610,1 – Provocation

– On négligera les provocations sexuelles, elles peuvent ne pas être désagréables, sauf si leur objectif est de pouvoir inventer le fameux harcèlement sexuel et ainsi traîner le mâle dans la boue, tout en obtenant de fructueux dommages et intérêts.

– Procédé génial (vieux comme le monde) pour déconsidérer un groupe social. Suppose la complicité des média (acquise pour certaines cibles) et le suivisme de l’opinion publique (qui va de soi si convenablement chauffée). De nos jours, en France, pratiqué sans aucune restriction ni pudeur par les dirigeants, les média et les prétendus intellectuels qui ne sont que des valets dont l’injure est le seul argument.

1 – Abreuver sur une longue période la cible de moqueries, de mépris, d’insultes et d’agressions en tout genre. Certains média s’en font d’ailleurs une spécialité.

2 – Il arrivera inévitablement qu’un jour un membre quelconque du groupe social attaqué se révoltera bruyamment et parfois maladroitement (si par hasard cela ne se produisait pas, on pourrait toujours insérer quelque provocateur stipendié dans le groupe visé).

3 – On pourra alors clamer : qu’on l’avait bien dit, que ce sont de mauvaises gens, des extrémistes, des intégristes, des casseurs, peut-être même des …..istes ou des …..phobes ! On fera semblant de larmoyer et de déplorer le caractère excessif de cette réponse qu’on s’est efforcé de susciter par les moyens les plus ignobles et les plus lâches.

– Crachez sur quelqu’un pendant des années, s’il grogne vous pourrez hurler à l’intolérance. C’est un procédé constamment et depuis longtemps utilisé envers les catholiques, entre autres. On aimerait bien procéder de même avec les musulmans, mais on peut être un salaud ordinaire et avoir une vocation de persécuteur sans être héroïque.

– Procédé plus sanglant mais classique utilisé également par toute résistance et guérilla pour enclencher le mécanisme automatique des attentats-représailles, provoquer des répressions et obtenir à peu de frais l’assentiment des populations locales ainsi traumatisées. Tant pis pour les populations civiles qui font les frais de la répression provoquée. L’essentiel étant de masquer ‘qui a commencé’ ; les pseudo-historiens de service sont là pour ça, et de plus les morts sont muets. Evidemment, à la fin du jeu pour faire porter le chapeau à l’autre, le qualifier de ‘criminel de guerre’ et obtenir pour soi la palme du martyr, il faut être vainqueur. L’Histoire officielle, les commémorations et accusations sont souvent à examiner sous cet angle.

-Les brigades rouges italiennes (et d’autres) escomptaient que leurs attentats aveugles entraîneraient une répression vigoureuse qui susciterait ainsi par contrecoup un sursaut des masses populaires contre le fascisme. Les communistes toujours rois de la provoc.

– Le gogo qui reste toujours au premier degré ignore la notion de provocation, procédé favori de toutes les polices politiques du monde et de toutes les guérillas. Même lecteur de romans policiers, il ne se pose jamais la question pourtant classique de savoir à qui ça profite, pas plus que ne le fait le journaliste inculte. Il est même interdit de poser la question et d’examiner le pourquoi des déchaînements d’accusations (exemple : à qui a profité le bombardement du marché de Sarajevo en 1994, sûrement pas aux Serbes qui en furent accusés dans une belle unanimité, on pourrait citer mille autres exemples).

– Question connexe : Qui se demande qui a créé les Femen, qui entretient ces Ukrainiennes (à l’origine), leur fournit les locaux, les billets d’avion, les nourrit, les protège… leur indique les provocations auxquelles elles doivent se livrer, leurs cibles ? A qui profite leurs provocations ? Ce serait une petite paysanne ukrainienne qui aurait eu cette idée, se serait installée à Paris, aurait fondé ce groupe, l’entretiendrait avec ses économies… Il faut être aussi stupide qu’un bobo occidental pour ne pas se poser ces questions élémentaires.

– Moins conséquentes, mais fréquentes, sont certaines conduites individuelles consistant à demander, réclamer, ce qu’on sait qu’on ne vous accordera pas (pour des raisons évidentes, nobles ou non) de façon à s’ériger soi-même en victime et à prendre barre sur l’autre en le culpabilisant en plus. Pourrais-tu me prêter tant, ta femme, ta maison, ta voiture, tel objet…  me conduire ou m’accompagner ici ou là ?

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« Il y a une façon de mener une politique du pire, une politique de provocation envers ses propres citoyens, une façon de désespérer des catégories entières de la population, jusqu’à les pousser dans une situation quasi suicidaire, qui fait partie de la politique de certains Etats modernes … En l’absence d’une stratégie politique originale, dans l’impossibilité d’une gestion rationnelle du social, l’Etat désocialise. Il ne marche plus à la volonté‚ politique, il marche au chantage, à la dissuasion, à la simulation, à la provocation ou à la sollicitation spectaculaire. Il invente une politique de la désaffection et de l’indifférence, y compris celle du social … Du moment où les Etats ne peuvent plus s‘attaquer ou se détruire les uns les autres, ils se retournent presque automatiquement vers leur propre peuple ou leur propre territoire, dans une sorte de guerre civile intestine. » (Jean Baudrillard) – Où en est la France ?

« Les exécutions espagnoles (jadis) servent encore de stimulation à une démocratie libérale occidentale, à un système de valeurs démocratique agonisant … Cadeau fait par Franco à la démocratie occidentale qui trouve l’occasion de régénérer son propre humanisme chancelant, et dont la protestation indignée en retour consolide le régime de Franco en soudant les masses espagnoles contre cette intervention étrangère ? … Ces scénarios de dissuasion qui, tel Watergate, tentent de régénérer un principe moribond par le scandale, le phantasme, le meurtre simulé ; sorte de traitement hormonal (des systèmes déficients) par la négativité et par la crise … Il s’agit toujours de faire la preuve du réel par l’imaginaire, la preuve de la vérité par le scandale, la preuve de la loi par la transgression, la preuve du système par la crise, la preuve du capital par la révolution… » (Jean Baudrillard – Simulacres et simulation) – Qui sert qui ? Quoi profite à qui ? Bidonnage général, qui n’en était qu’à ses débuts dans les années 70. 

« Jamais, jamais, nous ne nous lasserons d’offenser les imbéciles. Jamais, jamais nous ne nous désintéresserons tout à fait de ces faces rondes, éclatantes de sécurité, de contentement de soi, d’égoïsme candide, de bêtise tranquille et confortable … Mon procédé a toujours été de scandaliser quelques imbéciles pour contraindre les autres à réfléchir. » (Georges Bernanos) – Ce n’est pas tout l’auteur, mais c’est partie lui.

« La provocation est une façon de remettre la réalité sur ses pieds. » (Bertolt Brecht)

« A force de le traiter de crapule, il en deviendra une. Il sera ce que nous voulons faire de lui. Enrageons-le et il aura la rage. » (Jean Cau) – vieille tactique des lyncheurs.

« Toute contestation du marketing de la provocation sera dénoncée comme la résurrection d’un ‘ordre moral’ pourtant aujourd’hui introuvable. » (Eric Conan)

« Ce n’est pas faire preuve de courage que de s’en prendre à des choses séculaires ou désuètes, pas plus que de provoquer sa grand-mère. » (Alain Finkielkraut)) – « Pas plus qu’on ne condamne des morts au nom d’idées et de valeurs qui se sont élaborées bien après eux. » (Emmanuel Berl) – Repentances et déformations de l’Histoire, entre autres… Nos contemporains, eux, sont admirables.

« Pour un observateur extérieur, toute action impulsive, surtout si elle est violente, est considérée comme pathologique. Celui qui réagit à la provocation apparaît comme responsable de la crise … il semble être l’agresseur pour les observateurs extérieurs. » (Marie-France Hirigoyen)

« Accusez vos adversaires de fascisme … Le temps qu’ils se justifient, vous aurez tout loisir de leur porter de nouvelles attaques. » (Dimitri Manouilski – un vieux stalinien) – Recommandation du Komintern qui marche encore plus de quatre-vingt ans après.

Admirable image que celle du grand-oncle de Montherlant qui, paraît-il « ne manquait jamais, lorsqu’il faisait pipi, de se tourner du côté de l’Angleterre. » (Cité par Henry de Montherlant) – Pour moi, j’imiterais volontiers, sachant, en plus, que les Etats-Unis d’Amérique sont dans la même perspective ; l’horreur du monde anglo-saxon, de sa froideur, de ses calculs, de la brutalité de son impérialisme compensant sa petitesse intrinsèque et son hypocrisie souveraine – « Une seule nation qui parvient à faire baisser l’intelligence, la moralité, la qualité de l’homme sur presque toute la surface du globe, cela ne s’est jamais vu depuis que ce globe existe. J’accuse les Etats-Unis d’être en état constant de crime contre l’humanité. » (un personnage de  Henry de Montherlant – Le chaos et la nuit)

« Tous ceux qui apparaissent en première ligne dans la société hyperfestive relèvent … de la nouvelle profession des dresseurs, des encadreurs, des rééducateurs. Mais ils ne doivent jamais être nommés comme tels. On les appellera donc, par exemple, ‘artistes provocateurs’ ; ce qui est d’autant plus curieux si l’on se souvient de ce qu’était un provocateur dans la période historique : une personne qui travaillant en apparence pour l’insurrection, mais en réalité pour l’ordre établi, poussait des individus ou des groupes à se lancer dans des actions illégales de manière à déclencher des opérations de répression. » (Philippe Muray) – Ou guerillero cherchant à déclencher des représailles pour se concilier les populations, grand classique de toutes les Guérillas et Résistances.

« Cet air de bravade puérile qu’affectent toute œuvre et toute pensée qui se croient dérangeantes, quand elles ne sont que les collaboratrices de l’esprit du temps. » (Philippe Muray)

« Exciter le chien jusqu’à ce qu’il vous morde et le tuer, en prétendant qu’on est en état de légitime défense, c’est la politique de tous les temps pour les individus comme pour les peuples. » (Charles Régismanset)

« Un attentat commis par un parti, et qui paraît odieux, peut toujours être rejeté sur le parti adverse machiavéliquement, ou sur des agents provocateurs. Mais alors, à quel moment s’arrêter ? Entre des Machiavels, rien ne prouve plus rien. » (Raymond Ruyer) – L’histoire en est tellement pleine, pour n’être que contemporain et très limité, même en événements d’envergure : l’incendie du Reichstag, le charnier de Katyn, les incidents du golfe du Tonkin, les provocations occidentales en Ukraine… Le gogo marche à tous les coups sans songer une seconde à considérer le vieil axiome : A qui profite le crime ? Une forme subtile est de laisser faire l’adversaire pour donner un prétexte aux initiatives que l’on mijote, vraisemblablement Pearl Harbor ?

« La dissension que recommande le maoïsme est purement stratégique. Elle est vue comme un combat, où le conflit est systématiquement suscité, même là où il n’a pas lieu d’être. Sa seule visée est de provoquer la contradiction, afin qu’elle se démasque, à charge d’éliminer ensuite radicalement ses représentants. » (Monique Canto-Sperber) – Les média démocratiques aux ordres en font un grand usage contre les religions et contre tous ceux qu’ils baptisent extrémistes et qui pourraient déranger leurs combines.

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