600,1 – Progrès, Science, Technique ; Evolution

– « Le progrès fait rage. » (?). Plus vite, plus haut, plus fort…

  Le progrès ou l’opium de l’histoire.

– « Le ‘ce vers quoi’ ayant disparu. » (Gianni Vattimo)

– « L’idée de progrès a disparu mais le progrès, lui, continue. » (Jean Baudrillard)

– On mesure le progrès de l’humanité quand on considère que nous sommes passés des ordres de chevalerie et des constructeurs de cathédrales aux fêtes du club Med, à Nuit debout et aux pétitions sur internet.

– C’est en 1688 exactement que s’éleva la fameuse querelle des Anciens (héritiers de Boileau, de Racine, de Fénelon…) et des Modernes (Descartes, Malebranche, Fontenelle…)  Rupture avec le monde antique,  « L’analyse des modernes n’a cure de la mémoire, de l’érudtion, de l’antiquariat. » (Marc Fumaroli),  mais qui surtout consacra le contenu positif de la notion de moderne avec l’encyclopédie de Diderot.  La querelle, il y a des divergences de fond quasi éternelles continue de nos jours même si les derniers ont gagné sur toute la ligne. Mais, peu sûrs de leur cause, pour continuer à se convaincre et garder leur fructueuse domination, ils ne cessent de cracher sur les premiers même si ceux-ci écrasés sont devenus imaginaires ou, au mieux, ligotés.

– Depuis qu’on n’ose plus trop l’évoquer, on a trouvé un pseudonyme pour le mot Progrès, c’est celui de Croissance, reflet d’une prétention aussi grotesque qu’irréelle. Le plus souvent conçu dans le domaine matériel, mais ne pas négliger son reflet dans l’ordre de l’organisation sociale (politique, mœurs…), à la base de toutes les utopies vers un âge d’or.

– L’être le plus détestable, l’être à abattre, plus bas que le chien, est aujourd’hui l’horrible réactionnaire (littéralement, celui qui veut revenir sur certains progrès). Il suffit de prendre connaissance de certains textes d’un auteur comme Miguel Benasayag (par ailleurs estimable et abondamment cité dans ce recueil) pour se convaincre de son abjection, Tout juste bon pour le Goulag.

– A remarquer une bizarrerie, les écologistes sérieux et conséquents, soit partisans de la décroissance, ne sont jamais traités de réactionnaires 

– Progrès, toujours bénéfique, d’ailleurs on ne l’arrête pas. Il suffit de le contrôler par les fameux comités d’éthique (rigolade générale, sauf chez les Gogos-Bobos pour lesquels toute déclaration de n’importe quel arriviste vaut acte et mérite la plus grande considération).

– Jadis, le terme servait à tout. Un individu qui n’était pas du Parti se devait au moins d’être de progrès, sauf à être bon à être jeté aux chiens. Ainsi il existait des catholiques de progrès nettement moins bornés que leurs frères très en retard ; ces progressistes étaient ceux que Lénine appelait les idiots utiles.

– L’idée de progrès quand elle devient impérialiste mène aisément à l’eugénisme.

– Toute innovation ne constitue pas forcément une amélioration. En tout cas, il est rare qu’elle ne s’accompagne pas d’inconvénients qu’on ne découvre qu’ensuite. Cependant, comme pour la science, sans tomber dans l’idolâtrie il ne convient pas de jeter le bébé avec l’eau du bain sous prétexte que tout est sale.

– « L’histoire apportera à tous les hommes la liberté, la connaissance, la moralité, la santé, car la perfectabilité de l’homme est indéfinie. » (Condorcet – Esquisse des tableaux du progrès de l’esprit humain) – Effectivement, on a vu. Ces philosophes des fameuses Lumières ne doutaient de rien.

– Bénissons le progrès chez le dentiste. Mais remarquons que les médecins (à l’exception de quelques anciens condamnés à disparaître) ne savent plus tâter. On multiplie scanners, échographie, IRM, etc, et évidemment on ne sait même plus diagnostiquer une vulgaire hernie, ce que sait faire n’importe quel kinésithérapeute. N’importe, on a fait du fric, ébloui par la technique et affiché un jargon incompréhensible. Le gogo est épaté.  

– « Religion terrestre de la modernité … c’est la page blanche promue au rang de programme politique, qu’il faut approuver globalement, comme s’il s’agissait de la voie terrestre vers le paradis. » Ulrich Beck)

– « Ceux qui ont vécu avant moi ont, pour cette raison, un degré d’humanité inférieur au mien. » (Christopher Lasch, et suivant Jean-Claude Michéa – sur l’ethnocentrisme du présent que constitue l’esprit progressiste) – Il suffit de considérer le mépris à peine voilé avec lequel les média traitent nos ancêtres.

– « Le mot ‘progrès’ qui jadis signifiait simplement un mouvement en avant, bénéfique ou maléfique (progrès d’une maladie, d’un incendie…) est devenu le ‘Bien’ en soi. Symétriquement, le Mal absolu qui, pendant des siècles, a eu pour nom Satan, s’appelle aujourd’hui ‘retour en arrière’ et son petit frère est ‘immobilisme’. » (Olivier Rey)

-« Le récit du progrès humain est si profondément inscrit en notre monde que le moment où nous aurons définitivement perdu foi en lui sera effrayant. » (Charles Taylor) – Ce moment est arrivé. 

– « Cela va de soi – C’est inéluctable – On ne peut pas retourner en arrière – C’est évident – On n’arrête pas… – On trouvera bien une solution … » – Sentences de Gogo. On est passé du sage Pourquoi ? à l’infantile Pourquoi pas ?

– « L’humanité augmentée. » – Ce qu’on décore du beau nom de transhumanisme. Accroître la longévité par les NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et cognitique). Voilà ce sur quoi on travaille dans les centres de recherche Google ; c’est demain. Juste après-demain c’est la fabrication (avant l’élimination !). Les quelques privilégiés ne craindront plus de tomber malades, mais de tomber en panne. 

– Néanmoins, on peut louer le progrès en comparant des visites chez le dentiste maintenant et il y a seulement soixante ans.

Les considérations sur le transhumanisme (principalement dues à Olivier Rey, Leurre et malheur du transhumanisme) ont été enregistrées en fin de la rubrique Avancée, 600,3   

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 « Hardi ! Encore un coup les gars ! Encore un ou deux petits massacres ! La route du progrès est longue et sinueuse. L’âge de pierre est loin derrière nous. Courage ! Si nous ne voyons pas la justice et la paix, nos petits-neveux les verront. Le jour viendra. » (Alain) – Les supposés félicités à venir valent-elles ces coûts actuels ? « Et pourquoi devrais-je donc aimer votre humanité future, que je ne verrai jamais, qui ne me connaîtra pas, et qui à son tour disparaîtra sans laisser ni traces ni souvenirs ? » (Dostoïevski  – L’adolescent)

« Dans la modernité, l’idée de progrès était venue colmater l’inquiétude de l’homme moderne liée au retrait de la transcendance. » (Myriam Revault d’Allonnes)

« Mille choses avancent, neuf cent quatre-vingt-dix-neuf autres reculent : c’est là le progrès. » (Henri-Frédéric Amiel)

« On ne croit pas à l’éventualité d’une fin … La notion de progrès nous a rendus aveugles à l’apocalypse. La croyance en la progression prétendument automatique de l’Histoire nous a privé de la capacité d’envisager la fin. Elle en a même privé ceux d’entre nous qui ne croient plus au progrès. » (Günther Anders)

« Chaque homme découvre ce qu’auparavant il ne voyait pas, soit collectivement, parce que, nourri des inventions de ses prédécesseurs il progresse au-delà. » (saint Thomas d’Aquin)

« Les utopistes peuvent nier que la compétition soit la condition nécessaire de l’homme, mais s’il en était autrement nous n’aurions jamais émergé de la forêt primitive du miocène (à commencer par la compétition des spermatozoîdes dans le système génital femelle). » (Robert Ardrey)

« Il est contraire à la dignité humaine de croire au progrès. » (Hannah Arendt)

« Le progrès et la catastrophe sont l’avers et le revers d’une même médaille. » (Hannah Arendt)

« Le progrès est devenu le programme du genre humain … force personnifiée qu’on retrouve … dans la ‘main invisible’ d’Adam Smith, la ‘ruse de la nature’ de Kant, les ‘pièges de la raison’ de Hegel  (et son ‘esprit du monde’) et le ‘matérialisme dialectique’ de Marx … Sachant qu’aucune action n’atteint jamais le but qu’elle s’est fixé. » (Hannah Arendt)

« La transformation d’une société de production en société de consommation, cette dernière ne pouvant se perpétuer que par sa métamorphose en une gigantesque économie de gaspillage … La doctrine du progrès comme présupposé de toute cette époque dans son développement … ‘Le progrès  a été un bulldozer traçant sa propre route, qui n’a laissé aucune empreinte durable derrière lui, et qui n’a avancé vers aucune destination envisageable ni humainement souhaitable … Le mouvement est devenu le but ‘… Cesser le mouvement, le gaspillage, la consommation toujours plus importante, toujours plus rapide, parce que dire à un moment donné ‘en voilà assez’ équivaudrait à un effondrement immédiat. » (Hannah Arendt L’ère du déclin – – citant Lewis Mumford) – C’est bien pourquoi nous nous préparons un effondrement imposé autrement plus dramatique qu’un effondrement préparé et consenti.

« Le concept sublime du progrès humain a été dépouillé de son sens historique et perverti en un pur fait naturel, en vertu duquel le fils est toujours présenté comme meilleur et plus sage que son père et le petit-fils plus libre à l’égard des préjugés que son grand-père … A la lumière d’une telle évolution, l’oubli est devenu un devoir sacré, le manque d’expérience un privilège et l‘ignorance une garantie de succès. » (Hannah Arendt – citée par Raffaele Simone)

« On a cru au progrès, parce que l’on a cru en la puissance démiurgique de la raison, de la science, parce que l’on a cru à la bonté de l’homme, à la capacité des hommes de se gouverner et, pour ainsi dire, de se faire eux-mêmes. » (Raymond Aron) – Qui croit encore à ces fadaises ? Quelques vieux imbéciles.

« C’est le progrès technique qui donne l’espoir d’une société humaine, c’est lui qui dresse la menace d’une catastrophe apocalyptique. » (Raymond Aron – qui pensait alors à la menace atomique, alors que la fin viendra très vite et inéluctablement du bouleversement climatique que nous avons tant cherché)

« On ne peut accroître le Bien d’un côté sans accroître le Mal d’un autre. » (Jean Baechler) – La pollution…

« La croyance moderne au progrès peut assurément constater que quelque chose bouge, avance, va dans une direction qui peut avoir un sens partiel. Mais il lui est impossible, non par accident, mais par essence, de formuler le ‘but final’ du voyage. » (Père Hans Urs Von Balthasar)

« La nouvelle religion s’accorde avec la méthode scientifique et nous promet par elle, sous le nom de progrès nécessaire et indéfini, cet avenir de paix et d’amour dont tous les prophètes ont l’esprit halluciné. » (Maurice Barrès – Les déracinés) – La finale montre bien que Barrès ne se faisait, là au moins, pas d’illusions.

« Un progrès matériel s’il ne s’accompagne pas d’une dimension spirituelle, enchaîne les catastrophes. » (Jean-Marc Bastière) – C’est évident, et toujours historiquement démontré.

« Quoi de plus absurde que le Progrès …  La doctrine du progrès est une doctrine de paresseux. C’est l’individu qui compte sur ses voisins pour faire sa besogne … Tout ce qu’on appelle le Progrès, je l’appelle moi le ‘paganisme des imbéciles’. » (Baudelaire)

« Cette idée grotesque, qui a fleuri sur le terrain pourri de la fatuité moderne, a déchargé chacun de son devoir, délivré toute âme de sa responsabilité, dégagé la volonté de tous les liens que lui imposait l’amour du beau : et les races amoindries, si cette navrante folie dure encore longtemps, s’endormiront sur l’oreiller de la fatalité dans le sommeil radoteur de la décrépitude. Cette infatuation est le diagnostic d’une décadence déjà trop visible. » (Baudelaire – sur le progrès, erreur fort à la mode, dont il voulait se garder comme de l’enfer)

« L’homme civilisé invente la philosophie du progrès pour se consoler de son abdication et de sa déchéance. » (Baudelaire) – Dés 1857.

« Cette idée grotesque qui a fleuri sur le terrain pourri de la fatuité moderne … Cette grande hérésie de la décrépitude. » (Baudelaire – sur le progrès)

« ‘Le progrès, idée belge’ – Et l’on sait ce que cela signifie sous sa plume. » (Baudelaire – cité par Jacques Julliard)

 « On s’aperçoit que rien de ce qu’on croyait révolu, dans la marche irrésistible vers le progrès universel, rien de tout cela n’est mort, que tout resurgit, non pas comme vestige archaïque ou nostalgique … mais avec une véhémence et une virulence toute moderne au cœur de nos systèmes ultra-sophistiqués et ultra-vulnérables, les désappareillant sans coup férir. » (Jean Baudrillard)

« L’accumulation du temps comme valeur, dans le phantasme d’un report de la mort … L’accumulation du temps impose l’idée de  progrès. » (Jean Baudrillard)

« En fait, nous ‘n’avançons’ pas, nous ne faisons que ranger la pagaille et chercher une porte  de sortie par laquelle échapper aux dégâts provoqués hier par nos propres actions. Les risques sont nos produits … Nous nous concentrons sur la tâche la plus proche, tandis que les changements que nous apportons à l’équilibre de la nature et de la société … se propagent en tout lieu ; leurs conséquences lointaines reviennent nous frapper sous la forme de nouveaux dangers, de nouveaux problèmes et donc de nouvelles tâches. » (Zygmunt Bauman)

« Une carte du monde qui n’inclut pas l’utopie ne mérite pas même un coup d’œil, car elle omet l’unique pays vers lequel l’humanité se dirige toujours. Et quand elle y parvient, elle porte ailleurs ses regards et, apercevant un pays meilleur, elle appareille à nouveau. Le progrès, c’est l’utopie réalisée (Oscar Wilde). » – « Sans les utopistes d’autrefois les hommes vivraient misérables et nus dans des cavernes. Ce sont les utopistes qui ont tracé les lignes de la première cité (Anatole France). » (cités par Zygmunt Bauman)

« On pouvait croire au progrès, et à un bonheur, but et destinée de l’humanité, placé devant, et renoncer aux satisfactions immédiates dans l’optique d’un bon investissement (qui ne paraissait sûr que par la confiance en l’avenir) … Progrès  compris comme un voyage vers une destination donnée-à-l’avance, une trajectoire pourvue d’une ligne d’arrivée … La vie humaine est (ou était) propulsée et maintenue sur sa trajectoire par la soif de transcendance. » (Zygmunt Bauman) – Transcendance au sens de transgresser, dépasser les limites données actuellement.

 « On peut dire non au progrès, cela ne change rien à sa réalisation qui échappe à l’assentiment comme au refus, il n’y a même pas eu de décision, la protestation est dépassée, l’ère de la génétique humaine a commencé depuis longtemps … Investissements décidés hier, innovations technologiques datant d’avant-hier, contre lesquels, dans le meilleur des cas, on adoptera demain des contre-mesures qui seront éventuellement efficaces après-demain. » (Ulrich Beck)

« Nous voulons toujours tout changer, mais nous n’avons plus de but qui puisse mettre fin au changement …Si le but se déplace, le progrès est impossible. S’il n’y a pas de but, il n’y a pas de progrès. » (François-Xavier Bellamy – Demeure…)

« Parler d’un progrès, c’est-à-dire de quelque chose qui apporte un bien nouveau, un mieux, suppose de se référer à une idée du bien qui nécessairement est extérieure, et même antérieure, à la chose que l’on considère … Rien n’est en soi un progrès. Nous ne pouvons parler de progrès qu’en rapport à ce que nous considérons, dans l’absolu, comme un bien. » (François–Xavier Bellamy)

« Pendant un demi-siècle, le bilan de cette belle invention ne s’exprime quasiment qu’en termes de mort, de dévastation et de misère. Le nombre des personnes transportées a été très inférieur au nombre des tués … C’est seulement au bout de cinquante ans que le nombre de gens tués par l’aéronautique décroit par rapport au nombre de voyageurs … mais étant donnée l’absence d’utilité sociale de 99% de ces voyages, le bilan continue d’être sinistrement négatif (gain de temps pour quelques milliers d’hommes d’affaires ou jouissance de vacances exotiques pour quelques millions de touristes) … s’il est vrai, comme l’affirme Lewis Mumford que ‘la production du fer a avancé au même rythme que le sang répandu’, que ne devrait-on pas dire de l’avion ? … Face à tous les gens qu’il a tués, combien de vies  a-t-il sauvées ? » (Piergiorgio Bellocchio – sur l’aéronautique et ses gigantesques  dégâts – par  bombardements et non pas accidents  – et le progrès en général)  

« L’idéologie du progrès représente la transposition profane la plus évidente de la conception biblique de l’histoire. Véritable présupposé théorique de la modernité … elle définit le progrès comme un processus accumulant les étapes, dont la plus récente est toujours jugée préférable et meilleure, c’est-à-dire qualitativement supérieure à celle qui l’a précédée. Elle repose sur l’idée que l’histoire possède un sens (à la fois direction et signification), qu’elle est orientée vers le meilleur … Cette idéologie comporte à la fois un versant descriptif (‘on n’arrête pas le progrès’) et un versant normatif (il faut aller dans le ‘sens de l’histoire’) … On est passé de l’autorité des ancêtres vers les lendemains qui chantent.» (Alain de Benoist) 

« La gauche s’est coupée du peuple parce qu’elle a très tôt adhéré à l’idéologie du progrès, qui contredit à angle droit toutes les valeurs populaires … La nécessité d’afficher un mépris de principe pour tout ce qui portait la marque infamante d’hier (le monde ténébreux des terroirs, des traditions, des préjugés, du ‘repli sur soi’, des attachements irrationnels à des êtres et des lieux) … La théorie du progrès implique que l’on répudie toute forme d’appartenance ‘archaîque’, c’est-à-dire antérieure, que l’on détruise systématiquement le fondement des solidarités traditionnelles (ainsi que le fit en Angleterre la célèbre réforme des ‘enclosures’…).» (Alain de Benoist – s’inspirant de Jean-Claude Michéa)

 « L’idée de progrès se rattache, en la continuant sous une autre forme, à l’antique notion de la fin messianique de l’histoire, de l’accomplissement terrestre des destinées d’Israël ; elle renouvelle l’espoir en l’avènement du royaume de Dieu, du règne de la vérité, de la justice et de la perfection qui, tôt ou tard, doit se réaliser … Cette idée messianique s’est sécularisée dans celle de progrès, c’est-à-dire qu’elle a pris un caractère profane, presque toujours et partout anti-religieux … Les hommes du XIX° siècle ont professé une religion du progrès pour remplacer la religion chrétienne dont ils s’étaient détournés … Cette notion est une divinisation du futur, aux dépens du passé et du présent, une divinisation de la future génération de bienheureux, seule appelée au banquet messianique … Elle joint, à un optimisme illimité quant au futur, un pessimisme sans bornes pour tout ce qui a été … En opposition radicale avec la promesse chrétienne de résurrection de tous les morts … bien qu’ayant servi d’arme contre le christianisme, l’idée de progrès n’en est pas moins d’origine chrétienne et c’est en quoi elle diffère de la notion d’évolution qui, elle, est d’origine biologique … il y a d’ailleurs des progressions progressives et d’autres régressives ; il peut y avoir accroissement du mal comme du bien, augmentation de lumière comme épaississement des ténèbres, simultanément progrès technique et régression morale, affaiblissement du sens esthétique en même temps que développement de la culture intellectuelle …. La religion du progrès considère toutes les époques humaines non comme des fins en soi, mais comme des instruments servant à la construction de l’avenir. »» (Nicolas Berdiaeff – Suite de considérations éparses sur le progrès)

« Jusqu’à la guerre de 1914, rien n’a limité la ferveur enthousiaste des pionniers de la révolution industrielle. Pour les refroidir (littéralement), il fallut le développement des armes destructrices. » (Emmanuel Berl)

« On a parlé de la ‘fée électricité’, je ne pense pas qu’on parle ainsi de l’énergie nucléaire … Peu à peu, les masques dont s’affublait ainsi le visage, sans pitié du progrès, sont tombés. Personne n’espère des fusées intersidérales, des joies analogues à celles qu’ont dispensées aux hommes les automobiles … A mesure qu’il se développe il se démasque. Il vise beaucoup moins le bonheur que la puissance. » (Emmanuel Berl)

« Le progrès n’est pas seulement un ensemble de conquêtes que l’on fait mais aussi de fatalités qu’on subit. » (Emmanuel Berl)

« Bergson ne disait pas le progrès, mais ‘le progrès des commodités’. » (Emmanuel Berl) -Bergson limitait ainsi sagement la notion de progrès à ce qui lui paraissait utile.

« Que vous servira de fabriquer la vie même, si l’on a perdu le sens de la vie ? » (Georges Bernanos)

 « ‘La contre-civilisation moderne’ s’apprêtait ‘à risquer l’homme’ pour s’accomplir … ‘Ou l’expérience échouera, ou elle avilira l’homme pour qu’elle puisse se poursuivre coûte que coûte’. » (Georges Bernanos – La France contre les robots ? – cité par David Bosc) – Depuis un peu plus d’un demi-siècle l’avilissement de l’homme a été réussi, maintenant il s’agit de détruire les conditions de la vie. Cela ne demandera pas plus de temps.

 « La technique moderne n’est évidemment pas capable de faire, comme elle s’en vante, une humanité nouvelle, mais elle peut mutiler la nôtre assez profondément pour paraître l’avoir créée de toutes pièces. » (Georges Bernanos)

« Après s’en être pris au mouvement propre de la vie, détruisant les équilibres naturels, disloquant les consciences, le progrès, atteint désormais de dégénérescence sans limite, s’attaque au principe même de la vie en transgressant les frontières biologiques. L’opération porte déjà des noms : ‘posthumanité’, ‘transhumanisme’ … Tripatouillage … D’ici aux deux prochaines générations, la biotechnologie nous donnera les outils qui nous permettront d’accomplir ce que les spécialistes d’ingénierie sociale n’ont pas réussi à faire. A ce stade, nous en aurons définitivement terminé avec l’histoire humaine parce que nous aurons aboli les êtres humains en tant que tels. » (Jean-Paul Besset)

« Battre des records et se dépasser serait l’expression du progrès infini … Le record exerce une fascination car il symbolise un progrès général du genre humain, sa capacité à dépasser ses limites. » (Cédric Biagini)

« Autos et trains : Les inventions modernes tendent de plus en plus à donner aux hommes les moyens de fuir. » (Léon Bloy)

« Le progrès industriel a confisqué aux hommes le monde sensible et la société du genre humain … On connaît le boniment : le progrès arrive pour installer ses antennes de télévision et ses prises téléphoniques, et découvre tout un fatras d’inutilités, d’air matinal à respirer, de vie sociale parmi les siens, de saisons qui reviennent, de chaises sur le pas de la porte, d’heures entre chien et loup … et propose en échange de ces vieilleries qui l’empêtrent, de nous mettre à la place le luxe moderne de la baignoire à domicile, hygiène à volonté… » (Baudouin de Bodinat)

« ‘Là où manque l’occasion d’extérioriser un talent, le talent manque aussi’ (Feuerbach) … Où l’espace manque pour extérioriser une capacité, manque aussi la capacité elle-même … Chaque nouvel appareil ou machine électrique dont la commodité s’installe dans notre privauté, où l’organisation sociale fait la dispense d’une capacité, d’un talent, d’une faculté que nous possédions auparavant opèrent une diminution fatale, une soustraction ; chaque progrès technique abêtit la partie correspondante de l’homme … Tous les progrès de la civilisation sont autant de régressions de l’individu (Michelstaedter). » (Baudouin de Bodinat)

« Trois principes pourraient être invoqués : l’importance des coutumes et donc de la culture majoritaire ; le transfert de la charge de la preuve (du bien-fondé) sur l’innovateur et  non sur le conservateur ; afin la possibilité d’une atteinte à autrui qui n’est pas une atteinte à sa liberté. » (Laetitia Strauch-Bonart – sur les règles préalables à imposer à tout  changement substantiel) – Voilà d’excellents principes de précaution. Mais, décidément cet auteur veut empêcher d’introduire un joyeux (pas si joyeux que ça) b….. 

« Le progrès consiste bien, en maintes circonstances (scientifiques notamment) à se rapprocher de la réalité … La proposition ‘la terre est ronde’ n’est qu’une approximation (platitude relative des pôles) est plus proche de la réalité que ‘la terre est plate’. » (Raymond Boudon)

« Les sociétés industrielles modernes, en gagnant en complexité, me paraissent s’éloigner plutôt que se rapprocher de l’idéal (ou du repoussoir) de la ‘programmation’. Demain les possibilités de manipulation génétiques détruiront peut-être le quasi équilibre entre les sexes qu’assumait la nature … Le progrès technique et des effets pervers de type nouveau, type : la pollution… » (Raymond Boudon)

« Du fait de l’accroissement des connaissances et des techniques, les Lumières glissent à l’idée d’une amélioration du genre humain quant à la morale et à la civilisation. » (Rémi Brague) – ce pourrait bien fonctionner à l’inverse, viennent de nous dire le vingtième siècle et celui qui débute.

« ‘On peut excuser chez l’homme une certaine fierté d’avoir grimpé, bien que ce ne soit pas par ses propres efforts, jusqu’à la cime même de l’échelle des organismes ; et le fait qu’il se soit ainsi élevé, au lieu d’y avoir été placé dés l’origine, pourrait lui donner l’espoir d’une destinée encore plus haute dans un avenir éloigné’ … Faire descendre l’homme d’autres espèces, ou plutôt le faire monter à partir de celles-ci, est tout le contraire de l’humiliation qu’on a voulu y voir ; c’est une source d’orgueil. Loin de représenter une blessure au narcissisme humain, le darwinisme compense l’ascendance peu flatteuse de l’homme par la perspective d’une postérité glorieuse. » (Rémi Brague – citant Charles Darwin) – Telle que développée par l’auteur, là est l’origine, bien involontaire, ou un renforcement des vieilles idées de malléabilité de l’’espèce, de sélection (raciale, vieillards inutiles…), de liquidation des êtres inférieurs, de l’homme nouveau (référence à saint Paul), de renaissance (born again), de l’homme dit soviétique, de races supérieures, de surhumain et de surhomme…

« Le progrès n’est plus seulement un fait d’histoire humaine ; il prolonge une tendance universel de la nature. » (Rémi Brague – un apport du darwinisme)

« C’est un grossier paralogisme que de conclure de l’irréversibilité du temps à celle de ses contenus. Un retour en arrière est toujours possible. » (Rémi Brague) – C’est pourtant ce que font nos contemporains dans leur orgueil et leur inconséquence en dépit des leçons de l’histoire et de l’évidence. Combien de civilisations disparues dont nous ne savons rien ?

 « La vraie souffrance des Modernes est celle d’une promesse non tenue et probablement intenable : que le progrès illimité des savoirs et des échanges ira de pair avec le développement moral de l’homme. » (Pascal Bruckner)

« Le progrès fait désormais l’objet d’un culte ambigu : il est moins une espérance qu’un fait établi, le lot d’une société en pilotage automatique qui vomit quoi qu’il arrive son comptant d’innovations … Au lieu de marcher à grands pas sur les allées du futur, nous ployons sous l’inertie d’un changement impitoyable. » (Pascal Bruckner)

« L’idée de progrès supplante celle d’éternité, le futur devient le refuge de l’espoir, le lieu de la réconciliation de l’homme avec lui-même. » (Pascal Bruckner) – Gare aux dépressions et violences, quand on ne croira plus au progrès ; plus rien à quoi se raccrocher puisqu’on a tout détruit.

« C’est incontestablement grâce aux constants progrès de cet éclairage artificiel des zones d’ombre que la bête du ‘c’est mieux’ dont parlait André breton a pu prospérer. » (Annie Le Brun) – Sur l’exhibitionnisme, le voyeurisme et la transparence.

« Un progrès qui connaît vaguement ses points de départ mais qui ne s’interroge jamais sur son point d’arrivée … Course au progrès qui demeure hagarde dans la mesure où son but se déplace et n’étant nulle part peut être n’importe où. » (Jean Brun)

« L’idée de progrès dut assumer la fonction de la Providence, à savoir pré-voir et se soucier de l’avenir … Ceux qui avaient perdu le sentiment de la certitude religieuse s’assemblèrent sous la bannière de l’optimisme ; leurs pensées se préoccupaient de l’avenir du monde, et non pas d’un monde à venir et, en une sorte de confucianisme à l’envers, ils sombrèrent dans l’adoration de leurs petits-enfants. » (J. B. Bury) – Ce qui est quand même mieux que de sombrer dans l’admiration de soi-même.

« Il n’y a pas de progrès dans les arts et c’est ce qui permet aux chefs-d’œuvre de rester admirables. » (Roger Caillois) 

« Les objets naissent jetables, remplaçables, interchangeables, et l’on ne peut s’empêcher de soupçonner que les êtres aussi. On ne répare plus rien, on remplace. Le dépérissement, l’obsolescence, la mort, sont inscrits dans la conception même des choses … On nous assure triomphalement que l’ouvrage d’art dont on tire la plus grande fierté, le viaduc de Millau, est prévu pour tenir au moins cent vingt ans … à vingt lieues du pont du Gard ! … C’est une consolation pour les victimes de la dictature, elle ne croit pas elle-même qu’elle va durer, ses maisons Phouyges ou Bénix le prouvent suffisamment. (Renaud Camus) – Au train où vont les choses, même ces baraques verront la fin de cette civilisation.

« La civilisation n’a pas pour but le progrès de la science et des machines, mais celui de l’homme. » (Alexis Carrel) – Nous l’avons complètement oublié.

« Ce chemin (allusion à un conte) est de moins en moins celui d’un ‘souhaitable’ quelconque, et de plus en plus celui du simplement ‘faisable’. On n’essaie pas de faire ‘ce qu’il faudrait’ … On fait ce que l’on peut faire …  (y inclus la bombe atomique) … Ce que l’on croit pouvoir atteindre techniquement, on le poursuit quitte à inventer après des utilisateurs … ‘regardless,’ sans aucune autre considération … Pour vouloir des résultats, il faudrait des orientations, des choix … Quels critères, quelles priorités, fixés par qui, et à partir de quoi ? » (Cornelius Castoriadis)

« Le progrès qui diminue les maladies du corps multiplie celles de l’esprit. » (Bernard Charbonneau)

« Les fidèles du progrès opposent un acte de foi : ‘On trouvera bien un moyen’. » (Bernard Charbonneau) – A quelque écueil que ce soit.

« Le ‘progrès’ détruisant sans arrêt ce qu’il établit, engendre un bouleversement accéléré impossible à maîtriser, car si la science avance en fusée, la connaissance de ses effets par la raison humaine suit à pied. Les sociétés de la vérité religieuse se voulaient immuables, la ruée des sciences vers une insaisissable connaissance engendre un changement qui laisse de moins en moins de temps de jouir de l’acquis et de s’adapter ; on en ressasse tant l’obligation que parce que l’on n’y arrive pas. » (Bernard Charbonneau) 

« Optimisme ou pessimisme absolus. Le progrès est tout ou rien. Deux directions seulement, l’une vers le haut, l’autre vers le bas, sans possibilité de rester accroché‚à mi-chemin. » (Père Teilhard de Chardin)

« Il n’y a pas de tradition de progrès ; mais toute la race humaine a une tradition de Chute. » (G. K. Chesterton)– Il va falloir devoir bien vite s’en souvenir.

« Nous avons mêlé deux choses différentes, opposées. La référence au progrès devrait signifier que nous modifions sans cesse le monde pour le rendre conforme à notre vision. La référence au progrès signifie – à notre époque – que nous changeons sans cesse la vision. Nous n’altérons pas le réel pour le rendre conforme à l’idéal. Nous altérons l’idéal : c’est plus facile. » (G. K. Chesterton)

« Les progressistes pensent que les choses tendent à devenir meilleures par un mouvement naturel. Mais la seule raison véritable d’être progressiste est que les choses tendent à devenir pires par un mouvement naturel … Le terme même de progrès implique une direction, et dés que nous avons le moindre doute sur la direction, nous avons le même degré de doute sur le progrès» (G. K. Chesterton) – D’abord la simple application de la loi physique d’entropie. Ensuite, ce n’est plus un doute sur la direction, mais une absence complète de…

« L’évolution scientifique … enseigna aux hommes que plus ils s’éloignaient du singe, plus ils s’approchaient de l’ange. Mais on peut d’éloigner du singe et aller au diable. » (G. K. Chesterton) – Et c’est bien ce qui se passe.

« Le monde moderne est rempli d’hommes qui s’accrochent si fortement aux dogmes qu’ils ne savent même pas que ce sont des dogmes … Il se trouve que le progrès est un de nos dogmes, et un dogme est une chose que l’on ne considère pas comme dogmatique. » (G. K. Chesterton)

« Nostalgie renversée, faussée et viciée, tendue vers le futur … Refaire l’Eden avec les moyens de la Chute. » (Emil Cioran – qualifiant le progrès)

« Pour l’individu comme pour l’humanité, ne pas confondre avancer et progresser, à moins d’admettre qu’aller vers la mort ne soit un progrès. » (Emil Cioran)

« Les époques d’expansion sont des époques de délire. » (Emil Cioran)

« Quand l’homme aura atteint le but qu’il s’est assigné : asservir la Création ; il sera complètement vide : dieu et fantôme. » (Emil Cioran)

« Tout pas en avant, toute forme de dynamisme comporte quelque chose de satanique : le ‘progrès’ est l’équivalent moderne de la Chute, la version profane de la damnation. » (Emil Cioran)

« Devenir et progrès sont notions en apparence voisines, en fait divergentes. Tout change, c’est entendu, mais rarement, sinon jamais, pour le mieux. S’il continue à se cramponner (au savoir qui mène à la puissance) point de doute que l’homme n’entre alors dans une carrière de dieu risible ou d’animal démodé. » (Emil Cioran)

« Un philosophe du siècle passé (le XIX°) a soutenu que La Rochefoucauld avait raison pour le passé mais qu’il serait infirmé à l’avenir. L’idée de progrès déshonore l’intellect. » (Emil Cioran)

« L’idée de perfectibilité a pénétré nos mœurs … Que l’histoire se déroule ‘sans plus’, indépendamment d’une direction déterminée, personne ne veut en convenir. »(Emil Cioran)

« Le progrès est l’injustice que chaque génération montante commet à l’égard de celle qui l’a précédée. » (Emil Cioran)

« Plus l’homme avance, moins il aura à quoi se convertir. » (Emil Cioran)

 « La nation (la France) qui a le plus prôné l’idée de progrès en est réduite à s’en exclure. N’est-ce pas là une belle expiation et une sanction pleine de sens ?» (Emil Cioran)

« Les vagues se mettraient-elles à réfléchir, elles croiraient qu’elles avancent, qu’elles ont un but, qu’elles progressent, qu’elles travaillent pour le bien de la Mer et elles ne manqueraient  pas d’élaborer une philosophie aussi niaise que leur zèle. » (Emil Cioran)

« ‘Tout est vanité sauf le dentiste’ … Chaque fois que je suis tenté de maudire le progrès, je pense à mon prochain rendez-vous dans son cabinet. » (Jean Clair)

« Puisque le progressisme est au cœur du capitalisme … Ni le libéralisme ni le socialisme n’ont la capacité de freiner ce mouvement du fait qu’ils participent du même élan progressiste. Dès lors, on comprend la nécessité d’une position réellement conservatrice … pour freiner l’emballement de la machine capitaliste. » (Frédéric Saint Clair)

Le siècle qui vient de se terminer reste le plus meurtrier de l’histoire en procédés et en chiffres … Le progrès a été certes au rendez-vous, sautant du fusil au missile  de même que les masses, passant de la mobilisation générale des hommes à l’implication totale des populations civiles, femmes et enfants. » (Jean-François Colosimo)

« D’une façon générale, tous ceux qui prétendaient, en France, à la frugalité, c’est-à-dire grossièrement le Peuple, furent convaincus de résistance au progrès, à la bonne marche des affaires et à l’investissement. Il fallut créer des zones d’activité, des navettes, etc. … réhabiliter, développer… » (Christian Combaz – Gens de Campagnol)

« Le mythe du progrès a ceci de remarquable qu’il peut s’adapter à toutes les sauces et à toutes les fantaisies. » (Léon Daudet)

« La notion de progrès n’a pas plus de sens dans l’histoire de la domination de l’homme par l’homme qu’elle n’en a en histoire des religions ou de l’art … Dans ces cas le ‘cliquet d’irréversibilité’ ne joue pas. Aucun ‘retour en arrière’ n’est ici exclu par principe … Confusion actuelle entre l’histoire répétitive, réversible et programmée des rapports de l’homme à lui-même, et l’histoire cumulative, ‘ouverte’ et irréversible des rapports de l’homme à la matière. ‘L’homo demens’ tourne en rond, seul ‘l’homo faber’ avance … Pour l’ordonnancement de la cité les humains resteront d’éternels apprentis qui cent fois sur le métier remettront leur ouvrage. » (Régis Debray) 

« Les Anciens ne refusaient pas tout progrès … Mais un instinct triait les inventions … Les Anciens attendaient de mieux habiter dans le monde … Mais ils ne désiraient pas le transformer (prescience de quelque obscure punition ?) … L’extraordinaire expérience publique d’Archimède sur la force de levier à Syracuse au III° siècle avant J .C, réussie, restée sans suite … Les Chinois ont connu le papier, l’imprimerie, les bases du vaccin contre la variole, l’utilisation du pétrole et du gaz naturel, les allumettes, la lanterne magique, l’étrier bien avant nous … Ce n’est pas seulement le génie inventif qui préside à la transformation du monde. L’idée créatrice doit passer par une rationalisation (la révolution rationaliste de la Renaissance), la méthode prime sur le génie, mais elle ne suffit pas, il faut vouloir refaçonner le monde … ce qui suppose une vision particulière. » (Chantal Delsol – simplifié) – Pourquoi le progrès en Occident.

« La théorie du progrès, que Péguy appelait la ‘pensée de caisse d’épargne’, traduit l’idée d’une accumulation matérielle, la montée et jamais la descente … Après l’utopie, la satisfaction, les sociétés de progrès ne cessent de se glorifier du trajet parcouru … c’est pourquoi elles trient dans l’histoire ce qui ne leur convient pas … on se compare aux ancêtres qui n’étaient pas encore vraiment des hommes … Plus rien de nouveau à attendre, mais seulement le déploiement toujours plus vaste et plus profond des mêmes principes, jusqu’à l’écœurement, l’excès, et finalement la perversion … Le cercle désenchanté de l’accumulation finalement écœurante des bienfaits de tout ordre … les limites au-delà de laquelle elle devient un méfait. » (Chantal Delsol)

« Qu’elle se manifeste à travers le soviétisme ou dans les démocraties contemporaines, l’idéologie du progrès exprime toujours le rejet, voire l’accusation, de l’humanité déchue pour ‘retard de conscience’, pour ‘immaturité mentale’. » (Chantal Delsol)

« L’Européen parle de progrès parce qu’à l’aide de quelques découvertes scientifiques il a établi une société qui a confondu le confort avec la civilisation. » (Disraeli – cité par Alain Gras)

« L’indépendance, la libre pensée, la science les auront égarés dans un tel labyrinthe que les uns, rebelles furieux, se détruiront eux-mêmes, les autres, foule lâche et misérable, se traîneront à nos pieds en criant :  ‘Oui, vous aviez raison… Sauvez-nous de nous-mêmes !’ » (un personnage de Dostoïevski s’adressant au Christ – Les frères Karamazov ; La légende du Grand Inquisiteur)

« La question du bris des machines garde toute sa pertinence … Les luttes des Luddites ont pris de nouvelles formes. Elles visent désormais les manipulations génétiques dangereuses, l’extension de l’informatisation, les monopoles détenus par les firmes privées au détriment de ‘l’open source’, le gouvernement par algorithmes, en témoignent ,par exemple, le travail de sape des ‘hackers’, Julian Assange avec Wikileaks, Edward Snowden avec l’agence de sécurité américaine … Luddistes d’hier comme d’aujourd’hui se trouvent dans la position de révéler ce que masque l’idéologie du progrès ; ils ne croient pas aux promesses de la technique et anticipent sur son résultat possiblement désastreux, pour les hommes ou pour le monde … la toute-puissance proclamée risquant de s’inverser en impuissance réelle. » (Dany-Robert Dufour) – Sur d’autres plans, moins techniques mais aussi moraux, on pourrait rajouter le combat en faveur des animaux d’organismes comme L214, etc.

« Il y a peu de progrès : sous ce drapeau éclatant, on ne sait guère que réparer quelques erreurs d’hier et préparer aveuglément celles de demain. » (Tony Duvert)

« Les mouvements néo-communautaires dans l’espace politico-social et la dépression nerveuse dans l’espace psychique sont profondément intriqués. Ils sont les nouveaux dégâts du progrès. » (Alain Ehrenberg)

« L’image-force du progrès. Celui-ci se situe à la charnière des deux croyances fondamentales : la science et l’histoire … Science qui ne peut que nous conduire de progrès en progrès … Histoire qui nous fait découvrir un lent, sourd, mystérieux cheminement de l’homme, poussé dés ses origines vers un accomplissement… » (Jacques Ellul)

« Habité par le mythe du progrès, l’homme sait. Il sait de toute certitude que le progrès de l’homme accompagne le progrès des choses. » (Jacques Ellul) – On va tomber de haut.

« La part du donné ne cesse de se restreindre tandis que la part du fabricable ne cesse de croître … La vache n’est plus une vache, mais un outil de transformation de l’herbe en lait … Le monde n’est plus un mystère, mais un miroir. La Création tend à devenir notre création. » (Alain Finkielkraut)

« Inhumaine … est la tentation … de confier le destin de l’homme à la logique quand bien même il s’agirait de la logique matérialiste des besoins. » (Alain Finkielkraut – commentant les Carnets du sous-sol de Dostoïevski)

« Le progrès n’est plus un arrachement à la tradition, il est notre tradition même. Il ne résulte plus d’une décision, il vit sa vie, automatique et autonome. Il n’est plus maîtrisé, il est compulsif. Il n’est plus prométhéen, il est irrépressible. Nous sommes soumis à la loi du changement comme nos ancêtres pouvaient l’être à la loi immuable. » (Alain Finkielkraut)

« Les projets ne sont plus à l’ordre du jour. Le progrès a vécu. Mais la haine du passéisme demeure. Pas question d’apparaître comme rétrograde : en l’absence d’une destination claire et d’une finalité heureuse, on se rabat sur les flux, sur le mouvement, sur le changement en tant que tel. Tout fluctue, tout évolue, rien ne meurt : le monde est en état de transformation perpétuelle, le progressisme s’éclipse et le nihilisme installe son règne. » (Alain Finkielkraut)

« Le but, la cause ! Mais nous serions Dieu si nous tenions la cause, et à mesure que nous irons, elle se reculera indéfiniment, parce que notre horizon s’élargira. Plus les télescopes seront parfaits, et plus les étoiles seront nombreuses. Nous sommes condamnés à rouler dans les ténèbres et dans les larmes. » (Gustave Flaubert)

« Tout ce que nous pouvons faire pour le progrès de l’humanité, ou rien, c’est exactement la même chose. » (Gustave Flaubert) – Toute initiative dans ce domaine à toujours conduit au pire.

« Progrès. – Toujours mal entendu et trop hâtif. » (Flaubert – Dictionnaire des idées reçues)

« La technocratie est une forme d’humanisme. Les technocrates, en effet, considèrent qu’ils sont les seuls à détenir le jeu de cartes qui permettrait de définir ce qu’est le ‘bonheur des hommes‘ et de le réaliser. » (Michel Foucault)

« La diffusion de l’idéologie marxiste en Europe a largement favorisé la diffusion de la  nébuleuse progressiste, faisant croire que le plus serait un mieux. » (Julien Freund)

« Nous sommes à la veille de nouvelles découvertes scientifiques qui, par leur essence même, aboliront l’humanité en tant que telle … D’ici les deux prochaines générations (écrit en 1999) , la biotechnologie nous donnera les outils qui nous permettrons d’accomplir ce que les spécialistes d’ingénierie sociale (totalitarismes essentiellement) n’ont pas réussi à faire. A ce stade, nous en aurons définitivement terminé avec l’histoire humaine parce que nous aurons aboli les êtres humains en tant que tels. Alors commencera une nouvelle histoire, au-delà de l’humain. » (Francis Fukuyama) – Peut-être plus de deux générations, mais on peut craindre que l’auteur n’ait raison (biotechniques, nanotechnologies…). Faudra-t-il une catastrophe (elle aussi hélas probable) pour nous sauver ?

« Dans la conviction d’aujourd’hui, il ne reste que l’impérieux désir d’aller de l’avant sans savoir ce que cet avenir impliquera … Discours du progrès sans le contenu du progrès … Le vecteur du progrès se réduit au pur progrès technique des objets, des manières de faire. La cohérence qui associait à parts égales progrès humain et progrès matériel pour définir un niveau de civilisation a été perdue en route. » (Marcel Gauchet)

« Définissons la gauche pour commencer. Disons, pour aller vite, qu’il s’agit du camp des progressistes c’est-à-dire tous ceux qui se sentent parfaitement à l’aise dans l’époque que nous vivons. Ils aiment le changement quel qu’il soit et applaudissent la transformation accélérée de la démographie, de la langue française, des paysages, des goûts et des saveurs. La seule mutation qui leur semble poser problème est celle du climat. Tout ce qui est purement français leur semble suspect. C’est le parti de ‘la mise à jour’ perpétuelle. Selon eux, l’ancien doit céder la place au nouveau qui est meilleur, par essence, et donc désirable. Le seul héritage qui trouve grâce à leurs yeux est celui qui peut être monétisé en tant qu’attraction touristique (Versailles) ou ‘exporté’ à l’étranger sous le format d’une franchise (Le Louvre à Abu Dhabi par exemple). »  (Driss Ghali)

« Jamais la notion de ‘progrès’ ne fut pour lui autre chose qu’un thème à railleries, concurremment avec la niaiserie des positivistes humanitaires qui enseignent aux générations, mythologie à rebours, que le Paradis terrestre, superstition si on lui assigne le passé, devient, si on le place dans l’avenir, le seul légitime espoir. » (Rémy de Gourmont – hommage, mérité, à Villiers de l’Isle-Adam)

« C’est la théorie darwinienne de l’évolution qui supporte le modèle du progrès et l’on peut soupçonner à bon droit cette théorie de s’être imposée précisément parce qu’elle renforçait le courant dominant dans les cercles éclairés. La théorie darwinienne répond à la question de l’origine des espèces, de même façon que la thèse du ‘big-bang’ décrit l’origine de la matière … La cause première manque et elle est le point de départ de toutes les spéculations religieuses. La science vit cette clôture de l’horizon théorique comme un véritable échec et n’a de cesse qu’elle n’ait trouvé le chaînon manquant. … La pensée occidentale fait vivre comme une obsession la connaissance de l’origine des choses dans le temps. » (Alain Gras)

« Le progressisme technologique est devenu la figure majeure du nihilisme contemporain … le quel progrès suppose toujours en arrière-plan l’image d’une victoire sur la mort (comme le Prométhée d’Eschyle) … L’évolution (progrès) est devenu la théodicée moderne … Camouflage des conditions de production de la puissance sur la nature (les dégâts sont loins de l’utilisateur final et soigneusement masqués, exemple propre et simpliste : mille litres d’eau ramassée deux mille mètre plus bas, à quel coût énergétique ! pour qu’un canon débite 2 mètres cubes de neige qui recouvriront, provisoirement, quelques mètres carrés), notre civilisation de l’hygiène accompagne celle de l’ordure (Frank Tinland) … Volonté de puissance sans limites sur le monde grâce à un moyen, l’énergie fossile, dont les limites sont déjà fixées à terme dans ce même monde … La voie de l’Occident est prise comme repère pour l’ensemble de l’humanité, forcée (par la mondialisation) de croire au rail unique posé pour le train du progrès … L’Occident ne voulant même pas reconnaître qu’il n’a aucune stratégie parce qu’il n’a aucun désir, donc aucun projet pour les autres, ce qu’en fait il sait bien … Le monde n’appartient plus ni à Dieu ni aux hommes, mais à la Raison universelle qui s’exprime dans des énoncés mathématiques … L’homme est exclu du monde en acte, il n’est plus qu’un sujet passif observant un univers déjà donné … Galilée ouvre la voie à ce désenchantement du monde que Max Weber tiendra pour caractéristique première de la modernité … L’automatisation de tout (ordinateur contre champion d’échec, pilotage d’avion…) enferme le progrès technique dans une curieuse philosophie de la mort de l’homme … Les dieux de jadis retenaient Prométhée, le Titan, afin que fût respecté l’ordre du monde » (Alain Gras) – Considérations éparses sur le progrès.

« Cette idée du progrès fatal, mécanique et continu, qui dure depuis des siècles, n’a conduit qu’à des désastres. Elle a été démentie par tous les événements, elle a mis un ‘bandeau sur toutes les intelligences’ (Renouvier) … Cette idée est le principal facteur de l’abêtissement de notre époque. L’intellectuel qui y cède est perdu pour l’intelligence, et pourtant quelle tentation d’y céder ! On se dit : je vais être utile à l’humanité ; je vais, moi aussi, travailler à…  » (Jean Grenier)

« C’est une loi historique que dans la vie des sociétés humaines, le progrès, le plus souvent ne s’acquiert en un point donné qu’au prix des plus douloureuses régressions sur d’autres secteurs. » (René Grousset)

« S’il n’y a pas antinomie entre progrès matériel et progrès moral … Je constate seulement que le progrès matériel n’entraîne pas nécessairement l’amélioration des mœurs et de de la moralité. » (René Grousset) – C’est même le moins que l’on puisse dire !

« Pourrons-nous un jour nous débarrasser de ce préjugé, d’essence chrétienne au départ, avant d’être repris par l’Islam, que l’Universel, à savoir le souhait de loger tout le monde à la même enseigne, est synonyme de progrès ? … Pourquoi cultiver encore le fantasme des constructeurs de la tour de Babel, vouloir que nous parlions tous la même langue et que nous partagions tous la même foi et les mêmes idées ? » (Gérard Haddad)

« L’idée de progrès est celle de ‘pas encore’, de ‘plus tard’, de ‘demain ce sera vraiment bien’, si bien qu’elle nous conforte dans notre bassesse présente. » (Fabrice Hadjadj)

« Même si elle sera plus tard laïcisée par le XVIII° siècle, l’idée de progrès a indiscutablement une origine religieuse et mystique qui remonte à Joachim de Flore et à ses trois âges de l’humanité (voir début de la rubrique Esprit, 280, 1) dont la prophétie est un millénarisme obéissant à une dynamique (il ne s’agit plus du retour à une perfection première, mais d’un progrès linéaire constant) … Elle est le fruit de cette union du millénarisme et de la gnose qui a été célébrée par l’abbé de Flore … Le dogme progressiste est né du mariage de deux hérésies chrétiennes. » (Jean-Louis Harouel)

« La notion de progrès en est venue à désigner de façon exclusive le progrès technique. L’idée d’un progrès esthétique, intellectuel, spirituel ou moral … n’a plus cours … Le progrès technique qui était compris traditionnellement comme l’effet d’une découverte théorique ‘géniale’, c’est-à-dire accomplie par un individu exceptionnel (Pasteur…) a lui aussi totalement changé de nature … le développement de la technique s’accomplit comme autodéveloppement … Si des techniques a, b, c sont données dont la composition est la technique d, celle-ci sera produite, inévitablement … peu importe par qui et où. Ainsi s’explique la simultanéité des découvertes en divers pays, comme leur inéluctabilité … Avec la technique le caractère autonome du développement a cessé d’être une apparence, c’est un mouvement qui n’a aucun rapport avec la vie, qui ne lui demande rien et ne lui apporte rien, rien qui lui ressemble en tout cas, qui soit conforme à son essence et à ses vœux. » (Michel Henry)

« La civilisation avance mais n’en devient pas plus parfaite. » (J. G. Herder)

« L’idée s’est-elle répandue que tout pas en avant crée plus de problèmes, en raison des effets secondaires, qu’il n’en résout. » (Albert Hirschman) – Comme tous les stupides changements.

« Car le Dieu songeant

« Déteste

« La croissance prématurée. » (Hölderlin – cité par Martin Heidegger)

Le progrès « cette roue à double engrenage … fait marcher quelque chose en écrasant quelqu’un … Mais la roue doit et ne peut que tourner, toujours dans le bon sens … Il n’y a pas plus de reculs d’idées que de reculs de fleuves … L’éclosion prochaine du bien-être universel est un phénomène divinement fatal. » (Victor Hugo) – Hugo l’optimiste.

« Croire au progrès, c’est prier vers l’infini. » (Victor Hugo) – Hugo le réaliste.

« La nouvelle opposition des progressistes et des populistes …  alors que tout ce qui émanait du peuple ne pouvait jadis aller que dans le bon sens, depuis une trentaine d’années ce qui vient du peuple est au contraire assimilé à la réaction, objet de méfiance, voire de mépris … maintenant on ne peut être à la fois du côté du peuple et du côté du progrès !» (Roland Hureaux)

« Le travail patient des spécialistes de l’évolution …  a démontré que le progrès est non pas un mythe, mais une constatation scientifique, non pas une simple idée provenant de cette erreur qui consiste à prendre ses désirs pour des réalités, mais un fait véritable» (Julian Huxley – premier président de l’UNESCO) – Qui aboutissait à la conclusion que « le gouvernement mondial est donc sur l’échelle de l’évolution. »

« L’ordinateur transcendantal, la micropuce et le surhomme. On a la religion qu’on peut. » (François-Bernard Huyghe – sur les délires de Jean-Jacques Servan Schreiber… et de bien d’autres dans les années 70, 80)

« A la base des socialismes, on retrouverait tous les mythes de l’ancien et du nouveau Testament : la cité idéale, la nouvelle Jérusalem, le paradis perdu, le dépassement de l’Histoire ainsi que le mythe essentiel, la marche ascensionnelle, la (technique de la rédemption : le progrès. Comment peut-on croire au progrès sans être mystique ? Pourquoi y aurait-il progrès ? C’est vraiment le mythe ascensionnel par excellence. » (Eugène Ionesco)

« Ils se prosternent devant l’œuvre de leurs mains. » (le prophète Isaïe)

« Qu’il soit stupide de croire au progrès, certes. Sauf chez le dentiste. » (Roland Jaccard)

« Un progrès unilatéral qui, avec des ressources limitées, marche tout droit devant lui et sans se retourner, toujours dans le même sens, et ceci indéfiniment, un tel progrès est condamné, de par une fatale entropie, à s’enliser un jour dans le marasme. » (Vladimir Jankélévitch)

« Selon la pensée occidentale dans sa phase moderne, tout progrès du savoir exige le recours exaspéré au doute et à la destruction de l’ancien. Elle est une formidable mathématique de la destruction destinée à créer le nouveau. » (Claude Jannoud)

« Christopher Lasch fait l’hypothèse qu’il est impossible d’être à la fois progressiste et démocrate en montrant que les mouvements authentiquement démocratiques du XIX° siècle se constituèrent tous en opposition au progrès et à ses effets destructeurs. » (Frédéric Joly)

« Pour Condorcet, qui sécularisa le progrès, il y là comme, à travers l’histoire, une espèce de cycle fermé de l’esprit ; c’est lui qui est à l’origine des découvertes scientifiques et techniques ; celles-ci à leur tour engendrent la prospérité matérielle ; et cette dernière enfin permet une amélioration morale de l’esprit lui-même : le cycle du progrès est ainsi bouclé … L’âge d’or de la troisième république … contrat de progrès unissant le peuple et la bourgeoisie éclairée sous les auspices de la science … jusqu’à l’explosion de 1914 où les nations les plus évoluées saccagèrent joyeusement l’idéal sur lequel elles avaient vécu depuis près de deux siècles … Le siècle que nous venons de vivre (le vingtième) aura été la longue descente aux enfers de l’idée qui avait animé le précédent … Au vingtième siècle surmonté du champignon monstrueux d’Hiroshima, le développement de la science est associé à la guerre et à la destruction. » (Jacques Julliard)

« La convenance du ‘Transformisme’ avec les sentiments de l’époque (‘Sur l’origine des espèces par le moyen de la sélection naturelle ou la Préservation des races favorisées dans la lutte pour la vie’ de Charles Darwin paru en 1859), depuis plusieurs générations on vante dans la société son progrès, et non plus la fidélité aux mœurs ancestrales, de plus en plus on se targue de s’être fait soi-même, et non plus d’une illustre origine … Venir de plus bas, c’est donner confiance qu’on ira bien plus haut … ‘Du singe transformé à l’homme, demain de l’homme au surhomme’ … Promesse que le progrès tant célébré alors n’est pas une phase heureuse mais un pas dans une grande marche dont se révèle la perspective majestueuse … On parle évidemment moins du moyen ; la sélection naturelle, la lutte pour l’existence, perspectives beaucoup moins attrayantes et même franchement répugnantes. » (Bertrand de Jouvenel) – L’auteur rappelle que l’enthousiasme qui a accueilli le livre est dû également pour une part à son utilisation démentant un dit de la Bible, ce à une époque où toute arme contre le christianisme était bienvenue et recherchée.

« C’est la doctrine progressiste, et non pas le progrès, qui mérite d’être reléguée dans les greniers de l’histoire. » (cardinal Walter Kasper)

« Le temps apparaît comme un continuel perfectionnement qui n’aboutit jamais à aucune perfection ; mais un perfectionnement sans fin suscite nécessairement le sentiment de vivre sur un mode provisoire, et au-delà : un sentiment de vide et de perte du sens. Un tel temps évoque l’image d’une voracité sans fond et d‘un gouffre insondable. » (Karel Kosik)

« La nature peut faire confiance au progrès : il la vengera des affronts qu’il lui a fait subir. » (Karl Kraus) – Réflexion datant de près d’un siècle, pas mal.

« Jusqu’à présent, le progrès a toujours été conçu comme la promesse du mieux. Aujourd’hui nous savons qu’il est aussi porteur de l’annonce d’une fin. » (Milan Kundera)

« Le grand danger de l’ordinateur, c’est sa gigantesque productivité. Plus il accumule les données, plus la part consacrée à la réflexion doit être grande. » (Emmanuel Le Roy-Ladurie)

« Le dieu Progrès, le fils aîné du travail. » (Paul Lafargue) – Qu’en aurait dit le beau-père, Karl Marx. 

« Le fait que l’optimisme et le pessimisme restent les catégories favorites du débat politique indique que le thème du progrès n’est pas encore démodé. » (Christopher Lasch)

« La conception moderne du progrès repose sur une estimation positive de la prolifération des besoins … La notion de progrès ne peut être défendue contre une critique intelligente qu’en postulant une expansion indéfinie des désirs, une amélioration régulière du niveau général de confort, et l’intégration des masses au sein de la culture de la prospérité. C’est uniquement sous cette forme que l’idée de progrès a supporté les rigueurs du XX° siècle. Des versions plus extravagantes de la foi dans le progrès, fondées sur la perfectibilité de la nature humaine, sur le pouvoir latent de la raison ou de l’amour,  se volatilisèrent bien auparavant. » (Christopher Lasch)

 « Ceux qui croient au progrès, bien qu’ils aiment se penser comme le parti de l’espoir, n’en ont que peu besoin, depuis qu’ils ont l’histoire de leur côté. Mais ce manque leur interdit toute action intelligente.  L’imprévoyance, une foi aveugle dans le fait que les choses ne peuvent se dérouler que pour le mieux, fournit un substitut indigent à la disposition qui consiste à mener les choses à bien, y compris lorsque les difficultés nous semblent insurmontables. » (Christopher Lasch)

 « ‘Ils ne voulaient plus entendre parler de la prudence qui leur avait si longtemps été imposée par leurs pères’. L’affirmation du caractère automatique et incontournable du progrès les soulageait de la nécessité de prévoir pour les temps à venir. ‘Pourquoi s’inquiéter du sort des nouvelles générations, destinées à connaître un sort forcément supérieur au nôtre ?’ Les aristocrates tentaient de se soustraire à leurs obligations non seulement à l’égard du futur, mais également à l’égard du pauvre … L’idée de progrès fournissait la justification théorétique à l’abrogation des obligations réciproques. » (Christopher Lasch – citant Georges Sorel) – Ils se débrouilleront bien, disent les vieux égoïstes évoquant leurs enfants dont ils ne se préoccupent guère.

 « Personne, parmi ceux qui croyaient au progrès, n’imaginait que la capacité productive pouvait rencontrer une limite. Personne n’envisageait un retour à une existence plus sobre ; de telles conceptions étaient étrangères au consensus progressiste. La découverte tardive que l’écologie de la planète ne supporterait pas une expansion illimitée des forces de production porta un coup fatal à la croyance dans le progrès … Les nations occidentales ne peuvent plus présenter leur niveau de vie et la culture éclairée, critique et progressiste qui lui est étroitement associée, comme un modèle à suivre pour le reste du monde. » (Christopher Lasch)

« Dés que l’Occident a posé le ‘Progrès’ comme pierre angulaire de la modernité, tous les pays victimes de sa présence … se sont trouvés atteints par un mal incurable : le syndrome du ‘retard’ … Il faut se moderniser pour survivre, mais il faut se détruire pour se moderniser (double bind) … schizophrénie collective … Les pays d’Occident ne sont pas exempts à leur tour de l’obsession du retard … Nul ne parvient jamais au terme de l’effort … Nation, entreprise, région, commune, individu chacun doit se battre, mobiliser ses énergies, investir son épargne, calculer ses choix, soupeser les risques, bander ses efforts pour maintenir ses positions, creuser ses écarts, rattraper son retard ou plus simplement freiner son déclin. Pas question de savourer … une victoire. Savourer, c’est s’arrêter ; se reposer, c’est renoncer à la lutte et se condamner d’avance … La rivalité mimétique est la seule loi de la modernité-monde … Ce jeu morbide est aux antipodes de l’humanité fraternelle que l’Occident annonce dans son universalisme humaniste … Jeux fascinants ? … comme peuvent fasciner l’absurde, le néant et la mort. » (Serge Latouche)

 « Les esprits progressistes conséquents, imbus d’évolutionnisme, ne s’y sont pas trompés. Ils ont le plus grand mépris pour les cultures considérées comme des obstacles au développement … Incompatibilité du progrès et de la diversité des cultures et, par conséquent, de la technique et des cultures. » (Serge Latouche)

« Le progrès n’est plus un choix de la conscience, mais une drogue à laquelle on est tous accoutumés et à laquelle il est impossible de renoncer volontairement… Il est au-delà du bien et du mal … Ce n’est plus une idée à laquelle on adhère, une doctrine à laquelle on croit, c’est un objet de consommation courante, tout particulièrement à travers ce que l’on appelle les technologies de la vie quotidienne … Seule une catastrophe pratique… » (Serge Latouche)

« En dehors des mythes qui fondent la prétention à la maîtrise de la nature et en dehors du schéma continu, linéaire et cumulatif du temps, les idées de progrès et de développement n’ont rigoureusement aucun sens. » (Serge Latouche)

« Puisque tout ce qui passe est éliminé à jamais, les modernes ont le sentiment d’une flèche irréversible du temps, d’une capitalisation, d’un progrès …Ils se prennent tous pour Attila derrière lequel l’herbe ne repoussait plus. » (Bruno Latour)

« Tout le progrès dont on nous rabat les oreilles n’a jamais dépassé le domaine des choses matérielles. Le monde est ce qu’il a toujours été et ce qu’il sera toujours. Une petite élite au milieu d’une foule de brutes et d’imbéciles. » (Paul Léautaud)

« Remplacez le salut chrétien par la foi au progrès, et vous obtenez le credo commercial de l’Occident planétaire. » (Pierre Legendre)

« Les fanatiques du progrès prêts à immoler tous les hommes vivants jusqu’au dernier sur l’autel de ce qu’ils continueraient, encore après, d’appeler très sérieusement l’Humanité progressive. » (Pierre Leroux) – Ces individus n’ont jamais manqué et ne manqueront jamais. 

  « Nous étions accoutumés à l’idée que le temps va quelque part. » (Emmanuel Levinas – sur le progrès)

« Ce que la gauche, par peur du vide,  s’obstine à appeler ‘Progrès’ n’est rien d’autre que le règne du mouvement devenu l’essence même de l’existence. » (Elisabeth Lévy) – Soit l’organisation du désordre dans lequel les malins s’enrichissent au détriment des petits.

« Le monde n’erre ni ne se perd dans le méandre du possible, il va tout droit vers l’uniforme, l’étiage et la moyenne ; et c’est pour cela qu’il faut, aujourd’hui pour la première fois, se proclamer anti-progressiste. » (Bernard-Henri Lévy) – Enfin, un éclair d’intelligence !

« L’idée moderne de progrès est ambivalente : elle est chrétienne en son origine, et antichrétienne en sa tendance. Le christianisme, cette grande révolte contre le ‘fatum païen’, remplaça le destin impersonnel par une providence personnelle. » (Karl Löwith)

« L’idéal qui est celui de la science moderne, la maîtrise de la nature et l’idée de progrès n’ont pas émergé dans le monde classique, ni en Orient, mais en Occident … Cet élan prodigieux n’a-t-il pas un rapport avec le ferment religieux ? Le messianisme juif et l’eschatologie chrétienne, même dans leurs formes sécularisées, n’ont-ils pas suscité ces énergies créatrices qui ont transformé l’Occident chrétien en une civilisation à l’échelle du monde ? » (Karl Löwith)

 « Le paradis terrestre ne se retrouvera plus. Maintes promesses de bonheur et maints programmes trop grandioses ne sont qu’escroquerie ou rêves enfantins. Ne répudions pourtant aucun espoir humain de progrès. Travaillons au contraire à tout progrès … Mais ne nous laissons pas aller à croire que le progrès réduise jamais le mal humain, le tragique humain : il l’augmenterait bien plutôt. A mesure qu’il échappe à maintes servitudes de sa condition physique ou de sa condition sociale, l’homme, se trouvant en situation de se mieux connaître et d’être plus attentif à soi, découvre davantage le drame de la condition humaine. » (cardinal Henri de Lubac)

« Les remises en question trop fréquentes entraînent une instabilité générale qui peut devenir mortelle pour une civilisation …  A partir de quel degré d’intensité, le progrès devient-il ‘régressif’ ? » (Alfred Fabre-Luce)

« Le progrès aujourd’hui se poursuit, sous le nom plus honteux de développement. » (Jean-François Lyotard)

« Pourquoi nous force-t-on à regarder toujours en avant ? » (Sonia Mabrouk) 

« Alors que l’aspect circulaire de la mentalité polythéiste admet le ‘régrès’ ou l’involution, le linéarisme chrétien  est essentiellement évolutif, sa loi est le progrès. Le cercle est brisé. » (Michel Maffesoli)

« Le progrès n’est pas un orgasme. » (Claudio Magris – cité par Eric Naulleau) – Il fut cependant bien près de l’être.

« Les pires crimes ont toujours été couverts par l’avènement du ‘progrès’, la venue de la ‘civilisation’, d’une culture dite ‘supérieure’ (en fait dotée seulement de moyens militaires supérieurs) … de l’expansion de l’empire romain à la colonisation de l’Afrique, en passant par les ‘exploits’ des conquistadores. » (J. W. Makhaïski)

« Imaginons demain, une France où il n’y ait plus que 200.000 chômeurs, où la criminalité soit réduite des quatre cinquièmes, les hospitalisations pour troubles psychiatriques des deux tiers, où les suicides des jeunes diminuent de moitié, où la drogue disparaisse… n’aurions-nous pas l’impression d’une merveilleuse embellie humaine ? … C’était cependant la France des années soixante. » (Philippe Saint-Marc)

« L’heure n’est plus à vouloir transhumaniser l’humanité mais bien à la sauver. »  (Isabelle Marchandier – sur l’IA) – Il va falloir réduire nos prétentions au progrès, s’extraire de l’absurde.

« Le développement du progrès semble lié à  l’intensification de la servitude … La domination de l’homme par l’homme croit en étendue et efficacité, et cette tendance n’apparaît pas comme un recul passager ou accidentel. » (Herbert Marcuse)

« Pour la première fois dans la pensée occidentale, et … aucune autre culture au monde ou civilisation précédents n’aurait même songé à franchir ce pas, le progrès n’est plus conçu comme une exception ou un accident … mais comme la norme même de toute évolution sociale, le mode naturel de l’humanité. » (Christian Marouby) – Tant que ça dure !

« Que nous prenions nos désirs pour des besoins, telle est précisément cette illusion fondatrice du progrès dans laquelle Adam Smith voit la ‘tromperie’ bénéfique de la nature. » (Christian Marouby)

« La notion de progrès linéaire et cumulatif fait eau de toutes parts. » (Armand Mattelart)

« ‘Mouvement vers le mouvement, mouvement vers plus de mouvement, mouvement vers une plus grande aptitude au mouvement’. Tout est sous le signe de l’action et d’une action qui s’autoactive … Tout ce qui est potentiel doit se réaliser, rien ne peut rester en réserve. » (Yves Michaud – citant Peter Sloterdijk)

 « Pour l’idée progressiste, tout pas en avant constitue toujours un pas dans la bonne direction … Le mantra de base de toute idéologie progressiste … L’horreur du ‘c’était mieux avant’. » (Jean-Claude Michéa)

L’idée de progrès « suppose … que l’histoire des hommes est régie, depuis l’origine, par un mystérieux programme transcendant … qui a pour noyau dur le développement continuel de l’invention scientifique et technique … Développement non seulement automatique mais d’une neutralité philosophique absolue … Inepties positivistes, ainsi que le millénarisme technologique infantile qui en est inséparable. » (Jean-Claude Michéa)

 « Une proposition aussi simple que ‘dans ce domaine précis, les choses allaient mieux avant’ est impossible à former pour l’entendement progressiste, quel que soit le domaine de référence, parce que son interdiction est d’origine transcendantale … S’il est transcendantalement interdit au progressiste d’imaginer que quelque chose ait jamais pu être mieux avant (que Platon, par exemple ait été plus intelligent qu’Alain Minc … ou Jean Jaurès que François Hollande) il lui faut préciser maintenant que rien, non plus, ne peut être mieux ailleurs … L’idée du ‘meilleur’ ne peut être logée que demain, dans l’hypothèse, bien sûr, où le monde d’aujourd’hui ne serait pas celui, parfait, de la ‘Fin de l’Histoire. » (Jean-Claude Michéa)

« La métaphysique du progrès qui allait paradoxalement conduire les dirigeants du nouveau mouvement socialiste à devoir abandonner … toutes les analyses que Marx avait magistralement développées dans le ‘Capital’, à commencer par l’idée principielle selon laquelle ‘la richesse des sociétés où règne le mode de production capitaliste s’annonce comme une immense accumulation de marchandises’. Contrairement aux civilisations antérieures, l’économie capitaliste n’a jamais eu pour but, en effet, de produire des valeurs d’usage (c’est-à-dire des biens ou des services qui sont censés répondre à un besoin humain réel…). Son objectif premier est de produire toujours plus de marchandises, c’est-à-dire de biens et de services qui n’ont été conçus qu’en fonction de leur seule valeur d’échange, autrement dit de leur seule capacité supposée à accroître le capital initialement investi – ‘Les marchandises ne sont pas fabriquées  en fonction de leur utilité réelle mais uniquement afin d’être vendues’ … L’obsolescence programmée et la propagande publicitaire … ‘La fabrication ininterrompue de pseudo besoins’ … ‘L’accumulation de gadgets’. » (Jean-Claude Michéa – citant John Ruskin, Guy Debord et George Orwell)

« Le progrès, c’est la même chose avec quelque chose de plus. » (John Stuart Mill)

« La guerre de 1914 a donné à penser à bien des survivants qu’il n’y a pas de modernité définitive en matière politique. Puisque l’archaïsme l’a emporté encore une fois … il pourra toujours l’emporter. » (Jean-Claude Milner) – Fin de la croyance béate au progrès, au moins en matière sociale et politique.

« Quand la boîte de Pandore est ouverte, on ne retrouve plus jamais son innocence. » (extrait d’un tract cité par Jean-Claude Milner)

« Je me garde de dire qu’il y a progrès. Je dis seulement qu’il y a bouleversement. » (Paul Morand)

« Vivant plus longtemps l’homme utilise mieux son cerveau, et donc : prodigieux enrichissement de l’outillage mental. » (Charles Morazé – sur le XIX° siècle) – De l’influence très probable, sinon indéniable, d’une longévité accrue.

« Le progrès n’est pas certain, tout progrès est fragile. » (Edgar Morin)

« L’homme n’a d’autre recours, s’il veut survivre, que de se réconcilier avec sa nature animale, d’en respecter les exigences génétiques permanentes et de modifier en ce sens les choix qu’il fait dans la société. » (Serge Moscovici) – Ce n’est guère le chemin qu’on prend.

« Nous avons été les premiers à affirmer que plus les formes de civilisation sont compliquées, plus la liberté individuelle doit être restreinte. » (Mussolini) – C’est une évidence. Avis aux masses de Gogos qui réclament toujours plus de réglementation.

« Il me semble que c’est la morale judéo-chrétienne de l’amour et de la compassion, d’une miséricorde qui doit aller au-delà de toute justice, qui, en apportant une sensibilité inédite à la souffrance humaine, un esprit, sans équivalent dans l’histoire antérieure connue, de rébellion contre l’idée de la normalité du mal, a donné le premier branle à la dynamique du progrès historique (prophètes, Psaumes, Sermon sur la montagne…) … La Bible rompant avec la sérénité de la morale païenne, rompt aussi avec le temps cyclique de l’Eternel retour (incompatible avec la lutte contre le mal) et inaugure un temps sinon linéaire, au moins ‘tendu vers l’avant’. » (Philippe Nemo)

« ‘Nous voulons qu’un jour il n’y ait plus rien à craindre’ (dit la conscience de l’Européen d’aujourd’hui). La volonté et le chemin qui mènent vers ce jour-là s’appellent aujourd’hui partout en Europe le progrès. » (Nietzsche)

« Elle s’est transformée chez nous en passion qui ne s’effraye d’aucun sacrifice et n’a, au fond, qu’une seule crainte, celle de s’éteindre elle-même … Nous préférons tous voir l’humanité périr plutôt que de voir la connaissance revenir sur ses pas. » (Nietzsche – sur la connaissance –  cité par Claude Arnaud – sur le délire du transformisme de l’humain)

« On n’y peut rien, il faut aller de l’avant, je veux dire s’avancer pas à pas plus avant dans la décadence. C’est là ma définition du progrès moderne. » (Nietzsche – Le crépuscule des idoles)

« Une ère de barbarie commence, et les sciences seront à son service. » (Nietzsche) – « Nous découvrons avec étonnement que le progrès a passé alliance avec la barbarie. » (Sigmund Freud)

« Le progressisme, en plaçant la vérité dans un vague lendemain, a été l’opium qui a abruti l’humanité. » (José Ortega y Gasset)

« Vivant dans une ère scientifique et mécanique, nous avons l’esprit perverti au point de croire que le progrès doit se poursuivre … quoi qu’il en coûte … que la machine est faite pour l’homme et non l’homme pour la machine. » (George Orwell)

« Il est logique de fermer les yeux sur la tyrannie et les massacres une fois posé que le progrès est inéluctable. » (George Orwell –sur le soutien de certains intellectuels anglais à la dictature russe.) – Et pas que les intellos anglais !

« Le progrès étant devenu une catégorie de l’inéluctable. » (Paul-François Paoli)

« Cette théorie du progrès revient essentiellement à être une théorie de caisse d’épargne … Elle suppose, elle crée une énorme caisse d’épargne universelle, une caisse d’épargne commune pour toute la commune humanité, une grosse caisse d’épargne intellectuelle … automatique en ce sens que l’humanité y mettrait toujours et n’en retirerait jamais. Et que les apports d’eux-mêmes s’ajouteraient infatigablement toujours. Telle est la théorie du progrès … c’est un escalier qu’on monte et qu’on ne descend jamais. » (Charles Péguy – Clio…)

« Evangile vivant de notre destinée. » (Eugène Pelletan – qualifiant le progrès) – Sur ce sujet, on ne reculait devant rien au XIX° siècle.

« Il n’y a rien que le temps ne perfectionne tout les jours. » (Charles Perrault) – Ou comment être béat.

« Jusqu’au milieu du XX° siècle, ce corollaire (à l’amélioration du bien-être) que le progrès technique apportait le progrès moral. De cela, au moins, on est revenu, mais au prix d’un basculement majeur : la recherche du progrès technique pour lui-même, comme un bien en soi et non plus dans un but moral. » (Natacha Polony) – Il roule tout seul, sans limites, sans règles, sans scrupules, sans raisons, sans justifications (fussent-elles bidons comme jadis).

« Un totalitarisme fondé sur l’acceptation du présent comme moindre mal et sur l’alliance de l’ultralibéralisme et de l’idéologie du bien-être égotiste comme stade ultime du progrès humain. » (Natacha Polony) – De quoi déchaîner l’enthousiasme.

« A partir du moment où le progrès est en lui-même un bien, rien ne saurait entraver sa marche, pas même le constat objectif de ses effets dévastateurs. » (Natacha Polony)

« Le progrès n’a aucun caractère inéluctable. Rien ne garantit des lendemains meilleurs. » (Karl Popper) – Au contraire tout promet des lendemains pires. Quand on aura dû renoncer à la charmante idole de croissance, quel Dieu va-t-on adorer ?

« L’Amour pour principe. L’Ordre pour base. Le Progrès pour but. » (devise du Positivisme d’Auguste Comte) – N’est-ce pas admirable ?

« L’allergie à la dépendance, le discrédit de l’antériorité, l’élimination du jadis, telles sont les thèses du progrès. » (Pascal Quignard)

« Le progressisme est une religion de l’optimisme … Tout aujourd’hui est meilleur qu’hier. » (Robert Redeker)

 « La fin du progrès, c’est le délestage de toute finalité … Le progrès sert l’absence de fins. » (Robert Redeker)

« Le progrès a changé de sens. De promesse de bonheur et d’émancipation collectifs, il est devenu menace de déstabilisation, d’irrémédiable déclassement pour beaucoup. Désormais on met sur son compte tout le négatif subi par l’humanité tout en supposant que nous ne sommes qu’au début des dégâts (humains, économiques, écologiques) qu’il occasionne … Le règne de la quantité s’est imposé planétairement, se faisant passer pour le progrès. » (Robert Redeker)

« Le progrès a été la grande croyance structurante de l’Occident qui lui a permis de se planétariser … Le progrès est, la plupart du temps, subi comme une fatalité (dans le cas des effets économique et écologiques du progrès technique), parfois (dans le cas des progrès médicaux) accepté mais sans que soit omise son ambiguïté, sans plus jamais susciter d’enthousiasme collectif … Le Progrès, affublé du coup d’un P majuscule, est devenu dans l’histoire moderne un analogie du Bien – lui aussi flanqué de sa majuscule … Il est devenu à sa place, la clef de voûte du système des valeurs … Il décidera que la société des Ordres n’est plus un bien, que le couple démocratie/ droits de l’homme est lui un bien … Il avait pour s’attester, ses miracles à lui … ‘La confiance du peuple pour les savants’ (Karl Löwith) … Si une religion exige un moment sacrificiel, le progrès cadre avec cette définition, le sacrifice est permanent ; de catégories sociales ou de corporations entières, d’individus (guerres, accidents…), de paysages naturels, de cultures, de stabilité climatologique, du passé rejeté comme archaïque par les libéraux ou comme réactionnaire par les révolutionnaires communistes … La foi progressiste est la croyance en l’élément qui joint tous les progrès disjoints … vision totalisatrice … appelant une transcendance …  Le ‘Discours de la Méthode’ est la nuit de Noël du progrès, la naissance du nouveau futur Dieu censé apporter un vrai salut à l’humanité … Divinité plus idéelle, plus métaphysique encore que Dieu … échappant à toute représentation anthropomorphique, donc plus acceptable par les intellectuels … Passage de l’espérance religieuse de l’ordre de l’éternel à l’ordre du temps … L’idée moderne de progrès est ambivalente, elle est chrétienne en son origine, et antichrétienne en sa tendance (Karl Löwith), n’ayant pas été créé, l’homme peut se créer, l’homme peut sortir de l’homme, fabrique politique de l’homme nouveau (marxisme, fascisme…), fabrique biologique de l’homme nouveau (eugénismes…), fabrique libérale de l’homme nouveau (l’homme unidimensionnel, le déshomme…)  … Le progrès est obligé de placer aux origines de l’humanité des êtres frustes … La croyance au progrès s’accompagne de surdéterminations morales. Ce qui vient après est forcément meilleur que ce qui précède (réactionnaires, anomalies du temps comme les indigènes l’étaient de l’espace des conquistadors) … Plus évolué, l’homme moderne tant qu’il est habité par la croyance au progrès se tient pour moralement supérieur aux hommes des temps passés (l’antienne du ‘Nous ne sommes plus au Moyen Âge’) … Le progrès est lié à l’éclosion et à la promotion du moi, à son assomption … Le progrès n’est plus qu’un élément du mouvementisme généralisé … ‘Se bouger’ … L’homme tendu sans fin … Culte du nouveau, qui, aux extrémités qui sont les nôtres, se change en un vertige … La fin du progrès, c’est le délestage de toute finalité, ‘Le vide pénètre tout’ … D’abord le progrès fut valorisé en fonction d’une finalité extérieure, puis il fut tenu pour le Bien, enfin  le progrès sert l’absence de fins … Rien ne signale aussi bien la caducité du progrès ainsi que l’effondrement de la religion progressiste que cette omniprésence de l’insupportabilité de la mort. » (Robert Redeker Considérations éparses sur le progrès –  Le progrès ou l’opium de l’histoire)

« Les vrais hommes de progrès sont ceux qui ont pour point de départ un profond respect du passé. » (Ernest Renan)

« Que me fait cet homme, qui vient se placer entre l’humanité et moi ? … La vraie noblesse n’est pas d’avoir un nom à soi, un génie à soi, c’est de participer à la race noble … c’est d’être soldat perdu dans l’armée immense qui s’avance à la conquête du parfait. » (Ernest Renan – L’avenir de la science – cité par Alain Finkielkraut) – Comment au XIX° siècle, on préparait les chemins des totalitarismes du XX°.

« Variante du dogme de la grâce. » (Charles Renouvier)

« Le développement a engendré une société de la fatigue plus qu’une société de loisir. » (Olivier Rey)

« Plus la technologie est sophistiquée, plus la démocratie doit céder le pas à la technocratie … Prôner le développement technologique sans limite, tout en prétendant que la démocratie saura prévenir les dérives et veiller à ce que les avancées profitent à toutes-et-tous, est une plaisanterie sinistre. » (Olivier Rey)

« Si on avait promis à l’homme d’avant (celui de l’ancien monde, d’avant le zombie moderne) que le fait de posséder trois autos, un téléphone portable, un accès à internet haute vitesse et deux ex-épouses allaient lui assurer le plein épanouissement de son être, il aurait pris cela soit pour un mensonge soit pour une blague. » (François Ricard) – Et effectivement, il s’agissait bien d’un énorme mensonge émis par le capitalisme et ses fidèles soutiens les libertaires- progressistes-gauchistes.

« Que les oiseaux et les sources sont loin. Ce ne peut être que la fin du monde en avançant. » (Rimbaud – Les Illuminations)

« La science, la nouvelle noblesse ! Le progrès, le monde marche ! Pourquoi ne tournerait-il pas ? » (Arthur Rimbaud – Une Saison en enfer)

« On ne met pas au jour des vérités sans en offusquer d’autres. Toute découverte recouvre. » (Jean Rostand)

« Il n’y a point de vrai progrès dans l’espèce humaine parce que tout ce que l’on gagne d’un côté, on le perd de l’autre. » (Jean-Jacques Rousseau) – « Avec le progrès, nous voyons ce que nous gagnons mais nous ignorons ce que nous perdons. » (Miguel Benasayag)

« Le temps de l’apogée du progrès, le XIX° et les débuts du XX° siècle, où l’idée acquit effectivement la dimension d’un véritable mythe, également partagé par les masses et par l’intelligentsia (la bourgeoisie que comble pour un temps le développement historique, et qui pense et vit l’instauration de son règne comme l’avènement de la raison) … Les thèses de Lamarck sur la transformation des espèces,(comme le Darwinisme) se présentent comme une lecture progressiste de la biologie, en plein scientisme du XIX° siècle (relations interactives entre l’état d’une science et l’idéologie de l’époque, Marx dirait, dira peu après, structures et superstructures.) … Le thème du progrès semble passer de l’intuition, imprécise ou marginale,  à la théorie, rupture essentielle … qui s’accomplit à l’aube des Lumières, entre la ‘querelle des Anciens et des Modernes’ de la fin du XVII° siècle, et les années 1730-1735 … De la qualité perçue à la qualité mesurée, du réel senti au réel pensé (Léon Brunschwicg) … L’horloge, la machine qui va s’imposer comme paradigme technologique, la machine clé … sa mesure est fiable, elle abolit le hasard et l’incertitude … combinaison complexe d’éléments orientés à une fin, projet décidé par l’homme … Début du système mécaniste … D’une science vouée à la contemplation à la science active, opérative (Bacon, Descartes) … Le thème technicien de l’utilité … Nécessite et à la fois entraîne une vision optimiste … Le progrès renvoie à l’image d’un mouvement perpétuel  de croissance et d’amélioration alors que l’utopie (qu’il entraîne) se caractérise par sa perfection acquise et définitivement stabilisée … Tension vers le mieux, vers la perfection, mouvement dirigé vers le mieux, à force d’avancer il débouche dans l’utopie … Opposition avec les théories cycliques (niant la réalité du mouvement) et les théories de la décadence (contestant que le mouvement se produise vers l’avant) … Processus d’accumulation du savoir (Fontenelle), processus d’addition des connaissances, du savoir, de la raison (et on finira par penser, de la sagesse)… Il est inévitable, dés lors que l’on adopte une conception optimiste de l’histoire humaine et que l’on affirme la réalité du progrès, de le supposer nécessaire, et donc perpétuel. » (Frédéric Rouvillois – interprété, condensé) – Considérations éparses sur le progrès.

« Le progrès apparaît comme un mouvement canalisé, irréversible, dépourvu de sens, qui condamne à avancer toujours sans arriver nulle part. » (Raymond Ruyer)

« Des valeurs propres aux différents moments de la vie des individus et des sociétés (enfance … vieillesse) on ne veut plus voir que l’aspect de ‘plus-value’ par rapport au passé immédiat ; aucun moment n’a en soi de valeur propre et particulière. Progrès et Régression ne sont plus des réalités que l’on découvre empiriquement dans les phases de la vie et dans leur originalité, ce sont désormais les principes régulateurs d’une conception du moi, des autres, de l’histoire tout entière … La course au progrès ; l’effort, l’action ne sont plus dirigés par des fins concrètes, mais par le seul désir de dépasser telle condition donnée, de ‘battre un record’. » (Max Scheler) – Et on s’étonne de l’accroissement du stress !

« Le progrès est mouvement vers le mouvement, mouvement vers plus de mouvement, mouvement vers une plus grande aptitude au mouvement … Nous devons surmonter toutes les situations où l’homme est un être entravé dans son mouvement, un être immobilisé en lui-même, un être non libre, un être piteusement déterminé. » (Peter Sloterdijk)

« Depuis que le progrès est devenu automatique, l’optimisme quant à l’avenir s’est transformé en une mélancolie processuelle. Nous ne nous embarquons plus à Gênes pour les temps modernes, nous sommes sur un tapis roulant qui nous conduit vers l’imprévisible … Personne ne peut savoir où va l’escalier, seulement il est impossible de refouler l’idée que même le tapis roulant le plus long doit se terminer quelque part et qu’il déposera les utilisateurs … Certes, on continue à avancer, mais on n’avance plus vers le haut. » (Peter Sloterdijk)

« L’effort uniforme constant et ininterrompu que fait chaque homme pour améliorer sa condition, principe d’où provient principalement l’opulence publique et nationale, autant que privée, est souvent assez puissant pour maintenir le progrès naturel des choses vers l’amélioration, en dépit tant de l’extravagance du gouvernement que des erreurs les plus grandes d’administration. » (Adam Smith) – Du temps de l’auteur. Plus maintenant, le gouvernement dévore tout, d’ailleurs tous ceux qui le peuvent s’en vont.

« Le progrès visible et accéléré est toujours un symptôme de la fin. » (Vladimir Soloviev)

« Sur quatre milliards d’années d’existence de notre planète, nous sommes entourés de gens qui veulent nous faire croire que ce que nous faisons depuis quelques dizaines d’années, ou même depuis six mille ans, va se répéter indéfiniment ! » (Alain Soral –  résumé)

« Le progrès sera toujours un élément essentiel du grand courant qui ira jusqu’à la démocratie moderne, parce que la doctrine du progrès permet de jouir en toute tranquillité des biens d’aujourd’hui, sans se soucier des difficultés de demain. Elle avait plu à l’ancienne société des nobles désœuvrés ; elle plaira toujours aux politiciens que la démocratie hisse au pouvoir et qui, menacés d’une chute prochaine, veulent faire profiter leurs amis de tous les avantages que procure l’Etat. » (Georges Sorel)

« La théorie du progrès a été reçue comme un dogme à l’époque où la bourgeoisie était la classe conquérante ; on devra donc la regarder comme étant une doctrine bourgeoise. » (Georges Sorel) – De fait, évidente concordance d’intérêt dans la perspective de la prise du pouvoir.

« On affiche un optimisme effréné, au mépris de toute expérience historique… de telle sorte que chacun postule dans le donné fortuit du moment une continuité linéaire tout à fait éminente, non parce qu’il l’a scientifiquement démontrée, mais parce qu’il la souhaite. On compte ici sur des possibilités sans limite, jamais sur une fin naturelle, et l’on tire de chaque moment considéré une théorie de la continuité tout à fait enfantine. » (Oswald Spengler – Déclin de l’Occident)

« L’idée moderne de progrès, qui implique à la fois un mouvement d’émancipation vis-à-vis du religieux et le surgissement d’une nouvelle religiosité, dont l’une des fins dernières serait précisément l’émancipation totale de l’humain. » (Pierre-André Taguieff)

 « Condorcet a clairement formulé le principe du progrès cumulatif de tous les ordres de valeur marchant du même pas : ‘la nature lie par une chaîne indissoluble, la vérité, le bonheur et la vertu’ … Principes de la conciliabilité et de l’inséparabilité des ‘progrès’ respectivement cognitifs, techniques, éthiques, juridiques et politiques fondant la conviction qu’il y a  dans l’histoire une ‘solution ultime et définitive’, que tous les conflits de valeur trouveront dans l’avenir leur dépassement ultime. » (Pierre-André Taguieff) – Comme déniaisement, le XX°° siècle et le début du XXI° !

« Les deux principaux ordres de valeurs articulés dans la vision optimiste du progrès … : les valeurs liées à la maîtrise technoscientifique de la nature, relevant de l’industrie, du commerce, des arts et des sciences et les valeurs liées à la conduite de l’homme vis-à-vis de ses semblables, relevant de l’éthique ou de la morale … Le progrès- habileté, et le progrès-sagesse … Antoine-Augustin Cournot ajoute la thèse qu’entre les deux il n’y a pas de lien causal, que le premier n’implique pas le second. C’est là s’attaquer au fondement de la foi progressiste pensée canoniquement par Condorcet et…  Entre la maîtrise de la nature, définissant le domaine balisé du progrès-habileté, et la maîtrise par l’homme de sa nature, ouvrant la contrée inexplorée du progrès-sagesse, il n’y a pas de lien causal, ni même de corrélation … Les progrès techniques n’ont pas de conclusion logique dans l’ordre du progrès spirituel. Ce nœud central de l’illusion progressiste… » (Pierre-André Taguieff)

« L’effondrement du mythe progressiste, conséquence ultime que la découverte que le technoscientifique n’est aucunement corrélé avec le moral-socio-éthique nous place devant trois postures … décadentiste: la marche fatale vers le pire – Pessimiste: la répétition, l’éternel retour – Tragique: l’insurmontabilité du conflit des valeurs … Désespoir, Inespoir, Sans espoir. » (Pierre-André Taguieff)

« Le scepticisme croissant quant au progrès techno-scientifique n’empêche pas la religion progressiste de rester hégémonique en tant qu’idéologie. » (Pierre-André Taguieff)

« La marche exaltante de l’humanité perfectible vers sa perfection finale s’est transformée en une fuite en avant aveugle … Ce n’est plus le but qui détermine le progrès mais le progrès qui devient le but. » (Pierre-André Taguieff)

« Une vie protégée, facilitée, soulagée, prolongée : tel est le contenu normatif résiduel de l’idéal d’amélioration longtemps porté par la gnose du progrès. On peut toujours y reconnaître le double désir d’abolir les limites et de se délester de ce qui pèse dans l’existence. D’échapper à tout prix à la souffrance. Plus profondément, on y peut discerner le désir de ne pas savoir que les hommes sont mortels. » (Pierre-André Taguieff)

« Entre la maîtrise de la nature, définissant le domaine balisé du progrès-habileté, et la maîtrise par l’homme de sa nature, ouvrant la contrée inexplorée du progrès-sagesse, il n’y a pas de lien causal, ni même de corrélation … Les progrès techniques n’ont pas de conclusion logique dans l’ordre du progrès spirituel. Ce nœud central de l’illusion progressiste… » (Pierre-André Taguieff)

 « L’envers de la divinisation du Progrès, c’est la démonisation de tout ce qui apparaît comme déclin, régression ou décadence. L’optimisme progressiste ne fonctionne jamais mieux que face à son repoussoir rhétorique, de type ‘décliniste’ ou ‘décadentiel’ … Les belles âmes d’aujourd’hui s’indignent qu’on puisse parler de ‘déclin’ ou de ‘décadence’. Il n’est pas jusqu’au mot ‘crise’ qui ne semble blesser leurs tympans vertueux … Leur argument central consiste à dissoudre la réalité du déclin dans le ‘sentiment de déclin’, comme la gauche morale des années Mitterrand s’appliquait à dissoudre la réalité de l’insécurité dans le ‘sentiment d’insécurité’. » (Pierre-André Taguieff)

« La foi dans le progrès décharge les humains du difficile devoir de choisir, les déleste de toute responsabilité personnelle … La soumission des individus au Progrès produisait les mêmes bénéfices psychiques que la soumission à la Providence. » (Pierre-André Taguieff)

« Le ‘bougisme’, le dernier avatar historique de la ‘religion du Progrès’ dans la société communicationnaire … La pensée-slogan … Culte du mouvement pour le mouvement, du changement (sans contenu, forme vide susceptible d’être remplie par n’importe quel contenu idéologique) pour le changement … Changer est bon en soi … le changement incarne une valeur intrinsèque … ‘Adaptez-vous !’ ou le degré zéro de la pensée normative … La réforme perpétuelle comme suite indéfinie d’adaptations et de réadaptations dues à de fatales inadaptations … Les néoprogressistes n’osant plus employer le mot ‘progrès’ recourent à des mots idéologiquement plus neutres : changement, développement, croissance, transformation, innovation, avancée ou réforme, disruption (un nouveau)  qu’ils opposent à : immobilisme, stagnation, résignation, etc.,   et à condition, certes de ‘penser ensemble’ de ‘vivre ensemble’, de ‘réussir ensemble’ … Il s’agit toujours d’aller vers le mieux … Invention du concept creux de ‘start-up nation’. » (Pierre-André Taguieff)

« On a connu longtemps séparément la pierre à broyer le blé et la roue à aubes sans se douter que, moyennant un artifice (une troisième invention, l’idée du moulin ajoutée à ces deux) on pouvait aider extraordinairement la première à remplir son office, et la première offrir à la seconde un emploi inespéré. » (Gabriel Tarde)

« A force de s’enrichir de nouvelles inventions qui suscitent des désirs nouveaux ou des croyances nouvelles et dérangent les anciens désirs ou les anciennes fois, les types les plus purs s’altèrent et finissent par se disloquer. Toutes les inventions ne sont pas ‘accumulables’ et beaucoup ne sont que ‘substituables’, à savoir celles qui suscitent des désirs ou des croyances … contradictoires (avec l’existant). » (Gabriel Tarde) – Evoquant les types de civilisation, types purs et forts, types mélangés et faibles où tout se contredit.

« Ce qu’ils veulent, c’est la socialisation la plus intense possible, et non, ce qui est bien différent, l’organisation sociale la plus  forte et la plus haute possible. Une vie sociale débordante dans un organisme social amoindri leur suffirait. » (Gabriel Tarde) – Aux partisans forcenés du progrès, de l’université pour tous jusqu’à cinquante ans.

« La science est la base essentielle de l’orgueil du XVIII° siècle … Projetez cet orgueil dans le temps, vous tenez l’esprit de progrès, qui se confond avec l’esprit d’orgueil … Ce perpétuel passage du mal au bien, c’est-à-dire sur l’infinie perfectibilité de notre espèce … Etant bon, l’homme doit être libre … Possédant bonté et liberté, l’homme raisonnable possèdera aussi l’égalité, conséquence de la bonté et garantie de la liberté. » (André Tardieu) – La suite du XVIII° siècle jusqu’au XX° (quant au XXI°, on verra) nous a bien montré ce  progrès, cette perfectibilité de l’homme, cette bonté, etc.

« Le progrès aujourd’hui consiste à courir et non plus à croître. Le monde, depuis un siècle, évolue à pas de géant. Tout se précipite : le vent du progrès nous coupe la face. Amer symptôme : l’accélération continue est le propre des chutes plutôt que des ascensions. » (Gustave Thibon)

« Maladie et fléau. – Le ‘progrès’ de l’humanité a surtout consisté jusqu’ici à  juguler l’ennemi du dehors au profit de l’ennemi du dedans : moins d’épidémies, mais plus de cancers, moins de guerres mais plus de révolutions, moins de cœurs brisés mais plus d’âmes taries. Ce progrès se ramène dans son ensemble à un ‘processus d’intériorisation du mal’. » (Gustave Thibon)

« Nous avons soif d’un progrès qui ne s’abatte pas sur l’homme à la façon du pavé de l’ours … Et, précisément, depuis un siècle, l’ours semble seul préposé au progrès. » (Gustave Thibon)

« L’accélération continue est le propre des chutes plutôt que des ascensions. » (Gustave Thibon)

 « Nous sommes très pressés de construire un télégraphe du Maine au Texas. Mais il se pourrait fort bien que le Maine et le Texas n’aient rien d’important à se dire. » (Henry David Thoreau) – Si on généralise, bonne question, qu’aucun décideur ne se pose jamais.

« L’obsession du progrès manifestée par une inlassable recherche du changement, de la nouveauté … La religion du progrès, pratiquée sans véritable joie,  est une école du mépris. » (Pierre Thuillier) – Du passé, des attardés, etc.

« La masse totale du genre humain, par des alternatives de calme et d’agitation, de biens et de maux, marche toujours, quoique à pas lents, à une perfection plus grande. » (Turgot)

« Maudits soient les avantages d’un progrès qui nous oblige à nous enivrer de négoce, de travail et de science. » (Miguel de Unamuno)

« La boussole, la poudre, l’imprimerie, ont changé l’allure du monde. Les Chinois qui les ont trouvées, ne s’aperçurent pas qu’ils tenaient le moyen de troubler indéfiniment le repos de la terre.  Voilà qui est un scandale pour nous. C’est à nous, qui avons au plus haut degré le sens de l’abus, qui ne concevons pas qu’on ne l’ait point et qu’on ne tire, de tout avantage et de toute occasion, les conséquences les plus rigoureuses et les plus excessives, qu’il appartenait de développer ces inventions jusqu’à leurs plus extrêmes effets. » (Paul Valéry)

« Le monde qui baptise du nom de progrès sa tendance à une précision fatale, cherche à unir aux bienfaits de la vie les avantages de la mort. Une certaine confusion règne encore, mais encore un peu de temps et tout s’éclaircira ; nous verrons enfin apparaître le miracle d’une société animale, une parfaite et définitive fourmilière. » (Paul Valéry – La crise de l’esprit)

« On n’arrête pas le progrès ; il s’arrête tout seul. » (Alexandre Vialatte)

« Le progrès diminue l’interaction de l’homme avec son semblable. » (Pierre de Villiers)

« La puissance de l’idéologie du progrès, comme de toute idéologie d’ailleurs, consiste à escamoter les questions qui pourraient la remettre en cause. » (Paul Virilio)

« A près deux millénaires d’expériences et d’échecs, d’accidents en tous genres, le troisième millénaire inaugure, avec la globalisation, le ‘paradoxe de l’échec du succès’ puisque c’est la réussite du Progrès qui provoque les désastres. » (Paul Virilio)

« La promotion du progrès c’est que l’on est toujours en retard (d’une mise à jour…) … Nous sommes les objets/sujets d’un masochisme quotidien et d’une mise sous tension consentie. » (Paul Virilio)

« L’objet ‘Terre’ qui met un terme à nos ambitions ‘progressistes’. » (Paul Virilio) – Se vengerait-elle de la façon dont nous l’avons traitée ?

« L’idée athée par excellence est l’idée de progrès, qui est la négation de la preuve ontologique expérimentale, car elle implique que le médiocre peut de lui-même produire le meilleur. Or toute la science moderne concourt à la  destruction de l’idée du progrès. Darwin a détruit l’illusion du progrès interne qui se trouvait dans Lamarck. La théorie des mutations ne laisse subsister que le hasard et l’élimination. L’énergétique pose que l’énergie se dégrade et ne monte jamais, et cela s’applique même à la vie animale et végétale. » (Simone Weil)

« La grande erreur des Marxistes et de tout le XIX° siècle a été de croire qu’en marchant tout droit devant soi, on a monté dans les airs … S’imaginer qu’à force d’avancer, on s’élèvera dans les airs. » (Simone Weil)

« Nous sommes, pour la plupart, trop plongés dans ce monde de progrès pour prendre connaissance du fait que cette croyance au progrès est un phénomène très récent et pour comprendre que cette conviction est en nette rupture avec nos propres convictions religieuses …  La vénération du progrès peut être discutée de deux points de vue : l’un factuel, l’autre éthique … Factuellement, elle affirme que les progrès des grandes découvertes doivent se prolonger dans une période indéfinie, sans fin prévisible dans un avenir concevable pour l’homme … Ceux qui soutiennent le principe éthique considèrent ce processus illimité et quasi spontané de changement comme une ‘bonne chose’ garantissant aux générations futures un paradis terrestre. Il est possible de croire au progrès en tant que fait positif sans y croire en tant que principe éthique, mais dans le catéchisme de l’Américain moyen, l’un ne va pas sans l’autre» (Norbert Wiener) – Et cette stupidité fut imposé au monde entier, et d‘abord aux Européens, par l’impérialisme américain.

« L’insatisfaction est le premier pas vers le progrès. » (Oscar Wilde)

« Plus que je pédale plus fort, et plus que j’avance moins vite. » (Zazie – cité par Jean-Pierre Dupuy)

« Sa meurtrière idolâtrie de l’avenir qui anéantit des espèces vivantes, abolit  les langues, étouffe les diverses cultures et risque même de faire périr le monde naturel tout entier. » (John Zerzan – cité par Jean-Claude Michéa – contre le progrès industriel et ses fanatiques)

« Survivre au progrès » (d’un ami) – Les personnes âgées confrontées à tous ces automates et autres emballages impossibles comprendront.

« Il convient que le progrès respecte ce qu’il remplace. » (?) – Maxime pour civilisés, pas pour nous donc.

« Le but devrait être le progrès des hommes, non celui des choses. » (?) – même remarque.

« Il se félicite que la nature ait donné à l’homme des passions, un goût pour la domination et la possession. Sans cela, les hommes resteraient apathiques et aucun progrès ne serait possible. » (? – sur Bernard Mandeville) – Innombrables sont les remarques concernant la nécessité des passions pour le progrès de l’humanité, Hegel lui-même avec sa Ruse de la raison.

« Il n’y a jamais eu dans la vie des hommes d’améliorations qui ne soient payées de détériorations et de maux. » (?)

« ‘Pseudo-progrès qui met la fin dans le perfectionnement des moyens. » (?)  

Pour conforter les apports indiscutables, du progrès,  depuis quelques décennies, on peut consulter (sous les réserves énoncées à la fin de ce paragraphe) le livre de Stephen Pinker, Le triomphe des Lumières, je résume : «  ‘Si donc vous deviez choisir à l’aveugle le moment dans l’histoire où vous aimeriez naître, vous choisiriez aujourd’hui’ … On peut détester le progrès, mais on ne déteste pas les ‘fruits’ du progrès (songez au dentiste) … Reculs infligés à la maladie, à la faim, à l’analphabétisme … Retraite, et de longue durée (fini l’hospice) … Accroissement phénoménal du temps libre (congés, retraite, mais aussi appareils électro-ménagers, éclairage nocturne…) … Le monde a fait des progrès spectaculaires dans chaque domaine mesurable du bien–être humain, sans exception … La violence a diminué de façon linéaire depuis le début de l’histoire … L’espérance de vie a augmenté, partout, de façon fantastique depuis deux siècles et plus encore depuis un demi-siècle … Les biens sont devenus courants, à la portée de tous (ou presque) électricité, eau courante, toilettes à chasse d’eau, réfrigérateurs, cuisinières, téléviseurs … En regard de ces progrès sont apparues des menaces existentielles : climatiques, Intelligence artificielle… mais nous aurions les moyens d’y parer. » – Toutes ces considérations, appuyées d’informations chiffrées et d’exemples, sont certes indiscutables. Mais ce qui fait de ce pavé une œuvre des plus discutable, et en tout cas  que je me refuse à commenter et à citer plus, est son caractère de propagande, d’ailleurs avoué (page 335 : Tous ces progrès sont menacés si Donald Trump parvient à ses fins, suit une liste effrayante de ces menaces dues à l’ogre Trump). Il est évident que cet ouvrage, malgré sa pertinence factuelle,  n’est rien d’autre qu’une œuvre de propagande et qu’un acte de soumission et de support aux intérêts du groupuscule des quelques milliers de nababs mondialistes qui dirigent le monde par l’intermédiaire des média et de serviteurs du type de M. Steven Pinker, l’auteur.

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