pierre Bourdieu !). Ils affirment qu’ils ne font pas un ‘métier comme les autres’, font tout pour ne pas être assimilés à l’employé ordinaire ou au bureaucrate … Multiplication de ces emplois par trois ou quatre en vingt ans … Floraison de termes : travailleur social ou culturel ou…, éducateurs, médiateurs, aides, moniteurs, agents de, coordinateurs, etc.. » (Dominique Schnapper) – On n’est pas obligé de croire ce que racontent les intéressés ou Pierre Bourdieu.

« Le travail est un plaisir, il ne faut pas abuser des plaisirs. » (Louis Scutenaire)

« L’automatisation n’a pas supprimé le travail, elle en a fait un privilège envié. » (Jaime Semprun)

« La valeur morale absolue attachée au travail, la suprématie du travail sur le loisir, la peur de perdre son temps, d’être improductif, est une valeur qui ne s’est imposée à l’ensemble de la société, aux riches comme aux pauvres, qu’au XIX° siècle. » (Richard Sennett)

 « ‘Pas de long terme’, ne te sacrifie pas – Le cadre temporel restreint empêche la confiance informelle de mûrir – Les réseaux sont marqués par la ‘force des liens faibles’ – La fidélité institutionnelle est un piège dans une économie où tout n’a qu’une durée de vie crédible courte – ‘Vous n’imaginez pas à quel point je me sens idiot quand je parle d’engagement à mes gosses’ – Détachement et esprit de coopération en surface constituent une meilleure armure pour affronter les réalités actuelles, plutôt que les valeurs d’engagement, de fidélité et de service, qui sont toutes des vertus à long terme – Le régime temporel du néocapitalisme a créé un conflit entre le caractère et l’expérience, l’expérience d’un temps disjoint menaçant l’aptitude des gens à se forger un caractère au travers de récits continus – Flexibilité signifie : compréhension du travail superficielle, identité professionnelle précaire – Il fut un temps où ce n’étaient pas les machines mais les hommes qui étaient compétents, alors même que les travailleurs d’aujourd’hui ont, sur le papier, des qualifications techniques supérieures – Célébrer la prise de risque quotidienne dans l’entreprise flexible revient à installer les gens dans un état perpétuel de vulnérabilité – Tout est toujours à recommencer, chaque jour faire ses preuves, ‘être perpétuellement menacé finit par vous ronger’ … On ne saurait toujours s’élever sur les mêmes fondations, à nouveaux domaines, approche nouvelle, que des visages nouveaux sont effectivement mieux armés pour mettre en œuvre … La jeunesse et le ‘look’, qualités très fugitives, dévalorisent ’de facto’ l’expérience … En équipe, le bon joueur ne geint pas, les fictions du travail en équipe, et de la focalisation sur l’immédiat, sont utiles dans l’exercice de domination. » (Richard Sennett – considérations éparses sur le travail moderne)

 « Une organisation dont le contenu change constamment requiert une capacité mobile de résoudre les problèmes ; s’impliquer profondément dans un problème quelconque serait dysfonctionnel puisque les projets s’arrêtent aussi brusquement qu’ils commencent … Le talent social est la capacité de bien travailler avec d’autres dans des équipes éphémères … La compétence réside dans la coopération … entraînant des déficits sociaux en termes de loyauté et de confiance informelle, érodant la valeur de l’expérience accumulée, c’est-à-dire du métier, du savoir bien faire … L’apprentissage réclamant du temps devient difficile. Les pressions s’exerçant pour obtenir des résultats rapidement étant trop intenses. » (Richard Sennett) – Ajoutons à ce tableau le mépris des dominants pour tout ce qui est sérieux, tout ce qui n’est pas paillettes, plus le dédain affiché de tout travail se rapprochant du manuel.

« Trois forces façonnent le spectre de l’inutilité en tant que menace moderne. L’offre mondiale de travail … les emplois migrent des pays à hauts salaires vers les économies à bas salaires avec des travailleurs qualifiés et parfois surqualifiés – L’automation (exemple élémentaire et à grandes répercussions du code-barre ; informatique) – La gestion du vieillissement … Employés âgés : figés, lents, perdant leur énergie, et en plus sceptiques et facilement critiques, obsolescence rapide des compétences. » (Richard Sennett)

Les entreprises ou organisations plates et courtes. « L’aplatissement est le signe de la suppression des couches bureaucratiques intermédiaires dans l’organisation pyramidale … Quant au mot ‘court’, il signifie le remplacement de fonctions fixes par des tâches plus temporaires au sein de l’organisation … Ces  formes de travail plates et courtes engendrent des  individus moins tournés les uns vers les autres et plus vers leur travail … forgent entre les travailleurs des liens de fraternité précaires … n’assurent pas des places stables … ne voient pas les gens dans leur totalité. » (Richard Sennett)

« La seule obsession de la société moderne est de maintenir des emplois sur le Titanic. » (Peter Sloterdijk)

« Au Moyen Âge ou dans l’Antiquité, on était boulanger ou paysan ou prêtre ou… Mais le concept de travail ne chapeautait pas encore toutes ces activités. Il faut attendre le capitalisme, avec son abstraction de toutes les valeurs, pour qu’apparaisse cet universel, cette chose neutre qui s’appelle le travail. Avec l’argent, le travail devient incolore, sans saveur, inodore … quelque chose que chacun doit être capable de faire, contre de l’argent, cela va de soi. Le travail moderne, ce n’est pas faire des choses, c’est faire de l’argent. » (Peter Sloterdijk)

« La régularisation des ‘sans-papiers’ est de l’intérêt de la droite éternelle : celle du Medef et du Capital afin de laisser au marché le soin de déterminer le prix du travail. » (Alain Soral) – Trop compliqué pour le stupide jeune de gauche qui jouit du capital de Papa, Maman.

« La vocation, c’est d’avoir pour métier sa passion. » (Stendhal)

« Le travail n’est pas l’emploi. Tout travail est un emploi, mais tout emploi n’est pas un travail : tout emploi n’est pas ce qui permet d’acquérir ou de développer des savoirs et, à travers ceux-ci, de s’individuer, c’est-à-dire de se faire une place dans la société en tant que producteur, et non seulement comme consommateur … L’individuation est ce qu’apporte le travail au-delà de l’emploi … Le travail dans les sociétés de marché, est de moins en moins du travail, et de plus en plus de l’emploi comme emploi de service, c’est-à-dire qu’il est redevenu de la ‘servilité’ … Or, les jeunes générations ne veulent pas simplement trouver un emploi : elles veulent travailler. » (Bernard Stiegler) – Ne nous étonnons donc pas, et c’est fort bien ainsi, si beaucoup préfèrent partir à l’étranger plutôt que d’accepter les inénarrables emplois jeunes ! Honte non de ceux qui doivent bien les accepter, mais des politique repus qui ne trouvent que ce palliatif à leur incurie et osent les proposer et s’en vanter.

« Les salariés, par l’effet des globalisations marchande et financière, sont mis en compétition sauvage entre eux à l’échelle mondiale … entraînant une baisse de la valeur ajoutée qui va au travail. » (Pierre-André Taguieff) – C’est évident, sauf pour un socialiste.

« Les paysans sont sans cesse au travail, et c’est un mot qu’ils n’utilisent jamais. » (Anton  Tchekhov)

« Les gens affairés sont ceux qui disent qu’ils travaillent et qui ne font que s’étourdir et étouffer la pensée. » (Miguel de Unamuno)

« Seul le travail peut pratiquement nous consoler d’être nés. » (Miguel de Unamuno)

« Comment faire pour ne rien faire ? C’est extrêmement difficile, un travail d’Hercule, un travail de tous les instants. » (Paul Valéry)

« Ne jamais peiner et suer sur le métier. Quand l’artiste a suffisamment travaillé sur lui-même, l’œuvre d’art se fait toute seule. » (Lanza del Vasto)

« Quitter l’emploi industriel, ou plutôt en être exclu, pour un système complexe d’allocations diverses et de petits boulots, voire de combines en tout genre, c’est la porte ouverte à la désagrégation sociale, familiale, morale et culturelle. » (Pierre Vermeren)

« Sachez vous éloigner car lorsque vous reviendrez à votre travail votre jugement sera plus sûr. » (Léonard de Vinci)

« Comment expliquer historiquement que dans le plus grand centre capitaliste du temps, dans la Florence des XIV° et XV° siècles, marché de l’argent de toutes les grandes puissances politiques, cette attitude (la défense de la recherche du profit par Benjamin Franklin) fût considérée comme éthiquement injustifiable, ou fût, au mieux, tolérée. Alors qu’au XVIII° siècle, dans des conditions petites-bourgeoises, au milieu des forêts de Pennsylvanie … elle était considérée comme l’essence de la conduite morale, et elle était même recommandée au nom du devoir. Parler ici de ‘reflet’ des ‘conditions matérielles’ sur la ‘superstructure idéelle’ (doctrine marxiste) serait pur non-sens.  …Quel est donc l’arrière-plan d’idées qui a conduit à considérer cette sorte d’activité dirigée en apparence vers le seul profit, comme une vocation envers laquelle l’individu se sent une obligation morale ? Car ce sont ces idées qui ont conféré à la conduite de l’entrepreneur ‘nouveau style’ son fondement éthique et sa justification … Mais aujourd’hui l’esprit de l’ascétisme religieux s’est échappé de la cage … Le capitalisme vainqueur n’a plus besoin de ce soutien depuis qu’il repose sur une base mécanique. » (Max Weber – son ouvrage fondamental : L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme – dans lequel il discerne la forte influence de l’éthique protestante, notamment puritaine, sur l’ascèse et le mécanisme béni d’accumulation du capital ; le travail fin en soi, but de la vie, signe d’être dans la grâce, expression de la louange au Créateur)

« Le travail … constitue le but même de la vie, tel que Dieu l’a fixé. Le verset de saint Paul : ‘Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus’ vaut pour chacun …  La répugnance au travail est le symptôme de l’absence de la grâce … L’évaluation religieuse du travail sans relâche, continu, systématique, dans une profession séculière, comme moyen ascétique le plus élevé et à la fois preuve la plus sûre de régénération et de foi authentique a pu constituer le plus puissant levier de l’expansion de cette conception de la vie que nous avons appelée l’esprit du capitalisme. » (Max Weber – sur l’éthique protestante du capitalisme)

« L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. Sottise : prenez les éboueurs. » (Jean Yanne)

« Le véritable travail est souvent peu spectaculaire … L’imitation du travail, elle, est faite de bruit et d’agitation … Ce sont des réunions, des symposiums, des rapports d’activité, des voyages, des remplacements de direction, des commissions, etc. » (Alexandre Zinoviev)

« Dans la perception idéologique contemporaine (dominante), le travail … semble être frappé d’obscénité, devant être dissimulé aux yeux du public … L’Occident peut se permettre de gloser sur la ‘disparition de la classe ouvrière’ alors que ses traces sont facilement discernables autour de nous. Il suffit de remarquer la petite inscription ‘Fabriqué en Chine, Bangladesh …’ … Un monde où la classe ouvrière aurait disparu ? » (Slavoj Zizek – cité par Jean-Claude Michéa)

« Nul n’est chaste si ne besongne. » (proverbe du Moyen Âge)

« La rouille use plus que le travail. » (proverbe)

« Cheveux pommadés ne font pas pousser le blé. » (proverbe)

« Pas de bras, pas de chocolat. » (proverbe)

« Les ampoules aux mains sont plus honorables que les bagues. » (proverbe)

« Mains blanches aiment le travail d’autrui. » (proverbe)

« Il faut casser le noyau pour en avoir l’amande. » (proverbe)

« La moisson vient plus du labour que du champ. » (proverbe)

« Ce n’est pas toujours celui qui lève le lièvre qui le prend. » (proverbe) 

« L’homme fait le travail, mais le travail fait l’homme. » (proverbe)     

« Ouvrage de commun, ouvrage de nul. » (proverbe) – Une tâche, un homme.

« Cela prend moins de temps de faire quelque chose correctement que d’expliquer pourquoi on l’a mal fait. » (?)

« Quelqu’un qui manque de courage pour commencer a déjà fini. » (?)

« Les derniers venus bénéficient de l’avantage de pouvoir profiter du travail accompli par leurs prédécesseurs. » (?) – Disproportion entre le travail que nous effectuons et les biens que nous recevons par l’accumulation du capital.

« Demande à Dieu de bénir ton travail, mais n’exige pas qu’il le fasse à ta place. » (?)

« Je me suis enrichi par le travail – De qui ? » (?)

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