125,2 – Ressentiment

– Omniprésent dans les sociétés modernes, mû à l’origine par l’envie et la jalousie devant toute grandeur, s’exerce constamment et avec succès à tout niveler vers le bas, au niveau du plus bas, celui des soi-disant égaux. « C’est là l’exigence de gens qui se sentent absolument dépourvus de valeur et qui cherchent autant que possible à ravaler les autres à leur propre niveau. » (Max Scheler) – Ne trouve sa résolution que dans l’exercice et l’accomplissement de la haine.

-Ne peut être contenu, à défaut d’être comblé que par ce qu’on appelle en ricanant justice fiscale. 

– S’y ajoute « Le ressentiment contre le donné naturel et culturel, le fantasme de l’autoengendrement. » (Alain Finkielkraut) – Voir la théorie du genre – Ne trouve sa résolution que dans l’exercice et l’accomplissement de la destruction.

 -Le ressentiment étant un état d’esprit proche de l’envie, on pourra regarder les extraits du livre d’Helmut Schoeck, à la rubrique Envie, Jalousie, 265, 1 

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« La constance qu’ils mettent à ne pas parler des coupables, à taire que l’événement a été causé par des hommes ; à ne pas nourrir le moindre ressentiment bien qu’ils aient été victimes du plus grand des crimes … De la catastrophe, ils parlent constamment comme d’un tremblement de terre, comme d’un tsunami ou d’un astéroïde … Cela passe l’entendement. » (Günther Anders – visite à Hiroshima) – Pas de reproches, pas de récriminations, pas de lamentations, pas de pleurnicheries, pas d’exigence de repentance, pas de demande de fric. Comparons et admirons.

« L’homme a fini par en vouloir à tout ce qui est donné, même à sa propre existence ; à en vouloir au fait même qu’il n’est pas son propre créateur ni celui de l’Univers … Toutes les lois simplement données à lui suscitant son ressentiment, il proclame ouvertement que tout est permis et croit secrètement que tout est possible. » (Hannah Arendt)

« Parmi les sentiments que le socialisme met en œuvre figure d’abord le ressentiment. » Gustave Le Bon) 1

« La colère est une haine ouverte et passagère, alors que la haine est une colère retenue et suivie. » (Charles Pinot-Duclos)

« A l’origine du ressentiment chez l’individu comme dans le groupe social on trouve toujours une blessure, une violence subie, un affront, un traumatisme. Celui qui se sent victime ne peut pas réagir, par impuissance, il rumine sa vengeance qu’il ne peut mettre à exécution et qui le taraude sans cesse. » (Marc Ferro) – Non, pas toujours. L’envie se passe parfaitement de préalable, de blessure, de violence, d’affront ou de traumatisme.

« Le regard mesquin et plein d’aigreur que l’homme vil jette sur l’extérieur, sur un style, une manière d’être qui le dépasse et le met en question … Pas d’approbation, mais rejet, le premier mot n’est pas ‘oui’, mais ‘non’ … Nietzsche diagnostique un ressentiment contre la vie aussi bien dans la morale judéo-chrétienne que dans le déclassement du sensible par l’intelligible, du corps par l’âme et du temps par l’éternité qui caractérise depuis Platon la métaphysique occidentale … Selon Nietzsche l’univers moral où nous baignons est issu du soulèvement des faibles contre les forts et de l’aptitude de ces défavorisés de la vie à inverser les valeurs, c’est-à-dire à caractériser comme des vices les vertus des forts, par exemple, l’orgueil, la brutalité, la hardiesse, la singularité … et à conférer le nom de vertu aux conséquences habituelles de  leur faiblesse : humilité, compassion, zèle, obéissance.  » (Alain Finkielkraut reprenant Nietzsche)

« Cette religion de l’humanité qui couronne l’expérience démocratique du semblable  a aussi ses tartuffes. Par souci, disent-ils, de ne laisser personne au bord du chemin, ils retraduisent toute distinction en discrimination et voient dans la grandeur, dans l’éminence, des atteintes insupportables à l’égalité … Il y a du ressentiment aussi dans le fait de remplacer progressivement le désir d’être enseigné par le désir d’être reconnu. » (Alain Finkielkraut interprétant Nietzsche)

« Le dernier mot appartient aux comiques. L’hilarité s’étale, le rire triomphe sous nos climats … c’est le rire qui rapetisse tout, le rire gras qui, à coups de blagues scatologiques et salaces, absorbe toute hauteur, tout héroïsme, toute forme de dépassement. Ce que le dernier homme qui se bidonne demande aux fantaisistes, aux humoristes, aux amuseurs c’est désidéaliser le monde. Ce rire omniprésent nous contraint à prendre l’avertissement de Nietzsche au sérieux et à nous demander si la démocratie du ressentiment n’est pas en train de l’emporter sur les autres possibilités dont l’égalité était porteuse. » (Alain Finkielkraut – sur le dernier homme de Nietzche)

 « L’authentique volonté de puissance (sens nietzschéen ou de Max Scheler) et ce qu’on appelle souvent le ‘ressentiment’ … Les forts ne peuvent que dominer les faibles et les faibles souffrir amèrement de leur infériorité … condamnés à remplacer la force par la ruse … Ces faibles, ces vaincus sont des victimes du ressentiment … Ils peuvent se rassembler pour former des religions et des philosophies apparemment très altruistes mais dont l’unique but, en réalité, est de renverser la hiérarchie naturelle de la volonté de puissance … viendra le tour des douces et humbles créatures … la ‘morale d’esclaves’ chrétienne de Nietzsche … L’incessante oscillation entre la toute-puissance imaginaire du ‘moi’ dans la solitude et la toute-puissance réelle de ‘l’autre’ dans la société … l’autre, quintessence de l’obstacle mimétique … Les habitants du souterrain sont irrésistiblement attirés par ceux qui les rejettent, l’aveugle servitude volontaire ou le souci morbide de l’autre, et ils rejettent irrésistiblement ceux qui sont attirés par eux. » (René Girard – décrivant les classiques hommes du souterrain ou du sous-sol, le classique de Dostoïevski, et d’autres analystes)

« Ressentiment, dévalorisation aigre de ce qu’on n’a pas obtenu. » (Pierre-Patrick Kaltenbach)

« Les mouvements sociaux modernes ont tendance à exploiter continuellement la fibre du ressentiment. Leur but est de faire prendre conscience aux victimes de leur persécution. Ils se méfient de toute compréhension qui semblerait ‘rejeter la faute sur la victime’. Ainsi découragent-ils les gens d’assumer leur responsabilité personnelle. » (Christopher Lasch)

« Ne pas exprimer sa colère entraîne le risque de ruminer du ressentiment.. ». (François Lelord, Christophe André)

« Qu’on songe aussi à la ‘colère concentrée’ d’un Proudhon lisant, dans sa jeunesse, les apologistes (de la religion) à la mode de 1830 ! » (cardinal Henri de Lubac – sur certaines erreurs de religieux et des rebellions intellectuelles compréhensibles)

« La transformation de la conversation publique en une querelle de pleureuses. » (Pierre Manent)

« Plutôt changer mes désirs que l’ordre du monde. » (Descartes). L’homme du ressentiment exige, à l’inverse, de plutôt changer l’ordre du monde que ses désirs. » (Jean-François Mattéi)

« L’aspect ruminatoire du ressentiment, cette indignation desséchée qui craquelle la conscience, remâche inlassablement son désir de vengeance … Il jouit de sa propre souffrance et, pour mieux s’en nourrir, l’arrache à sa singularité pour la projeter dans la généralité du concept. » (Jean-François Mattéi)

« Un ressentiment éternel présente plus de vraisemblance avec l’esprit de vengeance qu’avec l’esprit de justice. » (Jean-François Mattéi) – Les mémoires qui n’en finisse plus de se souvenir !

« L’idéologie, même quand elle affirme combattre le mal au nom de la justice, ne repose le plus souvent que sur le ressentiment … Le ressentiment est l’ancrage de la vengeance dans l’idéologie. » (Jean- François Mattéi)  

« Alors que l’indignation nous porte vers autrui, le ressentiment ne nous livre qu’à nous-même … L’indignation devant la réussite des coupables, indignations qui ne sont plus de nature morale mais idéologique témoigne plus du ressentiment que de l’indignation chrétienne devant les souffrances des victimes (la ‘miséricorde’) … C’est le bonheur des méchants plus que le malheur des bons qui met en branle la révolte … L’indignation devant la réussite des coupables … La fausse indignation qui se soucie moins de justice que de vengeance pour alimenter sa colère, selon Nietzsche, sous le masque généreux de la justice se cache le visage haineux de l’esprit de vengeance. » (Jean-François Mattéi)

« En rassemblant les reproches de tout ordre qu’on fait depuis toujours au pape, au Vatican, au Saint-Siège, on pourrait tracer un portrait assez ressemblant du ressentiment du genre humain. » (Philippe Muray)

« Le ressentiment est éprouvé par ceux à qui la réaction appropriée, l’action, est interdite. Ils se rattrapent par des vengeances imaginaires. » (Nietzsche)

« Une humanité frémissante du désir secret de se venger, se déchaînant sans cesse, et dans des formules toujours renouvelées, contre les heureux du monde, dans des mascarades de vengeance, dans des prétextes à vengeance, baptisée ‘justice’. » (Nietzsche-sur le ressentiment) – Nos honteuses repentances de minables.

« C’est l’esprit de ressentiment qui a donné naissance à cette nouvelle forme de légitimation, de la haine, de l’envie, de la jalousie, du soupçon, de la rancune et de la vengeance, en baptisant le tout ‘justice’ ! » (Nietzsche)

« La haine abyssale, la haine de l’impuissance … Les maîtres sont défaits, la morale de l’homme vulgaire a triomphé … L’insurrection des esclaves  dans la morale commence lorsque le ressentiment lui-même devient créateur et engendre des valeurs ; le ressentiment d’êtres tels que la véritable réaction, celle de l’acte, leur est interdite , qui ne s’en sortent indemnes que par une vengeance imaginaire … L’homme du ressentiment a conçu le ‘méchant comme notion fondamentale, à partir de laquelle  il invente pour finir, et sous forme d’image inversée, de négatif, un ‘bon’, à savoir : lui-même. » (Nietzsche)  – A notre époque d’explosion du ressentiment tous azimuts, les dits esclaves se sont emparés du pouvoir et s’autorisent l’acte (haine ouverte, censure, injures, ostracisme, dénonciations, condamnations…) 

« Requis par le ressentiment, le sujet n’existe plus que dans l’espoir d’une vengeance, il veut opposer la violence au souvenir du désagrément et entretient, pour ce faire, la bête qui croupit en lui. La mort est à l’œuvre … La vengeance différée que veut l’amer est signe de petitesse, parce que faiblesse. En effet, dans le projet qu’il a d’être violent, demain, il avoue son incapacité à l’être ici et maintenant, immédiatement. Peut-être d’ailleurs est-ce dans ce constat, plus ou moins conscient, de son impuissance qu’il puise des raisons supplémentaires d’entretenir son ressentiment … Passion glauque, qualité d’esclave, signe distinctif du domestique … Le ressentiment est incapacité à se défaire du passé, il corrompt le présent et compromet l’avenir … C’est moins pour autrui que pour sa propre sauvegarde qu’il faut œuvrer à la destruction de la rancune. » (Michel Onfray) – Ce pourquoi toutes les révolutions (toujours basées sur le ressentiment) sont sanglantes.

« Pour les intellectuels ‘d’avant-garde’, l’idée qu’il y avait dans le monde de leurs pères des choses dignes d’être défendues (Quand on sait à quel point chez les intellectuels bourgeois le ressentiment œdipien peut être un des fondements de leur engagement révolutionnaire) revenait à remettre en question l’un des tabous majeurs sur lesquels s’édifiait leur identité personnelle. » (George Orwell) –  Leur fureur devant tout ce qui relève du passé.  Ne s’applique pas qu’aux intellectuels mais à tous les destructeurs.

 « Cette puissance du ressentiment, comment ne pas la voir à l’œuvre dans un monde dominé par le désir mimétique et la revendication victimaire ? Comment ne pas la voir cheminer à travers ces aspirations qui ont moins à voir avec la justice qu’avec le besoin de reconnaissance identitaire ? … Notre époque est habitée par la loi du même et de la copie, du sur-mesure, des parités et des quotas. Le désir de reconnaissance est moins habité par la justice que par une sorte d’esprit de vengeance … Ce que l’autre a, j’y ai droit aussi. Ce que l’autre est, je le suis aussi … Là où l’égalitarisme, le besoin d’instaurer la loi du Même, cet universel du pauvre, est de mise, nul doute que le ressentiment, et sa puissance mimétique, sont, eux aussi à l’œuvre … La haine s’accroît avec la promiscuité même que l’indistinction engendre. » (Paul-François Paoli)

« La morale bourgeoise qui n’a cessé de désintégrer la morale chrétienne et dont la Révolution française a été l’apogée a sa source dans le ressentiment. Tout près de nous, dans le socialisme contemporain, le ressentiment est devenu un facteur de première importance … d’après Max Scheler, le ressentiment est cette passion fondée sur l’envie de ressembler à ceux que l’on déteste parce qu’ils nous dominent par des attributs symboliques (argent, puissance, beauté, titres etc.) que nous convoitons sans pouvoir les obtenir. » (Paul-François Paoli – s’inspirant de Max Scheler) – On ne comprendrait rien à l’obsession hystérique de l’égalité si on faisait abstraction du ressentiment.

« Le ressentiment … drapé dans sa pourpre morale, il observe, juge et condamne de toute sa morgue un monde mauvais qui a néanmoins l’avantage de nourrir à tout moment sa bonne conscience. » (André Perrin)

« On n’a guère à craindre d’un homme qui menace beaucoup en paroles. Le silence est plus dangereux. Quand la colère enflamme trop l’esprit, elle enflamme moins le cœur ; tout est porté au dehors, tout s’exhale par la bouche et tout s’échappe des mains. C’est une mine qui a pris vent, elle ne peut plus faire de brèche. » (Alexander Pope)

« Auto-empoisonnement psychologique … Rumination d’une réaction affective dirigée contre un autre qui donne à ce sentiment de gagner en profondeur et de pénétrer peu à peu au cœur même de la personne, tout en abandonnant le terrain de l’expression et de l’activité … reviviscence de l‘émotion … tendant à provoquer une déformation du sens des valeurs, comme aussi de la faculté de jugement … parmi les émotions et les sentiments qui entrent en ligne de compte : la rancune et le désir de se venger, la haine, la méchanceté, la jalousie, la rivalité, l’envie, la malice… » (Max Scheler)

« De grandes prétentions intérieures contenues, une grande fierté, hors de proportion avec la situation sociale que l’on occupe (état de choses continu, permanent, ressenti comme une injure), sont particulièrement propices à l’éveil de la rancune. » (Max Scheler)

« La critique de ressentiment a en propre de ne pas vouloir sérieusement ce qu’elle prétend vouloir ; elle ne critique pas pour détruire le mal, mais se sert du mal comme de prétexte à invectives. » (Max Scheler)

« Etant donné que le ressentiment ne peut éclore sans un certain sentiment d’impuissance, il se présentera donc comme le symptôme d’un affaiblissement vital. » (Max Scheler)

« Un coup d’œil sur l’histoire de l’Europe nous convainc que la part du ressentiment dans la genèse des morales y est considérable … La morale bourgeoise qui, depuis le XVIII° siècle, n’a cessé de désintégrer la morale chrétienne, et dont la Révolution française a été l’apogée, a sa source dans le ressentiment. Tout prés de nous, dans le socialisme contemporain, le ressentiment est devenu un facteur de première importance qui petit à petit a évincé la morale éternelle. » (Max Scheler – cité par Paul-François Paoli)

  « La doctrine moderne de l’égalité absolue, soit qu’elle prétende se borner à la constatation d’un fait, soit qu’elle pose une nécessité morale, soit qu’elle fasse l’un et l’autre, découle évidemment du ressentiment. » (Max Scheler)

« La doctrine moderne de l’égalité absolue découle évidemment du ressentiment … Seul celui qui a peur de perdre exige l’égalité universelle. Cette exigence est toujours une spéculation à la baisse. Car on sait bien que les hommes ne sont égaux que sur le plan des valeurs les plus basses, les seules qui soient communes à tous. En tant que pure idée rationnelle, l’égalité n’a jamais pu mouvoir de volonté, de désir ou d’émotion. Mais sous cette exigence d’égalité se cachent le ressentiment et la souffrance dus au spectacle des valeurs éminentes !» (Max Scheler) – D’où également la dévalorisation de ces valeurs (courage, indépendance, droiture…)

« Le ressentiment s’exprime toujours selon un schème bien arrêté : on affirme, on estime, on exalte telle chose, non en raison de ses qualités intrinsèques, mais dans le but, toujours inavoué, d’en nier, d’en déprécier, d’en ravaler telle autre. On joue l’une contre l’autre … Exemple, l’apostat : l’homme qui vit l’esprit de sa foi nouvelle, non pas tant à même son contenu positif, ou pour réaliser les fins qui lui sont propres, que, d’abord, dans son antagonisme à l’égard de sa foi ancienne, pour l’amour de cette négation comme telle. Il professe sa foi nouvelle, moins pour elle-même qu’en tant qu’elle représente une série d’actes de vengeance dirigés contre son passé spirituel. » (Max Scheler) – On reconnaîtra beaucoup d’excités : révolutionnaires, anarchistes, gauchistes, frustrés et démolisseurs en tout genre, humanitaires obsédés même.

« Le rôle de la société est d’organiser notre vie sociale de manière à éviter le ressentiment. » (Roger Scruton) – Bien dit, mais illusoire. En effet comment régner, surtout en démocratie (où la désunion conditionne la bénéfique alternance)  sans dresser X contre Y, sans diviser ?

« Le ressentiment commence à se former lorsque l’on empêche la colère vengeresse de s’exprimer directement et qu’elle doit emprunter le détour d’un ajournement, d’une intériorisation, d’une transposition, d’un déplacement … Pour le Bien comme pour le Mal, l’éternité est l’asile du ressentiment. » (Peter Sloterdijk)

 « Le mot clé de ‘vengeance’ peut être appliqué aux mouvements de ressentiment les plus actifs des XIX° et XX° siècles. » (Peter Sloterdijk)

« Tant que la liaison entre l’esprit et le ressentiment était stable, l’exigence de justice pour le monde, que ce soit au-delà de la vie terrestre ou dans l’Histoire en cours, pouvait se réfugier dans les fictions telles que la colère de Dieu et l’économie thymotique mondiale du communisme … censées opérer la rectification des comptes de souffrance et d’injustice d’un monde sans équilibre moral … en positivant le ressentiment. » (Peter Sloterdijk)

« La justice de Dieu devait assurer, un jour, à la fin des temps, une rectification des bilans moraux … Le prix à payer de cette éthique du renoncement à la vengeance dans le temps présent en faveur d’une compensation à encaisser dans l’au-delà était élevé … généralisation d’un ressentiment latent qui remplaçait le désir de vengeance supprimé …  Mais ‘Dieu est mort’, ce qui signifie que l’absorption de la colère par un au-delà rigoureux et exigeant le respect fait de plus en plus défaut … Le report de la vengeance de humaine au profit de la vengeance de Dieu à la fin des temps est devenue inacceptable. pour beaucoup … L’impatience gagne … Aux victimes de l’injustice et des défaites, la consolation dans l’oubli paraît fréquemment hors de portée, hors d’atteinte, indésirable, inacceptable … La vengeance, thérapie … L’utopie de la ‘vie motivée’ … C’est de la colère ayant pris forme de projet que naît la vengeance … La fureur du ressentiment s’éveille à partir de l’instant où le vexé (l’être manquant, ou supposant manquer, de faire-valoir) décide de se laisser sombrer dans la vexation comme s’il s’agissait d’une élection … Depuis que le passé a tort par principe, on est de plus en plus enclin à donner raison à la vengeance … De la délégitimation politico-morale des situations existantes, des institutions et du passé, il n’y a qu’un pas vers leur délégitimation ontologique et la brutalité subséquente. » (Peter Sloterdijk – s’inspirant de Nietzsche et de sa critique du christianisme)

« Le ressentiment n’étant pas l’envie pure et simple, mais une envie qui se ment à elle-même et qui, faute de pouvoir éliminer l’objet envié, le déclare méprisable en renversant le barème des valeurs … Le mot marquant d’ailleurs bien un sentiment qui revient sur lui-même au lieu de s’exprimer. » (Gustave Thibon)

« La méconnaissance de la beauté d’une œuvre, c’est-à-dire l’ignorance – La dénégation de ce qui est élevé, ou le déni de l’excellence, c’est-à-dire la prétention – L’incapacité d’accomplir un geste créateur, c’est-dire l’impuissance – La volonté confuse de destruction, c’est-à-dire la régression. » (Tom Wolfe, les quatre traits conjugués du ressentiment permettant de reconnaître le barbare chez les modernes – cité par Jean-François Mattéi)

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