655,3 – Soixante-huitard – Contestation

– Persévérant personnage qui malgré son embonpoint, sa calvitie, sa surdité, la perte de ses cheveux, ses rides et ses rhumatismes est resté accroché aux chimères de sa jeunesse comme à une bouée, et en est fier. Toujours en tête de toute manifestation hurlante, même s’il peine à suivre le train. N’est pas de ceux qui changent d’avis. Incapable de sentir son ridicule. Saluons la performance dans la sottise.

– Les leaders ont perdu toute envie  de contester et de changer le monde et la vie depuis qu’ils roulent en limousine de fonction, confortablement assis derrière un chauffeur galonné et souvent escorté de motards et qu’ils festoient dans les ors des palais de la république qu’on leur a gracieusement alloués.

« ‘Tout tout de suite’ … ‘Vivre sans temps mort’ … ‘Jouir sans entraves’ … L’intention était libertaire, le résultat fut publicitaire. » (?)

– « Ils se sont arrogés le droit sinon d’interrompre une civilisation, en tout cas de ne pas lui assurer d’avenir … ‘c’est comme s’ils avaient dit à leurs enfants … nous nous lavons les mains de votre sort’. » (Bérénice Levet – citant Hannah Arendt)

– Qu’a fait la meute de nos flics du gang politico-médiatique du slogan soixante-huitard : il est interdit d’interdire ! Sinistre inversion.

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« Qui peut souhaiter devenir un vieux déchaîné, un rebelle gâteux, un révolutionnaire cacochyme ? Passé la cinquantaine, comment peut-on encore s’indigner avec crédibilité ? » (Olivier Bardolle) – Et pourtant on a pu voir de ces vieilles épaves parader sur les pavés ou signer les pétitions les plus stupides.

« Les soixante-huitards ont commencé par faire la révolution, puis ils sont entrés dans la pub. » (Frédéric Beigbeder)

« Maintenant qu’ils sont au pouvoir, les anciens soixante-huitards proclament plutôt qu’il ‘est interdit d’autoriser. » (Frédéric Beigbeder)

« Ce qu’on vit en Occident ne fut pas un phénomène politique mais un phénomène culturel (et de génération) … Explosion d’un désir romantique qui reprenait les visions arcadiennes des générations précédentes … Réaction contre la rationalité, contre l’autorité et la hiérarchie, et même contre la culture. » (Daniel Bell)

« Là où beaucoup ne voyaient que des étudiants contestataires face à des CRS, il aurait plutôt fallu voir des fils de bourgeois face à des fils de prolétaires. » (Alain de Benoist – s’inspirant de Michel Clouscard et de Pier Paolo Pasolini) – D’ailleurs les dits étudiants devenus adultes se sont plongés avec délice et en connaisseurs dans les fastes friqués du socialisme mitterandien et suite.

« Pour Zemmour le ‘tryptique soixante-huitard’, Dérision, Déconstruction, Destruction aurait sapé les fondements de toutes les structures traditionnelles : famille, nation, travail, Etat, école … L’heure venue, le Marché s’emparera sans mal de ces hommes déracinés et déculturés pour en faire de simples consommateurs. » (Laetitia Strauch-Bonart – citant Eric Zemmour)

« On voit ainsi de vieux soixante-huitards courtisans fourbus, revenus de toutes les compromissions, toutes les bassesses, reprendre soudain du service et replonger dans l’anticapitalisme de leur jeunesse : radicalisme de l’andropause. » (Pascal Bruckner)

« Ce n’est pas la société marchande qui cède sous les coups des’ guerriers du plaisir à outrance’, mais l’idéologie du désir qui va se mettre au service du marché. Entre une génération qui veut ‘jouir sans entraves’ et la marchandise il y a promesse de mariage dès que la première s’aperçoit que c’est la société de consommation, et elle seule, qui peut lui apporter les moyens d’assouvir ses pulsions, de prendre, comme le proclament les murs de mai, ses désirs pour des réalités .» (Patrick Buisson)

« Avoir dépassé l’âge de la révolte et se déchaîner encore, c’est se faire à soi-même l’impression d’un Lucifer gâteux. » (Emil Cioran) – Un vieil indigné récent aurait pu retenir !

« Mai 68, contre-révolution libérale, cheval de Troie du libéralisme libertaire. Il  fallait un nouveau marché : le marché du désir, une nouvelle société, celle de la confusion de la liberté et de la libéralisation, un double profit, celui du permissif pour le consommateur et du répressif sur le producteur, pour sauver le capitalisme en crise radicale. » (Michel Clouscard)

« L‘évacuation du social au profit du sociétal … Plutôt que de s’allier à la classe ouvrière, la bourgeoisie a préféré se reconvertir en bourgeoisie du libéralisme libertaire. C’est qu’elle accédait ainsi à de prestigieux statuts sociaux, aux postes d’encadrement de cette nouvelle société : management et surtout animation. La bourgeoisie témoignait ainsi d’un opportunisme ‘génial’» (Michel Clouscard)

« La libération des mœurs nécessaire au marché du désir. » (Michel Clouscard)

« Il a fallu l’alliance sournoise  du libéral (prototype débonnaire G. Pompidou) et du libertaire (prototype Cohn-Bendit) pour liquider le vieux (de Gaulle) qui a dû s’en aller … Meurtre rituel du père … avec la permission du permissif qui a donné accès au marché  du désir … Mai 68 annonce aussi le partage du gâteau entre les trois pouvoirs constitutifs de l’actuel consensus : libéral, social-démocrate, libertaire. Au premier est dévolue la gestion économique, au second la gestion administrative, au troisième celle des mœurs devenues nécessaires au marché du désir … Ce trio consensuel n’est pas monolithique, système mouvant toujours recommencé d’alliances, d’échanges, de compromissions. Et chaque terme n’accède au pouvoir que dans la mesure où il consent à celui des autres : la langue de bois appelle ça ‘tolérance’» (Michel Clouscard)

« En 68, les seuls ouvriers qui étaient dans la rue, c’était les CRS. » (Coluche)

« Bien oublié le ‘Etudiants et ouvriers, même combat ! … La déception intime de l’ouvriérisme a secrété au mieux de l’oubli et de l’indifférence, au pis, de la détestation … La culture du temps présent a sélectionné les slogans. Pas ‘Tout le pouvoir au peuple’ ou ‘A bas la bourgeoisie’, mais ‘il est interdit d’interdire’ ou ‘jouissons sans entraves’… Le sacre de ‘l’argent fou’ (les golden boys mitterrandiens) aura permis de libérer toutes les potentialités soixante-huitardes libérales-libertaires … ‘Je suis mort de honte. J’ai contribué à  détruire des valeurs qu’il m’appartenait de défendre envers et contre tout’ (Peter Christopher – il est bien le seul gauchiste-bourgeois soixante-huitard à être mort de honte) …’Cette génération lâche qui avait tout reçu et a joyeusement privé les générations suivantes de ce qui lui avait été donné’ ( François  Taillandier) … ‘Qui a refusé ses responsabilités  vis-à-vis de ses enfants qu’elle a abandonnés’ (Agathe Fourgnaud) … ‘Le remplacement du vieux despotisme de l’avenue Foch par la tyrannie, indéniablement plus décorative de la place des Vosges et du Marais’ (Eduard Bernstein) … Ne plus voir et oublier, cela pèse. De cela aussi il faut se libérer. Par le mépris … Il faut justifier l’abandon … Le meilleur moyen de ne pas se sentir coupable, c’est que l’autre le soit : ancien objet d’amour, le peuple doit devenir l’objet d’une détestation libératrice … La figure du ‘salaud de pauvre’ est consolatrice, elle soulage. Elle prévient les remords … Au sommet de leur pouvoir, ils veulent qu’on continue à les traiter de ‘rebelles’, ‘d’ennemis de l’ordre public’… Toute contestation du marketing de la provocation sera dénoncée comme la résurrection d’un ‘ordre moral’ pourtant aujourd’hui introuvable » (Eric Conan – La gauche  sans le peuple) – Expliquant le gigantesque mépris du peuple par la génération des soixante-huitards au pouvoir, vautrés dans le luxe et fuyant leur mauvaise conscience.

« Les soixante-huitards ont grandi et mettent en place le meilleur des mondes, une société dépressive qui se délite dans le culte de l’image. » (Raphaël Debailiac) – Et dans le gloussement des présentateurs (trices) de télé.

« Le mouvement était porté par des enfants gâtés qui allaient former quelques années plus tard des élites satisfaites. » (Alexandre Devecchio) – Repues.

« Les grands aînés, les rebellocrates de Mai 68 décidés à ne laisser pour seul héritage qu’un monceau de non-sens métaphysiques, d’errances morales et de dettes économiques ou environnementales. » (Alexandre Devecchio) – « La génération de Mai 68 prétendait nous émanciper du poids des traditions, du savoir, de l’autorité à l’école mais s’est d’abord émancipée de ses propres responsabilités. » (?)  – Il fallait bien que d’autres payent leur dévergondage moral et matériel, la jeunesse d’aujourd’hui.   

« Jamais on ne vit héritiers si avides, si pressés de saisir l’héritage … Et pour en quoi faire ? Pour le piétiner, pour l’incendier. » (Maurice Druon)

« Après avoir affolé quelques politiciens paternalistes, la ‘crise de la jeunesse’ est devenue une composante de l’organisation, intégrée aux circuits du marché et canalisée par eux. Le communisme réprimait toute contestation. Le capitalisme la met en scène. Il s’en nourrit. » (Benoît Duteurtre)  – La contestation est même un des moteurs du capitalisme.

« La critique de l’aliénation tend à se substituer à celle de l’exploitation. » (Jean-Pierre Le Goff)

« C’est la foule de mai 68, hystérique par excellence, judéo-martyre par procuration, qui s’est faite le porteur de la Bonne Parole antinazie, anti-Etat policier, bourgeois. » (Gilles-William Goldnadel)

« Continuer à affirmer que la société oppose ses interdits aux désirs sexuels humains, c’est préserver son Moi d’avoir à faire face à sa propre insuffisance. » (Béla Grunberger, Janine Chasseguet-Smirgel)   – Discours d’impuissant.

« Pour devenir les néo-bourgeois des années 80, les mao-gauchos-contestos crachant sur leur passé ont profité de l’hypocrisie nationale que fut le pouvoir socialiste. Sous lui, ils s’installèrent dans tous les fromages. Plus que personne, ils s’en goinfrèrent … Les  ‘ex’ de mai 68 devenus conseillers ministériels, patrons de choc ou nouveaux guerriers en chambre … Votre apostasie servit d’aiguillon à celle de la gauche officielle … C’était le pouvoir qui vous attirait, et, puisque la Cour était de gauche, vous jouiez aussi sur un semblant de continuité … Fidélité apparente, reniement et beurre étaient du même côté de la tartine. Quelle chance ! » (Guy Hocquenghem) – L’auteur fait pleuvoir les noms, tous bien connus, au moins des anciens. Je vous les épargne.

« Cette ‘camaraderie’ corrode les plus belles âmes. Elle rouille leur fierté, tue le principe des grandes œuvres, et consacre la lâcheté de l’esprit. En exigeant cette mollesse de conscience, chez tout le monde, certaines gens se ménagent l’absolution de leurs traîtrises, de leur changement de parti.’ Amitié vile que celle qui soude les cyniques de bas étage (il existe un cynisme de haut vol, mais c’est un exercice solitaire), faite de mépris réciproque et d’arrangements de conscience. Amitié et camaraderie qui sont aussi de la haine, haine de soi et des autres, haine du groupe pour le dehors et le dedans. » (Guy Hocquenghem – visant les ex-gauchistes, ex-soixante-huitards – citant Balzac)

« Pour devenir les néo-bourgeois des années 80, les mao-gauchos-contestos crachant sur leur passé ont profité de l’hypocrisie nationale que fut le pouvoir socialiste. Sous lui, ils s’installèrent dans tous les fromages. Plus que personne, ils s’en goinfrèrent … Les  ‘ex’ de mai 68 devenus conseillers ministériels, patrons de choc ou nouveaux guerriers en chambre … Votre apostasie servit d’aiguillon à celle de la gauche officielle … C’était le pouvoir qui vous attirait, et, puisque la Cour était de gauche, vous jouiez aussi sur un semblant de continuité … Fidélité apparente, reniement et beurre étaient du même côté de la tartine. Quelle chance ! » (Guy Hocquenghem) – L’auteur fait pleuvoir les noms, tous bien connus, au moins des anciens. Je vous les épargne.

« Il y a eu un flottement, une incertitude, une suspension s’est produite, un certain calme s’est répandu dans le pays. Naturellement ensuite, la machine sociale a recommencé à tourner de manière encore plus rapide, encore plus impitoyable (et mai 68 n’a servi qu’à briser les quelques règles morales qui entravaient jusqu’alors la voracité de son fonctionnement). Il n’empêche qu’il y a eu un instant d’arrêt, d’hésitation ; un instant d’incertitude métaphysique. » (Michel Houellebecq)

« Rentrez chez vous ! Dans dix ans, vous serez tous notaires !» (Marcel Jouhandeau – interpellant les jeunes gens d’alors) – Pas tous notaires, mais tous riches notables : ministres, politiciens, gens des média (et pas en bas de l’échelle).

« Des vieux jeunes hommes de gauche. » (Gérard Lauzier)

« Le grand mot de ‘changer la vie’ se rétrécissait brutalement à la libération sexuelle. » (Henri Lefebvre) – Cette réduction au ‘cul’ était nettement moins dangereuse pour les jeunes arrivistes de gauche lancés (à travers le PS de la Mitterrandie) à l’assaut du pouvoir et des privilèges qui lui sont attachés.

 « Par une de ces ruses dont la Raison marchande est visiblement prodigue, l’abolition de tous les obstacles culturels au pouvoir sans réplique de l’Economie se trouva paradoxalement présenté comme le premier devoir de la révolution anticapitaliste … Ensuite, comment … le refus libertaire de l’ordre capitaliste … a-t-il pu, sans solution de continuité apparente, se transformer aussi facilement, et de façon aussi massive, en approbation libérale de tous les exploits de la modernité ? … Intellectuellement : sens de l’histoire, rôle positif de tout progrès scientifique et technique, développement de la base matérielle du socialisme… Pratiquement : appétit du pouvoir à son tour et pour son propre compte, course au fric… » (Jean-Claude Michéa – très résumé)

« Si mai 68 n’est rien en soi … un non-événement, cette construction idéologique marque bien le passage de la verticalité à l’horizontalité, notamment dans le refus d’hériter et de transmettre. » (Richard Millet)

« Personne ne comprenait ce qui se passait sous ses yeux. Personne ne savait ce qu’il y faisait. Personne ne savait ce qu’il disait. » (Jean-Claude Milner – L’arrogance du présent)

« Comme la jeunesse et le désir de liberté, par définition, ne savent ni ce qu’ils veulent ni ce qu’ils font, ils ont produit le contraire de ce qu’ils déclaraient mais la vérité de ce qu’ils poursuivaient : la rénovation du capitalisme et la destruction de toutes les structures, familiales, scolaires ou autres qui s’opposaient au règne illimité du marché, pénétrant toujours plus profondément les reins et les cœurs des individus. » (Jacques  Rancière)

« Comment passe-t-on de Mai 68 au Cac 40 ? » (Alain Soral)   

« Ce dont la nouvelle domination mondiale avait besoin, elle a obtenu à cette date-là que ce fût réclamé à cor et à cri, sous les délicieuses apparences de la libération, par l’ensemble de la jeunesse la plus cultivée et la plus brillante, c’est-à-dire des futures élites. L’histoire culturelle du mai 68 n’est plus à faire … une génération qui avait tout reçu a joyeusement privé les générations suivantes de ce qui lui avait été donné ; de toute une culture généreuse dans laquelle, précisément, elle avait trouvé les instruments de sa critique, de son refus … Privant ses successeurs, brutalement, unilatéralement, et ceci en vertu de son seul agrément momentané, de tout ce qu’elle avait reçu, traditions, valeurs, principes, du jour au lendemain jetés par-dessus bord sans le moindre examen … Et c’est à partir de cette date que la critique fut interdite, dès lors qu’elle risquait d’atteindre à leur tour ceux qui l’avait portée à l’incandescence, et prônée au-delà de tout. » (François Taillandier – Les parents lâcheurs)

« Mai 68 fut le berceau de la nouvelle société bourgeoise. Les étudiants rebelles ont été les agents actifs ou les idiots utiles d’un nouveau capitalisme … C’est la naissance du ‘boboïsme. » (Philippe de Villiers)

« On a fait 68 pour ne pas devenir ce que nous sommes devenus. » (Wolinski) – C’est l’aboutissement de toutes les révolutions, ou des bouffonneries telle 1968.

Ci-dessous, on trouvera des considérations extraites de l’ouvrage écrit en 1969 par deux psychanalystes connus mais sous les pseudonymes d’André Stéphane (ce, pour des raisons essentiellement déontologiques), L’Univers contestationnaire, traitant à chaud des événements de mai 1968. L’analyse est psychanalytique et me dépasse largement, mais ayant moi-même largement participé, étant déjà adulte et intégré, à cette indécente mascarade de fils à papa friqués (ce dont je n’ai pas à être fier), je puis certifier la justesse des vues d’André Stéphane qui ont eux-mêmes observé sur le tas et non de leur fenêtre. Bien entendu, ces constatations sont valables pour d’autres manifestations, assemblées, délires que juste pour les événements de l’époque étudiée.

« La structure, ou le portrait, du contestataire.

« Le contestataire et le ‘narcissisme cosmique’ : Sentiment élationnel, traits régressifs typiques et confusion de soi avec le monde ambiant, unité fusionnelle que forme le sujet, unique et tout-puissant, avec l’univers, émois narcissiques ineffables, sublimes comme la réalité ne pourra jamais en offrir ; rêve, rétablissement de la toute-puissance, on vit avec sa nostalgie, dispensé du ‘joug de la loi’. On peut vouloir détruire la réalité rien que pour la raison qu’elle s’oppose au rêve   – Distanciation du corps social, donc du Père (se mettant ainsi à l’abri du confit œdipien), conscience narcissique de supériorité par rapport au reste de l’humanité rejeté sur un mode actif, inexistant et même transformé en excrément, investissement narcissique total de la fratrie-univers cimentée par un narcissisme d’origine prénatale et régressif (jeunes et marginaux), disparition des vieillards (quiconque est hors de la fratrie, quel que soit l’âge) mis hors du monde – Caractère luddique du mouvement masquant la crise dépressive et donc délégation inévitable à de grands frères (les ouvriers) – Prédominance narcissique orale (locuteurs, non interlocuteurs), caractère régressif et vertigineux de l’abandon incontrôlé à la parole, laquelle équivaut à l’acte et la verbalisation à une action réalisée, et nous savons avec quelle facilité la dictature des mots se confond avec la dictature tout court – Ejection de la composante sadique-anale du sujet, de la libido objectale (qui vaut admission de la réalité) pour le seul narcissisme, absence du processus de maturation, dans l’univers narcissique du principe de plaisir, disparition du principe de non-contradiction – Prosélytisme déculpabilisant du fait d’avoir soustrait l’investissement narcissique au monde, donc volonté de le lui restituer, complexe de rédemption (alphabétisation de la classe ouvrière ! etc.) et idéalisation. »

 « L’avènement du Royaume des Cieux : Récusation de l’autorité parentale et de ses œuvres, disparition du Père déclenchant l’apparition instantanée du Fils, la régression sadique-anale projetée sur le Père et le narcissisme absolu représenté par le Fils (divinisé) – Désinvestissement total de la vie matérielle, l’analité objet de mépris, aucune réalité ne peut faire l’affaire (aucun projet de réforme), ‘tout ou rien’ – La félicité de la vie prénatale justifie le caractère réaliste du désir – La venue du Royaume des Cieux est censée être précédée par l’Apocalypse, ceux qui démolissent la société contribuent à l’accomplissement narcissique, qui conduira vers le paradis perdu – Tout politiser c’est tout refouler, les conflits personnels sont ainsi projetés au-dehors – Situé dans le système, on ne peut y échapper qu’en contestant tout, un ‘non’ vigoureux et répété – Le ‘faire’ que s’octroie le contestataire en pensée et en paroles ne dépend plus des lois de la matière, l’Esprit est au-dessus (comme dans le miracle) ; on plane. »

« Analité et Fécalisation : L‘enfant de la phase anale recherche la saleté et le désordre, souille et détériore, se bat, hurle … dynamique de l’agressivité … Production incessante d’affiches, barbouillage des rues, des murs, foisonnement des slogans, flux verbal continu, vacarme assourdissant, manifestes, tracts, brochures… débordent l’activité pratique recherchée  … L’aspect excrémentiel des locaux occupés (devenu pire encore en 2018 !) … Le désordre détruit l’harmonie du monde objectal, donc celui-ci – Négativité prégénitale, ‘fécalisation’  désignation du désordre, ‘défécation’ expulsion, que l’autre cesse d’exister, ‘tout ficher en l’air’ (méthodes empruntées à la révolution culturelle chinoise) – Le prolétariat infidèle à sa mission, à sa vocation qualifié de ‘pourri’ (à l’égal du bourgeois) ; qualification ramenant à l’univers de ‘l’analité’, de l’excrémentiel. »

« L’identification finale à la mère sadique-anale : La société de consommation représentant la mère dans ses aspects sadiques, dévorateurs et ‘anaux’, l’imago maternelle mauvaise, mère gaveuse, étouffante, agressive, dépassant le seuil d’investissement possible, la société vue comme une marâtre – Purification et victoire de l’esprit contre la matière, ‘Le veau d’or est toujours de boue’, … Le personnage persécuteur est reconnu comme étant de sexe féminin – Pour n’avoir rien en commun avec cette imago, se conduire en ‘bonne mère’ (souci des travailleurs, surtout des  jeunes) – Maniement d’une terreur diffuse (professeurs jetés à terre, couverts d’ordures…), poussant des gens raisonnables à envisager l’émigration. Si violence, elle s’exerce au nom du Bien, donc de la Morale et de toutes façons n’est que réponse à la violence de la société. »

« Le gauchisme et le fascisme : Ce sont les affects qui s’abritent derrière l’épaisseur de la carapace caractérielle que rien ne doit entamer, surtout pas le raisonnement, position obligatoirement figée, statique s’assurant contre toute modification possible, abri – Sauter par-dessus la période de maturation – Masochisme, les contestataires veulent à tout prix leur martyr – Nous retrouvons dans le fascisme d’avant-guerre … notamment les accusations portées contre la société de consommation ; identité des deux mouvements : terrorisme intellectuel, racisme (bourgeoisie puis peuple pour les gauchistes passés puis actuels), ouvriérisme, angélisme et férocité, mélange d’idéalisme et de sadisme, régression au processus primaire et manque du sens de la réalité, fanatisme, manichéisme,, philosophie pessimiste, anti-sémitisme (anti-sionisme), anti-libéralisme, anti-parlementarisme, culte de la jeunesse, culte de la violence…. Par bien des aspects la contestation constitue un fascisme de gauche – Avec quelle rapidité, lors de l’avènement de l’hitlérisme, neuf millions de communistes sont devenus neuf millions de nazis. »

« Révolution et Contestation : La contestation est un mouvement affectif avec un contenu secondaire, alors que la révolution poursuit avant tout un but, les éléments affectifs lui étant au contraire subordonnés. La révolution suit son chemin, a son histoire, alors que la contestation, une fois qu’elle s’est exprimée en tant que geste, ne peut que s’évaporer dans son élan initial – Tandis que le révolutionnaire s’attaque à la classe ennemie, pour la remplacer, le contestataire s’attaque à sa propre classe – Si le révolutionnaire met sa dynamique œdipienne au service d’une cause ‘sociale’, le contestataire utilisera le prétexte ‘social’ pour abréagir son propre conflit familial – Le révolutionnaire veut créer une réalité plus parfaite que l’actuelle, il incorpore le passé et le dépasse, il s’efforcera donc d’introduire dans la réalité existante un nouvel élément. Le contestataire revient en arrière, il se coupe de toute ses racines, il veut tout annuler, ‘On efface tout et on recommence’. »

« Le mouvement contestataire ne porte pas de but à réaliser, c’est un ‘geste’ dont la fin précise reste dans l’ombre … Mouvement affectif avec un contenu secondaire alors que la révolution poursuit avant tout un but, les éléments affectifs mobilisés par ce but lui étant au contraire subordonnés … Le révolutionnaire marxiste détruit une classe au profit d’une autre, c’est-à-dire de la sienne, alors que le contestataire s’attaque avant tout à sa propre classe. »  

Ci-dessous extrait remaniés et simplifiés de l’ouvrage de Béla Grunberger et Janine Chasseguet-Smirgel, L’univers contestationnaire. Soit les mêmes auteurs, et le même ouvrage,  que précédemment (écrivant alors sous le pseudonyme d’André Stéphane), mais réécrit en partie (redondances probables).

« Ce qui apparaît clairement  depuis peu, c’est la ‘contestation pour la contestation’, en l’absence absolue de grand projet … ‘On n’a pas de projet de société, mais il va falloir trouver un autre moyen d’exister’ (Lola Lafon) … Le mouvement contestataire n’a pas de but à réaliser mais un ‘geste’ (la contestation) dont la fin précise reste dans l’ombre … L’abondance verbale restera toujours un ‘texte secondaire plaqué sur le geste primitif’ … Mouvement affectif avec un contenu secondaire alors que la révolution poursuit avant tout un but … Quelle signification peuvent avoir des appels à la révolte, à l’insubordination et à la transgression dans la société permissive qu’est devenue la nôtre, ‘dans le vide où ont abouti les années contestataires’ … Il ne s’agit pas d’un ‘conflit de générations’, mais d’un déni de l’existence de générations … Ce qui importe pour le contestataire, c’est la contestation et qu’il a des raisons inconscientes … de refuser tout ce qu’on lui propose … uniquement parce que cela se réfère à une certaine réalité … Incapable de tout ‘faire’, il mettra toute sa libido au service du ‘défaire’, à faire avorter toute réalité existante  … C’est de la disparition de celle-ci que le bonheur surgira, avoir tout gratuitement sur un mode narcissique  … ‘Tout sautera, je le désire’ (Maurice Clavel) … Quant à l’ordre, institution dont le but est par définition le maintien de ce qui existe, il est la chose abominable par excellence … Se situant dans la perspective de l’accomplissement narcissique absolu, dispensé de tout effort qui y mène (dispensé du joug de la Loi), il réalise ainsi en principe un équilibre moral parfait qui le déculpabilise … L’actuelle critique de la société de consommation qui porte accusation contre le bourgeois présente quelque analogie avec la critique fasciste de la société d’avant-guerre qui faisait du Juif le principal responsable de ses ‘tares’. Bourgeois et Juif incarnant le triomphe du matérialisme … Entre autres similitudes entre l’idéologie fasciste et l’idéologie du gauchisme contestataire, à savoir : l’antiparlementarisme, la dévalorisation du libéralisme en matière politique et surtout le culte renouvelé de la violence (plus, accessoirement, le culte de la jeunesse, le terrorisme intellectuel, le racisme, l’ouvriérisme, le fanatisme, le manichéisme, l’angélisme et la férocité, le mélange d’idéalisme et de sadisme, le manque du sens de la réalité…) … ‘Parmi les slogans qui couvraient les murs de la Sorbonne, il y en a que nous aurions pu signer. Parmi les mots d’ordre que scandaient les étudiants, il y en a que nous aurions pu crier avec eux’ (Maurice Bardèche – lequel, à l’intention des ignorant, n’est pas précisément un gauchiste) … Besoin de ‘coincer’, ‘d’acculer’, ‘d’enfermer dans des contradictions’, le bourgeois capitaliste qui n’assure pas à son personnel des conditions décentes est un exploiteur, mais s’il améliore ces conditions, c’est pour accentuer encore son exploitation On demandait à la fois des biens sociaux et la mort des bureaucrates, pas de sélection et plus de débouchés, etc. … L’appel fait aux affects seuls, au mépris de la raison logique, signe les visées totalitaristes … Adolescents pris par leurs occupations ludiques, la moindre remarque ou critique proférée par des adultes ne pouvait être que violemment refusée, car les adultes qui troublent les jeux des enfants sont des importuns … Caractère rédempteur du mouvement, ‘aller vers les ouvriers’, ‘servir le peuple’, ‘lui apporter la culture’ …  Le révolutionnaire marxiste détruit une classe au bénéfice d’une autre, c’est-à-dire de la sienne, alors que le contestataire s’attaque avant tout à sa propre classe. »  

« Un ‘politiquement correct’ véhiculé comme un dogme par les médias dominants et garanti par un arsenal juridique de plus en plus contraignant vise à interdire toute contestation. » (Christophe Boutin) – Il s’agit bien d’annuler la liberté d’expression.

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