465,2 – Procès, Plainte (dépôt de)

– Toujours et seulement pour l’honneur ; et certes jamais pour le fric, jamais moyen de s’enrichir en toute dignité et respectabilité. Inaugure la « Lutte de tous contre tous. » (Livre de l’Apocalypse).

– Certaines sont tellement traumatisées par des attouchements qu’elles portent plainte 44 ans après les faits allégués. On se doute bien que dans de tels cas, affreux, il a fallu tout ce temps pour, non pas surmonter, mais seulement exprimer sa détresse, et qu’en conséquence aucune idée de lucre ne saurait guider d’aussi dignes démarches. 

– Certaines plaintes présentent l’énorme avantage de positionner leur auteur en victime avec tous les avantages moraux et les bénéfices matériels qu’une telle situation peut conférer ; surtout dans notre société de la dictature de l’émotion manipulée, du gémissement universel, des pleurnicheries continuelles et de l’avidité forcenée. Sur la question un petit cours de marxisme élémentaire à l’usage des nigauds ne serait pas superflu.

– On peut même oser déposer une plainte pour une gifle plus que méritée donnée à un gamin par un édile, pour préjudice affectif contre le médecin de Michaël Jackson, tout en ne souhaitant pas forcément obtenir de l’argent (dixit l’avocat). Un tel désintéressement n’est-il pas admirable ?

– La multiplication délirante des plaintes (cinq millions de plaintes chaque année en France) entraîne le développement hallucinant des prises de précautions formelles (voir par exemple les notices des médicaments). Cette hystérie plaintive contribue directement à la promotion de l’ambiance putride d’une société de lâcheté.

– Quelle magnifique occasion qu’une épidémie faisant de nombreuses victimes pour que leurs ayant-droits se fassent un peu de blé en portant plainte contre la clinique, la maison de retraite, le gouvernement, pourquoi pas contre  le Ciel s’il payait… Que peuvent penser les morts de ces héritiers ?

– Se reconstruire : Et aussi, vengeance, revanche, cupidité ? (sans nier la douleur de la victime)

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« Je suis malheureux donc je me plains ou je me plains  donc je suis malheureux … la plainte répétée induit une victimisation … Elle signifie souvent l’attente d’une intervention extérieure (à laquelle il n’est exigé rien d’autre que d’apporter du fric)  … Les plaintes toxiques : – Chronique, habituelle – Se suffit à elle-même – Persiste longtemps après les difficultés, généralisée, plainte de destinée (se transmet de génération en génération) – Ne soulage pas, voire même aggrave – Ne tient pas compte de la disponibilité et des capacités de l’interlocuteur (vise au contraire à le culpabiliser et le rendre méprisable).  » (Christophe André)

« Chacun a la prétention de se présenter comme une victime, surtout les vainqueurs, afin d’engranger les bénéfices de la compassion : on devait autrefois éviter de se lamenter et de s’expliquer, on a tout à gagner aujourd’hui à se plaindre d’un trauma fondateur … L’industrie compassionnelle n’a que trop tendance à accorder à quiconque sait parler, le titre qu’il réclame, sans la moindre légitimité parfois » (Claude Arnaud) 

« Il y a tant de plaisir à se plaindre que, pour ce seul plaisir on devrait chercher les malheurs. » (Calderon de la Barca)

« ’Cela est frustrant pour la victime, pour qui la déclaration de culpabilité est très importante, cela lui permet en effet de se reconstruire’. Le procès-thérapie en quelque sorte. A la condition, cela va sans dire, qu’il se termine par la ‘reconnaissance du statut de victime’. Autrement dit, par la condamnation du mis en cause. » (Paul Bensussan – citant un avocat, du type persécuteur) – La justice à la poubelle.

« Le recours au tribunal est devenu le réflexe premier et la menace ultime parce que la pauvreté des esprits et du langage ne s’accommode plus d’une contradiction ouverte et spontanée. » (Philippe Bilger) – Et aussi parce que nous sommes devenus une société de minables.

« La démocratie, générant une insatisfaction perpétuelle, devient le régime de la plainte consacrée. » (Pascal Bruckner)

« La nation entière n’est qu’un immense syndicat de plaignants (5 millions de plaintes chaque année). Et nous donnons à nos moindres difficultés le caractère fantastique d’une tragédie. » (Pascal Bruckner) – Faut-il préciser de quelle nation il s’agit ?

« Le catalogue des chagrins s’énumère en termes de revenu. » (Pascal Bruckner) – On porte plainte non contre le plus coupable mais contre le plus solvable.

« Comment cette ébriété du malheur, conséquence d’une perte de confiance dans les pouvoirs humains, a débouché sur la promotion inégalée de la jérémiade mais aussi sur la corruption du langage ordinaire, sur la juxtaposition nauséeuse de nos petites misères et des grandes atrocités, l’usage immodéré du mot génocide et l’invocation systématique d’Auschwitz étant les meilleurs indices de cette dénaturation par surenchère. » (Pascal Bruckner)

« L’univers juridique se dégrade en  une vaste foire où les avocats racolent le client, le persuadent de son malheur, forgent des litiges de toutes pièces et lui promettent des gains importants s’ils trouvent un tiers payeur … On admet maintenant que peuvent être prises en compte les douleurs morales et les divers troubles émotionnels, en violation de l’adage que ‘les larmes ne se monnayent pas’ (Aujourd’hui, les pleurnicheries et les jérémiades si, d’où leur abjecte profusion). »(Pascal Bruckner)

« Une nation ne peut se considérer comme un syndicat de plaignants où chacun à sa petite plainte à brandir. Nous sommes une nation, pas un hôpital. » (Pascal Bruckner – cité par Pierre le Vigan) 

« Il n’est pas absolument impossible, qu’une personne qui se trouve dans une grande faveur perde un procès. » (La Bruyère)

« L’acharnement judiciariste comme compensation rageuse au désastre des existences particulières, la négation de la différence sexuelle, la chasse aux délits d’opinion, l’inversion de toutes les anciennes valeurs… » (Bruno de Cessole – commentant Philippe Muray.) – Quels désastres personnels cachent les membres de la meute pour être aussi excités et haineux?

« Il semble que l’authentique sentiment d’indignation et ses fonctions sociales aient été détournées à des fins purement personnelles et mercantiles… » (Sebastian Dieguez) – Faire du fric.

« Comme plus rien n’est inviolé, plus rien n’est indemne de l’homme, un champ illimité s’ouvre à l’imputation … Pas d’événements, pas de coups du sort, pas d’imprévus, pas de tragédies contre lesquels on ne puisse porter plainte … La démesure technique se prolonge en fureur pénale. … Puisqu’il y a une raison à tout, à tout il y a un coupable. » (Alain Finkielkraut)

« Notre condition jamais ne nous contente – La pire est toujours la présente – Nous fatiguons le Ciel à force de placets. » (La Fontaine – L’âne et ses maîtres)

– Notre pays est aussi le pays des pleurnicheries et lamentations « Le sanglot de l’homme blanc … perdu dans un monde maniaco-dépressif … Il pleurniche, il geint, sans la moindre conscience de sa névrose infantile, le petit con …Il n’est d’ailleurs aussi content de lui que quand il peut pleurer à chaudes larmes, qui (salauds de riches !) pour Jean d’Ormesson ? Qui (salauds de pauvres !) pour Johnny Hallyday. Il y aurait une anthropologie culturelle à réaliser, une actualité des logiques lacrymales à écrire, tant la glorification des gens-qui-pleurent exhibés partout, dit quelque chose de notre état collectif … Le reste du temps, toute morve ravalée, il geint. Il geint de veulerie … Alors il geint, il geint d’être discriminé … Il geint parce que les méchants sont méchants … La grande farandole des pleureuses … Ouin, ouin, ouin, je n’ai pas d’idées, pas de projets, mais regardez comme je pleurniche bien, et surtout mieux que les autres. Le concours de celui qui a la plus grosse larme … Voilà une belle démocratie lacrymale où les dominants pleurnichent aussi : patrons geignards, bourgeois craintifs, bobos flippés, politiciens extrêmement choqués. Même les intellectuels de plateaux n’analysent plus grand-chose, inaudibles entre deux sanglots, deux délations tristes ou invectives au ras des chrysanthèmes … La conséquence morbide de cette démocratie lacrymale est que toutes les causes finissent par s’y valoir, nivelées par les larmes. Il n’y a plus de racisme, plus de discrimination, plus d’oppression, juste des dominants qui pleurent et des dominés qui pleurent … juste des gens qui pleurent … juste des pleurs … ‘Maman ! Regarde maman ! Regarde comme j’ai bien geint ! » (Nicolas Gardères)

« On nous parle sans cesse de ‘vides juridiques’ à remplir à chaque fois qu’une protestation se fait jour. Il faut protéger le consommateur, il faut protéger l’environnement, il faut protéger les emprunteurs contre leur désir d’emprunter plus qu’il n’est raisonnable, il faut se protéger contre les poursuites judiciaires, et protéger les consommateurs en leur permettant les poursuites judiciaires cotre leurs fournisseurs… » (Marcel Gauchet – sur la bureaucratisation démente de la société française)

« Inciter inconsidérément le public à la plainte est la certitude absolue de fabriquer des victimes mensongères, imaginaires et judiciaires. » (Gilles-William Goldnadel) – Lamentable attitude démagogique ministérielle (des ministres femmes le plus souvent, convient-il d’ajouter, spécialistes des lamentations électoralement profitables)

 « Le ’tout tout de suite’ rallume la guerre des mots et la chamaillerie procédurale de tous contre tous. » (Jean-Claude Guillebaud)

« La lutte pour tout est forcément une lutte contre tout et ne peut se terminer que par un massacre général. »(Vaclav Havel) 

« Le droit de tous sur tout. » Expression de Thomas Hobbes, il y a déjà quatre siècles entraîne automatiquement et de nos jours « le droit de tous de se plaindre de tout. »

« Le scandale que suscite le retard d’un quart d’heure du TGV, quand on compare avec ce que devait être le même trajet en diligence. » (Patrice Huerre et Mathieu Laine) – Notre civilisation de paltoquets.

« Je pense que l’on commet plus de viols aujourd’hui. Toi, tu dis le contraire, c’est ça ? (Lauren Hutton) – Non, pas du tout … C’est le nombre de femmes qui portent plainte qui est en augmentation. ; ça, on en est sûr, d’accord ? » (Camille Paglia) – Ce qui est très probablement vrai pour certains crimes et délits très médiatisés. L’inverse étant aussi vrai pour d’autres crimes et délits considérés comme quasi normaux (cambriolages, escroqueries…)

« Le grand jeu de la plainte, qui est depuis quelque temps le registre de parole préféré de tous les groupes constituants de notre société. » (Pierre Manent) 

« La transformation de la conversation publique en une querelle de pleureuses. » (Pierre Manent)

« ‘L’anarchiste qui réclame dans une belle indignation le droit, la justice, des droits égaux’. Cette belle indignation lui fait déjà du bien par elle-même … Plaisir de pouvoir injurier … Il y trouve une petite ivresse de puissance … Dans toute plainte il y a une dose raffinée de vengeance, on reproche son malaise, dans certains cas même sa bassesse, comme une injustice, comme un privilège inique, à ceux qui se trouvent dans d’autres conditions. ‘Puisque je suis une canaille, tu devrais en être une aussi’. » (Jean-Claude Michéa – citant Nietzsche) – A l’attention des fameux Indignés.

« Chaque fois que progresse la modernisation marchande de la vie, on entre dans la tyrannie du droit … En détruisant systématiquement les traditions et les coutumes qui étaient l’horizon historiquement donné des transactions quotidiennes, le système capitaliste tend progressivement à ne laisser aux individus, pour régler leurs différents litiges, que deux modalités majeures : la violence et le recours au tribunal. » (Jean-Claude Michéa)

« La fièvre cafteuse des agitées du porte-plaintes. » (Philippe Muray)

« …La judiciarisation de la société … le cri des créatures offensées par des supériorités dont elles n’ont plus que faire… » (Philippe Muray)       

« Je me constitue partie civile, donc je suis. » (Philippe Muray)

« …A tous les niveaux, celui des individus comme celui de la planète, la plainte est devenue un divertissement, et sans doute bien supérieur à ceux que peuvent procurer les crucifiants ‘loisirs’. Le pénal envahit l’espace social et se confond avec lui. Le pénal, c’est le social. L’homme festif moderne se plaint de tout avec allégresse … C’est un mouchard heureux… L’instinct de la tracasserie a remplacé chez lui toute libido. » (Philippe Muray)

« Le porter-plainte est généralisateur, unanimisant et délirant. L’extension de son propre cas en question de société apte à susciter une plainte, et peut-être même à ‘faire avancer’ la jurisprudence, est devenue une occupation à plein temps. » (Philippe Muray) – Et souvent plus rentable, et même plus jouissive, que de travailler.

 « L’impératif de l’épanouissement généralisé, le droit de ‘tous sur tout’ allait conduire à ce  ‘droit de tous à se plaindre de tout’. » (Philippe Muray)

« ‘Je veux tellement me plaindre en mon nom propre que c’est sans doute au nom de beaucoup. L’accusation à répétition, l’attaque en justice de tous par tous est l’une des grandes aventures de l’époque … Le porter-plainte est généralisateur, unanimisant, délirant … L’extension de son propre cas en question de société apte à susciter une plaine, et peut-être même à ‘faire avancer la jurisprudence,’, est devenue une occupation à plein temps … La ‘pénalophilie’ déchaînée. » (Philippe Muray)

« On traînerait bien la faille de San Andréas devant les tribunaux si on savait comment la convoquer. » (Philippe Muray)

« En se plaignant, on se console. » (Alfred de Musset) – Aujourd’hui, en plus, l’exhibition fait du fric.

« Les plaintes déjà, et le simple fait de se plaindre suffisent à donner à la vie assez de charme pour qu’elle soit supportable. Il y a dans toute plainte une subtile dose de vengeance. » (Nietzsche)

« On est aujourd’hui dans une génération de geignards : ‘mes ancêtres, ma couleur, ma religion, mon sexe ! ‘… Une civilisation de la plainte perpétuelle. Certains se plaignent encore de leurs ancêtres et vont vous dire ‘moi je suis black, mes ancêtres il y a trois siècles étaient des esclaves donc je me plains’. Bon ça va quoi ! … » (Michel Onfray)- Civilisation du gémissement perpétuel, minable.

« Le plaisir de l’accusation ou du reproche… qui donnent parfois à celui qui l’adopte ou s’y complaît le sentiment d’exister ou celui d’un certain mérite. » (Jacques Salomé)

« On a raison parce qu’on souffre … On m’a fait du tort et je veux être reconnu. Je suis malade ou exclu, donc je n’ai plus que des droits, victime je ne suis ni coupable ni responsable de rien … Quels bénéfices secondaires tirez-vous de votre souffrance ? Qui culpabilisez-vous en vous déclarant innocent ? Quand vous vous plaignez, contre qui portez vous plainte, et n’est-ce pas votre plainte qui vous porte ? … On ne s’aime jamais tant que lorsqu’on se prend pour l’idéal. Or, aujourd’hui, la bonne place, c’est la mauvaise, celle où l’on souffre. » (Michel Schneider)

« Les considérations financières peuvent conduire la personne à exagérer ses symptômes et à les faire se prolonger … faisant perdre à la personne toute dignité et tout amour-propre. »  (Martin Seligman – sur certaines conséquences dites post-traumatiques) – Ainsi des plaintes trente ans après les fait allégués.

« Je comprends qu’on éprouve quelque sorte de plaisir dans la plainte, plus grand qu’on ne pense. » (marquise de Sévigné) – Masochisme de médiocre.

« En France, les querelles idéologiques ne se règlent plus sur la place publique, elle se règlent en justice. » (Alain-Gérard Slama) – La horde des associations ivres d’interdiction, assoiffées de fric.

 « On exige tout et on reproche tout. L’hiver dernier, il a fait froid … cet été, il a fait chaud … Se plaindre est devenu une passion nationale ; récriminer, une obligation démocratique ; accuser, une jouissance collective … Mes remboursements de la Sécu … le prix de mon essence pour ma bagnole, mon assurance complémentaire retraite, ma minorité, ma religion, mon épargne, mes crédits, mes allocs, mes soins dentaires, mes lunettes. Mon nombril ! Le bout de mon nez. » (François Taillandier) – Essentiel d’une conversation. Encore l’auteur en a-t-il oublié, notamment : les points de mon permis, sujet inépuisable dans un bistrot de campagne.

« Homme plaideur, homme menteur. » (proverbe)  

« Je me plains, donc je suis. » (?) – Bruissement des jérémiades de notre temps.

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