375,5 – Régimes (notamment totalitaires)

– Ne pas confondre régimes autoritaires (exemples : fascisme mussolinien, franquisme) et régimes à la fois despotiques et totalitaires (communisme soviétique, nazisme). Les premiers, s’appuyant sur une idéologie molle, tolèrent de légères incartades discrètes s’il n’y a pas contestation du pouvoir. Les seconds, plus policiers que les premiers, imposent une idéologie dure à toutes les couches de la société et dans tous ses interstices.

– Distinction autoritarisme / totalitarisme. « Si l’autoritarisme est une pratique politique qui tend à réprimer les possibilités d’action (atteinte aux droits de déplacement, de rassemblement, de travail, d’action politique, etc…), le totalitarisme, lui, va s’attaquer à la pensée (tentatives d’interdire la possibilité de réfléchir, de se former ou de s’informer, de croire ou de pratiquer sa religion). Le totalitarisme est ainsi bien plus dangereux que l’autoritarisme, parce qu’il touche à la faculté la plus importante de la personne humaine: la pensée, qui gouverne tout l’individu. Il est aussi plus difficile de caractériser les dérives d’ordre totalitaire, parce qu’elles sont plus insidieuses. » (François Martin) – On peut avoir un aperçu des tendances à l’autoritarisme en observant les injonctions, remarques de beaucoup de dames avançant en âge.

– Mais, ne pas confondre régime despotique et régime totalitaire. « Tout régime despotique ou de terreur n’est pas forcément totalitaire. Certains régimes despotiques… ont des objectifs limités et ne se proposent pas d’intégrer toutes les formes d’activité humaine aux buts de l’Etat. Les pires formes de domination coloniale n’étaient généralement pas totalitaires, leur but n’était simplement que l’exploitation économique … Le totalitarisme sous sa forme achevée transforme tous les hommes en esclaves, et comporte de ce fait certains traits égalitaires. » (Leszek Kolakowski)

– La dictature s’imposant rapidement comme féroce de l’idéologie unique et contraignante s’abritant sous le masque dit du politiquement correct constitue un régime nouveau, hybride entre l’autoritaire, le totalitaire et, au moins officiellement, des restes de démocratie.

– Régime fort : L’adjectif le distingue suffisamment de démocratie. Vu par celle-ci, toujours corrompu. La paille et la poutre.

– Les deux expressions les plus utilisées, à tort et à travers, sont : Nazi et encore plus Fasciste, à tel point que ce dernier terme est utilisé pour qualifier « tout ce qui freine ou contrarie le penchant des individus, tout ce qui restreint leurs caprices. » (Pascal Bruckner)

– Régimes et leurs corruptions, classes sociales : la démocratie, si corruption par la plèbe elle s’appelle ochlocratie – l’aristocratie, règne des plus vertueux, de ceux qui ont conscience d’être responsables de la société, peut dégénérer en oligarchie (règne d’une minorité qui se coopte), ou en ploutocratie (règne d’une minorité possédante) – la monarchie peut dégénérer en tyrannie, qui, malgré le sens moderne,  n’exprime pas un despotisme, mais suivant les anciens Grecs, le gouvernement où les hommes de caste inférieure s’attribuent le titre et les fonctions de la royauté  La technocratie, gouvernement des plus compétents techniquement – A ce propos : ne pas confondre aristocratie et bourgeoisie, un gouffre les sépare, distinguer ancienne bourgeoisie classique et ce que Renaud Camus appelle la petite-bourgeoisie, la classe unique et hégémonique actuelle, absorbant et englobant tous les autres niveaux, incapable de sortir d’elle-même, d’aller voir comment ça fait du dehors, incapable même de concevoir qu’il y ait un dehors, spatialement, temporellement, culturellement (si on peut parler de culture à son propos). En des différentes formes de pouvoir, Joseph de Maistre distinguait la « canaillocratie », possible (et souvent réalisée) en tous régimes.  « Le Courtisan était la figure la plus remarquable de l’ordre aristocratique. Le Militant était la figure la plus remarquable de l’ordre social et révolutionnaire. Le Repenti est la figure la plus remarquable de l’ordre démocratique avancé … On peut cumuler … militant et courtisan (ce sont les pires). » (Jean Baudrillard) – Cette dernière espèce particulièrement répandue aujourd’hui.

– « La théorie cyclique de la succession des régimes politiques imaginée par Polybe (120 avant J. -C.), entérinée par Cicéron et reprise par Machiavel. L’ochlocratie (foule et pouvoir) représenterait le stade ultime de la dégénérescence du pouvoir, décomposée en six phases qui verraient sombrer la monarchie dans la tyrannie, suivie par l’aristocratie qui se dégraderait en oligarchie, suivie de la démocratie qui basculerait dans le pire, l’ochlocratie où il ne resterait plus qu’a attendre l’homme providentiel qui restaurerait la monarchie. » (Gilles-William Goldnadel) – Où en sommes-nous avec notre ochlocratie électronique mondiale, nos foules médiatiques délirantes, qui répandent la terreur et font la loi ?

 – Où classer les nouveaux totalitarismes idéologiques ? Par exemple, un régime totalitaire peut parfaitement fonctionner sous un aspect des plus honorable, avec une police ordinaire et classique. Il suffit de quelques centaines, même pas, de quelques dizaines, de personnages correctement placés pour contrôler les écoles essentielles et choisir leurs cadres : formation des magistrats, des journalistes, des enseignants, de la haute administration… et ainsi former, ou déformer, les milliers de laquais qui serviront, la plupart sans même s’en apercevoir, l’idéologie dominante tout au long de leur vie. Et après ça marche tout seul. Simplement a-t-il fallu préalablement édifier une idéologie bien manichéenne servie par un langage adapté. Ensuite, il suffit de tenir la bride aux média, de savoir jouer d’une vigilance fiscale bien ordonnée, et enfin d’isoler, de faire taire, d’écarter promptement et violemment tout déviant qui pourrait malgré tout se révéler. Un rêve de trotskiste, une ambition de la petite-bourgeoisie.

– Suivant une analyse fortement étayée de Jean-François Revel, un système ouvertement totalitaire élaboré doit présenter, au moins dans son personnel dirigeant, une double face : les durs (très méchants) et les mous (plus accommodants). La stupidité de l’Occident est telle qu’il est prêt à toutes les concessions, à toutes les lâchetés, en se disant qu’ainsi il conforte la position des mous et évite le pire. Il est bien évident qu’en face, depuis Lénine et Staline, leurs émules  rigolent et se frottent les mains.

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« La démocratie est un dévergondage sentimental, le fascisme un dévergondage passionnel, le communisme un dévergondage intellectuel. » (Raymond Abellio) – Bien vu.

« L’union sacrée est le paradis des tyrans. » (Alain)

« La dictature, c’est : ‘ferme ta gueule’ ; la démocratie, c’est : ‘cause toujours’. » (Woody Allen)

« Le sujet idéal du règne totalitaire n’est ni le nazi convaincu ni le communiste convaincu, mais l’homme pour qui la distinction entre fait et fiction (la réalité de l’expérience) et la distinction entre vrai et faux (les règles de la pensée) n’existent plus. » (Hannah Arendt) – D’où l’importance de multiplier les fictions et autres jeux vidéo pour conditionner les futurs abrutis.

« Le fait que le régime totalitaire, malgré l’évidence de ses crimes, s’appuie sur les masses, est profondément troublant. » (Hannah Arendt – Le système totalitaire) – C’est pourtant comme ça.

« Les formations totalitaires ne restent au pouvoir qu’aussi longtemps qu’elles demeurent en mouvement et mettent en mouvement tout ce qui les entoure … L’obsession totalitaire du mouvement perpétuel. » (Hannah Arendt)

« Toutes les idéologies contiennent des éléments totalitaires qui ne sont pleinement développés que par les mouvements totalitaires et cela crée l’impression trompeuse que seuls le racisme et le communisme ont un caractère totalitaire. » (Hannah Arendt)

« Les trois régimes types : la monarchie qui tend à l’unité, l’aristocratie qui tend à la compétence, la démocratie qui tend à la liberté. » (Aristote)

« Les régimes totalitaires rétablissent l’unité de la hiérarchie technique, économique et de la  hiérarchie politique. Leur séparation, singularité occidentale récente de l’histoire, étant condition de la liberté. Les révolutionnaires, qui rêvent de libération totale, hâtent le retour aux vieilleries du despotisme. » (Raymond Aron) – Ce qu’on a bien vu avec l’expérience soviétique.

« Les régimes totalitaires de notre époque présentent une originalité unique. Jamais l’histoire mondiale n’offrit le spectacle d’une telle rationalité technique, dans l’administration des choses, dans le maniement des foules, dans les conquêtes impériales, jointe à une telle irrationalité dans les passions des masses, les idéologies officielles, la personne des chefs… »  (Raymond Aron)

« Un mythe d’origine est indispensable, pour justifier la position de chef héréditaire, un mythe à fonction idéologique au sens précis, c’est-à-dire de représentation au service d’un pouvoir politique qui n’est enraciné ni dans l’obéissance consentie par le peuple, ni dans la force nue. » (Jean Baechler)

« La tyrannie impose par la force une solution sur un point ; alors que le totalitarisme impose par la force une solution sur tous les points en litige. En conséquence la tyrannie dépend d’un ordre traditionnel, le totalitarisme est la perversion d’un ordre pluraliste (la révocation de l’édit de Nantes est un acte de tyrannie). » (Jean Baechler) – Voir la rubrique Ordre, 530,1, même auteur, pour la distinction des ordres.

« Tant qu’à être dominé, exploité, dirigé, autant que ce soit par d’authentiques dominants plutôt que par des escrocs du verbe. » (Olivier Bardolle) – Après tout, peut-être serait-ce préférable ?

Comment reconnaître une dictature : « C’est le propre d’une dictature que de dicter ce qui doit être dit. » (François-Xavier Bellamy) – Et surtout ce qui ne doit pas être dit.

«Obertone veut démontrer que les dictatures n’ont plus besoin de camps ni de barbelés, ni même de dictateurs : pour lui, elles se maintiennent par la domestication des individus, le conditionnement des foules et la manipulation des opinions. » (Cyril Bennasar – sur l’ouvrage d’un écrivain) – Effectivement pour domestiquer, conditionner, manipuler, il suffit de disposer des média, une centaine de personnes à peine à la tête des rédactions et des écoles de journalisme-dressage.

« Les valeurs étant exclues de ses préoccupations, laissant ainsi le champ libre à l’affrontement des intérêts, les lois y ont autorité dès lors qu’elles sont conformes à la Constitution et aux procédures prévues pour leur adoption. La légitimité se réduit alors à la légalité. Cette conception positiviste-légaliste de la légitimité invite à respecter les institutions pour elles-mêmes, comme si celles-ci constituaient une fin en soi… » (Alain de Benoist –sur l’Etat de droit) 

« Au bout du compte, je m’en remettrai donc à un homme ? – Désirez-vous être gouverné par les Anges ?  – Non, mais par la Loi. Autant dire par les Assemblées qui la votent. En coûte-t-il autant à une assemblée de se contredire qu’à un roi de se parjurer ? » (Georges Bernanos)

« Les dictateurs ne se présentent plus à leur peuple le fouet au poing. Ils lui disent : ‘Nous n’en voulons à rien qui te soit vraiment utile, nous n’en voulons qu’à ton âme …  Laisse nous juger à ta place du bien et du mal’. » (Georges Bernanos) 

« Je n’ai jamais cru à la guerre des démocraties contre les dictatures … La formule n’ayant jamais été qu’un slogan. Dictatures et démocraties tendaient, hélas, au même but, si elles n’y tendaient pas du même pas. Elles tendaient au dirigisme universel, à l’univers totalitaire. » (Georges Bernanos – cité par Sébastien Lapaque)

« L’option philosophique qui est la base du système (système totalitaire) porte un nom … l’idéalisme. Il postule qu’il n’y a pas de réalité en dehors de la conscience ; ‘Je vous dis, Winston, que la réalité n’est pas extérieure. La réalité existe dans l’esprit humain et nulle part ailleurs’. » (Alain Besançon – citant George Orwell et 1984)

« Le premier moyen pour assurer la pérennité du pouvoir est le collectivisme. L’abolition de la propriété privée signifie la concentration de la propriété entre des mains moins nombreuses qu’auparavant. Mais les nouveaux propriétaires forment un groupe constitué et non une collection d’individus. » (Alain Besançon – se référant à Georges Orwell) – Donc bien plus facilement contrôlables.

« Le maniement magique du réel, la formation de deux langages imperméables dont l’un sert non pas à communiquer, mais à rendre la communication impossible, ont fait dire à Orwell, Pasternak, Milosz ou Soljénitsyne que la souffrance spécifique de ce genre de régime est l’angoisse psychotique de la perversion du sens et de la perte du réel. » (Alain Besançon) – Y a-t-il beaucoup de différence avec la pratique politico-médiatique obligatoire de la langue de bois et du mensonge en France ?

 « Mais ceux qui restent dehors (hors des camps), et ils sont la grande majorité, doivent supporter en plein la dichotomie entre le rôle et la réalité … La société socialiste peut se comparer à un théâtre où les acteurs sont les ‘doubles’ que les personnes délèguent sur la scène sociale. Comme ils jouent bien … la société socialiste au premier sens, et vue sous un certain angle, a l’air d’exister … On peut un certain temps (temps d’un voyage, d’une délégation) prendre la représentation pour la réalité … La fausse société … Chaque fois que le pouvoir totalitaire a chancelé … l’irréalité éclate comme une bulle de savon … Le citoyen soviétique est conservateur parce qu’il pressent une aggravation. Mais ce conservatisme profite au système parce qu’il détruit toute possibilité d’opposition. Pour autant … qu’il conserve un fond d’opposition, le citoyen s’oppose de toutes ses forces à toute manifestation de l’opposition et soutient éperdument le statut quo. L’important, pour lui, est de ne pas remettre la broyeuse en mouvement …. Il faut s’entraîner à garder à l’esprit simultanément deux croyances contradictoires, à dire des mensonges délibérés tout en y croyant sincèrement (cas des cadres) … ‘Quand chacun ment, personne ne ment plus en mentant. Là où tout ment, rien ne ment’. » (Alain Besançon – se référant à Zinoviev, un dissident d’alors, et Ciliga ?)

« Le communisme est plus pervers que le nazisme parce qu’il ne demande pas à l’homme de faire consciemment le pas moral du criminel et qu’il se sert de l’esprit de justice et de bonté qui est répandu par toute la terre pour répandre le mal. » (Alain Besançon)

« Les totalitarismes ont tous eu recours à l’argument selon lequel les choses étaient mal gérées avant eux et qu’elles le seront mieux avec eux, parce qu’ils savent écarter le désordre et l’anomique, parce qu’ils savent ajuster les bons moyens aux buts qu’ils se proposent. » (Jean-Michel Besnier)

« Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. » (La Boétie)

« Les Grecs et les Romains distinguaient deux sortes de tyrannie ; une réelle, qui consiste dans la violence du gouvernement ; et une d’opinion, lorsque ceux qui gouvernent établissent des choses qui choquent la manière de penser d’une nation. » (Etienne de La Boétie) – Que diraient ces Anciens devant la dictature de la pensée unique et les mesures sociétales imposées car dictées par des minorités ?

« Aucun  système politique n’est préférable dans l’abstrait à un autre : rapportés à des peuples différents, tous peuvent se révéler ici les meilleurs, là les moins bons. Le régime politique n’est qu’un ‘vain costume’ … Pérennité des mentalités … Le communisme a pris le relais de l’autocratisme des tsars… »  (Gustave Le Bon– par Alain de Benoist)

« Comparez la France à la France, le monarque qui a le plus forcé ses moyens de puissance à l’assemblée qui a le plus abusé des siens, les levées d’hommes et d’argent de Louis XIV avec les réquisitions inouïes du comité se salut public. » (Louis-Ambroise de Bonald) – Et depuis lors !

« La société marchande recrée par l’inculture militante qu’elle favorise les conditions qui ont accompagné l’éclosion de tous les totalitarismes. » (François Bonardel)

« Il voyait dans la corruption du langage l’un des éléments constitutifs du phénomène totalitaire … La propagande maoïste ‘gigantesque entreprise de crétinisation du peuple le plus intelligent de la terre.’ » (Pierre Boncenne – sur Simon Leys) – Comme tous ceux, George Orwell, Hannah Arendt…  qui ont étudié ce phénomène. Question : que veut aujourd’hui notre censure de la pensée ?

« Le despote éclairé met, si j’ose dire, l’hypocrisie en lumière. Le chef du grand Etat démocratique met l’hypocrisie dans la ‘volonté’. Il fait ‘vouloir’ aux citoyens ce qu’il veut. Le despote leur fait ‘faire’ ce qu’il veut (ma volonté demeure intacte) … L’Etat démocratique ne contrôle pas seulement les gestes mais les volontés mêmes … Le chef démocratique prétend obéir à ses concitoyens, mais doit pour cela s’emparer de leur être même et de leur jugement afin qu’en leur ‘obéissant’ il n’obéisse qu’à lui-même. » (Pierre Boutang)

« L’histoire contemporaine nous enseigne qu’il suffit d’un malade mental, de deux idéologues et de trois cents assassins pour s’emparer du pouvoir et bâillonner des millions d’hommes. » (Kazimierz Brandys – cité par Simon Leys, sur la tradition hitléro-lénino-stalino-maoïste, et le génocide cambodgien qui a tout dépassé)

« Le totalitarisme, c’est l’idyllique maison de verre, avec le Goulag à côté. » (Annie Le Brun)

« Comme elle n’a pas de structure institutionnelle visible, elle ne suscite pas de sentiment de révolte, tout juste une sorte d’accablement, qu’on ne sait pas à quoi attribuer, ni à qui, et qui se traduit par la consommation effrénée d’anxiolytiques, la croissance de la clientèle des psychiatres, des psychologues, des psychanalystes, gourous, coaches, marabouts et charlatans divers, et par l’augmentation du nombre des suicides ; le tout sur fond d’abrutissement général, de bêtification programmée sans programme, de ludification intensive, d’imbécilisation festive, de crétinisation pailletée, de sonorisation couvrante … ‘Les Français ne croient plus en rien’. » (Renaud Camus – citant à la fin un rapport des préfets pourtant serviles – et analysant l’état de la société française sous la dictature gantée mais féroce de ce qu’il appelle la petite bourgeoisie)

« Tous les systèmes incluant leur Absolu, donc, en un mot, totalitaires … se donneront pour achevés et n’admettront qu’un changement fondamental se puisse désormais produire. » (Albert Caraco – sur l’excès d’idéalisme)

« Dictature : pouvoir absolu d’un seul ; démocratie : pouvoir absolu de quelques-uns. » (Paul Carvel)

« On voit monter l’appel à la dictature quand un désir collectif a atteint une force écrasante et que n’existent pas en face les possibilités de le satisfaire par des moyens courants. Le désir n’est pas alors simplement subi de façon violente ; il est personnifié … Toute l’intensité du désir collectif s’incarne dans un chef. Tous les liens sociaux existants sont annulés, loi, justice, constitution … Seuls demeurent, le pouvoir mystique, l’autorité du chef et sa volonté érigée en loi suprême … L’homme civilisé est naturellement sujet aux passions les plus violentes et quand celles-ci atteignent leur point culminant, il est susceptible de se livrer aux impulsions les plus irrationnelles … Mais par son besoin de rationalité, il lui faut avoir ‘quelques raisons de croire’ ; il a besoin de  former une ‘théorie’ pour pouvoir justifier ses croyances … Quand un désir collectif est ressenti fortement et intensément, les hommes sont facilement persuadés qu’il ne leur manque que l’homme de la situation pour qu’il s’accomplisse. »  (Ernst Cassirer – Le mythe de l’Etat)

« Dans des situations désespérées l’homme a toujours recours à des moyens désespérés ; et nos mythes politiques contemporains sont de tels moyens désespérés. Quand la raison nous manque, il reste toujours ‘l’ultima ratio’, le pouvoir du miraculeux et du mystérieux. » (Ernst Cassirer – Le mythe de l’Etat – écrit dans les années 1943-44)

« Si l’homme suivait simplement ses instincts, il ne rechercherait pas la liberté ; il choisirait plutôt la dépendance. Il est en effet plus facile de dépendre des autres que de penser, de juger et de décider pour soi-même … Liberté fardeau, dont les hommes ont tendance à vouloir se débarrasser dès lors qu’ils ont affaire à des conditions difficiles. C’est là que l’Etat totalitaire et le mythe entrent en scène. » (Ernst Cassirer)

« La chaire des prédicateurs, alors la seule inviolable, avait donné asile à la liberté politique. »  (Chateaubriand évoquant le règne de Louis XIV) – Seuls l’Eglise, les prédicateurs, pouvaient se permettre de critiquer le roi et les Grands. Ni saint Ambroise, ni Bossuet, ni Fénelon, ni saint Vincent de Paul ainsi que des centaines d’autres ne s’en sont privés.              

« Les anciens tyrans étaient assez insolents pour dépouiller les pauvres, mais pas assez pour leur faire des sermons. C’était le gentilhomme qui opprimait les bas quartiers, mais c’étaient les bas quartiers qui tançaient le gentilhomme. » (G. K. Chesterton) – On a heureusement changé cela, nos nouveaux maîtres peuvent se goberger sur le dos des petits et les insulter en même temps.

« L’extermination de l’humain en l’homme avait été précédé par le désastre de sa représentation. » (Jean Clair) – L’immonde art contemporain dès les années vingt, trente.

« Il a fallu l’alliance sournoise  du libéral (prototype débonnaire G. Pompidou) et du libertaire (prototype Cohn-Bendit) pour liquider le vieux (de Gaulle) qui a dû s’en aller … Meurtre rituel du père … avec la permission du permissif qui a donné accès au marché  du désir … Mai 68 annonce aussi le partage du gâteau entre les trois pouvoirs constitutifs de l’actuel consensus : libéral, social-démocrate, libertaire. Au premier est dévolue la gestion économique, au second la gestion administrative, au troisième celle des mœurs devenues nécessaires au marché du désir … Ce trio consensuel n’est pas monolithique, système mouvant toujours recommencé d’alliances, d’échanges, de compromissions. Et chaque terme n’accède au pouvoir que dans la mesure où il consent à celui des autres : la langue de bois appelle ça ‘tolérance’» (Michel Clouscard)

« Entre la dictature de l’insurrection et celle du gouvernement, je choisis celle du gouvernement, moins lourde et moins honteuse. Entre la dictature qui vient d’en bas et la dictature qui vient d’en haut, je choisis celle d’en haut, parce qu’elle vient de régions plus pures et plus sereines. S’il s’agit de choisir entre la dictature du poignard et la dictature du sabre, je choisis celle du sabre, parce qu’elle est plus noble. » (Donoso Cortès – Discours sur la dictature)

« L’histoire de la gauche idéologique nous conduit d’un paradis terrestre à un autre : de la société sans classe, où les rapports de domination seraient abolis, nous sommes passés à la société diversitaire, où les identités circuleraient librement sans qu’aucune ne se pose comme norme de convergence …  Mais, d’un paradis terrestre à l’autre, c’est la même structure de pensée qui demeure … l’avènement de la société absolument libre sera précédé par un moment autoritaire ; l’Etat multiculturaliste est un Etat idéocratique. » (Mathieu Bock-Côté) – Il faut bien aider les hommes à avancer, puisqu’ils sont incapables de le faire sans recevoir des coups de pied au derrière de la part des avant-garde.

« Pas de plus grande faute morale en démocratie que de se croire en situation de monopole sur le bien, le juste et le vrai … Au mieux on se passera de l’avis des simples mortels, au pire, on se permettra de les rééduquer, de les psychiatriser, ou même de les enfermer. L’histoire du XX° siècle l’a amplement confirmé … C’est la tentation du fanatisme … La démocratie ne saurait faire l’économie du conflit … Une société qui ne serait que conservatisme serait étouffante et vouée à la muséification, une société qui ne serait que progressisme  serait vouée à la dissolution et à la liquéfaction. » (Mathieu Bock-Côté)

« Toutes les structures de la pensée totalitaires tôt en place chez Lénine : Conception idéologique de la politique, militarisation de la pensée politique, recherche d’un agent comme opérateur révolutionnaire, vision paranoïaque, volonté de puissance, projet de domination, abolition de la séparation des pouvoirs, scissiparité de la secte au pouvoir, logique de guerre civile et terreur permanente. » (Marc Crapez – reprenant l’historien Stéphane Courtois)

« Le totalitarisme, quelle que soit son obédience, apparaît lorsque nous nous prenons à croire que ‘tout est possible’ »  (Chantal Delsol)

« Dans les sociétés sans vision du monde, au sens de l’idée d’une vérité que la personne singulière peut rechercher et revendiquer, nécessairement la finalité commune sera imposée par un gouvernement autoritaire. » (Chantal Delsol) – On ne voit pas comment y échapper.

 « Ce que l’époque contemporaine déteste  dans les régimes totalitaires, ce n’est pas la barbarie, c’est son exercice par l’Etat, la terreur institutionnelle. La démiurgie contemporaine (ex : acheter un enfant sur catalogue), n’est pas davantage civilisée et pas moins barbare, elle est seulement passée de l’instance publique à l’instance individuelle (idole de notre époque) … Aussi, Les barbaries sont innocentées quand elles sont du côté du progrès. » (Chantal Delsol) – voir l’indulgence vis-à-vis de communisme,  bourreau, mais au nom de l’émancipation adulée, et la rigueur vis-à-vis du nazisme, bourreau, mais au nom de l’enracinement abhorré.

« Dans l’impossibilité où se trouvent les dominants de remplacer la démocratie par une oligarchie, l’opinion dominante couvre d’injures, invective et isole ceux qu’elle considère comme des non-citoyens. » (Chantal Delsol – à propos des populismes)

« Si Sparte a été autrefois si florissante, cela n’a pas été à cause de la bonté de chacune de ses lois en particulier … Mais à cause que, n’ayant été inventées que par un seul, elles tendaient toutes à la même fin. » (Descartes) – Supériorité des ouvrages auxquels un seul a travaillé.

« L’idéologie du totalitarisme à vocation universelle est une dynamique de destruction des structures sociales et culturelles prônant l’abolition de toutes les limites, de toutes les frontières, visant une domination totale. » (Alexandre Devecchio)

« Sans autorité bien comprise, nous allons tout droit vers le totalitarisme. » (Dany-Robert Dufour – s’appuyant sur les travaux d’Hannah Arendt)

Le totalitarisme résulte de la « tentative de subordonner l’individualisme à la primauté de la société comme totalité. » (Louis Dumont – simplifié)

« Dans les monarchies et dans les dictatures, on a des ressources : la colère, la révolution, la guerre civile, qui sont des facteurs éprouvés de rajeunissement ; point dans les démocraties, où la médiocrité qui marche dans les rues se contemple dans la médiocrité qui siège dans les Assemblées et règne dans les palais nationaux. » (Jean Dutourd)

« La mythologie eschatologique et millénariste a fait sa réapparition dans deux mouvements totalitaires récents, les Elus, aryens ou prolétaires, contre les armées du démon, juifs et bourgeois pour un univers enfin débarrassé du mal. » (Mircea Eliade)

« S’il n’y a pas de freins intérieurs, il faudra élever des barrières extérieures … et des freins d’une efficacité redoutable. Telle est … l’explication de fond des dictatures modernes. Là où en même temps s’affirme la liberté qui se veut absolue, où l’on nie la valeur de la raison pour plonger dans les délices passionnels, où s’accumulent les moyens d’action, alors il n’y a plus qu’un moyen pour empêcher le suicide collectif, c’est la dictature … Les véritables agents … les délirants de toute sorte, les sexistes, les irrationalistes, les primitivistes, ceux qui avec une touchante ignorance croient défendre la liberté au M.L.F. ou au F.A.H.R. (?), producteurs, annonciateurs et fourriers du fascisme. Les gauchistes inconséquents … qui pensent par catégories automatiques… »  (Jacques Ellul) – Il est probable qu’on préfèrera le suicide, jusqu’à ce que quelque peuple ayant gardé quelque virilité vienne remettre de l’ordre dans nos décombres fumants et nos cimetières glacés.

« La France n’est pas une démocratie … La France n’a pas une Constitution établissant un modèle possible de démocratie, mais une Constitution telle qu’on n’en trouve nulle part dans le monde démocratique. Au mieux, la Ve République est un régime plébiscitaire, mais pas démocratique. Nous élisons un ‘monarque républicain’, à échéance régulière, et ce monarque est absolu. La formule est souvent reprise avec légèreté, comme si la ‘monarchie républicaine’ était une amusante curiosité, un folklore français, alors qu’il s’agit d’une tragique supercherie puisque l’on fait croire au peuple français qu’il vit dans une démocratie, alors que c’est faux. Pourquoi, dans toute l’Europe, y a-t-il eu des gilets jaunes en France et pas ailleurs ? ‘Parce que les Français sont râleurs ‘ disent grosso modo les commentateurs à vue courte … Charles de Gaulle n’a pas sauvé la République du coup d’État des généraux, il a substitué son coup d’État à celui des généraux. Un coup d’État plus admissible par la population, mais un coup d’État quand même. Ratifié par referendum ? Certes, mais comme le Second Empire et tous les régimes plébiscitaires … Une Constitution sans équilibre des pouvoirs, où tout remonte continuellement à l’Élysée comme en Russie tout remonte au Kremlin. En soixante ans d’existence, la Ve République a provoqué l’étiolement progressif de la culture démocratique qui s’était forgée en France depuis les débuts de la IIIe République, et l’a remplacée par une sorte de nouvel Ancien Régime, où règne l’esprit de cour, où le débat politique n’a plus de substance puisque toutes les décisions importantes sont prises dans les couloirs du palais présidentiel et non, comme dans toutes les grandes démocraties, à la chambre des députés, où les émissions de commentaire politique ressemblent à du mauvais Saint-Simon tant on s’y intéresse plutôt aux secrets d’alcôves et aux querelles de personnes qu’à la matière des grands sujets. »  (Philippe Fabry) – Un régime que Jean-François Revel qualifie d’Absolutisme inefficace.

« Il n’y a plus d’Etat totalitaire en Europe, mais le totalitarisme n’est pas mort. C’est la société désormais qui veut et qui peut tout voir et tout savoir. » (Alain Finkielkraut) – Délation sous prétexte de transparence.

« Si la corruption semble plus grande dans les républiques que dans les monarchies, cela tient au nombre et à la diversité des gens qui sont portés au pouvoir. » (Anatole France)

« La tentation totalitaire a toujours été essentiellement une ‘maladie de transition’, sorte d’affection psychologique naissant des exigences politiques et sociales des pays parvenus à un certain stade de développement économique. » (Francis Fukuyama – reprenant et citant Walt Rostow) – Donc les démocraties développées seraient à l’abri. Bien naïf et bien optimiste.

« Toute société aristocratique tend au gouvernement local, toute société démocratique tend au gouvernement centralisé. » (François Furet – Penser la Révolution française)

« Fils de la guerre, bolchevisme et fascisme tiennent d’elle ce qu’ils ont d’élémentaire. Ils transportent dans la politique l’apprentissage reçu dans les tranchées : l’habitude de la violence, la simplicité des passions extrêmes, la soumission de l’individuel au collectif, enfin l’amertume des sacrifices inutiles ou trahis… » (François Furet – Le Passé d’une illusion)

« La prétention totalitaire à maîtriser les lois de l’histoire et de la société s’appuie sur un ‘Grand Savoir’,  système clos et achevé, effaçant toute trace de contradiction, contenant toute question et expérience nouvelle. Il s’affirme comme savoir total et ‘un’. La société et l’histoire sont censées être totalement connues ; l’événement est nié, ramené à du ‘déjà connu’. » (Jean-Pierre Le Goff)

« L’appel fait aux affects seuls, au mépris de la raison logique, signe les visées totalitaristes. »   (Béla Grunberger, Janine Chasseguet-Smirgel) – Nous sommes en plein dedans. 

« Les classes dominantes et supérieures semblent de plus en plus tentées par l’option d’un totalitarisme soft, comme l’ont révélé les réactions au Brexit. … Les classes dominantes et supérieures ne reconnaissent désormais les résultats électoraux que lorsqu’ils valident leur modèle. Comme lors du référendum de 2005, ces démocrates à géométrie variable sont prêts à restreindre le champ démocratique sous prétexte que les classes populaires mal éduquées, ne comprennent pas les véritables enjeux et qu’elles sont naturellement portées par des instincts primaires. » (Christophe Guilluy) – La récente élection de Donald Trump ne va qu’accélérer ces projets déjà à l’étude : comment donner l’illusion de la démocratie (même si déjà l’actuelle est largement bidon) en protégeant  la minorité dominante de la colère du peuple ? 

« Le totalitarisme répond sous une forme moderne à la vieille fascination, l’abolition révolutionnaire du joug de la Loi. On croit possible d’établir un nouveau lien social sans médiation du signifiant paternel. Nous voici avertis au bout d’un siècle d’expérience du prix dont on paye ce rêve : un monde sans Nom-du-Père devient un camp de concentration potentiel, une proie facile du totalitarisme. » (Gérard Haddad)

« Dans chacun des totalitarismes imaginés (‘Nous autres’, ‘Le meilleur des mondes’, ‘1984’) le motif central est l’effort du pouvoir pour dénier à l’union des sexes toute profondeur … L’utopie du progrès opère une déconnexion radicale du rapport sexuel avec la fidélité amoureuse et la procréation (ramené à une hygiène, danger face à l’allégeance au Parti, apanage des généticiens) … Et c’est toujours l’incalculable désir d’un homme pour une belle qui reforme l’arche capable de les arracher à la submersion. » (Fabrice Hadjadj)

« Les aristocraties sont des organismes rares, difficiles à produire. Il y faut des circonstances tragiques, de longues disciplines, des croyances. » (Daniel Halévy)

« L’organisation de l’enthousiasme, marque distinctive du totalitarisme. » (Elie Halévy) – Ou de l’indignation, ou de la compassion… ; mais toujours l’organisation de la soumission à l’idéologie qui fait les affaires des dominants contre le peuple.

« Pour un grand nombre de gens qui ont observé de près Le passage du socialisme au fascisme, la parenté entre les deux régimes est devenue de plus en plus évidente … à commencer par l’origine socialiste du nombre de personnels dirigeants fascistes (Mussolini, Laval, Quisling…). » (Friedrich von Hayek)

 « Si à long terme, [il était] totalement contre les dictatures, en même temps, une dictature peut être un système nécessaire pendant une période de transition. Il est parfois nécessaire pour un pays d’avoir, pendant un certain temps, une forme ou une autre de pouvoir dictatorial. Comme vous le comprendrez, il est possible pour un dictateur de gouverner de façon libérale. Et il est également possible pour une démocratie de gouverner en l’absence totale de libéralisme. Personnellement, je préfère un dictateur libéral à un gouvernement démocratique dépourvu de libéralisme. Mon impression personnelle – et c’est valable pour l’Amérique du Sud – est qu’au Chili, par exemple, nous assisterons à une transition d’un gouvernement dictatorial à un gouvernement libéral. Et pendant cette transition, il peut être nécessaire de maintenir certains pouvoirs dictatoriaux, non pas comme quelque chose de permanent, mais comme un arrangement temporaire. » (citation reprise de Friedrich von Hayek)

« Le royalisme d’un peuple consiste … en ce qu’il respecte les autorités, croit aux personnes qui représentent ces autorités et, dans cette persuasion, s’attache aussi à la personne. Le républicanisme d’un peuple gît … en ce que le républicain ne croit à aucune autorité, ne respecte que les lois, demande incessamment compte aux représentants de ces lois, les observe avec défiance, les contrôle, ne s’attache jamais aux personnes et, bien plus, quand celles-ci s’élèvent au-dessus du peuple, s’appliquent sans relâche à les rabaisser par la contradiction, le soupçon, le sarcasme et la persécution. » (Heinrich Heine)

« La forme d’un gouvernement, démocratique, despotique, monarchique, républicaine, est moins importante que sa capacité à assumer la paix. » (Hobbes)

« La dictature parfaite serait une dictature qui aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne chercheraient pas à s’évader, un système d’esclavage où, grâce à la consommation et au divertissement, les esclaves auraient l’amour de leur servitude … Sous la poussée d’une surpopulation qui s’accélère et d’une sur-organisation croissante, et par le moyen toujours plus efficace de manipulation des esprits, les démocraties changeront de nature. Les vieilles formes pittoresques, élections, parlements, Cours suprêmes et tout le reste, demeureront mais la substance sous-jacente sera une espèce de totalitarisme non violent. Toutes les appellations traditionnelles, tous les slogans consacrés resteront exactement ce qu’ils étaient au bon vieux temps. La démocratie et la liberté seront les thèmes de toutes les émissions de radio et de tous les éditoriaux. Entretemps, l’oligarchie au pouvoir et son élite hautement qualifiée de soldats, de policiers, de fabricants de pensée, de manipulateurs des esprits, mènera tout et tout le monde comme bon lui semblera. » (Aldous Huxley – Le meilleur des mondes) – « Il faut avoir l’esprit sérieusement chloroformé par la propagande mainstream pour parler encore de démocratie occidentale dans des pays où les candidats présentés aux électeurs sont préalablement sélectionnés et adoubés par les milieux financiers (qui financent … partis et campagnes), par les instituts de sondage (qui imposent ou détruisent leurs images selon des critères édictés par les classes dominantes) et par les média (qui décident de la place – et des commentaires – qu’ils leur accorderont). La plus pitoyable des caricatures de ‘Meilleur des mondes’ selon Huxley ne se trouve-t-elle pas dans les institutions supranationales du monde présent (celles de l’Union européenne, par exemple) ? » (publication Politis – à propos, notamment, de l’incommensurable bêtise des dirigeants occidentaux)

« Le refus de nommer est l’essence même, la religion, des régimes totalitaires … Or cette incapacité de nommer est l’énigme la plus troublante et la plus clandestine de l’époque. » (Claude Jannoud) – Tous régimes confondus.

« Jusqu’ici les autocraties étaient localisées. On pouvait les détruire du dehors, sinon du dedans (nazisme, communisme…) … Mais si, demain, les peuples tombaient dans une dictature qui serait mondiale, il ne leur resterait aucun espoir de délivrance … Si le monde se précipitait à cette catastrophe, il ne resterait plus de ressource extérieure (d’où il est impératif pour les Etats-Unis de détruire, ou au moins de réduire, la Russie, seul obstacle … la Chine sans doute ensuite),. Un plan total qui enfermerait  le monde entier dans ses formes rigides … anéantirait la liberté et signifierait une ruine sans espoir. » (Jarl Jaspers – anticipant) – Une dictature soft reste une dictature. Et, d’ailleurs, elle ne reste soft et ne s’abstient de recourir à la terreur que tant qu’elle ne se sent pas menacée.

« La république est le seul remède aux maux de la monarchie ; la monarchie est le seul remède aux maux de la république. » (Joseph Joubert)

« Quand le sentiment du bien et du droit s’évanouit, quand l’épouvante trouble les sens, alors les forces de l’homme de la rue sont bientôt taries. Mais chez la vieille aristocratie le sens de ce qui est vrai et légitime demeure vivant et c’est d’elle que sortent les nouveaux rejetons de l’esprit d’équité. Il n’est pas d’autre raison à la prééminence accordée chez tous les peuples au sang noble. » (Ernst Jünger) – Du moins chez les peuples que la horde des médiocres envieux et haineux (notre pseudo élite) n’a pas encore réussi à abrutir complètement.

« ‘La langue qui poétise et pense à ta place’ … Poison que tu bois sans le savoir et qui fait son effet … Mais la langue ne se contente pas de poétiser et de penser à ma place, elle dirige aussi mes sentiments, elle régit tout mon être moral d’autant plus naturellement que je m’en remets inconsciemment à elle. Et qu’arrive-t-il si cette langue est constituée d’éléments toxiques ou si l’on en fait le vecteur de substances toxiques ? Les mots peuvent être comme de minuscules doses d’arsenic : on les avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet, et voilà qu’après quelque temps l’effet toxique se fait sentir. » (Victor Klemperer : Repenser le langage totalitaire – citant Schiller)

Facteurs permettant de mobiliser une foule. « – L’affirmation, pure et simple, dégagée de tout raisonnement et de toute preuve – La répétition, qui finit par établir la chose affirmée comme vérité démontrée – La simplification, plus elle est concise, dépourvue de démonstration, plus elle est acceptée – L’uniformisation, s’apparente à la répétition – Le vague, le vague même qui les estompe augmente leur mystérieuse puissance. Ex : démocratie, socialisme, liberté, égalité – L’appel aux sentiments, la foule n’étant impressionnée que par des sentiments excessifs, abuser des affirmations violentes. (repris de Gustave Lebon par Béatrice Turpin dans l’ouvrage Repenser le langage totalitaire, consacré à Victor Klemperer)

« Le langage totalitaire investit tous les canaux, tous les supports, aussi bien les domaines publics que privés (ballons d’enfants, pièces de monnaie, coupes sportives, décorations, vitrines …) … Le langage totalitaire a une homogénéité effroyable (même trame des cérémonies, même style, mêmes clichés, même tonalité…) … Il est irréductiblement lié à la violence (affranchi de toute contrainte, seul compte le but fixé,, langage du fanatisme de masse et de l’hystérie, euphémismes, ‘camps’, ‘solution finale’) … Il désinvestit le sujet de sa propre pensée (langage-machine, clichés…) … C’est un langage de type mystique (voire messianique, prophétique, emphase, ton du sermon et de l’enthousiasme.) » (Béatrice Turpin dans l’ouvrage Repenser le langage totalitaire, consacré à Victor Klemperer)

« Je plaide coupable d’avoir mis l’idée de l’homme au-dessus de l’idée de l’humanité. » ( Arthur Koestler faisant parler Roubachov, le bolchevik accusé du Zéro et de l’infini)

 « Nous nous habituons à l’idée qu’il est de la compétence de l’Etat et de sa bureaucratie omnipotente de distribuer le bonheur … L’Etat doit se soucier… Cette immaturité porte en elle un danger totalitaire évident ; une fois que le besoin de sécurité totale que l’Etat est obligé de nous fournir prend le dessus en tant que valeur suprême, nous devenons prêts à nous laisser nationaliser entièrement, corps et esprit, quitte à rejeter sur l’Etat la pleine responsabilité de notre vie … Ce qui est le principe central du totalitarisme … la nationalisation de tout … La promesse de la sécurité en échange de la soumission parfaite … de la servilité et du renoncement aux affaires publiques … Une telle société nous débarrasse de l’obligation d’avoir des opinions ou des idées à nous, elle nous berce dans l’océan du mensonge optimiste … Chacun de nous sera protégé comme un enfant au berceau … Simulation désespérée du Paradis. » (Leszek Kolakowski)

« Un dictateur est mortel, une idéologie surtout supportée par une puissance (ex URSS) se prolonge. » (tiré de Milan Kundera – comparant les dictatures fasciste et communiste)

« L’utopie est la construction mathématique, logique et rigoureuse d’une cité parfaite soumise aux impératifs d’une planification absolue qui a tout prévu d’avance et ne tolère pas la moindre faille et la moindre remise en question. Synonyme de totalitarisme. » (François Laplantine) – D’où, entre autres, l’exigence du politiquement correct, l’usage de la langue de bois, les innombrables interdictions…

« Le totalitarisme aime l’uniforme, et le conforme y mène directement. » (Serge Latouche)

« Chaque régime finit par devenir un ancien régime. » (Stanislas Jerzy Lec)

« La royauté signifie pour les uns ‘l’expression politique de la domination des seigneurs terriens’ et, pour les autres, celle de la ‘domination usurpée des parvenus bourgeois’ … Ainsi, dans la France de jadis, les Légitimistes et les Orléanistes se seraient opposés par et suivant deux espèces de propriété, l’une foncière, l’autre capitaliste. » (Claude Lefort – évoquant  l’analyse marxiste des conditions d’existence) – Tout régime, démocratie incluse, quelle que soit sa forme juridique, s’appuie sur des forces : ordres, castes, classes, associations d’intérêts, fonctionnaires, groupes sensibles à une idéologie (régimes totalitaires), ethnies ou collectivités quasi tribales (l’Afrique encore)…

« Le pouvoir totalitaire, nazi ou stalinien, se diffuse dans la représentation de l’organisation, et il exerce la fascination et la terreur de figurer justement le social total, la non-division, le discours inhumain en tant qu’absolument humain … Le fantasme bureaucratique est d’abolir l’historique dans l’Histoire ; de restaurer la logique de la ‘société sans histoire’ ; d’égaler l’instituant et l’institué ; de nier l’imprévisible, l’inconnaissable … Une société qui ne tolère pas l’image d’une division sociale interne, qui revendique son homogénéité par-delà toutes différences de fait … L’idéologie totalitaire s’entretient de l’exclusion d’un agent maléfique, d’un représentant de l’antisocial … Le monde bureaucratique ne cesse d’être hanté par l’insécurité alors qu’il est tout entier engagé pour figurer la citadelle de la sécurité, pour figer une communauté dans la certitude de sa cohésion … L’Etat tend à opérer sa fusion avec la société civile, il effece l’extériorité de la règle, l’organisation tend à se suffire de véhiculer la rationalité, elle efface l’extériorité de l’autre, la division sociale est dissimulée. » (Claude Lefort) – Considérations éparses sur les pouvoirs totalitaires.

« C’est parce que l’Etat, conformément à l’idéal démocratique se déclare identique et homogène à la société qu’il peut défier toute légalité, déployer une répression sans limite, systématique, indifférente aux notions d’innocence et de culpabilité … La Terreur n’est possible qu’en fonction d’une représentation démocratique, donc individualiste, du corps social, fût-ce pour en dénoncer la perversion et rétablir par la violence la priorité du Tout collectif. » (Gilles Lipovetsky – sur des exemples historiques, Terreur révolutionnaire de 92, dictature du prolétariat…)

« Pensant toujours agir pour le plus grand bien des autres. Recherche du Bien et du Vrai, pratiquant ‘l’esprit-prêtre’, pensant ou agissant pour soulager les maux individuels ou collectifs, pour indiquer le sens ultime et le sens à suivre, pensant et agissant à la place de ceux dont on se veut responsable. C’est cela la violence totalitaire, légitime, institutionnelle, toujours à la recherche, fantasmatique, d’une hypothétique ‘cité de Dieu’ ou autre société parfaite. » (Michel Maffesoli) – Ce totalitarisme insupportable concerne tout autant, sinon plus, les démocraties qui y rajoutent l’hypocrisie.

« Totalitarisme de race, totalitarisme de classe … On peut également parler d’un ‘totalitarisme doux’ pour caractériser l’asepsie de l’existence dont les sociétés occidentales sont un exemple achevé … Paranoïa d’un rationalisme morbide cherchant une explication ultime (race, classe, loi du marché) et rejetant tout ce qui ne se soumet pas à une telle injonction … Le politiquement, philosophiquement, économiquement correct de cette fin de siècle est peut-être le dernier avatar, quelque peu ridicule, de cette paranoïa totalitaire. » (Michel Maffesoli) – Ce n’est sûrement pas le dernier, on verra pire, bien pire.

« Hannah Arendt a bien montré que soumettre la réalité à l’idéologie était ce qui caractérisait, au mieux, les divers totalitarismes. » (Michel Maffesoli) – Alors, la France est en plein totalitarisme.

« Dans les sociétés aristocratiques vont de pair oubli de soi (‘dévouement’) et indifférence à l’humanité en général, tandis que dans les sociétés démocratiques vont de pair sentiment de soi (impossibilité de s’oublier) et sentiment de l’humanité en général … C’est en ce sens qu’aux yeux de Tocqueville la démocratie est dangereuse pour l’humanité de l’homme : sa tendance, sa gravitation est de nous enfermer en nous-mêmes, de nous faire perdre le sentiment de l’altérité, la capacité et le goût de sortir de nous-mêmes pour aller à la rencontre de ce qui nous est extérieur, de ce qui est objectif, ‘la démocratie ramène sans cesse chaque homme vers lui seul’. » (Pierre Manent – citant Alexis de Tocqueville)

« L’indépendance de pensé, l’autonomie, le droit à une opposition politique sont privés de leur fonction essentiellement critique dans une société qui, par son organisation, semble chaque jour plus apte à satisfaire les besoins individuels … les alternatives politiques sont à rechercher à l’intérieur même du ‘statu quo’. L’unification des opposés pèse sur les possibilités de changement social en même temps qu’elle enferme dans son système les couches sociales sur le dos desquelles il progresse … Le totalitarisme n’est pas seulement une uniformisation politique terroriste, c’est aussi une uniformisation économico-technique non terroriste qui fonctionne en manipulant les besoins au nom d’un faux intérêt général … Il n’est pa seulement le fait d’une forme spécifique de gouvernement ou de parti, il découle plutôt d’un système spécifique de production et de distribution parfaitement compatible avec un ‘pluralisme’ de partis, de journaux, avec la ‘séparation des pouvoirs’, etc. … Le fait de pouvoir élire librement des maîtres ne supprime ni les maîtres ni les esclaves. » (Herbert Marcuse – L’homme unidimensionnel) – Autrement dit même dans une société d’abondance d’aspect formellement démocratique comme les sociétés occidentales. Dans l’unification des opposés, comment ne pas reconnaître le En même temps macronien.

« Le progrès technique et un mode de vie plus confortable ont permis de faire entrer systématiquement des composants libidinaux dans la production et la circulation des marchandises (conduire un hors-bord, faire de la vitesse en automobile, se parer…)  … La mobilisation et la manipulation de la libido expliquent en grande partie la soumission volontaire des individus, l’absence de terreur, l’harmonie pré-établie entre les besoins individuels et les désirs, les buts et les aspirations exigées par la société … La satisfaction se fait sous une forme qui engendre la soumission et affaiblit la rationalité de la protestation. » (Herbert Marcuse)

« Le totalitarisme ne subit plus l’injonction de l’universel, c’est lui qui l’exerce sur le monde. L’universel impératif moral doit le céder à un particularisme érigé en norme absolue. » (Jean-Luc Marion) – Point n’est besoin d’arriver au totalitarisme. Grâce à ses idoles, relativisme et  multiculturalisme, la démocratie dite avancée arrive très bien à ériger sournoisement ses particularismes en diktats impératifs.

« C’est toujours le même ‘clinamen’ (écart, déviation) : si on parle ‘idée’ pour le nazisme, on répond ‘réalité des crimes’ ; si on parle ‘réalité des crimes’ pour le communisme, on répond ‘idée’. » (Jean-François Mattéi)

« La dénonciation des camps de concentration des Soviets a été (et est) incomparablement moins pressante que celle des camps nazis … L’horreur ne présente à l’homme qu’un seul profil (celui qui convient aux pouvoirs) – «‘L’amnésie du communisme et l’hypermnésie du nazisme’. » (Jean-François Mattéi – citant Alain Besançon)

 « La thèse de Polanyi est que l’homme moderne est privé de la protection que pouvaient lui fournir les structures organiques de l’ancienne société … D’où l’exposition absolue de l’homme à l’arbitraire des pouvoirs rationnalisateurs de l’ordre social dont l’idéologie libérale, bien avant les totalitarismes, fut une expression. Le moment où l’imaginaire libéral condamne l’homme à n’être qu’un atome social apparaît donc comme l’origine des totalitarismes ; il n’est pas de société totalitaire possible sans que la société ait été préalablement atomisée et massifiée … Ainsi l’extrême rapidité des transformations sociales vers le marché, les crises inhérentes à celles-ci peuvent susciter un projet social réactif qui promet la sécurité économique et donne l’illusion de reproduire une communauté perdue, même au prix de la liquidation des relations authentiquement personnelles : tel est le sens du projet totalitaire … De plus, certaines conceptions irresponsables de la liberté qui sont courantes dans la société de marché ‘en créant l’injustice, l’insécurité et le désordre ouvrent la voie à une résolution autoritaire, totalitaire’ des difficultés. » (Jérôme Maucourant – interprétant Karl Polanyi) – La massification étant une des fonctions des média, type télévision. L’anarchie, au moins intellectuelle, le relativisme absolu et la tolérance illimitée étant implicitement visées en fin de citation.

« Après la Commune, on a fusillé des milliers d’ouvriers et laissé échapper les chefs : un roi de France aurait frappé ces derniers sans miséricorde, mais il eût épargné le peuple. » (Charles Maurras) – Toute notre histoire conforte  cette différence de pratique.

« Nous avons un gouvenement républicain et une administration monarchique : le bien public exige que cet ordre paradoxal soit inversé. L’administration doit être républicaine puisqu’elle doit servir le public ; le gouvernement, monarchique, puisqu’il doit le gouvener. Ce qui importe, en effet, à la vie des administrés, c’est la liberté ; ce qui importe à la vie politique d’une nation, c’est l’autorité, condition de l’esprit de suite, de la décision et de la responsabilité. » (Charles Maurras)

« Heureux sont les peuples modernes qui sont pourvus d’une puissance politique distincte de l’argent et de l’opinion … En Allemagne ou en Angleterre, l’argent ne peut pas constituer le chef de l’Etat puisque c’est la naissance et non l’opinion qui le crée. Quelles que soient les influences financières, voilà un cercle étroit et fort qu’elles ne pénètreront pas. Ce cercle a sa loi propre, irréductible aux forces de l’argent, inaccessible aux mouvements de l’opinion. » (Charles Maurras – vers 1910)

« Les conséquences négatives de la disparition des régimes autoritaires sont un effondrement des normes politiques admises ou tolérées, et une libération de la violence potentielle des individus soudain privés de leurs appartenances, de leurs localisations et de leurs obligations traditionnelles, parfois tout simplement de leurs routines. De là ces situations de guerre civile moléculaire… » (Yves Michaud) – Voir Irak, Libye… Voir l’immense stupidité des opérations dites d’ingérence des Occidentaux. Prime à qui trouvera plus bête et plus manipulé que le public occidental, amas de Gogos.  

« L’apparition et le développement des différents totalitarismes  … demeurent strictement incompréhensibles tant qu’on refuse de reconnaître un rôle central au projet idéologique typiquement moderne, portés par certains secteurs déterminés de l’intelligentsia contemporaine, d’organiser scientifiquement l’humanité. » (Jean-Claude Michéa – suivant George Orwell)

« Les grandes récompenses dans une monarchie et dans une république, sont un signe de leur décadence, parce qu’elles prouvent que leurs principes sont corrompus ; que, d’un côté, l’idée de l’honneur n’y a plus de force ; que, de l’autre, la qualité de citoyen s’est affaiblie. » (Montesquieu)

« La monarchie dégénère ordinairement dans le despotisme d’un seul ; l’aristocratie dans le despotisme de plusieurs ; la démocratie dans le despotisme du peuple. » (Montesquieu) – L’oligarchie s’apparente à l’aristocratie, mais alors que celle-ci gouverne dans l’intérêt commun (sans cependant oublier le sien), l’oligarchie ne gouverne que dans le sien propre. Notre classe politique s’est constituée en oligarchie, bien fermée.

« Le despotisme occidental : mainmise sur les outils d’influence ou de suggestion que sont l’école, la presse, la radio … Contrôle de la croyance de la majorité en un homme, un idéal, voire un parti. » (Serge Moscovici) – Un système.

« Les anciens régimes autoritaires mettaient au-dessus de tout la nation, la race ou le peuple ; les nouveaux propagandistes des nouveaux totalitarismes diffus, non dirigés, non conscients d’eux-mêmes, mais tout aussi totalitaires que les précédents, mettent en avant la parité, l’égalité égalitaire, la nécessité de conquérir tous les jours de nouveaux droits particuliers … La liberté accouche tout simplement d’un nouveau désir de servitude. » (Philippe Muray)

« Comprendre les structures des sectes … pour comprendre le phénomène totalitaire … Il ne s’agit pas de science finissant par se métamorphoser en religion au terme d’une série d’erreurs et de déviations, mais bien d’une religion au commencement et de la même à la fin. Projet occulto-policier en amont, régime policier-occulte en aval. » (Philippe Muray – sur le socialo-communisme) – Analyse à peu près valable à un moindre degré pour le nazisme plus ‘populaire de masse’ à l’origine.

« C’est quelque chose (le mensonge organisé) qui fait partie du totalitarisme, quelque chose qui durera encore même si les camps de concentration et la police secrète cessent d’être nécessaires … L’histoire est quelque chose qui doit être créé plutôt qu’appris … Il exige une continuelle altération du passé et, sur le long terme, exige un discrédit de l’existence même de la vérité objective. » (George Orwell)

 « L’un et l’autre régime (fascisme et communisme) ont pour caractère majeur de ne pouvoir se perpétuer que par l’enthousiasme qui habille la contrainte et la rend tolérable.  Mais il y a une ‘impuissance physique et nerveuse’ à se tenir à ce degré d’enthousiasme, qui condamne les totalitarismes à  ne pas durer ; la marée basse de l’exaltation découvre dans toute leur hideur la contrainte, le dégoût, l’imposture. » (Mona Ozouf – interprétant une analyse très fine de Simone Weil) – De même pour la plupart des révolutions brutales.

« Le totalitarisme naît de la négation de la vérité au sens objectif du terme : s’il n’existe pas de vérité transcendante, par l’obéissance à laquelle l’homme acquiert sa pleine identité, dans ces conditions, il n’existe aucun principe sûr pour garantir des rapports justes entre les hommes. Leurs intérêts de classe, de groupe ou de nation les opposent inévitablement les uns aux autres. Si la vérité transcendante n’est pas reconnue, la force du pouvoir triomphe, et chacun tend à utiliser jusqu’au bout les moyens dont il dispose pour faire prévaloir ses intérêts et ses opinions, sans considération pour les droits des autres … Une démocratie sans valeurs se transforme facilement en un totalitarisme déclaré ou sournois, comme le montre l’histoire. » (Jean-Paul II)

« Le gouvernement s’est engagé à s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités. » (Vincent Peillon, ministre de l’éducation nationale) – Hitler et Lénine aussi.

« Quand on s’est bien rendu compte que la populace est folle, qu’il n’y a pour ainsi dire rien de sensé dans la conduite d’aucun homme politique… » (Platon)

« Les totalitarismes politiques ont été engendrés par des pensées de la totalité. Une pensée consciente de l’impossibilité de la totalisation du savoir ne peut que déboucher sur une doctrine politique pluraliste (de fait, libérale). » (Karl Polanyi – reprenant Emmanuel Lévinas)

« C’est de la négation de la réalité de ce règne des idées transcendantes (vérité, justice, charité, tolérance…) que naît logiquement l’Etat totalitaire … Il faut s’attendre à ce que la société se désintègre et tombe en servitude lorsque les hommes nient, disqualifient intellectuellement, ou simplement négligent ces réalités et ces obligations transcendantes. » (Karl Polanyi)

« L’industrie du divertissement présente une efficacité bien plus grande que n’importe quel système de coercition. » (Natacha Polony et le comité Orwell) – Pour le soft totalitarisme actuel. D’où l’impératif pour la classe dominante de tenir l’ensemble des média.

« Le système présidentiel français se soutient moins par les espérances qu’il suscite que par le découragement qu’il produit. » (Jacques Rancière)

« La représentation est devenue un métier exercé par une classe de politiciens professionnels qui, pour l’essentiel, s’autoreproduit et fait valider cette autoreproduction par la forme spécifique du peuple qu’il produit, à savoir le corps électoral. Celui-ci reconfirme le pouvoir de cette classe en choisissant entre les factions. » (Jacques Rancière)

« Le nazisme et le communisme ont pour trait commun de viser à une métamorphose, à une rédemption ‘totales’ de la société, voire de l’humanité. Ils se sentent, de ce fait, le droit d’anéantir tous les groupes raciaux ou sociaux qui sont censés faire obstacle … à cette entreprise sacrée de salut collectif. » (Jean-François Revel) 

« Distinction entre deux formes de totalitarisme : idéologie directe pour le nazisme, médiatisée par l’utopie pour le communisme … Mais épiphénomène car, ‘de facto’, l’horreur criminelle se révélait, au bout du compte, équivalente. » (Jean-François Revel – résumé)

« L’ambition dicte moins de lois dans les Etats monarchiques que l’envie dans les démocratiques. » (Rivarol)

« Les Etats despotiques finissent faute de despotisme. » (Rivarol) 

« Si le pouvoir absolu d’un seul s’établit en France, la philosophie opposera moins de digues à la tyrannie que la religion. » (Rivarol)

« Par la levée en masse, l’impôt forcé, les assignats, les nationalisations et les confiscations, les lois du maximum, le parti unique, la loi des suspects, la terreur élevée en système de gouvernement, la Convention réalisa le premier gouvernement totalitaire de l’histoire de l’Europe. » (Louis Rougier) – En inspirant, en plus, le totalitarisme communiste à venir ; y compris dans l’hypocrisie des justifications de ses horreurs.

« L’Etat policier, la suppression des mauvais livres et la réécriture des bons, les massacres de masse et l’asservissement systématique n’ont pas été inventés par les grands fanatismes du vingtième siècle, mais par les utopies rationalistes de la Renaissance et du siècle des Lumières. » (Frédéric Rouvillois) – Voir à la rubrique : Idéologies, utopies… 175, 6

« Un gouvernement peut toujours faire taire la voix, et même la pensée, de l’opposition. Mais s’il fait taire l’opposition en lui-même, c’est-à-dire s’il s’affranchit de l’effort d’impartialité que suppose toute décision, s’il cesse de se subordonner à des valeurs supérieures à sa volonté, il n’est même plus un gouvernement, il n’est plus qu’un gang. » (Raymond Ruyer) – Déni du réel, abandon de toutes valeurs, servilité, stupidité… On est en France.

 « Le concept classique de dictature, comme suppresion de la séparation des pouvoirs. » (Carl Schmitt) – Laquelle est une illusion totale dans un régime présidentiel où le Président nomme à tous les postes importants et détourne les prérogatives de la représentation populaire en créant n’importe quel comité, autorité… en y plaçant ses fidèles et courtisans, en s’entourant de soi-disant experts et conseillers exerçant un pouvoir occulte et irresponsable.

 « Le déploiement véritable de la dictature trouve sa source dans l’activité des commissaires. Ceux-ci apparaissent conjointement aux fonctionnaires réguliers, aux commissaires de l’administration… » (Carl Schmitt – sur les envoyés en mission et autres commissaires de la Révolution française) – La dictature (certes plus ou moins affirmée) commence dés qu’une parcelle de pouvoir est confiée à des personnages démocratiquement irresponsables, l’aboutissement du processus étant dans l’établissement d’une police politique, ou aujourd’hui d’une police exercée par les média.

 « La dictature est une sage invention de la république romaine, le dictateur est un magistrat romain extraordinaire qui a été établi afin qu’existe un puissant ‘imperium’ pendant les périodes de péril, qui ne soit pas entravé … par la collégialité, le droit de veto …  et l’appel au peuple. Le dictateur qui est désigné par le consul sur requête du Sénat, a pour mission de mettre fin à la situation périlleuse qui est la raison de sa nomination … nommé pour six mois, mais, selon une louable coutume de l’époque républicaine, après avoir rempli sa mission, il abandonne sa charge dés avant l’expiration de ce délai. Il n’est pas lié par les lois et il est une sorte de roi … Le dictateur n’est pas un tyran, et la dictature n’est pas une forme de pouvoir absolu, mais une manière spécifique, pour la constitution républicaine, de sauvegarder la liberté. Dans la république de Venise, que Machiavel désigne comme la meilleure parmi les républiques modernes, il existe une institution semblable … La fin qui consiste à réaliser une situation concrète, domine exclusivement, libérée de toutes les entraves juridiques, et est uniquement déterminée par la nécessité … Technicité, rationalisme et pouvoir exécutif … Sorte de commandement qui, par principe, est indépendant du consentement ou de la compréhension du destinataire et n’attend pas son approbation … le dictateur avait uniquement une commission, comme faire la guerre, réprimer une sédition, réformer l’Etat ou instituer une nouvelle organisation des pouvoirs publics ou des magistratures … Son pouvoir, sauf à être perpétuel (l’assassinat de César, le renoncement de Sylla…) n’en fait pas pour autant une puissance souveraine, ceci parce qu’elle dérive de celle d’un autre. » (Carl Schmitt) – On voit combien notre notion de la dictature est historiquement erronée. Quand on entend les cris d’orfraie de nos médiocres et impuissants paltoquets à la moindre perspective d’une mesure indispensable quelque peu virile, nous ne sommes pas prêts d’affronter les périls à venir à très court terme.

« Pour juger un régime, il est très important de savoir de quoi il rit. » (Ignazio Silone – Le Dieu des ténèbres) – Chez nous, c’est à peu près de tout ce qui est respectable.

« Tandis que la paix et la confiance assurent la gloire et la sécurité de la monarchie, une république a besoin de craindre quelqu’un … En tant que telle, la monarchie veille déjà à la cohésion d’éventuels éléments antagonistes, elle a souci de leur maintien ensemble ; mais quand ceux-ci n’ont personne au-dessus d’eux pour leur imposer l’unité, quand ils ont une relative souveraineté, ils auront facilement tendance à se séparer si un danger partagé par tous  ne les force à rester ensemble … un danger qui doit rester une menace constante et non se traduire par un combat mené une fois pour toutes. » (Georg Simmel – reprenant des remarques de Montesquieu) – Ce pourquoi une république ne peut pas se passer d’ennemi extérieur ou intérieur.

« On a caractérisé les pyramides d’Egypte comme les symboles de l’architecture politique des grands despotes orientaux : une société structurée de façon totalement symétrique … la pointe dominant uniformément tout l’ensemble … L’attrait de la symétrie, avec son équilibre intérieur, sa perfection extérieure et l’harmonieuse relation entre ses parties et son centre unitaire, contribue certainement à cette force d’attraction esthétique qu’exercent sur beaucoup d’esprits l’autocratie, la radicalité d’une seule et même volonté étatique. »  (Georg Simmel)

« Les pressions sournoises de la démocratie sont largement aussi puissantes, mais beaucoup plus sournoises, que celles des pays totalitaires. » (Alexandre Soljenitsyne)

« Le totalitarisme, en temps de paix, repose sur un Etat ’faible’, incapable d’assurer la sécurité intérieure, mais omniprésent, s’occupant de tout et de rien … Le totalitarisme repose moins sur l’autorité de l’Etat que sur le zèle de quelques-uns et la peur collective. » (Martin Steffens) – Ainsi la dite république française, dite démocratique ; il suffit de disposer d’un groupe de quelques milliers de personnes, le groupe politico-médiatique plus quelques relais de hurleurs associatifs pour museler un pays et lui imposer obéissance aveugle et mutisme.

« Par régime aristocratique, il entend le plus souvent l’empire dominant de la coutume, et, par régime démocratique, l’empire dominant de la mode … Parti conservateur et parti novateur. » (Gabriel Tarde – évoquant Tocqueville) – Simpliste aujourd’hui mais la définition serait toujours approximativement valable si la fureur  de nouveauté, de bouleversement et de désordre n’avait partout emporté toute raison et tout sens. Parti qui conserve et parti qui détruit.

« Les tyrannies n’ont pas de meilleur terreau que la décomposition des démocraties … Quand on a connu le chaos qui régnait sous la république de Weimar, joint à l’humiliation du traité de Versailles, aux réparations impossibles… on trouve aux Allemands quelques excuses pour s’être ainsi emballés. (Gustave Thibon – Entretiens)

« Des tyrans jadis ont pu … leur tyrannie était celle d’un homme, d’un être vivant et concret … leur tyrannie restait dans la ligne des excès naturels … Au lieu que les mythes modernes (capitaliste du chiffre, socialiste de l’égalité, universalité mondialiste…) ne se bornent pas à sucer les peuples … ils gâtent … les réserves de santé sociale … introduisent le mythe meurtrier de l’homme collectif. » (Gustave Thibon) – On peut ajouter que d’un point de vue pratique, sinon moral, la corruption d’un dictateur, de sa famille et de son entourage est forcément limitée.

« Avec une aristocratie le peuple est à l’abri des excès du despotisme, parce qu’il se trouve toujours des forces organisées prêtes à résister au despote. » (Alexis deTocqueville)

 « Parmi toutes les sociétés du monde, celles qui auront toujours le plus de peine à échapper pendant longtemps au gouvernement absolu seront précisément ces sociétés où l’aristocratie n’est plus et ne peut plus être. » (Alexis de Tocqueville)

« Le despotisme qui, de sa nature est craintif, voit dans l’isolement des hommes le gage le plus certain de sa propre durée, et il met d’ordinaire tous ses soins à les isoler (et à les diviser). Il n’est pas de vice du cœur humain qui lui agrée autant que l’égoïsme. » (Alexis de Tocqueville) – Le despotisme n’est nullement réservé aux dictatures avérées. Une majorité peut parfaitement se conduire de façon despotique, en France nous le savons.

« Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde … Il serait absolu, détaillé, régulier, plus étendu, plus prévoyant et plus doux. Il dégraderait les hommes sans les tourmenter … Il pourrait se combiner mieux qu’on l’imagine avec quelques-unes des formes extérieures de la liberté … Il ressemblerait à la puissance paternelle s’il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril, mais il ne cherche au contraire qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance (liste des bienfaits de l’Etat : amour des réjouissances, apport du bonheur, satisfaction des besoins, fourniture du plaisir, direction des affaires, des successions…). Que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ? » (Alexis de Tocqueville) – Nous y sommes, en pire ! C’est bien où nous a mené l’ultracapitalisme démocratique avec l’aveuglement (pour ne pas dire l’achat) de la Gauche.

« Des chaînes et des bourreaux, ce sont là les instruments grossiers qu’employait jadis la tyrannie ; mais de nos jours la civilisation a perfectionné jusqu’au despotisme lui-même … Les princes avaient pour ainsi dire matérialisé la violence ; les républiques démocratiques de nos jours l’ont rendue tout aussi intellectuelle que la volonté humaine qu’elle veut soumettre. » (Alexis de Tocqueville) – Déjà, il y a bien plus d’un siècle !

« Il ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige ; il force rarement d’agir, mais il s’oppose sans cesse à ce que l’on agisse … Il gêne, il étreint, il hébète… » (Alexis de Tocqueville – sur le souverain moderne)

« Je regarde comme impie et détestable cette maxime, qu’en matière de gouvernement la majorité d’un peuple a le droit de tout faire. Le pouvoir de tout faire, que je refuse à un seul de mes semblables, je ne l’accorderai jamais à plusieurs. Ce que je reproche au gouvernement démocratique, ce n’est pas, comme on le dit, sa faiblesse, mais au contraire sa force irrésistible. Il n’y a pas de monarque si absolu qui puisse réunir dans sa main toutes les forces de la société et vaincre les résistances, comme peut le faire une majorité revêtue du droit de faire les lois et de les exécuter. Au contraire d’un roi qui ne peut atteindre que les actions, la majorité est revêtue d’une force matérielle et morale, qui agit sur la volonté autant que sur les actions, qui empêche en même temps le fait et le désir de faire. » (Alexis de Tocqueville)

« Pour moi, quand je sens la main du pouvoir qui s’appesantit sur mon front, il m’importe peu de savoir qui m’opprime, et je ne suis pas mieux disposé à passer ma tête dans le joug, parce qu’un million de bras me le présentent. » (Alexis de Tocqueville)

« Le totalitarisme peut nous apparaître parfois, à juste titre, comme l’empire du mal. Il ne s’ensuit nullement que la démocratie incarne, partout et toujours, le royaume du bien. » (Tzvetan Todorov) 

« L’ère totalitaire où il n’ y a plus de différences entre vrai et faux mais seulement entre forts et faibles. » (Tzvetan Todorov)

« En société totalitaire, le moyen de faire souffrir autrui, la terreur, est mis à la disposition de tous, on est même encouragé et loué d’avoir recours à ce moyen … le mal extrême mis à la disposition de tous … C’est l’usage généralisé de la servilité et de la délation qui explique le délabrement général de la vie morale, l’épanouissement du cynisme dans les sociétés totalitaires … Une des pires tares est d’avoir gardé son sens de l’humour. » (Tzvetan Todorov) – Faire de l’humour en France est déjà bien compromettant aux yeux des multiples censeurs et délateurs.

« L’image d’une dictature est la réponse inévitable (et comme instinctive) de l’esprit quand il ne reconnaît plus dans la conduite des affaires l’autorité, la continuité, l’unité qui sont les marques de la volonté réfléchie et de l’empire de la connaissance organisée. » (Paul Valéry)

« La conservation de la dictature exige des efforts perpétuels, puisque la dictature, sorte de réponse la plus brève et la plus énergique à une situation critique ressentie par tous, risque d’être rendue inutile et comme dissoute par l’heureux effet de la mission qu’elle s’est donnée. » (Paul Valéry)

« Le totalitarisme est un mélange de cynisme et d’idéal, le cynisme servant l’idéal et l’idéal justifiant le cynisme. » (Bertrand Vergely)

« L’être cherchant à être plutôt que d’attendre d’être visité par l’être, protection contre la tentation d’attendre un quelconque miracle, un hasardeux destin, un improbable sauveur … ‘Si le système totalitaire a séduit … c’est qu’il a joué sur le désir qui saisit parfois l’humanité d’échapper à elle-même, de régresser de l’état d’humanité … pour que l’être se retrouve sans but, sans calcul rationnel, fondu dans le masse, aspirant à faire de plus en plus masse, à vivre la masse pour la masse’ … Endormissement dans une grande fusion communautaire. » (Bertrand Vergely – interprétant Ernst Cassirer et citant Hannah Arendt – à propos des régimes totalitaires)

« Un régime dure parce qu’il existe … il est toujours présumé légitime et la nécessité de la preuve repose sur l’éventuel contestataire … Celui qui prend l’initiative de la révolte assume, tant qu’il n’est pas largement suivi, des risques individuels qui dépassent de loin ses gains éventuels en cas d’imprévisible succès … De plus, il existe une large zone indécidable où les gains possibles de la révolte ne l’emportent pas nettement sur les avantages certains de la soumission. Nazisme et socialisme ont ainsi pu durer  … En situation d’incertitude … régression intellectuelle … on préfère aux innovations le ‘statu quo’ qui a fait ses preuves. » (Paul Veyne)

« La croyance (moderne) en un monde modifiable à volonté peut dans le pire des cas aboutir au totalitarisme compris comme tentative de restituer selon une logique volontariste le primat du ‘tout’ dans une société où règne l’individualisme. » (Stéphane Vibert – reprenant Louis Dumont)

« Sous aucune ; mais s’il fallait choisir, je détesterais moins la tyrannie d’un seul que celle de plusieurs. Un despote a toujours quelques bons moments, une assemblée de despotes n’en a jamais. » (Voltaire – répondant à la question : Quelle dictature préfèreriez-vous ?)

« Permettre aux citoyens d’exprimer  une pluralité de désirs et de revendications, tout en permettant à l’Etat d’en réaliser la synthèse sous la forme d’une unité cohérente ; le représentant étant le serviteur du représenté mais aussi le défenseur de l’unité et de l’effectivité de la volonté souveraine – La représentation appropriée, ou patriarcale,  est la forme de représentation présentant le lien le plus faible et le degré de séparation le plus élevé entre les représentants et les représentés. Les représentants ne sont pas sélectionnés, nommés ou contrôlés de façon directe par les représentés, ils se contentent d’interpréter l’intérêt ou la volonté de ces derniers (par exemple, les organisations supranationales, FMI, Banque mondiale, vis-à-vis des nations représentées, surtout les petites) – La représentation libre, en position intermédiaire, typique des régimes parlementaires ; les représentés entretiennent un lien direct avec les représentants, mais le contrôle des premiers est limité, entre les élections les représentants agissent de façon relativement indépendante – La représentation mandatée où les représentés contrôlent les représentants de façon constante (élections fréquentes, révocabilité permanente des délégués). » (Les formes de représentation selon selon Max Weber – cité par Michael Hardt et Antonio Negri)

« Le courant idolâtre du totalitarisme ne peut trouver obstacle que dans une vie spirituelle authentique. Si l’on habitue les enfants à ne pas penser à Dieu, ils deviendront fascistes ou communistes par besoin de se donner à quelque chose. » (Simone Weil) – C’est évident. Aujourd’hui Djihadistes. A moins qu’ils ne trouvent à se donner aux valeurs de la république !

« A chaque fois qu’on a renversé un tyran, un monstre, un diable, on a eu pire. Mais cela ne nous empêche pas de poursuivre notre noble tâche … Chapeau, Bush ! Chapeau BHL et Sarkozy : Chapeau à tous les droits- de-l’hommiste bottés. » (Eric Zemmour)

« La France n’était  ni une aristocratie, ni une démocratie, mais une bureaucratie. » (?)

« Le caractère cauchemardesque du système totalitaire, c’est l’obligation du mensonge. » (?)

« Au XX° siècle, il y avait deux totalitarismes, le communisme et le nazisme. Au XXI°, le mondialisme et l’islamisme. » (?)

« Dans toute entreprise totalitaire dont le but est la métamorphose de l’humain, le langage joue un rôle majeur. » (?)

Un livre écrit en 1920 par un Russe, Eugène Zamiatine, Nous autres, a précédé et inspiré les fictions du Meilleur des mondes d’Aldous Huxley et de 1984 de George Orwell. Il traite d’un totalitarisme où tout est transparent, même les murs, les séparations sont en verre. La transparence : c’est le totalitarisme, on le voit bien dans l’exigence actuelle.

 « D’habitude, dans nos murs transparents et comme tissés de l’air étincelant, nous vivons toujours ouvertement, lavés de lumière, car nous n’avons rien à cacher, et ce mode de vie allège la tâche pénible du ‘Bienfaiteur’… ‘Nous ’vient de Dieu et ‘moi’ du diable … L’œil, le doigt et la dent n’existent pas lorsqu’ils sont sains. N’est-il pas clair, dans ce cas que la conscience personnelle est une maladie ? »

Commentaire sur le régime constitutionnel français, qu’on fait passer pour une démocratie, alors qu’il n’est, au mieux, qu’un régime présidentiel de type plébiscitaire, et forcément à fonctionnement de cour à la mode de l’Ancien régime. Suivant François Fabry.

« Charles de Gaulle manœuvra en 1958 pour arriver au pouvoir en jouant sur la menace putschiste en Algérie, ses soutiens approchant  à la fois les généraux en Algérie et le gouvernement légitime pour le présenter comme une solution ; une fois rappelé au pouvoir, il a réussi à imposer la réforme constitutionnelle qu’il avait toujours voulue depuis 1946, et à la faire voter par referendum, sans recourir à une assemblée constituante, comme cela avait été fait en 1946, et comme il est d’usage pour rédiger une nouvelle Constitution. De fait, il s’agissait d’un coup d’État puisque la procédure n’était pas prévue dans la constitution de 1946. Charles de Gaulle n’a pas sauvé la République du coup d’État des généraux, il a substitué son coup d’État à celui des généraux. Un coup d’État plus admissible par la population, mais un coup d’État quand même. Ratifié par referendum ? Certes, mais comme le Second Empire et tous les régimes plébiscitaires … Il n’est pas question de faire ici un procès à charge de Charles de Gaulle, mais simplement de rappeler, chose qui paraît aujourd’hui oubliée, que les circonstances de naissance de la Ve République sont éminemment contestables d’un point de vue légal et démocratique, et que s’en souvenir permet précisément d’expliquer bon nombre de ratés que rencontre aujourd’hui ce régime, justement qualifié jadis, par Jean-François Revel, d’Absolutisme inefficace…. la Ve république a été instaurée sur le seul nom de de Gaulle, dont le prestige historique subjuguait les foules en des temps troublés et lui permit de faire ce qu’on peut qualifier de ‘n’importe-quoi constitutionnel’: une Constitution sans équilibre des pouvoirs, où tout remonte continuellement à l’Élysée comme en Russie tout remonte au Kremlin. En soixante ans d’existence, la Ve République a provoqué l’étiolement progressif de la culture démocratique qui s’était forgée en France depuis les débuts de la IIIe République, et l’a remplacée par une sorte de nouvel Ancien Régime, où règne l’esprit de cour, où le débat politique n’a plus de substance puisque toutes les décisions importantes sont prises dans les couloirs du palais présidentiel et non, comme dans toutes les grandes démocraties, à la chambre des députés, où les émissions de commentaire politique ressemblent à du mauvais Saint-Simon tant on s’y intéresse plutôt aux secrets d’alcôves et aux querelles de personnes qu’à la matière des grands sujets … Le résultat, ce sont les gilets jaunes, cette éruption populaire aux revendications certes confuses, mais dont le lieu commun fut l’exigence, à travers l’idée du Referendum d’Initiative Citoyenne, d’une vraie démocratie. Sans se livrer à l’analyse comparée de nos institutions et de celles de nos voisins, le peuple a, d’instinct, senti d’où vient le problème : la France n’est pas une démocratie! Et c’est à Charles de Gaulle qu’elle le doit … D’abord, la Ve République n’est pas une démocratie comme les autres : c’est en théorie un régime dit ‘semi-présidentiel’, c’est-à-dire en pratique un régime hyperprésidentiel, où la présidence domine tous les pouvoirs, point commun de notre pays avec la Russie, l’Algérie, l’Égypte ou la Syrie. Tous les pays européens voisins de la France et de taille comparable : le Royaume-Uni, l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne ont un régime parlementaire où le gouvernement est une émanation du Parlement et est responsable devant lui. Nos institutions étaient similaires à celles-ci du temps de la IIIe et de la IVe République. Elles ne le sont plus depuis 1958, époque à laquelle le général de Gaulle nous a dotés d’une constitution qui distribue les pouvoirs de manière semblable à la constitution de l’Empire allemand avant 1914, à la seule différence évidemment que le Kaiser, chez nous, est élu. La France, donc n’a pas une Constitution établissant un modèle possible de démocratie, mais une Constitution telle qu’on n’en trouve nulle part dans le monde démocratique. Au mieux, la Ve République est un régime plébiscitaire, mais pas démocratique. Nous élisons un ‘monarque républicain‘ à échéance régulière, et ce monarque est absolu. La formule est souvent reprise avec légèreté, comme si la ‘monarchie républicaine’ était une amusante curiosité, un folklore français, alors qu’il s’agit d’une tragique supercherie puisque l’on fait croire au peuple français qu’il vit dans une démocratie, alors que c’est faux. Pourquoi, dans toute l’Europe, y a-t-il eu des gilets jaunes en France et pas ailleurs ? ‘Parce que les Français sont râleurs‘ disent grosso modo les commentateurs à vue courte. »  (Philippe Fabry)

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