645,1 – Relativisme

– Tout vaut tout, attitude inverse, donc tendant aux mêmes résultats que son frère ennemi, le manichéisme du noir et du blanc. Chacun son truc, n’est-ce pas ! Néanmoins, du relativiste opposé au fanatique, qui va l’emporter ? on parie ?

– Anything goes.

– Tout est possible. Négation même de l’existence du choix. Le principe de réalité a disparu. Puisque rien ne peut nous résister, rien ne peut nous empêcher, rien ne peut nous dissuader de jouer avec le feu, rien ne peut nous enseigner la mesure et la retenue (même pas la trouille généralisée).

« Pourquoi pas ? La remarque qui désarçonne d’emblée tout échange possible de convictions sensées. » (Jean-Pierre Le Goff)

– Maladie honteuse de la société occidentale. Virus assurant la servilité générale. Destruction de tout repère, ouverture à tous les vents et scepticisme généralisé, vagabondage intellectuel, sexuel…, vide, angoisse, dépression… « ‘Tout se vaut’, suggestion de la mort. » (?) – Effectivement, c’est bien une pulsion de mort.

– Conséquence de la tyrannie de la démocratie d’opinion où tous les discours se valent puisqu’ils ont tous le droit de se dire. Enfin, seulement ceux qui sont politiquement corrects. On doit tout tolérer certes, mais quand même pas de vraies convictions prenant leurs responsabilités, elles risqueraient de remplir le désert.

– Machine de guerre contre toutes les personnalités fortes, elle permet de forcer celles-ci, personnes ou institutions, à tolérer, à participer, à contribuer même à la diffusion de la corruption mentale de l’Occident, à l’entreprise de désymbolisation portée par la mondialisation, c’est-à-dire à la destruction de toute société.

– Qu’attendre d’individus privés de tout repère, de toute croyance, hormis l’abêtissement, la soumission et l’errance de l’esprit, préludant à l’irruption de la violence aveugle ?

– « Le deuil des certitudes. » (?) – Professionnelles, familiales, d’avenir, idéologiques, existentielles. Dépression.

– Qu’advient-il du statut de la vérité dans un monde pluraliste ? La réponse doit être que tout le monde s’en fiche. Ceux qui prétendent que leurs valeurs sont universelles alors qu’ils s’affirment pluralistes sur le plan de la vérité.  N’importe quoi comme d’habitude.

-« Si tout se vaut, pourquoi se décider. » (?)

– Montaigne peut être considéré comme le père du relativisme moderne : ‘Ma foy, que sçay-je ? Ma foy, rien. »

– « Si n’importe quoi marche, et si, en définitive, tout se vaut il n’y a plus de raisons universelles et objectives de préférer le système démocratique au système nazi … pourquoi prôner les droits de l’homme, pourquoi préférer la liberté, l’égalité, la démocratie ? Les opinions hostiles valent bien celles qui leur sont favorables … Le sujet n’a pas à se soumettre à une autorité extérieure … à quelque arbitrage étranger …. » (?)

-« Paradoxalement, le relativisme serait vrai de façon inconditionnelle. » (Raymond Boudon)

-« Le relativisme est de manière auto-référentielle incohérent ou auto-réfutant puisque pour défendre cette doctrine, il faut l’abandonner. » (Normand Baillargeon – citant ?)

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« Le multiculturalisme … se traduisait inévitablement par une sorte de relativisme mou. » (Perry Anderson)

« Le relativisme général qui résulte automatiquement du passage de la vision héliocentrique à celle d’un monde dénué de centre. » (Hannah Arendt) – D’où le coup d’envoi ne daterait pas d’aujourd’hui mais de Galilée et même avant, de Copernic.

« Ennemis déclarés de l’autoritarisme et du dogme, ne croyant plus aux vérités éternelles ni même à l’universalité de nos valeurs. » (Claude Arnaud) – « Rien de ce que nous faisons ne peut être défendu de façon absolue et définitive. » (Ludwig Wittgenstein)

« A force de tout voir, on finit par tout admettre ; à force de tout admettre, on finit par tout approuver. » (saint Augustin)

« Pour être frères, encore faut-il une paternité commune. » (Père Michel Aupetit) – « L’abolition de toute transcendance abolit en même temps tout espoir d’unanimité. Faute d’un accord sur l’essentiel, le particulier va prendre la place de l’universel. » (Père Alain Bandelier) – Chacun dans son trou.

« Si la vérité n’est pas absolue, elle cesse d’être nécessaire. » (Barbey d’Aurevilly) – Autrement dit, avec le relativisme, puisqu’il n’y a plus de vérité, le N’importe quoi est ouvert.

« Il importe de ne pas confondre particularisation et relativisation. La première conserve en son cœur l’objectivité de l’universalité, alors que la seconde l’abolit. Celle-ci pense que la démocratie est bonne pour les Européens et l’idéocratie communiste pour les Chinois. La particularisation, de son côté, affirme que la démocratie est bonne pour les humains, mais même si elle pense raisonnablement que ses conditions de possibilité sont dans la dépendance de facteurs contingents et que chaque démocratie  est soumise à des influences culturelles variées… »  (Jean Baechler)

« Vous croyez à tout, moi je ne crois à rien. Rien n’est fixe ici-bas, il n’y a que des conventions qui se modifient suivant les climats. Pour qui s’est jeté dans tous les moules sociaux, les conventions et les morales ne sont plus que des mots sans valeurs … Il n’est qu’une seule chose matérielle dont la valeur soit assez certaine pour qu’un homme s’en occupe. Cette chose, c’est l’Or. » (Balzac – Gobseck) – Ce personnage mériterait d’être notre contemporain, ou, au moins d’avoir sa statue. 

« En vérité, une loi morale incontestable est contraire au principe d’une démocratie, où , virtuellement, il n’est rien qui ne soit en question. » (Georges Bataille) – Précisons  que l’auteur constatait une évidence, sans être pour cela fasciste suivant les conventions en vigueur, où Dieu sait quoi,  et même loin de là.

« Si le monde est sans référence et sans raison dernière, pourquoi voulez-vous que la pensée en ait une ? » (Jean Baudrillard)

« Nous sommes tous des agnostiques, ou des travelos de l’art et du sexe. Nous n’avons plus de conviction esthétiques ni sexuelles, mais nous les professons toutes. » (Jean Baudrillard)

« Il est aussi impossible de calculer en termes de beau ou de laid, de vrai ou de faux, de bien ou de mal que de calculer à la fois la vitesse et la position d’une particule. Chaque particule suit son propre mouvement, chaque valeur, ou fragment de valeur, brille un instant dans le ciel de la simulation puis disparaît dans le vide … Quand les choses, les signes, les actions sont libérées de leur concept, de leur idée, de leur essence, de leur valeur, de leur référence, de leur origine et de leur fin, alors elles entrent dans une auto-reproduction à l’infini. Elles continuent de fonctionner dans une indifférence totale à leur propre contenu … Mais les conséquences de cette dissociation ne peuvent être que fatales. Toute chose qui perd son idée est comme l’homme qui a perdu son ombre ; elle tombe dans un délire où elle se perd. » (Jean Baudrillard)

« La fin des absolus et des universaux assistés a donné plus de profondeur aux responsabilités de l’acteur et, de fait, les a rendues plus lourdes de conséquences que jamais. » (Zygmunt Bauman)

« En affirmant que ‘l’homme est la mesure de toute chose’, Protagoras nous conduit à une forme d’individualisme radical de la connaissance… Ce qui est vrai, c’est seulement ce que je perçois maintenant comme tel ; quel critère stable et fixe pourrait venir juge de la vérité de ma perception ? … Telles sont les choses pour vous, mais autres sont-elles pour moi, et autres encore apparaîtront-elles pour nous tous demain. » (François–Xavier Bellamy)

« Que tout soit question d’opinion revient à dire que tout est question de croyance, éliminant par là tout impératif rationnel à travers lequel la pensée pourrait saisir le monde et le modifier. L’apologie de l’opinion condamne effectivement l’homme à un monde, présenté comme en-soi, fini et non modifiable et par rapport auquel chacun peut avoir ‘son idée’ sans qu’aucun critère de vérité puisse prétendre trancher. » (Miguel Benasayag) 

« Quel frein comptent opposer aux appétits du temporel des valeurs dont on pourra toujours dire : Qu’est-ce que tout cela qui n’est pas éternel ! » (Julien Benda)

Le discours dominant clame ‘chacun vit comme il l’entend’ puis aussitôt après ‘Voici de préférence comment vivre’» (Philippe Bénéton)

« A quoi bon user de sa raison quand le choix fondé en raison vaut le choix le plus futile, quand un sentiment raisonnable a la même valeur qu’un sentiment déraisonnable, quand les règles de vie sont purement arbitraires ? Les choix perdent toute signification … N’importe, chacun fait ce qu’il veut. Le choix est insignifiant. Si tout choix est justifiable par lui-même, s’il n’a d’autre fondement que la subjectivité pure, l‘absurde règne … Chacun est pour soi-même le maître du sens, le maître d’un sens insignifiant. » (Philippe Bénéton)

« En substituant ‘l’inspiration’, c’est-à-dire l’opinion individuelle à l’autorité de la tradition incarnée dans l’Eglise, Luther a ouvert la voie. L’individualisme en matière de religion a abouti à l’individualisme en politique … La raison est tout entière sociale … Bonald tire une condamnation radicale de la raison individuelle. S’appuyer sur cette raison individuelle misérable pour  soumettre à une réflexion critique les traditions et croyances collectives, c’est s’attaquer aux bases même de la vérité et partir en guerre contre la société … La ‘conservation’, la persistance dans l’être est le fond et le but de toute existence. » (Philippe Bénéton – reprenant Louis de Bonald) – L’individualisme mène au relativisme, le relativisme à l’anarchie, au chaos et au désespoir.

« Tout est relatif, dit la modernité au nom de l’égalité. Mais tout n’est pas relatif puisque le principe de l’égalité échappe lui-même au relativisme, puisque ce principe est posé de manière dogmatique. Le discours moderne combine relativisme et dogmatisme … Toutes les opinions se valent, sauf celles qui ne se valent pas parce qu’elles offensent l’égalité moderne. » (Philippe Bénéton) – Notre société où règne le mensonge.

« Le propre de notre époque est que tout ce qu’on en dit se révèle tout de suite faux … C’est que, n’ayant pas de style qui leur soit propre, nos sociétés n’en peuvent exclure aucun. Elles prônent la coexistence et abrogent le principe de non contradiction. » (Emmanuel Berl) – N’ayant non plus ni pensée ni croyance ni projet…

 « Dans le communisme, le contraire de la vérité était le mensonge et le mensonge était la nature même du communisme. Dans la démocratie, le contraire de la vérité est l’insignifiant et l’insignifiant est une menace pour la vie démocratique. La relativité de la vérité, sa réduction à l’opinion, l’affadissement progressif de l’opinion créent un vide métaphysique qui fait souffrir l’homme moderne, et, s’il ne le fait pas souffrir, le diminue et le mutile, ce qui est pire. » (Alain Besançon)

« L’auteur de l’Esprit des lois a élevé un monument éternel à l’esprit de son siècle ; il a porté la science du gouvernement, la politique relative, au plus haut degré où puisse l’élever une théorie qui part du relatif et s’y termine … Dans ce grand livre, il n’y a rien d’absolu ni dans la religion, ni dans la morale, ni à plus forte raison, dans la politique ; que les lois étant toutes des rapports … il faut consulter le climat, le sol, le degré de latitude … pour savoir si une institution ou une loi est bonne ou mauvaise, favorable ou nuisible à la société ou aux individus. » (Maine de Biran) – Il semble que l’auteur n’appréciait guère Montesquieu, mais sa charge du relativisme est pertinente. Maintenant, on ne se préoccupe que de savoir si c’est bénéfique aux copains ou à sa clientèle électorale, si, en supplément, la nouveauté envisagée peut contribuer utilement à la démolition de ce qui subsiste de valeur.

« On n’est plus capable de parler avec conviction du bien et du mal, plus personne ne croit vraiment à quoi que ce soit. » (Allan Bloom)

« Le ‘déconstructionnisme’, le dernier stade de la suppression de la raison, la négation ultime de l’idée qu’une vérité philosophique est possible. L’activité créatrice de l’interprète est considérée comme plus importante que le texte ; il n’y a ni texte ni réalité, seulement des interprétations … Ne subsiste que le ‘moi’ subjectif et créateur de l’interprète. » (Allan Bloom)

 « La doctrine éducative récente dite de ‘l’ouverture’ est ouverte à toutes les espèces d’hommes, à tous les styles d’existence, à toutes les idéologies. Il n’y a plus d’ennemi, excepté l’homme qui n’est pas ouvert à tout … D’où il n’existe plus de terrain commun, de buts communs, de vision commune …  Une grande étroitesse n’est pas incompatible avec la santé d’un individu ou d’un peuple, alors qu’avec une grande ouverture d’esprit, il est difficile d’éviter la décomposition … L’ouverture était naguère la vertu qui permettait de rechercher le Bien en se servant de la raison ; elle équivaut maintenant à l’acceptation de tout et à la négation du pouvoir de la raison. » (Allan Bloom – L’âme désarmée) – L’ouverture est quand même limitée à ce qui convient à la doxa, à l’idéologie dominante.

« L’historicisme et le relativisme culturel ne sont que des moyens d’éviter de soumettre à examen nos propres préjugés, par exemple, si les hommes sont vraiment égaux ou si cette opinion n’est pas uniquement un préjugé démocratique … L’esprit qui, à l’origine, est sans préjugés est un esprit vide. » (Allan Bloom) – Ce sont effectivement des abris confortables.

« Le vrai danger pour les sociétés modernes tient précisément à ce que les hommes ont perdu toute confiance dans la valeur des principes sur lesquels elles reposent. » (Gustave Le Bon) – On ne saurait mieux prédire leur dégringolade.

« ‘L’ouverture qui incite à la quête implique des conditions préalables bien définies en matière d’études et de vertus … L’ouverture de l’indifférence n’est qu’un prétexte pour permettre à n’importe quelle sorte de vulgarité d’entrer en scène et d’y demeurer sans opposition’. (Allan Bloom) … Quelle arme brandir alors contre la barbarie éventuelle de telle ou telle de ces cultures quand la science leur a concédé un droit même à exister ? … Imposition d’une culture du reniement de soi. » (Françoise Bonardel)

« Le relativisme n’est pas une lubie passagère, mai une conséquence logique du principe d’égalité » (Raymond Boudon)

« Voulant que tout soit opinion et convention arbitraire, il favorise la perte des repères et justifie la représentation de la vie sociale et politique comme relevant de rapports de force et en tout cas de la séduction plus que de la persuasion. D’un autre côté, en insistant sur la diversité et l’égale dignité des croyances, il favorise le respect de l’Autre. » (Raymond Boudon)

« L’affirmation pour chacun du droit d’affirmer et de choisir ses valeurs a produit, Tocqueville l’avait prédit, un déferlement de ‘vulgarité’ ; elle a aussi nivelé les valeurs artistiques. » (Raymond Boudon) – Voir où nous sommes descendus.

« Pour le relativisme normatif, les normes et les valeurs sont des conventions culturelles et toutes les cultures se valent. L’infinie diversité des règles prescriptives, des normes et des valeurs exclurait que celles-ci puissent être fondées sur autre chose que des conventions culturelles arbitraires, dont l’origine est le plus souvent inconnue, qui s’imposent à l’individu au cours de la socialisation … Il n’y aurait pas de vérité mais seulement des coutumes variables d’une société à l’autre … On est invité à considérer toutes les cultures comme également dignes de respect, le règne de la bienveillance universelle peut alors s’instaurer … La congruence entre le relativisme normatif et les exigences de l’égalitarisme explique pour une part l’influence et la large diffusion du premier … Mais une croyance collective non fondée ne saurait se maintenir sur le long terme … Ce culturalisme atteint ses limites. On attend encore le culturaliste qui refuserait de juger de l’extérieur la lapidation des femmes adultères ou la condamnation à mort pour cause de conversion religieuse. » (Raymond Boudon)

 « Pour le relativisme cognitif, il n’y a pas de connaissance certaine, même en science … L’histoire des sciences est moins linéaire et rationnelle qu’on ne le dit … Toute théorie scientifique s’inscrit à l’intérieur d’un cadre de pensée, d’un paradigme, que le chercheur tient sans discussion pour acquis … Selon Georg Simmel il n’y a pas d’analyse historique qui ne parte d’un ‘point de vue’ … Utilisation abusive du principe du tiers exclu et binarisation de la discussion … En s’extrayant de l’exemple des sciences, ou bien, par exemple, le droit est fondé en raison ou bien il reflète l’état des mœurs … Certaines idées sont avalisées, non seulement parce qu’elles paraissent crédibles, mais parce qu’elles répondent à des intérêts cognitifs, idéologiques ou matériels, que ceux-ci soient portés par des classes, des groupes … des mouvements d’idées ou des individus … Au critère de la vérité (en un lieu et un moment) s’ajoute celui de l’utilité … Constructivisme … Mais ce n’est pas parce qu’il n’existe pas de critères généraux du Vrai qu’il n’existe pas . » (Raymond Boudon)

 « Le bon relativisme attire l’attention sur le fait que les représentations, les normes et les valeurs varient selon les milieux sociaux, les cultures et les époques. Le mauvais en a conclu que les représentations, les normes et les valeurs sont dépourvues de fondement : qu’elles sont des constructions humaines inspirées par le milieu, l’esprit du temps, des passions, des instincts … Le bon nous permet de comprendre l’autre. Le mauvais met tous les comportements, tous les états de choses et toutes les valeurs sur le même plan. … Il enregistre la diversité des normes … sans chercher à les comprendre. » (Raymond Boudon)

 « Il y a un sociocentrisme ‘horizontal’ … Lorsqu’un membre d’une société réprouve un agissement considéré comme normal dans une société du seul fait qu’il est réprouvé dans la sienne. Il y a aussi un sociocentrisme ‘vertical’ … Condamner un comportement observé dans le passé du seul fait que ce n’est pas ce qui se fait dans le présent. Le bon relativisme discrédite le sociocentrisme. Le mauvais tue le discernement. » (Raymond Boudon)

  ‘Les raisons ultimes du fait qu’on croit à ce qu’on croit résident dans les raisons qu’on a d’y croire’. On ne peut expliquer une croyance collective ou individuelle durable par l’illusion … ‘L’être humain a toujours des raisons de croire à ce qu’il croit … Une conviction tenace et partagée ne peut résulter de l’illusion’ … Croyances scientifiques et croyances ordinaires, croyances politiques et croyances privées prennent dans l’esprit du sujet si et seulement s’il les perçoit comme faisant sens pour lui, c’est-à-dire comme fondées sur des raisons qu’il appréhende comme valides …La variabilité des croyances descriptives et normatives n’impose en aucune façon de leur attribuer des causes irrationnelles. Elle n’implique donc aucun relativisme … Causes affectives ou émotion jointe ne sont que des annexes. » (Raymond Boudon – reprenant et citant Durkheim – Pour lequel les croyances prétendument magiques du primitif ne sont dues qu’au fait qu’il n’a pas le même savoir que l’observateur.)

« Comprendre, expliquer, n’est pas justifier … Certaines croyances ont un caractère régressif, d’autres non. On ne peut juger de la même façon les pratiques magiques du primitif Australien et celles de l’Occidental qui prétend pouvoir tordre les petites cuillers par la seule force de sa volonté. On ne peut de même confondre l’insensibilité dont témoignent à nos yeux les Européens du XVII° siècle (madame de Sévigné…) à l’égard des exécutions capitales ou de la torture avec l’insensibilité de certains de nos contemporains  à l’égard des crimes du communisme ou du nazisme. » (Raymond Boudon)

 « Si toute explication d’un comportement se fait à partir d’un cadre mental, il n’en résulte aucun relativisme. Observateur et observé (Durkheim et le primitif) ne sont pas renvoyés dos à dos, car un cadre de pensée peut être d’une validité supérieure à un autre. » (Raymond Boudon)

 « Un gouffre sépare l’explication des rituels magiques par les hypothèses de type ‘mentalité primitive’ de l’explication qui y voit l’effet de différences entre le savoir du ‘primitif’ et celui de l’homme moderne. Dans le premier cas, les règles de la pensée sont supposées variables selon les époques et les cultures (et les milieux sociaux !). Dans le second, elles sont traitées comme universelles et invariantes. (Raymond Boudon – s’appuyant sur Durkheim) – Ne pas réserver cette constation aux Sauvages !

Tout n’est que simple point de vue « Sinon, il faudrait admettre que les valeurs des uns sont supérieures à celles des autres. Or cela contredirait l’égalité. L’égalité est donc porteuse de relativisme (tout est opinion). Lorsque l’égalité est une valeur dominante elle tend à induire une conception relativiste du monde et à dévaloriser les idées de vérité et d’objectivité. En même temps, dés qu’une opinion se répand dans le public, elle tend à imposer à l’individu de s’y conformer … C’est la tyrannie de l’opinion. » (Raymond Boudon)

« En disqualifiant l’esprit critique, la bienveillance universelle est aussi l’une des causes de la destruction de pans entiers de la production intellectuelle et, par voie de conséquence, de la démoralisation des systèmes d’enseignement. » (Raymond Boudon) – L’avantage est aussi que si tout est bon, n’importe quel imbécile peut prétendre au titre de créateur.

 « L’extension de l’espace de l’argumentable (tout est discutable) … Les médias, chargés de ‘composer la vérité’ à partir des différents points de vue qu’ils ont charge de mettre en scène, premiers destructeurs de l’idée de ‘vérité’ (et encore à condition de les présumer honnêtes, ce qui est une illusion de Bobo). » (Philippe Breton – à propos de l’invasion de la communication)

« Nos systèmes éducatifs et une certaine idéologie relativiste nous ont mieux préparé à défaire la connaissance plutôt qu’à la reconstruire … Même les propositions scientifiques peuvent être considérées par certains comme des croyances comme les autres. » (Gérald Bronner)

« Personne ne remarque plus comment n’importe quel choix intellectuel, politique ou moral est aujourd’hui contrebalancé par son antidote. Il semble même devenu naturel que le moralisme réponde au laxisme, l’intégrisme au multiculturalisme, le muséisme au modernisme, la dévotion au cynisme, le sectarisme au centrisme, le fétichisme à l’indifférence, la recherche du hard à la sensation cool, le souci de sécurité au goût du risque – avec la nouveauté que ces antagonismes en arrivent à exister non seulement dans un même groupe mais chez un même individu, au gré de cette rationalité de l’incohérence que nous sommes en train de faire nôtre. » (Annie Le Brun)

« L’affirmation selon laquelle il n’est de vérité que relative ne peut être vraie que si elle n’est pas relative … Autoréfutant, le relativisme conséquent devrait interdire toute prétention à la vérité et à l’énonciation de normes éthiques. Rien ne devrait lui permettre de condamner l’hitlérisme ou le stalinisme, par exemple. Et pourtant, les relativistes sont généralement des moralistes acharnés. » (Alain Caillé) – L’hypocrisie et le mensonge, ça vous dit quelque chose ?

« Si tout n’est qu’un récit, qu’un racontar ? Si tous les récits se valent (si tout se vaut) au nom de quoi condamner le récit des Aztèques et leurs sacrifices humains, ou le récit hitlèrien ? » (Cornelius Castoriadis) – Ou Moloch, ou le Goulag, ou même le racisme…

« Une société sans espérance et sans foi devient fatalement une société de tolérance. Tout y devient permis.  De même que les proches permettent tout à celui dont ils savent la mort prochaine, de même une société qui ne donne rien à espérer à ses enfants leur permet tous les excès. La tolérance est un désespoir. Tout tolérer revient à pousser un formidable : ‘A quoi bon !’ Et n’est pas signe de libération mais d’angoisse et de peur devant l’avenir. » (Jean Cau)

« Au carrefour l’un aime toutes les routes, l’autre les hait toutes … Ils restent à la croisée des chemins … Celui qui veut ne rien rejeter, veut la destruction de la volonté ; car la volonté ne consiste pas seulement à choisir quelque chose mais encore à rejeter presque tout. » (Chesterton)

« Il y a des forces destructives dans notre société, car elles ne cherchent pas à modifier l’état des choses, mais à l’annihiler, en se basant sur une anarchie interne qui rejette toutes les distinctions morales sur lesquelles même les simples rebelles s’appuient encore. A présent, le criminel le plus dangereux est le philosophe moderne qui ne connaît plus aucune loi. L’ennemi n’émane pas des masses populaires, il se recrute parmi les gens éduqués et aisés, qui allient intellectualisme et ignorance, et sont soutenus en chemin par le culte que la faiblesse rend à la force. » (Chesterton)

« De même qu’une génération pourrait empêcher la génération suivante d’exister de même un groupe de penseurs pourrait, jusqu’à un certain point, arrêter la progression de la pensée en enseignant à la génération suivante qu’il n’y a rien de valide dans aucune pensée humaine… Le jeune sceptique affirme : ‘J’ai le droit de penser pour moi-même’. Le vieux sceptique, le sceptique absolu, dit : ‘Je n’ai pas le droit de penser pour moi-même, je n’ai pas le droit de penser du tout’. Il est une pensée qui arrête la pensée. C’est la seule qu’on devrait arrêter. » (Chesterton)

« L’homme savait qu’à partir du moment où tout était remis en question, la raison pouvait bien être la première contestée. » (Chesterton) – D’où les délires actuels, le complotisme…

« Quand l’homme se délivre de la tyrannie féconde des idées fixes, il se perd et se ruine. Il commence à tout accepter, à envelopper de sa tolérance non seulement les abus mineurs, mais les crimes … Tout a le même prix pour lui. Son indulgence s’étend à l’ensemble des coupables, des victimes et des bourreaux. Il est de tous les partis, épouse toutes les opinions ; gélatineux, contaminé par l’infini. » (Emil Cioran)

« Quand tout vaut tout, rien n’a de valeur. » (Boris Cyrulnik)

« Chez nous, seul le doute est aimé, et seul le doute n’est jamais mis en doute. » (Chantal Delsol)

« Il y a bien, quoique cela puisse paraître paradoxal, une idéologie du relativisme. Car celui-ci ne peut subsister qu’en interdisant le jugement, et surtout le jugement négatif. Il lui faut combattre l’idée même de déviance… » (Chantal Delsol)

« La tolérance … n’a rien à voir avec ce qu’on nomme le relativisme, puisque la première respecte ce qu’elle considère comme faux, tandis que le second va jusqu’à nier l’existence même de la vérité, ou jusqu’à la voir partout, ce qui revient au même … Le relativisme n’induit pas la tolérance comme on serait tenté de le croire. » (Chantal Delsol)

« Tout chaos est inconfortable. Le relatif exprime un chaos dans lequel, à la limite, agir ne sert plus de rien, puisque toute règle a perdu sa légitimité autre que sociologique. La société relativiste produit des cyniques et des esthètes. Mais elle ne suffit à personne. » (Chantal Delsol) – Les promoteurs furieux de cette société ont-ils vu l’avantage supplémentaire qui consistait à désarçonner et à frustrer les gens ?

  « Nous ne pouvons pas proclamer : ‘à chacun sa morale’, et ostraciser le racisme et l’apartheid. » (Chantal Delsol) – Mais si, mais si, dans un monde incohérent, composé de zombies décervelés, où le dogmatisme règne en maître, le n’importe quoi est roi.

« Les sociétés totalitaires du XX° siècle ont dévoilé des ‘anti-mondes’ … Les sociétés contemporaines, abandonnées au démantèlement des valeurs communes, façonnent des ‘non-mondes’. » (Chantal Delsol) 

 « La démocratie ne se concilie pas avec le relativisme : si tout est vrai et rien n’est vrai, si tout est ni-vrai ni-faux, l’arbitraire du puissant domine sans limite. » (Chantal Delsol)

« La suppression du régime de vérité  n’ouvre pas la voie à la tolérance mais bien plutôt au fanatisme de la particularité arbitraire … aucune résistance n’est possible sinon la violence, quel argument opposer au décret de la subjectivité ? Devant elle, on ne peut arguer du mensonge. Il n’y a plus de mensonge quand la vérité a été biffée. On ne peut que tout accepter jusqu’au moment où l’on pourra opposer la violence. » (Chantal Delsol) – Ce pourquoi nos sociétés relativistes, ou du mensonge généralisé, déboucheront sur la violence extrême.

« Dans les sociétés sans vision du monde, au sens de l’idée d’une vérité que la personne singulière peut rechercher et revendiquer, nécessairement la finalité commune sera imposée par un gouvernement autoritaire. » (Chantal Delsol) – On ne voit pas comment y échapper.

« La pensée du temps n’a rien de relativiste … elle est loin de croire que tout se vaut : si c’était le cas, elle ne se connaîtrait pas d’ennemis absolus comme les néosfascistes ou les mouvements populistes. Le relativisme répond à la nécessité de défaire la légitimité de ses adversaires … Au milieu de cette égalisation tactique, apparaissent les seules formes acceptées et légitimées, celles qui vivent dans la dislocation, l’absence d’autorité, l’irresponsabilité. … Le relativisme n’est utilisé, comme une stratégie, que pour faire triompher d’autres certitudes … nous n’hésitons pas à juger sévèrement certains modes de vie considérés comme ‘dépassés’ … Le ‘ne pas juger’ s’arrête net lorsque le progrès est  en cause … Arme manipulée par ceux qui ne possèdent rien de plus sophistiqué, comme l’argumentation … arme du nihilisme … Simulacre … Le relativisme du ‘tout-est-permis’ n’est jamais qu’un appât pour imposer presque en secret des constructions nouvelles et parfois plus oppressives que celles dont on se débarrasse … Il ne s’agit absolument pas de tout détruire (dans une ivresse enviable) , il s’agit de faire place nette pour couronner d’autres valeurs … On détruit certaines références pour en sacraliser d’autres, d’abord sous cape … On peut ridiculiser la Croix du Christ, la montrer couverte d’excréments  … mais celui qui ferait cela à propos du camp d’Auschwitz serait immédiatement cloué sur un porte de grange. » (Chantal Delsol)

« Les opinions ne peuvent plus se discuter, puisque le critère désormais pertinent n’est plus ce à quoi elles renvoient objectivement, mais qu’elles font partie de l’identité de celui qui les exprime.  A ce compte, il n’y a évidemment plus de vérité, mais autant de vérités que d’opinions … substitution de l’idéal de ‘correction’ par celui de ‘sincérité’. » (Sebastian Dieguez)

« Nous vivons dans une phase intellectuelle où il devient étrange et presque obscène d’affirmer quoi que ce soit. » (Jean-Marie Domenach)

« Et la nouvelle philosophie met tout en doute… L’élément feu est éteint… Le soleil a disparu, et la terre, et l’esprit de l’homme… Ne peut lui dire où le trouver… Tout est en pièces, la cohérence s’est évanouie…  Juste assistance, allégeance… Prince, sujet, père, fils sont choses oubliées… » (John Donne, vers 1600, poète – cité par Hannah Arendt) – Le relativisme actuel a de solides racines.

« Le nihilisme lucide (nietzschéen) part de l’idée que les anciens fondements métaphysiques des valeurs n’ont jamais été que fictions édifiées autour du néant. Il engage généralement à un exercice exigeant et souvent salutaire … L’autre nihilisme, le ‘nihilisme fatigué’, renvoie à un moment incertain où toutes les valeurs deviennent grises (refus de toute hiérarchie des valeurs, voire refus de toute valeur). » (Dany-Robert Dufour)

« Chacun traque dans le discours de l’Autre ce qui peut ressembler à une certitude ou à un reste d’absolu. Prétendre qu’une interprétation est plus vraie qu’une autre vous fait automatiquement taxer d’impérialisme. Puisqu’on ne peut parler, après tout, qu’en supposant admises certaines vérités de base, cette activité est désormais considérée comme fasciste. » (Jean-Pierre Dupuy) – Et tout est dit, si bien que plus personne ne parle, ce qui était l’objectif ; l’antifascisme sert à tout.

« L’indifférenciation, c’est aussi l’indifférence aux valeurs. » (Jean-Pierre Dupuy)

« On ne juge plus rien par rapport à un absolu ou par rapport à une révélation ou une transcendance. Tout doit être ramené à l’homme. Tout est donc relatif, comme lui-même. Il est à la fois le juge et le critère, seul sur la terre pour juger et décider, sans recours, sans pardon, responsable, et lui seul, de tout ce qui se passe. » (Jacques Ellul) – Etonnons-nous des dépressions !

« Il faut désapprendre à classer, à privilégier, à hiérarchiser, il faut éparpiller la beauté et la vérité, et dissoudre ainsi les deux composantes de la valeur dans le foisonnement des ‘sensibilités culturelles’. » (Alain Finkielkraut)

« Les individus auront accompli un pas décisif vers leur majorité le jour où la pensée cessera d’être une valeur suprême et deviendra aussi facultative (et aussi légitime) que le tiercé ou le rock’n’roll. » (Alain Finkielkraut) – Ce jour est arrivé !

« Si rien ne se donne qui ne soit préalablement mis en forme et en sens par une culture (au sens culture du soupçon, de la défiance, de la désacralisation, de la démolition et de l’apologie du pluriel), au nom de quoi choisir tel donné, l’ériger en modèle idéal, le défendre contre la mort ou la métamorphose ? S’il n’y a que des constructions sociales, pourquoi privilégier celle-ci plutôt que celle-là ? L’héritage plutôt que sa liquidation ? La stabilité plutôt que le mouvement ? L’Histoire plutôt que la table rase ? … L’important c’est le changement … La pensée post-moderne … table sur le flux sans s’inquiéter de sa destination. Elle destitue le sens au profit de la métamorphose… » (Alain Finkielkraut) – Belle définition du relativisme, même si l’auteur n’emploie pas ce mot, mais celui de post-culture.

« ‘Toutes les cultures sont également légitimes et tout est culturel’ affirment à l’unisson les enfants gâtés de la société d’abondance et les détracteurs de l’Occident … La philosophie de la décolonisation reprend à son compte l’anathème jeté sur l’art par les populistes russes du XIX° siècle : ‘une paire de bottes vaut mieux que Shakespeare’ (Dostoïevski, Les Démons ou Tolstoï) … Nous vivons à l’heure des feelings : il n’y a plus ni vérité ni mensonge, ni stéréotype ni invention, ni beauté ni laideur, mais une palette infinie de plaisirs, différents et égaux. La démocratie qui impliquait l’accès de tous à la culture se définit désormais par le droit de chacun à la culture de son choix (ou à nommer culture sa pulsion du moment). » (Alain Finkielkraut) –  Multiculturalisme et relativisme ; les bottes certes, mais Shakespeare aussi, chaque chose vaut en soi – sans confusion où plus rien n’est ni ne vaut.

« Né du combat pour l’émancipation des peuples, le relativisme débouche sur l’éloge de la servitude. » (Alain Finkielkraut) – En enfermant les hommes dans leurs limitations, traditions, en leur refusant toute possibilité d’élévation.

« Bienvenue dans le monde euphorisant des choix volatils et de l’universelle plasticité … L’homme contemporain … nulle statue du Commandeur, qu’elle fût progressiste ou rétrograde, ne fait plus honte à ce don Juan du désordre de sa vie ou de la diversité de ses plaisirs. Cessant de pourchasser les traces du passé … il a répudié les formes de pensée qui divisaient le monde en vivants et en vestiges. Bref, il a dépassé ou, pour être plus exact, il a détrôné le dépassement. Partout l’obligatoire se dissout dans l’optionnel, les figures libres succèdent aux parcours imposés, l’éclectisme au sectarisme, le ‘bonheur si je veux’ au bonheur programmé, la cohabitation des styles au sens de l’histoire, le jeu avec les codes au vertige de la radicalité, les amours plurielles, les identités bariolées et les délices du papillonnage à la nécessité guerrière et puritaine de toujours choisir son camp … ‘Anything goes’. » (AlainFinkielkraut)

« Cela me libère de l’obligation d’avoir raison et n’exige de moi que d’être intéressant. » (Stanley Fish – cité par Tzvetan Todorov) – Dans la société moderne où sont passés les déconstructeurs, puisque et où rien n’est vrai.

« La hiérarchie est consubstantielle à l’idée même de valeur … Une chose vaut nécessairement par rapport à une autre qui vaut davantage ou moins. Le fondement de l’acte d’évaluation consiste donc en un jugement de comparaison qui distribue en fonction d’un étalon les choses en valeurs supérieures, inférieures ou équivalentes. Or la relation du supérieur à l’inférieur, on l’appelle hiérarchie. Si toutes les valeurs se valent aucune ne vaut plus … La notion de valeur implique une pluralité de valeur et une hiérarchie ou échelle des valeurs. » (Julien Freund) – Nier toute hiérarchie, c’est refuser toute valeur, c’est marcher à quatre pattes.

« Le relativisme renforce le préjugé des démocrates en faveur de l’égalité essentielle de tous les modes de vie, et encourage du même coup une sorte de médiocrité égoïste. La doctrine selon laquelle il n’existe aucune perspective privilégiée, aucune vérité absolue, coïncide aimablement avec le désir de l’homme démocratique de croire que son mode de vie est tout aussi bon que n’importe quel autre. Dans ce contexte, le libéralisme ne mène pas à la libération des grands et des forts, mais à celle des médiocres, à qui l’on vient dire qu’ils n’ont à rougir de rien … Le relativisme finira par miner aussi les valeurs de la démocratie et de la tolérance. Ce n’est pas une arme qu’on peut employer sélectivement … elle tire sans discrimination … Tout peut passer à la trappe. » (Francis Fukuyama) – Rien à ajouter. Tout passera à la trappe, et nous avec.

« Aujourd’hui encore, il est obligatoire de penser que tout est imaginaire dans les mythes, ludique, poétique, lyrique, onirique, psychanalytique, n’importe quoi en somme, pourvu que le réel ne soit pas là. » (René Girard)

« L’époque est hostile à une collaboration des œuvres littéraires … à l’entreprise du savoir … Le seul ‘vrai’ auquel il est permis d’aspirer consiste à abdiquer toute prétention à la vérité, à abjurer solennellement tout ‘préjugé référentiel’. » (René Girard) – et cela ne concerne pas que la littérature.

« ‘Penser, c’est juger’ (Kant) … ‘Ne pas juger !’ : interdit lancé à la pensée critique et évaluative  … Pourquoi voudrait-on interdire la pensée ? … Penser, juger, c’est critiquer, évaluer, hiérarchiser, c’est donc approuver et condamner … Ne pas juger se donne à bon marché une apparence de libéralité (laisser l’autre libre de penser et de faire ce qu’il veut ; traduction : s’en foutre. » (Christian Godin)

« Le mépris et la détestation sont des signes positifs de liberté, et il serait dommageable pour une société soucieuse de liberté de les refouler au nom d’un prétendu droit à la différence … Comme si aucun choix de vie ne pouvait faire l’objet de mépris, comme si aucune idée ne pouvait être récusée, aucune croyance ridiculisée, aucun goût déclaré mauvais… » (Christian Godin) – Mais personne n’a jamais cru au souci de liberté de nos sociétés, incompatible avec la pratique de la domination.

« Comme injure, le terme est utilisé toutes les fois qu’une mesure autoritaire (même pas toujours !) est prise … ou qu’une conviction ferme est soutenue. » (Christian Godin – sur le mot fascisme)

« Comment peut-on reconnaître ‘l’altérité’ et s’ouvrir à l’autre si l’on évite soigneusement toute affirmation consistante, toute conviction sensée, et si l’on ne dit rien du contenu de cette ‘altérité’ ? … Ce respect programmé de l’autre signifie en fait une manière élégante d’éviter la rencontre et le dialogue avec lui. En voulant à tout prix éviter le choc des cultures, la tentation du repli et de la fermeture, on en vient à esquiver toute confrontation sur les contenus. La rencontre se doit d’être obligatoirement souriante et bon enfant, et les fêtes en tout genre sont censées manifester un brassage des sensibilités, symbole d’une nouvelle culture universelle réduite à quelques clichés et bons sentiments » (Jean-Pierre Le Goff) – Ce qui explique la gigantesque vacuité de nos relations sociales. Relativisme et multiculturalisme.

 « Réduction des valeurs à leurs rapports réciproques qui permet à Valéry une assimilation analogique de toutes valeurs (spirituelles ou matérielles), ‘J’ai donc dit qu’il y a une valeur nommée esprit’ … Plus de valeurs élevées et de valeurs basses … Ecroulement de toute l’échelle hiérarchique des valeurs … Valéry prend acte de l’effondrement récent des étalons stables dans tous les aspects de la civilisation contemporaine. Non seulement les valeurs monétaires, mais toutes les autres. Dans le domaine des arts, de la morale, de l’esprit il n’y a plus que des ‘placements’ provisoires des paris sur des ‘valeurs’ qui montent et qui descendent. C’est le langage de la Bourse qui semble le mieux adapté … analogie profonde entre l’économie matérielle et l’économie spirituelle. » (Jean-Joseph Goux) – Mais à l’instigation de la première, variabilité, flexibilité dit-on aujourd’hui.

« Quelle est cette humanité qui se presse devant ces effigies du rien ? Alors qu’une humanité avait reconnu ses semblables à leur commune recherche d’un sens, une autre humanité les rassemble aujourd’hui dans leur commune indifférence au sens comme au non-sens. Faute qu’il n’y ait plus ni attente, ni exigence, ni norme, ni sens, tout se vaut et rien ne vaut rien … Nous n’éprouvons semblables à nous que ceux dont les œuvres, les discours, les comportements signifient quelque chose, avec lesquels nous pouvons donc nous entretenir du sens de l’existence et de la signification de nos diverses expériences. » (Nicolas Grimaldi)

« Faire du relativisme un absolu est le tour de force auquel notre époque est parvenue … Il a pour conséquence inévitable d’abolir la faculté de juger. Le jugement exige une hiérarchie des valeurs que le relativisme absolu condamne … et aucune civilisation ne peut faire l’économie d’une hiérarchie de valeurs et par conséquent d’un jugement de valeur … En annulant l’effort de soi sur soi … le relativisme annule même l’idée de civilisation. » (Henri Guaino)

« Quiconque ose aujourd’hui affirmer qu’il y a une vérité n’est pas seulement chahuté, il est épinglé comme dictateur en puissance, fanatique dangereux pour la cohésion sociale d’une démocratie désormais multiculturelle. » (Père Joël Guibert)

« L’homme occidental reste l’âne de Buridan, écartelé entre le seau d’eau et la botte de paille : pas de modèle de société, il peut tout choisir, donc rien. » (Jean-Edern Hallier)

« Le succès d’une théorie dépend de son accord avec les passions dominantes du moment … Ainsi le relativisme permet de concilier la diversité des opinions avec la passion d’égalité des sociétés démocratiques. » (Jean-Louis Harouel)

Le lieu où « toutes les vaches sont grises » (Hegel – sur la régression vers l’indétermination de la pensée et de la raison)

« Chaque homme pour ce qui le concerne, appelle ce qui lui plaît et lui procure du plaisir Bien, et Mal, ce qui lui déplaît. » (Thomas Hobbes) – Père du relativisme.

« Aucun but n’est meilleur qu’un autre … Une idée, un concept, une théorie, ne sont rien qu’un projet ou un plan d’action et la vérité, par conséquent, n’est autre que le degré de réussite d’une idée. » (Max Horkheimer – sur le noyau de la philosophie moderne) – Avec les six premiers mots, tout est dit.  

« Nous sommes dans un monde où l’ontologie, la métaphysique, le fondamentalisme et toutes les notions phares qui en relèvent ; tels que Dieu, la nature, la vérité, l’être, l’essence, la valeur en soi… sont en crise, et nous estimons que cette crise n’est pas le mal. Le nihilisme qui s’y associe présente beaucoup d’aspects positifs, émancipateurs, diversificateurs… » (Gilbert Hottois, avocat des biotechnologies – cité par Jean-Claude Guillebaud). – Selon l’auteur, les cultures humaines (arts, morale, philosophie…) n’étant rien d’autre que des entreprises de symbolisation ou de ‘codage’ d’une réalité mouvante, tous les concepts accompagnant cette symbolisation, y compris celui d’individu, ont ainsi un caractère relatif. Bravo ! Perspective : massacres.

 « Du pluralisme on ne peut évidemment conclure au relativisme, qui est une prise de position théorique d’une toute autre nature. »  ((Mark Hunyadi)

«  Il n’est pas possible d’être relativiste en première personne, car tout doute relativiste ou sceptique ne peut émerger que sur un fond de certitudes nécessairement tenues pour vraies … Le doute intégral est une rigoureuse impossibilité pratique, car douter suppose déjà l’existence de ce dont on doute, sans quoi le doute n’aurait simplement pas de sens » ((Mark Hunyadi)

« Celui qui dit  oui à tout le monde, c’est comme s’il disait non. On arrive à l’isosthénie par deux voies opposées : par le scepticisme qui n’admet aucune vérité, et par le relativisme qui, les admettant toutes, les détruit l’une par l’autre … Tout revient au même, tout est égal … Les hiérarchies sont confondues et les valeurs submergées … Cette générosité négative qui est un flirt avec toutes les idées et, toujours sur le point de s’éprendre, affecte à chaque instant de ne rien approfondir ; elle butine,, elle papillonne, elle n’a que des passionnettes ; tout ce qu’elle effleure devient insignifiant … Sans innocence, sans fidélité ni candeur, sans bonté, sans positivité aimante ; impuissante aussi parce que trop large … Ne régnant que sur des fantômes, infiniment riche, elle n’existera pas. » (Vladimir Jankélévitch – sur une certaine forme d’ironie proche du relativisme affiché)

« La grande messe œcuménique est fondée sur la dissolution des valeurs et du sujet. » (Claude Jannoud)

 « Qu’on mette le vrai et le faux sur un pied d’égalité et qu’on efface les différences, on ne pourra plus rien énoncer … abolition de la condition de possibilité d’un sens … Reconnaître que tout est relatif conduit à reconnaître que rien n’est un ‘en soi et par soi’, donc que rien n’est un ‘un’, donc que rien ‘n’est’ : s’y dissout le verbe  ‘être’. » (François Jullien) – Nous y voilà.

« Des humanoïdes dépourvus d’aspérités, de convictions, incapables de concevoir ce qui dépasse leur existence individuelle, et d’ailleurs incapables de se défendre comme d’attaquer pour ce qu’ils croient puisqu’il est interdit de croire en rien … A force de tout tolérer plus rien n’interroge ni ne questionne. » (Hervé Juvin)

« Alors que la morale représente une contrainte, sous le mot ‘éthique’, se cache une morale de la complaisance, une morale nécessairement de l’instant, du court terme, puisque fondée sur ce qui plaît. C’est selon Finkielkraut, une morale de l’ingratitude : ‘Rien avant, rien autour, rien après, rien que moi’. Chacun définit sa part de vérité. » (Pierre-Patrick Kaltenbach) – Morale-bidon pour relativistes.

« Quiconque exclut catégoriquement toute certitude première se trouve en contradiction avec soi-même et se fabrique une immunité on ne peut plus primaire, contre toute critique. L’homme ne saurait revenir sur l’opposition entre le oui et le non, le vrai et le faux, le bien et le mal, sous peine de devoir renoncer à lui-même. » (cardinal Walter Kasper)

« Le grand compréhensif est typiquement sans caractère, parce qu’il ne peut pas juger qu’une forme est absolument préférable à une autre ; au contraire, le grand homme d’action est borné. » (Hermann von Keyserling) – L’auteur s’exprime essentiellement en matière morale.

 « Il est souvent exigé de nous que sous prétexte de tolérance nous nous montrions indifférents … Or ce n’est pas de la tolérance … Cela relève d’une civilisation hédoniste où rien n’a réellement d’importance … Philosophie d’une existence sans responsabilités ni convictions … Dangereuse absurdité. Le mépris de la vérité détruit autant notre civilisation que le culte de la vérité (entendu comme culte imposé et obligatoire) ... Une société où personne ne croit à rien et où tout le monde se moque de tout pourvu que la vie soit amusante. » (Leszek Kolakowski – Petite philosophie de la vie quotidienne)

« L’insoutenable légèreté du relativisme moral ne peut être compensé que par l’éveil de la conscience et l’engagement. » (Thomas de Koninck)

 « A-t-on encore le droit de parler de mensonge ? En effet la notion de ‘mensonge’ présuppose celle de la véracité, dont elle est l’opposé et la négation, de même que la notion du faux présuppose celle du vrai. » (Alexandre Koyré – évoquant les régimes totalitaires) – Mais aujourd’hui, on peut étendre et  se poser la question dans le cadre du relativisme ambiant.

« Quand on s’interdit de critiquer qui ou quoi que ce soit, on n’est pas loin d’admirer n’importe qui ou n’importe quoi. » (Grégoire Lacroix)

« La démocratie n’est-elle pas l’expression du relativisme et des choix ? » (Zaki Laïdi)

« Quand toute expression est également autorisable, rien n’est vrai. » (Christopher Lasch)

« Dans un monde où rien n’est vrai (et où l’idée même de vérité laisse place à celle de crédibilité), tout est ‘vrai’. Le scepticisme coexiste ainsi avec une croyance naïve en l’expertise. » (Christopher Lasch)

« Dire que toutes les opinions ont une valeur égale, c’est dire qu’elles n’en ont aucune, c’est-à-dire qu’elles sont en effet des opinions, qu’elles ne contiennent aucune vision claire de la vérité, qu’elles expriment seulement des préférences du désir ou des vraisemblances de l’imagination. » (Louis Lavelle)

« La perte de la référence … Du fait de la perte du repère de la tradition, c’est d’abord à un relativisme généralisé que nous avons affaire, et puisque tout se vaut, plus moyen de donner sa valeur régulatrice à la différence des places ; c’est donc à un moment de chaos, en tout cas de turbulence généralisée que l’on assiste, chacun essayant de reconstituer une échelle de valeurs à partir de ses propres repères, mais comme ceux-ci se retrouvent différents de ceux du voisin, l’entreprise apparaît, si ce n’est vaine, en tout cas très problématique. » (Jean-Pierre Lebrun)

« Tout est relatif, excepté l’infini. » (duc de Lévis)

« Ne pas avoir d’idées tranchées sur des questions qui ne sont pas essentielles est chose utile. Mais être irrésolu sur les fondements ultimes … est de la bêtise pure. Si on garde un esprit ouvert à tous vents sur ces questions fondamentales, qu’on ferme au moins sa bouche. » (C. S. Lewis) – Et la fameuse ouverture alors. Que vont devenir les esprits creux et vides ? Qui pourra être présentateur, animateur à la télévision ?

 « La croyance dogmatique en une valeur objective est nécessaire à la notion même d’une autorité qui ne soit pas tyrannie ou d’une obéissance qui ne soit pas esclavage. » (C. S. Lewis) – C’est justement bien pourquoi, si on veut exercer le pouvoir tranquillement, il faut nier et combattre de telles croyances.

« Si rien n’est obligatoire en soi, rien n’est obligatoire du tout. » (C. S. Lewis)

« Quand on a discrédité tout ce qui dit ‘c’est bien’, il ne reste plus que ‘j’ai envie’. » (C. S. Lewis)

« La doctrine de l’objectivité des valeurs, la conviction que certaines attitudes sont véritablement conformes à la réalité de ce qu’est l’univers et de ce que nous sommes, tandis que d’autres ne le sont pas. » (C. S. Lewis) – Tout ne se vaudrait donc pas ?

« L’extase du nouveau est consubstantiel aux temps démocratiques … Avec l’avènement de la représentation de l’individu autosuffisant, plus aucune norme préexistante à la volonté humaine n’a de fondement absolu, plus aucune règle n’est intangible, les lignes et styles sont à inventer souverainement, conformément au droit moderne à la liberté. » (Gilles Lipovetsky) – Tout cela évidemment ne pouvant finir que dans le pire des chaos.

« La force spécifique du relativisme contre la grande paranoïa de l’universalisme occidental, qui a servi de justification rationnelle et de légitimation morale à la logique économique occidentale et à ses conséquences dévastatrices … qui a été le fourrier des divers ethnocides et du saccage de la nature … le relativisme moral, intellectuel, existentiel sape ce fantasme de l’Un. » (Michel Maffesoli) – Il faut bien laisser parler un partisan du Relativisme.

 « Deux erreurs opposées sont à éviter, celle qui soumet toutes choses à l’univocité, celle qui disperse toutes choses dans l’équivocité. La seconde pensera qu’avec le temps les conditions historiques deviennent tellement différentes qu’elles relèvent de principes eux-mêmes hétérogènes. La première portera à croire que ces règles et ces principes suprêmes s’appliquent toujours de la même façon. » (Jacques Maritain) – La seconde débouche sur le Relativisme, la première sur l’immobilisme sclérosé.

 « Les théories contemporaines de la justice (anglo-saxonnes) séparent radicalement la notion de ‘juste’ de celle de ‘bien’ et donnent la priorité à la première … Parce que la société se compose d’une multitude de personnes, chacune ayant ses propres buts et ses propres intérêts, elle ne peut être juste que si elle est gouvernée par des principes qui n’impliquent aucune conception particulière du bien … Ethique minimale dont l’idée est qu’aucune morale ne peut être juste si elle n’est pas ‘neutre’ à l’égard des conceptions du bien que les individus peuvent formuler … Pousser la neutralité jusqu’au point de considérer comme ‘moralement indifférente’ toute conception de la vie aboutit à saper la possibilité d’une conception éthique autre que le relativisme. » (Michela Marzano) – C’est effectivement la disparition par éclatement, atomisation,  de la notion de bien par la primauté quasi exclusive accordée à une justice d’inspiration hyper-individualiste sous la supervision aussi hypocrite que dictatoriale d’un rêve d’égalité forcenée. Constater que l’ambition, constante, du monde anglo-saxon est de détruire toute morale n’est pas une nouveauté et ne peut constituer une révélation que pour le Bobo asservi.

« Le relativisme est … un droit à la dérive qui cherche à rendre normatif ce qui n’est que factuel. » (Jean-François Mattei)

« Si la thèse du relativisme est vraie, alors elle est fausse, puisque d’autres thèses, dont elle reconnaît par principe la validité, en nient la vérité … Il n’y a pas de raison de préférer la thèse du ‘tout se vaut’ à la thèse adverse du ‘rien n’est parfaitement équivalent’. » (Jean-François Mattéi) – Si n’importe quoi marche, et si en définitive tout se vaut, il n’y a plus de raisons universelles et objectives, de préférer le système démocratique à tout système totalitaire.

« La proposition : ‘Il n’existe aucune vérité’ équivaut, quant au sens, à la proposition : ‘Il existe la vérité qu’aucune vérité n’existe’ … On affirme d’un côté la relativité de toutes les cultures et de l’autre l’universalité de la culture qui permet de soutenir de cette relativité qu’elle est universelle … Celui qui pose comme absolue la thèse de la relativité des points de vue … doit admettre la thèse contraire à son point de vue, c’est-à-dire l’universalité de la thèse relativiste, ce qui revient à dire que tout est relatif, sauf le relativisme. » (Jean-François Mattéi – citant Edmund Husserl) – Il faut suivre, mais c’est de la bonne logique.

« Le sujet transcendantal, dénué de transcendance, n’a pas d’autre issue que la fuite dans un relativisme généralisé. » (Jean-François Mattéi)

« Un mouvement politique qui tournerait ostensiblement le dos (que ce soit au nom de son ‘relativisme culturel’, de l’idée que ‘le monde bouge’ ou de la croyance selon laquelle ‘la fin justifie les moyens’) à l’idée populaire ‘qu’il y  a des choses qui ne se font pas’ ; comme, par exemple manquer à sa parole … finira tôt ou tard par trahir la cause du peuple. » (Jean-Claude Michéa) – Ou par exemple mentir systématiquement.

« Le relativisme moral, clé de voûte idéologique du libéralisme culturel. » (Jean-Claude Michéa)

« La grandeur de l’esprit humain consiste à rechercher le bien, le vrai, le beau. On a prétendu que le vrai n’existe pas, puisqu’il n’y a que des vérités relatives, incomplètes et changeantes ; que le bien n’existe pas, puisqu’il n’est constitué que de normes sociales qu’on peut transgresser sans dommage, ou ne respecter que conditionnellement ;  que le beau n’existe pas puisqu’il n’est qu’un fantasme dont le vrai motif sous-jacent est la jouissance de nos sens. Du coup, tout s’est perdu dans la grisaille, l’humanité occidentale moderne a été privée d’idéal. »  (Philippe Nemo)

« ‘Le bien et le mal sont les préjugés de Dieu’ disait le serpent. » (Nietzsche) – pour dévaluer ces notions)

« Il n’y a pas de faits, il n’y a que des interprétations. » (Nietzsche) – Ce qui équivaut à n’en avoir aucune, sinon celle qui convient au plus puissant. Moyen de déconstruction de tout réel.

« Nous ne pouvons tout à la fois tenir le discours universaliste des droits de l’homme, et affirmer en même temps l’égalité des systèmes culturels, dont certains, l’hindouisme ou l’islam wahhabite par exemple, conçoivent autrement la liberté de l’individu. » (Paul-François Paoli)

« Alors même que nous vivons sous l’empire d’une postmodernité qui a relativisé toutes les croyances et jusqu’à l’idée de norme sexuelle, voilà que nous absolutisons les droits de l’homme … Nous prétendons, par exemple, parler de la ‘dignité de l’homme’ au nom de l’humanité entière, sans nous rendre compte que nous avons évidé ce mot de dignité de tout contenu positif. La relativisation des normes sexuelles, voilà ce que maints Occidentaux appellent désormais ‘l’Universel’ dans un monde … où tout semble devenu pensable, du moment que l’on n’étrangle pas son voisin de palier. » (Paul-François Paoli)

 « Nous refusons l’idée d’un quelconque modèle normatif contraignant, mais ne désespérons pas de suggérer cette absence de modèle aux masses musulmanes et hindoues qui croient encore à des notions comme l’immortalité de l’âme ou la distinction entre les sexes. Nos ‘valeurs’ ? Comment ne pas voir qu’elles sont devenues essentiellement abstentionnistes : le refus de tuer, le refus de la peine de mort, le droit de n’être contraint en rien. Depuis le droit de décider de sa marque de shampooing au fait de savoir si l’on doit, ou non, se faire incinérer, notre individualisme est de l’ordre du neutre. N’impose rien à quiconque et nul ne t’imposera rien. » (Paul-François Paoli) – Prétention impérialiste et  vide abyssal.

« Tous errent d’autant plus dangereusement qu’ils suivent chacun une vérité. » (Blaise Pascal) – Encore du temps de l’auteur, y avait-il des vérités.

« Pour être un sens effectif, tout sens singulier présuppose un sens total et absolu, mais aucun sens relatif et partiel ne pourra donner sens au tout, car le sens particulier peut s’accorder avec le non-sens ou en être le produit : seule une teneur de sens totale peut empêcher tout le singulier de se noyer dans le non-sens … L’homme ne peut pas vivre sans sens, sans un sens total et absolu. » (Jan Patocka –reprenant une réflexion de Weischedel sur les degrés du sensé)

« Le totalitarisme naît de la négation de la vérité au sens objectif du terme : s’il n’existe pas de vérité transcendante, par l’obéissance à laquelle l’homme acquiert sa pleine identité, dans ces conditions, il n’existe aucun principe sûr pour garantir des rapports justes entre les hommes. Leurs intérêts de classe, de groupe ou de nation les opposent inévitablement les uns aux autres. Si la vérité transcendante n’est pas reconnue, la force du pouvoir triomphe, et chacun tend à utiliser jusqu’au bout les moyens dont il dispose pour faire prévaloir ses intérêts et ses opinions, sans considération pour les droits des autres … Une démocratie sans valeurs se transforme facilement en un totalitarisme déclaré ou sournois, comme le montre l’histoire. » (Jean-Paul II)

« Ainsi s’instaure dans certains cas une séparation, voire une opposition, entre la doctrine du précepte valable en général et la norme de la conscience de chacun, qui déciderait effectivement, en dernière instance, du bien et du mal. » (Jean-Paul II)

« Penser, c’est plus que jamais penser contre autrui. Une idée s’affirme d’autant plus puissamment qu’elle rencontre une résistance qui l’oblige à se blinder. Sans contradicteurs nos idées se déliteraient dans le relativisme et l’incertitude. Nous finirions par nous lasser de nos plus intimes convictions. » (Georges Picard)

« Un relativisme qui prescrit que rien ne serait particulièrement respectable puisque rien n’est non plus inacceptable. » (Natacha Polony)

« La croyance est omniprésente, en tout lieu, en tout temps : on imagine mal une culture de non-croyance  absolue, il n’y a que les morts pour ne croire à rien … Une croyance n’est récusée que pour céder la place à une autre croyance, elle consent à changer d’objet plus volontiers que de forme ou de technique. Elle peut virer du positif au négatif, de l’adoré à l’abhorré, du Paradis à l’Enfer, sans pour autant modifier ni sa structure ni ses modalités de fonctionnement et surtout, sans renoncer à sa finalité qui est d’assurer le sujet dans une conviction, de le ‘remplir’. Pour croire et faire croire, il y a toujours preneur … Vouloir expulser la croyance à tout prix, c’est confondre les exigences de l’esprit scientifique avec le culte d’une rationalisation militante, meurtrière, à terme, de ce qui n’est pas elle. La Terreur s’exerce toujours au nom de la Raison. » (Jean-Bertrand Pontalis) – Notre temps.

« Même le pape s’est récemment  rallié au relativisme sexuel ambiant dans un magistral et retentissant ‘Qui suis-je pour juger ?’ Si le successeur de saint Pierre lui-même ne veut plus faire le job, on ne voit pas quelle norme pourrait encore tenir debout. » (Anne-Marie Le Pourhiet) 

« La décadence morale qui se fonde sur la perte totale de la tradition, sur la perte de cette évidence interne que les us et coutumes avaient autrefois apportée à l’homme. Plus rien ne va de soi ; tout est possible; rien n’est impossible. Il n’y a plus de valeur porteuse ; aucune norme n’est inviolable. Ne comptent plus que le moi et l’instant … Il ne reste que le cynisme à l’état pur. » (cardinal Joseph Ratzinger)

« Une idée est farfelue en fonction du paradigme de pensée à l’aune duquel on l’évalue (pour certains ce sont le célibat ou la chasteté prénuptiale, pour d’autres le mariage gay…) … Le relativisme ne présente qu’une étape stratégique qui permet d’élever une idée jusqu’alors farfelue au rang d’opinion respectable. Dans un second temps s’opère le changement de paradigme au terme duquel l’idée ancienne devient farfelue. » (Ingrid Riocreux)

« Il est au fond des âmes un principe inné de justice et de vertu, sur lequel, malgré nos propres maximes, nous jugeons nos actions et celles d’autrui comme bonnes ou mauvaises. » (J. J. Rousseau)

« L’indifférence philosophique ressemble à  la tranquillité de l’Etat sous le despotisme ; c’est la tranquillité de la mort ; elle est plus destructrice que la guerre même. » (J. J. Rousseau)

« Les relativistes de la morale, ne sont en réalité que les absolutistes de leur époque. Les variations des mœurs ne sont, pour eux, que des étapes dans la genèse de la morale de leur temps, érigée ainsi en idéal. » (Max Scheler)

« La thèse du relativisme … celui-ci serait rendu nécessaire par la diversité de fait constatée dans la structure psycho-physique des hommes. » (Max Scheler)

« S’interdire toute échelle de valeurs entre civilisations, c’est aussi ne plus pouvoir juger, au sein de chacune, les tendances les plus élevées et celles qui sont régressives ou détestables. Le dogme proclamé de l’équivalence éthique, culturelle, esthétique de tous les êtres, de toutes les sociétés et de toutes les civilisations annonce ce qu’on a toujours assimilé à la barbarie, l’apparition de ce monstre logique, de cet oxymore historique : des sociétés asymboliques. » (Michel Schneider)

« De la délégitimation politico-morale des situations existantes, il n’y a qu’un pas vers leur délégitimation ontologique … Une fois que l’on a fait perdre sa légitimité à ‘l’ordre des choses’, les improvisations sont tentantes, et parmi elles celles de la brutalité. » (Peter Sloterdijk)

« Nous entendons par relativisme toute philosophie qui prétend que la validité d’une affirmation est relative à un individu et/ou à un groupe social … Relativisme cognitif s’agissant d’une affirmation de fait, relativisme éthique ou moral s’agissant d’une affirmation de valeur (bon ou mauvais), relativisme esthétique s’agissant d’une affirmation de valeur artistique (beau ou laid). » (Alain Sokal et Jean Bricmont)

« Je viens d’un pays où on ne peut rien dire. J’arrive dans un pays où on peut tout dire, mais où finalement cela n’a aucune importance. » (Soljénitsyne – arrivé en Occident) – Du temps, terminé, où en Occident on pouvait encore tout dire.

« Comprendre est le commencement d’approuver. » (Spinoza)

« Si les principes tirent une justification suffisante du fait qu’ils sont reçus dans une société, les principes du cannibale sont aussi défendables et aussi sains que ceux de l’homme policé. » (Léo Strauss – Droit naturel et histoire) – Mais si toutes les civilisations se valent ! 

« Une liberté complète serait un vide où rien ne vaudrait la peine  d’être accompli, rien ne mériterait de se voir attribuer une quelconque valeur … Le moi qui obtient sa liberté en écartant tous les obstacles et toutes les entraves extérieurs est dénué de caractère, il est donc privé de tout objectif défini. » (Charles Taylor) – Aboutissement du relativisme absolu, de l’errance perpétuelle . 

 « Comme l’idéologie de l’authenticité prend la forme d’un relativisme sans consistance, il lui devient presque impossible de défendre avec force quelque idéal moral que ce soit … La culture contemporaine de l’authenticité glissant vers le relativisme doux. » (Charles Taylor) – Supposant qu’il reste quelque idéal moral dans nos sociétés modernes.

« L’acception moderne de l’authenticité en tant que différence, originalité, reconnaissance de la diversité. Une telle rhétorique (voire du multiculturalisme) peut tourner à une apologie du choix pour lui-même : toutes les options se valent, parce qu’elles se font librement et que le choix leur confère à lui seul une valeur … Mais on ne peut défendre l’authenticité en ignorant les horizons de signification (noblesse, courage…) … A moins que certaines options soient plus significatives que d’autres, l’idée même de choix personnel tombe dans la futilité et donc dans l’incohérence. L’idéal du libre choix ne fait sens que si certains critères valent plus que d’autres … il suppose donc qu’il y ait d’autres critères de sens au-delà du simple fait de choisir … un horizon de questions essentielles … Les formes de la culture contemporaine qui se referment sur l’épanouissement de soi en s’opposant aux exigences de la société et de la nature … ‘aplatissent et rétrécissent la vie’, comme l’écrit Allan Bloom. » (Charles Taylor)

« Un cadre de référence comprend un certain nombre de distinctions qualitatives déterminantes. Penser, sentir, juger à l’intérieur d’un tel cadre, c’est agir avec l’idée que certaines actions, certains modes de vie ou certains sentiments sont incomparablement supérieurs à d’autres  (l’éthique de l’honneur, l’aura de renommée, de gloire…la vie supérieure gouvernée par la raison et le contrôle de soi…) … Agir à l’intérieur d’un cadre, c’est se comporter suivant le ‘sens’ d’une distinction qualitative … Les cadres de référence, ‘l’horizon’, (mon identité) sont devenus problématiques. Le cadre de référence, fait indiscuté,  partagé par tous … ce en vertu de quoi nous donnons un sens à nos vies d’un point de vue spirituel, le sens de la vie … Nous appréhendons un vide terrifiant, une sorte de vertige, voire une rupture de notre univers … La prédominance du vide existentiel définit peut-être notre époque … Nous doutons autant de la valeur de l’héroïsme (pour simplifier et résumer les activités dites supérieures valorisées jadis) que de la valeur des buts de la ‘vie ordinaire’, la vie de production et de reproduction, mise en valeur aujourd’hui … Afin de donner un sens minimal à nos vies, nous avons besoin d’une orientation vers le bien, donc d’un certain sens des discriminations qualitatives … » (Charles Taylor)

« Sans un idéal quelconque de justice le bien et le mal sont essentiellement relatifs et nous n’avons d’autre critère que de trouver le bien où est notre avantage et le mal où il n’est pas. » (Edmond Thiaudière)

« La sécularisation totale, en principe, abolit les interdits, mais c’est au prix d’étendre un interdit majeur, celui de croire, sinon de manière privée et quasi muette, l’interdit de se prononcer, de poser aucun principe, fût-ce qu’un enfant devrait avoir un père et une mère reconnus comme tels. » (Paul Thibaud)

« Considérer que toutes les pratiques se valent revient, sous couvert de tolérance, à renoncer à l’unité de l’espèce et, en fin de compte, à juger les autres comme incapables ou indignes de bénéficier du même traitement que celui que nous nous réservons. » (Tzvetan Todorov)

« Le relativiste est amené, inévitablement, à soutenir une vision élitiste de l’humanité, puisque tout y est relatif, hormis sa propre théorie … La xénophobie contemporaine s’accommode fort bien d’un ‘droit à la différence’ : un relativiste conséquent peut demander que tous les étrangers rentrent chez eux, pour vivre au milieu des valeurs qui leur sont propres » (Textes recueillis par Tzvetan Todorov)

« Je ne suis pas convaincu que le relativisme soit une théorie erronée, car ce n’est pas une théorie, mais tout au plus une doctrine sociale : dans la société, il faut admettre, pour des raisons de charité, des positions multiples. » (Gianni Vattimo) – Certes, mais pour des raisons pratiques, cette tolérance exacerbée n’a rien à voir avec la charité.

« Pour Nietzsche, Dieu est mort signifie seulement qu’il n’y a pas de fondement ultime … C’est une signification analogue que revêt la polémique de Heidegger contre ce qu’il nomme la métaphysique (croyance en un ordre fondé, stable, nécessaire, objectivement connaissable de l’être) … Si Dieu est mort, c’est-à-dire si la philosophie a pris acte qu’elle ne peut saisir avec certitude le fondement ultime … L’existence d’un Dieu-Fondement ultime, c’est-à-dire la structure métaphysique absolue du réel ne peut plus être soutenue … Dans la Babel du pluralisme de la modernité tardive et de la fin des méta-récits, les récits sans centre ni hiérarchie prolifèrent. Aucune méta-narration directive, aucun méta-langage normatif n’est en mesure de les légitimer ou de les délégitimer. » (Gianni Vattimo) – La fin postmoderne des philosophies absolues, se réclamant d’un fondement. Nous sommes seuls dans un vide incompréhensible.

« La fin de la métaphysique (l’absence de fondement) n’a-t-elle pour résultat logique que la légitimation du retour au mythe et aux appartenances communautaires ? Il n’y a pas de vérité universelle ; devons-nous donc laisser la voie libre aux vérités locales, entre lesquelles il ne peut en définitive y avoir de dialogue mais seulement une tolérance précaire ou une forme quelconque d’apartheid ? » (Gianni Vattimo) – Au mieux. Le plus vraisemblable étant la lutte pour la domination.

« Si on remplace les données de la nature par le ‘constructivisme’, tout peut se construire, s’inventer, se décréter. » (Bertrand Vergely) – Or, le constructivisme est le fils bâtard, aussi bâtard que son père, du relativisme. Il en découle inéluctablement, pour tenter dérisoirement et faussement de combler le vide créé.

« Le mot d’ordre du libéralisme est : ‘A chacun sa vérité !’ Saluons cette merveille, le ‘droit à l’erreur’. » (Michel Villey)

« Le nain voit des géants partout. » (proverbe)

« Celui qui n’a jamais vu de château admire une porcherie. » (proverbe)  

« On proclame le relativisme moral et à la fois on s’indigne du développement de la pédophilie. » (?) – Image de notre perversité doublée de lâcheté.

« Nous baignons dans la religion ambiante de la tolérance et nous avons élevé des enfants qui ont du mal à se structurer et à faire la différence entre des valeurs et des croyances, des opinions et des vérités. » (?) – Ce n’était pas le but poursuivi ?

« Toute vérité est relative, tout est égal, rien n’est stable. L’erreur, la faute n’existent plus, elles sont bannies. Il n’y a plus ni beau ni bon ni vrai ni juste ni sens ni leurs contraires, on respecte tout pour n’avoir plus rien à admirer, tout est au même niveau, le monde est enfin plat. Il n’y a plus qu’un grand supermarché des options individuelles où chacun vient se servir en obéissant aux puissants haut-parleurs des média qui clament quels sont les rayons bien fréquentés et fréquentables. » (?)

« A force de stériliser la pensée pour qu’elle soit aussi neutre et consensuelle que possible, plus aucune idée n’est porteuse de vérité. » (?)

« N’importe qui pouvant n’importe quoi on peut n’importe quand le mettre n’importe où. » (?)

« Sur un fond de décomposition généralisée, on n’a jamais autant milité pour l’absolu que dans cette époque où tout est devenu relatif. » (?) – Contradiction classique de rachat d’une faute réelle par une vertu alléguée.

 « La conviction est devenu un mot désuet, voire suspect. » (?)

« Il est interdit de croire en rien. » (?) – C’est la seule interdiction subsistante.

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