600,2 – Science, Technique, Mécanique

– Le milieu technique non dominé, l’illusion scientiste.

– La science s’occupe du comment, jamais du pourquoi. L’attitude est légitime. L’ennui est que ses thuriféraires progressistes dénient que la question soit même posée.

– Rien de plus frustrant, de plus épuisant, que ces changements continuels. Pensons aux nouvelles technologies (informatique, télécoms…). Tous les six mois plus rien de ce qui fonctionnait ne fonctionne (Internet, logiciels, télévision, téléphone…). Quand c’est réparé par la bienveillance (coûteuse, et après des heures passées au téléphone) de messieurs Orange et consorts, il faut changer ses habitudes, en acquérir de nouvelles qui seront obsolètes quelques mois après.

– Bien sûr, il s’agit des fameuses Mises à jour (de quoi au fait ?), peut-être nécessaires, mais bien plus rarement qu’il n’est pratiqué, et aussi indirectement destinées à diminuer la faible compétence douloureusement acquise par les utilisateurs (est-ce pour cette raison, qu’on change systématiquement les fameux interfaces ?), à conserver et la dépendance de ceux-ci et le pouvoir des spécialistes, à accroître les profits.

– Bénéfices politiques indirects de ces changements continuels, de l’obsolescence rapide (des produits, comme des mœurs !), accroître le stress, donc la soumission, habituer aux bouleversements continuels déstabilisants pour tous et profitables pour certains. 

– Tout ce que la science est capable de faire, elle le fera. Soyez sans illusion, les comités d’éthique et autres clowneries ne sont que poudre aux yeux.

– C’est avec la première guerre mondiale que la technique est apparue comme puissance négatrice de l’humain, ce pour tous les survivants (analysé par Ernst Jünger dans Le Travailleur)

– La science constitue aujourd’hui la principale menace à la survie de l’humanité, pensent certains scientifiques.

– « Equipé de toutes les dernières technologies utiles, intuitives et connectées … Toujours plus de technologies utiles au service de votre bien-être. » (publicité automobile) – Toujours plus de conneries, toujours plus de gadgets, toujours prendre l’utilisateur pour toujours plus bête, toujours le rendre encore plus incompétent, plus dépendant…

– Dans moins de dix ans avec le GPS plus personne ne saura lire un plan, une carte. D’ailleurs même les arriérés n’en trouveront plus et on leur rira au nez s’ils en demandent encore. Comment s’extraira-t-on d’un embouteillage sur l’autoroute (si ce phénomène existe encore) ? Quand un monsieur Ben Laden aura tordu le cou au système GPS  (ou quand son propriétaire aura décidé de tourner la clé), faudra-t-il improviser d’urgence des cours de lecture de cartes pour Occidentaux afin de leur permettre de retrouver leurs grottes

-Il n’y a plus de caissière dans mon grand Franprix voisin, toutes remplacées par d’étranges et diverses machines. Avec qui nos Anciennes échangeront-elles leur petite  dizaine de seules phrases quotidiennes ? Pendant ce temps, les média et la foule des gogos s’esbaudissent sur les miracles à venir de l’intelligence artificielle, la fameuse IA.

– « Tout ce qu’il est possible de découvrir, le sera … Tout ce qui a été découvert sera utilisé et mis en œuvre, tôt ou tard … Aucune considération de coût ou de morale ne peut durablement freiner la recherche scientifique (l’ovule de femelle chimpanzé par un spermatozoïde humain : fait) … Si on le fait, il faut l’utiliser … La seule limite à la technique serait l’économie (l’avion Concorde… ), mais avec retard et fonctionnant en double sens, réduire le gaspillage délirant certes mais aussi freiner des recherches utiles mais trop coûteuses (Sida…).» (tiré approx. de Serge Latouche – lui-même s’inspirant de Jacques Ellul)

 – « Quand l’homme abandonne le sensible, son âme devient comme démente. » (Nicolas de Cues)

« Sous son impulsion, la civilisation moderne marche d’un pas de plus en plus rapide … Le triomphe universel de la science arrivera à assurer aux hommes le maximum de bonheur et de moralité … Elle réclame aujourd’hui, à la fois, la direction matérielle, la direction intellectuelle et morale des sociétés … Elle domine tout, elle rend seule des services définitifs. » (Marcelin Berthelot) – Bravo.

« Les sciences ont évolué au point que nous avons maintenant des missiles guidés et des hommes égarés. » (?)

On trouvera des extraits de l’ouvrage de Marshall Mcluhan, Comprendre les médias vers la fin de la rubrique Fins  / Moyens, 335, 1. Sachant que dans l’acception de l’auteur, média ne signifie pas simplement moyen de communication, mais tout moyen technologique (chemin de fer, avion, et même matière première). Incidence sur la technique.

Les considérations sur le transhumanisme (principalement dues à Olivier Rey, Leurre et malheur du transhumanisme) ont été enregistrées en fin de la rubrique Avancée, 600,3   

-J’ai renoncé, en partie par paresse, en partie par fatalisme, à commenter le livre de Philippe Bihouix, L’age des low-tech, tellement il fourmille de renseignements, chiffres et précisions sur les catastrophes qui nous attendent (et pas dans un siècle), sur notre stupidité et nos mensonges : de l’insupportable surpopulation, de l’extinction des espèces animales, de la déforestation, de la consommation de sable, de la consommation d’espace que nous saturons de bitume et de béton sans souci des terres arables, de la conteneurisation et des flux invraisemblable qu’elle entraîne, etc. etc.

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« La technique est inhérente au principe de la concentration de la puissance et ainsi à celui de la domination oligarchique ou monopoliste … Effet maximal des appareils en mobilisant un minimum d’hommes et utilisation réservée à des minorités dominantes disposant, à l’aide d’un seul appareil, d’une puissance conférant à l’omnipotence (nucléaire militaire) … La technique n’est pas neutre vis-à-vis des formes de domination politiques … Elle a ses habitudes du côté du principe ‘oligarchique’. » (Günther Anders – Le temps de la fin)

« ‘La-synchronicité’ chaque jour croissante entre l’homme et le monde qu’il a produit, l’écart chaque jour croissant qui les sépare, nous l’appelons le ‘décalage prométhéen’ … Il n’est pas impossible que nous, qui fabriquons ces produits, soyons sur le point de construire un monde au pas duquel nous serions incapables de marcher et qu’il serait au-dessus de nos forces de comprendre, un monde qui excéderait notre force de compréhension, la capacité de notre imagination et de nos émotions, tout comme notre responsabilité … Nous ne sommes pas de taille à nous mesurer à la perfection de nos produits, ce que nous produisons excède notre capacité de représentation et notre responsabilité. » (Günther Anders) – C’est la stupéfaction honteuse de certains Anglais (les meilleurs) découvrant ce qu’ils avaient fait, de quatre mille mètres de haut, des villes et des populations allemandes, de quelques rares Américains découvrant Hiroshima – « L’espèce humaine est à fin de course. L’esprit n’est plus capable de s’adapter assez vite à des conditions qui changent plus rapidement que jamais.  Nous sommes en retard de cent ans sur nos inventions … Le Maître de la Création n’est plus en harmonie avec son milieu. Le monde humain n’est pas seulement en faillite, il est liquidé. » (H. G. Wells)

« Le caractère ‘borné’ de son corps (et de son esprit, raide, récalcitrant…) fait de l’homme le saboteur de ses propres réussites, instrument pour les instruments, il est la première source d’erreur … poids mort dans l’irrésistible ascension des instruments … L’homme est défini d’une manière bien trop univoque pour pouvoir accompagner les transformations de son monde d’instruments qui, lui, se modifie chaque jour. » (Günther Anders)

« Double règle. Plus l’efficacité des dispositifs techniques est énorme, plus faible est celle de  la masse  – Plus l’efficacité des dispositifs techniques est énorme, plus est énorme aussi celle des particuliers qui désormais, par des caprices de solistes appelés ‘décisions politiques’, sont en mesure de mettre en marche les énormes dispositifs techniques, c’est-à-dire de faire périr des millions d’êtres humains ou l’humanité toute entière. » (Günther Anders – sur notamment Hiroshima, et Nagasaki son doublé trois jours après, et l’abject président Truman, vulgaire génocidaire)

« Il y va de l’intégrité de la science de mettre entre parenthèses, non seulement les considérations d’ordre utilitaire (l’argent serait mieux placé ailleurs…), mais également la réflexion sur la dimension de l’homme (chaque pas accompli par la science depuis Copernic n’a-t-il pas entraîné une diminution de sa dimension ?) … Le simple fait que des physiciens aient désintégré l’atome sans la moindre hésitation, au moment même où ils ont su le faire, bien que pleinement conscients des énormes potentialités destructrices d’une telle opération, montre que le savant en tant que tel ne se soucie même pas de la survie de la race humaine, pas plus d’ailleurs que de la survie de la planète … Ce désintéressement est son orgueil et sa gloire … même le déchirement de beaucoup lors d’Hiroshima et Nagasaki… » (Hannah Arendt)

« L’optimisme historique est lié à la foi dans la science, ou plutôt dans la vertu civilisatrice de la science. » (Raymond Aron) – Qu’en reste-t-il ?

« Le refus de la civilisation technique se rencontre le plus souvent dans les sociétés qui profitent déjà du progrès technique que dans celles qui l’ignorent. » (Raymond Aron – cité par Gérald Bronner)

« Est-ce la passion qui a suscité la démesure technique ou la démesure technique qui a suscité la passion ? … Le moteur de l’évolution a été la technique. C’est elle qui a imposé l’organisation de l’enthousiasme, elle qui a condamné à l’échec les tentatives de conciliation, elle qui a exclu la vieille sagesse diplomatique … elle qui a conduit à une paix qui a créé la situation de départ de la deuxième guerre. » (Raymond Aron – à propos du fol enchaînement des années 14-18) – N’a-t-on pas vu cette même démesure à l’œuvre par la suite lors de la deuxième guerre et lors de certaines expéditions, Irak… ?

« On dénonce l’inégal avancement de la science et de la morale. C’est que la science a nos passions pour complices et la morale les a pour antagonistes. » (Lucien Arréat)

« Plus qu’un instrument de l’homme marchant vers la maîtrise du monde, la technique fait de l’homme l’instrument d’un processus. » (Kostas Axelos)

« Le monde technicien n’apparaît plus comme ayant besoin de pensée. Ses activités technoscientifiques et ses idéologies bariolées lui suffisent. » (Kostas Axelos)

« Nature et humanité ressembleront de plus en plus à un énorme échafaudage de production techno-scientifique illimitée où l’on produira de tout : Biens matériels, biens idéels, rêves et sentiments, substance pharmaco-dynamiques, formes de déviance et de révolte, contenus de religiosité et de mystique … Les confusions actuelles seront à la fois châtrées et portées au paroxysme dans le capitalo-socialisme mondial, règne démocratico-totalitaire, c’est-à-dire dictatorial, de l’assouvissement général et de l’insatisfaction universelle. » (Kostas Axelos – Entretiens)

« La science ne cherche pas ce qui est vrai, elle cherche ce qui est caché. » (Gaston Bachelard) 

« Le bénéfice indirect de l’ignorance de la science est la prévention de la tentation d‘appliquer ce mode du connaître à des questions qui lui échappent par nature et l’abolition du risque de verser dans la perversion idéologique. » (Jean Baechler)

« Pour quelques optimistes incorrigibles, il en reste beaucoup, il paraît que les ‘nouvelles technologies’ vont nous tirer d’affaire. On se demande bien comment ! … Comment vont-elles s’y prendre, les nouvelles technologies, pour remplir les assiettes des huit milliards d’individus que comptera la planète en 2030 … Que vont-elles pouvoir faire quand on ne trouvera plus un plombier, un menuisier ou un électricien … Leur rôle principal, particulièrement de celles liées à l’informatique (s’il reste de quoi fabriquer des ordinateurs, terres rares…) sera de faire en sorte que les masses se tiennent tranquilles, le cul posé sagement devant leurs écrans … Car, à huit milliards, il sera hors de question d’imaginer pouvoir continuer à vivre comme nous le faisons aujourd’hui. » (Olivier Bardolle)

« Toutes nos technologies ne seraient que l’instrument d’un monde que nous croyons maîtriser alors que c’est lui qui s’impose à travers cet appareillage dont nous ne sommes que les opérateurs … Nous ne sommes plus en position de voir le réel … Ce n’est plus nous qui l’emportons sur le monde, mais le monde qui l’emporte sur nous. Ce n’est plus nous qui pensons l’objet, c’est l’objet qui nous pense. » (Jean Baudrillard)

« Rien ne peut être laissé au hasard … Trajectoire, énergie, calcul, physiologie, psychologie, environnement ; rien ne peut être laissé à la contingence, c’est l’univers total de la norme. La loi n’y existe plus, c’est l’imminence opérationnelle de tous les détails qui fait loi. Univers expurgé de toute menace de sens, en état d’asepsie et d’apesanteur … L’exaltation des foules n’allait pas à l’événement du débarquement sur la lune, non, la sidération allait à la perfection de la programmation et de la manipulation technique, à la merveille du déroulement programmé. Fascination par la norme maximale et la maîtrise de la probabilité. Vertige du modèle… » (Jean Baudrillard – Simulacres et stimulation)

« La science s’est transformée en administratrice d’une contamination mondiale … Elle détermine et oriente la conscience du risque» (Ulrich Beck)

« Ecrire à la main est une pratique qui territorialise ce que nous sommes en train de penser … Tout ce qui nous facilite la vie grâce à un outil numérique nous déterritorialise … Plus nous manipulons d’informations sauvegardées dans la machine, moins le cerveau se sculpte, moins il se développe … L’utilisation du GPS entraînera une sorte de dyslexie artificielle, par perte de référentiels spatiotemporels … Perte de l’expérience du trajet ou de sa simulation … Tout est ‘on-off’ … Soumis à un flot continu d’images, les enfants supportent mal la frustration provoquée par l’arrêt ou le ralentissement de cette cascade de stimuli … Vide angoissant… Ne sachant plus s’ennuyer (perte d’imaginaire et de créativité) …L’information ne façonne plus le cerveau, devenu une simple plaque de gestion de l’information …  parce qu’elle ne passe plus par le corps. » (Miguel Benasayag – Cerveau augmenté, homme diminué)

« En pratique la discipline de la technologie s’impose à tous … C’est un cadeau, mais gare à celui qui n’accepte pas les cadeaux … Qui peut renoncer à utiliser la technologie de la carte de crédit, d’Internet, du téléphone portable ? Qui pourra se retirer du prélèvement fiscal à la source et de ses nuisances et aberrations … La technologie s’est transformée en une véritable fabrique de valeurs, produisant une sorte de morale automatique. » (Miguel Benasayag) –  La technologie, merveilleux outil de dictature soft d’un côté, de servitude abrutie de l’autre.

« L’innovation technique efface toute trace, dans une poursuite permanente de la nouveauté qui nous installe paradoxalement dans du même … en nous introduisant d’emblée dans un monde où le passé n’est qu’un état de privation par rapport à ce dont nous disposons aujourd’hui … en définissant le passé comme un état de manque … ‘tout est possible, ce qui n’est pas encore possible le deviendra’ … Or chaque culture, chaque époque, chaque civilisation se structure suivant l’agencement complexe entre ce qui est logiquement possible , expérimentalement réalisable et fondamentalement interdit. » (Miguel Benasayag – Plus jamais seul, avec mon portable)

« La technique a créé un front horizontal d’une telle puissance qu’il a balayé toute longue durée et imposé un maintenant permanent qui escamote le présent … Cette projection incessante vers l’avenir tourne au délire. » (Miguel Benasayag)

 «  Le corps formaté par la technique, par la société de l’utilitarisme est devenu pour nous ‘muet’ ; nous n’avons de lui que, pour ainsi dire, de mauvaises nouvelles … L’homme de la technique n’est plus le même homme que celui qui savait entretenir une certaine amitié avec la nature, mais aussi avec lui-même, avec sa propre fragilité. » (Miguel Benasayag – La fragilité)

« Ou la techno science est neutre et elle ne peut se gouverner elle-même (au nom de quoi ?) ou elle se gouverne elle-même et elle n’est pas neutre (elle poursuit certains buts). La revendication de neutralité a pour effet de dispenser la technoscience de toute interrogation sur le sens de ce qu’elle fait … Elle avance dans l’obscurité mais interdit à quiconque de la guider. » (Philippe Bénéton)

« Ce que vous ne saisissez pas pour vous n’existe pas ;

« Ce que vous ne comptez pas ne vous semble pas vrai ;

« Ce que vous ne pesez pas, pour vous, n’a aucun poids. » (Le scientiste raillé par Méphistophélès dans Faust II, acte I – cité par Philippe Bénéton)

« ‘La science ne pense pas’, dit Heidegger, elle explique, ce qui est tout différent. Elle nous apprend beaucoup de choses sur le comment, mais elle n’a rien à dire sur le pourquoi. » (Alain de Benoist)

« La machine semble soumettre la nature à l’être humain, mais en réalité c’est celui-ci qu’elle met sous sa dépendance … Les âmes sont alors dominées, non par les forces nobles de la nature mais par la magie du mécanique qui confère à l’homme non un Être véritable, mais un simulacre d’Être … On dirait qu’une force mystérieuse fait son entrée dans la vie ; un troisième élément qui n’est ni humain ni naturel acquiert un pouvoir terrible et sur l’homme et sur la nature … C’est cette force qui a le plus contribué à la fin de la Renaissance. » (Nicolas Berdiaeff)

« ‘Ajoutons que le corps agrandi (par l’outil, les machines et la technique) attend un supplément d’âme, et que la mécanique exigerait une mystique’ … En dépit de son lien originaire avec le mysticisme (la tendance naturelle de l’homme à l’invention technique n’étant pas sans lien de parenté avec le message chrétien exigeant une humanité délivrée de la misère et de la faim) une évolution contingente qui devait la conduire au machinisme a finalement détourné la mécanique de sa destination primitive, appelant du même coup un effort pour la reconduire à son sens initial … Car cet événement imprévisible a mis entre les mains de l’homme une puissance supérieure à la capacité de maîtrise dont il disposait avec son intelligence … Renouer avec une direction initiale qui a été perdue … Tandis que le corps de l’humanité s’est développé dans des proportions considérables, les ressources spirituelles nécessaires pour le contrôler font pourtant défaut … face à ce surcroît d’énergie matérielle, il faudrait un surcroît d’énergie morale ou spirituelle … Le mysticisme bergsonien (par ailleurs non défini, une mystique) devant être distingué de ses contrefaçons nationalistes et impérialistes. » (Henri Bergson – début – commenté par Arnaud Bouaniche) – Le Bergson des années 1930 ne connaissait cependant pas l’énergie atomique !

« La science ne libère qu’un très petit nombre d’esprits faits par elle, prédestinés. Elle asservit les autres. La complexité de son immense machinerie exige des sacrifices croissants. » (Georges Bernanos)

« ‘La science vaincra la mort, il n’y a pas à tortiller, monsieur, c’est sûr. Mais quand ?’ » (cité par Georges Bernanos)

« Obéissance et irresponsabilité, voilà les deux mots magiques qui ouvriront demain le paradis de la civilisation des machines. » (Georges Bernanos) – Nous y sommes.

« Si vous êtes assez naïfs pour croire que les expériences monstrueuses des savants allemands ne seront pas reprises un jour ici ou ailleurs, qu’elles ne sont pas dans l’esprit de cette civilisation technique, je n’ai plus qu’à ramasser mes papiers en vous demandant la permission de me retirer. Libre à vous d’entrer dans le laboratoire, de vous confier à de telles mains ! » (Georges Bernanos – juste après guerre) – Mais, nous, notre génétique va s’étaler au grand jour, en grande pompe, sous les félicitations et les congratulations, à l’abri des pantins des multiples comités.

« Ce mot de ‘domestiqué’ (la science domestiquant les forces de la nature) … il éclaire très bien la psychologie des imbéciles … L’imbécile se frotte les mains. Il n’avait jamais cru aux miracles, et voilà qu’il a ceux de la science à portée de mains, autant dire le bon Dieu a domicile, et ‘pour deux fois rien !’ »  (Georges Bernanos)

« La technique moderne n’est évidemment pas capable de faire, comme elle s’en vante, une humanité nouvelle, mais elle peut mutiler la nôtre assez profondément pour paraître l’avoir créée de toutes pièces. » (Georges Bernanos) 

« Pour les services rendus à la science, c’est la grenouille qui occupe la première place. » (Claude Bernard)

« La mécanisation de l’humain a marqué le début des temps modernes. L’extension des technologies dites intelligentes consacrera-t-elle son aspiration à la bêtise. ‘Appuyez sur la touche étoile’ répète le serveur vocal qui contraint son interlocuteur à faire la bête pour être servi … Nul ne peut sérieusement tenir pour un progrès le fait d’être contraint par des automates à réduire l’expression de ses demandes aux formulaires ou applications qui lui sont imposés. Comment peut-on se résoudre à n’être pas davantage considéré que le premier robot venu ? » (Jean-Michel Besnier- L’homme simplifié)

« L’homme simplifié est la dernière conquête d’une conception technoscientifique du monde … Sous le titre ‘d’homme augmenté’ c’est bien la simplification que dessine son horizon … L’homme augmenté dont rêvent les transhumanistes vise à obtenir l’efficacité dans les tâches les moins élaborées, les plus instrumentales, celles que peut affronter un simple d’esprit … La conscience et la réflexion apparaîtront comme des freins et la simplicité de l’esprit comme une vertu, parce qu’elle ne s’empêtre pas dans les complications humaines. Il aura donc fallu attendre l’extension des technologies dites intelligentes pour prendre la mesure de l‘aspiration à la bêtise qui habite les hommes dans les sociétés développées. » (Jean-Michel Besnier – à propos des automatismes de toutes sortes, serveurs vocaux… des biotechnologies et neurosciences)

« La technique est un facteur de mésestime de soi. Apparue pour compenser le défaut originel des hommes, elle se déploie tant et si bien qu’elle accroît en eux le sentiment de leur nullité. » (Jean-Michel Besnier)

« Le fait que tout opposant à la tyrannie technologique soit considéré comme un réactionnaire est révélateur du moment où le forces moteur du capitalisme ont compris que la révolution numérique leur offrait des possibilités inespérées de pénétrer toutes les sphères de la vie et de continuer leur œuvre de destruction des forces autonomes de culture populaire, en dissolvant les liens sociaux pour construire un monde d’individus isolés… » (Cédric Biagini)

« Le technolâtre est fragile, il s’angoisse rapidement : il faut que ça bouge tout le temps pour qu’il ait sa dose d’excitation … Il ne supporte pas la contradiction, toute réserve est un grief contre lui, héros de la science et de la puissance, et en plus martyr de l’incompréhension et de la réaction. » (Cédric Biagini)

« Les technologies ‘vertes’ seraient sur le point de sauver la planète et la croissance (nouvelle divinité) grâce à une quatrième révolution industrielle, celle des énergies renouvelables, des réseaux intelligents, de l’économie circulaire, des nano-bio-technologies et des imprimantes 3D. Plus consommatrices de ressources rares, plus difficiles à recycler, trop complexes, ces nouvelles technologies tant vantées nous conduisent cependant dans l’impasse … L’enjeu n’est pas entre croissance et décroissance, mais entre décroissance subie, car la question des ressources nous rattrapera à un moment ou à un autre, ou décroissance choisie. » (Philippe Bihouix) – Tout le monde le sait, sauf les journalistes et les imbéciles. Mais il est interdit de le dire.

« Quand la science rend service aux uns, ça retombe sur le nez des autres. » (Francis Blanche)

« La science n’a pas dit son dernier mot, dit-on. – Il serait difficile de préciser l’époque où elle a dit le premier … Ce que je crains plus que tout, c’est le dernier ‘mot’ de la science… » (Léon Bloy – Exégèse des lieux communs – 2, XCIX)

« Presque toutes les sciences ne sont que des curiosités. »  (abbé Galiani) – « Quand je réfléchis sur les bornes étroites dans lesquelles sont enfermées nos connaissances, sur le désir extrême que nous avons de savoir … Cette disproportion qui se trouve aujourd’hui entre nos connaissances et notre curiosité. » (Maupertuis – lettre sur le progrès des sciences) … Selon une vieille tradition que les Egyptiens avaient transmises aux Grecs, l’inventeur des sciences serait un ‘dieu ennemi du repos des hommes’ … Allégorie pour dire que les sciences sont nées des vices des hommes : la superstition a engendré l’astronomie, l’orgueil la haine, la flatterie et le mensonge l’art de bien parler, l’avarice la géométrie … J. J. Rousseau refuse de croire que l’homme s’est engagé sur la voie du progrès des sciences et des techniques comme par nature et désir originel. Il loue ‘l’heureuse ignorance’ et évoque les ‘efforts orgueilleux’ … Le chemin de la connaissance passe par un flot d’erreurs dont les dégâts ne sauraient être compensées par l’utilité de la vérité … La nature voulait protéger l’homme de la science, comme une mère protège son enfant du jeu avec une arme dangereuse … L’obscurité dont elle avait couvert ses secrets se voulait un avertissement devant la vanité de l’effort théorique» (Hans Blumenberg – interprétant J. J. Rousseau – sur la curiosité et les sciences – La légitimité des temps modernes) – Néanmoins, sans curiosité, pas de science.

« Une civilisation exténuée … et sur le point de s’éteindre, dans un dernier effort démiurgique, consacrant ce qu’il lui reste de puissance et de préhension à engendrer les automates qui prendront la relève et perpétueront son principe au-delà d’elle-même. » (Baudouin de Bodinat)

« Quand on nous entretenait d’un ‘choix de civilisation’ dont il fallait prendre conscience qu’il était devant nous … il était déjà trop tard pour autre chose, le choix en avait été fait depuis longtemps en réalité … C’était seulement que les conséquences commençaient à se refermer sur nous … A peine évoquée la nouvelle société de communication, des téléphones se mirent à sonner dans les poches … Si bien qu’à peine nous figure-t-on ce nouvel âge des automates, que c’en est un à votre poste de travail et qui répond au téléphone. » (Baudouin de Bodinat – Au fond de la couche gazeuse)

 « ‘L’usinage insensé’ dont l’hégémonie est en passe de remodeler le visage de la terre avant de faire de l’homme un produit de synthèse modifiable et reproductible à volonté. » (Françoise Bonardel – citant Antonin Artaud)

« La sélection des idées scientifiques fait apparaître sur le court terme l’action de facteurs irrationnels. Cela n’exclut pas que, sur le long terme, cette sélection ne soit rationnelle. » (Raymond Boudon – à propos du relativisme appliqué aux sciences)

« Une innovation n’est acceptée par le système que quand celui-ci a la possibilité de l’accueillir … Il faut qu’elle apparaisse à certains acteurs comme comportant des conséquences heureuses … il faut assumer le coût de son introduction … Comme le rappelle Linton il est difficile d’imposer la bêche dans des sociétés qui ignorent l’usage de la chaussure … la charrue à soc métallique (plus efficace), plus grande consommatrice d’énergie car elle doit être tirée par un attelage de plusieurs bovins vigoureux … donc d’abord adoptée dans des régions ayant une densité de population minimale, où les paysans peuvent s’associer… » (Raymond Boudon)

« La science n’est pas plus qu’une tentative d’explication d’un miracle inexplicable et l’art une interprétation de ce miracle. » (Ray Bradbury)

« La technique moderne repose sur le postulat selon lequel il faut refaire le monde. C’est donc qu’il est mal fait. De la sorte, la modernité a accepté une prémisse fondamentale de la gnose : le monde naturel est mauvais, ou en tout cas il n’est pas bon. » (Rémi Brague)

« La recherche fondamentale, c’est quand je fais ce que j’ignore être en train de se faire. » (Werner von Braun)

« Cause de la misère dans les sciences : elles se croient riches. Leur but n’est pas d’ouvrir une porte à la sagesse infinie mais de poser une limite à l’erreur infinie. » (Bertolt Brecht)

« L’explosion au Japon des deux premières bombes atomiques … représente le moment clé de l’effondrement de l’image traditionnelle de la science dans l’opinion. La participation directe de l’homme de science aux massacres… » (Philippe Breton) – Heureusement pour ces scientifiques et leurs patrons politiques qu’ils étaient du côté des vainqueurs, vaincus, on les aurait pendus.

« La technique est devenue à elle-même sa propre fin et se sécrète comme telle … Toute l’essence de la technique réside dans  un effort pour  s’attaquer au principe d’identité et à ses implications ontologiques (on sait depuis Parménide que l’homme ne peut changer ce qui fait que le monde est monde  et que l’homme est l’homme, lequel est une substance qui subsiste une et la même, à travers le temps et l’espace. Il naît, il aime, il souffre et il meurt) … Tout ce qui promet une désagrégation de la condition humaine, en vue de restructurations perpétuellement renouvelées, est tenu pour l’expression même du message attendu de la part de techniques qui se préoccupent autant de changer la vie que de changer le monde … Accessoires machinés et intellectuels soucieux de jouer le rôle de ‘locomotives’ de l’actualité  travaillant, les uns comme les autres,  à donner à une technique qui n’apparaît pas comme telle la possibilité de s’exercer sur les ‘étants’ et sur leur ‘Être’ … On dénonce les racines et les horizons et l’on s’immerge dans un présent gonflé de bruits, de lumières, de sensations érotiques, de flashes organiques et de ‘défonce’. » (Jean Brun – évoquant, entre autres, les éclairages hallucinants, les sonorisations assourdissantes, les mises en scène audio-visuelles…)

« La mission que l’homme a confié à la technique l’a conduit à récuser tout arrière-monde, tout Au-delà et toute Transcendance … Tantôt la technique fait du monde le satellite de l’homme, tantôt fait de l’homme le satellite du monde … Ainsi le refus de la Transcendance et l’adoration  du Monde  conduisent l’homme à une schizophrénie où il se fracasse contre le mur situé au fond de l’impasse qu’il constitue pour lui-même. » (Jean Brun)

« Le ’déterminisme technologique’ (Thorstein Veblen). Le progrès technologique, force autonome, a été le principal facteur qui a influencé le cours de l’histoire (Marx : ‘Donnez-moi la force humaine et vous obtiendrez une société d’esclavage, le moulin à vent … une société féodale, la machine à vapeur … la société capitaliste industrielle’)  – A l’opposé les instrumentalistes minimisent la puissance de la technologie, jugeant que les outils sont neutres. » (Nicholas Carr) – « Nous ne choisissons pas d’utiliser des outils, essayez de se passer de cartes, d’horloges (plus récemment de cartes de crédit et, hélas, d’internet), il est encore plus difficile d’accepter l’idée que nous choisissons la myriade d’effets secondaires de ces technologies, dont les effets sont imprévus au départ. » (même auteur)

« Le meilleur moyen d’augmenter l’intelligence des savants serait de diminuer leur nombre. » (Alexis Carrel)

« J’ai vu la science que j’avais adorée détruire la civilisation. Je comprends maintenant que la vérité spirituelle est plus nécessaire aux nations que le mortier qui soutient les murs de leurs cités. » (Alexis Carrel)

« La science offre un substitut à la religion pour autant qu’elle incarne l’illusion de l’omniscience et de l’omnipotence, l’illusion de la maîtrise … L’attente du médicament-miracle,, la croyance que les experts et les gouvernants savent ce qui est bon, jusqu’à la consolation ultime : ‘Je suis faible et mortel, mais la Puissance existe’. La difficulté de l’homme moderne à admettre l’éventuelle nocivité de la techno-science n’est pas sans analogie avec le sentiment d’absurdité qu’éprouverait le fidèle devant l’assertion : Dieu est mauvais. » (Cornelius Castoriadis)

« De toutes les activités humaines, la science serait la seule à seulement résoudre des questions sans en soulever aucune, soustraite à l’interrogation comme à la responsabilité. Divine innocence, merveilleuse extra-territorialité … Et pourtant il n’y a pas d’innocence scientifique, même pas au paradis : c’est déjà clairement dit dans la Genèse.» (Cornelius Castoriadis)

« Objection contre la science : ce monde ne mérite pas d’être connu. » (Emil Cioran)

« De toutes les superstitions la moins originale est celle de la science. On peut sans doute se livrer à l’activité scientifique, mais l’enthousiasme pour elle, quand on n’est pas de la partie,, est pour le moins gênant. » (Emil Cioran – à propos de Paul Valéry qui créa lui-même sa légende de poète-mathématicien)

« ‘La science avance en effaçant ses traces’ … Elle semble ainsi, par le dépouillement progressif de ses trésors, ne vouloir garder qu’une pensée acérée, fraîche et neuve, comme au premier matin. » (Jean Clair – citant un savant) 

« Toute technologie suffisamment avancée est impossible à distinguer de la magie. » (Arthur C. Clarke)

« Si on donnait le Sahara aux technocrates (ou aux communistes), cinq ans après ils devraient acheter du sable ailleurs. » (Coluche)

« La solidarité entre capitalisme et socialisme se noue là : dans le culte de l’ingénieur. » (C. N. I.)

« Voulez-vous apprendre les sciences avec facilité ? Commencez par apprendre votre langue. » (Condillac)

« Nous façonnons nos outils, et, ensuite, c’est eux qui nous façonnent. »  (John Culkin) – « Ils finissent par engourdir la partie de notre corps qu’ils amplifient. » (Marshall McLuhan) – A propos d’Internet. Mais c’est pertinent pour les horloges, les cartes géographiques, le métier à tisser, etc.  

« Si les machines sont en mesure de libérer l’homme de quelque chose, c’est surtout de lui-même. » (Maurice G. Dantec)

« Confondre science et technique, c’est se dire que le singe décrochant la banane de l’arbre avec son bâton est capable d’en tirer les lois de la gravitation universelle. » (Maurice G. Dantec)

« L’absurde, c’est de vouloir que la science soit autre chose que ce qu’elle est, qu’elle soit une métaphysique, une mystique, une religion. L’absurde, c’est d’exiger d’elle un absolu, un immuable, même une continuité … Le romantisme de la science a pu rendre des services. Il faut seulement savoir que c’est un romantisme. » (Léon Daudet)

« Une culture, religieuse ou non, n’est jamais obsolète ; une technique sera désuète un jour, nécessairement. » (Régis Debray)

« Elle est prévue pour nous seconder : mais elle a pour fonction de nous remplacer. » (Luc Dellisse – sur l’intelligence artificielle)

 « Il faut, disait Needham, croire en l’être et en la substance pour engendrer la science. Le bouddhisme pour lequel rien n’est stable, ni réel, ni permanent, ne voit rien d’étudiable. La science se développe en Europe au moment de la Renaissance, à partir de la certitude qu’il existe des ‘lois de la nature’. Et il n’y a pas de lois sans législateur … Pour que le savoir sorte de la simple singularité, il doit s’inscrire dans un arrière-plan de croyance en un monde rationnel … ‘La foi dans la possibilité de la science … est un dérivé inconscient de la théologie médiévale’ … Croyance en la rationalité du monde … et, plus profondément et comme en dessous, la foi en un Créateur, auteur et responsable de ces lois … Il fallait un Dieu séparé pour que l’homme pense le monde avec rigueur : le mystère restant du côté de la transcendance, la raison pouvait s’occuper activement des créatures. » (Chantal Delsol – citant Alfred Whitehead)

« L’indignation contemporaine face aux excès de la technique est légitime, mais elle ne réclame pas un retour à l’âge de pierre : elle réclame une acceptation de la finitude, c’est-à-dire du statut de créature … Un ré-enchantement du monde, succédant à la perte de transcendance, peut anéantir l’esprit scientifique. » (Chantal Delsol)

« Pour l’homme post-moderne, les  entreprises modernes se poursuivent désormais sans ‘nous’, en ce sens qu’elles se passent de toute légitimation par le progrès moral, par l’émancipation du genre humain, par  la construction du futur radieux. La science et la technique se ‘développent’ sans autre finalité que d’accroître l’efficacité, la ‘performativité’… » (Vincent Descombes)

« J’ai souvent vu des techniciens avoir des avis contraires, je n’en ai jamais vu avoir tort. » (Auguste Detoeuf)

« La tendance inéluctable de la technique est d’homogénéiser le monde. » (Dostaler et Maris)

« Avec la croissance ininterrompue de la productivité humaine due à la révolution industrielle, la science est sommée d’être techno-science. » (Dostaler et Maris)

« L’effondrement symbolique actuel, combiné à la course à l’innovation technologique ne peut déboucher que sur un projet : celui d’une re-création (de la nature et de l’homme) … C’est un projet insensé, fondé sur une folie rationnelle, qui prête à la technologie le pouvoir de tout résoudre, à commencer par les dérèglements considérables infligés à l’économie du vivant par … la technologie. » (Dany-Robert Dufour)

« La seconde nature est désormais susceptible de remanier la première … Puisque le Marché implique la fin de toute forme d’inhibition symbolique (c’est-à-dire la fin de la référence à toute valeur transcendantale au profit de la seule valeur marchande) rien ne pourra empêcher que l’homme s’affranchisse de toute idée prétendant le maintenir à sa place et qu’il sorte de sa condition ancestrale dès qu’il en aura les moyens. » (Dany-Robert Dufour- autour de tout ce qu’englobent les manipulations génétiques)

« Lewis Mumford affirmait que l’horloge constituait un bien meilleur point de départ que la machine à vapeur pour comprendre la révolution industrielle à venir ; non seulement parce que leur fabrication est devenue l’industrie à partir de laquelle les hommes ont appris à fabriquer des machines … mais surtout parce qu’elle a été la première machine automatique qui ait pris une importance significative dans la vie des humains en la transformant profondément. » (Dany-Robert Dufour) – Le système des ‘heures légales’ date de 1400 environ. Auparavant on comptait douze heures pour la nuit et douze pour le jour. La durée des heures diurnes et des heures nocturnes variait suivant les saisons. (abrége du même auteur)

« La question du bris des machines garde toute sa pertinence … Les luttes des Luddites ont pris de nouvelles formes. Elles visent désormais les manipulations génétiques dangereuses, l’extension de l’informatisation, les monopoles détenus par les firmes privées au détriment de ‘l’open source’, le gouvernement par algorithmes, en témoignent ,par exemple, le travail de sape des ‘hackers’, Julian Assange avec Wikileaks, Edward Snowden avec l’agence de sécurité américaine … Luddistes d’hier comme d’aujourd’hui se trouvent dans la position de révéler ce que masque l’idéologie du progrès ; ils ne croient pas aux promesses de la technique et anticipent sur son résultat possiblement désastreux, pour les hommes ou pour le monde … la toute-puissance proclamée risquant de s’inverser en impuissance réelle. » (Dany-Robert Dufour) – Sur d’autres plans, moins techniques mais aussi moraux, on pourrait rajouter le combat en faveur des animaux d’organismes comme L214, etc.

« La science mise au service des instincts vulgaires de l’homme est navrante comme une grande dame qu’on prostitue. » (Louis Dumur)

« L’histoire de la science apparaissait comme une progression asymptotique vers le savoir absolu. Peu importait qu’on n’eût pas encore atteint l’asymptote, la certitude de sa réalité éclairait l’ensemble de la démarche … ‘Donnez-moi les positions et les vitesses actuelles de toutes les particules de l’univers, et je vous calculerai la totalité de son devenir’. » (Jean-Pierre Dupuy – citant Laplace)

« La plupart des sociétés pré-industrielles ‘savent’ (le terme est faible) que la technique, la technologie… n’est pas ‘neutre’ socialement et politiquement : l’introduction de nouveaux outils peut modifier radicalement la relation entre les hommes et, aussi, l’équilibre du pouvoir … De purs mécanismes peuvent produire des effets de destin. » (Jean-Pierre Dupuy)

 « Notre capacité d’agir, déclencher des processus irréversibles et qui n’ont pas de fin, lesquels peuvent se retourner contre nous. » (Jean-Pierre Dupuy – sur la science) – « Entre notre capacité de fabrication et notre capacité de représentation un fossé s’est ouvert qui va s’élargissant de jour en jour … Décalage prométhéen … Le ‘trop grand’ nous laisse froid. » (Gunther Anders) – Eichmann, comme les atomistes, dépassé ! (je n’ai pas d’autre terme).

« La science oscille entre deux attitudes opposées : d’un côté, un orgueil démesuré, une gloriole parfois indécente ; de l’autre, lorsqu’il s’agit de faire taire les critiques, une humilité apparente qui consiste à nier que l’on ait fait quelque chose d’extraordinaire … Cette fausse humilité constitue en vérité le sommet de l’orgueil. » (Jean-Pierre Dupuy)

« La pensée scientifique n’est qu’une forme plus parfaite de la pensée religieuse. » (Emile Durkheim)

« Il est très rassurant de ne devoir s’occuper que de ses affaires privées… Il est très fatigant, très mauvais pour l’esprit et le caractère de devoir s’adapter chaque année ou chaque mois à des façons d’être ou de penser inconnues précédemment, de honnir tout à coup ce qu’on était tenu d’acclamer la veille, de se contraindre sans relâche à marcher avec son temps. » (Jean Dutourd) – C’est tout l’intérêt des changements perpétuels imposés par les dominants et la technique ; occuper et épuiser les gens.

« Il est étrange que la science qui jadis semblait inoffensive, se soit transformée en cauchemar faisant trembler le monde. » (Albert Einstein)

« Ce que j’ai fui en me vendant corps et âme à la Science : j’ai fui le ‘Je’ et le ‘Nous’ pour le ‘il’ du ‘il y a’. » (Albert Einstein)

« Chaque jour mille nouveautés surgissent. Un monde technicisé se construit autour de nous à une vitesse croissante. Une organisation toujours plus rigoureuse, précise, contraignante, exacte, multiple, enserre dans un filet aux mailles toujours plus denses chaque homme à chaque instant de sa vie. Et nous n’y pouvons rien. Personne ne conduit et ne maîtrise cette prolifération. L’opération déclenchée il y a un siècle et demi se poursuit d’elle-même. Personne n’en est plus responsable. » (Jacques Ellul – Exégèse des nouveaux lieux communs, 1966)

« La technique porte avec elle pour tous des façons d’être, de penser, de vivre. Elle est culture globale, elle est synthèse … Elle est en soi la suppression des limites … Il n’y a pour elle aucune opération impossible ou interdite : ce n’est pas là un caractère accessoire ou accidentel, c’est l’essence même de la technique. » (Jacques Ellul – Le système technicien)

« Ce n’est pas la technique qui nous asservit mais le sacré transféré à la technique. » (Jacques Ellul)

« Quand l’appareil existe, il faut qu’il s’applique. L’homme moderne ne peut laisser ses découvertes inactives … Il peut y avoir alors création d’un besoin, d’une habitude imposée à l’homme par la puissance et le poids de la technique … Dans le monde des techniques on passe du possible à l’effet par nécessité … Ce n’est pas parce que l’homme désirait les images que la télévision et les satellites ont été créés, c’est par le développement de la technique , et ensuite on a trouvé combien c’était agréable. » (Jacques Ellul)

« Tant que l’esclavage a été la solution des problèmes du travail, il n’y a pas eu de croissance des techniques : à partir de sa suppression, il fallait bien s’arranger autrement : d’où les techniques. » (Jacques Ellul)

« La faiblesse de la nature humaine fait que les remèdes viennent toujours plus tard que les maux. » (Jacques Ellul – parodiant Tacite)

« Il n’y a qu’une voie : la dictature mondiale la plus totalitaire qui puisse exister. C’est exactement le seul moyen pour permettre à la technique son plein essor et pour résoudre les principales difficultés qu’elle accumule. » (Jacques Ellul) – Selon l’auteur, seul un système totalitaire peut véritablement gérer une société technicienne.

« Lorsque, par hasard se produit un événement qui n’est pas de l’ordre du rationnel dans le système technicien, il s’agit toujours d’un accident ponctuel, d’une bavure, donc d’un fait négligeable. » (Jacques Ellul)

« La science est devenue un moyen de la technique … La technique est en amont et en aval de la science, elle est au cœur même de la science, celle-ci se projette et s’absorbe dans la technique, et la technique se formule dans la théorie scientifique … La technique est devenue autonome et forme un monde dévorant qui obéit à ses lois propres, elle ne repose plus sur une tradition, mais sur la combinaison de procédés techniques antérieurs … La technique était traditionnellement englobée dans une civilisation dont elle faisait partie, maintenant c’est de la technique que tout dépend, elle domine … c’est elle qui est l’élément englobant à l’intérieur duquel tout se situe … ‘La machine linguistique sera une façon pour la technique moderne de disposer du monde du langage même’ (Heidegger) … Le sommet du développement technique c’est la disparition de l’appareil, le maximum de complexité technique produit l’image d’un maximum de simplicité. L’universalité du milieu technique produit l’image d’une nature … La technique est en soi suppression des limites, il n’y a, pour elle, aucune opération ni interdite ni impossible …’Aucune limite ne semble exister pour la pensée scientifique modificatrice : elle s’élève donc au-dessus de toutes les attaches éthiques et religieuses‘ (Schuurman) … La guerre est le champ d’expérimentation nécessaire permettant l’auto-accroissement, parce qu’autorisant toutes les audaces et le travail ‘in vivo’ irremplaçable. » (Jacques Ellul – considérations éparses sur la technoscience – Le système technicien) – L’Amérique jouissant d’Hiroshima et Nagasaki. 

« Le débat sur l’utilité sociale d’une innovation technologique n’a jamais lieu ; les experts raisonnent en termes ‘d’acceptabilité ‘ par la population … Seules des réponses techniques aux problèmes posés par la technique  sont envisagées, et le peuple ‘souverain’ est sommé d’y adhérer  par la foi. » (Jacques Ellul)

« L’impulsion de connaître s’est transformée en une ambition de dominer … La science, de moyen de connaître le monde, est devenue un simple moyen de changer le monde. » (Julius Evola)

« Le médecin scientifique et le médecin ‘personnel’ (jadis, les deux groupes étaient appelés les dogmatistes et les empiristes, ces derniers faisant l’objet d’une piètre estime de la part des premiers et des philosophes). » (Paul Feyerabend) – L’un réclame des quantités d’examens, ne sait guère les interpréter et regarde son écran, l’autre regarde et touche son patient ; l’un ne sait pas détecter la brisure de cinq côtes, l’autre devine en cinq minutes avant simple confirmation radiologique – Exemple personnel.

« La prolifération des théories est bénéfique à la science, tandis que l’uniformité affaiblit son pouvoir critique. L’uniformité met également en danger le libre développement de l’individu … Ma thèse est que l’anarchisme contribue au progrès, quel que sens qu’on lui donne. » (Paul Feyerabend) – L’auteur précise bien qu’il ne s’agit pas d’anarchisme politique, mais d’une liberté qu’il faut laisser à la connaissance pour se développer.

« Le savoir d’aujourd’hui peut devenir le conte de fées de demain, et le mythe le plus risible peut éventuellement devenir un élément très solide de la science. » (Paul Feyerabend) – Sur, entre autres, le dédain de la médecine occidentale pour la médecine chinoise.

« La direction de la science est déterminée avant tout par l’imagination créatrice de l’homme et non par l’univers de faits qui nous entoure. » (Paul Feyerabend)

« La science est un processus complexe et hétérogène, qui contient des anticipations vagues et incohérentes d’idéologies futures, côte à côte avec des systèmes théoriques hautement sophistiqués, et des formes de pensée anciennes ou pétrifiées. » (Paul Feyerabend)

« La science n’a pas une plus grande autorité qu’aucune autre forme de vie. Ses buts ne sont certainement pas plus essentiels que ne le sont ceux qui servent de guides aux membres d’une communauté religieuse, ou d’une tribu unie par un mythe. » (Paul Feyerabend)

« La science, la plus récente, la plus agressive et la plus dogmatique des institutions religieuses … Une telle séparation (de l’Etat et de la Science)  est sans doute notre seule chance d’atteindre l’humanité dont nous sommes capables. » (Paul Feyerabend – cité par Serge Latouche)

« Le lien, qu’il soit égalitaire ou hiérarchique, suppose la séparation. Nulle alliance sans distance, sans différence, sans distinction du même et de l’autre. Or précisément c’est ce paradigme qui a disparu : il n’y a plus d’autre mais du calculable, c’est-à-dire du Même à perte de vue … L’homme est seul partout … Le monde n’est plus un mystère mais un miroir. » (Alain Finkielkraut) – « La vie humaine devient tautologique quand elle ne rencontre plus que des traces de sa propre activité. » (? – cité et commenté par Alain Finkielkraut) – Soit quand l’homme n’évolue presque plus que dans un univers de signes qu’il a lui-même fabriqué : GPS, SDF, DVD, TGV, ZAC, ZUP, CDD, BLOG, GOOGLE, WANADOO, PACA, SMS e-mail, zone piétonnière, Chat, Zapping, Bouquet satellite, Parité, Diversité, Bio-éthique…

« ‘L’Absolu n’a fait que se déplacer ; la Religion le loge au ciel, le scientisme libéral le met dans la raison humaine’ … La lutte contre l’obscurantisme dont on attendait une maturation de l’homme, na débouché, en fait, que sur un changement de tutelle. » (Alain Finkielkraut – citant Jean-Paul Sartre)

« ‘Pourquoi pas ?’ telle est la réponse laconique et désinvolte que l’esprit du temps adresse aux propositions incessantes que lui fait la technique. » (Alain Finkielkraut)

« Être à l’heure de la technique, c’est être productible, machinable, malléable, disponible. » (Alain Finkielkraut)

« ‘La position fondamentale des temps modernes est la position technique’ … La technique moderne aborde la réalité sur le mode du défi et non de la connivence … Qu’est-ce qu’un sol : un entrepôt de  minerais, un fleuve : un fournisseur de pression hydraulique … La langue, elle-même, est devenue un service, non plus don ou héritage, mais moyen de communication et d’information, simple support d’échange. » (Alain Finkielkraut – citant Martin Heidegger)

« Ce n’est pas parce qu’une technologie est meilleure qu’elle est choisie, mais parce qu’elle est choisie qu’elle devient meilleure. » (Dominique Foray)

« La science n’est plus un chemin d’accès à l’énigme du monde, mais le devenir d’un monde qui ne fait plus maintenant qu’une seule et même chose avec la technique réalisée.  En cessant d’être seulement savoir pour devenir recherche … elle n’est plus une pensée mais une pratique … Vous ne cherchez pas pour trouver, mais pour chercher, pour avoir cherché, pour être chercheur. » (Michel Foucault) – Cela rappelle la boutade : des chercheurs on en trouve, mais des chercheurs qui trouvent, on en cherche.

« Si la science un jour règne seule, les hommes crédules n’auront plus que des crédulités scientifiques. » (Anatole France)

« Les sciences sont bienfaisantes, elles empêchent les hommes de penser. » (Anatole France)

La technique est parie intégrante de la culture « les premiers actes culturels furent l’usage d’outils, la domestication du feu, la construction d’habitations. » (Sigmund Freud) – Sans doute aussi, l’organisation de la chasse et la domestication des animaux.

« Les innovations techniques non dominées multiplient les individus ‘déséquilibrés’ : à la fois matériellement puissants et moralement faibles, impuissants. » (Georges Friedmann)

« On ne peut pas dire que les premiers effets de l’imprimerie aient été dans le sens du progrès. La circulation de l’imprimé a servi les haines sectaires et les ambitions nationales. Elle a multiplié les sectes et amplifié les propagandes … Mais la multiplication par milliers d’exemplaires d’un texte rendait facile sa dispersion aux quatre coins du monde, permettant de civiliser l’Europe et rendant quasi impossible sa quasi-disparition en cas d’offensive du vandalisme … Le patrimoine européen de l’esprit ne pouvait plus disparaître. » (Marc Fumaroli) – L’apparition d’une nouvelle technique bouleverse toujours le statu quo, en plus ou / et en moins

« La société technique peut créer du confort. Mais elle ne peut pas créer de l’Esprit. Et sans esprit il n’y a pas de génie. Une société dépourvue d’hommes de génie est vouée à la disparition. La société technique qui prend la place de la société occidentale et qui va conquérir toute la surface de la terre périra elle aussi. » (Virgil Gheorghiu)

« On ne croit savoir que quand on sait peu. Avec la science augmente le doute. » (Goethe)

« Un esprit optimiste pourrait croire que si la science nous détache de notre humanité, c’est pour mieux nous y ramener … Nous ne retrouverons jamais rien ! Nous ne retournerons jamais nulle part ! … si nous nous livrons à la raison … La raison ne fait jamais demi-tour ! L’homme de l’avenir, créature de la science, sera radicalement différent, inconcevable, sans rapport avec nous. Voilà pourquoi le développement de la science signifie la mort … celui que l’on est meurt … au profit d’un étranger. L’homme mené par la science renonce à lui-même, dans sa forme actuelle, une fois pour toutes. » (Witold Gombrowicz)

« Lorsqu’un humain sera perfectionné par la technologie, qu’on lui aura greffé des puces électroniques dans toutes les parties  du corps et remplacé ses os par des matériaux inoxydables, sa crainte majeure ne sera plus de vieillir mais de tomber en panne … Il dépendra alors des réparateurs et des innovations technologiques. » (Pierre-Yves Gomez – citant Fabrice Hadjadj)

« La science d’aujourd’hui n’est plus un dialogue avec la nature et elle ressemble davantage, dans ses recherches les plus avancées, à une entreprise de désintégration … Elle n’est plus qu’un système clos qui se suffit à lui-même … Navire sans amarres exposé à la force des courants … Détachée de la morale, ne se préoccupant aucunement de savoir quel type de mœurs elle va engendrer, la science moderne encombre notre cadre et notre mode de vie au lieu de les alléger … Parce que ses nouvelles attaches la lient structurellement au Système général et aux intérêts dominants, cette science détournée détourne la société dans le sens souhaité par ceux qui la protègent, la financent et l’organisent, soit dans le sens d’une expansion économique maximale, d’un développement forcené de la consommation, d’une concentration continue du pouvoir et d’un renforcement indéfini du potentiel militaire. » (Paul Goodman – interprété par Bernard Vincent)

Les critères déontologiques d’une ‘bonne’ technologie selon Paul Goodman : « Utilité, Efficacité, Transparence, Réparabilité, Souplesse, Aménité, Pertinence, Modération. »

« L’appel actuel à de véritables méthodes de marketing pour favoriser le financement de projets de recherches conduit à d’authentiques supercheries. » (Roland Gori – sur la fraude scientifique de plus en plus répandue)

« Une science qui se confond avec le politique, cela donne Lyssenko, avec la métaphysique, cela donne l’Inquisition. » (Roland Gori) – Ce qui devient de plus en plus vrai avec le recours aux soi-disant experts par le groupuscule dominant politico-médiatique.

« La superstition scientiste. » (Antonio Gramsci)

« La culture scolaire et une bonne part de l’histoire des sciences offrent un prêt-à-penser d’où sont exclues toutes les représentations ouvrant sur la multiplicité des avenirs, au profit de la description de la seule voie royale de la science. » (Alain Gras)

« Aujourd’hui encore, chez nous, on peut passer longtemps à côté de l’objet ‘roue’ sans voir son utilité. ‘Comment cela a-t-il pu nous prendre aussi longtemps ? Pendant trente mille ans nous avons trimballé nos fardeaux avec nous en suant et en soufflant … Pourquoi avons-nous dû attendre jusqu’à la fin du vingtième siècle pour que ce bidule voit le jour ?’Au minimum on aurait pu penser que les patins à roulettes auraient inspiré quelqu’un qui aurait fait le rapprochement. Mais non, soixante quinze ans passent et les gens se coltinent toujours leurs bagages dans les aéroports et les gares’. » (Alain Gras – sur la si simple invention de la valise à roulettes et sur quelques exemples de refus de techniques, notamment de la roue dans l’Amérique précolombienne qui connaissait la roue contrairement à ce qu’on prétend mais sans l’utiliser – citant Paul Auster) 

« Les sciences, à mesure qu’elles se spécialisent et se subdivisent, risquent de compartimenter le savoir jusqu’à lui interdire toute généralisation salvatrice. Les sciences risquent de nous masquer la science. » (René Grousset)

« ‘L’intuition précède le fait’ … En science c’est l’intuition qui est première … Le télescope de Galilée n’est pas le fruit d’un perfectionnement technique mais le fruit d’une théorie optique … L’expérimentation suit l’intuition … Le risque est que, privé de point d’ancrage dans le réel, l’esprit peut alors dériver à l’infini dans un constructivisme sans limites. » (Henri Guaino)

« Une des plus notables conséquences du développement industriel est le perfectionnement constant des engins de guerre et l’augmentation de leur pouvoir destructif dans de formidables proportions. Cela seul devrait suffire à anéantir les rêveries pacifistes de certains admirateurs du progrès moderne ; mais les rêveurs et les idéalistes sont incorrigibles, et leur naïveté semble n’avoir pas de bornes. » (René Guénon) – Bien gentil d’écrire naïveté en place de stupidité.

« Comme au XIX° siècle, l’arrogance scientiste réinvente sur son terrain la bêtise péremptoire moquée par Flaubert. » (Jean-Claude Guillebaud) – Bouvard et Pécuchet…

« Tout discours scientifique est largement contaminé, voire commandé, par l’idéologie dominante de l’époque où il se situe. » (Jean-Claude Guillebaud)

« ‘Tout ce qui est techniquement faisable doit être réalisé, que cette réalisation soit jugée moralement bonne ou condamnable’ … L’oubli d’Hiroshima fut la marque même de l’impunité morale autoproclamée de la technoscience … Il y a compatibilité parfaite entre la technoscience, incapable de produire des valeurs humanistes, et la barbarie qui récuse ces dernières … A l’instar du néolibéralisme dont il est l’allié, le néoscientisme demeure … une idéologie dominante. » (Jean-Claude Guillebaud – citant Dennis Gabor : « Tout ce qui est techniquement faisable sera fait, toujours. »)

« Le gonflement systématique de la ‘promesse’  par les nouveaux acteurs et les idéologues de la technoscience … Les prédictions offertes à la crédulité des foules et à la jobardise des média … L’avenir radieux et les ‘lendemains qui chantent’. » (Jean-Claude Guillebaud)

« ‘Les chercheurs sont devenus des investisseurs et les investisseurs sont devenus des inventeurs. Rares sont aujourd’hui les scientifiques désintéressés pour qui les résultats d’une étude n’auront pas de répercussions financières’. Ce concubinage incestueux entre le monde des affaires et celui de la recherche a pour conséquence de disqualifier le statut de la connaissance … ‘Si vous ne pouvez pas breveter le résultat de vos recherches, ne cherchez pas’. » (Jean-Claude Guillebaud – citant le New York Times, une revue américaine et pensant aux nombreux chercheurs qui fondent des sociétés) – On laisse même breveter des éléments du génome humain !

« Messianisme de remplacement, dernière utopie en état de marche, la technoscience s’est chargée de toutes les demandes que l’on adressait hier à la politique, à la religion, à l’Histoire … Elle est devenue l’idéologie par défaut. En désespoir de cause c’est à elle qu’on a confié toutes les attentes et utopies qui habitent naturellement l’esprit des hommes : la connaissance parfaite, la divination, la métamorphose magique, la transformation prométhéenne du monde … Aux humains redevenus sérieux, la technoscience apparaît donc comme la nouvelle frontière, le dernier horizon de la pensée, l’ultime espérance imaginable… » (Jean-Claude Guillebaud)

« L’homme des cavernes n’apparaît qu’au XIX° siècle. Auparavant on se figurait qu’avant soi, sur terre, il y avait des dieux … Les hommes n’imaginaient pas qu’ils puissent descendre d’un singe. Pour commencer à le croire, il fallait être un bourgeois anglais. En plein essor du capitalisme. Dans les années où se créent le générateur électrique et la société anonyme. Karl pouvait écrire en même temps que Charles. Les deux auteurs pensaient de concert dans l’Angleterre productiviste … la technique, moyen de salut … L’époque se fabrique une mythologie sur mesure … A la Chute fatale, elle substitue la Descendance hasardeuse ; à la surnaturelle Election, la Sélection naturelle … ‘Homo sapiens’ né d’innombrables coups de dés en forme de martingale, tiendrait sa survie d’une plus grande adaptation … L’homme doit tout à son industrie. » (Fabrice Hadjadj)

« La science s’est installée sur le trône vacant de Dieu afin de devenir désormais ce qui décide de l’être et qui le gère. » (Vaclav Havel)

« L’arraisonnement du monde à la technique. » (Martin Heidegger)

« Tout fonctionne, c’est bien cela l’inquiétant. » (Martin Heidegger)

« La science de son côté ne pense pas, et ne peut pas penser ; et c’est même là sa chance, je veux dire ce qui assure sa démarche propre et bien définie. » (Martin Heidegger)

« L’interprétation, qui réapparaît aujourd’hui, de la science comme valeur de civilisation, essaie de cacher l’impuissance de l’esprit, avec une duplicité inconsciente. » (Martin Heidegger)

« Seul un Dieu peut encore nous sauver ! » (Martin Heidegger – dénonciation de la folie technicienne ?) – Dés 1966. 

« Ce n’est pas le savoir scientifique qui est en cause, c’est l’idéologie qui s’y joint aujourd’hui et selon laquelle il est le seul savoir possible, celui qui doit éliminer tous les autres … L’unique croyance qui subsiste dans le monde moderne … la conviction universellement répandue selon laquelle savoir veut dire science. » (Michel Henry)

« Ignorant la vie et ses intérêts propres … la science se place dans une solitude presque inconcevable, et cette solitude, c’est la technique. » (Michel Henry)

« Ce qui manque à la science, c’est la réflexion sur soi, la conscience des mobiles sociaux qui la poussent dans une certaine direction, par exemple à s’occuper de la lune et non du bien-être des gens. » (Max Horkheimer)

« La science cherche le mouvement perpétuel. Elle l’a trouvé ; c’est elle-même. » (Victor Hugo)

« Cette science n’a rien à nous dire. Les questions qu’elle exclut par principe sont précisément les questions les plus brûlantes à notre époque … ce sont les questions qui portent sur le sens ou sur l’absence de sens de toute cette existence humaine. » (Edmund Husserl) – Mais on ne peut le reprocher à la science, ce n’est pas son domaine. Et il est sûrement mieux qu’elle ne s’y aventure pas.

« C’est uniquement au moyen des sciences de la vie que celle-ci pourra être modifiée radicalement. Les sciences de la matière peuvent être appliquées d’une façon telle qu’elles détruiront la vie, ou qu’elles rendront l’existence inadmissiblement complexe et inconfortable, mais à moins qu’elles ne soient utilisées comme instruments par les biologistes et les psychologues, elles sont impuissantes à modifier les formes et les expressions de la vie elle-même. » (Aldous Huxley) – Mais c’est bien ainsi que nous nous apprêtons à les utiliser.

« L’outil simple, pauvre, transparent est un humble serviteur, l’outil élaboré, complexe, secret est un maître arrogant. » (Ivan Illich)

« Ils se prosternent devant l’œuvre de leurs mains. » (le prophète Isaïe)

« Qu’est ce qu’une technique, sinon précisément l’art des moyens. » (Vladimir Jankélévitch)

« L’ambiguïté de la technique … Toute technique est ainsi à double tranchant ; toute-puissante, et pour la vie et pour la mort. Ce n’est pas propre à la médecine … L’énergie de l’atome … l’ambiguïté du pouvoir démiurgique de l’homme. » (Vladimir Jankélévitch – à propos de la médecine qui pour guérir est contrainte de lutter contre les processus de vie, contre l’organisme : greffes… Le médecin ne fait que faire violence à la nature) – Attention l’auteur constate mais ne condamne nullement la médecine.

« Les fours à gaz, les camps de concentration sont aussi des produits de la technique et du rationalisme économique … Ce génocide n’est pas un accident fortuit. Il est bien de notre époque, foncièrement intolérante, en proie à une logique opératoire, même si elle affirme le contraire. » (Claude Jannoud)

« La technique et sa domination sur la nature ne nous amènent pas à nous libérer de celle-ci mais bien à la détruire et, avec elle, l’homme lui-même … La technique est un moyen, elle exige une direction … L’homme ne peut plus échapper à ce qu’il a créé lui-même … Elle est devenue une force qui entraîne tout dans sa course. » (Karl Jaspers)

« Christopher Lasch fait l’hypothèse qu’il est impossible d’être à la fois progressiste et démocrate en montrant que les mouvements authentiquement démocratiques du XIX° siècle se  constituèrent tous en opposition au progrès et à ses effets destructeurs. » (Frédéric Joly)

« Le culte de la technique jouit ici (pays communistes) d’un prestige qui n’a rien de comparable à l’Ouest, allié au point de vue anthropocentrique suivant lequel la nature entière (même la nature humaine) n’est rien d’autre qu’un moyen pour l’autoproduction de l’homme qui lui-même est encore inachevé … Le matérialisme de l’utopie marxiste fait du bien-être matériel une présupposition impérieuse de la libération recherchée du potentiel humain … Par conséquent la poursuite de l’abondance à l’aide de la technique, par-delà les incitations vulgaires qui travaillent dans ce sens et sont partagées avec le capitalisme, devient l’obligation d’ordre supérieur des serviteurs de l’utopie. » (Hans Jonas – Le principe responsabilité)

« Tout gueux qu’il fut, d’Artagnan avait son valet … La disparition des serviteurs personnels est du point de vue de l’égalité sociale un changement capital. La plus petite maison bourgeoise avait deux entrées, répondant à une classification fondamentale. Tout cela a disparu. Et c’est un des plus grands changements imaginables que l’effacement d’une distinction entre ‘servis’ et ‘serviteurs’. Cela tient-il au progrès technologique ? Que nenni !  … La politique de plein emploi, à elle seule, a été génératrice de plus de changement social que toutes les réformes sociales réunies … Et pas de retour possible, parce qu’on ne veut plus de ce genre de travail, c’est là une attitude psychologique nouvelle (plus la ressource alternative de l’allocation chômage) … Nous voyons ici un très important phénomène social de la vie quotidienne qui ne doit rien au progrès technologique … Si vous aviez fourni à un prévisionniste de l’année 1913 toute l’évolution technologique du demi-siècle suivant, jamais il n’en aurait tiré la disparition du phénomène domestique. » (Bertrand de Jouvenel)

« Partout où l’homme tombe sous la coupe de la technique, il se voit placé devant une alternative inéluctable. Il s’agit pour lui d’accepter ses moyens particuliers (soit, de se soumettre) et de parler sa langue ou de périr. Or si on l’accepte … on ne se transforme pas seulement en sujet des processus techniques, on devient en même temps leur objet. L’utilisation des moyens entraîne avec soi un style de vie bien déterminé qui s’étend aussi bien aux grandes qu’aux petites choses de la vie. » (Ernst Jünger – Le Travailleur, mais considérations issues également de l’expérience de la guerre technique de 1914-18)

« L’âge d’or de la troisième république … contrat de progrès unissant le peuple et la bourgeoisie éclairée sous les auspices de la science … jusqu’à l’explosion de 1914 où les nations les plus évoluées saccagèrent joyeusement l’idéal sur lequel elles avaient vécu depuis près de deux siècles … Le siècle que nous venons de vivre (le vingtième) aura été la longue descente aux enfers de l’idée (celle de progrès par la science) qui avait animé le précédent … Au vingtième siècle surmonté du champignon monstrueux d’Hiroshima, le développement de la science est associé à la guerre et à la destruction. » (Jacques Julliard)

« L’outil ne décide pas de l’usage qui en est fait … Nous ne savons rien de ce que feront les outils que nous avons produits, ceux qui s’en emparent aujourd’hui, et qui en font les moyens de leur destin, de leurs délires ou de leur ambition … On peut aussi s’en servir pour appeler à l’émeute ou au lynchage et la complicité des réseaux sociaux avec le gouvernement américain lors d’opérations antigouvernementales est avérée… les outils peuvent aisément se retourner contre ceux qui croient toujours les tenir. » (Hervé Juvin) – Un téléphone portable déclenche très bien des bombes à distance. L’insurrection anti-russe et pro-américaine suscitée, fabriquée, en Ukraine par les réseaux sociaux.

« L’immense puissance sociale de la technologie vient aussi de ce que … le progrès technologique avance dans une seule et unique direction et qu’il ne peut y avoir de retour en arrière … Toujours plus de technologie … Une fois qu’une innovation technologique a été introduite, les gens en deviennent généralement dépendants, jusqu’à ce qu’elle soit remplacée par l’innovation suivante. » (Théodore Kaczynski)

« La société technique… généralise tout … C’est à force de généraliser et de chercher, ou de placer toutes les valeurs dans ce qui est général, que l’humanité occidentale a perdu tout sens pour les valeurs de l’unique, et partant de l’existence individuelle. D’où l’immense danger du collectivisme, qu’on le comprenne à la russe ou à l’américaine. » (Herman von Keyserling – cité par Virgil Gheorghiu)

« La fabrication de la bombe remettait en question le dogme selon  lequel la science et la technique …  allaient donner le jour à une société meilleure. » (Peter Kemp)

« Nous avons tendance à considérer comme science tout domaine dans lequel le progrès est net. » (Thomas S. Kuhn)

« La communauté scientifique professionnelle, position isolée de la masse de la société. Celle-là, notamment, possède le privilège de se juger elle-même, les scientifiques, seuls connaisseurs des règles du jeu. » (Thomas S. Kuhn)

« La vitesse est la forme d’extase dont la science a fait cadeau à l’homme. » (Milan Kundera)

« Quand la science se déchaîne, elle nous enchaîne. » (Jacques Lacan)

« La supériorité technique déterminante à partir du XIX° siècle deviendra un atout même de la domination … Là est le secret de l’actuelle occidentalisation du monde … La technique est devenue un article de foi universel, la conséquence concrète et la présence visible de la nouvelle divinité : la science … Le système blanc est perçu comme un tout, la vision scientifique du monde, l’ingénierie technique et le rituel religieux (chrétien) ou le culte des Lumières participent du même ensemble. » (Serge Latouche)

« Dans les sociétés pré-modernes … le technique est totalement, ou presque, enchassé dans le social. L’anthropologue rencontre la culture comme totalité, et presque pas la technique ni l’économique comme tels … Les pratiques relatives ne sont pas autonomisées ; elles ne constituent pas une sphère à part, valorisée comme telle. Dans la société moderne, à l’inverse, on ne rencontre que du technique et de l’économique, et presque pas ou presque plus de culture. » (Serge Latouche)

« La machine techno-économique a survécu à toutes sortes de convulsions historiques : la perte de la foi, le déclin de la vieille Europe, les crises de conscience des vieilles nations … Sa force est quasi irrésistible, mais cette force ne peut s’exercer qu’au sein d’une organisation sociale que la logique de la mégamachine ronge comme un cancer … Elle ne fonctionne plus que sur la force d’inertie acquise … La technosphère, vaisseau hypersophistiqué, mais il n’y a plus personne au poste de commande. » (Serge Latouche)

« La technique, c’est l’univers des moyens, univers exclusif et total. Les techniques ne sont plus qu’au service de la technique. Il n’y a plus de fin … Scientification de la technique et technicisation de de la science … les inventions de jadis, et jusqu’au XIX° siècle, de James Watt à Jacquard, étaient des trouvailles d’artisan (l’inventeur de la dynamo, Gramme, était menuisier de son état), de créativité pratique … La technique progresse du fait de sa propre dynamique. La technique appelle toujours plus de technique, par une sorte de force interne, notamment du fait qu’elle crée des problèmes qu’elle seule est capable de résoudre … Certains processus sont même irréversibles (les pesticides et la destruction du sol et les parasites d’autant plus redoutables). » (Serge Latouche)

« La technique, la technocratie, cette montée du désert qu’Heidegger dénonce justement, ne sont pas étrangères à l’Occident. Elles sont l’Occident même. Et ce désert là se répand sur la planète très au-delà de son site natal. » (Serge Latouche)

« Dans notre monde, c’est le savoir qui fait fonction de boussole, et ce qui est ainsi promu, c’est une modalité nouvelle de lien social qui substitue au rapport maître-sujet, un rapport savoir (acéphale)-sujet … Les effets du marquage du social par la religion se constatait dans l’organisation monocentrique et verticale de la société. En contrepoint, le lien social, induit par le développement de la science, promotionnera une organisation pluricentrique et horizontale du lien social … Tout se passe comme si notre social reconnaissait aux énoncés de la science la qualité de tiers, mais ce sont des énoncés d’où la dimension de l’énonciation a disparu  … La prétention totalisante de la science qui, sans pour autant être d’office totalitaire, porte néanmoins en elle la menace du totalitarisme … Par totalitarisme pragmatique, il s’agit d’entendre l’autonomie prise par un système organisé autour d’une logique qui prétend rendre compte rationnellement de tout, à tel point qu’il en viendrait –sans le vouloir de manière délibérée mais sans non plus vouloir le savoir – à ne plus laisser sa place au sujet.» (Jean-Pierre Lebrun – sur le rôle de la science et la société sans Père) – Pour expliquer ce qui peut apparaître comme contradictoire, je ne peux que renvoyer au livre de l’auteur, Un monde sans limite.  

« Il y a eu Dieu, il y a maintenant la Science, qui dit à l’homme ce qu’est son corps, et ce qu’il faut penser de la pensée. Ainsi, la Science est l’héritière des dogmes d’Occident, elle étend son pouvoir à la maîtrise de la détresse, elle explique à l’homme ce qu’il vit. » (Pierre Legendre)

« Aujourd’hui, la technoscience est plus subversive que le politique et le culturel : c’est elle le vrai moteur de la ‘révolution permanente’ … C’est elle qui est la plus transgressive, la plus déstabilisatrice des repères de notre monde. » (Gilles Lipovetsky)

« Une activité qui, de par sa nature, devait être un des moyens d’accéder à certains objectifs s’est transformée en objectif en soi. » (Konrad Lorenz)

« Le scientisme… » (Konrad Lorenz) – Et son arrogance !

« La science est devenue une science ‘opératoire. Elle est tout entière orientée vers la possession du monde … Puisque l’homme est devenu comme tout le reste objet de science, pourquoi ce qui est vrai du monde extérieur serait-il moins vrai pour l’homme lui-même ? … L’humanité se saisit comme objet, aux deux sens du mot ‘saisir’, c’est-à-dire à la fois comprendre par l’intelligence et prendre par les mains … C’est dans tous les domaines qu’elle dit, avec Julian Huxley : ‘La commande consciente de l’évolution s’est enfin substituée au mécanisme des hasards’. » (cardinal Henri de Lubac)

 « La performativité, en augmentant la capacité d’administrer la preuve, augmente celle d’avoir raison : le critère technique introduit massivement dans le savoir scientifique ne reste pas sans influence sur le critère de vérité … L’amélioration des performances … pourrait valoir comme une sorte de légitimation. Ce serait une sorte de légitimation par le fait. L’horizon de cette procédure est celui-ci : la ‘réalité’ étant ce qui fournit les preuves pour l’argumentation scientifique et les résultats pour les prescriptions et pour les promesses d’ordre juridique, éthique, politique, on se rend maître des unes et des autres en se rendant maître de la ‘réalité’, ce que permettent les techniques. En renforçant celles-ci, on ‘renforce’ la réalité, donc les chances d’être juste et d’avoir raison. Et, réciproquement, on renforce d’autant mieux les techniques que l’on peut disposer du savoir scientifique et de l’autorité décisionnelle. » (Jean-François Lyotard) – Et ainsi la boucle vers la puissance est fermée.

« Donnez-moi la force humaine et vous obtiendrez une société d’esclavage, le moulin à bras et vous obtiendrez une société féodale, la machine à vapeur et vous aurez une société capitaliste. » (Karl Marx) – Le premier, celui du matérialisme historique, distinguant les priorités, l’essentiel, l’état de la technique, de ce qu’elle conditionne, la structure sociale.

« Le surnaturel baisse comme un lac qu’un canal épuise, la science à tout moment recule les limites du merveilleux. » (Guy de Maupassant – 1884) – « L’ère du petit rationalisme, l’explication de l’être par la science … Une immense science déjà faite dans les choses, que la science effective rejoindrait au jour de son achèvement, et qui ne nous laisserait plus rien à demander … On a rêvé d’un moment où l’esprit ayant enfermé dans un réseau de relations la ‘totalité du réel’ … demeurerait désormais en repos, ou n’aurait plus qu’à tirer les conséquences d’un savoir définitif. » (Merleau-Ponty) – Vous serez comme des dieux – Cités par Lucien Jerphagnon qui, enfant des années vingt, a encore connu l’état d’esprit décrit par Maupassant (et moi aussi). D’ailleurs, cet état d’esprit persiste chez le Gogo enivré du délire entretenu par les média – « Il n’y eut pas de civilisation construite sur l’athéisme et le matérialisme qui, l’un et l’autre, sont de signes, voire des symptômes de la décomposition d’une civilisation. Je le sais, au premier chef puisque je suis athée et matérialiste, on ne lie pas les hommes sans le secours du sacré. » (Michel Onfray – élogieux sur un livre de Michel Houellebecq)

« La République n’a pas besoin de savants » (maxime de la Terreur qui fit mourir Lavoisier, Condorcet, André Chénier et bien d’autres). Bravo la Révolution. Et il semble bien que cette stupidité reste dans les têtes de nos énarques aussi bornés que prétentieux.

« Dépourvu d’instinct, l’animal humain dépend entièrement de ses ressources techniques pour agir : les outils sont des substituts ou des machines à amplifier l’action des organes … On pourrait même dire que les invalides sont les précurseurs de l’homme de demain, que nous sommes devenus des invalides heureux augmentant leurs pouvoirs à force de prothèses et d‘extensions … ‘Nous faisons passer une partie de plus en plus importante du corps naturel vers le corps d’expansion technique’. » (Yves Michaud – interprétant Peter Sloterdijk)

« Techniques de renforcement qui étendent nos performances corporelles (marteau, lunettes, microscope, téléphone…) – Techniques de facilitation qui déchargent nos organes, leur économisent des efforts (brouette, poulie, voile, bicyclette…) – Techniques de remplacement qui nous permettent des réalisations qui vont au-delà de nos organes (scaphandre, chalumeau, scanner…). » (Yves Michaud – reprenant Sloterdijk)

« La Maison de l’être est devenue inhabitable. Le lieu où l’on se sentait chez soi a été complètement changé par le développement de la technique … ceci vaut aussi pour ses effets sur le langage et les média : la parole et l’écriture, à l’ère des codes digitaux et des transcriptions génétiques, n’ont plus de sens qui soit domestique … Les compositions de la technique se développent en dehors de la simple transposition et ne suscitent plus  ni acclimatations ni effets d’apprivoisement de l’extériorité. Elles augmentent au contraire le volume de l’extérieur et du jamais-assimilable. » (Yves Michaud – interprétant Peter Sloterdijk) 

« Que subsiste-t-il quand les dieux se sont retirés ? Le sage ou le savant, fut-il longtemps répondu, en particulier au XIX° siècle quand il était question d’un gouvernement de savants. Que se passe-t-il quand les sages eux-mêmes se retirent ? Il nous reste ‘notre absence de savoir et notre demi-connaissance’. » (Yves Michaud – citant Peter Sloterdijk)

« Toute science crée une nouvelle ignorance. » (Henri Michaux)

« La civilisation technique n’invente rien qui lancerait un défi à l’âme ; au contraire, elle nie l’âme et ses besoins, et leur substitue des mécanisme, des formules pour l’action, des processus socialement rodés, suggestifs du ‘comment faire’ … Elle est strictement unidimensionnelle, elle ne crée rien dans la dimension transcendante, elle ne fait qu’élargir notre monde matériel au niveau  de la médiocrité et très souvent de la laideur et du trivial … la liberté d’action ne lui inspire aucune crainte, c’est la liberté de penser qu’elle redoute. » (Thomas Molnar)

« Nous ne sommes savants que de la science présente. » (Montaigne) 

« Dans cet effort de synthèse qui ramène tout à l’un et au simple, repousse l’indéfinie juxtaposition à la manière orientale, élimine du résultat ‘définitif’ tout ce qui peut n’être qu’ajout instinctif … Au début du XIX° siècle s’épanouit l’ensemble de ces techniques mentales lentement élaborées pour fournir les plus assurés fondements de ce que nous pouvons maintenant appeler la ‘science’ … C’est là que réside sans doute la véritable supériorité des Occidentaux … Jamais période n’a été aussi riche en savants comme celle … de 1785 à 1840. » (Charles Morazé – Les bourgeois conquérants)

« Les sciences biologiques ignorent ce qui fait l’humanité de l’humanité, la culture, le langage, l’esprit, la conscience. » (Edgar Morin)

« Les temps contemporains nous montrent une technique qui se déchaîne en échappant à l’humanité qui l’a produite. » (Edgar Morin)

« La mécanique devint la religion nouvelle et elle donna au monde un nouveau messie, la machine. » (Lewis Mumford)

« Avec la modernité, la science ne précède plus la pratique, c’est l’expérimentation qui est devenue la règle. » (Dorian Neerdael – cité par Daoud Boughezala – sur les recherches consacrées à l’homme réparé, augmenté, immortalisé…)

« Une époque de barbarie commence, les sciences la serviront ! » (Nietzsche) – Exemple : Robert Oppenheimer, le père de la bombe atomique.

« La science a accru la sécurité à brève échéance et la menace à longue échéance … Les commodités du temps qui s’écoule sont achetées au prix d’une catastrophe dans l’avenir … Tout l’effort de l’age moderne consiste peut-être en une acceptation de ce suicide futur en échange d’une évacuation au jour le jour du risque individuel, du hasard et même du temps qui dure et de l’espace qui sépare. » (Jean d’Ormesson)

« L’histoire des sciences est le cimetière des idées fausses auxquelles l’homme a cru sur la foi des hommes de science. » (Vilfredo Pareto)

« Un peu de science éloigne de Dieu ; beaucoup de science y ramène. » (Louis Pasteur)

« Rien ne peut jamais marcher si l’on songe à tout ce qu’il faut pour que çà marche. » (Daniel Pennac)

« Le développement des techniques n’obéit plus à une finalité de mise au service de l’homme, mais à un principe d’auto-développement … reposant sur un enchaînement causal plutôt que final ou éthique, un programme auto-géré en quelque sorte, sur lequel l’homme n’a pas réellement prise. » (Perrot, Rist et Sabelli)

« Plus la science accroît le cercle de ses connaissances, plus grandit autour le cercle d’ombre. » (Henri Poincaré) 

« On n’entend plus beaucoup aujourd’hui des gens dire clairement que le but de la science est l’acquisition de la connaissance pour elle-même … Nous (les scientifiques) devons réaffirmer que l’essence de la science est l’amour de la connaissance et que ce n’est pas à nous qu’il revient en premier lieu de nous préoccuper de l’utilité de la science … La science repose sur des croyances … Les scientifiques passent leur vie à tout miser sur une croyance personnelle … La haine qui se déchaînait contre les inventeurs d’un phénomène menaçant les convictions les plus profondes de la science était aussi acerbe et inexorable que celle des persécuteurs religieux deux siècles plus tôt (sur l’hypnose). Elle était de même nature … Il existe une science pure et une science appliquée, parfaitement différentes en nature et en conditions d’exercice ; la première ayant son lieu naturel dans le milieu académique, la seconde dans les usines  et les autres lieux spécifiques de la vie pratique. » (Karl Polanyi) – Considérations éparses sur la science. Polanyi fut un bon scientifique.

« Les savants proclamaient à l’unisson que l’on avait découvert une science qui ne laissait pas le moindre doute sur les lois qui gouvernaient le monde des hommes. Ce fut sous l’autorité de ces lois que la compassion fut ôtée du cœur et qu’une détermination stoïque à renoncer à la solidarité humaine, au nom du plus grand bonheur du plus grand nombre, acquit la dignité d’une religion séculière. » (Karl Polanyi – La Grande Transformation) – L’auteur savait aussi mordre.

« On utilise la technique et la science pour réparer ce que nous avons détruit. » (Natacha Polony) – Manière de faire tourner le Capital.

« Il n’y a pas de vérités scientifiques absolues ; il n’y a que des propositions scientifiques considérées comme vraies parce que non encore réfutées. » (Karl Popper)

« C’est l’horloge qui a fait de nous des gardiens du temps, puis des gens soucieux de gagner du temps et maintenant des esclaves du temps. » (Neil Postman)

« Qui, en 1905, aurait pu soupçonner les bouleversements en tous domaines qu’apporterait l’automobile ? … Maintenir que la technique est neutre, penser qu’elle est toujours l’amie de la culture est, à cette heure tardive, de la stupidité pure et simple. » (Neil Postman)

« La technique devenue puissance sans externalité éthique. » (Robert Redeker)

« Nous proclamerons le droit qu’a la raison de réformer la société par la science rationnelle et la connaissance théorique de ce qui est. La science renferme l’avenir de l’humanité … Un jour viendra où la raison éclairée par l‘expérience  ressaisira son légitime empire … et conduira le monde, non plus au hasard, mais avec la vue claire du but à atteindre … Organiser scientifiquement l’humanité, tel est le dernier mot, l’audacieuse mais légitime prétention de la science moderne (quelle horreur !) Il viendra un jour où l’humanité ne croira plus mais où elle saura …  Nous croyons à l’œuvre des temps modernes, à sa sainteté, à son avenir … La révolution française est le premier essai de l’humanité pour prendre ses propres rênes et se diriger elle-même. C’est l’avènement de la réflexion dans le gouvernement de l’humanité … Ma conviction est que la religion de l’avenir sera le pur humanisme, c’est-à-dire le culte de tout ce qui est de l’homme, la vie entière sanctifiée et élevée à une valeur morale …  Le culte du soleil est le seul culte raisonnable et scientifique … Le soleil est le DIEU particulier de notre planète … Nous proclamerons le droit qu’a la raison de réformer la société par la science rationnelle et la connaissance théorique de ce qui est. Ce n’est donc pas une exagération que de dire que la science renferme l’avenir de l’humanité, qu’elle seule peut lui dire le mot de sa destinée et lui enseigner la manière d’atteindre sa fin … Organiser scientifiquement l’humanité, tel est donc le dernier mot de la science moderne, telle est son audacieuse mais légitime prétention … Je ne crois pas la solution … aussi près de nous que je le croyais … la destinée humaine est devenue plus obscure que jamais … L’armée immense  s’avançant à la conquête du parfait Qu’importe que l’humanité meure avant d’avoir institué la raison ? Qu’importe que mille humanités meurent ? Une humanité réussira … Aucune vérité ne se perd, aucune erreur ne se fonde … L’histoire d’un être, se développant par sa force intime, se créant et arrivant par des degrés divers à la pleine possession de lui-même … La conquête d’un pays de race inférieure par une race supérieure qui s’y établit pour le gouverner n’a rien de choquant … Autant les conquêtes entre races égales doivent être blâmées, autant la régénération des races inférieures ou abâtardies par les races supérieures est dans l’ordre providentiel de l’humanité. » (Ernest Renan – L’avenir de la science) – Aujourd’hui il serait décapité pour cette dernière affirmation.

« La médecine est la vaseline qui fait passer le suppositoire de l’artificialisation sans limites. » (Olivier Rey – Question de taille) – Car les objectifs en deviennent non contestables et le Gogo est captivé .

« Avant de transformer le monde matériellement, la science va transformer le monde socialement, en fournissant le point d’appui qu’une part grandissante de la société recherchait pour remettre en cause l’ordre établi. Au XVIII° siècle, la science eut alors un sens … la façon dont elle servit dans le procès intenté à l’ordre ancien … Des perspectives illimitées s’ouvraient, dans lesquelles les esprits et les forces qui se sentaient à l’étroit aux places assignées s’engouffrèrent. » (Olivier Rey)

 « Se transporter dans une perspective scientifique donne, d’emblée, un aperçu de la perspective totalisée ; la pratique scientifique réalise à elle seule, en partie, la promesse. Si l’horizon est lointain … chaque succès permet de se transporter par anticipation à son terme … ‘Ce que j’ai fui en me vendant corps et âme à la science : j’ai fui le JE et le NOUS pour le IL du IL Y A’. » (Olivier Rey – citant Einstein)

« Sous couvert d’enthousiasme pour les progrès de la connaissance, ou de souveraine impartialité, savent se cacher la haine d’une spiritualité qui par nature échappe au contrôle, la volonté désespérée de s’imposer et, à défaut, le besoin de se garantir contre les concurrents. » (Olivier Rey)

 « Plus on fait crédit à la science, plus il est devenu difficile de la remettre en cause, car le vide et l’angoisse qui s’ensuivraient seraient insupportables. » (Olivier Rey)

 « La technique a changé de statut : de savoir-faire qui se transmet de génération en génération, qui permet à l’homme de prolonger l’œuvre de la nature et d’accoucher celle-ci de ce qu’elle ne produit pas seule, elle est devenue une arme de guerre contre une nature mauvaise, l’instrument d’un impérialisme … L’atteinte à la science et à la technique,  blasphèmatoire, est une atteinte au véritable sacré de la société humaine engagée dans une guerre sainte contre le monde. » (Olivier Rey)

 « Ce n’est nullement parce que la technique moderne nous a beaucoup apporté que nous devrions lier notre destin à ses avancées pour les siècles des siècles. De ce qu’une famille tire profit d’un ou deux étages ajoutés à sa maison, il serait faux de conclure qu’elle se trouvera encore mieux quand la maison comptera dix, cent ou mille étages. » (Olivier Rey)

« Ou bien la science ne promet pas de grands bouleversements, alors il n’est pas approprié, pour en faire la promotion, de parler extasié de ‘fabuleuse épopée’ changeant la condition humaine, ou catastrophé de ‘tragédie’ au cas où quelques limites seraient posées à ses pratiques. Où bien le langage de l’épopée et de la tragédie sont de mise, et alors les soucis ne sont nullement déplacés. » (Olivier Rey)

« Par leur seule existence, les comités d’éthique, inventés au cours des dernières décennies, laissent entendre que les avancées des sciences et des techniques ne sont pas justiciables de la morale traditionnelle, qu’en ce domaine le tout-venant n’est pas apte à juger, mais doit se confier à l’avis d’experts. En pratique, leur fonction est d’avaliser ce qui, laissé à l’appréciation générale, se heurterait à de fortes oppositions. » (Olivier Rey)

« La science ne connaissant que le quantifiable, s’en réclamer est particulièrement efficace pour nier toute différence qualitative … Un exemple ? Le traitement subi pas sainte Thérèse d’Avila … A partir du XIX° siècle, ‘ramener’ le supérieur à l’inférieur, le spirituel au matériel, le significatif à l’insignifiant devint, pour ainsi dire, la marque d’un esprit scientifique … La psychanalyse tira de ce préjugé une part de sa légitimité : fonder les comportements les plus sublimes sur des compensations de complexes refoulés, des conflits infantiles mal résolus, des attachements scabreux, a d’emblée une saveur scientifique … Ce rôle est aujourd’hui repris par la neurobiologie, qui remplace des complexes un peu vexants, mais encore humains, par des décharges neuronales anonymes … En cas d’échec, une solution pour désamorcer l’angoisse, fuir le désespoir est d’anéantir l’enjeu dont ils procèdent. C’est-à-dire d’anéantir l’âme … Tel est le foyer … de cette ardeur à procéder à ce nivellement. A cette fin l’homme-machine est idéal … ‘La science comme moyen de s’étourdir. Connaissez-vous cela ?’ (Nietzsche). » (Olivier Rey)

« Plus la technologie est sophistiquée, plus la démocratie doit céder le pas à la technocratie … Prôner le développement technologique sans limite, tout en prétendant que la démocratie saura prévenir les dérives et veiller à ce que les avancées profitent à toutes-et-tous, est une plaisanterie sinistre. » (Olivier Rey)

« Se bercer de récits d’apothéose au moment où se propage la dévastation n’est pas faire preuve de bravoure mais de lâcheté. » (Olivier Rey)

 « Autant la presse se montre d’une extrême vigilance devant les expérimentations sur les OGM … autant elle jette un regard neutre et froid autour des recherches sur l’embryon … Ils accourent à la moindre campagne anti-OGM … reprennent ce que dit le maître des champs (José Bové) … Pendant ce temps on peut congeler des milliers d’embryons humains, manipuler … Un épi de maïs génétiquement modifié serait-il plus inquiétant qu’un embryon trafiqué ? » (Marie-Odile Rhétoré)

« La science, soit la discipline dans laquelle nous devrions trouver le scepticisme le plus sévère, la rationalité la plus implacable et l’empirisme le plus solide abrite une gamme  étourdissante d’incompétence, d’illusions, de mensonges et de duperie de soi … La manière dont la recherche universitaire est actuellement mise en œuvre encourage les chercheurs à être obsédés par le prestige, la célébrité, les financements et la réputation au détriment de résultats rigoureux et fiables. » (Stuart Ritchie)

« Il y a deux grandes traditions dans l’antiquité qu’on n’a pas assez remarquées; Satan, le premier des anges, veut détrôner son bienfaiteur; le fruit de la science du bien et du mal donne la mort. L’une enseigne que l’ingratitude est inhérente à tout être créé, l’autre que les lumières ne rendent pas les peuples heureux. » (Rivarol)

« La science a fait de nous des dieux avant que nous ne méritions d’être des hommes. » (Jean Rostand)

« La science expliquera tout et nous n’en seront pas plus éclairés. Elle fera de nous des dieux ahuris. » (Jean Rostand)

« La science trouve plus facilement des remèdes que des réponses. » (Jean Rostand)

« L’esclavage, en freinant la science et la technique, fut la Némésis qui se retourna contre les sociétés qui l’avaient consacré comme une nécessité naturelle. » (Louis Rougier)

« La poursuite du développement scientifico-techno-économique nécessaire pour envisager de tels voyages aura ruiné la terre bien avant qu’il soit possible de les entreprendre. » (Olivier Roy – pour rassurer les indigènes éventuels des planètes que les fanatiques excités des voyages interstellaires rêvent d’envahir et de ravager, comme la nôtre. »

« Une de ses ruses (de la technique) est que toute nouvelle invention cache son jeu et qu’elle est indéchiffrable quant à ses effets sociaux possibles (exemples: le transistor portatif, qui n’est pas qu’une radio de plus, montres et pendules, le téléphone portable…) … Il est impossible de prévoir son ampleur, ses bienfaisances ou ses nuisances … Un perfectionnement mineur d’un appareil peut changer ses effets sociaux. » (Raymond Ruyer)

« Une société très techniciste n’acquiert pas du tout une mentalité technicienne ; au contraire plutôt. A mesure qu’elle dépasse la technique artisanale elle s’éloigne de la conscience technique (les primitifs savaient tout faire, les paysans de Moyen Âge capables de rebâtir leur maison …). Dans une société de haute technicité où la fiabilité des appareils est satisfaisante, presque plus personne ne sait ‘comment ça marche’. » (Raymond Ruyer)

« Sans prétendre que l’alternative technologique du ‘small is beautiful’ a toutes les vertus, il faut se souvenir que les ‘petits chaudrons’ n’ont jamais les inconvénients des grands … La domination exclusive d’une filière technologique revient à faire de la technique non plus une servante, mais un maître et des hommes, qu’elle est censée aider des sujets aliénés par leur dépendance à l’égard d’une entreprise-monopole. » (Jean-Jacques Salomon) – De plus ladite filière masque, pour un temps, les autres possibilités techniques (nucléaire et énergies renouvelables, par exemple)

« L’angoisse est née non pas, comme l’on dirait aujourd’hui, de l’écart technologique, mais du malentendu culturel qui séparait deux mondes … Ni les armes, ni la ruse ne peuvent expliquer qu’une troupe de six cents hommes ait suffi pour détruire un empire et une civilisation. » (Jean-Jacques Salomon – sur la conquête du Mexique par Cortés) – La supériorité technique n’explique pas toujours tout.

« Avec le progrès de la civilisation moderne, les ‘choses’ de l’homme, les ‘machines’ de la vie et la nature elle-même que l’homme avait cherché à dominer en les réduisant au mécanisme, sont devenues ses tyrans … Ce fait universellement admis est la conséquence d’une perversion radicale du sens des valeurs … Seule l’abdication de la vie devant la matière, de l’esprit et de la volonté devant l’automatisme vital, explique vraiment la naissance et l’expansion de cette conception mécaniste de l’univers et des valeurs dans laquelle elle s’exprime. » (Max Scheler) – Valeurs de pur utilitarisme.

« Ce qui motivait, selon Chesterton, l’hostilité populaire rencontrée à l’époque par le darwinisme, c’était moins une répugnance à admettre notre origine simiesque qu’un pressentiment de ce qu’une telle théorie de l’évolution nous annonçait sur notre devenir simiesque … L’homme indéfiniment malléable et adaptable… » (Jaime Semprun) – Craintes abondamment justifiées depuis lors. 

« L’attente d’une catastrophe, d’un auto-effondrement libérateur du système technique, n’est que le reflet inversé de celle qui compte sur ce même système technique pour faire venir positivement la possibilité d’une émancipation. » (Jaime Semprun)

 « L’accélération de la productivité industrielle a été si vertigineuse que le rythme du renouvellement des choses et de la transformation du monde matériel n’a plus rien à voir avec celui de la vie humaine, avec son écoulement trop paresseux. » (Jaime Semprun)

« Deux étages font une demeure spacieuse, un bon abri … continuer, ajouter étage sur étage, de mieux en mieux … mais c’est constituer une tour insensée destinée à s’écrouler. » (Jaime Semprun – exemple simplifié sur le discours des apologistes du développement technique infini et l’impasse inéluctable)

« La science c’est ce que le père enseigne à son fils ; la technologie c’est ce que le fils enseigne à son papa. » (Michel Serres)

« Croyant dominer ses productions, ‘Homo faber’ s’étonne lorsqu’elles aboutissent à des conséquences étranges, scandalisé de ce que les choses sorties de ses mains dans telle intention vivent autrement que prévu … Or, il ne les téléguide jamais si aisément … quelquefois, elles dominent non seulement leur auteur, mais l’environnement. Vous aurez du mal à trouver un seul outil dont l’avenir coula dans le canal prévu par son concepteur. La leçon de l’apprenti sorcier gît dans le comportement ordinaire des choses que nous fabriquons … Même Eve et Adam échappent à leur modeleur. » (Michel Serres) 

« Un monde technique est un monde construit au lieu d’être naturel. » (Gilbert Simondon)

« Une leçon de réalité, une leçon de véracité, et aussi une leçon de respect intelligent du passé. » (Gilbert Simondon – sur la technologie)

Distinction entre les objets clos et les objets ouverts (objets ou systèmes). « L’objet clos est un objet ‘qui ne nous dit rien’ et dont on ne sait rien de ce qui se passe à l’intérieur. Ne compte que le résultat : l’objet est fait pour remplir une fonction d’usage, s’il ne la remplit plus on le jette. Il  interdit toute intervention (rasoirs, montres, briquet, gradateur de lumière pour lampe halogène…) … ‘Ils marchent tout seuls’ et il ne faut surtout pas les déranger par des interventions intempestives … L’objet ouvert accepte, permet, un geste intelligent, bien adapté, de l’utilisateur, qui peut être réparateur, grâce à la connaissance des structures internes …  L’homme veut comprendre et agir … il ne le peut que dans les espaces de liberté qui lui restent … C’est le rôle du bricolage (voir son extension depuis la généralisation récente des objets clos). » (Gilbert Simondon)

« Le discours hygiénique et pseudo-scientifique … qui ne retient de tout un poème que la composition chimique du papier sur lequel il se trouve imprimé. » (Christiane Singer)

« Ce qu’Heidegger a appelé le ‘miracle des miracles’, la prise de conscience que l’étant ‘est’ ; le terme ‘est’ désignant ici à peu près l’ouverture pour l‘être humain qui n’oublie pas qu’il est-dans-le-monde d’une manière exposée, mais refusant de s’arrêter à ce  constat comme s’il s’agissait d’un événement indépassable … La mémoire collective a raison de retenir le mois d’’août 1945 comme la date de l’apocalypse physique (bombardement atomique sur le Japon) et le mois de février 1997, où fut rendue publique l’existence du mouton cloné, comme le date d’une apocalypse biologique. » (Peter Sloterdijk) – Le miracle des miracles heideggerien : l’entrée dans la ‘clairière’ … l’être échappant à l’indéterminé … L’hominisation : sortie dans la ‘clairière’ … La sortie de ‘l’homo sapiens’ dans l’ouvert, ou l’extraversion humaine … C’est l’usage de la pierre qui a inauguré la prototechnique humaine (le jet et la frappe par un moyen externe dur), émancipation de l’être vivant de la contrainte du contact corporel avec des présences dans l’environnement, remplacement du contact physique direct, évitement positif, (contrairement à la fuite, évitement négatif) qui se transforme en un savoir-faire, production d’un effet … La triade du lancement, du coup et de la découpe ouvre une fenêtre dans laquelle des productions peuvent apparaître … Conquête de la distance naturelle par laquelle survient simultanément un premier franchissement de l’anneau formé par l’environnement, en direction de l’ouverture au monde … Avec chaque succès obtenu, dit et stocké, la distance entre le pré-homme et son environnement s’accroît … Les organismes des pré-sapiens sont libérés de la contrainte de s’adapter corporellement à l’environnement extérieur … Si l’on peut dire ‘il’ y a l’homme, c’est parce qu’une technique l’a fait surgir de la pré-humanité» (Peter Sloterdijk – considérations éparses sur le concept heidegerrien de clairière comme espace d’ouverture et suite) – Autant que j’ai compris !

« La science est pour la bourgeoisie un moulin qui produit des solutions pour tous les problèmes qu’on se pose. La science n’est plus considérée comme une manière de connaître, mais seulement comme une recette pour se procurer certains avantages. » (Georges Sorel)

« La démocratie bourgeoise se raccroche … à la théorie des capacités et s’efforce d’utiliser le respect superstitieux que le peuple a instinctivement pour la science ; elle emploie les moyens les plus charlatanesques pour rehausser son prestige, multiplie les brevets, et s’efforce de traiter le moindre lettré en un mandarin ; les parasites s e distinguent par un amour immodéré pour la science afin de jeter de la poudre aux yeux… » (Georges Sorel) – Les fameux experts d’aujourd’hui.

« La caractéristique exclusive de la technique humaine c’est qu’elle est indépendante de la vie de l’espèce humaine … Exemple unique dans le monde vivant … Dans l’existence de l’homme la technique est consciente, arbitraire, modifiable, personnelle, imaginative et inventive. Elle peut s’apprendre et être perfectionnée. L’homme est devenu le créateur de sa tactique vitale : là est sa grandeur et là est sa perte. » (Oswald Spengler)  

« L’esclave de la science est un mendiant. » (Oswald Spengler) 

 « L’accélération de l’innovation cout-circuite tout ce qui contribue à l’élaboration de la civilisation … La fuite en avant technologique produit une perte de repères et une désespérance qu’il est impératif d’assumer … Si nous sommes si angoissés, si mélancoiques, si désespérés parfois, c’est parce que nous avons atteint une limite … Dans la disruption (la rupture technologique) se produit l’accomplissement du nihilisme au sens où Nietzsche le décrit : comme destruction de toutes les valeurs … Une barbarie technologique … Tout bouge en permanence, plus rien n’est stable, et la société ne peut plus s’en nourrir, elle s’en trouve au contraire désintégrée … Le processus disruptif prend de vitesse toute socialisation … Les anticipations sont devenues négatives … Cela installe un état de paralysie et de régression … Tout n’est pas à désespérer mais tout le monde est désespéré, parfois dans l’expression, voire dans le passage à l’acte, mais la plupart du temps dans la dénégation. » (Bernard Stiegler – Dans la disruption, comment ne pas devenir fou)

« Le but dernier des sciences humaines n’est pas de constituer l’homme mais de le dissoudre. » (Claude Lévi-Strauss)

« Les progrès techniques n’ont pas de conclusion logique dans l’ordre du progrès spirituel. » (Pierre-André Taguieff)

« L’Eglise est devenue le grain de sable qui empêche notre époque de suivre la pente d’une vision purement scientifique et marchande du monde … Sans le contre-pouvoir culturel de l’Eglise il n’y aurait tout simplement pas de bioéthique. » (Pierre-André Taguieff)

« S’exercent désormais quasi exclusivement trois ou quatre dispositifs techniques créés et imposés en moins de quarante ans : la télévision, l’internet, les baladeurs et le téléphone mobile … De haut en bas de l’échelle sociale, et encore plus en bas, ce sont les plus violemment désirés. Ce sont eux qui organisent l’espace de ce qu’on n’appelle plus ‘lire’, ‘écrire’, ‘parler’, ‘s’exprimer’, ‘écouter’, mais d’un seul mot, ‘communiquer’. » (François Taillandier)

« La science humaine est comme une clef. L’ignorant ne possède pas cette clef, mais il croit qu’elle ouvre tout. Le faux savant la possède et s’imagine avoir tout ouvert. Le vrai savant la possède mieux encore et sait qu’elle n’ouvre pas. » (Gustave Thibon)

« Le scientifique, même rôle que le sorcier des peuplades primitives  …  Mythe de la science pure alors qu’elle n’’a jamais été que technoscience au service … Innocence de la science, culpabilité de la technologie, Bonne application, merci aux scientifiques, mauvaise application, honte à la tourbe des ingénieurs, techniciens, mercenaires du complexe militaro-industriel … La cléricature scientifique, seule habilitée à parler de morale, des spécialistes de la cosmologie n’hésitant pas à aborder des questions théologiques (le bouffon Stephen Hawking). » (Pierre Thuillier) 

« La tentation de confier l’élaboration des normes morales ou des objectifs politiques à des ‘experts’, comme si la définition du bien relevait de la connaissance. De tels choix impliquent une conception monolithique de l’espace social, conception selon laquelle il suffirait d’avoir les bonnes informations pour prendre les bonnes décisions.  Or les informations elles-mêmes sont loin d’être homogènes, et aucune approche purement quantitative n’est satisfaisante. » (Tzvetan Todorov)

« La technique n’agit que sur la surface de la vie et c’est pourquoi il semble plus facile de l’adopter que de courir le risque de n’être plus maître de son âme … Notion qui consiste à croire qu’en adoptant une technologie étrangère on n’assume qu’une responsabilité limitée … Mais ce changement qui a l’air superficiel, ne le restera pas, et pénètrera en profondeur jusqu’à ce que la culture traditionnelle passe au second plan et que l’ensemble de la culture étrangère se fraye peu à peu un chemin par l’entaille ainsi faite … En Chine, en Corée, au Japon, aujourd’hui, plus d’un siècle après que notre technique occidentale a réussi à s’infiltrer dans ces pays, nous voyons les conséquences révolutionnaires de cette technique sur l’ensemble de la culture de ces pays. Comme les Turcs, ils auraient voulu n’emprunter à la technique occidentale que le minimum nécessaire à leur défense militaire et rien de plus, sans soupçonner les forces secrètes dissimulées dans ce cheval de Troie mécanisé, dont, en plus, l’effet met du temps à se faire sentir … Une religion étrangère agressive sera toujours une menace prise plus au sérieux pour la société à laquelle elle s’attaque qu’une technique étrangère agressive … On peut en déduire qu’un fragment de culture, détaché de l’ensemble et diffusé à l’étranger, rencontre vraisemblablement une moindre résistance et se propage plus loin et plus rapidement que si la culture tout entière était diffusée en bloc … Mais dans les rapports culturels, une chose en amène insidieusement une autre … La puissance de pénétration d’un élément culturel est en général inversement proportionnelle à la valeur culturelle de cet élément. La société attaquée oppose moins de résistance à un élément secondaire qu’à un élément d’importance primordiale, la perturbation sur le mode de vie traditionnel étant moins violente et moins douloureuse (et ressentie moins immédiatement). » (Arnold Toynbee – Le Monde et l’Occident – sur la différence avec laquelle les peuples d’Extrême-Orient (de même en Russie au XV° siècle puis ensuite) réagirent aux intrusions de la civilisation occidentale, du XVI° au XVIII° siècles, la civilisation occidentale leur apparut sous la forme d’une religion étrange, d’où expulsion et rupture, au XIX° siècle, elle survint sous la forme d’une technique étrange (résultat de la révolution industrielle en Occident), d’où acceptation (révolution Meiji au Japon, du Kuomintang en Chine, Pierre le Grand en Russie, Ataturk en Turquie…), d’autant plus que des revers militaires subis leur dictaient la voie à suivre) – C’est un peu la version internationale, mondiale, de la subversion par la culture chère à Antonio Gramsci.

« La science, voilà la lumière, l’autorité, la religion du XIX° siècle. » (Emile Vacherot)

« La peur de souffrir et l’ivresse technologique ont, à l’évidence, conclu un pacte ensemble. Le délire technologique utile la caution de la santé qui, en retour, active le délire technologique. » (Bertrand Vergely)

« Qui rêve de tout faire tout seul sans autrui, sinon le tyran qui aspire à être l’unique ? … La ’folle solitude’ d’Olivier Rey résumant les projets contemporains d’homme auto-construit, avec le projet de ne plus passer par l’autre pour reproduire l’humanité (l’utérus artificiel) … Judith Butler parle de vouloir en finir avec le genre afin ‘d’ouvrir le champ des possibles’ … Ce sont les mathématiques (qui n’ont pas comme préoccupation la conduite de la vie) qui ouvrent le champ des possibles. Les êtres humains sont-ils des possibles ? Livrables à une pure combinatoire ? » (Bertrand Vergely)

« La science, c’est la détermination d’invariants. » (Paul Veyne)

« Comment l‘homme faisait-il pour nager avant le principe d’Archimède ? On se le demande. » (Alexandre Vialatte)

« On s’apprête en même temps à fabriquer un homme-pesticide et un homme-bionique. Un homme empoisonné et un homme augmenté. » (Philippe de Villiers)

« Nous ne pouvons plus expérimenter la nature du progrès. Cette impossibilité de l’expérimentation fut constatée pour la première fois en 1945 lors de la première explosion de la bombe atomique dans le désert américain … Nul ne savait réellement jusqu’où les réactions en chaîne allaient conduire … Limites de l’expérimentation … Test à l’aveugle … ‘Qui vous a demandé de prendre le risque de créer un trou noir ?’ remarque d’un physicien lors de la mise en service du collisionneur du CERN … Nous simulons parce qu’on ne peut plus expérimenter en vrai, les dégâts devenant impossible à maîtriser … Remise en question de l’expérimentation scientifique qui fonde la science … Privé de l’expérience, c’est le chemin de la magie qui est retrouvé … La figure du savant fou et le développement de la philofolie. » (Paul Virilio)

« Un accident qui n’est plus local et précisément situé, comme le naufrage du ‘Titanic’ ou le déraillement d‘un train, mais un accident ‘général’, un accident qui intéresse immédiatement la totalité du monde … La dimension de l’accident a changé, et nous sommes face à l’émergence d’un accident inouï, non plus spécifique, local et situé dans le temps et dans l’espace … Le risque n’est plus celui d’un accident local, précisément situé … L’accident d’Internet, un accident total, pour ne pas dire intégral … les capacités d’interaction et d’interactivité instantanées débouchent sur la possibilité de mise en œuvre d’un temps unique … L’interactivité peut provoquer une union de la société, mais elle renferme, en puissance, la possibilité de la dissoudre et de la désintégrer, ceci à l’échelle mondiale. » (Paul Virilio – sur ce que véhiculent les nouvelles technologies)

« A côté des intégrismes mystiques et des drames qu’ils provoquent, il y a le drame de l’intégrisme technique. » (Paul Virilio)

« C’est la théorie qui détermine ce qu’on peut observer. » (Albert Einstein) – « Les suppositions qui guident la recherche ne tendent pas à conserver mais à anticiper. » (Paul Feyerabend ) – « Souvenons-nous que nous n’observons pas la nature elle-même, mais la nature soumise à notre méthode d’investigation. » (Heisenberg) – (cités par Paul Watzlawick) – sur les facteurs non scientifiques dans la recherche.

« Plus le niveau de la technique est élevé, plus les avantages que peuvent apporter des progrès nouveaux diminuent par rapport aux inconvénients. » (Simone Weil) – Peut-être discutable. L’auteur n’était guère scientifique.

« C’est le mérite de la science d’être exempte d’émotions. » (Oscar Wilde)

« Si l’homme est un crétin, il le restera, quelles que soient les prothèses informatiques dont on le gratifiera. Elles ne serviront qu’à amplifier sa bêtise. » (Alexandre Zinoviev) – Et souvent à la répandre.

« Les gens ne sont plus psychologiquement en mesure de faire face au rythme ébouriffant du progrès technologique et aux changements sociaux qui l’accompagnent ; les choses évoluent trop vite. Avant même que nous ayons pu nous accoutumer à une invention, elle se voit déjà supplantée par une nouvelle, de sorte que la ‘fonction cognitive’ la plus élémentaire s’avère de plus en plus manquante. » (Slavoj Zizek)

« La science a-t-elle promis le bonheur ? … Elle a promis la vérité, et la question est de savoir si on fera jamais du bonheur avec la vérité. » (Emile Zola)

« La science sans vertu, c’est l’épée du diable. » (proverbe)

« A un certain degré de technicité et de spécialisation, toute science sans conscience devient terroriste. » (?)

« Après que la science a servi a délivrer de l’idéologie, elle s’est constituée elle-même en idéologie. Elle est devenue l’idéologie qui se passe d’idéologie. » (?) – L’idéologie par défaut de toutes les autres.

« Sciences humaines, où sont les sciences inhumaines ? » (?)

« La science moderne serait née quand on est passé de la recherche du ‘quoi’ à l’investigation du ‘comment’. » (?)

« Se rappeler que ce sont des professionnels qui ont construit le Titanic et des amateurs l’Arche de Noé. » (?)

« La  science, c’est l’art des distinctions. » (?)

« Disparition des produits anciens … Dévalorisation des compétences, des savoir-faire et des statuts. » ( ?)

Ci-dessous, extraits remaniés de l’ouvrage de Thomas S. Kuhn, La structure des révolutions scientifiques.

« L’accumulation cumulative de nouveautés non attendues se révèle être une exception, très rarement vérifiée, à la règle du développement scientifique … La science n’approche pas l’idéal suggéré par l’image du processus cumulatif … L’acquisition cumulative de nouveautés n’est pas seulement rare en fait, mais improbable en principe … Les manuels scientifiques ne retracent que la partie des travaux du passé qui peut facilement être considérée comme une contribution à l’énoncé et à la solution des problèmes paradigmatiques de ces manuels … Vision qui tend à voir le passé de la discipline comme un développement vers un état actuel, donc privilégié … D’où tendance persistante à faire paraître l‘histoire des sciences comme linéaire et cumulative … Dès le début de l’entreprise scientifique, suggère implicitement le manuel, les scientifiques ont lutté pour atteindre les objectifs particuliers qui sont matérialisés dans les paradigmes actuels … Or, l’auteur fait remarquer qu’il n’a rien dit qui en fasse un processus d’évolution vers quoi que ce soit, vers quelque but, ce contrairement à nos habitudes de pensée ; (‘L’Origine des espèces’, non plus, de Charles Darwin ne reconnaissait aucun but fixé par Dieu ou par la nature, et ce fut l’abolition de ce genre d’évolution téléologique qui fut la plus importante et la moins acceptable des suggestions de Darwin). »

« Un paradigme est un modèle ou un schéma accepté, il représente l’ensemble de croyances, de valeurs reconnues et de techniques qui sont communes aux membres d’un groupe donné, ce que les membres d’une communauté scientifique possèdent en commun et qui leur sert de référence … La ‘science normale’ revient à des opérations de nettoyage, de tentatives pour forcer la nature à se couler dans la boîte préformée et inflexible que fournit el paradigme … Toute théorie nouvelle ( apparaissant quand des anomalies reconnues refusent obstinément de se laisser assimiler par les paradigmes existants, après que des échecs répétés pour résoudre une énigme importante ont donné naissance à une crise) exige en fait l’abandon d’un paradigme antérieur … Encore faut-il que le sentiment de la crise ait fait apparaître un autre candidat au titre de paradigme … Les découvertes impliquent des changements qui furent tout autant destructifs que constructifs, élimination et remplacement de croyances et procédés admis jusque-là comme éléments du paradigme antérieur … Les adeptes des paradigmes concurrents se livrent à des activités dans des mondes différents (termes, concepts, expériences se trouvent dans un nouveau rapport), d’où ce qu’on appelle ‘l’incommensurabilité’ des paradigmes concurrents … la transition entre deux paradigmes concurrents se fait par petites étapes (le système copernicien n’avait guère fait encore de conversions un siècle après la mort de Copernic … le travaux de Newton, un demi-siècle) … Plus que les possibilités relatives de résolution des problèmes, ce qui est en jeu, entre paradigmes concurrents, c’est de savoir lequel devra à l’avenir guider la recherche sur des problèmes non résolus complètement … Confiance au nouveau paradigme (relevant plus de l’acte de foi) pour résoudre les problèmes, sachant l’incapacité de l’ancien à en résoudre quelques-uns … Nécessité de l’obtention de quelques premiers adhérents qui le développeront jusqu’au stade où des arguments rigoureux pourront être avancés et multipliés, extension d’expériences, de livres, d’articles sur ce nouveau paradigme. »

Ci-dessous, extraits du livre de Gilbert Hottois, Le signe et la technique.

« Le plus grand scientifique quand il sort de sa spécialité est un peu en dessous de la moyenne générale du bon sens (exemples : Einstein sur Dieu, la société, la politique ; l’aveuglement politique de Joliot-Curie) … L’utilitarisme politico-économico-social et thérapeutique offre le cadre de justification et de référence le plus répandu à la Technique (la technique qui n’aurait d’autre sens que l’amélioration de la condition matérielle, au service de l’accomplissement du logos de l’homme) … L’idéologie humaniste du progrès technique tributaire d’un pragmatisme matérialiste hédoniste  de l’homme trop souvent simpliste : plus de loisirs, moins de travail, plus de confort, plus  de consommation, moins de contraintes, etc. … La technique n’est pas influencée par l’ordre symbolique (au contraire, la portée du processus d’informatisation est une entreprise systématique d’inscription du symbolique dans le technique) … ‘La machine linguistique sera une façon pour la technique moderne de disposer du monde du langage même’ (Heidegger) … La technique n’est pas dépendante de l’idéologie, ou du milieu culturel (exception : l’exceptionnelle aberration Lyssenko en URSS) … même si d’un tout autre genre sont les interventions, traitements et manipulations neurotechniques : chimiques, électriques ou chirurgicaux … Le milieu technicien qui tend à devenir planétaire, universel, et qui trouve sa densité maximale dans ce que nous appelons le ‘technocosme’, qui se substitue au milieu naturel, nouvel ‘universum’, nouvel englobant (des lieux de nature protégée et étroitement circonscrite) … Villes géantes, réseau polymorphe des communications (la nouvelle technosphère des satellites qui projette dans l’espace les excroissances du technocosme) , routes et lignes aériennes … La biosphère source, cible et moyen privilégiés du développement du technocosme … L’intégration technicienne des facultés supérieures et proprement humaines : la pensée (le langage) et la décision dans un réseau télématique normalisateur et qui rend le technocosme capable de s’informer universellement sur lui-même … Le technocosme dans lequel l’individu naît, vit et meurt, qui accompagne l’homme dans toutes les démarches de son existence comme une seconde nature, et dont les éléments sont totalement impénétrables à la très large majorité des contemporains … La fantasmagorie technique nous entoure aussi naturellement et aussi incompréhensiblement que les phénomènes de la nature apparaissaient aux hommes de jadis … Il n’y a plus de véritable ‘dehors’ par rapport au milieu technocosmique … ‘L’impératif catégorique’ propre à l’ordre technicien est précisément la consigne de l’amoralité et de la liberté absolue, ‘tout ce qu’il est possible de faire sera fait’ … ‘L’exigence d’égalité n’est rien d’autre que le produit  idéologique de l’application illimitée de la technique’ (Jacques Ellul) … L’originalité absolue de l’univers technicien frappe d’obsolescence toute l’expérience du passé, toute cette masse traditionnelle de signes et de symboles dont nous héritons (et qui ne vivront pas longtemps) … Dans une société technicienne les moyens tendent à engendrer les fins ; ou du moins les demandes, les besoins qui jouent le rôle de cibles à posteriori … illusion d’un progrès appelé par des fins qui ne sont en fait que des justifications après coup d’une croissance aveugle …   … ’La technique ne se développe pas en fonction de fins à poursuivre mais en fonction des possibilités déjà existantes de croissance … C’est le principe de combinaison des techniques qui provoque l’auto-accroissement, ce qui est déterminant, c’est la situation technique antérieure’ (Jacques Ellul )…  La liberté de l’inventeur est prédéterminée par l’état de développement du système technicien où il intervient … C’est certes l’humanité qui engendre la technique mais, ce faisant, elle ne sait pas ce qu’elle fait ni pourquoi elle le fait ni où elle va … Similitude de l’évolution qui a mené jusqu’à l’homme et de celle de la technique : profusion des formes, des variations, diversité extraordinaire, abondance des créations et des inventions non viables, tendance à tout ‘essayer’, périodes de stabilité et d’équilibre, discontinuités, sauts de mutation, évolution dans le sens de la complexité et de l’extension planétaire… »

Ci-dessous extraits de l’ouvrage remarquable d’Eric Sadin, La silicolonisation du monde, l’irrésistible expansion du libéralisme numérique. Le danger du technolibertarisme ne peut être comparé qu’à son opposé dans les buts et les méthodes, Daech, deux pathologies. Pour ne pas alourdir inconsidérément, je n’ai pas repris les précises précisions techniques qu’on peut résumer sous les vocables apparemment innocents de robotisation, de transhumanisme, d’intelligence artificielle (le Surmoi du XXI° siècle), de réalité et d’humanité augmentée (le Créateur ayant été plutôt léger sur ce point)… et me suis contenté de citer quelques phrases générales sachant qu’elles s’appuient sur des faits parfaitement concrets et dont les média et nos élites, béats d’admiration comme toujours, nous dissimulent la perversité intrinsèque avec la soumission habituelle de la classe politico-médiatique.

« Artillerie continuelle d’exercices de futurologie euphorisante qui précèdent les faits, nécessaires à la légitimation des initiatives, contribuant notamment à marginaliser tout contre-discours sceptique … Telle une créature ingrate, cette civilisation … veut abattre celle qui l’a générée, sous prétexte de la revitaliser et de la perfectionner et soutenue par le manque de courage ou de conviction des êtres dans les valeurs spécifiques de la civilisation qui va être dévorée. ‘Un homme ça s’empêche’ (Albert Camus). Ce sont les civilisations qui doivent s’empêcher au risque de sombrer dans le chaos. » – Doutons qu’aujourd’hui notre civilisation telle qu’asservie par de prétendues élites stupides, cupides, serviles et lâches en soit capable.

 « Dessaisissement de l’autonomie de notre jugement par le fait que le ressort majeur de ce modèle économique dépend de la neutralisation de la libre décision et de la spontanéité humaines … C’est un modèle civilisationnel qui s’instaure … Marchandisation intégrale de la vie, ‘industrie de la vie’, interprétation industrielle des conduites, émergence de l’économie des comportements, éradication du sensible de façon à embrigader l’expérience humaine au sein de dispositifs … Le dit ‘esprit de la Silicon Valley’ débordant de partout, sur tout les continents (à Paris la halle Freyssinet, l’école 42) … ‘Vouloir faire du monde un endroit meilleur’, ‘augmenter la vie’, ‘construire un futur positif’, ‘faire bouger les lignes’, ‘libérer les forces vives de la jeunesse’… (nul besoin d’être un marxiste invétéré ou un sceptique confirmé pour percevoir que ce discours n’est qu’un écran de fumée) …  Bien sûr, sans s’embarrasser d’aucun scrupule, sans tolérer la moindre limite, y compris celles que représentent les Etats, et surtout l’impôt … Désintermédiation (autonomie complète et indépendance de toute institution) et génération de petits tyrans enivrés de leur pouvoir … Ce ‘monde meilleur’, le slogan obsédant du grand patron multimilliardaire (Bill Gates, Mark Zuckerberg… dont les intérêts matériels ne sauraient échapper qu’au Gogo médiatisé) au codeur de base … les grand-messes  si proches des schémas des Eglises évangélistes … ‘Weltanschauung’ (vision du monde et de ce qu’on y est) associant les technologies, le monde et le bien (le bon vieux totalitarisme à l’état pur, mais célébré par tous les dits progressistes puisque relançant l’idéal du progrès, et par-dessus le marché sous couverture ‘égalitaire’ alléguée), paix, prospérité, accomplissement, compassion, harmonie : quasi-millénarisme … Pouvoir de suggestion et autonomie décisionnelle de l’IA palliant nos déficiences (l’ère débutante mais prometteuse des assistants virtuels) et neutralisant toute subjectivité … Dépossession et génération d’un sentiment d’inutilité (voiture autonome) … La ‘robotique sociale’ et la renonciation par la société à remplir certaines tâches fondamentales (soins et accompagnement des vieillards…) … La limite, ‘l’aller trop loin’, c’est l’extension en cours de capteurs intégrés à nos corps, à nos environnements domestiques, professionnels, urbains et, à terme, à la quasi-totalité des surfaces du monde … ‘Un homme qui s’en remet à autrui pour décider de son destin n’est qu’une épave bonne pour la casse’ (Ayn Rand) … La limite, conscience que nombre de choses nous excèdent et que le réel ne peut s’ajuster à tout instant à notre volonté, son rejet c’est l’hubris annonciateur et déclencheur de catastrophes … Le principe de l’illimité, tout peut être fait, sans aucune restriction technique ou morale. » – Cependant, il ne conviendrait pas de jeter le bébé (la robotique chirurgicale) avec l’eau du bain (l’ubérisation et la connectique de tout).

Ci-dessous, extraits condensés du livre de Monique Vacquin, Main basse sur les vivants.

« Moins de vingt ans (rapporté à 1976) séparent le premier clonage d’un mammifère (la brebis Dolly)  des perspectives annoncées de clonage et de transgénèse humaine. Dans l’intervalle, c’est à un formidable déchaînement expérimental que nous auront convié les biologistes. Sous couvert de  ‘projet parental’ s’élabore ainsi une inquiétante instrumentalisation de l’être humain. L’embryon, simple matériau, se prête aux combinaisons les plus aberrantes : bébés post-mortem, grands-mères porteuses, jumeaux conçus à la même date en laboratoire et naissant à des années d’écart … Notre génération a arraché l’origine à la sexualité (un intellectuel a parlé avec excitation de briser le ‘tabou de la sexualité’), ‘Celui qui promettra à l’humanité de la délivrer de l’embarrassante sujétion sexuelle … sera considéré comme un héros’ (Sigmund Freud), elle est au seuil d’annuler la différence entre les générations, de pulvériser la parentalité … Pourquoi la bio-médecine s’est-elle emparée du désir d’enfant avec un tel enthousiasme ? Quelque chose de considérable se passait … dont le désir d’enfant assurait la légitimité, et qui, manifestement, débordait celui-ci en applications, en conséquence, en significations … La médecine, devenue ‘médecine du désir’ (René Frydman) s’emparait de l’embryon. La science venait occuper la place du sexuel, et avec quel empressement ! … Le rêve d’une société clonique, maximum de reproduction avec le moins de sexe possible … Libérer les femmes de leur attache ‘archaïco-anachronique’ à la maternité … Pendant que les conquêtes des femmes étaient encore si fragiles, on signait des contrats de location de l’utérus … Bricolages de la filiation et situations délirantes : l’enfant ayant cinq parents, fils et petit -ils d’une même femme, mères vierges, mères ménopausées … La maternité éclatée en fonctions : génétique, utérine, adoptive, sociale, porteuse, de substitution … L’aventure des êtres sexués s’estompant au profit d’êtres se reproduisant comme des protozoaires, par simple division du même et déclinaison des codes … Que faire des embryons congelés ? Les détruire ? S’en servir pour fabriquer des organes de rechange (clonage dit non reproductif) ? … La catastrophe fut avant tout langagière … On connaissait la médecine, pas la bio-médecine, l’éthique pas la bio-éthique, le désir d’enfants, pas le ‘projet parental’, encore moins le projet parental pour autrui, les bébés, pas les embryons, les stocks liés à la pratique industrielle, la congélation liée à la conservation alimentaire … Absorption de la finalité thérapeutique par la finalité scientifique, difficile à débusquer puisqu’elle se fonde sur la raison, et celle, consécutive de l’absorption du droit par la science. »

Ci-dessous, extraits remaniés de l’ouvrage de Alan Sokal et Jean Bricmont, deux physiciens reconnus, Impostures intellectuelles, publié après que les deux auteurs, aient démontré ces impostures par un canular célèbre dans un article publié étayant ses divagations par des citations d’intellectuels célèbres (parmi lesquels, Gilles  Deleuze, Jacques Derrida, Félix Guattari, Luce Irigaray, Jacques Lacan, Bruno Latour, Jean-François Lyotard, Michel Serres et Paul Virilio… ) dont les œuvres ont été un important produit d’exportation, surtout vers les Etats-Unis … les auteurs américains cités étant souvent, au moins en partie, des disciples ou des commentateurs des auteurs français (et de la fameuse et désastreuse théorie et pratique française de la ‘déconstruction’)

« Parler abondamment de théories scientifiques dont on n’a, au mieux, qu’une très vague idée, importer des notions de sciences exactes dans les sciences humaines sans donner la moindre justification, exhiber une érudition superficielle en jetant sans vergogne des mots savants à la tête du lecteur dans un contexte où ils n’ont aucune pertinence (impressionner, intimider) … Des textes incompréhensibles, pour la bonne raison qu’ils ne veulent rien dire …  Face à ces critiques les défenseurs de Lacan et des autres auteurs ont tendance à se replier sur une stratégie de ni/ni ; leurs écrits ne doivent être évalués ni comme discours scientifique, ni comme raisonnement philosophique, ni comme œuvre poétique, ni… jeux de mots et  syntaxe fracturée (surtout chez Lacan), textes sacrés servant de base à l’exégèse révérencieuse des disciples … Il semble y avoir une tradition consistant à utiliser des notions mathématiques hors de leur contexte … Densité de mots scientifiques et pseudo-scientifiques, utilisés sans égard pour leur signification, insérés dans des phrases par ailleurs dénuées de sens, donnant une apparence de profondeur à des observations banales (on peut se demander ce qui resterait de la pensée de Jean Baudrilllard si l’on en retirait tout le vernis verbal qui la recouvre) … Mélange de confusions monumentales et de fantaisies délirantes, analogies scientifiques les plus arbitraires qu’on puisse imaginer … chute dans l’ivresse verbale (sur Paul Virilio, notamment) … Le théorème de Gödel (qu’on ne me demande pas d’expliquer) source presque inépuisable d’abus intellectuels, extrapolé arbitrairement pour être appliqué au domaine politique et social, pour expliquer le ‘secret des malheurs collectifs’ alors qu’il n’y a aucune relation entre le théorème et l’organisation sociale (sur Régis Debray, notamment) … ‘Qu’on ne s’attende pas à ne trouver ici qu’une discussion de théories. Mallarmé y voisine abondamment avec Mao-Tsé-Toung, Hölderlin avec Hegel, et le théorème de Gödel avec la situation des ouvriers immigrés’ (phrase remarquable d’Alain Badiou dans ‘Théorie du sujet’ où sont mélangés allégrement politique, lacanisme et théorie des ensembles) … Tout ce qui est obscur n’est pas nécessairement profond … L’effet néfaste que l’abandon de la pensée claire a sur l’enseignement et sur la culture (les étudiants apprennent à répéter et à élaborer des discours auxquels ils ne comprennent pas grand-chose) … ‘La croissance des modes intellectuelles postmodernes dans les universités, qui impliquent que tous les faits qui prétendent à une existence objective sont simplement des constructions intellectuelles, pas de différence claire entre les faits et la fiction ‘ (Eric Hobsbawm) … A l’heure où la superstition, l’obscurantisme et les fanatismes se portent à merveille, il est à tout le moins irresponsable de traiter avec légèreté ce qui, historiquement, a été le seul rempart contre ces folies, à savoir la vision rationnelle du monde. » – Certes, mais on ne peut ignorer le fait que cet abandon (soutenu par les théories de la déconstruction) soit dicté par la volonté de sabotage de la civilisation.

Ci-dessous, extraits remaniés de l’ouvrage de Paul Feyerabend, Contre la méthode, esquisse d’une théorie anarchiste de la connaissance.

« La science est une entreprise essentiellement anarchiste ; l’anarchisme théorique est plus propre à encourager le progrès que les doctrines fondées sur la loi et l’ordre … La science (classique, officielle…) repose sur un falsificationisme naïf qui tient pour acquis que les lois de la nature sont manifestes et non pas cachées sous des perturbations d’une ampleur considérable, que l’expérience des sens est un miroir du monde plus fidèle que la pensée pure, enfin, que  les artifices de la raison donnent de meilleurs résultats que le libre jeu des émotions … Contrairement à l’idée d’une méthode basée sur des principes rigides, immuables et obligatoires, nous constatons historiquement qu’il n’y a pas une seule règle, aussi plausible et fondée soit-elle qui n’ait été violée à un moment ou à un autre … Le seul principe qui n’entrave pas le progrès est ‘tout est bon’ … Nous pouvons faire avancer la science en procédant par contre-induction, en nous servant d’hypothèses qui contredisent des théories confirmées et/ou des résultats expérimentaux établis … La prolifération de théories est bénéfique à la science, tandis que l’uniformité l’affaiblit. Des hypothèses qui contredisent des théories confirmées nous fournissent des indications qu’on ne peut obtenir autrement … Il n’y a pas d’idée, si ancienne ou si absurde soit-elle, qui ne soit capable de faire progresser notre connaissance … Jamais une théorie n’est en accord avec tous les faits auxquels elle s’applique et une rupture entre les faits et la théorie peut-être la marque d’un progrès … Pour Einstein ‘le scientifique doit apparaître à l’épistémologue systématique comme une sorte d’opportuniste sans scrupule’ …  L‘idée que la science peut, et doit, être organisée selon des règles fixes et universelles est à la fois utopique et pernicieuse. Utopique car elle implique une conception trop simple des aptitudes de l’homme et des circonstances. Pernicieuse car des règles ne peuvent manquer d’augmenter nos qualifications professionnelles aux dépens de notre humanité … En outre une telle idée est préjudiciable à la science car elle néglige les conditions physiques et historiques complexes qui influencent le changement scientifique. Elle rend notre science moins adaptable et plus dogmatique … Une science qui se targue de posséder la seule méthode correcte et les seuls résultats acceptables est une idéologie. »

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