255,2 – Sensibilité, Sentiment

– Excellente qualité humaine quand elle sait rester dans les limites de la raison, sinon elle n’est que l’expression narcissique d’une nature nerveuse dont on peut tout attendre, et d’abord le pire. L’Occidental(e) est toujours au bord des larmes, du jeune de service racontant ses grotesques petits malheurs au présentateur de télévision quittant son poste pour un autre encore plus rémunérateur, jusqu’à la prétendue ministre des affaires étrangères de l’Union européenne. Toujours grotesque et souvent mensonger.

– Ouverture du cœur, elle n’est pas la sensiblerie qui est sensibilité débridée ; laquelle n’est souvent que caresse à sa propre personne.

– Le spectacle lamentable de ces files d’individus soumis patientant des heures pour rendre hommage sur commande à un ancien chef d‘Etat qui s’est gobergé sur leur dos, les a tous cocufiés, trahis et méprisés. Les nuls se reconnaissant dans la nullité. Jusqu’où peut descendre le mépris de soi-même et la servilité ?

– Le vertige tentant de la déraison, de la sensiblerie sur commande, généralisée et obligatoire, mène presque systématiquement et délicieusement au n’importe quoi. En tout cas le sentiment ne saurait se confondre avec la vérité.

– Le tout-affectif actuel ne fait que brouiller les cartes. A un monde assez rude dans sa pratique correspond une exacerbation de la sensiblerie (contradiction pas si étrange) et pour compenser la dureté des rapports réels la collectivité se donne l’apparence de pratiquer une sorte de moralisme humanitaire romantique jusqu’à exiger la soumission à la dictature des bons sentiments.

– La société occidentale est déjà plus que suffisamment dévirilisée pour ne pas en rajouter, notamment par des commémorations pleurnichardes et indécentes (chansons…) d’événements, d’attentats…

– Certaines réalités ne sont que des illusions : l’insécurité, le déclin, la crise, ne sont en fait que des sentiments d’insécurité, de déclin, de crise qu’éprouvent les malheureuses masses peu éclairées malgré les efforts consentis par l’élite pour les éduquer.

– « Les sentiments dégoulinants. » – De la horde des bien-pensant-dominants.

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« Placer ce qui subsiste de sentiments privés sous le contrôle de la socété’. »(Adorno, Horkheimer) – Telle est l’évolution néolibérale, notamment par le biais du coaching.

« La sentimentalité, perversion du sentiment. » (Myriam Revault d’Allones)

« Nous nous sommes mis à l’écoute des sentiments et des besoins de tous, patron, client, voisins, collègues… sauf des nôtres ! Pour survivre et nous intégrer nous avons cru devoir nous couper de nous-même. Cette coupure se paie : timidité, dépression, doutes, hésitations à prendre une décision, incapacité de faire des choix, difficulté à s’engager, perte du goût de vivre… » (Thomas d’Ansembourg)

« L’analyse politique gagne à se dépouiller de toute sentimentalité … Ne nous croyons pas tenus de déraisonner pour témoigner de nos bons sentiments. » (Raymond Aron – Preuves) – « La gauche a réduit le problème national de l’immigration à un problème moral. » (Eric Conan – La gauche sans le peuple

« Peut-on encore avoir foi dans l’authenticité de quelque sentiment humain que ce soit après avoir vécu une enfance et une adolescence au merveilleux pays de l’hypermodernité obscène et tapageuse ? » (Olivier Bardolle) – Notre époque.

« Il y a des gens qui semblent tirer leur sensibilité de leur estomac. Ils ne sont jamais si émus qu’après un bon dîner. » (Anne Barratin)

« La vie des êtres sensibles est chose somptueuse et triste. » (Maurice Barrès – Le jardin de Bérénice)

« Le monde est tellement plein de sentiments positifs, de sentimentalité naïve, de vanité canonique et de flagornerie que l’ironie, la dérision, l’énergie subjective du mal y sont toujours plus faibles. Au train où vont les choses, tout mouvement de l’âme un peu négatif retombera bientôt dans la clandestinité. Déjà la moindre allusion spirituelle devient incompréhensible. Bientôt il deviendra impossible d’émettre quelque réserve que ce soit. Il ne restera que le dégoût et la consternation. » (Jean Baudrillard)

« La promotion du sentimental porte en creux une disqualification de l’intellect. » (François Bégaudeau)  – Surtout quand cette promotion est manipulatoire comme ici et maintenant. 

« L’égoïsme n’est pas moins présent, mais il se drape désormais dans des atours ‘humanitaires’ s’enrobant dans un discours dont la niaiserie est le trait dominant … ‘La dictature des Bons Sentiments qui, tel un niagara d’eau tiède se déversent quotidiennement sur les masses, aurons-nous le courage de dire que c’est ce moralisme qui est à l’origine de la bêtification contemporaine ?’ (Michel Maffesoli) … L’actualité se concentre sur les grands événements émotionnels (mort de Lady Di… ) traitant sur le mode lacrymal tous les drames de la planète  … avec déferlement de ‘cellules de soutien psychologique’ … Dans l’empire du bien, la compassion et la pitié se situent d’emblée à l’opposé de toute justice sociale … Les dames patronnesses s’appellent aujourd’hui Enfants de don Quichotte et Restos du cœur … Plus ‘d’exploités’, des ‘déshérités’, des ‘exclus’,  des ‘défavorisés’, des ‘plus démunis’. » (Alain de Benoist – Les démons du bien)  

« L’absolutisme des bons sentiments qu’exprime l’apparente sacralisation de la vie offre un contraste frappant avec ce qui se passe en cas de guerre, en matière d’avortement, pour le recours à l’euthanasie, pour la mort de nombreuses personnes faute de budget et de structures permettant de les sauver (pensons notamment aux victimes de maladie rares), et dans de nombreuses circonstances de la vie civile … Un vif contraste existe entre les sommes colossales qui sont dépensées pour faire vivre un criminel derrière les barreaux au lieu de l’envoyer « dans un monde meilleur », et la parcimonie, pour ne pas dire la ladrerie, dont nous faisons preuve pour offrir à une femme enceinte en détresse une autre solution que l’IVG ou pour développer les traitements qui offriraient un espoir à des adolescents atteints d’une maladie neurologique actuellement incurable. » (Jacques Bichot)

« C’est le propre d’un esprit maître de lui-même de traiter chaque chose selon ce qu’elle est en elle-même. » (Boèce)

« Dés qu’un sentiment s’exagère, la faculté de raisonner disparaît … Dans sa lutte éternelle contre la raison, le sentiment n’a jamais été vaincu. » (Gustave Le Bon)

 « Dans le cas des terroristes , ce qui frappe, ce n’est jamais une forme d’insensibilité morale, mais au contraire une sensibilité exacerbée, telle qu’elle ne peut souffrir aucune compensation possible dans l’esprit du terroriste le plus déterminé. » (Gérald Bronner) 

« …Cette molle sentimentalité réconcilie tous les âges : elle rassure, apaise, forme un rempart puissant contre les atteintes du réel. ‘Disneylandiser’ le monde et l’Histoire, c’est les édulcorer pour les escamoter. » (Pascal Bruckner)

« On se dope aux bons sentiments. On séduit plus qu’on opprime et peut-être opprime-t-on en séduisant. » (Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin) – Telles sont nos prétendues élites, mépris et lâcheté.

« La vie est faite de sentiments mêlés et ambivalents. On pourra à la fois être triste et soulagé de la mort d’un proche qui avait une longue et douloureuse maladie, etc. … La colère peut conduire à à adopter un comportement destructeur et humiliant mais elle peut permettre également de s’unir pour affronter des injustices ou des menaces communes … L’envie peut être source de ressentiment et d’hostilité, elle peut également conduire la personne envieuse à redoubler d’efforts, et même également s’accompagner d’admiration. (Edgar Cabanas, Eva Illouz)

« On gouverne les hommes avec la tête ; on ne joue pas aux échecs avec un bon cœur. » (Chamfort)

« Les susceptibles embrouillent tout par trop de sensibilité. » (Jacques Chardonne)

« Être sensible, c’est avoir une sensibilité juste qui ne crée pas des tourments avec des riens. » (Jacques Chardonne)

« Quand on ne croit à rien, les sens deviennent religion. » (Emil Cioran)

 « Toute consistance est interdite aux sentiments qui ne sont point assistés par des convictions. » (Auguste Comte )

« Il y a des excès de sensibilité que la raison réprouve sévèrement. » (Laure Conan)

« Les hommes qui passent pour être durs sont de fait beaucoup plus sensibles que ceux dont on vante la sensibilité expansive. Ils se font durs parce que leur sensibilité étant vraie les fait souffrir. » (Benjamin Constant)

« Rien n’est moins digne de sympathie qu’une sensibilité qui n’est pas doublée de charité. » (Louis Dumur)

« Les égoïstes de la sensibilité agacent plus qu’ils n’émeuvent. » (Louis Dumur)

« L’extrême sensibilité témoigne plus de nerfs malades que de délicatesse de cœur. » (Louis Dumur)

« Une femme elle peut sentir, elle peut sentir très fort … des choses qu’un homme ne sent pas… Moi je crois qu’il faut faire les choses qu’on sent … et sentir les choses qu’on fait. C’est la sincérité qui compte … C’est le cœur, très féminin, ça vous ne pouvez pas comprendre, le cœur c’est très réel… c’est l’intuition qui compte, l’intelligence est inférieure … ‘Je fais, je crois, comme ça, je crois. Je sens ça comme ça. Ce que je fais je le sens comme ça’ etc. » (Tony Duvert – citant une dame poétesse et peintre)

« Notre société ruisselle de bons sentiments … Nous sommes pétris du souci de l’humain, du primat de l’homme, de son honneur et de sa personne, nous prenons tout au sérieux avec un œil inquiet et un cerveau confus … nous révélons un idéalisme qui coule à flot, au travers d’affirmations sans queue ni tête, et alors même que nous répudions cet idéalisme … Il ne suffit pas que la technique, le pouvoir politique, la puissance de l’argent soient ce qu’ils sont. Encore faut-il qu’ils soient assortis des bons sentiments et les lieux communs sont là pour faire le joint, en même temps que pour diffuser dans le bon peuple ces mystifications comme des évidences. La première opération de libération que l’on puisse tenter, c’est la mise à mort des bons sentiments, des idéaux, et des évidences éjaculées par cette société. » (Jacques Ellul)

« L’écœurante mollesse des bons sentiments fabrique les bourreaux à la chaîne, car ne vous y trompez pas, les bourreaux sont pleins d’idéalisme et d’humanité. C’est toujours au nom de l’homme et de l’humanité que se font les génocides. … Lorsque les bons sentiments et l’idéalisme submergent le cœur de l’homme, ils bouchent en même temps ses oreilles … Les bons sentiments emportent tout dans des flots d’émotion lamartinienne et d’éloquence jaurésienne … Là où règnent les bons sentiments, il n’y a plus de peut-être, et puisque nous avons de si hautes vertus, comment pourrions-nous nous tromper ?» (Jacques Ellul)

« Anna Sergueivna prit part dans son adolescence à la farandole sanglante des abstractions sentimentales … Mais ce ne sont pas des êtres humains, ce sont des koulaks … Tout comme les Allemands disaient : les Juifs, ce ne sont pas des êtres humains … Ce que Pasternak appelait la ‘domination inhumaine de l’imaginaire’, les ‘méfaits de la haine au nom de l’amour pour l’humanité écrasée’. » (Alain Finkielkraut – sur certaines attitudes ‘révolutionnaires’ – commentant Tout passe de Vassili Grossman) – Il est plus facile de tuer des appellations que de s’affronter à des visages « la dangereuse ivresse d’aimer ou d’exécrer des êtres abstraits, sans nom ni prénom. » (idem)

« La politique des bons sentiments, le développement de l’idéologie humanitaire sur les ruines de la politique traditionnelle, ne peut tenir lieu de projet d’avenir. Ce serait une façon pieuse d’ériger l’impuissance en valeur morale. » (Jean-Paul Fitoussi)

« La ‘personnalité sentimentale’ sera ce qui plus tard fera passer pour puérile et un peu niaise une bonne partie de la littérature contemporaine. Que de sentiment, que de sentiments ! Que de tendresses, que de larmes ! Il n’y aura jamais eu de si braves gens. Il faut avoir avant tout du sang dans les phrases et non de la lymphe… La fable des deux pigeons m’a toujours plus ému que tout Lamartine … mais si La Fontaine avait dépensé d’abord sa faculté  aimante dans l’exposition de ses sentiments personnels, lui en serait-il resté suffisamment pour peindre l’amitié des deux oiseaux ? » (Gustave Flaubert)

« Les bons sentiments sont un moyen de ne pas penser et de se dispenser d’agir. Puisque nous compatissons … tout va bien. » (Marcel Gauchet)

« Les bons sentiments sont un moyen de ne pas penser et de se dispenser d’agir. Puisque nous compatissons, puisque nous marquons notre reconnaissance, tout va bien, ne nous demandez pas en plus de réfléchir aux raisons de votre dénuement et à la manière de les corriger. A-t-on mieux payé les policiers après Charlie ? Paiera-t-on mieux demain les héros du quotidien dont vous parlez ? Remettra-t-on l’utilité sociale et la qualité du travail au centre des valeurs collectives et de la façon de les traduire concrètement ? J’aimerais bien, c’est même mon rêve le plus cher, mais j’ai des doutes, tellement ce serait une rupture complète avec la logique qui nous mène depuis quarante ans. » (Marcel Gauchet – à propos du dévouement du personnel hospitalier et particulier et du sempiternel Rien ne sera plus comme avant !)

« Les ‘beaux sentiments’ sont, les trois quarts du temps des sentiments tout faits. » (André Gide) – « On pourrait ajouter que ce sont des sentiments imbibés d’idéologie ; c’est-à-dire tributaires d’intérêts plus ou moins consciemment camouflés … Ce en quoi ces beaux sentiments rejoignent la bien-pensance, qui est à la pensée ce que le cliché est à l’expression : un cal, une ossification … C’est avec les bonnes pensées qu’on fait les belles idioties. Et les beaux lynchages.  »  (Dominique Noguez)

« Lorsqu’il n’y a plus de sensation que dans le sensationnel la sensibilité disparaît. » (Christian Godin)

« L’éthique confondue avec les bons sentiments peut servir de manteau à la présomption et à la bêtise. » (Jean-Pierre Le Goff) – Toute notre époque.

« Tandis que tant d’hommes distingués, intelligents même, allaient à la Révolution, poussés par le sentiment, Rivarol restait au rivage, attaché par la logique. C’est un état d’esprit dans lequel on a toujours tort, parce que le maître de la vie, c’est le sentiment. » (Rémy de Gourmont)

« L’appel fait aux affects seuls, au mépris de la raison logique, signe les visées totalitaristes. »  (Béla Grunberger, Janine Chasseguet-Smirgel) – Nous sommes en plein dedans.

« Dénoncer les ‘bons sentiments’ et leur préférer l’impur de la pâte humaine  afin, par la raison, de conduire l’homme au-delàl de lui-même : tel est le projet de sublimation. » (Jean Guitton)

« Les natures du genre de la tienne, les hommes doués de sens délicats, ceux qui ont de l’âme, les poètes, ceux pour qui toute la vie est amour nous sont presque toujours supérieurs, à nous, chez qui domine l’intellect. Vous êtes, par votre origine, du côté de la mère. Vous vivez dans la plénitude de l’être. La force de l’amour, la capacité de vivre intensément les choses est votre lot. Nous autres, hommes d’intellect, bien que nous ayons l’air souvent de vous diriger et de vous gouverner, nous ne vivons pas dans l’intégrité de l’être, nous vivons dans les abstractions … Vous êtes chez vous sur terre, nous dans le monde des idées. Vous courez le risque de sombrer dans la sensualité, nous d’étouffer dans le vide. Tu es artiste, je suis penseur. » (Hermann Hesse – Narcisse et Goldmund)

« On se détourne du logique et du rationnel pour se plonger dans les abîmes de l’être. En toutes choses, les regards se dirigent vers l’immédiat, le personnel, l’originel, le spontané, vers l’inconscient, l’instinctif le barbare. Le sentiment et l’imagination, le rêve et l’extase réclament leur place au soleil. » (Johan Huizinga)

« Plus les hommes devenaient intelligents, plus les hommes arrivaient à un stade psychologique supérieur, plus les sentiments diminuaient et disparaissaient. » (Pierre Janet –XIX° siècle) – Aussi bien l’extension illimité du sensible (pleurnicheries, larmoiements et gémissements) à laquelle on assiste actuellement s’accompagne à l’évidence d’un déclin brutal de l’intelligence.  

« Logique des sentiments, logique sociale … comme dit Alain, pensées d’estomac et de rate, tout collabore à m’humilier … Pour faire le tour de l’idée ou de l’émotion, il faut en fixer non seulement les tenants, mais les aboutissants ; les avoir bornés dans le futur comme dans le passé. Nos sentiments sont éphémères et nos croyances instables … la passion finira, malgré tous nos serments … L’absolu est toujours éternel pendant le fait et provisoire après coup ; usure ou conversion … Quelle créature ici-bas peut dire Toujours ? … Nous savons bien comment tout cela finira, et le jour même où le sentiment se déclare, nous prenons nos dispositions pour n’être pas surpris par son déclin, nous faisons comme ceux qui achètent du charbon en été ou s’assurent sur la vie à vingt ans. » (Vladimir Jankélévitch)

 « Sensibilité débridée : répandue hors de son canal et qui n’est pas contenue par les digues de la raison. Alors, elle inonde tous les objets et remplit la tête aussi bien que le cœur. » (Joseph Joubert)

« La sentimentalité même est considérée (par les chrétiens) comme une expression de profondeur spirituelle, bien qu’aucun saint ne fût jamais sentimental, et l’attachement passe à leurs yeux pour une preuve de spiritualité. Quelle superstition ! Il faudra beaucoup de Nietzsche… »  (Hermann von Keyserling – pourtant certainement non croyant mais très laudateur du catholicisme) – Que dirait-il maintenant où une fausse sentimentalité a tout envahi pour servir les motivations les plus basses (hors de la chrétienté).

« La sensibilité est indispensable à l’homme mais elle devient redoutable dés qu’elle se considère comme une valeur, comme un critère de la vérité, comme la justification d’un comportement … et, la poitrine gonflée de sentiments lyriques, l’homme commet des bassesses au nom de l’amour. » (Milan Kundera)

« Définition de ‘l’homo sentimentalis’. Non pas une personne qui éprouve des sentiments (nous en sommes tous capables) mais comme une personne qui les a érigés en valeur. Dès que le sentiment est considéré comme une valeur, tout le monde veut le ressentir ; et comme nous sommes tous fiers de nos valeurs, la tentation est grande d’exhiber nos sentiments … Dès que nous voulons l’éprouver, décidons de l’éprouver, le sentiment n’est plus sentiment, mais imitation de sentiment, son exhibition. Ce qui s’appelle couramment hystérie. » (Milan Kundera)

« Personne n’est plus insensible que les gens sentimentaux ; ‘Sècheresse du cœur dissimulée derrière le style débordant de sentiments’. » (Milan Kundera)

« Ceux qui gaspillent leur sensibilité à tort et à travers n’en ont plus quand il faut en avoir. » (Milan Kundera)

« A l’heure de la promotion du sentiment au rang de valeur suprême, le pleur fait office de preuve. » (Milan Kundera)

« Les impressions sont l’aliment des sensibles. » (Augusta Amiel-Lapeyre)

« Il est devenu difficile d’exprimer des sentiments tendres, des sentiments de respect, d’effroi, d’idéalisation, de révérence. Il est presque ‘de bon ton’ d’être irrévérencieux … La culture de l’effronterie est aussi la culture de l’irrévérence, de la démystification et de la dévalorisation des idéaux. » (Christopher Lasch) – La vulgarité de certaines émissions de Télé, talk show…, la grossièreté de certains animateurs,  dont l’objectif, quasiment avoué, est de tout pourrir.

« Les sentiments sont la forme de raisonnement la plus incomplète qui se puisse imaginer. » (Lautréamont)

« Celui qui est sensible n’est pas toujours délicat ni tendre, et il y  a souvent dans la sensibilité plus de faiblesse que d’humanité, et d’amour-propre que d’amour. » (Louis Lavelle)

« Si c’est le sentiment qui porte l’intelligence et qui l’anime, c’est l’intelligence à son tour qui éclaire le sentiment et qui l’apaise. » (Louis Lavelle)

« La sensibilité c’est comme l’argent ; il faut en avoir ou feindre d’en avoir. Qui n’a rien ne reçoit rien. » (Charles Lemesle)

« Le fort sentiment dont on fait si souvent étalage est bien trop souvent la suite d’une déchéance des forces intellectuelles. » (Georg Christoph Lichtenberg)

« La pensée et le sentiment procèdent par évaluation et par comparaison. La pensée accueille ou rejette en fonction de ce qu’elle évalue comme vrai ou faux par rapport à un arrière-plan de jugements de valeur. Le sentiment accueille ou rejette en fonction des impressions de plaisir ou de déplaisir. » (Robert Linssen – sur un parallèle entre C. Jung et Krishnamurti)

« Le nouvel âge individualiste a réussi l’exploit d’atrophier dans les consciences elles-mêmes l’autorité de l’idéal altruiste, il a déculpabilisé l’égocentrisme et légitimé le droit de vivre pour soi-même … La morale rigoriste culpabilisait les consciences, la nouvelle charité les déculpabilise dans le divertissement … Alors même que l’altruisme n’est plus assimilé à un devoir obligatoire, nous sommes témoins d’un déferlement caritatif et secouriste sans précédent orchestré par les média. Band aid, restaurants du cœur, Téléthons, mégashows, immenses concerts, marathons, maintes émissions de télévision… Après les objets, les loisirs et le sexe, les bons sentiments ont fait leur entrée dans l’arène médiatique. Les ‘entrepreneurs moraux’ ne sont plus seulement les associations … mais aussi les chaînes de télévision et les stars. Plus la religion du devoir s’amenuise, plus nous consommons de la générosité … La charité s’associe aux décibels, l’humanitarisme au show-biz … plus de nobles causes sans stars, de grande collecte sans sono … Les promesses affluent, elles sont comptabilisées, le standard est saturé, les records battus … Exploit des montants recueillis, de la mobilisation générale, ‘olympiade de la bienfaisance’, ‘marathon du cœur’ … Place aux feux d’artifice et au spectacle. » (Gilles Lipovetsky) – Et une contradiction de plus. Rien d’étonnant à ce que ce soit le milieu le plus pourri, le milieu médiatique plus encore que le politique, qui se charge de masquer sa propre turpitude.

« La voie qui libère du sentimentalisme est aussi celle qui donne accès aux sources profondes de l’affectivité. » (cardinal Henri de Lubac)

« La raison dogmatique peut, veut, imposer l’unité. Les sentiments, les affects nous ramènent, quant à eux à la turbulence, à l’inconfort de la multiplicité. A sa richesse aussi. En tout cas à sa réalité. » (Michel Maffesoli)

 « Les Niagaras d’eau tiède des bons sentiments qui, chaque jour, sont déversés par tel article journalistique, tel essai politique ou tel discours universitaire … Le même ‘dégueulis’ de bons sentiments. Du ressassé agrémenté de bonne conscience. » (Michel Maffesoli)

« En devenant progressivement hégémonique, le moralisme intellectuel tend à devenir intolérant. Et à la place de la force brute du sensible, il impose la force brute du concept. Dès lors, la pensée exerce sa violence contre le sensible … L’injonction ‘sois raisonnable’ signifie ‘ne te fie pas à tes impulsions, n’écoute pas ton corps, apprends à te contrôler, et d’abord à contrôler ta propre sensibilité’ … Rupture entre l’intellect et le sensible. » (Michel Maffesoli)

« Les époques les plus meurtrières son annoncées, un peu à l’avance, par une progression irrésistible des bons sentiments. » (François Marchand)

« Celui qui ne s’est jamais mis, fût-ce une fois dans sa vie, à la place d’autrui ; qui ignore cet effort pour sortir de soi-même, pour voir ce que l’adversaire voit. » (François Mauriac)

« Les bons sentiments, ce sont de bons accidents. Ils ne valent guère que dans le temps où ils sont sentis … Ils sont des fruits d’occasion, ils naissent de circonstances et de conjonctures … C’est à l’activité qu’est appelée essentiellement la masse des hommes. Or, de bons sentiments ne suffisent pas à diriger l’activité. ‘Les meilleures impulsions sont habituellement insuffisantes pour diriger la conduite privée ou publique, quand elle reste dépourvue des convictions destinées à prévenir ou à corriger ces déviations’. » (Charles Maurras – citant Auguste Comte)

« Des divers moyens que vous avez aujourd’hui de vous faire haïr par vos compatriotes, le plus sûr est d’avoir des sentiments élevés. » (Henry de Montherlant)

« La litanie des bons sentiments, le catéchisme par lequel chacun est désormais tenu de se présenter. » (Philippe Muray) – Ecœurant spectacle que de voir bêtifier toutes ces grandes crapules donneuses de leçons.

« Il faut mesurer l’intensité d’un sentiment non pas à sa vivacité, mais à sa durée. » (Nietzsche)

« Je suis un adversaire du dommageable amollissement moderne des sentiments. » (Nietzsche) – Qu’en dire aujourd’hui où l’on n’entend que pleurnicheries.

« Il nous faudrait une histoire des  sentiments … à peu près impossible à rédiger … Ce qu’ils pensaient, nous parvenons encore, à la rigueur, à le reconstruire et à le comprendre. Mais ce que pouvaient signifier pour eux le bonheur, le plaisir, la souffrance, la tendresse, la résignation ou le désespoir, comment le saisirions-nous ? Comment comparer leurs sentiments et les nôtres ? … Personne ne saura jamais si les gens étaient plus ou moins heureux sans voitures et sans télé, sans nouvelles, sans argent, sans besoins et sans ambition, sans grandes espérances, mais sans illusion … S’il est permis de se prononcer sur ce mystérieux bonheur des hommes, je soutiendrais volontiers qu’ils n’ont jamais été plus heureux qu’à la fin du XIX° siècle et au début du XX°, non pas parce qu’ils l’étaient vraiment … mais parce que, enfin, après tant de millénaires, ils espéraient le devenir. Jamais, mon grand-père, qui était un homme du passé, n’aurait songé à organiser son existence autour de l’idée de bonheur  » (Jean  d’Ormesson – Au plaisir de Dieu)

« L’un des lieux communs les plus typiques des intellectuels de gauche, c’est leur volonté de désacraliser, de désentimentaliser la vie … Ne pas craindre la sacralité et les sentiments, dont le laîcisme de la société de consommation a privé les hommes en les transformant en automates laids et stupides, adorateurs de fétiches. » (Pier Paolo Pasolini – Lettres luthériennes)

« On me parla beaucoup de l’inhumanité de ce monde … Pour les beaux sentiments, on n’était pas de reste ! On adorait la nature, la liberté, la justice. Mais personne n’avait rien à dire sur la morale individuelle. Quelle morale ? Fondée sur quoi ? Quelles valeurs d’accomplissement personnel ? Comment se gouverner soi-même ? Avec quelle volonté ? Quel guide intérieur ? En vue de quelles vertus ? » (Louis Pauwels)

 « Le caractère (du sentiment) est de décevoir si l’intelligence ne le guide. Plus le sentiment est intense plus il est sentimental. » (saint Pie X)

« Une pluie de pleurnicheries sociétales dégoulinantes de compassion artificielle et de sollicitude ‘gynécocentrique’ accompagnée de l’habituel réflexe de la castration par la répression pénale. La bêtise ordinaire poursuit ainsi inlassablement son œuvre de pollution démocratique et juridique. » (Anne-Marie Le Pourhiet) – Sur le délire du harcèlement sexuel.

« Tous les sentiments ont ceci de particulier qu’on croit les éprouver seul. » (Jean-Paul Richter)

« Toute passion est une vraie conjuration dont le sentiment est à la fois le chef, le dénonciateur et l’objet. » (Rivarol)

« La sensibilité qui sacrifie l’innocence au crime est cruauté. » (Robespierre)

« Morale et expansion sentimentale se produisent aux périodes de décadence intellectuelle. La morale surtout supplée à la pensée absente. » (Dominique de Roux)

« Le sentiment est dangereux en piété, en morale, en littérature, en tout ! » (Père Joseph Roux)

« Le sentiment est bau lorsqu’il reste dans le fond, et non lorsqu’il s’étale au grand jour, lorsqu’il veut s’imposer et dominer. » (Schelling)

« Le débat public n’oppose plus les sensés et les insensés, mais les sensibles et les insensibles. On ne pense plus, on éprouve, ce qui ne va pas sans dommages … car, tandis que ‘les convictions s’argumentent, les identités s’affirment’. » (Michel Schneider – citant Alain Finkielkraut)

« La sensiblerie n’est pas l’humanité. » (Jaime Semprun)

 « Tu cesseras d’avoir peur quand tu auras cessé d’espérer … La même chaîne lie le prisonnier à son gardien. Des sentiments si opposés vont de pair … Le souvenir fait revivre la peur qui nous a tourmenté et notre capacité à prévoir l’anticipe. » (Sénèque)

« A son instar, pour des motifs sentimentaux, une génération entière se sera volontairement aveuglée sur le communisme. » Et sur ses 100 millions de morts.» (Jean Sévillia – sur Jean-Marie Domenach) – Exemple entre mille, au moins lui s’est excusé. Simplement pour dire qu’en politique, le sentiment (pour se valoriser mais évidemment toujours manipulé) est une horreur conduisant toujours au pire. Les fameux, et parfois méprisables, chrétiens de gauche, dont J-M Domenach fut un représentant ont été, sont et seront des fourriers du malheur. (pour les autres).

« Le charlatanisme sentimental a détruit le sentiment. » (baron de Stassart)

« Le culte de la sensibilité (romantique…) pouvait facilement passer de l’héroïsme à l’égoïsme. Au lieu d’inciter au dépassement de soi, le renoncement, la perte se délectent dans la mélancolie. L’époque du sentiment a été celle aussi de la mélancolie. » (Charles Taylor) – Les souffrances du jeune Werther, de Goethe, modèle du genre.

« Ni le sentiment n’arrive à faire de la consolation une vérité, ni la raison n’arrive à faire de la vérité une consolation. » (Miguel de Unamuno) – Il faut donc faire vivre en soi les deux aspirations, mythique ou mystique et rationnelle. Supprimez-en une, vous mutilez l’homme.

« En usant peu ou point du raisonnement, on fortifie les sens qui deviennent vigoureux. Des sens vigoureux déterminent une extrême vivacité de l’imagination. Et cette imagination très vive perçoit merveilleusement les images que les objets impriment sur les sens. » (Giambattista  Vico)

Toute association « qui déborde le cadre de l’association à but déterminé … peut faire naître des valeurs sentimentales qui dépassent la fin établie par la libre volonté. » (Max Weber)

« La sentimentalité est une qualité née du refoulement de la haine. » (D. W. Winnicott)

« Cupidité et bons sentiments, synthèse d’époque : un antiracisme militant qui défend les discriminations ici et étend les délocalisations là-bas. » (Eric Zemmour)

« La comédie de la sensiblerie » (?)

Ci-dessous, extraits de l’œuvre de Marcel Aymé, Le confort intellectuel. Paru en 1949, avant l’apparition en masse des Bobos (rubrique 370,1, suite de Gogos), il décrit fort bien ceux-ci.

 « Le confort intellectuel, c’est d’abord une hygiène élémentaire …  Nous appelons confort intellectuel l’ensemble des commodités qui, assurant le bien-être de l’esprit, sa vigueur et le sain exercice de ses fonctions, le préservent des altérations flatteuses du vocabulaire et des séductions énervantes, trompeuses et empoisonnées de certaines lectures, de certains entraînements de la sensibilité ambiante (effectivement on ne lit pas certaines publications impunément pendant des années, sans tomber, pour le moins et entre autres, dans la servilité) … Dans tous les domaines où prévalaient autrefois l’intelligence, le bon sens, l’esprit critique et constructeur, c’est par quelque singularité facilement accessible à la sensibilité bourgeoise qu’un homme se fait maintenant apprécier. Dans son milieu, on ne juge plus guère un individu sur ses capacités professionnelles, sur ses talents d’organisateur, sur ses vertus familiales, mais sur des nuances de son tempérament, des aptitudes mineures et exquises, des préférences artistiques. On le classera avantageusement parmi ses pairs s’il a en tête quelque marotte littéraire, si on lui connaît des goûts délicats … ‘Savez-vous qu’il joue de l’accordéon ?’ … s’il a en lui ce coin de marécage poétique qui fait aujourd’hui le prix d’un homme … La grande affaire est de passer pour un original …  Aussi sont-ils débordants de gratitude et d’enthousiasme pour ceux de nos poètes qui, jouant franc jeu, renoncent délibérément et ostensiblement à être intelligibles … Quand les mots se mettent à enfler … il n’y a plus de recours pour l’esprit … Si le langage devient mouvant, s’il n’est propre qu’à exprimer des idées floues … nous allons au chaos à grands pas … Notre bourgeoisie en est là. Ses débauches de poésie et d’esthétisme ont abouti au fatalisme, au renoncement … en face de la vie, elle n’a plus que des réactions littéraires … Quand le vocabulaire s’obscurcit et que les idées dites maîtresses deviennent vagues, on est bien obligé de s’en remettre à sa sensibilité. On ne comprend plus les choses, on ne les explique plus, on les sent … on a une sensibilité révolutionnaire … les abus de sensibilité de nos bourgeois cultivés … Il est des époques où les êtres sont naturellement portés à s’aligner sur les valeurs les plus basses … la nôtre est de celles-là … Flatter la sensibilité à tout prix, sans égard ni au sens des mots, ni à la raison, ni à l’intelligence exacte de la chose écrite … Les femmes partagent avec les jeunes gens le privilège de façonner le goût et l’opinion de leur milieu … Ceux pour qui une œuvre n’est artistique que dans la mesure où elle est nocive … Le gâtisme révolutionnaire de nos élites dorées … Dans la bourgeoisie le point de vue esthétique prime tout. »

 

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