625,1 – Pureté / Impureté

– L’éternelle aspiration à la pureté originelle, à l’innocence et à l’enfance retrouvée, à la rédemption, aux retrouvailles avec un paradis perdu, avec un âge d’or… rêve sous-jacent à toutes les entreprises de type utopiques : millénaristes, messianiques, révolutionnaires (voir 280,1 Esprit)

– Alors que la pourriture progresse de jour en jour dans tous les domaines, la meute excitée et haineuse qui en est responsable ne cesse de pourchasser des boucs émissaires au nom de la pureté. Paradoxe classique de dédouanement et « retournement de vestes qui mettent la même application à dénoncer aujourd’hui les inconduites qu’hier à célébrer la libération de tout et de tous … Avec le pédophiel comme avec le fraudeur fiscal, la haine est un devoir. Cela en dit long sur l’esprit du temps’ » (Elisabeth Lévy)

– « Ils ne se souviennent pas qu’ils sont des hommes. » (saint Thomas d’Aquin – sur les Cathares)

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« Comme toujours, le conte de fées de la pureté se conclut par la répression. » (Elisabeth Badinter – sur la répression de la prostitution)

« La candeur est encore plus blanche que la pureté. » (Anne Barratin)

« Les purs changent tout par leur seule apparition. » (Christian Bobin)

« Les idéologies nées au XIX° siècle … postulent toutes … le retranchement de la société d’une partie de ses membres, jugés soit trop faibles ou indignes, ou historiquement dépassés, soit d’emblée étrangers. Dans ce sens, elles sont toutes des idéologies de la purification … en correspondance directe avec le thème, lui aussi utopique, d’une société du consensus. » (Philippe Breton) – La fameuse transparence faisant partie de celle-ci et du lot imposé avec.

« Est pur, corps ou ligne, ce dont l’essence n’est mêlée de rien qui l’altère et qui l’avilisse … C’est toujours le mélange qu’on redoute … L’usage des biens naturels, la participation à la vie du groupe constituent et définissent l’existence profane : le pur s’en exclut pour approcher des dieux, l’impur en est banni afin qu’il ne communique pas sa souillure à ce qui l’entoure. L’un attire, l’autre repousse ; l’un est noble, l’autre ignoble ; l’un provoque le respect, l’amour, la reconnaissance, l’autre le dégoût, l’horreur et l’effroi … D’un côté se rejoignent et se liguent les puissances positives (celles  qui conservent et accroissent la vie…), harmonieuses et régulières. A l’autre extrémité sont rassemblées les forces de mort et de destruction (ce qui affaiblit, amoindrit, corrompt, décompose). » (Roger Caillois) – traitant des civilisations primitives, mais en sommes-nous si loin ?

 « La plupart des interdits en vigueur dans les sociétés primitives sont en premier lieu des interdits de mélange (contacts, présence simultanée… notamment quand ils tendent à rapprocher des choses qui … par contagion ou par nature, semblent appartenir à l’un ou à l’autre sexe) … le mélange n’est pas considéré par la pensée religieuse comme une sorte d’opération chimique aux conséquences définies et, en tout cas, purement matérielles. Il intéresse l’essence même des corps … les qualités des choses sont contagieuses : elles s’échangent, s’intervertissent, se combinent et se corrompent, si une trop grande proximité  leur permet de réagir entre elles. L’ordre du monde s’en trouve offensé d’autant. » (Roger Caillois) – Ce qui n’est plus tenu pour vrai pour les choses, pourrait bien l’être pour les idées. La propagande, politique notamment, ne l’ignore pas dans son rôle de fabricante de confusion.

« Une séparation si vigilante du pur et de l’impur implique pour eux (les primitifs) une localisation distincte au sein de la société … D’une façon générale, les puissances de sainteté jouissent d’une localisation nette ; le domaine des souillures apparaît, au contraire, diffus et indéterminé. » (Roger Caillois) – Nous n’avons pas renoncé à cette séparation. Les bons, les vainqueurs sont en pleine et franche lumière (médiatique de nos jours), les autres, les vaincus ou ceux à écraser, sont indiscernables, partout, cachés, menaçants, grimaçants (nauséabonds pour tout dire). Rien ne marche mieux que la bonne vielle propagande pour enfants ; le sauveteur dans la lumière, le loup dans les bois.

 « Les mots de ‘cohésion’ et de ‘dissolution’ permettent assez bien de définir l’unité respective des ensembles complexes auxquels appartiennent le pur et l’impur. Les puissances qui affermissent le premier sont celles qui affermissent, qui rendent solide, fort , vigoureux et sain, stable, régulier … prospérité, bon fonctionnement, fondent, maintiennent … Les autres, à l’inverse, sont responsables du désordre, de l’effervescence et de la fièvre … irrégularité, monstres … L’extrême étant la décomposition du cadavre. » (Roger Caillois)

 « En Chine, la grande épreuve de noblesse  est le tir à l’arc … ‘Toucher au cœur la cible’ ainsi se fait connaître la vertu (Li-Ki) … Le mot grec qui signifie commettre une erreur, une faute, et même un péché, veut dire à l’origine ‘manquer le but’. On comprend maintenant les différents sens du mot ‘droit’, désignant l’habileté manuelle, la rectitude d’un raisonnement, la norme juridique, la franchise du caractère, la pureté des intentions, le bien-fondé d’une action, en un mot tout ce qui, physiquement ou mystiquement, fait aller une force droit à son but. Inversement, la ‘gaucherie’… R. Herz a remarqué avec raison que l’opposition du droit et du gauche s’articule avec celle du dedans et du dehors (du centre et de l’extérieur). La communauté se regarde comme enfermée à l’intérieur d’une enceinte imaginaire … A l’intérieur, tout est lumière, harmonie, espace réglé … Au-delà s’étendent les ténèbres extérieures, embûches, pièges, menaces… Le droit et l’adresse manifestent la pureté et la faveur divine, la gauche la souillure et le péché. » (Roger Caillois – toujours à propos des civilisations dites primitives) – Bien sûr, l’auteur ne songeait point à des positionnements politiques.

« Le tabou est l’intouchable, quelque chose qu’on ne saurait même effleurer … Il n’est guère douteux que toutes les religions sémitiques … reposaient sur un système de tabous très compliqués … Même dans les religions qui reposent sur les motifs éthiques les plus purs, de nombreux traits demeurent encore qui témoignent d’un état antérieur de la pensée religieuse où pureté et impureté avaient un sens simplement physique … La religion la plus évoluée fut dans l’impossibilité de négliger ou supprimer toutes ces règles et sacrifices purificateurs … A partir des livres prophétiques de l’Ancien Testament, l’idéal de pureté a une tout autre signification que les conceptions mythiques antérieures … pureté ou impureté ne se trouvent plus dans un objet, dans une chose matérielle, ni même dans les actions humaines. Seule la pureté du cœur possède une signification et une dignité religieuses. » (Ernst  Cassirer)

« Le puritanisme anglo-saxon nous dessèche chaque mois davantage, il a déjà réduit à peu près à rien la gaudriole impromptue des arrière-boutiques. » (Louis-Ferdinand Céline) – Et c’était encore bien avant que  toute initiative ne soit susceptible d’être qualifiée de harcèlement.

« L’effet spécifique de la pureté … l’unification de l’homme en soi … Elle unifie les puissances intérieures de l’âme dans l’acte d’une passion unique … La pureté n’est pas dans la séparation, mais dans une pénétration plus profonde de l’univers. » (Père Teilhard de Chardin)     

« Si vous cherchez la pureté, si vous prétendez à quelque transparence intérieure, abdiquez sans tarder vos talents, sortez du circuit des actes, mettez-vus en dehors de l’humain. » ((Emil Cioran)

« ‘Celui qui est enclin à la luxure est compatissant et miséricordieux ; ceux qui sont enclins à la pureté ne le sont pas’. Pour dénoncer ainsi l’essence de toute morale, il y fallait un saint, ni plus ni moins. » (Emil Cioran – citant saint Jean Climaque)  

«  Il y aussi, au plan de l’histoire, la symbolique du bon grain et de l’ivraie : tout demeurera mêlé jusqu’à la fin des temps. Ceux qui veulent arracher l’ivraie pour créer le peuple des purs et des parfaits ont toujours été artisans des pires barbaries. » (Guy Coq)  

« Je rendrai mon sang pur comme je l’ai reçu. » (Pierre Corneille – Le Cid )

« Les professions de foi de pureté sont le propre de surenchères qui ne demandent qu’à être calmées. » (Marc Crapez – sur les mœurs en vigueur dans les partis politiques) – Moyennant quelques avantages, sièges…

 « Ce qui a été fait et ce qui est à faire peut se comparer à la différence qu’il y a entre couper une branche et extraire une racine. Il faut que la purification atteigne les imperfections les plus secrètes. (saint Jean de la Croix)

« Si la vitre a quelques tâches ou quelques nuages, le soleil ne peut la faire briller aussi complètement que si elle était purifiée de toutes tâches et bien limpide .. La vitre est toujours distincte du rayon, mais tant qu’elle est sale ;. » (saint Jean de la Croix – sur l’impureté du récepteur, nous)

« Dés que le pouvoir se mêle de pureté, l’homme libre a tout intérêt à prendre ses jambes à son cou. » (Raphaël Debailiac – interprétant Gustave Thibon) – Plus grande est l’invocation à la pureté, plus grande est la corruption.

« On sera frères et sœurs, sans ombres et sans passé. On sera tout neufs. On sera purs. On s’ennuiera à mourir. » (Jean-Michel Delacomptée) – Quand les épurateurs, et épuratrices, auront castré tout le monde.

« Quel idéal mortifère de pureté préside à nos manipulations génétiques ? » (Anne Dufourmantelle)

« Le fondement élémentaire et universel de l’impureté est dans les aspects organiques de la vie humaine, d’où dérive directement l’impureté de certains spécialistes (blanchisseur, embaumeur, fonctions autour du cadavre, jusque même non-végétariens… ) … L’exécution des tâches impures par les uns est nécessaire au maintien de la pureté chez les autres … La réalité sociale est une totalité faite de deux moitiés inégales mais complémentaires. » (Louis Dumont – traitant des castes)

« Les hommes perdent en pureté ce qu’ils gagnent en puissance. Une source, si transparente soit-elle, ne peut éviter lorsqu’elle devient fleuve de charrier des boues et des limons. » (Maurice Druon)

« La réprobation morale propre aux sociétés puritaines n’est souvent, affirme Foster, qu’une envie refoulée : en s’attachant rigidement au respect de normes et de règles définies strictement pour justifier son indignation, on cache une envie que l’on a peur de s’avouer et honte de reconnaître envers l’autre qui goûte aux plaisirs interdits. » (Jean-Pierre Dupuy)

« Nous savons que nous devons nous méfier de ceux qui partent sur les chapeaux de roue, poussés par un idéal de purification par le sang, le leur et celui des autres mais plus souvent celui des autres. Ils sont en train de jouer un scénario animal. » (Umberto Eco)

« C’est bien joli la nostalgie de l’innocence ; mais c’est avec de grandes personnes qu’on fait le monde. » (Saint-Exupéry)

« Le pur selon Péguy n’est pas l’homme qui a la phobie du contact ou de la contamination, il est l’homme qui ne passe pas de  compromis. » (Alain Finkielkraut – Le mécontemporain)

« A l’image de la femme tentatrice ou, comme le disaient les Pères de l’Eglise, ‘porte du diable’, succède celle de l’homme prédateur. Eve est innocente. Elle n’a pas goûté au fruit défendu et vit sous la menace permanente d’Adam le gorille. » (Alain Finkielkraut)

« Livré au rêve communiste de la transparence totale, c’est-à-dire d’une société systématiquement purifiée de tout ce qui : traditions, coutumes, intérêts égoïstes, hiérarchie, privilèges, classes sociales, fait obstacle à l’accomplissement de la Raison universelle … Ce que donnait la volonté d’accéder, pour le plus grand bonheur de tous, à la rationalisation intégrale du monde de la vie. » (Alain Finkielkraut – sur la Tchécoslovaquie, Kundera et sa défense de la littérature romanesque) – L’horreur d’un terrible ennui dans une société sans rideaux ni ombres reposantes. « Le jour à perpétuité. »

« Le plus bel exemple de purification ethnique, et le plus réussi, fut voulu par Staline et, hélas, accepté par les autres vainqueurs de 1945 : le plus vaste déplacement forcé de l’histoire pour 12 à 13 millions d’Allemands, si cruellement expulsés d’Europe centrale et orientale que plus d’un million en mourut. » (Claude Fouquet)

« L’enfer n’est pas seulement pavé de bonnes intentions, mais aussi de crimes commis au nom de la pureté morale. » (Julien Freund)

« Le plus petit cheveu fait ombre. » (Goethe)

« Toutes choses en ce monde sont mixtionnées et destrempées avec leurs contraires … tout est meslé, rien de pur en nos mains. » (Baltasar Gracian)

« Priver l’homme de la possibilité de satisfaire un certain nombre d’instincts fondamentaux risque de rendre nécessaire le maintien d’une dictature visant à réprimer la libre décharge de l’énergie pulsionnelle. »  (Béla Grunberger, Janine Chasseguet-Smirgel)

« On passe aujourd’hui de la morale en politique à la politique de la morale … La politique de la pureté a toujours été historiquement une catastrophe. » (Henri Guaino)

« L’individu moderne est habité par une quête éperdue d’innocence. Il refuse cette idée judéo-chrétienne selon laquelle il a lui-même partie liée avec le mal. Le mal n’est plus et ne peut plus être qu’au dehors, à l’extérieur, chez l’autre. Il devient donc possible, et tentant, de l’éradiquer … ‘Ceux qui font obstacle à la bienfaisance universelle ; il faudrait les liquider’. Tout aussi dangereusement  que le rêve de pureté des fondamentalistes religieux, l’innocence nietzschéenne qui récuse l’intériorité du mal débouche sur une obsession purificatrice …Comme la cohésion sociale est sans cesse plus menacée, il faut sans cesse davantage de sacrifices pour la restaurer … On voit donc se multiplier ces lynchages sacrificiels symboliques dont les média sont l’instrument … Rite sacrificiel frappé d’illégitimité par la morale universelle issue du judéo-christianisme. » (Jean-Claude Guillebaud – citant Charles Taylor)

« L’unité de l’homme n’est pas quelque chose de donné ; nous sommes doubles. Divisés quoique uns; uns quoique désunis. »

« Nous rêvons tous d’un monde où les choses seraient tranchées, non ambiguës … Nous redoutons les mélanges, les compromis, les incertitudes. L’autre, l’ennemi, chargé de tous les vices démontre notre pureté et justifie le bien-fondé de nos combats … Commodité pour suivre un film de savoir qui sont les bons et les méchants. Le catharisme est reposant pour l’esprit. Mais le pur conduit à l’erreur et au mensonge. Il faut accepter de se compromettre et de se souiller pour comprendre le monde, pour essayer de changer le réel. Si je ne puis aimer que d’un amour parfait, alors je n’aime pas. Si je ne puis combattre que pour un idéal sans tâche, alors je ne me bats pas. Ce que j’appelle amour ou combat n’est que mensonge sur ma lâcheté. Si je me veux parfait, alors il ne me reste qu’à mourir et ma présence aux autres est mensonge et insulte envers mon prochain. » (Jean Guitton)

 « Le désir de pureté fait que dans un premier mouvement l’esprit cherche à évacuer la lettre. Il veut la spiritualiser. » (Jean Guitton)

« La purification est toujours réédition du commencement. » (Jean Guitton)

« L’image du déluge et de l’arche est l’image typique du purisme, en ce sens qu’elle représente un élément intact préservé du naufrage et de la souillure. » (Jean Guitton)

« Gnosticisme : Dieu est bon, mais la création est mauvaise puisqu’en elle le mal triomphe. Donc au plan pratique : horreur du créé, de l’existence dans le temps. Chez les cathares : non-procréation, suicide mystique. Dissociation entre le pur et l’impur, l’esprit et la matière. D’une part le mal absolu, l’impur, qui est le créé et d’autre part le bien absolu, le tout pur, qui est l’incréé. Le gnosticisme est d’abord une méditation sur le mal et c’est pourquoi il n’est pas étonnant de le voir apparaître aux époques d’angoisse ou de désespoir, à notre époque. » (Jean Guitton)

« L’hérésie cathare n’était pas seulement antireligieuse mais anti sociale, anti laïque … Elle ne connaissait que deux limites, celle du Pur absolu et de l’Impur radical … Elle visait à l’un et absolvait l’autre pour condamner seulement la foi moyenne qui est celle de la vie humaine et des multitudes … Une évasion hors du mal par le dédoublement de soi … Elle précipitait ce mouvement de désespoir qui pousse à l’extrémité du mal quand on se sent incapable de l’extrémité du bien. Celui qui ne se sent pas capable du plus haut est automatiquement autorisé à se livrer au plus bas (sauf à s’échapper par le suicide mystique mais bien réel)… Jamais on n’avait vu l’homme nier l’homme, conçu comme simple accouplement d’ange et de bête, chacun roi et libre à son niveau ; la Gnose n’avait jamais tiré sur ce point toutes les conséquences  qui étaient contenues dans son principe dualiste (de séparation radicale et définitive en deux mondes distincts et hostiles du pur et de l’impur, du Bien et du Mal, de l’Eternel et du Temporel, de l’Esprit et de la Matière). » (Jean Guitton) – Ce dualisme, l’illusion originelle de l’omnipotence qu’il s’agirait de retrouver. Le souvenir de nos origines divines, antérieures à notre emprisonnement dans la chair. A en juger par l’hypocrite moralisme qu’impose l’idéologie dominante (au milieu de toutes les perversions) nous ne sommes pas sortis du catharisme

« Se draper dans la pureté (catharisme), c’est s’interdire toute compréhension des réalités de ce monde, toute action authentique … Plutôt que d’isoler l’âme par rapport au corps, de tenter de réaliser l’esprit hors de la chair, il faut dénoncer les ‘ bons sentiments’ et leur préférer l’impur de la pâte humaine … afin, par la raison, de conduire l’homme au-delà de lui-même, tel est le projet de sublimation … Tout ce qui est pur s’isole (l’arche de Noé). Tout ce qui est isolé se perçoit comme pur … La pureté est le désir et la possession anticipée d’une unité parfaite (illusoire) … La difficulté de tout mouvement de purification est de ne pas rompre. Celui qui rompt détruit et ne purifie pas. C’est la différence du réformateur et du saint, du cathare et du vrai pur. » (Jean Guitton)

« Le pur conduit à l’erreur et au mensonge. Il faut accepter de se compromettre et de se souiller pour comprendre le monde, pour essayer de changer le réel. Si je ne puis aimer que d’un amour parfait, alors je n’aime pas. Si je ne puis combattre que pour un idéal sans tâche, alors je ne me bats pas. Ce que j’appelle amour ou combat n’est que mensonge sur ma lâcheté, si je me veux parfait, alors il ne me reste qu’à mourir et ma présence aux autres est mensonge et insulte envers mon prochain. Est appelé ’impur’ celui qui s’oppose au faux pur; celui qui refuse de séparer l’ivraie du bon grain, qui vit le mélange, accepte de chercher entre le tout et le rien … Dénoncer les ‘bons sentiments’ et leur préférer l’impur de la pâte humaine afin, par la raison, de conduire l’homme au-delà de lui-même : tel est le projet de sublimation. » (Jean Guitton)

« Parti des purs : tout groupement qui prend naissance au sein d’une société qu’il juge corrompue, impure, et qu’il cherche à ramener à sa  pureté perdue. Les purs sont sensibles au scandale, ils ont même besoin d’un certain scandale, pour le bien qui se cache dans l’indignation, pour que la conscience démontre qu’elle n’est pas, elle, la proie du mal. » (Jean Guitton)

« Pour incarner le pur, il faut séparer les penseurs des exécuteurs (le juge et le bourreau), il ne faut pas qu’ils se voient, l’instigateur rougirait de l’exécuteur, l’exécuteur insulterait le chef qui ne court aucun risque. » (Jean Guitton)

« Le parti unique est le parti des seuls purs, celui de la conspiration instituée, reconnue, installée … Le suspect est à mettre à mort préventivement. » (Jean Guitton)

« On précipitait ce mouvement de désespoir qui pousse à l’extrémité du mal quand on se sentait incapable de l’extrémité du bien. Puisque le dernier bien est absolument pur, il est la raison incarnée, le premier moyen peut être absolument impur (violence et ruse). Les purs sont violents, et les violents se sentent purs. La violence abrège le temps de la douleur. Tout ce qui est pur s’isole, tout ce qui est isolé se perçoit comme pur. » (Jean Guitton)

« Dans la perspective cathare, la pureté s’obtient par la séparation d’avec le corps. Or, à mesure qu’on avance dans l’existence des connexions entre événements apparaissent, la vue se dissipe, la saveur s’accroît ; tout devient moins accidentel et plus substantiel. La pureté est un élan vers la qualité absolue à partir de la quantité ou du mélange, pour faire ‘monter plus haut ‘ ce qui se trouvait à un étage inférieur de l’être ou de la valeur, pour permettre à ce qui ‘est’ de ‘sur-être’. Le pur n’est pas ce qui serait le plus vide de l’être, il n’est pas l’incolore, l’air conditionné, l’eau minérale. La vraie pureté ne s’obtient pas par la négation, le retour à zéro et à l’indifférence, mais au contraire par une tension. La pureté est un autre nom de l’unité accomplie. Est pur celui qui a réussi le problème d’intégration. Ce n’est pas une vertu seulement négative. L’œuvre de la pureté commence lorsque commence l’effort de rassemblement, de consonance. La pureté n’est pas séparation de l’élément parfait, elle est la capacité donnée à cet élément vivifiant de tout pénétrer, de tout remplir. » (Jean Guitton)

« Il faut admirer l’effort vers l’absolu du pur et en même temps le restreindre par l’incarnation, c’est-à-dire par l’adaptation concrète, par l’insertion dans la pâte … Nous n’avons pas à choisir, la plupart du temps, entre le tout et le rien … Nous avons à choisir entre le pur-pur (idéal impossible et meurtrier)  et le pur mélangé d’impur, c’est-à-dire le pur incarné. »  (Jean Guitton)

« Un pur désire (sans se l’avouer) que le scandale arrive, non certes pour le mal, mais pour le bien qui se cache déjà dans l’indignation. » (Jean Guitton)

 « La lutte délivre de la lutte contre soi-même. On tue pour se purifier … Le cabaret est au rez-de-chaussée, la chapelle est en haut, c’est une assez bonne maison. » (Jean Guitton) – Terrorisme, Islamisme radical.

« La difficulté de tout mouvement de purification est de ne pas rompre. Celui qui rompt détruit et ne purifie pas. C’est la différence du réformateur et du saint, du cathare et du vrai pur … C’est toujours le thème des cathares qui reparaît …  ne pas se purifier en luttant, mais en vivant plus haut et à part … en concédant que la haute partie de nous-même n’est pas engagée dans les œuvres basses … On ne peut arrêter le temps, faire cesser le mélange, nier l’incarnation, obtenir l’assomption. Il faut attendre la mort. Le cathare veut précéder la mort. » (Jean Guitton)

 « Le puritain est un être dédoublé et non pas sacrifié … Il ne fait pas l’unité de son être par l’acte qui mortifie, soumettant en nous l’impur au pur. Il obtient une unité, une paix apparente en laissant sa partie basse à sa loi de chair et d’intérêt, de plaisir ou d’argent, Mais en compensant cette concession par un masque d’austérité, de fausse pudeur et de rigueur. Le puritain est d’autant plus sévère pour l’autre et pur de visage et de langage que ses mœurs vraies sont plus secrètes. » (Jean Guitton)

« Les purs ont avantage à supposer qu’un traître soit parmi eux … ils l’inventeraient … Au jour de la victoire, le peuple la consacre encore à une épuration, à une chasse aux sorcières, actes sans lesquels la conscience qu’il se donne de sa victoire ne serait pas plénière, absolue, achevée. » (Jean Guitton)

 « Quand l’homme reconnaît-il que son cœur a atteint la pureté ? Lorsqu’il considère tous les hommes comme purs, sans qu’aucun lui apparaisse impur ou souillé. Alors en vérité il est pur de cœur. » (Isaac le Syrien – cité par Maurice Bellet)

« Il n’y a pas de ‘blanc foncé’. La moindre grisaille, la moindre réserve, le moindre mélange d’intérêt-propre suffisent à rendre suspecte la pureté prétendue superlative d’une volonté entière et sincère. Le plus petit calcul … Une certitude plus ou moins douteuse n’est pas une certitude du tout, une petite défiance à l’intérieur de la confiance est déjà une grande et mortelle méfiance, une demi-vérité n’est pas une vérité, c’est une erreur … Un cœur impur et partagé est … un cœur déchiré qui tout ensemble veut et ne veut pas, qui est plein de faux-fuyants et de demi-résolutions, qui prêche les autres en s’exceptant soi-même … Si Abraham avait compté sur l’intervention de l’ange et la miraculeuse surprise du bélier, et fait un calcul intéressé, de quel nom faudrait-il appeler cette comédie de sacrifice? » (Vladimir Jankélévitch)

« Pour parler de la pureté il faut parler d’autre chose, et notamment de l’impur, qui est du moins quelque chose … La pureté n’est pas seulement rare, elle est inexistante … Elle est impossible et indicible … Personne n’est pur ni jamais ne l’a été ni jamais ne le sera … Et pourtant le vœu de pureté proteste en nous contre les échecs, les démentis, les déceptions de l’existence. » (Vladimir Jankélévitch)

« Le pur, se condamnant lui-même à l’immobilité, n’ose plus faire un pas ni lever le petit doigt … Devra-t-il se transformer en statue ? … La paralysie complète : voilà le châtiment destiné à ceux qui entendent préserver en eux-mêmes un état de parfaite asepsie morale … Le puriste s’agrippe avec l’acharnement du désespoir à une fiction d’éternité ; il refuse de durer, fût-ce d’une seconde, de se mouvoir, fût-ce d’un millimètre … Qui a découvert une fois ce qu’il ferait bien mieux d’ignorer, qui a conçu une seule fois … la possibilité du mal, celui-là a cessé à jamais d’être pur … La solennité de la première fois qui déclenche la cataracte des autres fois … et l’impureté grossit comme l’avalanche … Le verbe puriste par excellence, celui des Cathares … le verbe fuir … La pureté résulte non pas d’une création commandée par un impératif, mais d’une négation prescrite par un ‘prohibitif’’ ou une défense… ‘Ne pas’… » (Vladimir Jankélévitch)

« Notre pureté n’est pas un atome de for intérieur qu’il s’agirait de dénicher … Une lueur qui brillerait … La pureté est un mouvement et non pas un élément, une intention et non pas une entité cellulaire cachée … C’est la purification qui, par la digestion des impuretés, renouvelle inépuisablement notre pureté … Fugitive, apogée, état de pointe, elle arrive et aussitôt repart … L’homme n’est pas un hybride d’ange et de bête, mais il est tantôt bête et tantôt ange … l’ange d’un instant, la bête d’un instant. » (Vladimir Jankélévitch)

« Est pur un être qui, bon ou mauvais, ou intrinsèquement neutre, exclut toute immixtion d’éléments allogènes … sans mélange ni alliages … Un désespoir est pur et absolu quand il est sans le moindre milligramme d’espérance … L’incomposé vaut mieux que le composé ; sur ce préjugé repose la prohibition des mélanges, la phobie des croisements … La pureté serait donc le Bien lui-même. » (Vladimir Jankélévitch)

« La pureté n’existe que le temps d’un éclair et dans la nescience de soi, par exemple dans la conscience intime que notre pureté est impure. » (Vladimir Jankélévitch)

« Le purisme qui prétend vouloir la fin sans les moyens est certes la doctrine de la mauvaise volonté machiavélique et de la mauvaise foi ; mais une volonté qui s’attarde un peu trop dans le domaine des moyens et qui prend goût à ce séjour, jusqu’à en oublier la fin dont ces moyens sont les moyens, cette volonté est elle aussi, bien qu’à rebours, suspecte ; c’est une mauvaise volonté non plus machiavélique mais cynique. Faire plus de concessions qu’il n’en est vraiment nécessaire, c’est encore de la mauvaise foi. » (Vladimir Jankélévitch)

« La purification tient dans nos soucis infiniment plus de place que la pureté elle-même … L’être irrémédiablement impur vit en état perpétuel d’anachronisme et à mi-chemin de deux puretés également fabuleuses, également inaccessibles … L’impureté effet d’une décadence (à partir d’une pureté originelle) ou signe précurseur d’une pureté à venir. » (Vladimir Jankélévitch)

« La pureté n’est pas seulement rare, la pureté est inexistante … il est même ‘impossible’ que la pureté existe ici ou là, sous des coordonnées déterminées de date et de lieu, personnifiée par Pierre ou Paul. La pureté n’existe pas, et pourtant elle définit notre vocation. Personne n’est pur, ni ne l’a jamais été, ni ne le sera … et pas même un saint … Et pourtant le vœu de pureté proteste obstinément en nous contre les échecs, les démentis et les déceptions de l’expérience. » (Vladimir Jankélévitch)

« Le corps ne doit garder aucune trace de sa dette envers la nature : il doit être propre pour être pleinement symbolique. Toute autre trace (que la circoncision, équivalent de la séparation sexuelle et/ou d’avec la mère) serait un signe d’appartenance à l’impur, au non-séparé, au non-symbolique, au non-saint … Les matières fécales n’arrêtent pas de se séparer d’un corps en état de perte permanente pour devenir autonome, distinct des mélanges, altérations et pourritures qui le traversent. C’est au prix de cette perte seulement que le corps devient propre … De même le rejet du cadavre. » (Julia Kristeva – Pouvoirs de l’horreur) – Evoquant l’Ancien Testament, la pureté symbolique, le rejet du métissage…

« Rien d’autre que le Dieu Un … Interdire les rapports du même avec le même, ni promiscuité à l’intérieur des familles, ni homosexualité … Pas non plus de contacts avec un autre groupe … pas d’adultère, pas de zoophilie … ‘Tu n’accoupleras pas ton bétail de deux espèces, tu n’ensemenceras pas ton champ de deux espèces ; un habit de deux espèces, hybride, ne sera pas porté par toi ‘… Recommandation des pains azymes sans ajout de ferment … Condamnation des hybrides et des êtres de passage …  …La souillure sera ce qui porte atteinte à l’unité symbolique, c’est-à-dire les simulacres, les ersatz, les doubles, les idoles … C’est de la position même de la logique de séparation que dépend l’existence et le degré de l’abjection. » (Julia Kristeva – Pouvoirs de l’horreur) – Idéal d’unicité, donc d’intégrité. Comment cette si prenante tradition se combine-t-elle avec l’ouverture illimitée et le métissage obligatoire ? Mystère.

« La pureté donne à toutes les choses matérielles un visage spirituel : elle ignore le calcul, l’effort et le mérite … Elle est la qualité de l’enfant qui nous livre toutes ses puissances avant qu’elles soient altérées ou refoulées … Elle est de vouloir que les choses soient ce qu’elles sont. L’impureté est de vouloir qu’elles soient autres et par conséquent de les penser par rapport à nous, d’introduire en elles le ver du mensonge ou le ver de la convoitise. La pureté ne récuse rien de ce qui est devant elle : elle ne songe ni à le modifier ni à y ajouter. Elle perçoit dans le monde non pas seulement une diversité qui l’émerveille et qui prévient sa réflexion, mais une hiérarchie à laquelle elle se sent accordée avant que sa volonté ait à intervenir. » (Louis Lavelle)

« La déesse raison, qui est le Saint Esprit de la modernité, est la seule inspiratrice des vertueux, et leur dicte non seulement ce qui est bon pour eux … mais également ce qui est bon pour tous, ici et en tous lieu … Les révolutionnaires ou réformistes sociaux … en jouant les maîtres d’école, en sachant, a priori et de science infuse, ce qui était bon pour tous, outre les aberrations de l’Histoire, ont permis que peu à peu la masse ne se sente plus concernée par la vie de la cité. » (Michel Maffesoli – à propos de Robespierre, mais s’applique à tous les bien-pensants d’aujourd’hui) 

 « On n’ose pas trop le dire. Mais il y a , dans l’inconscient du ‘Réformateur’ l’image du camp de rééducation qui fut le modèle achevé de tous les totalitarismes du XX° siècle … Le fantasme d’une société parfaite, donc purifiée. » (Michel Maffesoli – visant ceux qui veulent faire le bonheur des gens, fût-ce contre leur gré)

« Le principe d’unité qui sous-tend l’idéologie de l’ordre et le monothéisme social est ce qui permet de comprendre le projet ‘totalitaire’ de la révolution. Ramener la vie sociale à l’Un, et pour cela inciter à l’identification au parti, au chef, au but final … La révolution est bien alors ce référentiel suprême qui donne sens à une existence jusqu’alors éclatée. C’est ce souci de pureté … qui est … éminemment utopique, C’est ce souci que l’on retrouve chez tous les inquisiteurs sociaux, les ‘parfaits’ d’un catharisme moderne, et qui peut faire dire que ce totalitarisme est effectivement commun à tous les projets de sociétés parfaites qui ponctuent l’histoire … La Terreur de 1793 ou les purges des années trente en Union Soviétique sont dans la logique de l’idéologie égalitaire, elles traduisent d’une manière paroxystique le fantasme de l’unité qui se fonde sur la crainte de la différence. » (Michel Maffesoli – La violence totalitaire)

« Si la culture d’une société décente implique que l’on impose des restrictions aux représentations humiliantes, ne risque-t-on pas de la transformer en une société puritaine … où l’on confondrait pureté de cœur et pureté d’expression … L’on risque de créer une société hypocrite. » (Avishaï Margalit – sur le politiquement correct) – Cela ne fait que rajouter une couche à l’hypocrisie dans laquelle baignent les soi-disant élites, les officielles.

« Le diable est pur parce qu’il ne peut faire que le mal. » (Jacques Maritain – cité par Jean Cocteau)

« Le désir d’une pureté absolue est sans doute la principale motivation de l’utopiste. L’histoire des hérésies est une longue liste de revendications de pureté, pour le corps, l’âme, la vie sociale, l’organisation politique ou ecclésiastique, mais c’est une pureté si contraire à la nature de l’homme qu’il est nécessaire de la lui imposer par la contrainte. » (Thomas Molnar)

« Il est facile d’être pur quand on n’agit pas et qu’on ne voit personne. » (Henry de Montherlant – Le cardinal d’Espagne)

« L’exigence de pureté a ceci de dangereux que l’on risque toujours d’être épuré par un plus pur que soi. » (Natacha Polony) – C’est fort heureux ; cela nous débarrasse assez vite de bon nombre de révolutionnaires.

« Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon cœur. » (Racine)

« Le fantasme de la pureté est terrifiant, il est dément. Qu’est-ce que la quête de purification, sinon une impureté de plus. » (Philip Roth)

« La hantise  de la pureté saisit périodiquement tous les types d’activité. On veut de la science pure, désengagée de toute application, industrielle ou militaire. On veut du sport pur sans compromissions nationaliste. La jeunesse a un besoin d’absolu, contre toutes les ‘compositions’ de l’âge adulte … et l’on arrive au vide pur et simple. Après quoi, il ne reste plus qu’à revenir en arrière, et à chanter les vertus de l’engagement. » (Raymond Ruyer)

« Ne percevant les choses que suivant la modalité binaire du sacré et de l’obscène, le puritain cherche moins à penser qu’à jouir de condamner, d’avoir raison, immédiatement et avec tous. Car le puritain ne prend son pied qu’en meute. » (Romaric Sangars)

« Sous ses dehors sympathiques … la pureté a été la grande pourvoyeuse de catastrophes : massacres, croisades, inquisitions, guerres de religion, nationalisme, pureté de la race… » (Alfred Sauvy) – – Les révolutionnaires, comme certains terroristes, massacrent volontiers au nom de la pureté – « La pitié prise comme ressort de la vertu s’est avérée posséder un potentiel de cruauté supérieur à celui de la cruauté elle-même. » (Hannah Arendt – Essai sur la Révolution – L’auteur analyse la compassion de Robespierre, de Saint-Just et d’autres pour les malheurs du peuple et la violence de la terreur) – « Les deux facettes du consensus compassionnel, la pitié et la terreur … En compatissant aux souffrances des victimes, on aide leurs bourreaux à remplir leur mission. » (Guillaume Erner)

 « Entre les colonnes infernales de Turreau, le goulag soviétique, les camps nazis, le laogaï chinois ou le génocide cambodgien existe une identité d’intention, au-delà des circonstances : le meurtre de masse, qui vise à régénérer l’humanité en la purifiant de ses éléments indésirables. » (Jean Sévillia)

« Homme, à son origine, l’eau est pure et claire,

« Si tu ne bois pas à la source, le danger te guette. » (Angélus Silésius)

« A trop parler de lumière, nous risquerions de créer de l’ombre. … Je sais que les cultes de pureté créent l’enfer, et que les idéologies qui placent d’un côté les belles âmes et de l’autre les monstres ont vite fait de construire leurs goulags, de lâcher leurs démons. » (Christiane Singer)

« Le puritanisme manque du sourire (et de l’indulgence bienveillante)  que la religion de toutes les époques printanières avait transfiguré ; il n’a pas les moments de profonde joie de vivre, l’humour … L’armée de Cromwell et de ses indépendants infatigables partant en guerre, la Bible à la main, en chantant des psaumes, les Pythagoriciens à la morale sévère et amère, l’armée des premiers khalifes qui subjugua non seulement les Etats mais aussi les âmes … Une mortelle austérité règne chez les esprits jansénistes de Port-Royal et dans les assemblées des têtes rondes, en habit noir, qui ont détruit en quelques années ‘l’old merry England’ de Shakespeare … La guerre au diable … ne commença qu’à ce moment à exaspérer et à assombrir. » (Oswald Spengler) – Nos actuels inquisiteurs du politiquement correct qui se croient libres ne sont que les successeurs en veston ou en débraillé des cavaliers de Cromwell ou des quakers puritains (sauf que ceux-là et ceux-ci devaient être moins cupides et rapaces). 

« Toute vie est impure, et on ne saurait sans tomber dans une idéologie mortifère lui préférer la pureté. » » (André Comte-Sponville) – C’est bien pourtant l’ambition délirante et  prométhéenne  de la transparence totale, idéologie mortifère.

« Christianisme (contre la morale plus souple de l’empire romain) … La réforme protestante comme la réforme catholique sont un coup de tonnerre dans un ciel relativement serein. Fini de rire. Le sérieux est de règle aussi bien chez Luther et Calvin que chez les Jésuites. La morale actuelle dans ses grandes lignes date de cette époque. Certes, il a existé une Renaissance aimable et légère. Mais elle ne touche qu’une petite fraction de la société de l’époque. Dans son fond, la morale véhiculée par la révolution culturelle de la Renaissance est bien plus puritaine que celle de la fin du Moyen Âge. Dans ces deux cas, la mutation des mœurs portée par une révolution culturelle débouche sur ce qu’il faut bien appeler une espèce de puritanisme. Il y a, devant nous, un autre exemple infiniment plus proche. La révolution culturelle chinoise a-t-elle été une libération des mœurs ou bien l’inverse ? Ce qui est tombé sur la Chine c’est une impitoyable rigueur des comportements … Christianisme, Renaissance, Chine  actuelle, dans ces trois cas la révolution culturelle a entraîné ‘in fine’, non pas un relâchement et une libération des mœurs, mais un durcissement des règles imposées aux hommes, aux femmes, aux couples, aux enfants, etc.. Ceux qui, aujourd’hui, confondent un peu trop vite évolution culturelle et libération sexuelle feraient bien d’y regarder à deux fois. » (Georges Suffert – écrit au début des années 1970) – Prémonitoire, car aujourd’hui, près de cinquante ans après, nous sommes bien en face d’une sorte de révolution culturelle (ne serait-ce que par la disparition et la haine portée à toute culture vraie) accompagnée d’une répression fille d’une soi-disant morale ; meute féroce en chasse perpétuelle et aveugle : législation totalitaire, poursuites, dénonciations, mises au pilori : Réseaux sociaux, Balanceton porc, Meetoo, etc

« Lorsqu’on veut remplir un tonneau, il faut d’abord enlever ce qu’il contient. Si l’on veut y mettre du vin il faut enlever l’eau, car deux choses matérielles ne peuvent pas occuper le même lieu … Pour que Dieu entre il faut nécessairement mettre la créature dehors … Plus tu auras été vidé en vérité plus aussi tu recevras … Deux êtres ou deux formes ne peuvent pas coexister en même temps. La chaleur doit-elle entrer ? Le froid doit nécessairement sortir. » (Jean Tauler)

« Une autre pureté : celle de l’automne et de l’adieu. Ce qui finit répond à  ce qui commence. La naissance nous arrache au néant, la mort nous lave de l’habitude. » (Gustave Thibon)

« L’essentiel n’est pas d’atteindre à une pureté impossible ici-bas ; la cité des hommes ne sera jamais la Jérusalem céleste ni le Gros Animal l’Agneau de Dieu. L’essentiel est que le cuir de ce Gros Animal ménage assez de pores pour que l’on puisse respirer un autre air … l’air dans lequel respirait Antigone. » (Gustave Thibon) – Gros Animal : opinion publique, foule, pesanteur, conformisme…

« C’était la pureté même. Il n’y avait aucune distance entre ce qu’elle vivait et ce qu’elle pensait. Elle allait à la vérité de toute son âme. » (Gustave Thibon – sur Simone Weil)

« Gardez-vous de la pureté ; c’est le vitriol de l’âme. » (Michel Tournier)

« Qu’est ce que la pureté ? Un regard qui ne se regarde pas. En tout mouvement réflexif, il y a un commencement de saleté. » (François Cassingena-Trévedy)

« Quand on veut rester pur, il ne faut point se mêler d’agir sur les hommes. » (Alfred de Vigny)

« Jusqu’à quand serons-nous assez bêtes pour construire nos lois, nos institutions, nos programmes politiques sur notre phantasme de pureté intérieure immarcescible ? Et comment éviter le ridicule qu’il y a à constater les désordres du monde sans y voir l’effet de sa propre imperfection de nature ? » (Marin de Viry)

« Lorsque la volonté de pureté se conjugue avec la puissance, l’histoire accouche alors du jacobinisme, du fascisme, du stalinisme ou du maoïsme. » (tiré de Vladimir Volkoff) – Encore, pire, les purs actuels, à l’inverse de leurs ancêtres, ne font que dissimuler leur corruption intellectuelle, mentale, morale et matérielle.

« Il n’y a que deux instants de nudité et de pureté parfaites dans la vie humaine : la naissance et la mort. » (Simone Weil)

« La pureté est le pouvoir de contempler la souillure. L’extrême pureté peut contempler à la fois le pur et l’impur ; l’impureté ne peut ni l’un ni l’autre : le premier lui fait peur, le second l’absorbe. Il lui faut un mélange. » (Simone Weil)

« Nous nous croyons purs tant que nous méprisons ce que nous ne désirons pas. » (Marguerite Yourcenar)

« Novalis avait bien compris que l’objet véritable de la haine de l’homme mauvais n’était pas le bien mais le mal (il hait excessivement le mal, le monde qu’il considère comme mauvais, et tente donc de le blesser et de le détruire autant que faire se peut) : c’est ce phénomène qui est à l’œuvre chez les terroristes. » (Slavoj Zizek)

« Rien n’est impur pour les purs. » (adage)

« Une seule orange pourrit tout un panier. » (proverbe)

« L’eau arrêtée devient impure. » (proverbe) – L’eau d’un fleuve ne remonte pas, elle perd vite de sa qualité dès qu’elle cesse de couler, de même pour l’Être qui s’arrête.

« Pour le bouddhisme, une action sera considérée comme bonne ou mauvaise selon l’état de pureté ou d’impureté de l’esprit (la pureté étant définie par la libération de tout désir, de toute haine, et de toute non-conscience). » (?)

« La pureté est un effort de la quantité vers la qualité. » (?)

 « Le puritanisme est la crainte épouvantable que quelqu’un puisse être heureux quelque part. » (?)

« La transparence (l’illusion de croire tout savoir sur tout ou sur chacun), substitut moderne de l’impudeur ? » (?) – Epoque de voyeurisme et d’exhibitionnisme, l’un et l’autre se répondant.

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