730,2 – Valeurs sociales

– Jadis notions guidant l’action et auxquelles celle-ci était censée être subordonnée ; étaient suivant Julien Benda (valeurs des clercs) :

. Statiques : la justice abstraite, la vérité abstraite, la raison abstraite, soit semblables à elles-mêmes par-dessus la diversité des circonstances, de temps, de lieu ou autres.

. Désintéressées : justice, vérité, raison ne visant à aucun but pratique. La pensée n’ayant pas à se vouloir au service de qui et de quoi que ce soit.

. Rationnelles : ne reposant sur aucun autre sentiment que la raison et surtout pas sur quelque émotion que ce soit. Ainsi, par exemple, l’enthousiasme, comme l’amour humain, ne sauraient être considérées comme des valeurs cléricales.

– Aujourd’hui, dans le langage des bien-pensants politiques et médiatiques, le terme sert à habiller décemment leurs sordides intérêts matériels et, justement, leur haine des vraies valeurs.

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« La gauche est devenue une pure juridiction morale, incarnation des valeurs universelles, champion du règne de la Vertu et tenancière des valeurs muséales du Bien et du vrai, juridiction qui peut demander des comptes à tout le monde sans avoir à en rendre à personne … Moralisation des valeurs : qu’il ne puisse plus être jugé de la vérité historique de tel événement, de la qualité esthétique de telle œuvre, de la pertinence scientifique de telle hypothèse, qu’en termes de morale. » (Jean Baudrillard)

« On décrétait que la supériorité‚ d’un mode moral ou esthétique n’est pas une chose que l’on démontre, mais seulement que l’on sent, que l’on aime ; que, par suite, l’apôtre d’une valeur n’est tenu à aucune preuve, à aucune logique, à aucune cohérence. On a ainsi ouvert la porte à un prophétisme échevelé. » (Julien Benda)

« On humilie les valeurs de connaissance devant les valeurs d’action. » (Julien Benda)

« La condensation des valeurs politiques en un petit nombre de haines très simples et qui tiennent aux racines les plus profondes du cœur humain est une conquête de l’âge moderne. » (Julien Benda)

« Il y a en effet d’autres valeurs que la liberté en ce monde plein de déesses. La Perse magique donne l’idée d’une culture de la vérité. On peut imaginer une culture de la fraternité (la Russie de Dostoïevski). » (Emmanuel Berl)

« Le multiculturalisme ne saurait être une politique. Il s’agit d’un ‘fait social’, il ne saurait être normatif … L’immigration ne saurait être considérée soit comme une ‘chance’ soit comme une  ‘menace’ … Attribuer une valeur au multiculturalisme ou à l’immigration, c’est se résigner d’emblée à leur instrumentalisation. » (Laurent Bouvet) – Mais alors que devient le pouvoir des moralistes gauchistes ?

« Les valeurs et les normes sont à peu près remplacées par le ‘niveau de vie’, le ‘bien-être’, le confort et la consommation. » (Cornelius Castoriadis)

« Qu’avons-nous à répondre à un tel défi (celui de l’Islam) … Revendiquer les trois écrans plats pour tout le monde, la voiture, le droit de caricaturer le pape et le prophète, la consommation à outrance, la liberté de porter une mini jupe ? » (Emmanuel-Just Duits) – « Opposer le string au voile islamique ? » (Danielle Sallenave)

« Il faut prendre une attitude positive … Une nouvelle valeur actuelle. » (Jacques Ellul)

« La postmodernité a pour résultat d’avoir contribué à atomiser la société pour en faire un ensemble d’individualités qui se contentent de rompre de temps en temps leur solitude dans des agrégations éphémères, faute de la cohésion que produisent les croyances en des valeurs stables et communes. » (Julien Freund)

« A la place d’une communauté morale organique douée de son propre langage du ‘bien’ et du ‘mal’, on doit apprendre un nouvel ensemble de valeurs démocratiques : être participant, rationnel, laïc, souple, compatissant et tolérant … Ces valeurs ont été conçues avec une fonction purement instrumentale, comme des habitudes qu’il fallait acquérir si l’on voulait vivre avec bonheur dans une société libérale, paisible et prospère. » (Francis Fukuyama) – Même ces valeurs artificielles ne pourraient subsister que si l’élite donnait l’exemple et que si la société restait prospère. Autant dire que, pour ces deux raisons, elles ne sauraient perdurer.

« Plus rien n’est proposé à l’homme, à son voir ou à son faire, en tant que tâche infinie à la hauteur et à la mesure de son énergie. » (Michel Henry)

« Nous devons bâtir une société où l’acte personnel retrouve une plus grande valeur que la fabrication des choses et la manipulation des êtres. » (Ivan Illich)

« L’économie de la cupidité ne peut fonctionner sans dommages qu’à l’intérieur d’une société qui repose sur des valeurs diamétralement opposées ; celles de l’honneur, de la charité, de la solidarité. Ce sont celles qui inspirent respectivement la société aristocratique, la chrétienté, le mouvement ouvrier. Dans les trois cas, il s’agit du primat du collectif sur l’individuel. » (Jacques Julliard)

« Les avant-gardes sont intégrées dans l’ordre économique, acceptées , recherchées, soutenues … Fini le monde des grandes oppositions rédhibitoires, art contre industrie, culture contre commerce, création contre divertissement … Les stratégies marchandes du capitalisme créatif transesthétique n’épargnent plus aucune sphère … il démultiplie les styles, les tendances, les spectacles, les lieux de l’art ; il lance continuellement de nouvelles modes et crée à grande échelle du rêve, de l’imaginaire, des émotions … Après l’art-pour-les-Dieux, l’art-pour-les-princes et l’art-pour-l’art, c’est maintenant l’art-pour–le-marché qui triomphe … Les termes professionnels suivent : les jardiniers sont devenus des paysagistes, les cuisiniers des créateurs culinaires, d’autres des ‘créateurs d’automobiles’, etc. … L’ère transesthétique en marche est planétaire … Goût pour la mode, les spectacles, la musique, le tourisme (qui ne voit partout que des paysages à admirer et à photographier comme des décors ou des tableaux), le patrimoine, les musées,  les cosmétiques, la décoration de la maison … Espèce de fétichisme et de voyeurisme esthétique généralisé … L’important est de ressentir … non d’être conforme à des modèles de représentation sociale … Moins conformiste et plus exigeant que par le passé, l’individu transesthétique apparaît en même temps comme un ‘drogué de la consommation’, pressé, zappeur, boulimique de nouveautés, obsédé de jetable, de célérité, de divertissement faciles (‘l’homo festivus’ de Philippe Muray, doublé d’un ‘homo esthéticus’, par ailleurs dépossédé de sa propre culture) mais qui n’en porte pas moins un regard esthétique, non utilitaire, sur le monde … Ce sont les valeurs initialement prônées par les artistes bohèmes du XIX° siècle (hédonisme, accomplissement de soi, authenticité, expressivité, recherche des expériences) qui sont devenues les valeurs dominantes célébrées par le capitalisme de consommation. » (Gilles Lipovetsky et Jean Serroy – considérations éparses – L’esthétisation du monde, vivre à l’âge du capitalisme artiste) – Derrière (et même devant cette esthétique), le fric. Affreux mélange du n’importe quoi, n’importe où, n’importe quand, n’importe comment, pour et par n’importe qui, irrespect généralisé, absurdité et abrutissement garantis, sauvagerie, infantilisme, fin en catastrophe imminente malgré l’enthousiasme évident et difficilement compréhensible des auteurs.  – « Le capitalisme esthétique présenté comme non moins agressif ou cynique que le capitalisme financier, vise les ressources émotionnelles des acteurs. » (Eva Illouz) – Il est encore plus tordu.

« Tout ce qui a une valeur absolue s’inscrit aussitôt dans l’absolu. » (cardinal Henri de Lubac)

« Pour ressaisir les valeurs élémentaires qui font si tragiquement défaut à l’homme contemporain, il n’est que de se mettre à l’écoute des ‘grands messages isolés’, de se rendre attentif aux voix qui conservent un écho des anciennes révélations, de se tourner vers l’enseignement des occultistes, des alchimistes, de certains mystiques et illuminés. » (André Pieyre de Mandiargues) – On a pu dire qu’au-delà de l’or, les alchimistes du Moyen Âge recherchaient l’unité d’eux-mêmes et encore au-delà l’unité du monde, l’union et l’unité de la Création, l’unification du Beau, du Bien et du Vrai.

« Lorsqu’on nous demande d’adhérer aux valeurs de la République, on ne nous demande rien … on ne nous demande que des abstentions, ce dont le citoyen le plus paresseux est toujours capable. En pratique, on ne lui demande que de ne pas dire du mal de son voisin, et si possible de n’en rien penser. » (Pierre Manent)

« Les valeurs ‘ontiques’ … Idéalement adéquates … Ce à quoi beaucoup de gens (la plupart ? nous ?) aspirent profondément … dont la plupart ne s’écartent que dans des conditions difficiles ou néfastes qui menacent la satisfaction de leurs besoins (Camps de concentration, Famine, Epidémie, Terreur, Hostilité de l’environnement, Abandon) : Complétude, Vie, intégration ou transcendance des dichotomies, Originalité, Perfection, Nécessité, Achèvement, Justice, Ordre, Simplicité, Clarté, Fluidité-Souplesse, Enjouement, Autosuffisance. » (Abraham Maslow)

« Le jugement de ‘bon’ ne provient nullement de ceux qui bénéficient de cette ‘bonté’. Ce sont plutôt les ‘bons’ eux-mêmes, c’est-à-dire les nobles, les puissants, les supérieurs en position et en pensée qui ont éprouvé et posé leur façon de faire et eux-mêmes comme bons … par contraste avec tout ce qui est bas, bas d’esprit, vulgaire et populacier … A partir de ce sentiment de la distance, ils ont fini par s’arroger le droit de créer des valeurs et de forger des noms de valeur. » (Nietzsche – Généalogie de la morale)

« Comment ne pas voir que nos valeurs sont devenues essentiellement abstentionnistes : le refus de tuer, le refus de la peine de mort, le droit de n’être contraint en rien… » (Paul-François Paoli)

« Les nouvelles valeurs de la consommation prévoient en effet le laïcisme (?), la tolérance (?), et un hédonisme plus que déchaîné, capable de ridiculiser l’épargne, la prévoyance, la respectabilité, la pudeur, la retenue et, en somme, tous les vieux ‘bons sentiments’. » (Pier Paolo Pasolini) 

« Les ‘valeurs de la République’ ; la République était un mot fait pour accueillir … incarnation de la fraternité. Elle est devenue un mot fait pour condamner. Naguère, République voulait dire ouverture … aujourd’hui le mot n’est destiné qu’à enfermer. On ne l’entend plus que pour punir l’adversaire … pour lui clore le bec. » (Xavier Patier)

« Les valeurs mobilisatrices sont des manières de faire et de penser qui s’imposent à chacun parce qu’elles apparaissent incontestablement bonnes et souhaitables, dont on peut toujours se réclamer, et contre lesquelles il est impossible de lutter ans éprouver aussitôt les effets de la résistance sociale … Elles se répartissent sur trois niveaux : celles qui expriment un contenu, en quelque sorte mystique, et qui se situent dans la sphère du perfectionnement individuel (dialogue, écoute, partage…), celles qui dénotent un esprit militant en s’inscrivant dans le champ des relations sociales (solidarité, participation, défi, animation…), celles qui traduisent une nouvelle déontologie des rapports avec l’entreprise (innovation, optimisation, zéro-défaut, zéro-ceci, zéro-cela). » (Perrot, Rist, Sabelli) 

« Les membres d’une société doivent partager des valeurs communes, et pas seulement celles d’une tolérance qui risque de devenir indifférente, à l’égard de toutes les valeurs, et ne pas renoncer à les défendre s’ils veulent survivre. » (Dominique Schnapper – énonçant un beau rêve)

 « Transfiguration des valeurs : elle n’est pas substitution d’un ordre à un autre, mais la transfiguration laborieuse de soi-même et de l’horizon objectif. » (?)

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