660,1 – Rigueur, Sérieux / Légèreté ; Dérision, Moquerie

– Se taire, faire ce qu’on dit et dire ce qu’on fait, faire ce qu’on nous demande à juste titre, faire complètement et non partiellement, accepter des questions ou des remarques et y répondre en raison et non en fonction de sa susceptibilité, brider sa curiosité, ne pas questionner à tout propos, tenir sa langue, contrôler ses gestes, compter sur soi avant de compter sur autrui, ordonner correctement ses démarches et ses actions, s’occuper de ses affaires, ranger un minimum, prévoir sans se cantonner à l’aujourd’hui, distinguer l’essentiel de l’accessoire et y conformer sa conduite, se rappeler ce qui a été fait (par soi comme par d’autres), citer correctement ce qui a été dit (par soi comme par autrui), adhérer au réel…

– L’être léger – non pas celui qui est fin, subtil et discret – celui qui ne voit que la surface des choses, des êtres et des faits, qui ne s’intéresse pas au fond, toujours tourné vers l’anormal, l’exceptionnel, le nouveau, est condamné, après la neutralisation de l’esprit, à l’effacement du caractère. Il est le mou qui subit.

– La légèreté qui ne veut voir ni prévoir se trouve un jour ou l’autre acculée au tragique (sort qui attend nos sociétés).

– Le manque de rigueur est une malhonnêteté malhonnête, car à la malfaisance de l’acte ou de son absence s’ajoute l’hypocrisie qui avance toujours un alibi.

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« Ne nous prenons pas au sérieux, il n’y aura aucun survivant. » (Alphonse Allais)

« Plus aucune des puissances qui nous forment et nous déforment aujourd’hui n’est assez forte pour entrer en concurrence avec le divertissement.  La façon dont nous rions, marchons, aimons, parlons, pensons ou ne pensons pas … nous ne l’avons apprise que pour une part insignifiante de nos parents, de l’école ou de l’Eglise et presque exclusivement du divertissement. » (Günther Anders – L’obsolescence de l’homme – cité par Alain Finkielkraut qui ajoute « Le temps des orateurs est passé : les rappeurs et les amuseurs sont les nouveaux tribuns. »

« Dans les difficultés sociales, il n’est de sérieux que les solutions tragiques. Ce n’est pas l’aspect le moins frappant de l’histoire humaine. » (Lucien Arréat)

« Quand tu ne peux empêcher les circonstances extérieures de provoquer en toi quelque trouble, rentre au plus vite en toi-même, et ne te laisse pas désaccorder plus longtemps qu’il n’est nécessaire. Tu seras d’autant plus maître de ton harmonie intérieure que tu y retourneras plus souvent. » (Marc-Aurèle)

« Tout se passe dans la conversation courante comme si  l’expression directe d’un sentiment, d’une émotion, d’une idée était devenue impossible, parce que trop vulgaire. Tout doit passer par le filtre déformant de l’humour. » (Olivier Bardolle)

« C’est à l’intérieur du défini qu’on trouve l’inépuisable. » (Maurice Barrès)

« ‘Surfer’, mot à la popularité récente … Toute profondeur semble aujourd’hui traîtresse (et la profondeur commence juste au-dessous de la surface) … la surface est le seul espace qui promette une relative sûreté … Liens jetables et relations superficielles. » (Zygmunt Bauman)

« Le dogme de la ‘raison souple’ particulièrement cher à Péguy … une raison indemne d’affirmation … La pensée ‘disponible’ suivant un disciple de Péguy … Le dogme du concept ‘fluide’ de Bergson. » (Julien Benda – qui ne prenait ni Péguy ni Bergson pour de vrais intellectuels)

« Le rire n’a pas plus grand ennemi que l’émotion … Le comique exige, pour produire tout son effet, quelque chose comme une anesthésie momentanée du cœur. Il s’adresse à l’intelligence pure. » (Henri Bergson) ­

« Celui qui ne sait pas rire ne doit pas être pris au sérieux. » (Thomas Bernhard)

« La différence cruciale entre l’esprit de sérieux et le sérieux de l’esprit. » (Pierre Boncenne) – Entre les bouffons minables qui se croient importants (et que le monde servile applaudit) et les personnes intellectuellement (et autrement) honnêtes et rigoureuses.

« ‘Le monde est devenu une réunion de copropriété, le stade suprême de la connerie.’ Chacun ne peut plus rire que de sa communauté s’il veut éviter les ennuis. Dans un roman Michel Desgranges imagine un ‘espace de ‘délation républicaine chargé de ‘recueillir les plaintes d’internautes traumatisés par des sites où s’expriment des opinions qu’ils désapprouvent’ et de récompenser la délation au nom du Bien. On y décerne ‘le laurier démocratique pour le signalement d’une incivilité de nature raciste ou sexiste, la grande fougère recyclable pour la dénonciation d’homophobie, le poireau vertueux pour avoir débusqué des blasphèmes écolophobes.’. Le CSA n’en est plus très loin » (Daoud Boughezala)

« Ne pourrait-on point faire comprendre aux personnes d’un certain caractère et d’une profession sérieuse … qu’ils ne sont point obligés à faire dire d’eux qu’ils jouent, qu’ils chantent et qu’ils badinent comme les autres hommes ? Oserait-on même leur insinuer qu’ils s’éloignent par de telles manières de la politesse dont ils se piquent … montrer le même homme sous des figures différentes qui font de lui un composé bizarre et grotesque. » (La Bruyère) – Qu’eut dit l’auteur s’il avait subi la démagogie de nos soi-disant élites ?

« Faire considérer que la conception du monde qu’elles traduisent non plus comme un chaos désordonné de revendications discordantes, mais comme la seule capable de fonder un ordre qui tienne compte des postulations irréductibles de l’être humain … En pratiquant une probité qui sache se refuser à la séduction et une fermeté qui s’accommode mal du désir de plaire. » (Roger Caillois – sur les conceptions reposant sur l’étroite solidarité entre intransigeance intellectuelle et intransigeance morale, des Rimbaud (‘Une saison en enfer’), Baudelaire…) – On voit aujourd’hui combien, même les expressions d’intransigeance, de probité, de fermeté sont inconnues du gang médiatico-politique et show-business, comme des people.

« La médiocrité d’une intelligence, d’une culture, d’une civilisation, se reconnaît au désir exagéré de s’amuser  (ou pire encore, de se ‘distraire’. Se distraire de quoi ? Du ‘réel’) … ‘Il faut bien rire’, disent les imbéciles. » (Renaud Camus)

« La plus perdue de toutes les journées est celle où l’on n’a pas ri. » (Chamfort)

« L’homme sensé ne s’abaisse pas à protester. A peine consent-il à l’indignation. Prendre au sérieux les affaires humaines témoigne de quelque carence secrète. » (Emil Cioran)

« C’est un malhonnête homme, je ne veux pas lui serrer la main. Et comme je ne peux pas refuser ma main à un officier français devant des touaregs, je m’en vais. » (Charles de Foucauld, à propos d’une officier trop dur avec les indigènes)

« Être léger, c’est démasquer les vaniteux, c’est inquiéter les hypocrites, confondre les méchants, c’est opposer la grâce à la  mauvaise humeur. » (Sacha Guitry)

« Le sérieux naît d’une surestimation du temps. » (Hermann Hesse)

« Celui qui réclame de la musique et non des mélodies de pacotille ; de la joie et non des plaisirs passagers ; de l’âme et non de l’argent ; un travail véritable et non une agitation perpétuelle ; des passions véritables et non des passe-temps amusants, n’est pas chez lui dans ce monde ravissant. » (Hermann Hesse – Le loup des steppes)

« Tout se passe, dans la conversation courante, comme si l’expression directe d’un sentiment, d’une émotion, d’une idée était devenue impossible, parce que trop vulgaire. Tout doit passer par le filtre déformant de l’humour … qui finit bien entendu par tourner à vide. » (Michel Houellebecq)

« Nous avons cessé depuis longtemps de prendre l’univers au sérieux, et nous persistons à accorder à notre personne une promotion privilégiée, à faire en sa faveur une exception ; nous ne pouvons croire qu’elle soit un objet comme les autres. » (Vladimir Jankélévitch)

« La conscience à l’endroit, ratifiant le devenir et le mouvement, affirmant l’existence de l’autre, est une conscience qui dit ‘oui’ … L’homme est un bipède fait pour se tenir debout et non pour rester accroupi … L’homme a ses deux yeux par-devant pour regarder devant soi, ses bras flexibles par-devant pour faire front au danger, ses jambes ployables non pour marcher à reculons, en se dérobant et en évitant le contact, mais pour aller de l’avant … Le fil d’Ariane qui guide les pas de Thésée hors du labyrinthe lui épargne le tournoiement dans les dédales tortueux du souci, c’est la ’via recta’. » (Vladimir Jankélévitch)

« Presque rien n’est aussi grave que nous le craignons, ni aussi futile que nous l’espérons. » (Vladimir Jankélévitch)

« Saint Bernard, commentant la septième règle de saint Benoît (les degrés d’ascension dans l’humilité), dit qu’il s’agit d’escalader les degrés et non de les compter … C’est le virtuosisme malhonnête, farceur et beau parleur, qui se réfugie dans la zone contentieuse où le noir paraît blanc et les cercles carrés ; par le prestige des trop maniables concepts et par la réquisition simultanée de tous les possibles, même contradictoires, il justifie les espérances les plus confuses ; sa phobie de toute précision le retient dans cette contrée crépusculaire des approximations ambiguës. Mais si l’on peut tout dire sans effort, on ne peut agir qu’en payant de sa personne. » (Vladimir Jankélévitch) – Cet humble ‘faire’ qui est entreprendre et travailler.

« Pour s’affranchir des forces obscures et des pouvoirs vils, il faut que l’âme se tienne en bride. » (Ernst Jünger)

« Le feu prit dans les coulisses d’un cirque. Le clown vint avertir le public, on applaudit, il insista, et on rit de plus belle. C’est ainsi que périra le monde : dans la joie générale des gens spirituels qui croiront à une farce. » (Kierkegaard)

« ‘Keep smiling’, le rire de l’homme moderne qui revêt son rire comme un masque sans lequel il serait inacceptable dans la société et n’aurait de ce fait aucune chance de succès … Qui rit selon le rire de l’époque moderne ne le fait pas parce que telle est son humeur, mais parce que le public et la position sociale de la personne exigent la grimace nommée ‘keep smiling’ … Si les hommes veulent être ils doivent paraître, plus parfaits ils paraissent, et plus ils sont ; plus parfaite est leur apparence et plus ils sont réels, et plus réelles et importantes sont les places qu’ils occupent. Ce n’est pas être qui est essentiel, c’est paraître : celui qui paraît, est aussi. A qui paraît être sage, l’on attribue la sagesse … Celui qui se lamente sur le sort des enfants d’Amérique du Sud éveille l’impression que leur sort lui tient vraiment à cœur et que ses lamentations sont déjà le début d’une aide réelle. » (Karel Kosik)

« Est sérieux celui qui croit à ce qu’il fait croire aux autres. » (Milan Kundera)

« Comme il est triste de vivre quand on ne peut rien prendre au sérieux, rien ni personne. » (Milan Kundera)

« La guignolisation des esprits est en marche. » (Elisabeth Lévy) – Voilà ce qui reste de l’esprit français : La vulgarité dans le sarcasme bien-pensant et bien soumis. La prostitution générale dans le gloussement stupide de midinettes. L’empressement des soi-disant élites à se prêter à la bassesse.

« Il y a des gens qui croient sensé tout ce qu’on dit ou fait en prenant un air sérieux. »(Georg Christoph Lichtenberg)

« Le sérieux, lequel semble devenu, à l’instar de la mort, un interdit majeur de notre temps. » (Gilles Lipovetsky)

« L’humour ‘fun’ et décontracté gagne lorsque le rapport à l’autre et à soi se psychologise ou se vide d’enjeu collectif, lorsque l’idéal est d‘établir du contact humain, lorsque plus personne ne croit au fond à l’importance des choses. Ne pas se prendre au sérieux … la venue au jour d’une personnalité tolérante, sans grande ambition, sans haute idée d’elle-même, sans croyance ferme. L’humour qui nivelle les figures du sens en clins d’œil ludiques est à l’image du flottement narcissique. » (Gilles Lipovetsky)

« Parce que prévaut dans l’opinion intellectuelle moderne l’esprit de sérieux. Ce ‘déprofundisme’ dont le Méditerranéen Paul Valéry a montré les méfaits. En bref, cette peur de la vie, ce mépris de ce monde-ci au nom d’hypothétiques paradis futurs ; que ceux-ci soient religieux ou politiques. » (Michel Maffesoli)

« Le rire est la réaction des légers à tout ce qui est sérieux. » (Henry de Montherlant – Le chaos et la nuit)

« La société hyperfestive est une société où l’on ne rit pas parce que c’est un monde où l’on combat … De nos jours, on se bat. On se bat contre la maladie. On se bat contre la vieillesse. On se bat contre l’exclusion. On se bat pour la solidarité. On se bat pour les acquis. On se bat contre le chômage. On se bat contre la solitude. On se bat contre l’échec scolaire. On se bat contre le handicap. On se bat contre les préjugés. On se bat contre l’intolérance. On se bat pour faire bouger les mentalités etc. etc. » (Philippe Muray)

« Moins il y aura de risible autorisé, et plus il faudra imposer du rire artificiel. Le vrai problème d’aujourd’hui étant justement d’arriver à ne pas rire de tout. La bonne solution ne se trouve-t-elle pas dans ces rires enregistrés qui vous indiquent les moments où vous pouvez vous gondoler avec les loups. » (Philippe Muray) – Technique médiatique trop méconnue du gogo.

« Le sérieux, ce symptôme évident d’une mauvaise digestion. » (Nietzsche)

« On ne l’entendra que jacasser et plaisanter. La première règle de leur comportement c’est de ne jamais rien dire sérieusement, de tout réduire par l’humour ; et, a fortiori, vulgairement. » (Pier Paolo Pasolini – sur le petit- bourgeois de jadis, devenu le Bobo d’aujourd’hui) – Tout salir, en restant à l’abri, nous plaisantions !

« Dans l’époque actuelle, qui accomplit l’exploit quotidien de se dire anticonformiste, tout en interdisant toute forme d’humour authentiquement subversif, il est des plaisanteries à éviter.  On peut rire des racistes, des curés ou des beaufs ; on ne rit pas de ces dames, ou du moins pas de leurs profonds ridicules. » (Natacha Polony)

« Quand une population devient folle de fadaises, quand la vie culturelle prend la forme d’une ronde perpétuelle de divertissements, quand les conversations publiques sérieuses deviennent des sortes de babillages, quand le discours sérieux se dissout en gloussements, quand, en bref, un peuple devient un auditoire et les affaires publiques un vaudeville … la mort de la culture menace. » (Neil Postman) – Et derrière, la mort de toute civilisation.

« Pas de liberté sans discipline – Pas d’égalité sans hiérarchie – Pas de fraternité sans rigueur. » (Raymond Queneau – Triade républicaine présidant au Traité des vertus démocratiques)

« Si l’on s’assujettit à la tyrannie des rieurs vulgaires, si l’on tient compte de leurs fadaises, l’on se défend toute beauté morale, toute haute aspiration, toute élévation de caractère ; car tout cela peut être ridiculisé. Le rieur a l’immense avantage d’être dispensé de fournir ses preuves : il peut … déverser le ridicule sur ce qui lui plait … Les seules choses qui échappent au ridicule sont les choses médiocres et vulgaires … On peut se moquer de Socrate, de Dieu, des savants, des poètes, des religieux, des politiques… On ne se moquera jamais de Néron ou de Robespierre. » (Ernest Renan) – Encore, du temps de Renan, on ne connaissait pas fort heureusement les prétendus humoristes de Télé, chargés de salir tout ce qui est propre,  au milieu du torrent de boue dans lequel est plongée notre société.

« Presque tout ce qui est grave est difficile ; et tout est grave. » (Rainer Maria Rilke)

« On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans. 

« Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,

« Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !

« On va sous les tilleuls verts de la promenade. »  (Arthur Rimbaud) 

« Il riait deux fois d’un bon mot. D’abord de la manière dont il l’entendait, et ensuite de la manière dont on le lui expliquait. » (Rivarol)

« Passé l’enfance, on devrait savoir une fois pour toute que rien n’est sérieux. » (Jean Rostand)

« Nous sommes pris dans une immense campagne de divertissement. Tout est prétexte à la fête. Fête du cinéma, des sciences ou de la choucroute, festival de Cannes, Coupe du monde et Beaujolais nouveau, Printemps des poètes et ‘love ’parade… … La démesure festive, sous laquelle la mélancolie n’en est pas moins présente … Halloween s’invite à la fête des Morts et les rires tonitruent à la télévision … Pour recouvrir la catastrophe, il faut un voile plus dense, une fête sans bornes ni temps mort, à la mesure du monde … Bruyante afin de ne pas entendre le silence qui vient. » ( Martin Steffens)

« Quand la légèreté pense bien c’est par caprice et non par jugement. » (Publius Syrus)

« Grand est l’abîme entre le sérieux et la profondeur. » (Gustave Thibon)

« La plus grande liberté naît de la plus grande rigueur. »(Paul Valéry)

« Être ferme par tempérament, et flexible par réflexion. » (Vauvenargues)

« Le rire naît de notre nature infirme, elle nous aveugle et nous fait choisir le mal sous l’apparence du bien … Par hommes qui rient, j’entends ici à la fois ceux qui rient témérairement et à l’excès, et ceux qui poussent les autres à rire … Ceux-ci dépravent et pervertissent, en se servant même de l’apparence du vrai … par la violence qu’ils font à la vérité, ce qui est un et droit, ils le déforment et le courbent. » (Giambattista Vico) – C’est un signe certain de décadence et de bassesse que d’apprécier à l’excès les humoristes, les Guignols.

« Notre époque est incapable de rire d’elle-même, ceci pour deux raisons : la libération de la parole des femmes et l’islamisme. Primo, depuis que les femmes parlent de plus en plus, il y a de plus en plus de politiquement correct … Si on regarde ce qui se passe dans le couple, la femme base généralement son analyse sur la pire interprétation possible de ce qu’un homme dit ou fait. Or, le politiquement correct consiste précisément à interdire toute parole qui, interprétée de la pire manière, pourrait, éventuellement, vexer quelqu’un. Secundo, la France et l’Occident en général ont baissé leur froc devant les revendications islamistes qui terrorisent tout le monde. » (Walter)  – Le politiquement correct sert aussi, et sans doute surtout, à imposer une novlangue qui par l’interdiction de certains termes empêche peu à peu toute pensée libre, ce qui est une condition de la servitude quasi officiellement recherchée.

« L’humour vaut-il le prix que ses victimes acquittent ? » (Théodore Zeldin)

« Le fardeau est léger sur l’épaule d’autrui. » (proverbe)

Ci-dessous, extraits de l’ouvrage de Johan Huizinga, Homo ludens. (L’auteur écrivait à la fin des années 1930).

« Le jeu est une notion en soi, qui n’est nullement définie par la notion du non-sérieux. La notion du jeu est d’un ordre supérieur à celle du sérieux. Car le sérieux tend à exclure le jeu, tandis que le jeu peut fort bien englober le sérieux … Le jeu peut fort bien être sérieux. De plus des catégories fondamentales de la vie se rangent dans le non-sérieux, sans pour cela équivaloir au jeu ; le rire, par exemple, n’est en aucune façon lié au jeu. On joue au football ou aux échecs avec le plus profond sérieux, sans rire … Si le rire est le propre de l’homme, la fonction ingénieuse du jeu est commune à l’homme et à l’animal … L’idée de ‘gagner’ est étroitement associée au jeu … Gagner, c’est manifester sa supériorité à l’issue d’un jeu … Le succès est une qualité très importante du jeu … L’honneur, le prestige, la considération en découlent comme conséquences durables … Depuis la vie enfantine jusqu’aux activités suprêmes de la culture le désir d’être loué ou honoré pour sa supériorité agit comme l’un des ressorts les plus puissants du perfectionnement individuel et collectif … Vertu, honneur, noblesse et gloire se trouvent ainsi dans le cadre de la compétition, c’est-à-dire du jeu …L’homme  aspire toujours à l’élévation, la fonction innée où l’homme réalise cette aspiration est le jeu … La compétition peut prendre des formes multiples (pari, instance judiciaire…) … L’aspiration passionnée à occuper la première place … Pareille  émulation a engendré l’altière vaillance personnelle, indispensable à une jeune culture … Chants alternés, jeux de balle, coquetteries, jeux d’esprit, devinettes, tout cela est intimement associé sous la forme d’une compétition animée entre les sexes (fêtes villageoises) … Compétitions faites de munificences sans frein (Potlatch) … Cependant, l’atmosphère de joie n’est pas toujours présente (jeux de table, de dames, d’échecs…) … La guerre traitée comme une compétition loyale (conventions de jadis sur le lieu et le moment de la bataille, avis et préavis) … Champ clos des tournois … Duels … Tout est (plutôt ‘était’) compétition loyale … A l’origine de toute compétition, il y a le jeu, c’est-à-dire un accord tendant à réaliser, dans un temps et un espace déterminés, suivant certaines règles et dans une forme donnée, quelque chose qui mette fin à une tension et qui soit étranger au cours ordinaire de la vie … A présent, la systématisation et la discipline toujours croissante du jeu vont, à la longue, supprimer quelque chose de la pure teneur ludique. Le fait se manifeste dans la scission entre professionnels et amateurs. Le comportement du professionnel n’est plus celui du jeu, la spontanéité et l’insouciance lui sont ravies … Le sport s’éloigne de la société ludique. »

 

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