580,1 – Possession / Dépossession ; Détachement, Renoncement

– Ne pas être possédé par ce que nous possédons.

– Dans notre monde de vaillants persécutés, on ne possède plus, on se réapproprie ce dont on a été injustement dépouillé et auquel on a droit de tout temps : l’espace, l’air, la campagne, les odeurs et saveurs, le loisir, le repos, la fête, l’art…

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« Toute marchandise une fois acquise, exige l’achat de nouvelles marchandises pour rester utilisable ou ne pas devenir inutilisable … Chaque marchandise a soif d’une autre ou plus exactement d’autres marchandises. Il n’est pas difficile d’acheter, le plus dur vient après. » (Günther Anders)

« L’âme s’est embarrassée dans toutes les choses qu’elle aime. S’étant engagée tout entière dans son corps et dans les choses sensibles, roulée et enveloppée parmi les objets qu’elle aime et dont elle traîne continuellement l’idée avec elle, elle ne s’en peut plus démêler. » (saint Augustin)

« Désirer toujours ce que l’on possède. » (saint Augustin – sur le bonheur)

« Prendre avec simplicité et lâcher facilement. » (Marc-Aurèle)

« Tout se paie, la possession par l’inquiétude. » (Anne Barratin)

« Dépossédé de ses défenses, l’homme devient éminemment vulnérable à la science et à la technique, tout comme dépossédé de ses passions il devient éminemment vulnérable à la psychologie et aux thérapies qui s’ensuivent, tout comme débarrassé de ses affects et de ses maladies, il devient éminemment vulnérable à la médecine. » (Jean Baudrillard)

« Les gens ont tendance à croire que ce qu’ils désirent vraiment c’est la tranquillité, mais ils se trompent : ce qu’ils recherchent vraiment c’est l’agitation. Ce qu’ils désirent véritablement c’est de chasser le lièvre, non de l’attraper. Le plaisir est dans la chasse non dans la proie. … Selon Kierkegaarde, le plaisir de Don Juan n’est pas  la possession des femmes, mais leur séduction. » (Zygmunt Bauman) – Reprise d’une pensée de Pascal ?

« En toute espèce de biens, posséder est peu de chose, c’est jouir qui rend heureux. » (Beaumarchais – Le barbier de Séville)

« La possession ne sert-elle pas d’antidote à la finitude ? … La quête existentielle trouve dans l’offre consommatrice un nid somme toute assez confortable. Un substrat de plénitude, une douce sidération,, une béatitude replète… » (Jean-Paul Besset)

« Vous cherchez, je crois, à bannir le besoin par l’abondance. Or cela vous mène au résultat inverse. N’avez-vous vraiment aucun bien qui vous soit propre et qui soit inhérent à votre nature, pour qu’il vous faille ainsi chercher vos biens dans des objets extérieurs à vous et sans rapport avec vous ? L’ordre des choses est-il inversé au point qu’un être vivant, à l’image de Dieu grâce à sa raison, croie ne pas pouvoir se faire remarquer autrement que par la possession d’un mobilier sans vie ? Vous cherchez dans des objets sans importance de quoi rehausser votre nature. » (Boèce)

« Ce qu’ils reçoivent leur semble n’être rien : dévorant tout ce qu’elle obtient, leur rapacité‚ sauvage, ouvre encore plus grande leur gueule. Quelles rênes pourraient contenir leur passion, effrénée dans des limites infranchissables, quand, croulant littéralement sous les présents, leur soif de posséder fait rage ? » (Boèce)

« On ne peut se rendre maître des choses en les possédant toutes ; il faut s’en rendre maître en les méprisant toutes. » (Bossuet)

« Au lieu d’utiliser la photographie pour enrichir une vision active et consciente, ils s’en remettaient à elle et prêtaient moins attention au monde … convaincus qu’elle leur en assurait automatiquement la possession. » (Alain de Botton) – Les hordes d’abrutis qui photographient à tour de bras ce qu’ils ne regardent pas.  Les obsédés de la possession. 

« La civilisation nous enseigne comment nous saisir des choses, alors que c’est à l’art de nous en dessaisir qu’elle devrait nous initier, car il n’y a de liberté ni de vraie vie sans l’apprentissage de la dépossession. » (Emil Cioran)

« L’abnégation laisse au jugement toute sa clarté, comme l’air qui redevient pur quand les vapeurs qui l’obscurcissaient sont dissipées … Liberté d’esprit, sérénité de la raison, repos, tranquillité et confiance paisible … Plus il se dégage des créatures, plus il en jouit et y trouve d’agréments … l’esprit de propriété entraîne un souci. » (saint Jean de la Croix) – Comme souvent avec cet auteur, il faudrait réintroduire Dieu dans une citation complète. Je me suis permis  de laïciser  saint Jean de la Croix.

« Fichte écrivait que la société parfaite et achevée n’engendrerait pas le parfait bonheur, mais une immobilité par définition privée d’espérance, et caractérisée par la détresse. Ce qui signifie que le bonheur tient davantage dans l’espérance que dans la possession. » (Chantal Delsol)

« La possession matérielle est une stratégie pour répondre à des besoins plus profonds tels que la sécurité, l’épanouissement, les liens. » (Cyril Dion)

« La raquette de tennis que l’on achète, mais que l’on n’utilise pas, la carte de club que l’on acquiert pour ne jamais ou presque le fréquenter … Les activités d’enrichissement personnel (méditation, réflexion, pratique des arts, ‘farniente’ même…) sont particulièrement chronophages … On achète certes des biens culturels (livres…) mais pour les collectionner plus que pour s’en imprégner. A ce stade, la possession a purement et simplement remplacé l’usage. » (Jean-Pierre Dupuy) – Combien de livres sont achetés, combien sont réellement lus.

« On possède plus la chose éloignée que l’on veut que celle qui est posée sur les genoux et dont on ne veut pas. » (Maître Eckhart)

« En faisant apparaître comme un honteux régime de privilèges ce qui, dans le domaine économique, correspondait encore à l’idée féodale, on brisa la connexion organique entre personnalité et propriété, entre fonction et richesses, entre une certaine qualification, une certaine stature humaine et la possession juste et légitime des biens … Lorsque la propriété manque de toute légitimation supérieure, on peut toujours demander pourquoi les uns possèdent et les autres pas … pourquoi les uns se sont assurés des privilèges et une prééminence sociale (souvent beaucoup plus étendus que ceux du système féodal), sans présenter pour autant une valeur humaine … supérieure à celle des autres. » (Julius Evola)

« L’usage seulement fait la possession – Je demande à ces gens de qui la passion – Est d’entasser toujours, de mettre somme sur somme – Quel avantage ils ont que n’ait un autre homme – Il ne possédait pas l’or, mais l’or le possédait -. Puisque vous ne touchiez jamais à cet argent  – Mettez une pierre à la place – Elle vous vaudra tout autant. » (La Fontaine – L’avare qui a perdu son trésor)

« Insensés que nous sommes, nous voulons tout conquérir, comme si nous avions le temps de tout posséder. » (Frédéric II)

«  La possession parfaite ne se prouve que par le don. Tout ce que tu ne sais pas donner te possède. Sans sacrifice il n’est pas de résurrection. Rien ne s’épanouit que par l’offrande. Ce que tu prétends protéger en toi s’atrophie. » (André Gide – Les nouvelles nourritures) Si le grain ne meurt…

« C’est dans l’abnégation que  chaque affirmation s’achève. Tout ce que tu résignes en toi prendra vie. Tout ce qui cherche à s’affirmer se nie ; tout ce qui renonce s’affirme. La possession parfaite ne se prouve que par le don… » (André Gide) – Attention quand même à ne pas trop en faire, pour ne pas disparaître.

« Ce que l’on ne comprend pas, on ne le possède pas. » (Goethe)

« On ne possède rien, jamais qu’un peu de temps. » (Eugène Guillevic)

« La rencontre promet plus que l’étreinte ne peut tenir. » (Hugo von Hofmannsthal)

« A force de vouloir posséder, nous sommes nous-mêmes devenus possédés. » (Victor Hugo)

« Le bien est dans le bon usage que l’on fait de n’importe quoi. » (Marcel Jouhandeau)

« Nous sommes passés d’une civilisation de l’être à une civilisation de l’avoir, où la dignité humaine se mesure à la possession … ce qu’indique bien les nouvelles expressions pour qualifier la pauvreté, constituées avec l’adverbe ‘sans’ : les sans-travail, les sans-logis, les sans domicile fixe, les sans-papiers. » (Jacques Julliard)

« Le maître et le possesseur de la nature (l’homme, selon Descartes) se rend compte qu’il ne possède rien et n’est maître ni de la nature (celle-ci se retire peu à peu de la planète) ni de l’histoire (elle lui échappe) ni de soi-même. » (Milan Kundera – cité par Alain Finkielkraut)

« Quand on possède un château, on n’a pas de yacht : tout l’argent passe dans la réfection de la toiture ! On a le devoir de préserver la beauté. » (Anne de Lacretelle) – On n’a pas besoin de se montrer. C’est toute la différence entre des familles comme d’Ormesson, Lacretelle…  et d’autres comme Tapie,…

« On peut être sensible au désir de perdre (un objet, une position…), mais n’être plus sensible au plaisir de le, ou la, posséder. » (François Lelord, Christophe André) 

« C’est pourtant vrai qu’on ne devrait jamais posséder que ce que l’on peut posséder avec nonchalance. » (Simon Leys)

« Le désir d’atteindre le rang hiérarchique le plus élevé possible, autrement dit la volonté de puissance, se lie au besoin de posséder devenu une véritable névrose dont la satisfaction procure le pouvoir … Le désir de thésauriser augmente avec la quantité de ce qui a été thésaurisé ; la pire des surenchères réciproques se fait entre le pouvoir et la volonté de pouvoir. » (Konrad Lorenz)

« Dans l’ordre spirituel on ne possède que ce que l’on donne. » (cardinal Henri de Lubac)

« Le ‘monde bourgeois’ a des pères. Ce monde est né d’un grand mouvement du cœur vers la sainte possession des biens terrestres qui est à l’origine du capitalisme, du mercantilisme et de l’industrialisme économiques comme du naturalisme et du rationalisme philosophiques. » (Jacques Maritain)

« C’est le jouir, non le posséder, qui nous rend heureux. » (Montaigne)

« Il est plus facile de se passer des choses que de perdre son temps à les acquérir. » (Eugène Morand – père de Paul)

« Il n’y a que le désir, parce que dans le désir, il n’y a que soi, tandis que dans la possession, on est deux. C’est le pluriel qui est l’obstacle. » (abbé Mugnier – à Jean Cocteau sur sa solitude)

« Ce n’est que jusqu’à un certain degré que la possession rend l’homme indépendant et libre. Un échelon de plus et la possession devient le maître, le possédant l’esclave. Il faut dés lors qu’il lui sacrifie son temps, sa réflexion et il se sent dés lors obligé à certaines fréquentations, attaché à un lieu, incorporé à un état… » (Nietzsche)

« Vous ne possédez rien en dehors des quelques centimètres cubes de votre propre crâne. » (George Orwell)

« C’est la quête et non la prise qui importe. » (Blaise Pascal)

« Tout le titre par lequel vous possédez votre bien n’est pas un titre de nature, mais d’un établissement humain … Il n’y a nul lien naturel qui les attache (l’état de batelier ou celui de duc) à une condition plutôt qu’à une autre. » (Blaise Pascal – Trois discours sur la condition des Grands)

« Le désir n’est pas de l’objet, en fonction de ses qualités propres, mais du simple fait de posséder. » (Natacha Polony)

« Pour posséder il faut avoir désiré. » (Marcel Proust)

« Le désir fleurit, la possession flétrit toutes choses. » (Marcel Proust)

« On jouit moins de ce qu’on obtient que de ce qu’on espère. » (J. J. Rousseau)

« Qui n’apprécie point ne possède point. » (Père Joseph Roux)

« Ce n’est souvent que la perte des choses qui nous en enseigne la valeur. » (Schopenhauer)

«  La juste mesure ? D’abord le nécessaire. Ensuite le suffisant … Qu’est-ce que tu préfères : avoir beaucoup ou suffisamment ? Celui qui a beaucoup en veut plus. C’est bien la preuve qu’il n’en a pas encore suffisamment. Celui qui en a suffisamment a obtenu ce qu’il n’est jamais donné au riche de connaître : la fin de son désir. » (Sénèque – sur les richesses) 

« Moins on a besoin des richesses, mieux on en jouit … Si peu que je possède, j’aurai de toute  façons plus de provision pour la route que de route à faire (du moins à un certain âge). » (Sénèque)

« En toutes choses on est plus ardent à la poursuite qu’à la jouissance. » (Shakespeare)

« On ne méprise les choses qui nous manquent que parce qu’elles nous manquent. Elles changeraient de valeur à nos yeux si nous les possédions. » (baron de Stassart)

« C’est l’intensité de la possession qui fait à nos yeux le prix des objets que nous possédons. Il y a beaucoup plus de jouissance à posséder merveilleusement des choses ordinaires qu’à posséder ordinairement des choses merveilleuses. » (Edmond Thiaudière)

« Différence, sinon contradiction, entre ‘cueillir’ et ‘accueillir’. » (Gustave Thibon)

« ‘Je choisis tout’, renoncement absolu, la possession de tout passant par le rien. Choisir, c’est exclure. » (Gustave Thibon – citant Thérèse de Lisieux)

« Il est vraiment libre, l’homme qui ne possède rien. » (Jules Verne)

« Plus grandes seront les possessions, plus lourd, si le sentiment ascétique résiste à l’épreuve, le sentiment de responsabilité à leur égard, le devoir de les conserver intactes pour la gloire de Dieu, et même, si possible, de les multiplier par un travail sans relâche … L’ascétisme protestant … s’opposa avec une grande efficacité à la jouissance spontanée des richesses et freina la consommation, notamment celle des objets de luxe … Ce qui est véritablement répréhensible moralement c’est de se reposer sur ses possessions, de jouir de sa richesse, la possession n’est suspecte que parce qu’elle incite à cette forme de repos (oisiveté…), le repos éternel des saints est dans l’au-delà. » (Max Weber – L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme) – D’où une énorme capacité d’accumulation du capital.

« Ne priver aucun être humain de ces biens (moyens) relatifs et mélangés (foyer, patrie, traditions, culture, etc.) qui réchauffent et nourrissent l’âme et sans lesquels, en dehors de la sainteté, une vie ‘humaine’ n’est pas possible. » (Simone Weil) – C’est pourtant ce qu’on s’efforce de faire en France afin de désespérer les gens du peuple et de les remplacer aisément.

« L’attachement n’est pas autre chose que l’insuffisance dans le sentiment de la réalité. On est attaché à la possession d’une chose parce qu’on croit que si on cesse de la posséder, elle cesse d’être. » (Simone Weil)

« On ne possède que ce à quoi on renonce. Ce à quoi on ne renonce pas nous échappe. » (Simone Weil)

« Nous ne possédons rien au monde – car le hasard peut tout nous ôter – sinon le pouvoir de dire ‘je’. C’est cela qu’il faut donner à Dieu, c’est-à-dire détruire. Il n’y a absolument aucun autre acte libre qui nous soit permis, sinon la destruction du ‘je’. » (Simone Weil)

« L’avenir ne nous donne rien ; c’est nous qui pour le construire devons tout lui donner. Mais pour donner il faut posséder, et nous ne possédons d’autre vie, d’autre sève, que les trésors hérités du passé et digérés, assimilés, recréés par nous. L’attachement au passé n’a rien de réactionnaire, il est une force d’inspiration. » (Simone Weil) – Mais comme on ne veut plus que des laquais !

« Ce qui est à moi est à moi, pour le reste, on partage. » (axiome anglo-saxon) – Principe fort utile, entre mille, pour occuper les placards d’autrui.

« Les hommes achètent des biens, mais ce sont les biens qui les achètent. » (proverbe)

« Possession est titre, et usage rend maître. » (proverbe)

« Rien n’a qui assez a. » (proverbe) 

« On est possédé par ce que l’on possède. » (proverbe hindou)

« Le désir fleurit et la possession flétrit. » (?)

« Posséder libère, dit la modernité. Posséder enchaîne, dit la sagesse de tous les temps. » (?)

« La possession est la mort du désir. » (?)

« On ne possède que ce que l’on cherche. » (?)

« On ne possède vraiment que ce que l’on a perdu. » (?)

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