665,1 – Rites, Mythes – Symbolique

– « L’unité consubstantielle du mythe et du rite … La conjonction du mythe qui énonce l’histoire et du rite qui la reproduit. » (Benveniste – sur la puissance de l’acte sacré)

– Mythes et rites correspondent à deux besoins humains, celui de se situer et celui de communier (union des initiés). D’ailleurs même les sociétés iconoclastes par rapport aux religions se construisent des rites (comme elles se fabriquent des mythes et des divinités) : les jeux olympiques avec le rite du relais de la flamme, le rite du pèlerinage au corps embaumé de Lénine, le mythe de la grève générale et du Grand Soir pour la constitution du mouvement ouvrier, jadis le mythe de l’Être Suprême de la Révolution, le Grand Architecte de l’univers maçonnique … « Les mythes racontent la naissance des peuples. » (?)

– Après la destruction de tout (la fameuse table rase), il reste cependant un mythe, ou plutôt on l’a construit pour éviter la désespérance totale : sa majesté, la CROISSANCE (ce nouveau et provisoire grotesque Moloch mérite bien des majuscules).

– Mythes secondaires de notre temps : modernité, jeunesse, bonheur, loisirs, abondance, culture…

– La déesse Raison fut célébrée le 10 novembre 1793 dans une cérémonie tenue à à Notre Dame. Pour des révolutionnaires qui prétendaient lutter contre la superstition et les rites ! – Et aussi la fête de l’Être suprême.

– De nos jours, le mot mythe est trop souvent employé par des contemporains froids, secs et vides comme synonyme de mensonge, alors que le terme recouvrait symboliquement de profondes vérités.

– « L’étiquette, les rites et les usages en général, ne sont pas qu’une contrainte ; ils confèrent à celui qui s’y plie une dignité, une solennité qu’il n’a pas au départ. Qu’on le veuille ou non, le pouvoir politique a une dimension sacrale, il ne va pas sans un certain apparat, une certaine pompe, une certaine distance. » (?) – Ce qu’ont ignoré un Giscard d’Estaing par imbécile démagogie, un François Hollande en raison de son incurable peitesse, un Macron se prêtant à des selfies aussi indignes que vulgaires.

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« Imiter un signe ce n’est autre chose que le comprendre …Il faut commencer par là …  Comprendre c’est imiter. » (Alain) – Du temps où on était intelligent, ou voulait le devenir. Rien à voir avec l’actuelle stupidité contestatrice.

« Aucune dimension du temps ne peut se penser en faisant abstraction des autres … Le rite, exemplaire de la tension entre mémoire et attente qui caractérise le présent, dans la mesure où il organise le passage d’un avant à un après. »  (Marc Augé) 

« Le rite, gestionnaire, contrôleur du mythe » (?) – « Il arrive qu’ils se substituent l’un à l’autre, lorsque le rêve remplace l’action ou lorsque inversement celle-ci se fait machinale et routinière. » (Marc Augé)

« Le mythe énonce une histoire. Le rite la reproduit. La liturgie la célèbre. » (Kostas Axelos)

« Un des mythes les plus persistants … est le mythe de l’âge d’or disparu, du paradis perdu, d’un état précédant le malheur multiforme … Cet état sera retrouvé, métamorphosé … D’où une tripartition du temps au passé originellement bon, et à la suite d’un perpétuel présent mauvais, toujours en crise … pouvait correspondre un avenir annoncé comme avènement salvateur … Tout devenant ce qu’il était au début : esprit … Un commencement absolu … un développement linéaire et progressif, disons historique , qui implique une lutte contre la nature en général et humaine en particulier, et une fin spirituelle et éternelle. » (Kostas Axelos)

« Le mythe peut être défini comme un mode du connaître, recourant à l’imagination et au récit, pour expliquer pourquoi les choses en général et humaines en particulier sont comme elles sont, quand la cognition s’avoue impuissante à produire une explication rationnelle … Substitut de l’explication rationnelle dans un contexte préscientifique. » (Jean Baechler)

« Le mythe se rapporte toujours à une ‘création’, il raconte comment quelque chose est venu à l’existence, ou comment un comportement, une institution, une manière de travailler ont été fondées … Il se présente sous les apparences d’un récit ou d’une histoire ; il met en scène des êtres transcendants ; par leurs actes et leurs paroles ces êtres fondent l’ordre existant … La mythologie, ensemble d’histoires, répond aux questions que les humains peuvent se poser. » (Jean Baechler)

« Lorsque les rituels sacrificiels d’une culture donnée ‘fonctionnent’, ils transfèrent les antagonismes réciproques  sur un individu unique contre lequel tout le monde se rassemble, ce qui apaise les tensions comme par miracle, et les remplace par du lien social. » (Gil Bailie)

« Le mythe est agissant, non bien qu’il ne soit qu’un mythe, mais au contraire parce qu’il en est un. » (Alain de Benoist)

« L’imaginaire est indispensable à la vie du groupe … La ‘conscience collective’ de Durkheim … L’imaginaire collectif est une réalité. Le groupe se structure par des représentations et des images communes … relatives à leurs origines ou à leur histoire. Que ces croyances renvoient à une réalité objective ou à une réalité  idéalisée ou à un ‘mythe’ n’a aucune importance. Il suffit qu’elles évoquent un moment fondateur … Le mythe est agissant, non bien qu’il ne soit qu’un mythe, mais au contraire parce qu’il en est un. » (Alain de Benoist) – Des sociétés, communautés. En général notions globales et plus ou moins abstraites : république, démocratie, patrie, identité… personnages ou événements fondateurs : Arminius, Vercingétorix, Clovis, Charles Martel, Jeanne d’Arc… ou Batailles de Poitiers, Bouvines, Valmy…

« Le mythe est un récit conservé dans la mémoire populaire, qui se rapporte à un événement du passé révélant une facticité idéale, à la fois subjective et objective … Même à l’époque moderne, ainsi la révolution française qui s’est cependant déroulée en un siècle épris de rationalisme. Très vite, elle n’est plus apparue que sous l’aspect d’un ensemble de mythes qui, loin d’être détruits, ont été au contraire entretenus par les historiens… » (Nicolas Berdiaeff)

« Le fait mythique prend un caractère universel, c’est-à-dire qu’il est valable en tous lieux et de toute éternité. L’enseignement du mythe concerne l’homme total et non une faculté particulière : intellect, imagination, sensibilité, etc. Le mythe ne procède donc pas de la séparation des facteurs. » (Raoul Berteaux)  – Ce pourquoi il est unifiant.  

« Le mythe est destiné à faire prendre conscience de soi … Moyen de connaissance, le mythe doit aider l’homme à se délivrer de ses problèmes psychologiques et ontologiques … Il n’est pas destiné à révéler une situation historique, mais bien une situation fondamentale de l’être, sous la forme d’une situation-limite. Le mythe ne vise pas à un enseignement moral. Le mythe vise à la connaissance de l’être total sans chercher à classer ce qui est bien et ce qui est mal … Chacun peut s’y retrouver et s’y reconnaître dans les personnages symboles … Langage de l’irrationnel, ils nous aident à nous retrouver dans notre arrière-fond irrationnel. » (Raoul Berteaux)

« La force des rites est qu’ils survivent longtemps à la foi qui les avait précédé. » (Gustave Le Bon)

« Le mythe est un récit qui mêle dans la même représentation imaginative une histoire de dieux, de demi-dieux, de héros, et remonte à une sorte de temps primitif, archaïque, à un temps originaire avant le temps ; le mythe se rencontre dans toutes les cultures révélant ainsi un état imaginatif, nocturne mais peut-être faussement naïf de la pensée. » (Etienne Borne)

« Le rite perpétue la stabilité et empêche que l’avenir diffère du passé. » (Roger Caillois)

« Le caractère collectif de l’imagination mythique garantit assez qu’elle soit de substance sociale, existant à la faveur de la société et en sa faveur ; car le mythe ressort du collectif, justifiant, soutenant et inspirant l’existence et l’action d’une communauté, d’un peuple, d’un corps de métier ou d’une société secrète … Mais son innervation, pour ainsi dire, est d’essence affective et renvoie aux conflits primordiaux suscités çà et là par les lois de la vie élémentaire. Le mythe représente à la conscience l’image d’une conduite dont elle ressent la sollicitation. » (Roger Caillois)

« D’un côté la contagiosité du sacré le conduit à se déverser instantanément sur le profane risquant ainsi de le détruire et de se perdre sans profit ; de l’autre, le profane qui a toujours besoin du sacré, est toujours poussé à s’en emparer avec avidité et risque ainsi de le dégrader ou d’être lui-même anéanti. Leurs rapports mutuels doivent donc être sévèrement réglés. Telle est la fonction des rites … De caractère positif, ils servent à transmuer la nature du profane ou du sacré, selon les besoins de la société (rites de consécration, d’expiation…) ; de caractère négatif, ils ont au contraire pour but de maintenir l’une et l’autre dans leur être respectif, de peur qu’ils ne viennent à provoquer réciproquement leur perte en entrant inopportunément en contact (prohibitions de type tabou). Ils instituent et assurent le va-et-vient entre les deux domaines. » (Roger Caillois) – Tout ceci est incompréhensible de nos jours où on mélange tout dans la plus grande inconscience.

« Les nouveaux mythes politiques sont des choses artificielles fabriqués par des artisans très  habiles et malins. Il était réservé au vingtième siècle … de développer une nouvelle technique du mythe. Désormais on peut fabriquer un mythe au même titre et d’après la même méthode que n’importe quelle arme moderne. » (Ernst Cassirer)

« Le rite était un élément beaucoup plus profond et permanent que le mythe … Les faits relatifs aux rituels sont plus probants, plus durables et plus significatifs … Le tourbillon délirant de la danse et des rites orgiaques est ce qui fait disparaître le ‘moi’ fini et limité, le ‘sombre despote’ … Si le mythe est apparenté aux émotions les plus violentes ainsi qu’aux visions les plus terrifiantes, il est aussi ce avec quoi l’humanité se met à apprendre un art étrange et nouveau : l’art d’exprimer et d’organiser ses instincts les plus profondément enracinés ainsi que ses espoirs et ses craintes. » (Ernst Cassirer)

– « Sans mythes, sans maîtres. Pudiquement on dit ‘sans idéal’ ou sans ‘grand dessein’. »  (Jean Cau)

« De même (que les animaux, les rites prénuptiaux, le loup qui flaire la défaite adopte une attitude de soumission…), l’homme ritualise ses pulsions et ses comportements : rites militaires d’intimidation et de parade, d’apaisement, poignées de mains… » (Jean Cau)

« Si les bêtes possèdent tout ce qui est utile, ce qui est vraiment humain, c’est l’inutile … Le rite est beaucoup plus ancien que la pensée ; il est beaucoup plus simple et plus libre que la pensée. » (Chesterton)

« Une civilisation débute par le mythe et finit dans le doute … Aux croyances diverses qu’elle avait enfantées et qui maintenant s’en vont à la dérive, elle substitue un système d’incertitudes, elle ‘organise’ son naufrage métaphysique. » (Emil Cioran)

« Les hommes les plus malheureux : ceux qui n’ont pas droit à l’inconscience. Avoir une conscience toujours en éveil, redéfinir sans cesse son rapport au monde, vivre dans la perpétuelle tension de la connaissance, cela revient à être perdu pour la vie. La connaissance est un fléau et la conscience une plaie ouverte au cœur de la vie … Le mythe biblique du péché de la connaissance est le plus profond que l’humanité ait jamais imaginé … La connaissance se confond avec les ténèbres. Je renoncerais volontiers à tous les problèmes sans issue en échange d’une douce et inconsciente naïveté. » (Emil Cioran)

« Est-il délectation plus subtilement équivoque que d’assister à la ruine d’un mythe ? Quelle dilapidation des cœurs pour le faire naître, quel excès d’intolérance pour le faire respecter, quelle terreur pour ceux qui n’y consentent pas et quelle dépense d’espoirs pour le voir expirer. L’intelligence ne s’épanouit que dans les périodes où les croyances se flétrissent, où les préceptes se relâchent, où les règles s’assouplissent. Toute fin d’époque est le paradis de l’esprit … Celui qui a le malheur d’appartenir à une période de création et de fécondité en subit les limitations et l’ornière ; esclave d’une vision unilatérale, il est enclos dans un horizon borné. Les moments historiques les plus fertiles furent en même temps les plus irrespirables … Faire partie d’une église incertaine de son dieu … cela devrait être l’idéal de tout esprit délié. Quand un mythe devient languissant et diaphane, et l’institution qui le soutient, clémente et compréhensive, les problèmes acquièrent une élasticité agréable … S’installe un vide tendre dans les âmes, les rendant réceptives, sans toutefois leur permettre de s’aveugler encore devant les superstitions qui guettent et assombrissent l’avenir. » (Emil Cioran) – Du grand Cioran ! Par Mythe, entendre semble-t-il en contexte : philosophies absolues,  idéologies, Grands Récits…

« En contant les mythes, l’homme, être inachevé, sauve l’humanité de son aspect fragmentaire. » (Pietro Citati)

« Les sociétés qui ont l’initiative du mouvement historique, celles qui vraiment font l’histoire, sont celles qu’animent des mythes puissants. Les français, n’ayant plus de mythes… » (Marc Crapez – Antagonismes français)

« Si l’on veut coexister, si l’on veut s’adorer, on est contraint au mythe pas à la vérité. » (Boris Cyrulnik) – Pour préserver sa vision artificielle de soi-même comme la vision déformée qu’une société a d’elle-même.

« L’ordre structurant et préétabli qui nous précède, nous excède et nous succède, est aussi l’élément qui nous permet d’être et d’agir ensemble … Nul ne rassemble au présent de l’indicatif. Seul l’irréel fédère. Rêve, dieu, âge d’or ou société sans classes. D’où la force agglomérante des légendes et l’effet cristallisateur des mythologies. » (Régis Debray)

« Combien de temps le respect de la vie ou la sacralité de la mort peuvent-ils résister à la dé-ritualisation des fins de vie, à la fin des cortèges funéraires, à l’escamotage des agonies à l’hôpital, aux enterrements à la sauvette ? » (Régis Debray)

« Le culte du circuit court risque de court-circuiter les processus de mentalisation et de symbolisation de la vie qui peuvent freiner la barbarie, à défaut de l’éteindre … A force d’être proche de tout, on ne discerne plus rien de général» (Régis Debray)

« Grands sont les dangers du rituel spectaculaire quand il envahit une société, comme c’était le cas dans le ‘socialisme réel’ … fausses fêtes pétrifiant la vie collective (défilés, parades, commémorations, remise de médailles…), ankylose et formalisme, écrasement de l’individu sous des communautés factices …  Mais non moins grands sont les dangers de l’assécheemnt liturgique  auquel procède à présent le tout-marché. » (Régis Debray)

 « L’Union européenne n’a pas trouvé son ‘il était une fois’, aussi tourne-t-elle en eau de boudin, comme notre pays a perdu ses légendes et ses fresques, aussi le voit-on décrocher. » (Régis Debray – sur l’indispensable ciment d’une communauté) – L’échec ou la dislocation, voilà ce qui attend qui rejette et méprise le passé.

« Un rituel s’étiole en simagrée quand la mémoire défaille. C’est paradoxalement quand il perd son épaisseur de mystère et que son sens devient par trop lisible qu’il tourne au simulacre. »   (Régis Debray)

« Une morale exige toujours une forme de sacralisation de ses normes. Il serait difficile de défendre les droits de l’homme s’ils n’avaient été rendus … intouchables … Même ne supposant aucune vérité concernant le monde humain, ils ont été sacralisés, non pas en tant que vérité, mais en tant que mythes … Les certitudes peuvent disparaître, mais il est impossible à l’esprit humain de vivre dans un monde privé de points fixes. La réapparition des mythes en lieu et place des vérités marque une rupture des temps … Les mythes étaient symboliquement utiles dit Xénophane de Colophon à la bonne tenue des mentalités individuelles et collectives … Les dogmes monothéistes supprimés en tant que vérités sont conservés comme résidus sur lesquels s’appuiera dorénavant la morale … Lorsque les vérités s’éteignent, la morale ne repose plus que sur des mythes … Affirmations sans preuve ni témoignage ni explication, mais auxquelles l’esprit s’attache par la force du cœur et par l’appartenance identitaire (et aussi un peu par la contrainte exercée par les dominants) … Ni dogme ni ‘credo’ ni clergé, mais des comportements, des lois et des interdits rituels … La société des mythes est puissamment ritualisée, parce que les rites y remplacent les fondements … Il faut dans nos sociétés payer tribut à l’égalité, à la non-discrimination, aux droits de l’homme … faute d’être aussitôt marginalisé. » (Chantal Delsol) – Foisonnement des mythes à notre époque : la science, la raison, la justice, l’égalité, la démocratie, dont certains sont l’objet, en France, d’une ferveur quasiment religieuse…

« Ces mythes sont des demi-fictions efficaces qu’on rappelle ou reconstruit selon les besoins du temps, ou qu’on abandonne là. Le mythe du Progrès n’a plus guère de sens aujourd’hui, aussi a-t-il pratiquement disparu à l’âge contemporain … Les Grecs anciens, eux aussi, ne ‘croyaient’ à leurs mythes que dans la mesure où ceux-ci demeuraient utiles à la société. » (Chantal Delsol – sur nos mythes modernes)

« On peut croire à quelque chose, comme les Anciens  à leurs mythes, non pas parce qu’on est un imbécile superstitieux, mais parce qu’on ne peut pas se passer d’y croire » (Eric Robertson Dodds – approx.) – Ne serait-ce que pour leurs vertus opérationnelles.

« La nature ayant horreur du vide, de nouvelles ritualités (marches blanches, fêtes de la musique, dépôt de gerbes de fleurs…) surgissent sur les restes de la piété populaire – à propos de la fringale rituelle des Français (jusqu’à l’indécence mondaine et exhibitionniste des obsèques de Johnny Hallyday), même s’ils sont prêts à ingurgiter n’importe quel ersatz. » (père Christophe Dufour)

« Le discours rationnel dit une chose à la fois, tandis que le mythe, ou le poème, fait allusion à tout dans une phrase. L’un est plat, l’autre est épais. Le mythe est une pensée cohérente, mais sa cohérence est enracinée dans sa multidimensionalité. Nous ne pouvons pas pour autant la laisser reléguer dans l’irrationnel assimilé à l’incohérence … La rationalité de la science a entre autres pour résultat que la complexité ou ‘multiplexité’ de l’expérience humaine que le mythe présupposait ou recueillait est maintenant dispersée … Le monde a été décomposé pour pouvoir être mathématisé. » (Louis Dumont – Anthropologue)

« L’anthropologie religieuse était arrivée à des conclusions fermes.Toutes les institutions humaines, le pouvoir, le système judiciaire, la monnaie, les règles de l’échange, etc., procèdent du sacré. Des trois dimensions du sacré, les rites, les mythes et les systèmes d’interdits et d’obligations, la plus fondamentale car la plus originaire est le rite. Tous les rites procèdent de rites sacrificiels humains. » (Jean-Pierre Dupuy – commentant les thèses de René Girard)

« Un mythe raconte des événements qui ont eu lieu ‘in principio’, c’est-à-dire ‘aux commencements’, dans un instant primordial et atemporel, dans un laps de temps sacré, dans un instant sans durée … C’est toujours le récit d’une ‘création’, comment quelque chose a été effectué, a commencé d’être … Ce qui revient à dire que le mythe implique une rupture du Temps et du monde environnant ; il réalise une ouverture vers le Grand Temps, vers le Temps sacré. Par le simple fait qu’il écoute un mythe, l’homme oublie sa condition profane, sa ‘situation historique’, comme on dit aujourd’hui …  Les mythes fournissent des modèles pour la conduite humaine et confèrent par là même dignification et valeur à l’existence. » (Mircea Eliade – Aspects du mythe)

« Les mythes fournissent des modèles pour la conduite humaine et confèrent par là même dignification et valeur à l’existence. » (Mircea Eliade – Aspects du mythe)

« L’importance des rites initiatiques de passage, d’initiation, de puberté,  de changement de classe d’âge, rite de passage à la naissance, au mariage, à la mort, les cérémonies d’entrée dans les sociétés secrètes … Fin de l’homme naturel et passage à une nouvelle modalité d’existence. … L’initiation, expérience paradoxale, sur-naturelle, de mort et de résurrection, ou de seconde naissance. » (Mircea Eliade)

« Aujourd’hui tous les grands mythes sont produits par la gauche,  distance du théorique au concret … C’est elle qui est la plus grande productrice de lieux communs. » (Jacques Ellul)

« Nous pourrions dire par exemple aujourd’hui que les deux mythes fondamentaux de l’homme moderne sont l’histoire et la science. » (Jacques Ellul)

« Sur ces deux motifs profonds se construisent des ‘images-croyances’, second degré plus superficiel où s’entrecroisent les deux thèmes majeurs de ‘l’Histoire-Sens’ et de la ‘Science-Salut’. Elles sont le détail du mythe fondamental mêlé de spectaculaire et d’explicatif particularisé, facettes multiples d’une même réalité de croyances communes … La lutte des classes, le bonheur, le progrès, la jeunesse… » (Jacques Ellul)

« L’image-force du progrès. Celui-ci se situe à la charnière des deux croyances fondamentales : la science et l’histoire … Science qui ne peut que nous conduire de progrès en progrès … Histoire qui nous fait découvrir un lent, sourd, mystérieux cheminement de l’homme, poussé dés ses origines vers un accomplissement… » (Jacques Ellul)

« Habité par le mythe du progrès, l’homme sait. Il sait de toute certitude que le progrès de l’homme accompagne le progrès des choses. » (Jacques Ellul) – On va tomber de haut.

« Les rites sont dans le temps ce que la demeure est dans l’espace. Car il est bon que le temps qui s’écoule ne paraisse point nous user et nous perdre sans nous accomplir. Il est bon que le temps soit une construction. » (Saint-Exupéry)

« Le règlement est semblable aux rites d’une religion qui paraissent absurdes mais qui façonnent les hommes. » (Saint-Exupéry)

« Les inventeurs du mythe ont fait naître une culture, alors que les scientifiques n’ont fait que la transformer, et pas toujours pour le mieux … Le mythe, la tragédie, les vieilles épopées traitaient d’émotions, de faits et de structures en même temps. Ils avaient une influence profonde et bénéfique sur les sociétés dans lesquelles ils ont émergé. » (Paul Feyerabend)

« L’humanité commence à découvrir qu’elle peut fonctionner sans mythes. La disparition des philosophies et des religions correspondrait sans doute à quelque chose de  ce genre. » (Michel Foucault) – Non ! Des mythes innocents (ou rendus peu à peu tels)  ont été remplacés (sans même parler de l’Islamisme forcené qui fait plus que subsister) ont été remplacés par des mythes autrement plus délirants et producteurs de fanatisme, tels le progrès, la croyance en la technique (y compris sur le plan transhumain), les innombrables terrorismes actuels néoféministes et antiracistes (c’est-à-dire visant à substituer une race à une autre…) entre autres.

« On a volé à l’homme sa part imaginaire, mythique, et cela ne donne pas un homme ‘vrai’, cela donne un homme infirme et mutilé, parce qu’il n’y a pas d’homme sans part de poésie … sans la part ‘Rimbaud’, ce n’est pas le règne du réalisme, c’est le règne du zéro. » (Romain Gary – La nuit sera calme)

« Dès que l’homme se coupe des mythes au nom du réalisme, il n’est plus que de la barbaque. » (Romain Gary)

« L’émergence de la pensée rationnelle et le développement de la foi monothéiste (événements quasi simultanés) sont à comprendre comme deux expressions ou deux moments, par des voies aussi différentes que possible, d’un même procès de transformation de l’univers magique-mythique. » (Marcel Gauchet)

 « Les mythes racontent des événements réels mais en les déformant. Ils ne sont jamais la pure fiction que nos contemporains font d’eux. Les mythes organisent un certain savoir…Ils racontent l’origine événementielle, violente des communautés humaines, mais ils la racontent dans la perspective de leur réconciliation ou de leur fondation, c’est-à-dire dans la perspective des persécuteurs … Dans les mythes les lyncheurs ont toujours raison et la victime toujours tort … Quand les foules meurtrières racontent leur lynchage, elles le transforment toujours en acte de justice. » (René Girard)

« Le rituel imite un événement qui a réellement eu lieu. » (René Girard) – Même si, dans sa narration, le mythe qui est à sa base, qui est son fondement,  déforme cet événement.

« Toute pratique rituelle, toute signification mythique, a son origine dans un meurtre réel. » (René Girard)

« Les mythes fondateurs racontent tous l’événement originel, ils sont tous des histoires de meurtre. » (René Girard) – Mais ils racontent l’événement dans la perspective de l’ordre retrouvé. Ils cachent le mécanisme victimaire, l’arbitraire du choix de la victime, son innocence. Ce sont des textes de persécution qui adoptent le point de vue des persécuteurs, ceux qui ne savent pas ce qu’ils font.

« Les lynchages abondent dans la mythologie, en particulier dans les mythes les plus archaïques … Derrière tous ces lynchages, il doit y avoir une cause qui transcende les situations individuelles … Les indices sont trop nombreux pour laisser place au moindre doute quant à la vraie nature de la mythologie et de son rituel : elle est la transfiguration religieuse, donc cachée, de la mise à mort d’un bouc émissaire …Les mythes ne contiennent normalement aucune minorité dissidente. La vérité officielle de la version victimaire n’y est jamais contestée» (René Girard) – Après tout, l’Histoire est bien enseignée aussi unilatéralement; rien n’est changé quant au fond.

« Dans le récit mythique la victime est toujours coupable et représentée comme telle (Œdipe…) … Le christianisme nous aide à comprendre que la vérité cachée et refoulée est autre. Le mythe des religions primitives met en scène une farce, à laquelle les foules, en proie au paroxysme mimétique, croient… » (René Girard)

« Si l’on compare le modèle biblique et le modèle mythique, on peut s’apercevoir que les croyances des foules et leur violence sont identiques, mais que leur interprétation est différente. Tandis que les mythes acceptent aveuglément les croyances de leurs foule violentes, l’Ancien et le Nouveau Testament dénoncent les mêmes foules et prennent la défense des victimes … Dans le passage du mythique au biblique, tout demeure structurellement identique, mais la redistribution de la culpabilité et de l’innocence, à l’intérieur de cette structure,  est systématiquement inversée. » (René Girard)

« Les mythes incarnent le point de vue de la communauté réconciliée par le meurtre collectif, unanimement convaincue qu’il s’agit là d’une action légitime et sacrée. » (René Girard) – Il y a des mythes beaucoup plus récents concernant des événements historiques, tels que révolutions, agressions, libérations… Ils ont tous pour but de cacher et d’entamer le chant de la réconciliation de la communauté aux dépens de quelques uns, les vilains. S’il y a des vilains, c’est que nous sommes bons.

« Pourquoi ces mythes et ces histoires paraissent-ils tous si semblables les uns aux autres ? Pourquoi toutes ces cultures contiennent-elles des traits similaires, pourquoi parlent-elles toutes d’un meurtre originel ? »  (René Girard)

« Le rite du sacrifice a une fonction économique, il substitue une victime unique à toutes les victimes potentielles de la violence spontanée, il permet ainsi d’éviter des débordements … Le sacrifice est un moyen préventif, le rituel de la violence a une fonction cathartique, il purge la collectivité de ses germes de dissension en polarisant sur une victime ‘qui ne sera pas vengée’, les tensions agressives de tous. » (René Girard)

« Le rite exclut une substitution directe et spontanée, le rituel n’est pas un moyen curatif mais préventif de la crise. » (René Girard)

« Les rites consistent à transformer en actes de coopération sociale, ce qui pourrait conduire à la désagrégation conflictuelle de la communauté. » (René Girard) – Par exemple, l’éxubérance, les renversements et les transgressions carnavalesques.

« Le rite est la reproduction délibérée du mécanisme, le mythe est le récit, forcément gauchi, de sa genèse. Normalement le rite est plus directement révélateur que le mythe. » (René Girard – sur le mécanisme victimaire, mais on peut sans doute étendre)

« L’autorité du rite. Le rite est une sorte de routine, d’action répétée, car le rite est en substance une répétition, une action collective destinée à empêcher la foule de perdre son contrôle. » (René Girard) – Il peut cependant ne plus relever de ce dernier souci, mais simplement être devenu une habitude vénérée, quasiment festive, entraînant communion et solidarité.

« Au lieu de lire les mythes à la lumière des Evangiles, ce sont les Evangiles qu’on a toujours lus à la lumière des mythes. » (René Girard) – Car tout y est dit sur le mimétisme et l’innocence du bouc émissaire.

« Les Modernes ont substitué des mythes chronologiques. Ils ont inventé que l’après était meilleur que l’avant, comme les Anciens avaient cru que le plus haut était meilleur que le plus bas. Le centre d’intérêt s’était déplacé : il ne s’agissait plus des rapports de la terre et du ciel et des enfers, mais des rapports de l’ancien et du nouveau. Le perfectionnement céda la place au nouveau. » (Jean Grenier)

« Un rite, même s’il ne requiert pas spécialement une ordination, ne peut pas être accompli par tout le monde indistinctement, car l’adhésion expresse à la forme traditionnelle à laquelle il appartient est, dans tous les cas, une condition indispensable à son efficacité. » (René Guénon)

 « La distance progressive prise avec la religion, le rejet sans cesse plus accentué de l’hétéronomie et de la transcendance créent un ‘vide’ qu’occupera, peu à peu, la seule rationalité économique et un ordre libéral qui ‘n’a d’autres mythes collectifs que ceux des représentations de l’argent ou ceux d’une dynamique de la quantité’ … Les dernières traces de transcendance ou d’hétéronomie ont été effacées ‘à un moment qui doit se situer vers 1970 ou à peu près’. » (Jean-Claude Guillebaud – citant Alphonse Dupront et Marcel Gauchet)

« La ferveur rituelle est un ciment plus solide que toutes les ambitions économiques, puisqu’un rituel implique une règle morale tandis que l’économie est une règle de profit, qui divise au lieu d’unir. » (Arthur M. Hocart – cité par René Girard) – C’est bien pour entretenir cette division qu’on nous hallucine avec la déesse Croissance.

« La science voulait remplacer le mythe, mais la croyance dans la toute-puissance de la science est elle-même le plus puissant des mythes. » (Mark Hunyadi)

« A la base des socialismes, on retrouverait tous les mythes de l’ancien et du nouveau Testament : la cité idéale, la nouvelle Jérusalem, le paradis perdu, le dépassement de l’Histoire ainsi que le mythe essentiel, la marche ascensionnelle, la (technique de la rédemption : le progrès. Comment peut-on croire au progrès sans être mystique ? Pourquoi y aurait-il progrès ? C’est vraiment le mythe ascensionnel par excellence. » (Eugène Ionesco)

« Il y a des profondeurs dans l’âme humaine que seul le rite peut atteindre. » (Louis Jacobs)

« Consonner avec les sentiments populaires importe plus que d’analyser la réalité. L’opportuniste se laisse porter par les mythes sociaux, il défend les idées qui trouvent d’emblée un écho dans la foule. Certaines idées qui n’ont aucun rapport avec la réalité sociale, qui n’en auront jamais, jouent néanmoins un rôle considérable dans le devenir des sociétés, ainsi l’idée ou le mythe du ‘Grand Soir’ au XIX° siècle. » (Abel Jeannière – se référant à Georges Sorel) – Mythes innombrables  de nos jours : la croissance, la justice, l’égalité, tous les prétextes à phobies… Au moins le stupide ‘Grand Soir’ faisait-il rêver et avait-il du panache.

« Le mythe, c’est ce que croient les autres. » (Lucien Jerphagnon)

« Le mythe rend les choses moins scandaleuses car il offre une explication … Derrière les (redoutables) manifestations de la nature, une présence offrait une explication et préservait l’esprit du sentiment de l’absurde. Avec les mythes, ils étaient moins seuls … notamment pour affronter  ce grand scandale de la vie, qu’est la mort … C’est par la diffusion des mythologies que commença l’aventure littéraire, poétique, artistique, philosophique … Il n’y a pas de mythe en soi … Il y a des mythes vécus par des hommes … et il faudra se demander à chaque fois par quels hommes, où et quand … Faute de dissiper les craintes ataviques, les puissances de l’au-delà les rendaient plus tolérables en intégrant l’ici-maintenant, mais aussi le hier et le demain, à un ordre transcendant … Les mythes ne sont jamais pur divertissement poétique ou littéraire … ils délivrent explicitement un message, ils enseignent en référant au-delà du monde et du temps, ils indiquent le sacré … Le mythe fonde sur le divin l’obligation d’adopter les conduites qu’impose la vie dans une société harmonieuse …N’ayant que le temps de la continuation (et jamais le temps du commencement où se mouvaient les dieux), les hommes ne seraient jamais que des hommes … S’élever au-dessus d’une condition désormais fixée, égaler les dieux, on appellera cela ‘hubris’ chez les Grecs, ce qui veut dire démesure … L’orgueil, le péché des péchés … Ils devaient comprendre qu’ils ne leur faudrait jamais souffler plus haut qu’ils n’avaient d’esprit. Le sens primitif du mythe, la sanction frappant qui prétend s’élever au-dessus de la condition humaine … Prométhée, Narcisse qui a voulu se suffire à lui-même, Adam et Eve, partout où il y eut des mythes … Un parrainage dans l’au-delà, en quelque sorte une prise en main … Un regard éternel posé sur la marche des heures, des jours, des siècles, fût-il perçu comme terrifiant, est toujours préférable à la solitude, à la déréliction … Les mythes avaient apporté aux hommes non seulement une première représentation cohérente du monde… mais encore un minimum d’espérance … On pouvait toujours espérer … exprimer ses terreurs et ses espérances, les exorciser, les partager, les représenter, les chanter … l’allègement d’un malheur n’est-il pas le commencement d’un bonheur ? … et, comme les mystères et les religions, longtemps ils ont apporté aux hommes ce qu’il leur fallait d’au-delà pour le quotidien, pour que les jours de leur imprévisible vie leur laissent imaginer un sens … Le mythe donne au fini ce qu’il lui fallait d’infini pour être supportable, et au temps ce qu’il lui manquait d’éternité pour avoir un sens … Le mythique ne prétendait pas primer le rationnel ni le museler (on  vivait dans le monde)… pas davantage le rationnel ne prétendait congédier le mythique (il laissait le sublime  exprimer l’aspiration de l’existence au plus être, à une forme d’éternité). » (Lucien Jerphagnon – suite de considérations éparses sur les mythes anciens) – Jadis, on ne parlait pas de tolérance mais elle régnait, aujourd’hui on en parle sans cesse puisqu’on l’a tuée. 

« Cette double attente de l’âme humaine … dont on peut constater la présence tout au long de l’histoire et jusqu’à nos jours : rationnelle et mythique, naturelle et surnaturelle, immanente et transcendante, et si l’on se risque aux grands mots, scientifique et mystique. Il y a bien là un équilibre… » (Lucien Jerphagnon) – Equilibre que l’Occident s’est juré de détruire par l’élimination féroce des deuxièmes termes.

« Quand l’homme perd contact avec l’univers mythique, son existence se rétrécit et finit par se réduire au seul domaine des faits ; et ceci est la principale cause des maladies mentales. » (Carl Jung)

« Tout mythe est lié à ce mode d’emploi qu’est un rite. » (Franz Kafka)

« Dans notre monde désaxé et dénaturé, la liturgie demeure l’espace de liberté par excellence, où l’homme peut respirer et se ressourcer. » (cardinal Walter Kasper)

« Le mythe dans une société primitive n’est pas simplement une histoire, un conte, c’est une réalité vécue. Ce n’est pas une invention … mais une réalité vivante, dont on croit qu’elle s’est produite dans les temps très anciens et ne cesse, depuis lors, d’influencer le monde et les destins des hommes. » (Hermann von Keyserling)

« Le mythe appartient à la catégorie de l’espérance. Il est l’attestation majestueuse, illusoire diront certains … que l’homme n’est pas jeté dans un espace incohérent et une temporalité illimitée. » (François Laplantine)

 « Toutes les grandes entreprises de l’histoire qui se sont assignées pour tâche la dislocation et la destruction des mythologies ambiantes ont été menées au nom d’une mythologie nouvelle (ou différente) et estimée supérieure … Le processus de la désacralisation est aussi l’instrument même de la resacralisation … Tout se passe comme si la collectivité humaine était dans l’incapacité structurelle de  fonctionner sans se donner des valeurs, un absolu, une espérance, bref une notion de ce qu’il convient d’appeler l’expérience du sacré … Récemment les mythes de la technique et de l’histoire … Nouveaux mythes indiscutables, ce qui illumine n’a pas besoin d’être éclairé à son tour ; les fondations ne sauraient être fondées … Si nous contrôlons assez bien les mythologies qui nous sont extérieures, nous sommes particulièrement aveugles à nos propres productions mythiques. » (François Laplantine)

« C’est parce qu’elle exprime la charge politique (pas dans le sens petitement dogmatique dans lequel on a enfermé ce terme), mais aussi poétique, du monde, que la relation des hommes aux mythes m’apparaît comme absolument constitutive de leur humanité. » (François Laplantine)

« Les rites préviennent le désordre comme les digues les inondations. » (Li-Ki, ouvrage chinois – cité par Roger Caillois)

« Pas de plus funeste illusion que cette victoire sur l’illusion célébrée comme un progrès. L’homme ‘socratique’ n’est pas plus clairvoyant que celui qu’il se flatte de dépasser : en réalité, il l’est moins … ‘Monstruosité par carence’ … L’homme privé de mythes est un homme déraciné. C’est un homme ‘perpétuellement affamé’, abstrait, dévitalisé, d’où toute sève s’est retirée. » (cardinal Henri de Lubac – interprétant la position de Nietzsche sur le rationalisme socratique)

« Que signifie le prodigieux appétit du civilisé moderne pour le savoir historique, cette façon de rassembler autour de soi d’innombrables civilisations, ce besoin de tout connaître, si ce n’est que nous avons perdu le mythe, le sein maternel du mythe ? » (cardinal Henri de Lubac)

« Le propre d’une mythologie est de raconter une belle histoire en laquelle et grâce à laquelle une communauté conforte le sentiment qu’elle a d’elle-même … Un secret partagé servant de lien, de liant à ceux qui le possèdent. » (Michel Maffesoli)

« C’est quand s’estompe le terrorisme du Progrès finalisé, ou de l’Histoire à la direction assurée, que les mythes fondateurs reprennent de l’importance. Ce que Durkheim analyse pour les sociétés, Freud le montre bien pour les individus. » (Michel Maffesoli)

 « L’amour du lointain, le développementalisme, les idéaux tournés vers le futur ont, en quelque sorte, ‘fatigué’ le corps social, ils lui ont imposé, sur plus de deux siècles, une tension énorme … Le rite en tant que condensation du sentiment, le rite qui est, par construction, répétitif, le rite qui repose sur le ‘déjà-vu’, le ‘déjà-su’, est tout à fait reposant. Il est la détente nécessaire après une longue effervescence … ‘Vouloir-vivre’, expression d’une passion ou d’une attraction quelque peu animale … Après une forte pression rationaliste qui a duré toute la modernité, il montre le rôle que joue la passion commune dans le fait social … Le rite est essentiellement tribal, affectuel … Ressaisissement d’une force vive …  il constitue le fondement même de la mémoire collective, il sert de ciment aux représentations communes et rappelle, à date fixe, leur efficacité renouvelée … La fonction ‘signe’ reprend de l’importance quand il n’y a pas de buts lointains ou d’autres mondes, religieux ou profanes, à atteindre … Il redonne ses lettres de noblesse à la lenteur, au suspens, à l’arrêt du temps … au qualitatif de l’existence … cela dans un cadre collectif … il fait passer du petit soi individuel au Soi communautaire, de l’être privé à l’être sociétal … En court-circuitant le temps linéaire, le rite redynamise la présence au monde, il favorise la contemplation, c’est-à-dire l’appréciation de ce monde tel qu’il est. » (Michel Maffesoli)

« La voie vers la sérénité est un long apprentissage d’origine sacrée (monastères) qui se fonde sur le jeu rituel de la reconduction du même dans les menus actes de la vie quotidienne … La répétition est une protection contre le temps qui passe, contre l’angoisse du devenir, … Le catholicisme dans sa sagesse ecclésiale avait bien compris cette fonction du rite comme facteur de négociation face à la déréliction humaine. Le calendrier liturgique et les minutieuses pratiques … sont comme autant de viatiques qui permettent la déambulation existentielle. » (Michel Maffesoli)

« Toute famille vraiment vivace secrète un certain rituel sans lequel elle risque de perdre à la longue ses assises secrètes. » (Gabriel Marcel)

« Sans le mystère, le monde serait irrespirable.’ » (Gabriel Marcel) – D’ailleurs pourquoi s’amputer du mystère ? Pour se dessécher comme tant de nos contemporains.

« L’Occident a dénoué les liens de ses mythes fondateurs, ceux des dieux, du monde et des hommes, pour laisser au sujet, celui qui croit toujours commander et qui, pourtant, obéit, l’étrange soin de régner sur son propre désert. » (Jean-François Mattéi) – « Nous avons conquis à notre tour, déplacé les bornes, maîtrisé le ciel et la terre. Notre raison a fait le vide. Enfin seuls, nous achevons notre empire sur un désert. » (Albert Camus) – « On a réduit la société en poudre. » (Max Scheler)

« La modernité se manifeste par trois grands mythes : le mythe de la maîtrise de l’univers, formulé par Descartes, Buffon, Marx, le mythe du progrès et de la nécessité historique qui s’impose à partir de Condorcet et le mythe du bonheur. » (Edgar Morin)

« Les comportements cérémoniels sont destinés à régler les disputes sans faire appel à la brutalité, ou à mettre un terme au corps-à-corps avant qu’il n’entraîne des dommages irréparables. » (Serge Moscovici – La société contre nature)

« Dans les foules artificielles (Eglises, corporations, confréries…) on observe que ce sont les mêmes cérémonies qui célèbrent l’aller et le retour des attachements au trésor des croyances et des sentiments communs à leurs membres … C’est selon Gabriel Tarde essentiellement le fait d’avoir mangé ensemble (le repas totémique, le banquet périodique fraternel et confraternel…) et le fait d’avoir un culte commun pour un ancêtre. » (Serge Moscovici)

« Les mythes aujourd’hui se sont interrompus. Ils n’ont pas disparu … mais le mythe ne parle plus ce qu’il était censé parler (ce que nous disons qu’il était censé parler). » (Jean-Luc Nancy)

« Faute de mythe, toute culture perd la saine fécondité de son énergie native, seul un horizon circonscrit de toute part par des mythes peut assurer l’unité de la civilisation vivante qu’il enferme. » (Nietzsche ?)  

« Il n’existe pas de rite qui n’ait ce caractère à quelque degré. » (Robert Nisbet – sur le caractère de sacré)

« Les peuples qui ont eu une riche mythologie sont les peuples qui ont philosophé ensuite avec le plus d’acharnement : hindous, grecs, allemands. » (Cesare Pavese) – Probable facteur de développement de l’intelligence, de l’imagination, de la sensibilité, d’une aspiration à la transcendance ? Pauvre de nous qui n’avons plus pour mythologie que la télé-réalité,  les illuminations des grandes surfaces  commerciales et la gentillette pauvreté de Disney.

« Les péripéties et les drames des hommes et des femmes actuels peuvent être éclairés par la connaissance des mythes qui véhiculent et perpétuent une tradition culturelle, c’est-à-dire une certaine manière d’envisager la condition humaine et d’en expliquer l’origine. » (Evelyne Pewzner – citant en exemple le drame de la Chute en Occident) – Cela peut-il évoquer quelque chose à nos experts pédagogues prétentieux et à leurs successifs ministres incultes de l’éducation nationale ?

« Les guerres de religion recommencent. La démocratie est une féroce religion protestante. L’Islam est une terrible religion sexuelle. Il n’y a jamais eu autant de mythes, concurrences de mythes dans l’histoire  humaine, que maintenant : Femme divinisée, Mort adorée. Démocratie plus violente et plus inégalitaire qu’au temps de Périclès. Guerre du sujet contre lui-même dans la névrose qui n’est que le récit secret de l’assujettissement. Fétichisme technicien. Jeunisme grégaire sauvage. Pis que sauvage : dédomestiqué, psychotique. » (Pascal Quignard – Les ombres errantes)

« La peur de l’inexplicable n’a pas seulement appauvri l’existence de l’individu, mais encore les rapports d’homme à homme, elle les a soustraits au fleuve des possibilités infinies, pour les abriter en quelque lieu sûr de la rive. » (Rainer Maria Rilke) – « Sans le mystère, le monde serait irrespirable. » (Gabriel Marcel) – Il l’est devenu.

« Le jugement de Freud selon lequel tout mythe, s’il nous touche en profondeur … agit ainsi parce qu’il suscite et réveille en nous des émotions d’une importance qui dépasse de loin la littéralité du mythe. » (Clément Rosset) – Ex de l’auteur : le très ancien mythe de Faust nous rappelle qu’inconsciemment mais assurément nous avons souscrit dans l’extrême jeunesse le pacte vital (reflété dans le monologue d’Hamlet), soit l’acceptation de vivre en acceptant aussi notre prochaine décrépitude et la mort qui s’ensuit. Trop tard pour(Raymond Ruyer) dire : ‘Ah ! si j’avais su’, alors qu’on l’a toujours su.

« Le mythe … est toujours senti comme une chose sérieuse … Il tient la place d’une véritable théorie … Il est une phénoménologie et une science primitives. Il implique une description et une peinture systématiques des grands faits du monde et de la vie. Il concerne l’humanité toute entière, le sort de l’homme dans le monde … Personnages, divinités, cultures ont une valeur objective, elles sont, comme la souligné Cassirer des ‘figures de pensée’ et non de simples ‘figures de langage’ … Le mythe concerne l’humanité et son sort collectif relativement aux forces et aux êtres cosmiques … les aventures se déroulent à la fois dans notre monde et dans un monde transversal. » (Raymond Ruyer)

« Les succès des communistes, tout comme ceux des psychanalystes, tiennent à ceci qu’ils se placent sur le vrai terrain des besoins de l’âme, tout en s’imaginant qu’ils font de l’analyse économique. Comme les psychanalystes, ils initient à des mythes, tout en s’imaginant qu’ils font de la science. » (Raymond Ruyer) – Ecrit dans les années 1970. 

« Quand beaucoup d’hommes sont ensemble il faut les séparer par des rites, sinon ils se massacrent. » (Jean-Paul Sartre) – Les rites sont faits pour réunir et non pour séparer, mais si Sartre se trompe sur la mécanique, il voit clair sur l’objectif.

« Nous ne connaissons pas d’époque où les Grecs crurent naïvement à leurs mythes et y trouvèrent l’expression de leurs idées (sur le divin) … Ils attribuent seulement assez de valeur à la tradition mythique pour lui chercher et lui trouver un sens (religieux, philosophique). » (Chantepie de la Saussaye – Traité d’histoire des religions) – Respect et considération des traditions font et maintiennent une civilisation. La nôtre ?

 « Le rituel de la République reste indigent parce qu’il ne se réfère qu’à lui-même et qu’il n’assure aucune forme de médiation avec une forme de transcendance. » (Dominique Schnapper) – Evidemment puisque la République contemporaine refuse tout ce qui la dépasse, soit tout ce qui s’élève et élève et qu’aucun rituel, sauf à être grotesque, ne peut se contenter de rester au ras du sol.

« Les rites sont une assurance contre le danger de dissolution. » (E. Shills)

« Le rite relie l’homme en permanence au sens originel. » (Christiane Singer)

« Le sacré : ensemble de mythes, de symboles, de références, de textes et de faits de mémoire qui sollicitent l’imaginaire, et sans lesquels l’attachement rationnel aux valeurs morales n’est pas suffisant pour qu’un individu qui ne serait pas un saint ; c’est-à-dire tout le monde ; préfère ces valeurs à la sécurité, voire à sa vie. » (Alain-Gérard Slama) – Il est où le sacré maintenant ? A l’Elysée, au Palais Bourbon … rigolade générale.

« Le mythe (de la faute originelle, qui traite de l’expulsion persistante qui nous a fait sortir de la situation paradisiaque pour nous plonger dans l’embarras actuel) … n’abolit pas le malaise, il le rend supportable en l’expliquant. » (Peter Sloterdijk) – Le mythe, si mythe il y a, d’une chute est commun sous de multiples formes à pratiquement toutes les civilisations passées et présentes.

« Le rituel, en tant que triomphe de l’humain sur l’animalité, de la civilisation sur le chaos, est fondamentalement libérateur et pacifiste. … Toutes les déritualisations sont génératrices de violence ; en premier lieu la flexibilité, cette déréglementation du travail qui amuse le jeune parce que ça bouge, mais qui tue les plus vieux qui ne peuvent plus suivre, et qui, surtout, aliène bien plus le quotidien  qu’une vie réglée à horaires fixes … Les rites éducatifs conçus pour éloigner en douceur l’enfant de son rapport fusionnel à la mère, afin de l’élever au monde adulte. » (Alain Soral)

« Peu importe que le mythe ne prenne pas réalité dans l’histoire, il faut juger les mythes comme les moyens d’agir sur le présent. Toute discussion sur la manière de les appliquer matériellement au cours de l’histoire est dépourvue de sens. Il importe donc fort peu de savoir ce que les mythes renferment de détails destinés à apparaître réellement sur le plan de l’histoire future. C’est l’ensemble du mythe qui importe seul … Le mythe est une organisation d’images capables d’évoquer instinctivement tous les sentiments … C’est une idée motrice …  Nous n’exécutons rien de grand sans l’intervention d’images colorées et nettement dessinées, qui absorbent toute notre attention … C’est pourquoi je dis qu’en acceptant l’idée de grève générale et tout en sachant que c’est un mythe, nous opérons exactement comme le physicien moderne qui a pleine confiance dans sa science, tout en sachant que l’avenir la considèrera comme surannée. » (Georges Sorel) – Là il s’agit de mythes politiques, constructeurs ‘d’avenir’ et non d’histoires ancestrales, de mythes visant à l’action ou à l’intoxication, de simples répétitions incantatoires, exemples : Le grand soir, La grève générale, La dictature du prolétariat, Les lendemains qui chantent ou dans un autre domaine : La croissance, Le progrès, La souveraineté du peuple, La démocratie, La transparence, La justice, L’égalité…

 « On peut indéfiniment parler de révoltes sans provoquer jamais aucun mouvement révolutionnaire, tant qu’il n’y a pas de mythes acceptés par les masses ; c’est ce qui donne une si grande importance à la grève générale… » (Georges Sorel) – Il ne peut exister aucune action collective d’importance qui ne soit soutenue par quelque mythe. Quel mythe aujourd’hui ? La croissance, les vacances, les coucheries des peoples et présidents ?

« Il faut juger des mythes comme des moyens d’agir sur le présent ; toute discussion sur la manière de les appliquer matériellement sur le cours de l’histoire est dépourvue de sens. C’est l’ensemble du mythe qui importe seul. » (Georges Sorel) – L’auteur était un homme d’action.

« Chaque mythe de grand style naît au commencement d’une mentalité qui s’éveille. Il est son premier acte créateur … La force créatrice mythique … est située à des époques particulières … cette capacité d’une âme à remplir son monde de formes, de traits et de symboles, d’ailleurs d’un caractère unitaire, n’appartient précisément pas à l’âge primitif, mais uniquement aux périodes de début des grandes cultures. » (Oswald Spengler) – La Personne et le christianisme, l’égalité démocratique et la Révolution…

« Ces vastes systèmes de rites et de croyances qui peuvent nous apparaître comme des superstitions ridicules ont pour effet de conserver le groupe humain en équilibre avec le milieu naturel. » (Claude Lévi-Strauss) – Nécessité que nous avons oubliée.

« Les mythes signifient l’esprit qui les élabore au moyen du monde dont il fait lui-même partie. » (Claude Lévi-Strauss)

« Il ne faut pas sous-estimer ni les rites ni leur durée. Une société ne peut se maintenir si elle n’est pas attachée inconditionnellement à des valeurs, lesquelles pour être inconditionnelles, doivent avoir un aspect sensible qui les protège du travail de sape de la raison. » (Claude Levi-Strauss)

« Les rites marquent les étapes du calendrier, comme les lieux-dits celles d’un itinéraire. » (Claude Lévi-Strauss)

« Deux espèces capitales de mythes se côtoyant étrangement dans toutes les vieilles mythologies : les mythes relatifs aux dieux animaux et les mythes relatifs aux dieux ou héros civilisateurs. » (Gabriel Tarde)

« Disparition des rites qui constituaient un bon antidote au changement. » (Alvin Toffler)

« Le symbole qui est activité du sens plutôt que le mythe qui en est la réification. » (Bertrand Vergely – interprétant Ernst Cassirer)

« Il se reçoit et ne se change pas » (Père Michel Viot) – Ce pourquoi, les hommes en proie à la fureur du changement, ne recoivent plus rien. Rites partagés et mythes fondateurs, unificateurs, ont aujourd’hui disparu dans la fébrilité et le vacarme des célébrations grotesques et des idéaux de pacotille. 

 « Tous les hommes ne sont-ils pas perpétuellement à la poursuite d’un mythe ? » (?)

Les rites initiatiques (civiques, religieux) ont disparu. Et parallèlement on se plaint que l’adolescence n’en finisse plus. Or les rites initiatiques ont précisément pour rôle de marquer une frontière : il y a un avant et un après. » (? )

« Le rite est indispensable au maintien de la croyance, il la réactualise. » (?)

« Le mythe n’est ni vrai ni faux, il est. » (?)

Ci-dessous extraits des ouvrages de Mircea Eliade, Aspects du mythe, Le sacrè et le profane… On pourra voir aussi sur l’eschatologie et le millénarisme le début de la rubrique 280,1, Esprit sur Joachim de Flore.   

 « Le mythe relate une histoire sacrée; il relate un événement qui a eu lieu dans le temps primordial, le temps fabuleux des ‘commencements, nostalgie de la perfection des commencements … C’est le récit d’une ‘création’ … comment quelque chose a été produit, a commencé à être … les personnages des mythes sont des êtres surnaturels … En récitant les mythes, on réintègre ce temps fabuleux, on en devient en quelque sorte le ‘contemporain’ … on sort du temps profane, chronologique, et on débouche dans un temps qualitativement différent, un temps ‘sacré’, à la fois primordial et indéfiniment récupérable … le mythe est applicable sur des plans divers (naissance d’un enfant, rétablissement d’un équilibre psychique menacé…), il  sert de modèle pour toute sorte de création … La cosmogonie (système de formation de l’univers) est le modèle exemplaire de toute espèce de ‘faire’ (à la fois archétype et œuvre divine) … Le Monde parle à l’homme par ses structures et ses rythmes, la fonction du mythe est de révéler des modèles, et de fournir ainsi une signification au Monde et à l’existence humaine … Le mythe opère une ‘élévation’ de l’homme, dans les sociétés archaïques, la récitation des traditions mythologiques reste l’apanage de quelques individus (chamans, sorciers…), il aide l’homme à dépasser ses propres limites et conditionnements, à s’élever ‘auprès des plus grands’ … L’imitation des modèles exemplaires divins exprime à la fois le désir de sainteté et la nostalgie ontologique … A l’occasion de la réactualisation des mythes, c’est la communauté qui est renouvelée … qui revit ses origines … L’obsession de la béatitude des commencements demande l’anéantissement de tout ce qui s’est dégradé (l’éternel retour) … La notion de l’origine est liée à l’idée de perfection, de béatitude (qui se retrouve dans le monde-mondain jusqu’au prestige d’une origine bien établie, noblesse, pureté raciale, morale héroïque des commencements glorieux et créateurs…) … L’Age d’Or est vu non seulement dans le passé, mais également dans l’avenir par les eschatologies (cosmogonie de l’avenir) … restauration du Paradis … Les mythes des cataclysmes cosmiques (déluge…) ne laissant que quelques survivants, un couple, sont extrêmement répandus … recréation du monde et régénération de l’humanité suite à la dégradation progressive du cosmos (il doit même être recréé symboliquement chaque année, le système mythico-rituel du Nouvel An) … Dans les eschatologies, l’essentiel n’est pas la ‘fin’, mais la certitude d’un ‘nouveau commencement’ … La psychanalyse aboutit a la même idée, celle des commencements béatifiques (retour individuel au temps de l’origine), béatitude de l’origine … Les rituels initiatiques comportant un retour à la matrice, suivant un modèle mythique, retour à l’origine et ‘nouvelle naissance’, naissance alors mystique, d’ordre spirituel, nouveau mode d’existence … Grâce à la répétition d’un geste paradigmatique, quelque chose se révèle comme fixe et durable dans le flux universel, la certitude que quelque chose existe d’une manière absolue. Ce ‘quelque chose’ est ‘sacré’, c’est-à-dire transmondain et transhumain, mais accessible à l’expérience humaine… La mythologie eschatologique et millénariste a fait sa réapparition dans deux mouvements totalitaires, les Elus, aryens ou prolétaires, contre les armées du démon, juifs et bourgeois, pour un univers enfin débarrassé du mal. »

Ci-dessous résumé du livre : La mythologie programmée, l’économie des croyances dans la société moderne de Perrot, Rist et Sabelli, beaucoup plus riche que ces quelques phrases. Dispersés, ces textes auraient perdu leur signification d’ensemble. J’ai parfois simplifié, écourté, j’espère non abusivement.

 « L’Etat le Droit, les Déclarations de droits sont notre mythologie. » (Michel Alliot – cité) – Et tant d’autres concepts creux et imposés.

« Le parasitage d’un élément mythique par un programme particulier. » (Perrot, Rist et Sabelli) – Les vieilles notions ancestralement ancrées mises au service de programmes actuels, provisoires : Le rationnel et l’ordinateur ; le progrès, l’abolition de la distance et du temps et le TGV ; le langage qualitatif de la culture d’entreprise et le système productif ; l’abolition des contraintes matérielles, l’entrée dans l’élite (hier) et la carte bancaire ; le maintien (illusoire) d’une zone sacrée et la bioéthique…

« L’essentiel n’est pas dans les croyances mais dans l’acte de croire, puisque c’est de lui que découlent les pratiques … Au lieu que ce soit la foi qui tente d’imposer l’ordre de ses pratiques, ce sont les exigences du programme (usuellement très concret) qui dictent leur loi et qui, pour se réaliser, parasitent le mythe au point de le pervertir, afin de bénéficier de l’unanimisme qu’il soulève. » (Perrot, Rist et Sabelli)

« Il n’y a point de rite sans mythe : c’est celui-ci qui légitime celui-là et fait que chacun se sent contraint de s’y conformer avec exactitude … Le récit myhique n’accomplit pas sa véritable fonction, qui est celle de produire et d’entretenir des croyances, s’il n’est pas constamment actualisé par une multitude de supports comme des gestes, des actes solennels, des cérémonies, s’il n’a pas son ancrage physique dans les lieux ‘d’où il parle’. » (Perrot, Rist et Sabelli) – D’où l’emphase des célébrations, des commémorations, des discours…

« Un mythe vivant n’est jamais perçu comme un mythe mais comme une vérité tenue pour indiscutable par les membres de la société consiérée, et parce que la société moderne ne reconnaît  explicitement l’existence d’aucun mythe fondateur … Et pourtant il faut bien que quelque chose fasse autorité et soit considéré comme normatif des rapports sociaux … Le mythe donne sens aux pratiques sociales (son existence est même indispensable à leur cohérence et à leur cohésion.)» (Perrot, Rist et Sabelli)

« Les sociétés primitives avouent leurs mythes … Les sociétés modernes, au contraire, prétendent n’en point avoir. Il est donc vain de chercher à définir quel récit, connu de tous, peut tenir lieu de mythe légitimant des conduites ‘traditionnelles’, c’est-à-dire obligatoires … Dans la société moderne, les supports mythologiques ne s’annoncent pas comme tels, ils ne constituent pas un récit (reconnaissable comme mythe) … Soit par exemple le signifiant ‘TGV’, train certes, mais nouveau signifié de la modernité, du progrès, de la maîtrise du temps, du développement …  Sous l’angle mythologique, le TGV n’est plus tout à fait un train … il se remplit d’une signification nouvelle. » (Perrot, Rist et Sabelli)

« Ce discours mythique, récité à travers les les choses et les événements en apparence les plus banals de la quotidienneté … a pour objet de ‘faire croire pour faire faire’ … l’effet pratique consistant à conférer une crédibilité, même éphémère, aux multiples entreprises requises par la permanence et la reproduction du système social. » (Perrot, Rist et Sabelli)

Dans son livre, Mythologie de notre temps, Alfred Sauvy ne traite pas des mythes religieux ou philosophiques mais des mythes temporels, sociétaux pourrait-on dire.

« Mythes contemporains, c’est-à-dire, idées communément reçues, qui disparaissent à l’examen, ou, du moins, se modifient profondément … Domaines de la fable, de la légende et de l‘illusion … Le mythe de la guerre courte au début du XX° siècle ; ainsi l’opinion se satisfaisait d’une guerre courte et étincelante, fraîche et joyeuse (explication de l’enthousiasme délirant de 1914) – L’Allemagne paiera ; celui qui discute est un impur et un traître, le briseur de mythes est brisé (s’applique à tous les briseurs de mythes, et pas seulement à ce mythe-ci) … Exemples d’autres mythes (éternels), souvent bases des diverses utopies : –  L’âge d’or (avant, après) et le mythe de l’abondance – Le bon vieux temps – L’éternel retour – La terre promise … L’opinion commune n’est jamais absolument générale ; mais comme il n’est guère agréable de jouer le rôle de briseur de mythes, à partir d’un certain degré d’extension, une opinion admise ne rencontre plus de résistance ouverte, n’ayant plus contre elle que des individus isolés (qu’aujourd’hui la férocité de la dictature idéologique du politiquement correct supportant les intérêts dominants, impose d’exclure et d’insulter publiquement et quotidiennement), voir aujourd’hui la quantité de dénis (mythes excluant des réalités plutôt que fabriquant des illusions) imposés par la lâcheté du groupuscule politico-intello-médiatique : islamisme, immigration, remplacement, violence… Même si la cause fondamentale d’un mythe a cessé d’exister, donc même s’il est désormais sans racines, toute action contre le mythe détruit le confort d’esprit, la tranquillité et constitue une sorte de viol … On ne dérange pas impunément la masse des Gogos et les intérêts dominants. »

Ci-dessous, extraits du livre de Paul Veyne, Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ? L’auteur se réfère beaucoup à Pausanias, un Grec du premier siècle.

« Le mythe est relation de faits vrais, avec, en outre, des légendes qui se multiplient avec le temps ; plus une tradition est ancienne et plus elle est encombrée … les mythes ont donc un fond de vérité et, si l’historicité des guerres de Troie et de Thèbes n’est pas démontrable, c’est parce qu’aucun événement ne peut être démontré … Le mythe est véridique, mais au sens figuré … il est un haut enseignement philosophique entièrement vrai … à condition qu’au lieu de le prendre à la lettre on y voit une allégorie … Pour les philosophes, allégorie des vérités philosophiques ; pour les historiens, légère déformation des vérités historiques … On ne saurait mentir ‘ex-nihilo’, on peut seulement déformer la vérité … Les Centaures sont impossibles (sinon ils existeraient encore aujourd’hui des êtres hybrides) … mais pour tuer des taureaux sauvages, quelqu’un inventa de monter à cheval et de les percer d‘un javelot … Le mythe est une copie du passé, et cette copie est moins interpolée qu’altérée … L’original était authentique, mais en le reflétant, on a pris un mot pour l’autre, une chose pour un mot, etc. … les choses actuelles donnent la mesure de ce qui est naturellement possible (les héros n’avaient pas dix coudées de haut si l’on considère la nature dont les individus actuels sont la mesure), sans toutefois se limiter à ce que nous connaissons … Purifier les traditions de ce qui y était physiquement incroyable ; ôter ce qui est historiquement impossible (la coexistence des dieux et des mortels, car, en notre âge historique, les dieux se sont retirés loin des hommes) … Il est historiquement sain de considérer Hercule, Bacchus et les Dioscures comme de grands hommes que, par reconnaissance, on a pris pour des dieux ou des fils de dieu … Les pharaons et les empereurs romains étaient bien divinisés de leur vivant (même si pour des raisons politiques, et que personne et pas eux-mêmes n’y croyait), d’ailleurs les rois de France plus récemment … Action fut bien déchiré par ses chiens, mais sans la volonté d’Artémis, sans intervention divine. »

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– SYMBOLIQUE

– Le symbole (étymologiquement : rassembler, unir, réunir…), désigne une image qui unit la matière à l’esprit, une réalité matérielle, sensible, à une idée, un concept, une représentation imaginaire, une faculté… Issu de l’objet brisé qui reconstitué se retrouve intact et tel fait lien entre le possesseur de chaque morceau.

– « Le symbole, d’emblée, espère nous faire sauter hors de la sphère du langage. Ce qu’il vise n’est d’aucune manière exprimable, ce qu’il donne à voir ou à entendre n’est susceptible d’aucune entente. Son plan n’est qu’un tremplin pour nous élever ou nous précipiter vers une région autre à laquelle manque tout accès … Saut, changement de niveau, brusque et violent, exaltation, chute dans ce qui est autre, autre que tout sens possible. »  (Maurice Blanchot)

– La symbolique renvoie à autre chose qui est absent, quelque chose de plus grand et de plus élevé, qui réunit et unifie (au contraire de diabolique, qui divise), qui nous a précédé, nous excède et nous succèdera (nombre des notations qui suivent sont dues à Paule Amblard)

– La symbolique renvoie à autre chose qui est absent, quelque chose de plus grand et de plus élevé, qui réunit et unifie (au contraire de diabolique, qui divise), qui nous a précédé, nous excède et nous succèdera (nombre des notations qui suivent sont dues à Paule Amblard)

– L’homme moderne a rejeté la symbolique, celle qui exprimait notre nature divisée. Et c’est pourtant grâce aux symboles que ‘l’homme sort de sa situation particulière et ‘s’ouvre’ vers le général et l’universel. Depuis des millénaires et plus : – L’eau, bénie, symbolise la somme universelle des virtualités, réservoir de toutes les possibilités d’existence, purificatrice et régénératrice, précédant toute forme, désintègre, abolie, purifie, fertilise, évoque aussi bien la Mort que la Renaissance (baptême, répétition du Déluge), la régression, dissolution par immersion, renaissance par l’émersion, la régénération de l’homme nouveau  ; alors que la mer, en revanche, est source de peur, un lieu de tempêtes et d‘abimes –  L’alternance jour / nuit, résurrection – La nudité souvent associée à l’eau, intégrité et plénitude, pureté originelle (Adam et Eve nus, absence de l’usure ; la vérité qui sort nue du puits) – Le feu évoque l’illumination, purifie aussi mais par anéantissement – Le vent est douceur et violence, il  inspire ou rend fou, évoque l’Esprit ou bien les esprits mauvais – La terre, la Terre-Mère, est nourricière autant qu’ingrate, d’où sort la végétation est aussi le séjour des morts, tout ce qui vit est sorti d’elle et tout ce qui meurt y retourne – Le jardin et l’innocence, la pureté, l’union fécondatrice du Dieu-Ciel (l’infini, le transcendant, le ‘tout autre’, le ‘très haut’) et de la Terre-Mère (la génitrice) – Le sexe comble et vide – La pilosité, qui représente la part instinctive de l’homme (l’Esaû biblique était couvert de poils), qui, excessive, était jadis réservée aux démons, alors que la longue barbe blanche évoque la sagesse de l’Ancien  –  Chaque teinte est un code, souvent comportant deux pôles, l’un positif, l’autre négatif : La couleur verte renvoie à la nature, à la végétation, au printemps, à la croissance, à l’espérance, à la régénérescence ; Le jaune à la lumière, à la clarté, à l’éclat, à la richesse, mais aussi à la traîtrise, à la perfidie  ; Le rouge à la force vitale, à l’amour, mais aussi  au sang, à la violence, à la guerre, au sacrifice, au martyre, ; Le bleu au ciel, au calme, à l’apaisement, à la béatitude, au conformisme et à la passivité (ce pourquoi sans doute l’Europe l’a choisi)  ; Le blanc à la pureté ; Le brun à la terre ; le violet (équilibrant la vitalité du  rouge et le bleu de l’esprit) couleur du passage vers le spirituel, du deuil ; d’autres couleurs… – Le miroir, source de connaissance, généralement de soi-même – Les ailes  évoquent l’Universel, l’Esprit – La coupe, marque de communication entre les hommes – La couronne symbole de pouvoir donnant accès à des forces supérieures – La clef, qui ouvre à la connaissance, et qui symbolise le pouvoir spirituel (saint Pierre), représentée sous son aspect pouvoir  par le sceptre pour le pouvoir temporel  – Le glaive, pouvoir de l’esprit et tranchant vers la vérité – La faux, qui sépare l’âme du corps, outil de la mort, elle-même fin et passage – Le cheval évoquait la puissance, la domination, (les quatre cavaliers de l’apocalypse), l’âne l’humilité – La roue évoque le renouvellement de la vie, des choses, la rotation du monde autour d’un centre, immobile, centre de la ‘roue des choses’, image du principe immuable (avec sa variante solaire la ‘swastika’, symbole du mouvement, orientale avant d’être récupérée comme ‘croix gammée’), le Centre, région sacrée permettant la communication entre le Ciel et la Terre, entre la verticale et l’horizontale (symbolique des deux axes de la Croix) , entre  le cercle (mandala tibétain) et le carré, signe de la terre (l’équerre) –  Les bonnets ronds et les souliers carrés des anciens mandarins chinois (respectivement symboles du Ciel, de l’esprit et de la Terre, du temporel) – La montagne sacrée, centre du monde comme le temple ou la cité sacrée, partout célébrée, point de rencontre du Ciel et de la Terre, lieu mystérieux, lieu d’apparitions, de révélations, tours (Babel), pyramides et ziggurat – L’arche, évocateur de l’arc-en-ciel, union du ciel et de la terre –- L’Est, l’Orient, le soleil levant, lieu où apparaît la lumière, naissance, renaissance, éveil, intelligence, au contraire de l’Ouest, soleil couchant, région des ténèbres, de l’affliction – Le fruit de l’amandier et son noyau caché et inviolable – La barque, symbole de la navigation humaine agitée vers… – La végétation, et particulièrement l’arbre (l’arbre de la connaissance, de la science), la vie, la poussée vitale, la régénération, le renouvellement, la résurrection, l’immortalité – La pierre qui ne change pas, invulnérable au devenir, puissance, dureté, permanence – L’œuf, l’origine – La caverne, lieu du secret, de l’abri comme de l’ignorance et de l’obscurité – La forêt évoque l’abri, le refuge des poursuivis comme des ermites mais aussi l’ombre et l’effroi, la solitude, lieu de l’angoisse comme la nuit – La mer rappelle le tombeau, le néant, le désert – La colonne, arc tendu entre ciel et terre, dit la civilisation, la culture, la liaison ciel et terre, soit la transcendance et l’immanence, la virilité fécondatrice – les deux colonnes, entrées des temples et édifices, l’une de rigueur, de justice, l’autre de miséricorde – La balance, symbole lui bien connu, l’équilibre de la justice – L’épée représente son puissant maître et s‘identifie à lui, sa personnalisation est souvent soulignée par un nom, elle est unique, Durandal, Excalibur –  L’étole indique la fonction sacerdotale (le joug du Seigneur), la mitre (l’aspect spirituel) et la crosse (le pouvoir)  – Le pont et la porte qui relient, qui permettent le Passage (importance des rites de passage), le seuil (changement de classe d’âge, puberté, mariage, homme nouveau, régénération, initiation, mort), le changement de mode d’être, le pont dangereux ou la porte étroite ; la porte qui ferme aussi, qui clôt la maison, lieu conçu comme corps de l’être  – L’universel symbolisme sexuel et gynécologique de la coquille marine et de nombre d’autres espèces de  coquillage –  Le chiffre trois, la Trinité, qui rompt en l’ouvrant sur l’extérieur le caractère inévitablement soit fusionnel soit conflictuel du duo (la Trinité chrétienne, les trois âges de la personne, les trois instances du temps, le dépassement de la contradiction dialectique où l’Un – premier temps, thèse – se divise en Deux en s’opposant – deuxième temps, antithèse – et où le troisième temps – synthèse – restitue l’Unité, les trois états de l’humanité de Joachim de Flore et d’Auguste Comte, le ça, le moi er le surmoi freudien…)  – Quatre, chiffre de l’universel terrestre (les quatre points cardinaux, les quatre éléments, les quatre saisons, les quatre régions de l’univers, les quatre colonnes du tabernacle, le jardin médiéval et les cloîtres carrés, les quatre évangiles et les quatre fleuves du paradis…) – Sept et les sept niveaux cosmiques, les sept étages de la ziggurat babylonienne – Dix le chiffre des commandements et quarante, chiffre de la complétude – Le nombre douze (le plus divisible de tous, par 2, 3, 4, 6), les signes du Zodiaque, les douze tribus d’Israël, les fils du nordique Odin … Le caractère ambigu de la plupart des symboles, à la fois bénéfiques et néfastes, nous rappelle sans cesse notre double marque, divine et bestiale (limitée, animale…. pas forcément brutale).

– La symbolique nous introduit au processus dialectique de dépassement des contradictions qui nous sont imposées, ce par dissolution de l’opposition figée entre des formes figées, et, par là, elle est élévation, libération par acquisition de distance, révélation de la condition humaine.

– La symbolique nous situe dans notre monde environnant. Qui comprend aujourd’hui ce qu’évoquent certains nombres, 3, 4, 7(3+4), 12 (3×4)…, la symbolique de la tenue des mandarins chinois (en reste-t-il ?), souliers carrés et bonnet rond  dont la signification se lit ainsi : Les pieds, membres terre à terre, et le carré, symbole universel de l’existence terrestre (comme les cloîtres et jardins carrés), concrète, soit souci du matériel (au sens large), des biens, de l’existence… Moi, dans le monde. La tête, siège de l’esprit, et le cercle (voir la kippa juive, les bonnets des évêques chrétiens…), symbole universel du Ciel, soit souci du spirituel, religiosité ou esprit philosophique, symbole de l’Unité … Autre, Plus et Ailleurs que mon petit moi. L’expression signifiant que l’homme réunit, et doit réunir, ces deux dimensions.

– Elle est langage pour s’adresser à notre inconscient et, par là elle est unificatrice de nous-mêmes. Elle est une voie d’accès vers l’unité par prise de conscience et acceptation de notre relativité, de notre dualité, de nos contradictions, donc une approche du sens, un enseignement pour le vivre, un pas vers la sérénité parce qu’elle est transfiguration d’un tangible médiocre en même temps que relation à sa nécessité.

– Notre société ne refuse pas la symbolique, elle ne la comprend plus, par inculture et ridicule prétention. Elle ne sait plus aller au-delà d’une lecture superficielle, au premier degré, des événements, des attitudes et des œuvres. C’est pourquoi d’ailleurs elle est incapable de réaliser une œuvre signifiante. C’est pourquoi le moindre choc la laisse affolée, pétrifiée, nue. Elle a brisé le lien des représentations partagées, des valeurs acceptées, des alliances contractées –  désymbolisation, déliaison, sécheresse, nudité, stupidité, servilité…

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« Il y a eu un temps où, en Occident, on n’a plus compris l’importance des noms. Cela constitue un signe parmi d’autres de l’obscurité en matière symbolique qui s’est étendue sur l’Europe … Il est assez triste de voir certains enfants assujettis, par la première marque de leur identité, à une lubie de leurs parents insatisfaits de voir leur fantaisie se limiter à la dénomination des animaux domestiques. » (Marie Balmary – Le sacrifice interdit – sur la loi démagogique permettant de nommer un enfant n’importe comment, société du n’importe comment)

« Pourquoi certaines réalités s’expriment sur un mode symbolique. La raison en est que leur complexité leur interdit d’être exprimées de façon directe. Mais c’est malgré tout parce qu’il en perçoit le sens que l’individu y adhère. » (Raymond Boudon – sur une question de Durkheim) – L’inculture de notre société explique qu’elle ne comprenne rien à ce qui peut être complexité.

« Le symbolique implique une donnée qui ne se discute pas, alors que nous avons la passion de construire et d’expliciter notre monde ; il a quelque chose de fixe ou de retranché, là où nous aimerions discuter et retoucher … Amortisseur des violences, moins d’ordre symbolique ne signifie pas automatiquement plus de liberté, mais plus de rivalités de tous contre tous. » (Daniel Bougnoux)

« Tout se passe comme si certains objets et certaines images bénéficiaient, par suite d’une forme ou d’un contenu particulièrement significatifs, d’une capacité lyrique marquée … Phénomène de l’évocation. » (Roger Caillois)

« Ce qui soude l’un à l’autre les deux sens du mot ‘symbolique’ : cela qui renvoie à une autre chose qui n’est pas là, de plus grand ou de plus haut, et cela qui réunit des gens séparés (le contraire donc de ‘diabolique’, qui divise ce qui était déjà uni). L’ordre structurant et préétabli qui nous précède, nous excède et nous succède est aussi l’élément qui nous permet d’être et d’agir ensemble. Traduction : nul ne rassemble au présent de l’indicatif. Seul l’irréel fédère. Rêve, dieu, âge d’or ou société sans classe. D’où la force agglomérante des légendes, et l’effet cristallisateur des mythologies … Vous voulez unir un pays ? Racontez-lui une belle histoire. Vous voulez rassembler ? Faites décoller, soulever, délirer. » (Régis Debray) – Qui va délirer pour le taux de croissance, le PIB ou le nième comité ou observatoire créé pour caser un copain ?

« J’entends par le mot magnifique de ‘spectacle’ tout ce qui vient se glisser entre le songe et la veille, toutes les échappées que vaut à un mortel son aptitude à s’échapper de sa cage grâce à la dynamique ascensionnelle du symbole. » (Régis Debray) – Sur ce qu’on pourrait appeler les cérémonies, en lieux, décors, acteurs particuliers, idéalisation des choses, le jeu du comme si, décrochage, effraction dans l’ordinaire des jours.

« Combien de temps la sacralité de la vie ou le respect de la mort peuvent-ils résister à la dé-ritualisation des fins de vie, à l’évacuation des cérémonies et cortèges funéraires, à l’escamotage des agonies à l’hôpital, aux enterrements à la sauvette ? … Le culte du circuit court risque de court-circuiter les processus de mentalisation et symbolisation de la vie qui peuvent freiner la barbarie, à défaut de l’éteindre … Une action quelconque devient symbolique quand chaque instant est plus général que l’incident …Le risque est, qu’à force d’être proche de tout, on ne discerne plus rien de général. » (Régis Debray) – La mort, parmi mille exemples possibles de ce qu’entraînera l’écroulement du rituel, du symbolique.

Le chiffre trois, la Trinité, qui rompt en l’ouvrant sur l’extérieur le caractère inévitablement soit fusionnel soit conflictuel du duo (la Trinité chrétienne, les trois âges de la personne, les trois instances du temps, le dépassement de la contradiction dialectique, les trois états de l’humanité de Joachim de Flore et d’Auguste Comte…). « Le locuteur dispose des  trois termes ‘je’, ‘tu’ et ‘il’ qui mettent instantanément en forme son espace symbolique, personnel et social. Toutes les conversations, dans tous les temps et dans toutes les langues, se déroulent dans cet espace minimal … Lorsqu’un sujet parle il dit ’je’ à un ‘tu’, à propos de ‘il’ … Suivant Benveniste, les deux termes de la dyade ‘je’ et ‘tu’ sont inégaux : ‘je’ est toujours transcendant par rapport à ‘tu’, ‘tu’ est  nécessairement désigné par ‘je’ et ne peut être pensé hors d’une situation posée à partir de ‘je’ … qui est la dominance de notre espace symbolique …  Le monde des grands récits n’était pas enchanté, loin s’en faut. Mais le monde des néotribus ne le sera pas davantage. Parce qu’aucune socialité ne peut faire l’économie de l’absence. Si l’on ne peut pas décidément se retenir d’appeler les foules à s’embarquer dans un train en partance pour l’un ou l’autre monde, (idéologies) il faut dire comment, dans ce monde, le sacrifice sera consommé … Se débarrasser de Dieu apparaît tout à coup comme une rude épreuve : tout de suite est reouverte la question qui était, avec Dieu et son sacrifice, résolue une foi(s) pour toutes … S’il n’y a plus d’occurrence divine de l’absence, il faudra qu’une nouvelle occurrence de l’absence vienne occuper ce lieu constitutif du lien social (si j’ai bien compris, c’est la question du ‘il’). » (Dany-Robert Dufour – considérations éparses – Les mystères de la trinité )

« L’histoire de l’humanité, c’est l’histoire de l’évolution endogène des systèmes sacrificiels, la civilisation faisant des bonds en avant lorsqu’on substitue à la victime humaine un tenant-lieu, un symbole, d’abord un animal (le sacrifice d’Abraham), puis des végétaux, ensuite des entités symboliques abstraites. C’est donc l’histoire de la symbolisation. » (Jean-Pierre Dupuy)

« Tout microcosme a ce qu’on pourrait appeler un Centre, une région sacrée, hors des limites duquel commence l’inconnu, l’informé, symbole d’une Montagne, Arbre ou Pilier qui soutient les niveaux cosmiques et qui permet la communication entre le Ciel et la Terre, tout en reliant celle-ci au Ciel  (l’échelle de Jacob, l’escalier qui figure la rupture de niveau qui rend possible le passage d’un mode d’être à un autre, la corde…) … Les rites d’Ascension par lesquels certains être privilégiés montent au Ciel. » (Mircea Eliade – Images et symboles)

« Il ne faut pas croire que l’implication symbolique annule la valeur concrète et spécifique d’un objet ou d’une opération … Lorsque la bêche est nommée  ‘phallus’ (en certaines langues) et que l’ensemencement est assimilé à l’acte sexuel (comme on l’a fait presque partout), il ne  s’ensuit pas que l’agriculteur ‘primitif’ ignore la fonction spécifique de son travail et la valeur concrète, immédiate, de son outil … En s’appliquant à un objet ou à une action, le symbolisme les rend ‘ouverts’. La pensée symbolique fait ‘’éclater la réalité immédiate, mais sans l’amoindrir ou la dévaloriser … Aucun objet n’est isolé dans sa propre existentialité ; tout se tient ensemble, par un système serré de correspondances et d’assimilations. » (Mircea Eliade)

 « L’interprétation symbolique du monde a été d’une valeur éthique et esthétique incomparable. Embrassant toute la nature et toute l’histoire, le symbolisme a donné une image du monde d’une unité encore plus rigoureuse que celle que peut suggérer la science moderne. Il y a introduit un ordre irréprochable, une structure architectonique, une subordination hiérarchique. Car Du point de vue causal, le symbolisme se présente comme une espèce de court-circuit de la pensée. Au lieu de chercher le rapport de deux choses en suivant les détours cachés de leurs relations causales, la pensée, faisant un bond, le découvre, tout à coup, non comme une connexion de cause ou d’effet, mais comme une connexion de signification et de causalité. Un rapport de ce genre pourra s’imposer dés que deux choses auront en commun une qualité essentielle qu’on peut rapporter à une valeur générale … Il est nécessaire que dans chaque rapport symbolique il y ait un terme supérieur et un terme inférieur. Deux choses équivalentes ne se prêtent pas à un rapport symbolique, sauf le cas où elles se rattachent toutes les deux à une troisième de nature plus élevée. » (Johan Huizinga – L’automne du Moyen Âge)

« La mentalité symbolique empêchait le développement de la pensée causale, parce que le rapport causal et génétique devait paraître insignifiant auprès du rapport symbolique. » (Johan Huizinga)

« Le symbolisme était la traduction défectueuse de rapports pressentis par intuition, analogues à ceux que nous révèle la musique. » (Johan Huizinga)

 « Le Moyen Âge qui savait que sur cette terre tout est signe, tout est figure, que le visible ne vaut que par ce qu’il recouvre d’invisible, le Moyen Âge qui n’était pas, par conséquent, dupe, comme nous le sommes, des apparences, étudia de très près cette science et il fit d’elle la pourvoyeuse et la servante de la mystique … Puis vint la Renaissance et la symbolique sombra en même temps que l’architecture religieuse. » (Joris-Karl Huysmans – La cathédrale) – On n’avait pas besoin de Psy. alors.

« Une communion sans  communication. » (Kak Jaspers – sur le symbolisme)

« Être toujours en évolution, sans forme fixe ; qu’on ne peut immobiliser ni cantonner et qui échappe à l’emprise … n’adoptant jamais de forme fixe, le dragon peut demeurer fascinant d’étrangeté … se soustrait à toute emprise, fait signe vers un continuel au-delà : il est l’image d’un dynamisme qui jamais ne se réifie et par là même devient insondable … L’image d’une énergie … Tension au sein de la configuration, variation par alternance, transformation inépuisable et pouvoir d’animation … autant d’aspects concourants qu’incarne d’un même élan le corps du dragon … on ne saurait imaginer de plus belle incarnation de l’alternance comme moteur de la continuité … Il ne saurait se matérialiser en une configuration définie. Tantôt il apparaît et tantôt il disparaît, tantôt se déploie et tantôt se replie … L’oscillation par alternance, symbolisée par le dragon, est le grand principe régulateur du dynamisme (existant dans toute réalité, à l’œuvre dans tout processus : artistique, esthétique, politique, historique) … motif constant de la pensée et de la réflexion des Chinois … Force du cours de l’eau, adaptabilité au terrain, corps du dragon. » (François Jullien) – La souplesse et l’adaptabilité du corps du dragon, susceptible d’épouser parfaitement toute forme. On est bien loin de la vision occidentale du dragon, pour laquelle il est, et n’est que, le démon.

 « Les symboles sont des matériaux ‘équivoques’ c’est-à-dire des signes particuliers à travers lesquels le signifié déborde sans cesse le signifiant et renvoie à un mythe (les couleurs … les éléments naturels, l’eau…). Non seulement le symbole signifie quelque chose d’autre  que le signifiant verbal ou matériel qui lui sert de support mais il appelle encore la compréhension d’un autre sens que le sens premier et immédiat auquel il renvoie. … Polysémie, équivocité, équivalence et richesse pratiquement inépuisable, le symbole suscite une activité qui est celle de l’interprétation. » (François Laplantine)

« La consistance d’un ensemble social vient essentiellement d’une force invisible qui prend corps dans les totems, emblèmes ou images diverses, et par là même constitue le corps social. » (Michel Maffesoli) – « Fonction rituelle des emblèmes : faire parler la ‘Référence’ … Ce qui est en cause dans le juridisme très étroit de l’emblématique, ce n’est pas seulement le destin, toujours menacé, d’un système familial, mais l’enjeu de légitimité avec ses conséquences sociales en tout genre. Les familles n’étant qu’un cas particulier de la lutte des organisations pour la légitimité, c’est-à-dire pour la vie … Toute organisation, comme tout sujet, revendiquant un titre à la vie doit entrer dans l’emblématique. » (Pierre Legendre) – Blasons, drapeaux…

« Les femmes ne comprennent pas que la séduction représente la maîtrise de l’univers symbolique, alors que le pouvoir ne représente que la maîtrise de l’univers réel … le domaine des apparences, des codes, des règles du jeu leur appartient. Elles sont en ce domaine législatrices (selon Stendhal), si elles ne l’admettent pas, elles en ont parfaitement conscience et en jouent. » (Bérénice Levet)

« Prométhée est le héros archétype du principe de rendement … S’il est le héros culturel du travail, de la productivité et du progrès par la voie de la répression, il faut chercher les symboles d’un autre principe de réalité à un pôle opposé. Orphée et Narcisse (comme Dionysos) défendent une réalité très différente. Ils ne sont pas devenus les héros culturels du monde occidental ; leur image est celle de la joie et de l’accomplissement ; leur voix celle qui ne commande pas, mais qui chante ; leur geste celui qui offre et qui reçoit ; leur acte celui qui est la paix et met fin au labeur de la conquête ; surmontant le temps, ils unissent l’homme à Dieu, l’homme à la nature … Le statique triomphe sur le dynamique, un ordre sans implication répressive, l’ordre de la satisfaction que l’Eros libre crée … Mais les représentations des héros culturels du monde orphique et narcissique sont essentiellement irréelles et irréalistes. » (Herbert Marcuse)

« C’est du contraste dans l’aspect et la fonction des corps masculin et féminin que les hommes ont tiré les analogies relatives au soleil et à la lune, à la nuit et au jour, au bien et au mal, à la force et à la vulnérabilité. » (Margaret Mead, anthropologue) – « L’ensemble des couples de notions qui découpent le réel sont toujours en dernier ressort référés au masculin et au féminin : chaud / froid ; dur / mou ; actif / passif ; public / privé… » (Bérénice Levet) – L’universalité d’un ordre social sexué.

« Les tentatives artificielles d’édulcoration des symboles d’un pays qui visent à permettre aux minorités d’y participer peuvent affaiblir la capacité de la majorité à s’identifier au pays. » (Avishaï Margalit) – Pertinent. Sauf que c’est bien le but poursuivi par la démolition systématique de toute la symbolique et des tradition locales : écœurer les indigènes.

« Une civilisation transmet un ordre symbolique ou se défait. La féminisation des mœurs et l’infantilisation des hommes qui l’accompagne, est selon nous, une des expressions de ce délitement. Cet ordre était solidaire d’un certain primat du Logos sur l’émotif et l’affectif. De la volonté sur l’impulsion. De l’intellect sur le sensationnel. De l’Histoire sur l’immédiat, De la politique sur les mœurs. » (Paul-François Paoli) – Valeurs masculines, à la poubelle !

« Le langage symbolique renvoie à la promesse d’un sens toujours plus étendu et plus haut, qui apparaît à la mesure que l’homme est lui-même plus développé et plus élevé. » (Louis Pauwels)

« Ce qui caractérise les relations de l’individu moderne avec la nature et avec le temps, c’est la distance (permettant action et transformation), la discontinuité, la parcellisation (qui s’oppose à la perspective holiste, totalisante et unifiante des sociétés où la dimension religieuse est omniprésente). Son monde, où il applique son projet prométhéen, est un monde dépourvu de valeurs symboliques … L’appréhension non plus unitaire mais fragmentée et scindée de la réalité. » (Evelyne Pewzner)

« La psyché demande que l’enfant soit enfant, que le père, ou le maître, soit vraiment paternel ou vraiment magistral … que le magistrat ait une tenue solennelle. Elle demande qu’il n’y ait pas un métissage grisâtre universel, que le blanc soit blanc, et le noir, noir. Elle demande la maximalisation des différences, non pour la lutte mais pour la complémentarité des rôles, et pour des contrastes permettant des distinctions dans l’unité, comme dans le langage, ou dans l’art. » (Raymond Ruyer)

« Vivre dans le symbolique, c’est avoir le temps. Avoir avec le temps d’autres rapports que ceux de l’homme pressé de l’Occident. » (Michel Schneider)

« On parle de lien social … Qu’est-ce qui nous fait vivre ensemble sans nous entretuer ? La réponse est simple : le système symbolique, l’ensemble des représentations qui disent à chacun ce qu’il est et ce qu’il n’est pas. Les traits principaux d’un système symbolique : un ordre de langage – un ordre sur lequel l’individu n’a pas prise – un ordre dérivé du rapport entre les sexes – un ordre fondé sur la notion du temps – un ordre lié au négatif et à la mort – un ordre dont la fonction paternelle est le garant. » (Michel Schneider) – Qu’en reste-t-il ?

« L’ordre symbolique n’est rien d’autre que ce qui nous préexiste et nous survit, ce qui est plus grand et plus puissant que nous, plus ancien et plus durable ; ce qui n’est pas à nous, ce qui n’est pas nous, mais ce sans quoi nous ne saurions être. Ce sur quoi aucun désir n’a barre ; ce qui s’impose absolument : le rapport de la civilisation à la mort. Le symbolique est notre condition, ce qui s’oppose à la nature et lui donne forme et sens, ce dans quoi nous devons vivre et mourir, ce sans quoi l’homme n’est plus l’homme … Seul le sujet s’inscrit dans le symbolique, Or rien n’est plus contraire à l’existence d’un sujet que l’affirmation sans limites de l’individu. » (Michel Schneider) – De l’Autre, d’un cadre, des références, des valeurs, des contraintes qui font grandir et auxquelles on peut s’opposer, la reconnaissance joyeuse de nos limites comme celle raisonnable de nos ambitions (progrès). Tout ce que, mû par l’instinct de mort, on saccage férocement.

« Le symbolique dit que tout ne se vaut pas. Par la langue, il construit et impose des différences, des oppositions et des hiérarchies afin de donner du sens aux liens psychiques et sociaux. Aussi, tout ce qui réduit les différences et instaure de l’illimité ou de la toute-puissance participe de sa disparition … confusion généralisée des rôles et des mots … Diversion remplaçant la division : parler de parité au lieu de différence des sexes, d’autorité parentale au lieu de paternelle, de fracture sociale au lieu de lutte des classes … Tant de différences sont niées par la pensée politiquement correcte ! » (Michel Schneider)

« L’ordre symbolique est ce qui assujettit l’individu, aux deux sens du terme, en lui permettant de dire ‘je’ et en limitant son vouloir. Il le libère de l’absolue liberté qui n’est qu’équivalence de tout avec tout et le dispense de la fuite dans le rien ne vaut rien. » (Michel Schneider)

« Hors la reconnaissance d’un système symbolique, d’un ensemble extérieur et cohérent de significations … d’un petit nombre d’éléments imposés et au nom desquels on pense et on vit, un sujet n’est plus un sujet. Être sujet, c’est voir bornée la part des droits et des choix, et se situer face à autrui dans un rapport  de dette et de devoirs … On ne peut être sujet que d’un Autre, un sujet de ‘soi-même’ n’est pas un individu, c’est un fou. » (Michel Schneider)

« La folie n’est rien d’autre que l’effacement de la loi symbolique, la fin d’un monde humain dans lequel moi et l’autre sommes également soumis à un tiers, un grand Autre, sur lequel nous n’avons pas prise, mais auquel nous avons à rendre des comptes. A la place, un monde duel où il n’y a plus que moi et ‘eux’. Malheureusement, le monde duel est toujours un monde de duel, où il faut supprimer l’un ou les autres : c’est ‘eux’ ou ‘nous’. » (Michel Schneider) – Le relativisme, quand il aura effacé tout symbolisme, nous promet de beaux jours, bien civilisés.

« Le jaune et le rouge (aussi couleur de la sexualité, du sang et de la violence) sont des couleurs populaires, de la foule, des enfants, des femmes, des sauvages, du bruit, du marché, de la fête, de la vie naïve et sans soucis, de la matière, de la proximité … couleurs apolliniennes, polythéistes. Le bleu et le vert (aussi couleur de la nature) sont des couleurs transcendantes, spirituelles, immatérielles, celles de la solitude, du souci, des rapports du moment avec le passé et l’avenir, du destin comme soumission immanente à l’univers … couleurs faustiennes, monothéistes. » (Oswald Spengler)

« La culture contemporaine refuse le symbolisme, car celui-ci renvoie à un monde au-dessus de l’homme. Elle le remplace par des signes de l’expérience immédiatement vécue. » (Alain Touraine) – Elle réduit tout au terre à terre.

« Le symbole qui est activité du sens plutôt que le mythe qui en est la réification. » (Bertrand Vergely – interprétant Ernst Cassirer)

« Le symbole est ouverture, renvoi à autre chose, dépassement donc, et par là même liberté … L’homme s’élève au-dessus du monde et de lui-même par la désignation symbolique … Au lieu d’être englué dans la présence captivante des choses, l’homme a conquis la possibilité de mettre celles-ci à distance grâce au symbole qui permet d’ouvrir tel signe, telle image sur une autre signe, une autre image, afin de donner à voir au-delà des choses … Rien ne donnant à penser, rien ne symbolisant rien, rien n’est lié » (Bertrand Vergely – interprétant Ernst Cassirer)

 

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