115,2 – Société – Barbarie

– Hegel disait de certaines sociétés à conscience commune que tous les chats y étaient gris. Il pressentait les sociétés modernes où règne la dictature impitoyable de la pensée unique.

Une société sans objet (titre d’un livre de Michel Pinton) : sans plus d’origine derrière elle, sans but, sans objectif devant elle. Comme les individus dont elle se compose. 

-« Nous voulons qu’elle soit là pour nous sans que nous soyons là pour elle. » (Pascal Bruckner

Pour les sociétés dites de pensée, voir les extraits des deux ouvrages d’Auguste Cochin à la fin de la rubrique Associations, 055, 1.

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« La vie en sociétés organisées est si caractéristiquement animale qu’elle est pratiquement universelle. » (Robert Ardrey)

« Une société de masse n’est rien de plus que cette espèce de vie organisée qui s’établit automatiquement parmi les êtres humains quand ceux-ci conservent des rapports entre eux mais ont perdu le monde autrefois commun à tous. » (Hannah Arendt)

« Nos sociétés s’usent à guérir les maux qu’elles engendrent. » (Lucien Arréat)

« La société sans finalité et sans mythes qui se dessine… » (Marc Augé) – sera-t-elle supportable ?

« On ne connaît rien d’une institution sociale quelconque, ni de l’essence d’une société, tant que l’on n’a pas détecté et analysé ce qui les nie … Une institution quelconque n’est que le triomphe provisoire d’un possible parmi d’autres qui restent latents ou resurgissent dans des contre-institutions … Formes atténuées d’opposition à l’ordre telles que sont les maladies mentales, le suicide, la criminalité (marginalités passives) ou même émeutes, troubles (marginalités actives) et formes plus radicales d’opposition à l’ordre, contre-sociétés, avec sortie hors de l’ordre et entrée dans des sociétés qui défendent ouvertement d’autres valeurs et prétendent instaurer, à tout le moins en leur sein, un ordre nouveau … Soit des communautés coupées de la société globale (fuite sociale) et qui ne visent à l’investir que par leur exemple (type beatnik, hippy, sectes…) dans le cas le plus ambitieux, soit qui entrent en guerre active avec l’ordre plus agressivement et conflictuellement (bandes, mafias, zadistes de nos jours…) … Une originalité de notre société tient à l’importance quantitative que peuvent prendre ces contre-sociétés, de par la réduction sensible de la rareté des richesses qui permet à une plus grande proportion de la population de vivre en dehors de l’ordre. » (Jean Baechler)

« Il y a dans la vie des sociétés des situations de degré zéro, à partir desquelles des sociétés disparaissent ou trouvent en elles des réserves suffisantes d’énergie pour repartir sur des données nouvelles … L’originalité du haut Moyen Âge est d’avoir prolongé le degré zéro pendant plusieurs siècles. » (Jean Baechler) – La société française actuelle en est où ?

« L’homme socialisé souffre d’asthme spirituel et d’accès d’étouffement. » (Père Hans Urs Von Balthasar)

« Nous vivons à une époque où le défaut des gouvernements est d’avoir moins fait la société pour l’homme que l’homme pour la société. Il existe un combat perpétuel entre l’individu contre le système qui veut l’exploiter et qu’il tâche d’exploiter à son profit. » (Balzac)

« L’évolution de la société française dans les cinquante dernières années a été de favoriser l’assouplissement, voire même l’effacement, des grandes institutions structurantes : armée, Eglise, école, presse… au profit de la plus grande fluidité (flexibilité) possible … Disparue la hiérarchie des valeurs, des idées et des hommes … Ne subsiste que l’information, vraie ou fausse, peu importe. Tout coule, inconsistant … Or le propre des structures c’est d’être structurant … en termes de principes moraux, de valeurs … Le détricotage de ces critères et l’affaiblissement des institutions qui en avaient la charge … aboutissent à une forme d’impasse génératrice d’angoisse. Tout le monde n’est pas psychologiquement équipé pour être livré à lui-même. » (Olivier Bardolle)

« Le réseau interpersonnel est le milieu à partir duquel et par lequel se réalise la cooptation des membres du groupe dirigeant et se fabriquent des comportements de groupes, des supports collectifs de stratégie, des territoires d’identification et de solidarités. Ces réseaux … sont l’équivalent moderne du clan ou de la tribu … jargon du clan, religion (idéologie), rites, chef de clan ou de territoires. Notre société est en partie une société tribale et clanique. Il est bon de ne pas oublier cette caractéristique qui n’est pas que du folklore… » (Yves Barel) – Comment comprendre la politique et surtout les média si on fait abstraction de la servilité qu’implique l’adhésion à un clan partie prenante de la domination, seule garantie du succès mondain.

« Nous sommes devenus très faibles en énergie satanique, ironique, polémique, antagoniste, nous sommes devenus des sociétés fanatiquement molles, ou mollement fanatiques … A force de pourchasser en nous la part maudite (du Mal) et de ne laisser rayonner que les valeurs positives, nous sommes devenus dramatique ment vulnérables. » (Jean Baudrillard)

« Toute société en voie d’intégration et d‘homogénéisation tend, au-delà d’un certain seuil critique (que nos sociétés ont largement dépassé), vers la dissociation. Homogénéisez, intégrez tant que vous voulez, la séparation aura lieu de toute façon. L’exclusion et la discrimination seront même en fonction directe des ‘progrès ‘ de l’intégration. Vous ne dépasserez jamais l’antagonisme de deux principes, dont l’incidence dans nos sociétés modernes est la résurgence d’une société parallèle, d’un marché parallèle, d’un circuit financier parallèle, d’une médecine, d’une morale, voire d’une réalité et d’une vérité parallèle. N’importe quel régime de contrôle et d’interdit  crée une situation irrégulière, clandestine, anomalique : un marché noir … Perversion qui résiste à toute normalisation, structures occultes qui narguent les pouvoirs. De toute façon, que peut-on espérer d’une société qui serait purifiée de toute clandestinité ? » (Jean Baudrillard)

« La modernité est en train de passer d’une phase ‘solide’ à une phase ‘liquide’ dans laquelle :  – Les formes sociales (structures, institutions, modes de comportement acceptables…) ne peuvent plus, et ne sont plus censées, se maintenir durablement en l’état parce qu’elles se décomposent en moins de temps qu’il ne leur en faut pour être forgées et se solidifier – La société est de plus en plus envisagée et traitée comme un réseau plutôt que comme une structure et encore moins comme un ‘tout’, matrice de connexions et de déconnexions fruit du hasard et d’un nombre indéfini de permutations – L’effondrement de la réflexion, de la prévision et de l’action à long terme, quantité théoriquement infinie d’épisodes et de projets à court terme non combinables – La responsabilité de la résolution des difficultés … repose désormais sur les épaules des individus, censés exercer leur ‘libre choix’ et en supporter les conséquences, la ‘flexibilité’, aptitude à changer rapidement de tactique et de style, à abandonner … ses engagements et ses loyautés, à profiter des occasions comme elles se présentent plutôt que dans l’ordre de ses préférences personnelles – Une vie aussi fragmentée stimule les orientations ‘horizontales’ plutôt que ‘verticales’. » (Zygmunt Bauman – Le présent liquide) – D’où la boulimie de réformes pour tenter de compenser l’angoisse.

« Une société ‘moderne liquide’ est celle où les conditions dans lesquelles ses membres agissent changent en moins de temps qu’il n’en faut aux modes d’action pour se figer en habitudes et en routines. La liquidité de la vie et la liquidité de la société se renforcent l’une l’autre. La vie liquide, tout comme la société moderne  liquide ne peut conserver sa forme ni rester sur la bonne trajectoire longtemps … Il faut apprendre à marcher sur des sables mouvants … Être en mouvement n’a qu’un but : rester en mouvement … Ils (les modernes) bougent parce qu’ils ne peuvent s’arrêter.  Tels des bicyclettes, ils ne tiennent debout qu’en roulant … suivant en cela le précepte de Lewis Carroll : ‘Ici, on est obligé de courir tant qu’on peut pour rester au même endroit’ … ‘Pour survivre sur une fine couche de glace, il faut patiner vite’(Emerson). »  (Zygmunt Bauman  – La vie liquide)

« Plus une société est homogène, plus ses membres sont portés à se faire mutuellement confiance, ce qui favorise les comportements d’altruisme et de coopération … De telles sociétés, cependant, constituent désormais l’exception plutôt que la règle, au moins dans le monde occidental. » (Alain de Benoist)  – Elles handicaperaient le développement du capitalisme mondialisé. 

« La société ne fait qu’établir une communication entre les hommes, plus ou moins durable et stable ; elle appartient au monde objectivé et déchu, et obéit à la loi du plus grand nombre : elle est une organisation de la vie de la masse … Elle n’est pas communion, ne fournit aucune issue à la solitude. » (Nicolas Berdiaeff)

« Durkheim a sans doute raison. Nous ne connaissons pas de société sans croyances, sans rites, sans interdits. » (Emmanuel Berl) – Si, si. La nôtre (mais Durkheim ne l’a pas connue). Certes nous baignons dans les croyances, les rites et surtout les interdits, mais leur absurdité et leur nocivité ne font que hâter la fin.

« Votre société ne mérite plus d’être aimée. La société a-t-elle jamais mérité la confiance et l’amour ? Qu’importe : elle donnait au moins l’illusion de les mériter. Les vieillards la quittaient déçus, mais ses prestiges étaient jadis assez forts pour porter un moment l’espérance de chaque génération renaissante. Êtes-vous  sûrs qu’on puisse en dire autant de la vôtre ? » (Georges Bernanos – Les Enfants humiliés)

« La vie en société c’est quand tout le monde est là et qu’il n’y a personne. » (Christian Bobin)

« La société intellectuelle ou religieuse a pour objet la conservation de l’homme social par la répression de ses volontés dépravées ; la société politique a pour objet la conservation de l’homme social par la compression des actes extérieurs de ces mêmes volontés … l’une, en réprimant ses volontés empêche les actes extérieurs, et l’autre, en réprimant les actes extérieurs, rend les volontés impuissantes. » (Louis-Ambroise de Bonald)

« Quand une société entière se fait honteusement hara-kiri. » (Françoise Bonardel) – De quelle société veut-elle bien parler, mystère ?

« Les points de repère moraux, philosophiques, spirituels et politiques auraient, sous l’effet de la globalisation, disparu des sociétés modernes ou en tout cas seraient définis au gré du caprice changeant des individus, des conjectures et des structures sociales et politiques. Au point que l’on peut qualifier les sociétés présentes de ‘liquides’, sociétés sans points fixes, où toutes les valeurs et les institutions auraient perdu leur solidité d’antan. » (Raymond Boudon – reprenant une analyse et un terme de Zygmunt Baumann)

« Le sujet n’est plus fondé en raison mais en communication … La société tout entière est devenue ‘esthétique’, c’est-à-dire sentimentale et sensorielle, tout se décide par impressions et par pressions … Notre monde unique a éclaté en une infinité de perspectives … infini, c’est-à-dire non totalisable sous une représentation idéale. Parallèlement, le sujet lui aussi éclate en morceaux. » (Daniel Bougnoux)

« On est entré dans une ‘société des individus’, selon l’expression de Norbert Elias qu’il définit comme une société ‘née de multiples projets, mais sans projet, animée par de multiples finalités, mais sans finalité’. » (Laurent Bouvet)

« Ainsi veut-on tout et son contraire : que cette société nous protège sans rien nous interdire, qu’elle nous couve sans nous contraindre, nous assiste sans nous importuner, nous laisse tranquille mais nous tienne aussi par les mille rets d’un rapport affectueux. Bref, qu’elle soit là pour nous sans que nous soyons là pour elle. ‘Fichez-moi la paix, occupez- vous de moi’. » (Pascal Bruckner)

« Les sociétés modernes semblent être devenues à elles-mêmes leur propre et unique norme. Ce qu’elles sont est nécessairement bon, juste et légitime puisque ce sont elles qui le sont … Des sociétés de part en part rationnelles, c’est-à-dire n’obéissant plus qu’au critère et à la logique de l’utilité individuelle et collective … via trois institutions : le Marché et le jeu des intérêts matériels dépourvus d’ambiguïté, l’Etat démocratique débarrassé de la violence et de l’autorité par l’élection de représentants des intérêts, la Science réduisant le symbolisme légitime à la seule expression des intérêts de la Raison, garante de la rationalité des intérêts. » (Alain Caillé – simplifié)

«Toute société jusqu’ici a  essayé de donner une réponse à quelques questions fondamentales : qui sommes-nous, comme collectivité ? Les uns pour les autres ? Où et dans quoi sommes-nous ? Que voulons-nous et qu’est-ce qui nous manque ? La société doit définir son identité … Sans la réponse à ces questions, sans ces ‘définitions’, il n’y a pas de monde humain, pas de société et pas de culture ; car tout resterait dans un chaos indifférencié … il ne s’agit pas de réponses à des questions posées explicitement…  elles ne sont même pas posées préalablement aux réponses. La société se constitue en faisant émerger une réponse à ces questions dans sa vie, dans son activité. C’est dans le ‘faire’ de chaque collectivité qu’apparaît comme sens incarné la réponse à ces questions. » (Cornelius Castoriadis – cité par Vincent Descombes)

 « Nous voulons l’autonomie, mais pour faire quoi ? … En soi la démocratie (la société autonome, à la fois démocratique et privée de référence transcendante, est celle où ‘c’est nous qui décidons’ – par opposition à la société hétéronome celle dont le Législateur a dû honorer les dieux de sa propre sagesse) n’est pas le dernier mot. Derrière le régime politique, il faut pour le soutenir un régime des mœurs … Impossible de fabriquer une constitution qui interdise par exemple qu’un jour 67% des individus prennent ‘démocratiquement’ la décision de priver les 33% autres de leurs droits … .La seule limitation que peut connaître la démocratie, c’est l’autolimitation. Et celle-ci, à son tour, ne peut être que la tâche des individus éduqués dans, par et pour la démocratie. » (Cornelius Castoriadis)

« Il ne peut pas y avoir de société qui ne soit pas quelque chose pour elle-même ; qui ne se représente pas comme étant quelque chose … qui  se pose comme quelque chose … L’effondrement de l’autoreprésentation de la société … Il y a crise des significations imaginaires sociales ; celles-ci ne fournissent plus aux individus les normes, valeurs, repères, motivations leur permettant à la fois de faire fonctionner la société, et de se maintenir eux-mêmes, tant bien que mal, dans un équilibre ‘vivable’ … Ni religion, ni idées politiques, ni solidarité sociale avec une communauté locale ou de travail, avec des ‘camarades de classe’… Les valeurs et les normes sont à peu près remplacées par le ‘niveau de vie’, le ‘bien-être’, le confort et la consommation …  Qui pourrait dire ‘comme quoi’ se veut l’homme contemporain ? …  La société présente ne se veut pas comme société, elle se subit elle-même … sans représentation d’elle-même qu’elle puisse affirmer et valoriser, ni projet de transformation sociale auquel elle puisse adhérer et pour lequel elle veuille lutter. » (Cornelius Castoriadis) – Voilà le résultat d’avoir tout détruit, en arriver au malheur banal de Freud.

« Toute société crée son propre monde, en créant précisément les significations qui lui sont spécifiques, ce magma de significations, comme, par exemple, le dieu hébraïque et tout ce qu’il implique et entraîne … celles qui vont avec la composante capitaliste de la société moderne … La fonction de ces significations est triple. Elles structurent les représentations du monde en général (un arbre n’abrite plus de nymphe, c’est du bois de construction…)…. Elles désignent les finalités de l’action, ce qui est à faire et à ne pas faire, ce qui est bon et n’est pas bon (adorer  Dieu, accumuler des forces productives…) … Elles établissent les types d’affects caractéristiques d’une société (foi d’une religion, changement constant et soif du nouveau, culte du progrès, de l’argent…) … la manière de se vivre et de vivre le monde et la vie … L’instauration de ces trois dimensions va de pair avec leur concrétisation par toutes sortes d’institutions médiatrices (famille, clan, tribu, collectivité de travail, nation…) … Mais parmi les significations instituées par chaque société, la plus importante est sans doute celle qui la concerne elle-même (le peuple élu, les Grecs opposés aux Barbares, les descendants des Pères fondateurs américains…) … Un ‘se vouloir’ comme société et cette société-là, un ‘s’aimer’ comme société et comme cette société-là … Où est le sens vécu comme impérissable par les hommes et les femmes contemporains ? Où est notre modèle identificatoire ? Celui de l’individu qui gagne le plus possible et jouit le plus possible (on ne gagne pas parce que l’on vaut, on vaut parce que l’on gagne). » (Cornelius Castoriadis – Considérations regroupées et simplifiées)

« Toute société se définit par ce qu’elle exclut.. Elle se constitue en se différenciant. » (Père Michel de Certeau)

« La société est composée de deux grandes classes ; ceux qui ont plus de dîners que d’appétit, et ceux qui ont plus d’appétit que de dîners. » (Chamfort)

« Les fléaux physiques et les calamités de la nature humaine ont rendu la société nécessaire. La société a ajouté aux malheurs de la nature. Les inconvénients de la société ont amené la nécessité du gouvernement et le gouvernement ajoute aux malheurs de la société. » (Chamfort)

« Le lien qui attache l’individu à la société est tellement puissant que même dans la soi-disant ‘société des individus’, ces derniers sont si peu capables de prendre leur distance avec les entraînements collectifs que spontanément, ils consentent à l’anéantissement de ce à quoi ils tiennent le plus : la liberté. » (Bernard Charbonneau)

« Les anciennes disciplines s’effondrent. Mais dans le détail une organisation matérielle sans cesse plus raffinée multiplie les contraintes ; seulement ce sont celles d’une certaine richesse et non plus de la misère. ‘Le minimum de sens pour le maximum de disciplines’. » (Bernard Charbonneau)

« On pourrait dire qu’il y a deux types de société industrielle, l’une bourgeois et libérale, qui est névrotique parce qu’elle abandonne les individus à leur angoisse, et l’autre totalitaire, qui est psychotique parce qu’elle les en délivre : elle a moins d’aliénés parce qu’elle est plus aliénante. » (Bernard Charbonneau)

« Sociétés depuis longtemps évanouies, combien d’autres vous ont succédé ! les danses s’établissent sur la poussière des morts, et les tombeaux poussent sous les pas de la joie. » (Chateaubriand)

« A l’époque où nous vivons chaque lustre vaut un siècle ; la société meurt et se renouvelle tous les dix ans. Rien ne s’élèvera plus dans les sociétés nivelées, et la grandeur de l’individu sera désormais remplacée par la grandeur de l’espèce. » (Chateaubriand)

« La formation d’une classe exige la coalescence de deux facteurs simultanés. Le premier relève de l’existence d’une position économique spécifique, susceptible de définir des conflits d’intérêt avec les autres classes en présence. Le second relève de la prise de conscience d’une communauté de condition et de destin au sein de cette classe. Le premier facteur est objectif, le second est subjectif. » (Louis Chauvel)

« 1, Le pauvre travaille – 2, Le riche exploite le un – 3, Le soldat défend les deux – 4, Le contribuable paye les trois – 5, Le vagabond se repose pour les quatre – 6, Le poivrot boit pour les cinq – 7, Le banquier escroque les six – 8, L’avocat trompe les sept – 9, Le médecin tue les huit – 10, Le croquemort enterre les neuf – 11, Le politique vit des dix. » (connu sous le nom de théorie politique de Cicéron)

« Les sociétés archaïques (Chine, Egypte…) ont duré si longtemps parce qu’elles ignoraient l’envie d’innover et de se prosterner toujours devant d’autres simulacres. Quand on en change avec chaque génération on ne doit pas s’attendre à une longévité historique … Un peuple qui s’est accompli, qui a dépensé ses talents et a exploité jusqu’au bout les ressources de son génie, expie cette réussite en ne donnant plus rien après … Les Germains abandonnèrent les noms latins pour revenir aux noms germaniques quand les seigneurs exténués, en recul, n’étaient plus redoutés ni respectés. » (Emil Cioran) – Quand on pense à la vogue récente de fin de l’histoire avec l’avènement mondial de la société libérale ! Alors qu’il ne signifie que l’avènement de la catastrophe qui mettra un terme à cette monstruosité.

« Les sociétés qui ont l’initiative du mouvement historique, celles qui vraiment font l’histoire, sont celles qu’animent des mythes puissants. Les français, n’ayant plus de mythes… » (Marc Crapez – Antagonismes français)

« Faire d’un tas un tout. » (Régis Debray)

« La société du spectacle, qui discrédite le spectaculaire, délégitime les secrets et abandonne à la fois la distance et la retenue. » (Régis Debray)

« Autant une société jeune aime à cultiver le vieux sage, autant une société vieillissante a besoin de chair fraîche. » (Régis Debray – sur le jeunisme)

« Les sociétés froides ne se donnent pour but que de persévérer dans l’être, de demeurer dans le passé ; elles ‘produisent extrêmement peu de désordre, d’entropie, et ont tendance à se maintenir indéfiniment dans leur état initial’. Tandis que les sociétés chaudes, essentiellement les sociétés modernes, utilisent leur énergie à la transformation, vivant sur le désordre et l’entropie dont elles tirent des équilibres nouveaux et précaires, et se métamorphosent sans cesse. » (Chantal Delsol – reprenant la distinction de Claude Lévi-Strauss)

« Une société orientée vers le confort individuel et non vers le dépassement d’elle-même n’est pas disponible pour la vérité ; une société qui se livre à la frénésie de la consommation se rend serve d’une fatalité plus trouble et plus terrible que celle qui pesait sur les époques de pénurie. » (Jean-Marie Domenach)

« Nul homme n’est une île. » (John Donne)

« Toute société, pour se maintenir et vivre, a absolument besoin de respecter quelqu’un et quelque chose. » (Dostoïevski) – On voit les chances qui nous restent de nous maintenir !

« La religion ne structurant plus la Cité, du coup celle-ci ne dépend plus d’un grand Tout transcendant … La modernité correspond donc à la fin de l’unité des esprits assemblés autour d’un seul grand Sujet. » (Dany-Robert Dufour)

« L’unité du genre humain … mais les hommes ne sont des hommes que par leur appartenance à une société globale, déterminée, concrète … La présence du social dans l’esprit de chaque homme … La perception de nous-même comme individu n’est pas innée mais apprise. » (Louis Dumont)

« La plupart des sociétés croyaient se fonder dans l’ordre des choses naturelles aussi bien que sociales, elles pensaient copier ou dessiner leurs conventions mêmes sur les principes de la vie et du monde. La société moderne se veut rationnelle, entendons qu’elle se détache de la nature pour instaurer un ordre humain autonome. » (Louis Dumont) – Les lois dites sociétales par exemple. C’est dire vers quelles catastrophes nous nous précipitons.

« ‘Holisme’ (entier) : théorie d’après laquelle le tout est quelque chose de plus que la somme de ses parties … Est ‘holiste’ une idéologie qui valorise la totalité sociale et néglige ou subordonne l’individu humain, elle part de la société globale et non de l’individu … L’homme est immédiatement reconnu comme être social, la subordination est généralement reconnue comme normale, nécessaire. Le besoin d’émancipation de l’individu est moins fortement ressenti que le besoin d’encadrement et de communion … A l’inverse, l’individualisme valorise la relation de l’homme aux choses (nature, objet) à l’encontre de la relation sociale (entre hommes) … Là où l’Individu est la valeur suprême je parle d’individualisme, dans le cas opposé, où la valeur se trouve dans la société comme un tout, je parle de holisme … Dans la première situation, ce qu’on appelle encore ‘société’ est le moyen, la vie de chacun est la fin, ontologiquement la société n’est plus … dans la seconde situation, l’accent est mis sur la société dans son ensemble, comme Homme collectif.» (Louis Dumont) 

« Penser l’ordre social en dehors de tout fondement religieux. Comment faire d’une diversité d’opinions et d’intérêts toujours potentiellement conflictuelle quelque chose qui ressemble à une unité pacifiée ; la religion apportait une solution dont le propre était de faire appel à une extériorité fondatrice. L’ambition des ‘modernes’ est d’en finir avec cette logique de l’extériorité et de faire reposer les principes, lois et normes qui règlent la vie de la Cité sur les seules ressources internes au monde humain et social … Il s’agit de substituer la raison à la foi  … Doit-on partager sur ce point le pessimisme de Tocqueville : ‘Pour moi, je doute que l’homme puisse jamais supporter à la fois  une complète indépendance religieuse et une entière liberté politique ; et je suis porté à croire que s’il n’a pas la foi, il faut qu’il serve, et, s’il est libre, qu’il croie’. » (Jean-Pierre Dupuy)

L’apparition des fameux ‘problèmes de société’, et donc des ineptes lois sociétales ; aperçu pêle-mêle suivant Alain Ehrenberg : « L’éducation, le droit de l’enfant, la condition féminine, les problèmes raciaux, les handicapés, la contraception, le divorce, la prostitution, l’éducation sexuelle, les problèmes médicaux…, le troisième âge, la vieillesse … l’euthanasie, la drogue, etc. » –  En rajouter au moins deux nouveaux par an, nettement plus les années d’élections.

« Les individus sont liés les uns aux autres par des liens de dépendance réciproque qui constituent la société même … L’idée moderne de l’individu, cet idéal du moi qui veut exister par lui-même, n’est apparue en Occident qu’au terme d’un long processus, qui est indissociable de la domination des forces de la nature et de la différenciation progressive des fonctions sociales … Ce sont les dépendances réciproques qui construisent les sujets eux-mêmes … L’individu issu d’un réseau de relations humaines qui existait avant lui s’inscrit dans un réseau de relations qu’il contribue à former … Le champ des possibles d’un individu, donc sa liberté, se mesure à l’aune de sa plus ou moins grande capacité à agir sur le réseau d’interdépendances dans lequel il est inscrit … La dialectique du JE et du NOUS et les changements dans la pondération de ce rapport je-nous … Du tout autre chose que la somme de ses parties … Les images du groupe de danseurs, des joueurs de cartes ou d’échecs, de la maille du filet … C’est dans la relation avec les autres et par cette relation que la créature désemparée et sauvage qu’est l’être humain à sa naissance devient un être psychiquement adulte qui possède une personnalité individuelle … Les différences de structure de l’organisation des sociétés produisent nécessairement une autre structure du contrôle des instincts et une autre structure de la conscience, donc une autre individualité, chez un enfant du XX° siècle que chez un enfant du XII° … » (Norbert Elias – considérations très simplifiées sur l’interdépendance entre individus et entre individu/société)

« Le ‘nous’, unité dominante d’intégration et de survie … L’assimilation de son propre groupe du ‘nous’ à un groupe du’ nous’ d’un rang supérieur apparaît … comme la dévalorisation de quelque chose qui était jusque là placé très haut … Tant que ne sont pas associés avec l’unité d’ordre supérieur des sentiments d’identité personnelle, un sens du ‘nous’, l’effacement voire la disparition du groupe de rang inférieur apparaît … comme une menace de mort, une forme de déclin collectif, une profonde perte de sens. » (Norbert Elias) – Inutile d’espérer intégrer des gens auxquels le ‘nous’ que nous leur offrons (l’ambiance officielle et la moralité en France) est dépourvu de valeur.

« La société, née de multiples projets, mais sans projet, animée par de multiples finalités, mais sans finalité. » (Norbert Elias)

« La société capitaliste est par excellence celle qui ne croit en rien puisque la maîtrise du monde ne renvoie à rien d’autre qu’elle-même. » (Luc Ferry)

« La hiérarchie sociale était fondée sur la naissance, et la monarchie sur le droit divin. A cette représentation de la société et à cette conception du pouvoir, la Révolution française a substitué l’image d’une association volontaire et libre …» (Alain Finkielkraut) – Croyant changer de monde, on ne changeait que de fiction.

« La société ne naît pas de l’homme … c’est lui qui naît dans une société donnée … D’entrée de jeu l’homme entre dans un jeu dont il ne lui appartient pas de fixer les règles … Les révolutionnaires (de 89) ont choisi de faire une constitution universelle. Faire au lieu de recueillir, universelle au lieu de conforme aux usages de leur pays. Ivres de théorie… » (Alain Finkielkraut) – Ivres de destruction, volonté de tout casser, promotion de valeurs dites universelles pour justifier leur cosmopolitisme, la conquête et l’asservissement de l’Europe à leur délire. Rien de différent avec la mondialisation actuelle et la stupidité servile de la notion de citoyen du monde : « Le déni de son être-né, de sa passivité originaire, de son inscription dans un monde déjà là, déjà doué de raison, par une humanité qui s’érige en origine et maîtresse absolue du sens. » (Alain Finkielkraut) –  La notion grotesque et prétentieuse de citoyen du monde.

« Quelle invention du diable que les rapports sociaux. » (Flaubert)

« Une société qui est elle-même sa propre fin est une société virtuellement totalitaire. » (André Frossard)

« L’individu contemporain aurait en propre d’être le premier individu à vivre en ignorant qu’il vit en société, le premier individu à pouvoir se permettre, de par l’évolution même de la société, d’ignorer qu’il est en société … Ce serait l’individu déconnecté symboliquement et cognitivement du point de vue du tout, l’individu pour lequel il n’y a plus de sens à se placer au point de vue de l’ensemble. » (Marcel Gauchet)  – « Ainsi cet individu moderne est-il littéralement un nanti en ce sens qu’il dispose de suffisamment de ressources pour croire n’avoir besoin de rien en dehors de lui-même pour exister. On conçoit que ce type de plénitude puisse conduire au narcissisme. » (Robert Castel) – Ce pourquoi nos prétendues sociétés ne risquent pas de durer !

« Des sociétés sortant de la religion, cela veut dire des sociétés qui basculent de la fidélité à leur passé et à leur tradition vers l’avenir et vers l’invention d’elles-mêmes. » (Marcel Gauchet)

« Le déclin de la religion se paie en difficulté d’être soi. La société d’après la religion est aussi la société où la question de la folie et du trouble intime de chacun prend un développement sans précédent. Parce que c’est une société psychologiquement épuisante pour les individus, où rien ne les secourt ni ne les appuie plus face à la question qui leur est retournée de toutes parts en permanence : pourquoi moi ? Pourquoi naître maintenant ? Que me veut-on ? Que faire de ma vie quand je suis seul à la décider ? Pourquoi est-ce que cela … tombe sur moi ? … » (Marcel Gauchet)

« Le temps des sociétés religieuses, dominé par le passé fondateur est ‘un’ : il y a une identité substantielle du passé, du présent et de l’avenir. Nous sommes les mêmes dans le même monde que nos ancêtres … A l’opposé, la société de l’histoire, en se tournant vers l’avenir, délie le passé, le présent et le futur. Elle oblige à les penser sous le signe de leur différence. Dans un premier temps, la déliaison reste compatible avec la continuité. C’est ce que garantit le progrès … Mais à un moment donné cette conciliation est rendue intenable … Nous ne sommes plus les mêmes que ceux qui nous ont précédés … Quant à l’avenir, il sera par définition autre que ce qu’il nous est possible d’anticiper … nous ne savons pas ce que nous faisons… » (Marcel Gauchet)

« L’entrée dans la modernité politique, c’est l’appropriation monopolistique par l’Etat de l’institution du lien de société et l’irrésistible dessaisie des anciens îlots de socialité. » (Marcel Gauchet)

« C’est ce qui reste de chrétien en elles qui empêche les sociétés modernes d’exploser. » (René Girard)

« On ausculte une société par le haut ou par le bas. » (André Glucksmann)

« C’est parce que la société vernaculaire a adapté son mode de vie à son environnement qu’elle est durable, et parce que la société industrielle s’est au contraire efforcé d’adapter son environnement à son mode de vie qu’elle ne peut espérer survivre. » (Edouard Goldsmith – cité par Serge Latouche)

« Nous vivons dans une société dont nous n’aimons pas l’injustice et l’absurdité, la dureté aux plus vulnérables, la festivité factice, l’idéologie épaisse, le moralisme lourd,, l’économie toute-puissante, une société sans souci du bien commun, le plus souvent dans l’émotion collective et dans la bienveillance artificielle. » (Pierre-Yves Gomez)

« Tout le monde se rend compte que les politiques agitent les questions sociétales quand ils sont incapables de changer l’ordre économique et social qui nous gouverne. » (Pierre-Yves Gomez) – Et dans le but de diviser, préoccupation constante du pouvoir.

« Plus la société libère l’homme de la nature, plus elle l’enferme dans l’ordre du monde artificiel. » (Pierre-Yves Gomez)

« Entre les structures et les superstructures se trouvent un ensemble de médiations formant un ‘bloc historique’ (‘tranchées’ et ‘fortifications’ de la société civile et de l’Etat) qui empêchent les crises d’entraîner des effets politiques immédiats, qui empêchent un effondrement de l’économie d’entraîner un effondrement correspondant du système politique … D’où la ‘guerre de mouvement’ (révolution russe de 1917, applicable dans une société orientale fluide…) est progressivement remplacée, au moins au préalable, par la ‘guerre de position’ adaptée à des sociétés occidentales où la société civile et l’Etat s’interpénètrent solidement et dont l’objectif est de saper les ‘tranchées’ et ‘fortifications’ qui protègent l’ordre social. » (résumé d’Antonio Gramsci par un autre auteur)

« La société n’est pas une communauté spirituelle dont les membres rivaliseraient à la fois de dévouement, d’invention, d’ingéniosité et d’abnégation. La société est une machine. Les fonctions y sont des rouages. Tout ce qu’on attend de quelqu’un est qu’il fasse comme on a toujours fait. D’aucun, juge, avocat, ministre… on n’attend qu’ils disent rien d’inouï, ni même qu’ils disent quelque chose … Seulement peut-on raisonnablement supposer qu’ils prononceront au moment attendu les mêmes formules vagues que l’usage fait attendre ? Un disque ferait aussi bien l’affaire. » (Nicolas Grimaldi)

« La société n’est qu’un spectacle. Ce qu’on est convenu d’appeler l’ordre social n’en est que la distribution des rôles. » (Nicolas Grimaldi)

 « Le clivage société ouverte / société fermée place de fait les catégories supérieures dans une position de supériorité morale : toute critique du système économique et des choix sociétaux s’apparente alors à la posture négative du repli … La rhétorique de ‘l’ouverture’ permet de disqualifier toute représentation qui contesterait l’ordre économique et sociétal existant … Ces opinions contestataires sont opportunément réduites à la question du racisme … A ce petit jeu, les classes populaires sont forcément perdantes socialement, culturellement et politiquement … Dans les faits, la société mondialisée est une société fermée où le grégarisme social, le séparatisme, l’évitement et la captation des richesses et des biens n’ont jamais été aussi puissants. » (Christophe Guilluy)

« La société postmoderne se caractérise par la dissolution des corps intermédiaires. Le peuple est un, mais il est à recréer comme corps social unifié …. Certes la population se compose d’une myriade de classes et d’individus différents, mais le peuple synthétise ou réduit ces différences sociales au sein d’une entité unique … La multitude, quant à elle, n’est pas unifiée ; elle demeure plurielle et multiple … Elle se compose d’innombrables différences internes (culture, couleur, ethnicité, genre, sexualité, formes de travail et façons de vivre, visions du monde, désirs…)… Ses limites sont ouvertes … Elle n’agit pas à partir d’un principe d’unité ou d’identité, mais à partir de ce qui lui est commun, qu’elle doit découvrir … tout en maintenant ses différences internes …  L’informe et l’inordonné sont horrifiants … le caractère monstrueux, excessif et inordonné qui caractérise la chair de la multitude. » (Michael Hardt et Antonio Negri – Multitude) – Concept apparaissant semble-t-il avec la déliquescence des Etats-nations  et la montée de la globalisation.

« La gnose est indifférente à la durée des sociétés : elles peuvent prendre fin, car elles sont la matière, donc le mal … Les gnostiques anciens  se moquaient comme d’une guigne de la société et de son avenir, et les modernes gnostiques que sont les libéraux libertaires font de même. »  (Jean-Louis Harouel) – La vieille gnose persiste à travers les âges, elle est même plus que jamais présente dans les milieux progressistes (ce qui, subsidiairement, explique leur arrogance et leur pratique de l’insulte à tout ce qui est populaire). Nos bobos-gauchistes-modernistes incultes seraient bien surpris (et peut-être flattés ! Les imbéciles) s’ils savaient relever du vieux Marcion et de sa succession à travers les âges.    

« Pour que la démocrate puisse servir durablement à une société d’hommes libres, la majorité d’un corps politiques ne doit certainement pas avoir pour mission de ‘structurer ‘ une société. » (Friedrich von Hayek) – Alors, il faudrait se priver d’accroître le chaos par des mesures dites sociétales réclamées par des groupuscules aussi bruyants qu’agités ? Ce serait trop triste.

« Les sociétés se forment mais les Etats sont fabriqués. » (Friedrich von Hayek)

« Dans la nature, l’homme est l’animal le plus démuni : seule l’organisation sociale lui permet de survivre. » (David Hume)

« A l’aspect d’une agglomération ou d’un groupe humain quelconque, on discerne dés l’abord si c’est l’Etat ou la société qui y domine. » (Ernst Jünger) – De même si on considère une législation, l’autoritarisme arrogant des soi-disant dirigeants, la servilité des journalistes… De toute façon, il n’ y a plus de doute nulle part aujourd’hui.

« Marcel Gauchet a montré comment s’est opérée à la fin du XX° siècle, une véritable cassure dans la représentation et la construction du ‘Nous’ … Pendant un siècle c’est le ‘Nous’ qui s’est progressivement dévoilé pendant que le ‘Je’ s’opacifiait … Toutes les formes de ‘Nous’ sont remises en question ou renégociées alors que le ‘Je’ triomphe … Nous ne savons plus véritablement ce qu’est une société … On ne parle plus guère de la transformation sociale comme projet politique … On sait transformer génétiquement l’homme, mais on a renoncé à penser la transformation de sa place dans la société.  L’inversion des rapports entre le Nous et le Je ne peut être mieux résumée. » ( Zaki Laïdi)

 « Le développement du management tout comme la prolifération des experts représentent de nouvelles formes du contrôle capitaliste, qui permettent au capital de transcender sa forme personnelle et d’infiltrer chaque partie de la  société. » (Christopher Lasch – à propos de la famille) – Mais on doit étendre.

« La société que les hommes forment entre eux est fondée sur le paraître et non sur l’être. » (Louis Lavelle)

« Une société civilisée n’est pas nécessairement celle qui comporte le moins d’individus criminels et pervers ; simplement, elle leur donne moins l’occasion de manifester et d‘assouvir leurs penchants. » (Simon Leys)

« La société ultramoderne n’est pas unidimensionnelle : elle ressemble à un chaos paradoxal, un désordre organisateur …Elle n’a plus d’idole ni de tabou, plus d’image glorieuse d’elle-même, plus de projet historique mobilisateur, c‘est désormais le vide qui nous régit, un vide pourtant sans tragique ni apocalypse. » (Gilles Lipovetsky) – Du moins pour l’instant.

« La société, entité mythique. On nous a appris à penser la société comme un seul corps doté d’un esprit, d’un cœur, d’un intérêt unique, et non comme une collection d’hommes, de femmes et d‘enfants aux esprits, aux cœurs et aux intérêts diversement reliés … Ce sont les individus qui agissent, non la société. Ce sont les individus qui pensent, non l’âme collective ; ce sont les peintres qui peignent, non l’esprit artistique du temps ; ce sont les soldats qui se battent et meurent, non la nation ; c’est le marchand qui exporte, non le pays. » (Walter Lippman)

« Si la société temporelle est le Tout dont l’individu reçoit tout ce qu’il est, comment celui-ci aurait-il en face d’elle aucun droit. » (cardinal Henri de Lubac) – Caractéristique d’une société impérieusement laïque.

 « Tout deuil sur les illusions de sociabilité est une progression vers la vie. » (Fabrice Luchini)

« En écho au polythéisme des valeurs propre à nos sociétés métissées, un polyculturalisme galopant se diffracte, à l’infini, dans ce qui n’est plus une société homogène et égalitaire, mais uns mosaïque sociétale. » (Michel Maffesoli) – Ainsi l’esclavage de la mondialisation sera bien plus facilement supporté, et même applaudi par les laquais.

« On voit que le bien commun de la cité temporelle a pour principale valeur l’accession des personnes humaines aux richesses intérieures et à la liberté qui les dignifient. » (Jacques Maritain)

« Les sociétés dites arriérées sont celles qui ont le bon sens de s’arrêter lorsqu’elles ont atteint leur destination, tandis que les sociétés progressistes sont si aveugles qu’elles le dépassent en continuant à courir comme des folles. » (Bruce Marshall)

« Cette pression permanente du progressisme tous azimuts, avec ‘sauvetage de la planète’, ‘lutte contre l’islamophobie et l’homophobie’, y compris dans les stades, ‘égalité hommes-femmes‘ tellement ressassée qu’elle instaure progressivement la guerre hommes-femmes, multiculturalisme, migrants, PMA pour toutes, et bientôt GPA pour tous, honte du passé colonial, antispécisme et véganisme, ‘laïcité’ antichrétienne obsessionnelle, etc…, tout cela matraqué tous les jours, de toutes les façons et à tous les étages, tout cela nous tue. Notre société est devenue irrationnelle, suspicieuse, schizophrène, agressive, méchante, tout le monde s’épie, s’accuse et se dispute. Elle n’a plus rien d’humain. Surtout, elle est devenue d’une tristesse absolue. Quand arrêtera-t-on ce lavage de cerveau ? Quand nous laissera-t-on vivre ? Qui nous délivrera du progressisme ? » (François Martin)

« Donnez-moi la force humaine et vous obtiendrez une société d’esclavage, le moulin à eau et vous obtiendrez une société féodale, la machine à vapeur et vous obtiendrez une société capitaliste. » (Karl Marx)

« Chaque progrès de la centralisation bureaucratique, chaque extension du domaine soumis à la réglementation étatique signifie une frustration de plus en plus profonde de la société qui recule constamment devant l’Etat et renonce à la libre disposition d’elle-même. » (Karl Marx)

« La violence est l’accoucheuse de toute vieille société grosse d’une société nouvelle. » (Karl Marx)

« Plus la société se développe et se perfectionne, plus elle ‘s’active’ … plus aussi l’individu risque d’avoir du mal à en suivre le rythme et à y trouver sa place et ses marques … Dialectique du perfectionnement et de l’archaïsme, le ‘système’ se situant du côté du perfectionnement et l’individu en difficulté du côté des régressions violentes et des crises identitaires. » (Yves Michaud)

«  Une société libérale cohérente se définit comme une agrégation pacifique d’individus abstraits (sinon faire face à l’horrible discrimination) qui sont supposés n’avoir rien d’autre en commun (ni langue, ni culture , ni histoire) que leur désir (ardent) de participer à la croissance, en tant que producteurs et/ou consommateurs. » (Jean-Claude Michea) – De préférence, consommateurs seulement.

« Le paradoxe central de notre époque : celui d’une société qui n’a jamais été aussi libérale quant à ses principes économiques, ni aussi à gauche quant à l’évolution des mœurs. » (Jean-Claude Michéa)

« Une société s’autoproduit sans cesse parce qu’elle s’autodétruit sans cesse. » (Edgar Morin)

 « Le passage de la cueillette à la chasse peut être comparé au passage de la production artisanale à la production manufacturière … la chasse est une occupation collective, tandis que la cueillette demeure largement individuelle … Les liens entre hommes ont tendance à se resserrer et à s’institutionnaliser, les liens entre femmes restent lâches et épisodiques. » (Serge Moscovici) – Explication fort lointaine des prééminences.

« Ce devant quoi une société se prosterne nous dit ce qu’elle est. » (Philippe Muray)

« De même qu’il n’y avait qu’un seul Dieu, il ne doit plus y avoir, à moyen terme qu’une seule forme de société. La cité du bien succède à la ‘Civitas Dei’. » (Philippe Muray) – Quelle peut bien être cette forme, voulue par les apôtres de la mondialisation ? Peut-être les Irakiens, les Serbes ont-ils une idée ?

« Plus elle (une société) progresse énergiquement et hardiment, et plus elle devient riche en ratés, en créatures monstrueuses, plus elle est proche de la chute. » (Nietzsche)

« L’unité morale est le desideratum de toute société constituée, desideratum qu’elle exprime par l’organe de ses sociologues, de ses moralistes et de ses pédagogues. » (Georges Palante)

« Les sociétés répressives avaient besoin de soldats, ainsi que de saints et d’artistes, tandis que la société permissive n’a besoin que de consommateurs. » (Pier Paolo Pasolini) – Sauf que, maintenant, elle va devoir chercher désespérément des soldats.

« La société bourgeoise est bien l’autre face de la société marxiste. Elle partage avec celle-ci la certitude que les structures économiques déterminent toutes les valeurs. » (LouisPauwels)

« La vie en société ne peut pas se satisfaire de règles juridiques ou morales ni d’engagements réciproques ni de contrainte organisée. Elle doit se fonder sur des croyances profondes, sur un ensemble de principes qui vont sans dire et dont le respect garantit l’accomplissement par tous de pratiques communes. » (Perrot, Rist et Sabelli) – Qui croit à quoi en France, aujourd’hui ? Aux diktats idéologiques du clan dominant ?

« La société est gérée en tant qu’auxiliaire du marché. Au lieu que l’économie soit encastrée dans les relations sociales, ce sont les relations sociales qui sont encastrées dans les relations économiques. » (Karl Polanyi)  

« La société moderne, qui naît au XIX° siècle, est une ‘société de marché’, car l’homme, la terre et la monnaie y sont traités comme des marchandises ; le projet de cette société est bien de ‘subordonner aux lois du marché la substance de la société elle-même’. » (Karl Polanyi – interprété par Jérôme Maucourant) – Il ne s’agit plus de soumettre une société, mais le monde.

« Une société transformée en camp de consommation. » (Natacha Polony)

« L’instinct d’imitation et l’absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules. » (Marcel Proust)

« L’égoïsme, source du socialisme, la jalousie, source de la démocratie, ne feront jamais qu’une société faible. » (Ernest Renan)

« Une société procède des relations entre des personnes qui ont ou qui mettent quelque chose en commun. » (Petit Robert) – La société française actuelle est-elle une société ?

« Il est odieux et risible d’attaquer une société dont on profite. » (Jean Rostand)

« Comment une société qui n’organise pas les formes de relations des individus avec le sacré, qui ne donne plus de réponse à l’angoisse métaphysique de l’homme ni de sens au malheur individuel et collectif peut-elle contribuer à ‘faire société’ … à assurer le lien social, à maintenir le sens des valeurs communes et à garder, éventuellement, la volonté de les défendre ? » (Dominique Schnapper) – Que les dominants s’occupent de leur fric et d’asservir les petits, pour le reste !

« Ce n’est plus, comme le pensait Freud, la répression des comportements sexuels qui explique la difficulté de vivre en société, mais peut-être au contraire l’absence de normes et de règles dans une société ostensiblement permissive … Non plus un ‘malaise dans la civilisation’,  mais un ‘malaise sans la civilisation’ … Autrefois névrosés parce qu’il y avait trop de père, nous deviendrions à présent psychotiques parce qu’il n’y en a plus assez … Pour simplifier, le sujet se sentait coupable, l’individu se croit victime … Plus de conflits, mais des malentendus, plus d’échecs, mais des erreurs de communication. Il faut bien s’entendre, et s’entendre bien, … Mais jamais on n’a eu  autant le sentiment de n’être pas entendu. La fin de la conflictualité politique prend sa source dans le déclin du conflit psychique. Ce mouvement se traduit en fait par une violence accrue, car la violence n’est pas le conflit. Le conflit est une mise en forme de la violence primaire. » (Michel Schneider)

« Une société ne peut se construire que par le bas … Lorsque les sociétés sont organisées verticalement, par le haut, que ce soit par une dictature révolutionnaire ou par une bureaucratie impersonnelle et impénétrable, le devoir de rendre des comptes disparaît rapidement. Les régimes où le gouvernement s’exerce de manière pyramidale produisent des individus irresponsables, là où la société civile est confisquée par l’Etat se généralise le refus de se prendre en charge … Hegel critiquait déjà l’incorporation de la société civile à l’Etat. » (Roger Scruton) – Que dirait-il maintenant !

« Croire qu’une société ne vit que de pain et de jeux, d’économie et de spectacle, de pouvoir d’achat et de médias, de banques et de télés, comme nous subsistons aujourd’hui, constitue un tel contresens sur le fonctionnement réel de toute collectivité que ce choix exclusif, erroné, la précipite vers sa fin pure et simple , comme on l’a vu pour la Rome antique. » (Michel Serres)

« La société repose sur un certain nombre de règles communes, de valeurs partagées, de comportements collectifs librement acceptés. » (Jean Sévillia)

« Une société dont le sens se perd parce que son action est impossible devient une communauté et, par conséquent, se ferme, élabore des stéréotypes ; une société est une communauté en expansion, tandis qu’une communauté est une société devenue statique. » (Gilbert Simondon)

« La seule obsession de la société moderne est de maintenir des emplois sur le Titanic. » (Peter Sloterdijk)

« Si l’édifice social tombe en ruine, si on démolit plus qu’on ne fonde, c’est que les manœuvres sont plus faciles à trouver que les architectes. » (baron de Stassart)

« Aucune société n’est parfaite. Toutes comportent par nature une impureté incompatible avec les normes qu’elles proclament, et qui se traduit concrètement par une certaine dose d’injustice, d’insensibilité, de cruauté. » (Claude Lévi-Strauss)

« Des hommes nés à vingt ans, sans parents, sans passé, sans tradition, sans obligation, sans patrie, et qui, assemblés pour la première fois, vont pour la première fois traiter entre eux. » (Hippolyte Taine) – Définition de la conception de la nation par les révolutionnaires (constitution de 89 et toute la suite), le contrat social de Rousseau, la nation-contrat.

« La société c’est l’imitation, et l’imitation c’est une espèce de somnambulisme  … Les croyances, les opinions procèdent d’un hypnotisme collectif à mille lieues de l’autonomie individuelle. » (Gabriel Tarde)  

 « Une condition sans laquelle deux êtres ne sauraient s’obliger l’un envers l’autre et se reconnaître l’un sur l’autre des droits, c’est qu’ils aient un fonds d’idées et de tradition commun, une langue ou un traducteur commun, toutes similitudes étroites formées par l’éducation, l’une des formes de la transmission imitative. » (Gabriel Tarde) – Est-ce à dire que nous ne formons plus société ?

« Trois causes essentielles du malaise affectant les sociétés contemporaines : – L’individualisme qui a coupé les hommes de leurs horizons moraux traditionnels, entraînant la perte du sens – La primauté de la raison instrumentale sous la forme de la dissociation de l’entendement, malaise de la perte des fins – L’atomisation des individus qui a rétréci leurs vie dans un repliement égoïste sur eux-mêmes, malaise de la perte de la liberté. » (Charles Taylor – évoqué par Jean-François Mattéi)

« Une société fragmentée est celle dont les membres éprouvent de plus en plus de mal à s’identifier à leur collectivité politique en tant que communauté … L’inaptitude de plus en plus grande des gens à former un projet commun et à le mettre à exécution … Le sentiment d’appartenance se déplace ou périclite purement et simplement, tendance qui s’alimente aussi du sentiment de l’impuissance politique. » (Charles Taylor) – Voilà ce qu’on gagne au multiculturalisme. Voilà ce qu’on gagne en bafouant la volonté populaire (surdité du gang politico-médiatique, pensée unique, interdiction des débats, viol systématique des résultats référendaires et électoraux).

« La société est une grosse bête ; elle ne croit qu’en ceux-là qui la trompent. » (Edmond Thiaudière)

« La vie sociale est toujours artificielle. Ce ne sont que grandes et petites singeries qui, à l’homme ayant gardé le sens de la nature, répugnent d’autant plus au fond qu’il doit s’y soumettre en apparence ? » (Edmond Thiaudière)

« Une bonne société, c’est un maximum de mœurs et un minimum de lois. » (Gustave Thibon) – Tout le contraire de notre société

 « L’aristocratie avait fait de tous les citoyens une longue chaîne qui remontait du paysan au roi : la démocratie brise la chaîne et met chaque anneau à part. » (Alexis de Tocqueville)

 « Il n’y a pas de société qui puisse prospérer sans croyances semblables, ou plutôt il n’y en a point qui subsistent ainsi ; car sans idées communes il n’y a pas d’action commune et, sans action commune, il existe encore des hommes, mais non de corps social. » (Alexis de Tocqueville) – L’histoire (même récente, Balkans, moyen-Orient), démontre et tout le monde sait que le multiculturalisme mène tôt ou tard à la guerre civile. Mais il ne faut pas le dire ni même y penser. D’où l’explosion à bref délai des sociétés occidentales n’est pas difficile à prévoir.

« Une société qui ne se pense pas ne peut que s’enfoncer dans la décadence, lentement ou brutalement. » (Alain Touraine)

« Une certaine confusion règne encore, mais encore un peu de temps et tout s’éclaircira ; nous verrons enfin apparaître le miracle d’une société animale, une parfaite et définitive fourmilière. » (Paul Valéry)

« Comme l’a souligné Marcel Conche, une société qui peut lire dans son passé est une société en repos, sans inquiétude. Sur cette permanence se fonde le sentiment de sécurité. Au contraire, le progrès, les nouveautés apporteront le trouble. A partir du moment où l’on rêve de cité idéale et de lendemains meilleurs, se trouve tué en chacun le contentement. Dés lors, domine le mécontentement de soi et du monde. » (Dominique Venner)

« Deux modes de société : – La société à prédominance holiste où la totalité sociale en tant que système ordonné se trouve valorisée … incarnant un universel particulier … donnant du sens à la hiérarchie et ne reconnaissant l’égalité qu’à un niveau subordonné … Interdépendance globale, non entre individus, mais entre sous groupes-complémentaires hiérarchisés par rapport au tout – La société moderne, à l’opposé, définie selon une configuration individualiste … S’affirmant fondée sur une égalité de principe et considérant la hiérarchie comme souvent synonyme d’inégalité … Les droits d’un individu ne s’arrêtant qu’au niveau des droits d’un autre individu … Individus, monades  primitivement déliées et indépendantes. » (selon Stéphane Vibert – se référant à Louis Dumont)

« Celui qui est au-dessus de la vie sociale y rentre quand il veut, non celui qui est au-dessous. De même pour tout. » (Simone Weil)

« Une société devenue forme vide, débarrassée de toute légitimation extérieure, religion sans transcendance, règne de la politesse : le Japon féodal de la fin du XVI° siècle dit sa vérité au monde du XX° siècle. » (Claude Zimmer – sur un film de Kurosawa -cité par Yves Barel) – Règne de la fausse tolérance des zombies.

« Juxtaposition d’individus ne se définissant plus que par leur ‘droit à avoir des droits’. » (? – citant Hannah Arendt) – Sociétés dites modernes .

« Ce devant quoi  une société se prosterne nous dit ce qu’elle est. » (?)

« La société actuelle qui déracine les peuples, brouille les repères de civilisation, enraye les mécanismes de la transmission culturelle et condamne la politique à l’impuissance. » (?)

« Bienvenue aux questions sociétales, heureuses substitutions aux questions sociales. » ( ?)

Sur l’effondrement des sociétés.

 “Les processus par lesquels les sociétés anciennes ont causé leur propre perte en endommageant leur environnement sont au nombre de huit, d’importance variable suivant les cas : – La déforestation et la restructuration de l’habitat – Les problèmes liés au sol (érosion, salinisation, perte de fertilité) – La gestion de l’eau – La chasse excessive – La pêche excessive – Les conséquences de l’introduction d’espèces allogènes parmi les espèces autochtones – La croissance démographique et l’augmentation de l’impact humain par habitant …. Les problèmes environnementaux que nous devons affronter aujourd’hui sont identiques, mais s’y ajoutent quatre nouveaux problèmes : Les changements climatiques causés par l’homme – L’émission de produits chimiques toxiques dans l’environnement – Les pénuries d’énergie et l’utilisation humaine maximale de la capacité photosynthétique de la Terre. » (Jared Diamond – Effondrement, des sociétés)

« Comment autant de sociétés (anciennes et étudiées par l’auteur : ile de Pâques, autres iles du Pacifique, anciens américains du S/O de l’Amérique du Nord, Mayas, Vikings au Groenland et en Atlantique Nord… ont-elles pu commettre d’aussi funestes erreurs ? Un groupe peur échouer à anticiper un problème, lorsque celui-ci survient il peut échouer à le percevoir, il peut échouer dans sa tentative pour le résoudre. » (Jared Diamond – Effondrement, des sociétés) – Il peut aussi suivant Pascal, « Courir sans souci vers le précipice, après que nous avons mis quelque chose devant nous pour nous empêcher de le voir. » – Ce qui semble être en partie notre cas, en plus du niveau extraordinaire de faiblesse et de lâcheté auquel nos sociétés sont parvenues.

« Le phénomène de ‘normalité rampante’ : si les choses ne se détériorent que lentement, il est difficile d’admettre que chaque année de plus est en moyenne légèrement pire que la précédente. Les repères quant à la normalité évoluent graduellement et imperceptiblement … ‘L’amnésie du paysage’ : on oublie à quel point le paysage alentour était différent il y a cinquante ans, parce que les changements d’année en année ont été graduels. » (Jared Diamond – Effondrement, des sociétés)

« Sans envisager un scénario de fin du monde impliquant l’extinction de l’espèce humaine ou un effondrement apocalyptique de la société industrielle, il nous faut ‘seulement ‘ prévoir un avenir caractérisé par une baisse significative du niveau de vie, de plus grands risques chroniques et la disparition de valeurs que nous considérons actuellement comme fondamentales. » (Jared Diamond – Effondrement, des sociétés)

« Souvent, le déclin suivit de près l’apogée de puissance et le maximum démographique ; il fut à la fois une surprise et un choc pour les citoyens (de la société en question). » (Jared Diamond – Effondrement, des sociétés)

« On constate une tendance chez l’homme à augmenter le nombre de naissances dans les bonnes décennies, oubliant que ces périodes fastes ne dureront sans doute pas toujours. Au moment où les bonnes décennies prennent véritablement fin, la société se retrouve avec une population supérieure à ce qu’elle peut supporter, ou ayant acquis des habitudes en contradiction avec les nouvelles conditions climatiques. » (Jared Diamond – Effondrement, des sociétés

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– La barbarie.

 – Pour ceux qui croient que nous sommes sortis de la barbarie, nous leur conseillons d’assister à quelque nouvelle émeute ou pseudo libération, qui ne manqueront pas de se produire ici comme ailleurs. A défaut de cette intéressante opportunité de revenir au réel, il leur est suggéré de regarder à la télévision une étape de montagne du Tour de France pour avoir l’occasion de s’écœurer des comportements hystériques, grotesques et indécents d’une minorité de spectateurs (je dis bien minorité, et exclusivement masculine, reconnaissons-le) ainsi que de la vision des faces hideuses, convulsées et simiesques de ces larves humaines.

– Etroit rapport de la barbarie avec le langage. Les Grecs appelaient Barbares ceux qui ne parlaient pas le Grec, mais utilisaient une expression inconnue dans laquelle ils ne voyaient qu’onomatopées, grognements, phonèmes insensés, incompréhensibles.

 « Je crains qu’il n’y ait … dans le développement nouveau d’un certain type d’illimitation de la puissance, une figure possible de barbarie ; non la barbarie réactive que nous connaissons par ailleurs, la barbarie despotique, oppressive, traditionnelle dont nous connaissons les visages depuis fort longtemps mais une barbarie d’un autre type et symétrique, qui serait la barbarie du confort comme vide de l’idée, soutenue par une puissance de type illimité qui s’entretiendrait elle-même dans l’incommensurable de sa propre puissance.; » (Alain Badiou) – Quelle peut bien être cette puissance ?

« Les nouveaux barbares sont en train d’inventer le culte de l’instant, la religion de la vitesse et l’apologie de la superficialité. Ils nous révèlent que nous avons perdu du temps en recherchant la profondeur et l’authenticité. » (Alessandro Barico)

« Une grande barbarie éclairée par le gaz. » (Baudelaire – sur les Etats-Unis) – Rien de changé sur l’époque de Baudelaire, sauf le gaz modernisé.

« Le propre du barbare c’est qu’il n’a rien reçu pour accomplir sa propre nature. Voilà tout ce qu’il reste de l’homme quand il a déserté la culture. Notre société est contradictoire lorsqu’elle dénonce la transmission tout en s’inquiétant de voir ressurgir la barbarie … Mais qu’avions- nous espéré au juste ? Que discréditer toutes les autorités nous conduirait à la liberté ? Que l’oubli de notre histoire ferait de nos enfants des hommes neufs ? Que les délester de la culture les rendrait plus naturels ? » (François-Xavier Bellamy)

« Notre modernité triomphante a bien accompli la déconstruction libératrice qu’elle s’était donnée pour but : plus de tradition, plus de transmission, plus de médiation. » (François-Xavier Bellamy) – Quelle différence avec les destructions de monuments historiques par les barbares de Daech ?

« Notre barbarie nous paraît toujours très civilisée, voire nous apparaît comme la défense inévitable contre la barbarie de l’autre. » (Miguel Benasayag)

« Nous sommes devenus pauvres. Nous avons sacrifié bout après bout le patrimoine de l’humanité … Nous avons dû le mettre en dépôt au mont de piété pour recevoir en échange la petite monnaie de l’actuel … Que vaut en effet le patrimoine culturel s’il n’est pas lié à l’expérience ? Pauvreté de nos expériences privées, mais aussi celles de l’humanité. Et c’est en cela une nouvelle forme de barbarie … Car la pauvreté d’expérience, où mène-t-elle le barbare ? Elle le mène à recommencer depuis le début : recommencer à nouveau, s’en sortir avec peu, reconstruire avec peu, sans regarder ni à droite ni à gauche. » (Walter Benjamin – sur la nouvelle incapacité de raconter, d’échanger des expériences, et même d’avoir une expérience, de transmettre…)

« On voit bien qu’il s’agirait chez nous d’une immense catastrophe écologique, ou que l’abondance matérielle vienne à disparaître, pour que resurgissent immédiatement les comportements les plus barbares. » (Alain de Benoist) – Il n’y a aucun doute qu’on va voir.

« L’ennemi … est désormais un ennemi absolu. Diabolisé, criminalisé, considéré comme une figure du Mal, il devient un ennemi de l’humanité, qui doit être, non seulement défait, mais éradiqué. Carl Schmitt montre que les guerres idéologiques des temps modernes, qui disqualifient l’ennemi sous l’angle moral, au lieu de le considérer comme un adversaire que l’on combat tout en admettant aussi qu’il puisse avoir ses raisons, ont pris le relais des guerres de religion. Elles en ont le même caractère impitoyable et total … Toute guerre menée au nom de l’humanité est une guerre qui tombera dans l’inhumanité, car elle est nécessairement amenée à discréditer moralement l’ennemi pour le transformer en un hors-la-loi, en un monstre inhumain … L’idée qu’il puisse y avoir des instances internationales chargées de ‘dire le droit’ implique la démonstration aux yeux de tous que l’ennemi est ‘dans son tort’. Dans cette perspective universaliste, l’adversaire doit donc être déclaré ‘hors la loi’, c’est-à-dire inhumain. Il ne peut donc plus être estimé, mais seulement haï, car il devient le mal en soi, la non-valeur absolue … dévalorisation-extermination … telle est la politique envahie par la morale. » (Alain de Benoist)  – Retour à la barbarie par les institutions internationales, type ONU…

« Le désordre actuel ne saurait nullement se comparer à celui, par exemple, à celui qui dévasta le monde après la chute de l’Empire romain. Nous n’assistons pas à la fin naturelle d’une grande civilisation humaine mais à la naissance d’une civilisation inhumaine … La Barbarie, multipliant les ruines qu’elle était incapable de réparer, le désordre finissait par s’arrêter de lui-même, faute d’aliment … Au lieu que la civilisation actuelle est parfaitement capable de reconstruire à mesure tout ce qu’elle jette par terre … Elle est donc sûre de poursuivre presque indéfiniment ses expériences. » (Georges Bernanos) – Pas si sûr !

« N’est-ce pas parce que la culture européenne avait cessé d’être ‘grande’ en se compromettant avec l’insignifiance, que la barbarie a pu en devenir la contrefaçon sinistre, Qu’attendre en retour, sinon le pire, de la sous-culture actuelle qui est déjà en soi barbarie ? » (Françoise Bonardel)

« L’ambiguïté des marches blanches au cours desquelles se mêlent pacifisme réconciliateur (‘Tu n’auras pas ma haine’) et indignation face aux actes commis. Symboles de l’innocence outragée, martyrisée, elles font figure de contrepoison attestant que la société n’est pas en aussi mauvaise santé que pourraient les laisser penser les exactions des pervers, malfrats et tortionnaires. À travers la sincérité et la dignité des participants, le corps social se redonne de lui-même une image honorable, mais cette blancheur symbolique souligne aussi indirectement son incapacité à mettre un terme aux maladies qui le rongent : conflits sociaux récurrents et de plus en plus violents, actes de terrorisme divers, pédophilie et pornographie, accoutumance à l’horreur, etc. La blancheur n’efface pas le sang, ni la pureté l’ignominie .. Les belles âmes toujours prêtes à imputer aux victimes la responsabilité de ce qui leur arrive … Si dignes soient-elles, les marches blanches ne font au mieux que souligner le divorce entre l’opinion publique qui pleure et s’indigne à juste titre, et les dirigeants politiques qui ont laissé s’installer, par incompétence ou lâcheté, une situation devenue ingérable . » (Françoise Bonardel)

« Il est étrange que les Alliés aient éprouvé le besoin, après le procès de Nuremberg, de disperser jusqu’au fond de la mer les cendres de leurs ennemis vaincus. Quel respect de l’homme et des lois non écrites y a-t-il dans cet acharnement ? » (cité par Pierre Boutang) – Barbarie bien légère, quasi innocente, en regard des faits de guerre, de part et d’autre. Néanmoins typique d’une redoutable mentalité pour le moins primitive. La férocité de Créon contre l’obéissance aux lois supra-humaines d’Antigone.

Deux barbaries « Les Germains voulaient faire partie de l’empire romain non pour le détruire mais pour en partager les bienfaits … Leurs chefs souhaitaient s’intégrer à la noblesse romaine … Les Gaulois ont ressenti la supériorité de la culture romaine … D’autres barbares, vraiment barbares, les cavaliers mongols … veulent détruire la culture dans laquelle ils sont admis et la remplacer par leur culture propre –  Il existe aussi une barbarie historique qui est la volonté d’oublier, de lever l’ancre, de larguer les amarres du passé. » (Rémi Brague)

« L’association de ces deux sommets de la barbarie que sont, d’une part, les camps de concentration et, d’autre part, l’usage de la bombe atomique. » (Philippe Breton) – Et par deux fois. Mais on ne parle guère de la barbarie des vainqueurs !

« Être barbare, c’est se croire civilisé, rejeter les autres dans le néant. Alors qu’être civilisé, c’est se savoir barbare, connaître la fragilité des barrières qui nous séparent de notre propre ignominie et que le même monde porte en lui la possibilité de l’infamie et du sublime. » (Pascal Bruckner)

« Oser quitter la pensée conforme des autruches ou de ceux qui espèrent qu’en haïssant nous-mêmes les valeurs et les principes qui ont fondé notre société … nous échapperont à la haine des barbares. » (Pierre Brunet) – Depuis le temps que nous faisons étalage de notre servilité et de notre lâcheté, ils auraient dû désarmer. Eh bien non.

« Il existe une barbarie saine où les qualités supérieures sommeillent à l’état latent aussi bien qu’il y a des barbaries purement négatives et destructrices. » (Jacob Burckhardt) – Dans quelle catégorie faut-il ranger l’Occident ?

« La domination de barbares conquérants sur des peuples civilisés peut durer très longtemps … Si tel n’a pas été le cas des Etats créés par les invasions barbares, c’est parce que la religion ne maintint pas une séparation entre les conquérants et les peuples conquis et leur permit de se marier entre eux … La forme et la fréquence de ces mariages étant déterminantes pour l’avenir de la civilisation. » (Jacob Burckhardt – se référant aux invasions de la romanité par les barbares et à la religion catholique)

« Le paraître est du côté de la civilisation … c’est lui qui l’a créé. L’homme est sorti de la barbarie le jour où il a commencé à se soucier du regard de l’autre sur lui et de l’opinion qu’on pouvait entretenir à son sujet, en face … le jour où il est sorti de l’être … » (Renaud Camus)

« Carthage, comptoir commercial, elle devait son existence à l’esprit d’entreprise et à l’expansion des grandes cités marchandes que furent Tyr et Sidon. Et son esprit s’en ressentait : la brutalité et le mercantilisme la marquaient comme souvent les pays neufs …

J’ai noté précédemment qu’une certaine forme d’esprit religieux reposait sur cette psychologie particulière, plus attachée aux résultats tangibles qu’aux biens immatériels, qui conduit à en appeler aux esprits immondes … C’est toujours la même confuse croyance au pouvoir réel et certainement efficace des puissances de ténèbres. La psychologie des peuples puniques était largement infectée par cet étrange pessimisme pratique … Le dieu qui faisait marcher les affaires s’appelait Moloch… Et Moloch n’était pas un mythe, ou du moins son repas n’était pas mythique … Qui pourrait de sang-froid comparer la grande poupée de bois à laquelle les enfants offraient quelques miettes du dîner, avec le dieu immense à qui l’on offrait des enfants comme dîner ? » (Chesterton – opposant l’avidité carthaginoise à la religion agreste et domestique romaine) – Toutes proportions gardées, notre modernité ici et là ?

« La licence, la débauche même, sied bien à une civilisation, ou tout au moins elle s’en accommode. Mais le désarroi, quand il s’étend, elle le redoute, et se tourne vers ceux qui y échappent et en sont indemnes. Et c’est alors que le barbare commence à séduire, à fasciner les esprits délicats, les esprits tiraillés, qui l’envient et l’admirent … A ce stade, le scepticisme est inséparable d’une infirmité physiologique. Une constitution robuste le refuse et s’en écarte; une organisation débile y cède et s’y précipite … Comme les ‘vertus’ des barbares consistent précisément dans la force de prendre parti, d’affirmer ou de nier, elles seront toujours célébrées par les époques finissantes. La nostalgie de la barbarie est le dernier mot d’une civilisation … Le combat est inégal entre les peuples qui discutent et les peuples qui se taisent, d’autant plus que les premiers, ayant usé leur vitalité en arguties, se sentent attirés par la rudesse et le silence des derniers. Si cela est vrai d’une collectivité‚, que dire d’un individu, singulièrement du sceptique ? Aussi, point ne faut s’étonner de le voir, lui, professionnel de la subtilité, au sein de l’ultime solitude où il est parvenu, s’ériger en ami et en complice des hordes. » (Emil Cioran – Le sceptique et le barbare) – Pour aider à comprendre le terrorisme en particulier et ce qui nous attend suite à l’entreprise de déconstruction-démolition.

«  La grande désertion du réel …  aura aussi signifié la montée de la barbarie. » (Jean Clair)

« Un pays pourrit par sa racine qui est sa propre langue. Un pays qui laisse sa langue se corrompre commence à dépérir … Que dire du français qu’on parle aujourd’hui à la radio, à la télévision, ou qu’on écrit dans la presse ? Le niveau de la langue  est devenu … si trivial, d’une trivialité ordinaire, volontiers ordurière … Cet abandon trahit ce qu’il est : le début de la barbarie. » (Jean Clair)

« La barbarie ne surgit pas forcément à travers des bouleversements tout de suite évidents. Tout aussi préoccupants sont ces phénomènes d’érosion dans nos manières d’être au monde. On fait des petits pas, on peut croire que cela n’est pas bien grave, et la barbarie peut s’imposer à l’occasion d’un de ces petits pas … La grande difficulté avec la barbarie c’est qu’on ne la voit bien, la plupart du temps, qu’après coup. Sur le moment beaucoup de témoins la vivent sans la reconnaître » (Guy Coq)

« Notre consentement au cynisme et à la dérision sont de graves imprudences. » (Guy Coq)

« Qui que je sois, je dois le savoir, les circonstances aidant, il ne me faudra pas plus d’un quart d’heure pour sombrer dans la barbarie … L’urgence d’une culture morale est fort claire :il s’agit de faire reculer au maximum l’échéance du quart d’heure. » (Guy Coq) – Ceux qui ont assisté à des émeutes, des libérations… savent.

« Il y aussi, au plan de l’histoire, la symbolique du bon grain et de l’ivraie : tout demeurera mêlé jusqu’à la fin des temps. Ceux qui veulent arracher l’ivraie pour créer le peuple des purs et des parfaits ont toujours été artisans des pires barbaries. » (Guy Coq)  

« La réduction du monde de la vie à la quotidienneté (le comportement  utilitaire, immédiat, instrumental, par rapport à autrui, sans relation avec le monde comme totalité) avec la subordination des enjeux de valeur à des rapports de force, l’effondrement des formes culturelles sous l’impérialisme scientifique et technique … mettent la civilisation dans le même état de non-résistance intérieure à la barbarie que celui qui caractérisa l’Europe du XX° siècle … Le drame vient quand la quotidienneté instrumentale prétend devenir le tout de la vie. » (Guy Coq – remanié – s’inspirant fortement de Jan Patocka)

« Le tabou de la censure appelle une question : Qui interdira l’interdit de censurer ? … L’interdit d’interdire est encore un interdit … Il n’y a pas de société, de civilisation sans interdits. L’interdit d’interdire est l’axiome principal d’entrée en barbarie. » (Guy Coq) – « Faire table rase de toute limite, c’est franchir une marge, celle-là même qui sépare la civilisation de la barbarie. Confondre la vraie liberté, garante de la dignité humaine, avec un laisser-aller qui serait régi par le seul principe de plaisir relève d’une méprise mortifère. » (François Cheng)

« Le barbare est un concept-clé du national-bolchevisme allemand (jadis donc). Le mythe du barbare se dessine comme l’ultime recours pour obvier à la décadence en soudant la communauté sur l’enclume d’un nouveau destin. La barbarie est la métaphore de la possible vague unificatrice d’une jeunesse primitive apte à fertiliser par le contact brut de sa salutaire violence une société abandonnée dans le confort, le repos, le bien-être, l’individualisme, le pacifisme, la prudence, le scepticisme, l’humanisme et l’humanitarisme. Le mythe du barbare est fondamentalement païen. La barbarie symbolise la Nature insurgée contre la Culture. » (Marc Crapez)

 « Ce que l’époque contemporaine déteste  dans les régimes totalitaires, ce n’est pas la barbarie, c’est son exercice par l’Etat, la terreur institutionnelle. La démiurgie contemporaine (ex : acheter un enfant sur catalogue), n’est pas davantage civilisée et pas moins barbare, elle est seulement passée de l’instance publique à l’instance individuelle (idole de notre époque) … Aussi, Les barbaries sont innocentées quand elles sont du côté du progrès. » (Chantal Delsol) – voir l’indulgence vis-à-vis de communisme,  bourreau, mais au nom de l’émancipation adulée, et la rigueur vis-à-vis du nazisme, bourreau, mais au nom de l’enracinement abhorré.

« La barbarie moderne s’appelle l’indifférence. » (Jean-François Deniau)

« Il est beaucoup plus facile pour un peuple civilisé de revenir à la barbarie que pour un peuple barbare d’avancer vers la civilisation. » (Diderot) – Pour sa première partie le XX° siècle, et les débuts du XXI° confirment l’affirmation.

« La confusion contemporaine entre droit et fait, entre moralité et droit institutionnalisé, entre justice et tyrannie, entre public et privé équivaut à un retour à la barbarie. » (Louis Dumont – Homo aequalis) – Nous avons passé le retour, nous y sommes.

« Derrière la fausse humanité des modernes, se dissimule une barbarie ignorée de leurs prédécesseurs. » (Friedrich Engels) – C’est encore pire aujourd’hui qu’au XIX° siècle.

« La barbarie n’appartient pas à la préhistoire de l’humanité, elle est l’ombre qui l’accompagne à chaque pas. » (Alain Finkielkraut) – Et même les doux et stupides Bobos vont s’en apercevoir.

« Le barbare ce n’est pas le négatif du civilisé, ‘c’est d’abord l’homme qui croit à la barbarie’. » (Alain Finkielkraut – citant Claude Lévi-Strauss)

« La décadence, elle est le retour salutaire et vivifiant à la barbarie, lorsque les hommes corrompus par la civilisation trop raffinée, dégoûtés et mécontents d’eux-mêmes, prisonniers de leurs petits intérêts particuliers, de leurs plaisirs et de leurs caprices, s’abîment dans un orgueil démesuré ; ‘Admirable recommencement des choses, merveilleux retour des temps barbares et de la civilisation qui y est incluse’. Ultime remède pour guérir les hommes … Une civilisation est le temps qui s’écoule entre deux barbaries : une barbarie originelle, à partir de laquelle elle s’est construite, et la nouvelle barbarie qui sera son terme, dans laquelle les hommes retombent quand ils sont fatigués de ses bienfaits … la décadence est comparable au phénix qui permet à l’humanité de renaître de ses cendres … le salut d’une civilisation en déclin n’est pas à chercher dans cette civilisation même. » (Julien Freund – reprenant et citant Giambattista Vico) – Voilà qui n’est guère prometteur pour nous.

« A force d’ignorer et de mésestimer le poids de l’irrationnel, qui est dans la nature de l’homme puisque celui-ci est instinct et raison et qu’il reste animal, les tenants du rationalisme idéologique laissent le champ libre à la violence. Ils la préparent même … L’extrême raison se confond avec l’instinct déchaîné. La suprême rationalité est un appel aux barbares. » (Julien Freund – reprenant Vilfredo Pareto)

« Plutôt la barbarie que l’ennui. » (Théophile Gautier) – En avance sur son temps ! « La culture contemporaine a tranché le dilemme du siècle précédent : elle nous accorde les deux. » (Jean-François Mattéi)

« En quoi consiste la barbarie, sinon précisément en ce qu’elle méconnaît ce qui excelle ? » (Goethe – Conversations avec Eckermann)

« Le terme de barbarie douce désigne un processus de déshumanisation qui ne renvoie pas à une agressivité première et à la violence telles qu’elles peuvent s’exercer dans des régimes dictatoriaux et totalitaires. Ce processus de déshumanisation se développe dans des sociétés démocratiques et n’entraîne pas la destruction visible de la société et des individus. Mais il s’attaque à ce qui donne sens à la vie des hommes en société : il déstructure le langage et les significations, l’héritage culturel transmis entre les générations, dissout les repères symboliques structurant la vie collective … rendant le monde et la société insignifiants et vains, plaçant les individus dans un profond désarroi qui inhibe l’envie même de débattre et d’agir. » (Jean-Pierre Le Goff)

« Les Romains distinguaient déjà deux aspects de la barbarie : la ‘feritas’ qui renvoie à une rage ouverte de destruction, et la ‘vanitas’ qui désigne la vacuité, la stérilité du vide. Nietzsche distinguait le ‘nihilisme actif’, force de violence apte à la destruction et le ‘nihilisme passif’, signe de faiblesse et d‘épuisement. » (Jean-Pierre Le Goff) – La modernité, dans son excellence, arrive à cumuler les deux formes. N’est-ce pas admirable.

« Le caractère dominant de la barbarie, c’est l’indépendance de l’individu, la prééminence de l’individualité. » (François Guizot)

« Une barbarie d’un type nouveau pénètre notre société et précipite sa ruine. Son principe est simple : pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, savoir et culture divergent. » (Michel Henry – La barbarie)

« Notre époque est caractérisée par un développement sans précédent du savoir allant de pair avec l’effondrement de la culture … L’acharnement nihiliste contre toute valeur, l’apologie de tout ce qui est contre nature, c’est-à-dire contre la vie … Après l’objectivisme unilatéral de la science, s’impose celui des médias qui arrache l’homme à lui-même, produisant à chaque instant le contenu venu occuper son esprit, autorisant une manipulation idéologique sans précédent, sans limite … Ce bouleversement émotionnel en lequel quelqu’un se faisait le contemporain d’un autre, se ramène à l’apparition de messages objectifs sur un écran … Communication où personne ne communique avec personne, dont le contenu ne cesse de s’appauvrir avec la vitesse … Informations multiples, incohérentes, coupées de toute analyse, de toute critique, de leur histoire, de leur genèse, de tout principe d’intelligibilité, sans rime ni raison. » (Michel Henry  – La barbarie)

« Baby is born » (télégramme envoyé au président Truman pour l’informer de l’anéantissement d’Hiroshima – cité par Nancy Huston). -Le cynisme da la barbarie anglo-saxonne,  américaine comme britannique, avant le même traitement pour  Nagasaki, après avoir brûlé vifs  au phosphore les enfants d’Hambourg, de Berlin, de Dresde et de Tokyo, entre autres.  Cela vaut bien l’Arbeit macht frei de l’entrée d’Auschwitz.

« Notre barbarie nouvelle est celle de la conformité, celle de la norme et du droit, celle aussi de l’indifférence. » (Hervé Juvin)

« ‘Il n’y a de barbares que ceux qui considèrent les autres comme tels’ … Nous qui dénonçons chaque jour de nouveaux pédophiles, de nouveaux racistes, de nouveaux extrémistes … nous qui mettons chaque jour de nouveaux mots, auteurs, livres, propos, opinions, idées à l’index, savons-nous bien les nouveaux et présentables barbares que nous faisons ? Nous qui ne sommes pas loin de renvoyer nos ancêtres, et ceux qui leur ont fait la guerre … au rang des barbares dont nous nous détournons avec une horreur déclamatoire ; ils étaient blancs, mâles et chrétiens… savons-nous les barbares que nous préparons dans nos écoles… où l’on ne sait plus parler français … Notre barbarie nouvelle est celle de la conformité, celle de la norme et du droit… » (Hervé Juvin – citant Claude Lévi-Strauss) – Par exemple, d’où sortent nos djihadistes ?

 « Les Grecs se sont tournés vers la  beauté achevée, close, pour dominer le chaos qui était en eux … Tout homme est libéré par la simplicité classique et y trouve sa béatitude … Seul un culte extrême de la forme pouvait apprivoiser des barbares récalcitrants. » (Hermann von Keyserling) – Voilà la raison profonde, cachée et demi-consciente pour laquelle l’art contemporain est si laid et si désintégrant, aliéner l’homme et non pas le libérer.

« Les Grecs avaient eu une intuition juste. Ils avaient compris que la question de la langue et celle de la civilisation sont étroitement liées. Un être civilisé est un être qui fait un bon usage de la langue. Un barbare est quelqu’un qui mésuse de la langue, qui la dénature, la pervertit, ou bien qui, face à une situation de conflit, la fait taire au profit de la violence.   La barbarie commence avec la dégradation des mots, avec le détournement du sens … Distiller le mensonge … masquer la réalité par des trompe-l’œil. » (Michel Lacroix) – Jugés à ce critère, tout le discours officiel, tout le verbiage médiatique, relève de la barbarie.

« A trop invoquer les terreurs et les barbaries passées pour établir des comparaisons parfois anachroniques, on s’empêche de voir la singularité des barbaries  qui sont là, qui montent et qu’il nous faudra combattre autrement qu’avec des ‘plus jamais ça ’ (avec des marches, des bougies,  des fleurs et des peluches). » (Barbara Lefebvre) – Mais, justement, nos sociétés conditionnées par la lâcheté du gang politico-médiatique préfèrent ne rien voir. Ressasser le nazisme (mémoire certes utile) empêche surtout de voir ce qui vient.

« La barbarie a souvent été l’occasion de régénérer un corps social languissant et alangui après une longue période d’endogamie. » (Michel Maffesoli) – Alors, ici, ce sera peut-être un moindre mal.

« Une illustre nation, parvenue au dernier degré de la civilisation et de l’humanité, osa naguère, dans un accès de délire dont l’histoire ne présente pas un exemple, suspendre formellement la loi d’amour : que vîmes-nous ? En un clin d’œil les mœurs … ; les saintes lois de l’humanité foulées aux pieds ; le sang innocent couvrant les échafauds qui couvraient la France ; des hommes frisant et poudrant des têtes sanglantes et la bouche même des femmes souillées de sang humain. » (Joseph de Maistre –sur la révolution française) – Il est vrai que depuis 1791, on n’a peut-être pas fait mieux, mais aussi bien. Lors du grotesque défilé du bicentenaire en 1989, on aurait dû nous montrer une reconstitution des massacres de septembre dans les prisons.

« La violence mise en images, construite sur un arrière-fond de haine (haine de soi, haine de l’autre), anesthésie ceux qui la regardent et ‘neutralise’ tout sentiment d’humanité. La mort spectacle installe une nouvelle forme de barbarie : la barbarie de l’indifférence. » (Michela Marzano) – Sur les vidéos d’égorgement de l’Etat islamique aussi bien que sur le happy slapping occidental (corriger quelqu’un pendant qu’un complice filme la scène), moins violent, mais presque aussi barbare dans son fond.

«  En quoi consiste la barbarie, sinon précisément en ce ‘qu’elle méconnaît ce qui excelle’ (Goethe) … Notre siècle stupéfait, croyants et incroyants confondus, s’apercevra que l’antique barbarie, celle des Goths aux portes de Rome ou celle des Turcs au siège de Constantinople, se retrouvait, inchangée, au cœur de la civilisation elle-même … La barbarie suit les pas de l’humanité comme l’ombre accompagne l’homme qui marche en direction du soleil … élévation ou déclin … à l’analogie du chemin d’Héraclite qui monte et descend d’un unique mouvement … La barbarie nordique, masculine, marquée par les instincts violents de destruction, barbarie de prédation, celle que Vico appelait la ‘barbarie des sens’ (férocité…), nihilisme actif de Nietzsche … D’un autre côté, la barbarie orientale, féminine se reconnaît à la mollesse et à la stérilité de ses mœurs, barbarie de soumission ou de démission, la barbarie insinuante, la ‘barbarie de la réflexion’ de Vico (astuce et fraude…), une barbarie pateline, de faiblesse, de renoncement à l’ordre de la hauteur, de l’édification et du sens, dont l’individualisme et le relativisme sont la pire, ou la meilleure illustration, nihilisme passif de Nietzsche … Effet de barbarie chaque fois qu’une action, une production ou une institution de l’homme engagé dans la vie sociale n’élabore plus de sens, mais le détruit ou le consomme, en une sorte de parasitage des œuvres antérieures ou de leur résidu historique … Lorsque les signes du monde, figés par la raison, n’orientent plus l’homme que vers lui-même et lui interdisent d’être un nouveau commencement, il reste à la barbarie d’arrêter la marche de l’histoire … Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la barbarie de masse, sous les traits d’une raison sociale ou raciale, a produit systématiquement des crimes de masse. On a tué par pans entiers l’humanité, on l’a déportée à Buchenwald, écrasée à Dresde et vitrifiée à Hiroshima, on l’a exterminée à Phnom Penh … On ne s’étonnera pas que la barbarie soit située à l’intérieur, ou plus précisément dans le ‘sujet’ ou le ‘self’ des Modernes qui a déchaîné les forces du Moi à l’encontre de la nature, des hommes et de Dieu. » » (Jean-François Mattéi – considérations éparses sur la barbarie)

« La barbarie ne se réduit pas à la violence physique ; elle prend également les traits amollis de la vanité, de la vacuité intellectuelle qui fait son miel de l’inconsistance de la création, du creux des apparences et du vide de la pensée. » (Jean-François Mattéi)

« Tout ce qui est tranchant, qu’il soit couteau ou argument, laisse présager la venue de l’immonde … La décapitation est la marque annoncée de la barbarie. » (Jean-François Mattéi) – Nous commençâmes avec Louis XVI et la Terreur.

« La première ligne de fracture entre la barbarie et la civilisation passe entre ceux qui parviennent à la maîtrise du discours et ceux qui n’y parviennent pas. » (Jean-François Mattéi)

« A partir du moment où le pouvoir qui est établi s’appuie sur, a pour référence, sa propre force et ne cherche à défendre rien d’autre que son existence en tant que pouvoir, son statut de pouvoir, nous sommes dans la barbarie. Est-ce que vous connaissez une seule des grandes manifestations récentes d’exercice du pouvoir dans notre monde qui ne soit pas une manifestation de la barbarie ? » (Charles Melman)

« Tout humanisme est tourné contre la barbarie, que ce soit celle de la force ou celle du divertissement, deux modes de désinhibition de la bestialité humaine … Luttes permanentes entre tendances qui bestialisent et tendances qui apprivoisent. » (Yves Michaud)

« Au début des années 90, le Nouvel Ordre moral se mettait en place, irrésistiblement, dans les habits mêmes de l’idéal démocratique, avec la volonté de défaire, en les discréditant et les vidant de leur contenu, les vieilles nations, les langues, le christianisme, la musique savante, la littérature, le secret, toute forme de pensée indépendante, au nom du relativisme généralisé et des lobbys minoritaires qui prenaient le contrôle de la pensée. » (Richard Millet) – D’où la stupidité régnante actuelle dans tout l’Occident.

« Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage. » (Montaigne)

« La plupart des formations culturelles sont nées pour contrecarrer les penchants agressifs ou érotiques, à écarter la menace qu’ils représentent pour la coexistence d’un grand nombre de sujets dans un espace délimité … la haine du tumulte instinctuel, de la guerre de tous contre tous … Que la croûte se craquèle, que la barrière des multiples garde-fous cède, on assistera à la ‘confusion des âges’, au mélange des générations, à la désorganisation des sentiments, à un renversement brutal de tous les rôles. La société s’est formée, dans des temps immémoriaux, afin de prévenir cette catastrophe … Les coutumes, les institutions, les prohibitions que les hommes se dictent mutuellement sont dirigées contre le fonds biologique qui demeure en eux, contre l’incertitude de leurs opmportements individuels … Devant les tendances contradictoires, chaotiques, devant la tyrannie des besoins et des congénères, la société assure l’équilibre et l’harmonie ; elle incarne la loi morale au-dedans de soi, la solidarité avec les proches hors de soi … Ceci explique pourquoi notre vie commune, afin de rester humaine, est, doit être une combinaison d’oppressions et de renoncements, de déguisements et de satisfactions continuellement remises. De cette manière, nous évitons le désordre qui règne autour de nous dans le règne animal, en nous-mêmes, anciens animaux … Le départ de l’état naturel a eu lieu à une époque très reculée … S’il y a peu de vertus que les cultures ont négligé de prôner, il y a encore moins de crimes devant lesquels elles ont reculé … Le bilan que le zoologue dresse de la vie des animaux est rose en regard de celui dressé par l’historien ou, plus modestement, par le profane ayant atteint l’âge mûr vers le milieu de ce siècle … Les rapports hiérarchiques servent aussi à diminuer l’agressivité et à modérer les combats … Les comportements cérémoniels sont destinés à régler les disputes sans faire appel à la brutalité, ou à mettre un terme au corps-à-corps avant qu’il n’entraîne des dommages irréparables … Chaque fois le contact, le mélange, l’indifférenciation, l’abolition de la loi sont pris pour symbole de la fin du règne humain … La disparition des fonctions et des rôles établis, le partage de la propriété, l’égalité et la confusion des rangs, ont été constamment ressentis, décrits comme annonciateurs du retour de la nature enfouie, de l’offensive de la sauvagerie dépassée, de la ruine de la civilisation, anéantissant les efforts dépensés pour la refouler. La hiérarchie passe pour être la colonne vertébrale de tout, et ce qui la brise brise le tout … ‘Quels fléaux, quels sinistres présages, quelles discordes – Quelles tempêtes sur mer, quels tremblements de terre – Commotion des vents, terreurs, changements d’horreurs – Dévient, brisent, déchirent et déracinent – L’unité et la calme harmonie des Etats – Jusqu’en leurs fondements. Oh ! Quand la hiérarchie est ébranlée – Seule échelle qui accède à tous les hauts desseins – L’entreprise est bien malade…’» (Serge Moscovici – La société contre nature – citant Shakespeare) – Voilà tout ce que les sociétés modernes dans leur délire de bouleversement de tout sont en train d’anéantir ; promesse de retour à la barbarie.

« Une ère de barbarie commence, et les sciences seront à son service. » (Nietzsche) – « Nous découvrons avec étonnement que le progrès a passé alliance avec la barbarie. » (Sigmund Freud)

« La barbarie est la tendance à la dissociation. Toutes les époques barbares ont été des temps de morcellement humain, où pullulaient d’infimes groupes divisés et hostiles. » (José Ortega y Gasset)

« Quant à la barbarie, je me plais à reconnaître que désormais les ‘peaux blanches’ n’ont plus de reproche à faire aux ‘peaux noires, rouges ou jaunes’. » (Romain Rolland – pendant la guerre de 1914-18) – Encore l’auteur n’avait-il connu ni les camps, ni Katyn, ni Hiroshima, ni Dresde, ni l’OTAN écrasant la petite Serbie, etc.

« Se demander si, au fond, Sade ne serait pas le prophète secret de notre ‘meilleur des mondes’ à nous ; cette néobarbarie ultralibérale où, sur les ruines des règles mortes, de grands fauves se réclament de la liberté, de l’égalité et de la fraternité pour imposer le despotisme de leur plaisir. » (FrédéricRouvillois)

« Il n’est rien de sacré : tout dans cet univers

« Doit plier sous le joug de nos fougueux travers. » (marquis de Sade)

« Parler de barbarie suppose qu’il y ait une civilisation à défendre, et pour établir l’existence de celle-ci, rien ne vaut bien sûr la présence d’une barbarie à combattre. La barbarie serait à nos portes, mais elle ne serait qu’à nos portes. » (Jaime Semprun) – Le barbare, c’est l’autre, qui, en plus, témoigne de ma civilisation par sa présence.

« Les retours à l’état sauvage, aujourd’hui comme hier, se déclenchent d’ordinaire lorsque le déploiement de la force atteint un degré élevé, que ce soit sous la forme d’une brutalité guerrière et impériale immédiate ou sous celle de la bestialisation quotidienne des êtres humains dans les médias du divertissement désinhibant. Les Romains ont fourni à l’Europe les modèles déterminants de cette brutalité et de cette bestialisation, d’une part avec leur militarisme omniprésent, d’autre part avec leur industrie de divertissement fondée sur les jeux sanglants. » (Peter Sloterdijk)

« Un monde civilisé  et timide n’a rien trouvé d’autre à opposer à la renaissance brutale et à visage découvert de la barbarie que des concessions. » (Alexandre Soljénitsyne) – Si, les fameuses valeurs de l’Occident !

« Le combat contre la barbarie commence à chaque génération, et la jeunesse en est par définition le lieu et l’enjeu. »  (André Comte-Sponville) 

« ‘Plutôt la barbarie que l’ennui’, le cri le plus inoubliable, le plus prophétique du dix-neuvième siècle. » (George Steiner – citant Théophile Gautier)

« Nous passons une grande partie de notre vie dans le coude à coude menaçant, sous la pression du nombre … Il en résulte une tendance contraire à ‘dégager’ … L’accroissement du  bruit, l’accélération des mouvements et changements… ont peut-être atteint un seuil pathologique  et déclenché des instincts de dévastation … ruade de l’âme asphyxiée, celle-ci tentant de retrouver ‘l’air libre’ en abattant les murailles de la foule qui l’oppresse, où le moi puisse crier sa puissance. » (George Steiner)

« N’avoir ni paradis, ni enfer, c’est se retrouver intolérablement privé de tout, dans un monde absolument plat. Des deux, l’enfer est apparu comme le plus facile à reconstituer. » (George Steiner – sur nos sociétés modernes occidentales)

« Nous savons maintenant que la qualité de l’éducation dispensée et le nombre de gens qu’elle touche ne se traduisent pas nécessairement par une stabilité sociale ou une sagesse politique plus grandes. Nous comprenons maintenant que les sommets de l’hystérie collective et de la sauvagerie peuvent aller de pair avec … une éthique de la haute culture. Nous savons aussi que des qualités évidentes de finesse littéraire et de sens esthétique peuvent voisiner, chez le même individu, avec des attitudes barbares, délibérément sadiques … Que les rapports entre la culture et la société soient désormais ressentis comme faussés, ou du moins paradoxaux, est un fait nouveau et moralement déconcertant. » (Georges Steiner)

« Le barbare est l’homme qui pense que la civilisation s’arrête aux portes de son propre monde … Le barbare, c’est celui qui croit à la barbarie de l’autre. » (Claude Lévi-Strauss – sur l’ethnocentrisme)

« Quatre-vingt ans après, en dépit des témoignages et des œuvres, avons-nous vraiment tiré leçon d’Auschwitz ? Avons-nous tiré leçon d’Auschwitz quand une partie du monde occidental replace l’essentialisation – c’est-à-dire la définition de l’individu par sa couleur, son origine, sa religion, son sexe ou la nature de ses amours – au cœur de son projet politique ? Avons-nous vraiment appris d’Auschwitz lorsque s’est substitué à l’eugénisme totalitaire l’eugénisme libéral justement décrit par Habermas, présentement incarné par les coups de boutoir de la majorité parlementaire au sujet du projet de loi bioéthique ? Avons-nous véritablement intégré les enseignements d’Auschwitz au moment où nos élites donnent à voir le spectacle d’une démocratie décadente, minée par la médiocrité, la lâcheté et le calcul ?» (Rémi Tell)

« Comment combattre la barbarie si l’on n’est personne ? » (Philippe Val)

« ‘Les hommes sont d’abord en quête de ce qui leur est nécessaire … Ils recherchent ensuite les choses utiles … puis ils s’attachent aux plaisirs avant de s’abandonner au luxe et finalement … dilapident leurs biens’ … Ils sont poussés à leur perte par : l’ironie. Sous ce terme Vico exprime les excès de la pensée critique, ‘la barbarie née de la réflexion’ … Ravalés au rang de bêtes, les hommes se sont accoutumés à ne penser qu’à leurs intérêts particuliers … L’esprit ‘faustien’, la culture ‘faustienne’ que l’on pourrait appeler aussi ‘prométhéenne’ … se projette toujours plus loin, sans autre limite qu’une catastrophe finale. » (Dominique Venner – empruntant beaucoup à Oswald Spengler)

« Je suis l’Empire à la fin de la décadence,

« Qui regarde passer les grands barbares blancs. » (Paul Verlaine – Langueur)

 « Observons toutes les nations barbares ou policées, quelque éloignées qu’elles soient de temps ou de lieu ; elles sont fidèles à trois coutumes humaines : toutes ont une religion quelconque, toutes contractent des mariages solennels, toutes ensevelissent leurs morts … Les trois premiers principes de la science nouvelle …Nul acte de la vie n’est entouré de cérémonies plus augustes, de solennités plus saintes, que ceux qui ont rapport à la religion, aux mariages, aux sépultures … Des idées uniformes, nées chez des peuples qui s’ignorent, doivent avoir un principe commun de vérité … Ce sont là des données premières, un sentiment commun … c’est avec ces trois coutumes universelles que commence l’humanité ; d’où suit qu’il convient de les défendre avec la plus extrême vigilance, pour éviter que le monde ne redevienne barbare, que les hommes ne retournent à l’état bestial. » (Giambattista Vico) – Il ne nous reste que la troisième coutume, pour combien de temps ?

« La méconnaissance de la beauté d’une œuvre, c’est-à-dire l’ignorance – La dénégation de ce qui est élevé, ou le déni de l’excellence, c’est-à-dire la prétention – L’incapacité d’accomplir un geste créateur, c’est-dire l’impuissance – La volonté confuse de destruction, c’est-à-dire la régression. » (Tom Wolfe, les quatre traits conjugués du ressentiment permettant de reconnaître le barbare chez les modernes – cité par Jean-François Mattéi)

« On sait, depuis Vico au moins, que la barbarie peut être produite par une civilisation qui se déprave, se retourne contre elle-même et refait à l’envers le cycle du temps … Le pire continue de sourdre sous l’ordre juridico-politique civilisé, il peut revenir… » (Yves-Charles Zarka) – On sait donc ce qui nous attend très prochainement.

« Nous avons dû donner raison à Freud quand il ne voyait dans notre culture, dans notre civilisation qu’une mince couche susceptible à tout instant d’être transpercée par les forces de destruction des bas-fonds … Quand il voyait qu’il était impossible d’extirper de l’âme humaine le fonds barbare, la pulsion destructrice élémentaire. » (Stefan Zweig- grand témoin de l’invraisemblable autant qu’inattendue boucherie de1914-18)

« Grattez le Russe, vous trouverez le Cosaque, grattez le Cosaque, vous trouverez l’ours. » (adage russe, qui ne s’applique pas qu’aux Russes)

 Ci-dessous extraits résumés et très simplifiés des livres de Jean-Pierre Le Goff, La démocratie post totalitaire et La barbarie douce, la modernisation aveugle des entreprises et de l’école.

 « L’instabilité permanente et la loi du mouvement, ainsi que certains traits du discours de la modernisation ne sont pas sans rappeler certaines caractéristiques du totalitarisme décrites par Hannah Arendt. Au lieu d’être un facteur de stabilité, la loi devient ‘l’expression du mouvement lui-même’, qui est mise au service d’un mouvement d’adaptation déstabilisant … La ‘matrice idéologique’ du système totalitaire, celle de la ‘création sociale historique permanente’ (Claude Lefort) est également proche de l’idéologie de la modernisation … Rupture radicale et construction d’une société et d’un homme nouveaux, société ressemblant à un vaste chantier pressé par les échéances, ‘chartes et projets’ … Le discours de certitude reflète une nécessité irréfutable inscrite dans le réel, imperméable à toute contradiction, comme aux démentis de l’expérience, énonçant ‘le vrai sur le vrai’, affirmant ‘l’identité de la représentation et du réel’ … Nouvelle langue de bois et création d’un monde fictif isolé du monde extérieur et protégé de ‘l’impact des faits’ construit par la propagande qui ‘insulte outrageusement le sens commun’ et décrivant une société en état permanent d’évaluation et de mobilisation (la modernisation ne recourant guère à la propagande mais plutôt à la ‘communication’ qui prétend informer sans esprit partisan)… Intense activité communicationnelle du pouvoir … Absence de tout principe d’autorité et de hiérarchie clairement identifiable, destruction de toute médiation, compétence et responsabilité, contournement des hiérarchies intermédiaires, le pouvoir est à proprement parler informe permettant l’absolu monopole du pouvoir par le chef, groupes de travail, experts, personnalités extérieures… Indistinction société Etat … Les individus sont maintenus dans un état de déstabilisation et d’ignorance quant au lieu du pouvoir réel … Qui décide ? … Recherche fantasmatique d’une unité indifférenciée … L’idéologie de la modernisation n’est pas une ‘idéologie de granit’, c’est une idéologie molle favorisant plutôt la confusion et le relativisme … Cependant, si la modernisation construit un monde fictif, en perpétuel mouvement, coupé du réel et du sens commun, brouillant les distinctions et s’appuyant sur un pouvoir informe, le discours de la modernisation ne prétend pas maîtriser les lois du mouvement historique, incertain, pragmatique et gestionnaire, il n’affiche pas un savoir omniscient … La dénégation de la division et du conflit n’est pas placée sous le signe de la totalité et de l’unité (du chef), elle est au contraire porteuse d’une vision chaotique et éclatée de la société … Cela nous oblige à penser le fait qu’il est possible de s’en prendre à la liberté, à l’autonomie et au pluralisme, tout en ne cessant de les mettre en valeur et de les exalter … Le  développement proliférant de la communication célèbre constamment le dialogue et la concertation tout en les rendant impossible par la dérobade qu’elle opère … D’autant que l’angélisme et la douceur du langage ne peuvent longtemps faire illusion … L’agressivité peut s’exprimer de façon ouverte quand le travail de séduction a échoué … Le nouveau discours, dialogue incessant (incorporant le contradicteur), ‘ne parle pas de haut ; il a fait l’économie des majuscules’ (Ordre, Progrès, Nation…) … On n’y trouve pas de ‘Grand Savoir’, mais une logique d’évitement qui à la fois tente de conjurer le vide et l’entretient … La spécificité de la logique de la modernisation est de pousser à l’extrême les caractéristiques de la démocratie, non pas dans l’optique totalitaire visant à recouvrir l’indétermination par un discours de certitude, mais au contraire en accentuant cette indétermination à un point tel que la démocratie verse dans l’insignifiance (questionnements et débats sans limites et totalement désarticulés de l’engagement et de l’action) … Pas un domaine qui ne soit  exhibé, interrogé et soumis à controverse, sans que cela ait un quelconque effet sur le cours des choses. Débats et commentaires sans fin affichés comme les signes ostentatoires de la démocratie. Aspects formels et spectaculaires de l’information constamment mis en exergue, de telle sorte qu’on en oublie le contenu. » (Jean-Pierre Le Goff – traitant des similtudes entre totalitarisme et idéologie de la modernisation et s’appuyant sur Hannah Arendt et Claude Lefort)

 « La barbarie douce développe une vision chaotique du monde et de ses évolutions qui les rendent incompréhensibles et dévastateurs. Discours et outils embrouillent, déstabilisent, sèment l’angoisse et le désarroi, entraînent une pression insidieuse et constante, une dégradation des rapports entre les individus qui créent un climat délétère. Cette logique de l’insignifiance lamine les repères … dissout l’épreuve du réel dans des discours fleuves et alambiqués. Elle est mépris pour l’expérience et la parole communes, décourage même le désir d’y voir clair, de comprendre et de juger. Depuis les années quatre-vingt, la modernisation est partout à l’ordre du jour. Mais, au nom de la nécessaire adaptation aux ‘mutations du monde contemporain’, c’est bien souvent une véritable ‘barbarie douce’ que cette modernisation aveugle installe au cœur des rapports sociaux … avec les meilleures intentions du monde, ‘l’autonomie’ et la ‘transparence’ sont ses thèmes de prédilection … déstabilisant les individus … provoquant stress et angoisse … La stupéfiante rhétorique issue des milieux de la formation, du management et de la communication … comment elle dissout la réalité dans une pensée ‘chewing-gum’ qui dit tout et son contraire … Les compétences et les comportements des individus étant ‘évalués’  dés leur plus jeune âge, et les enfermant dans des ‘contrats’ et des ‘projets individualisés’ … Cette barbarie douce ayant partie liée avec le déploiement du libéralisme économique et de la gauche moderniste, ainsi qu’avec la décomposition culturelle qui l’a rendue possible … Chacun acteur du changement et de son propre changement, changer plusieurs fois de métier, retourner à l’école, apprendre et réapprendre, espérer progresser, mobilité, flexibilité, dans un climat général d’insignifiance et de manipulation, dans une temporalité devenue folle.  Rappel constant de l’éthique et des valeurs tout en déstructurant les significations et le sens commun, tout devient mouvant et instable sans repères, vision chaotique du monde, révolution culturelle permanente, bouleversement de nos façons  de vivre, d’agir et de penser, langue de bois omniprésente. Les qualités et les comportements requis dans le travail en entreprise vont au-delà des strictes compétences professionnelles empiétant sur la sphère privée et la liberté personnelle, l’approche psychologisante et moralisante du ‘savoir-être’, intériorisation des contraintes et des normes, supposées être le produit d’une libre adhésion et faire l’objet de ‘contrats’, l’obsession du classement (des items de compétence par exemple). Pression vers la conformité : la sous-culture des milieux de la formation et du management se diffusant par le biais de nombreux stages (à prétention scientifique et altruiste), évaluation des compétences dés l’école (livret de quatre-vingt neuf compétences réparties en n classes), le fameux ‘bilan de compétences’ des adultes, frénésie de découpage, de classement, d’évaluation et de contrat, (bric à brac pédagogique : atteindre en seconde quatre capacités fondamentales et dix objectifs, distinction des ‘savoirs’, des ‘techniques’, des ‘méthodes’, des ‘jalons’, des ‘repères’ et des ‘perspectives, ‘inventaire des situations’, des ‘étapes de progression’, fiches et fiches – ‘Affirmer son autonomie dans l’espace par rapport aux objets et aux personnes’ première des ‘compétences transversales’ évaluée en maternelle), négation du rapport inégalitaire entre adultes et enfants, de la situation de dépendance et de la fragilité de ces derniers (appelés à organiser, s’exprimer, décider sur leur séjour) discipline devenue ‘autodiscipline’, sanction (très éventuelle) juste et légitime seulement si reconnue comme telle par l’élève (sorte d’aveu sans doute inspiré des procès staliniens de la grande époque), confusion, désorientation générales. Disparition de règles claires, dans le même temps où la contrainte externe est évacuée du discours, elle est réintroduite implicitement dans des pratiques qui prennent alors des allures de manipulation, à l’école, comme dans le management moderniste on entend procéder par imprégnation et intériorisation des normes, en mettant tout en œuvre pour recueillir une parole qui soit le signe de l’assentiment de l’individu (et de sa capture). Mots d’ordre de l’école : contrat pédagogique, évaluation positive, stimulante, mobilisante, favorisant l’auto-évaluation, refonder les valeurs de la république (rien de moins), médiation, expression, responsabilisation, apprendre à vivre ensemble. Déconnectés de l’utopie globale qui les portait (mai 1968), les thèmes de l’autonomie et de la responsabilité se retrouvent aujourd’hui réinvestis dans la modernisation de l’entreprise et de l’école et donnent lieu à des pratiques de manipulation. L’autonomie comme ‘table rase’, fascinant futur. Les déclarations de fidélité aux grands principes et aux valeurs servent à couvrir un opportunisme qui cède aux pressions libérales et gère tant bien que mal une situation paraissant immaîtrisable. Légitimation de toute réforme en la présentant comme émanant d’une base consultée en toute transparence (bien sûr sans manipulation médiatique ni sondages truqués) … La barbarie douce apparaît comme le fruit d’un curieux mélange entre l’héritage impossible de mai 68, l’idéologie libérale et une modernisation qui tourne à vide. » (Jean-Pierre Le Goff)

 « Le constat réitéré des ‘mutations’ dans tous les domaines (économique, technologique, social et culturel), l’appel constant à s’y adapter sur un ton volontariste et enjoué (maîtriser, réguler, transformer… ) se juxtaposent à un conglomérat de valeurs dont le degré de généralité laisse pantois : ‘égalité des chances’, ‘solidarité’, ‘société plus juste et plus fraternelle’, ‘participation et créativité de chacun’, ‘progrès et justice sociale’, ‘démocratie’, sans oublier ‘l’esprit de tolérance’, ‘le droit à la différence’, ‘le respect de l’individu’, la célébration des droits de l’homme et la devise de la République : Liberté, Egalité, Fraternité. » (Jean-Pierre Le Goff)

 « L’injonction à être ‘acteur’ et ‘responsable’ du changement, de son propre changement, mais aussi de celui du collectif dans lequel on travaille et finalement de celui de la société en voie de modernisation, est profondément déstabilisante. C’est la fonction symbolique du pouvoir comme pôle de référence émettant et assumant des orientations et des choix clairs, permettant à chacun de se situer, qui est effacée … ‘Se saisir de ces enjeux et devenir les coauteurs de notre destin commun’. Vaste programme. » (Jean-Pierre Le Goff)

 « La barbarie douce désigne un processus spécifique de déshumanisation au cœur même de la démocratie … Il s’attaque à ce qui donne sens à la vie des hommes en société, il déstructure le langage et les significations, l’héritage culturel transmis entre les générations, dissout les repères symboliques … rend le monde et la société inintelligibles et insensés, plaçant les individus dans un profond désarroi qui inhibe l’envie même de débattre et d‘agir … Le discours de la modernisation développe la vision d’un monde morcelé, emporté dans un mouvement sans but ni sens que personne ne paraît être à même de maîtriser. Ce discours désymbolise la société et le monde, les rend insignifiants et vains. » (Jean-Pierre Le Goff)

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