470,2 – Mots

– S’il est connu que le mot chien ne mord pas, certains mots peuvent mordre cependant. – « Les mots réalisent ce qu’ils expriment. » (saint Thomas d’Aquin)

– Aucun n’a le même contenu intelligible ou émotionnel, n’induit les mêmes représentations pour chacun ; au moins pour les mots exprimant des abstractions : Beauté, Bonheur, Intelligence, Justice, Morale, … Durand n’entend pas exactement ce que voulait dire Dupont. 

– Double sens, exemple : Provocation, simple et classique défi pour incliner l’autre ou bien manipulation tordue pour faire commettre une erreur à autrui.

– « Eviter d’inscrire ‘in situ’ la pensée que l’on développe. Ne pas parler ‘d’argent’, plutôt évoquer la ‘monnaie’. Ne pas traiter des ‘classes’ mais des ‘catégories sociales’… Il est aussi pris comme un gage de modération que de fabriquer des substantifs à partir de participes présents tels que ‘migrance’, ‘consultance’, ‘survivance’, ‘militance’, ‘gouvernance’. Ce temps de verbe est passif et il renvoie par conséquent à un état de fait sans histoire … il traite les choses sur un mode désincarné. » (Alain Deneault – La médiocratie)

– Dégénérescence du langage et dictature des euphémismes (« La pratique généralisée de l’euphémisme étant un trait caractéristique de la novlangue. » – Jean-Pierre Lebrun) ou des termes innocents qui font moins peur aux paltoquets, nouveaux tranquillisants qui montrent combien nous avons peur du Mal : Contre-vérité, Inapproprié (contredit la vérité officielle), Fake news (idem – ex-mensonge),  Incivilité ou Indélicatesse ou Inapproprié (ex-violence, insulte, coups…), Péter les plombs (excuse n’importe quelle atrocité), Jeunesse turbulente (vandalisme et saccages), Déviant (ex-casseur, terroriste, djihadiste, salaud de toute espèce…), Prélèvements (ex-impôts), Intrus, Mal-entendant, Mal-voyant, Personne à mobilité réduite ou en situation de handicap (ex-handicapé), Mouvement social (ex-grève), Senior ou troisième, quatrième, cinquième âge (ex-vieux ou âgé), Avancer en âge (ex-vieillir), Technicienne de surface, hôtesse de caisse (ex-caissière), Gens du voyage (ex-gitans), Sans-papiers (ex- clandestins), Personne de petite taille, Zones prioritaires (ex-ghettos), Emplois-jeunes (ex-assistance), Disparition (ex-mort), Malaise (jadis le Mal), IVG (ex-avortement), Erreur de gestion (ex-escroquerie), Ressource humaine (ex-travailleurs), Catégories sociales (ex-classes sociales), Monnaie (moins concret que l’argent), défavorisés ou démunis ou exclus (ex-pauvres), Episode neigeux (il neige), Personne appartenant à la communauté noire, la Fracture sociale (ex-injustice sociale), Situation de non emploi ou en recherche de ou demandeur de (ex-chômeur), Plan social (ex-licenciements), Acquis sociaux (privilèges), Opération du maintien de la paix ou de protection des populations (ex-guerre), Il, ou Elle, est partie(e) (mort). Economie parallèle (trafic de stupéfiants), Quartiers sensibles (zones de non-droit), En situation de handicap (laquelle n’est donc qu’une situation parmi d’autres),. Bientôt on parlera d’une femme âgée comme d’une femme chronologiquement avancée. Dans le domaine guerrier : Pacification, Transfert de population, Rectification de frontières, Mise à l’écart des éléments suspects, etc. – Dans le domaine des entités vides : Libération, Emancipation, Résistance, Révolution, Progrès, Modernité, Changement, Croissance, Diversité, Identité, Citoyenneté, etc.

– « L’euphémisme témoigne du pouvoir créateur du langage, il diminue l’existence de ce qui est prononcé de manière atténuée. » (Jacques Dewitte)

– « Eviter d’inscrire ‘in situ’ la pensée que l’on développe. Ne pas parler ‘d’argent’, plutôt évoquer la ‘monnaie’. Ne pas traiter des ‘classes’ mais des ‘catégories sociales’… Il est aussi pris comme un gage de modération que de fabriquer des substantifs à partir de participes présents tels que ‘migrance’, ‘consultance’, ‘survivance’, ‘militance’, ‘gouvernance’. Ce temps de verbe est passif et il renvoie par conséquent à un état de fait sans histoire … il traite les choses sur un mode désincarné. » (Alain Deneault – La médiocratie)

– « Entrepreneur, c’est positif ; Patron, c’est autoritaire ; Chef d’entreprise, c’est technologique, hiérarchique… » (Jean-Pierre Lebrun) – Le gang politico-médiatique sait choisir les mots qui lui conviennent, et surtout prohiber les malsonnants.  De même ce terme splendide qui dit tout (flexibilité, souplesse) et rien : Employabilité.

– Superflu de recenser les expressions globishs : fan, leadership, manager, job, follower, like, coach, consulting, newsletters, showbiz, merchandising, relay, open space, booké, happy ceci et cela, made for sharing (les J. O. à Paris)… innombrables!

– Au cimetière de l’universalisme langagier, l’expression : Madame, Monsieur, survivance de l’insupportable différence des sexes et victime expiatoire désignée, utiliser : concitoyens, habitants, présents, invités… Dans d’autres circonstances : Festivités de l’hiver (ex-Noël), Festivités du printemps (ex-Pâques), Fêtes de ceux que l’on aime (ex-Pères et Mères)… ( Samir Biasoni)

« Est-ce qu’on traite aujourd’hui un fou de’ fou’ ? … tellement nous avons peur du Mal. » (Jean Baudrillard) – « Chaque fois que l’euphémisme envahit une langue et qu’on n’ose plus dire les choses comme elles sont … un mauvais coup se prépare … Les années 90, qui furent celles du retour à la précarité, au chômage de masse, multiplièrent à l’infini les expressions indolores. » (Pascal Bruckner) – « Les euphémismes aggravent l’horreur qu’ils sont censés déguiser. » (Emil Cioran) – « Ne dites pas que le climat se détraque, dites qu’il change. » (Philippe Muray) – « ‘Sans-papiers’, terme forgé par les militants de la gauche radicale altermondialiste pour en finir avec la force péjorative du mot ‘clandestins’ … Les ‘migrants’ sont rebaptisés ‘réfugiés’. » (Ingrid Riocreux)

– Fuir la réalité en édulcorant les mots qui la décrivent est un déplorable retour à l’ancestrale mentalité magique doublé d’une attitude de petitesse personnelle. Une société comme une personne qui s’avachit suffisamment pour avoir peur même des mots les plus simples et refuse d’utiliser les termes adéquats dans une situation donnée, qui remplace les mots durs par des mots flasques (Simon Leys), révèle sa  médiocrité, son impuissance. On peut être assuré de sa lâcheté. Jadis on avait simplement perdu la tête, ou même la boule, on était gâteux, c’était sans doute moins noble qu’être Alzheimérisé, mais on comprenait d’autant mieux. Demain on ne parlera plus de filiation mais de traçabilité ! La langue porte la marque des affaissements de civilisation.  Le plus simple est encore de supprimer les mots qui évoquent des choses gênantes, race…

– « J’évite de faire des concessions à la pusillanimité.  On ne peut savoir où cette voie nous mène ; on cède d’abord en paroles et puis peu à peu aussi en fait. » (Sigmund Freud) – La seule question est de savoir si ce comportement est induit par la lâcheté ou s’il engendre la lâcheté ; réponse les deux.

– Pour qui initie à toute technique, l’apprentissage et le respect de la terminologie qu’elle implique par l’élève permet vite de savoir si on a affaire à quelqu’un de sérieux ou à un esprit décousu – et souvent rebelle ; dans ce dernier cas inutile d’insister.

– Sans vocabulaire, impossibilité d‘exprimer des pensées autres que superficielles. Sans maîtrise du vocabulaire officiel (voir fin de rubrique), impossibilité d’être ‘invité’ à la télévision.

– Huit expressions sont indispensables : Je – Oui – Non – S’il vous plaît – Merci – Pardon – Bravo – D’accord.

–  « Il faut apprendre à dire ‘Non’. » (Octavio Paz) – « Caractéristique majeure depuis un petit demi-siècle des sociétés occidentales, particulièrement de la France, cette facilité, cette veulerie, parfois cette lâcheté et cette bassesse qui consistent à ne plus savoir dire non. Car cela revient, ne serait-ce qu’un moment, à être mal vu, antipathique, à s’attirer la réprobation d’autrui. » (Dominique Noguez) – Celle des innombrables laquais

– « Que votre oui soit oui, que votre non soit non, tout le reste vient du Malin. » (Evangiles) – Ce qui exclut le : En même temps d’Emmanuel Macron ou le : Je sais bien mais quand même…

– L’usage de trois est à restreindre : Mais – Pourquoi – A quoi ça sert ?

« Le pourquoi ne laisse aucun repos, n’offre aucun lieu de halte, ne fournit aucun point d’appui … Il nous engage dans un impitoyable et-ainsi-de-suite. » (Alain Finkielkraut)

– « ‘Oui’ et ‘Non’ sont bien courts à dire, mais, avant que de les dire, il y faut penser longtemps. » (Baltasar Gracian

– « L’idée de ‘déni’ est une des plus belles trouvailles du XX° siècle. C’est la clé pour comprendre notre temps : crainte de nommer les choses, soif d’amoindrir les faits, penchant pour le jugement moral, devoir de détourner les yeux devant la réalité réputée infectieuse. Oui, la réalité est sale et par conséquent les mots doivent être changés, tels des pansements ; c’est la conviction d’une époque hygiéniste. » (Stéphane Breton)

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« Les importants n’argumentent point ; ils se contentent de répéter la même chose, en haussant seulement le ton. » (Alain – cité par Pierre-André Taguieff)

-« Être sûr que si l’autre dit oui, c’est oui, et que s’il dit non, c’est non. » (Thomas d’Ansembourg)

« Le simple fait de nommer des choses, de créer des mots est la manière qu’a l’homme de s’approprier … de désaliéner, un monde dans lequel chacun naît étranger et nouveau. » (Hannah Arendt)

« Le meilleur moyen d’entrouvrir un mot pour en faire sortir la ou les pensées qu’il abrite (car, j’oubliais de le signaler, il est fréquent qu’un seul mot abrite toute une portée de pensées, nées d’accouplements dont nous ne savons pas grand-chose et qui ne se ressemblent pas forcément beaucoup), c’est d’essayer de le traduire. » (Marc Augé)

« Certains substantifs présentent une usure qu’on ne peut tout à fait cacher, aussi faut-il les revigorer par des adjectifs ou des adverbes, ainsi : l’indépendance devient vraie, les aspirations authentiques, les destins indissolublement liés … l’adjectif confère au discours une valeur future … L’adjectif vise ici à dédouaner le nom de ses déceptions passées, à le présenter dans un état neuf, innocent, crédible.  Malheureusement ces adjectifs de revigoration s’usent. » (Roland Barthes – qui prend des exemples sur l’actualité de son temps)

« La magie des mots fait autant que la puissance de la logique. » (Anne Barratin)

« Les mots ne sont pas des outils qui s’ajoutent à notre pensée : ils sont ce dans quoi elle peut naître. » (François-Xavier Bellamy)

« Si les anciens mettaient leur effort à corriger le vague des mots, les modernes l’emploie à en effacer la netteté. » (Julien Benda)

« Le mot d’égalité les envoûte et le mot de vérité les hérisse. » (Philippe Bénéton)

« Les mots ne sont pas neutres. Ce qui s’inscrit dans la langue, c’est un filtre posé sur le monde. » (Philippe Bénéton) 

« Les mots me sont toujours apparus comme un écran entre l’esprit et le cœur. » (Philippe Bilger)

« La puissance des mots est liée aux images qu’ils évoquent et est tout à fait indépendante de leur signification réelle. Ce sont parfois ceux dont le sens est le plus mal défini qui possèdent le plus d’action. Tels, par exemple, les termes : socialisme, démocratie, égalité, liberté, etc., dont le sens est si vague que de gros volumes ne suffisent pas à le préciser. Et pourtant il est certain qu’une puissance vraiment magique s’attache à leurs brèves syllabes, comme si elles contenaient la solution de tous les problèmes. Ils synthétisent les aspirations inconscientes les plus diverses et l’espoir de leur réalisation. » (Gustave Le Bon)

« Une des fonctions les plus essentielles des hommes d’Etat consiste donc à baptiser de mots populaires, ou au moins neutres, les choses que les foules ne peuvent supporter avec leurs anciens noms. La puissance des mots est si grande qu’il suffit de désigner par des termes bien choisis les choses les plus odieuses pour les faire accepter des foules … Déguiser sous des mots bien choisis les théories les plus absurdes suffit souvent à les faire accepter. » (Gustave Le Bon)

« La puissance des mots est liée aux images qu’ils évoquent et tout à fait indépendante de leur signification réelle. Ceux dont le sens est le plus mal défini possèdent parfois le plus d’action ; tels par exemple : démocratie, socialisme, égalité, liberté… » (Gustave Le Bon)

« Les mots sont des symboles qui postulent une mémoire partagée. » (Jorge Luis Borges)

« Le dernier mot dans une affaire est toujours un chiffre. » (Albert Brie)

« Un Français parle la même langue que nous, mais avec d’autres mots. » (Albert Brie)

« ‘Le langage induit par la technologie, en devenant fonctionnel, rejette de la structure et du mouvement de la parole tous les éléments non conformes’ … En moins de dix ans, le langage est devenu l’ombre de lui-même jusqu’à n’être même plus porteur de l’ombre des choses … au lieu d’aider la pensée à devenir, la langue la freine, jusqu’à l’empêcher d’être, en l’asphyxiant lentement sous le poids des mots amorphes dont elle se laisse de plus en plus encombrer. » (Annie Le Brun – citant Herbert Marcuse) – Ce, indépendamment de l’inculture générale, comme de la férocité de la censure dite démocratique.

« Les qualités anesthésiantes du sigle et la liquidation du négatif … L’utilisation des sigles qui tient désormais du phénomène endémique … Ce n’est sûrement pas par pudeur que les ‘maladies sexuellement transmissibles’ n’existent plus désormais que comme ‘MST’ … Ce n’est pas par discrétion que les ‘organisations non gouvernementales’ n’ont droit de cité que comme ‘ONG’ (inutile de rappeler l’existence des gouvernements derrière et leurs subventions-manipulations) … Que les ‘personnes sans domicile fixe’ ont été métamorphosées en ‘SDF’ … L’être disparaît peu à peu dans ce nouvel usage des sigles, ne renvoyant plus qu’à des qualités ou plutôt qu’à une absence de qualités … Méconnaître le corps jusqu’à gommer ce que l’euphémisme en disait encore. » (Annie Le Brun) – « L’effet lénifiant du voile pudique de l’acronyme : IVG, PMA, GPA… bientôt sans doute la FDV (fin de vie dans la dignité, pour l’euthanasie, voire pour le suicide assisté). » (Gabrielle Cluzel)

« Il ne faut pas jeter un déluge de mots sur un désert d’idées. » (Buffon)

« Les mots ne  sont plus employés pour le sens qu’ils ont, mais pour l’effet qu’ils font. » (Roger Caillois) – Au pays de l’esbroufe.

« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. » (Albert Camus) – Spécialité de journalistes soit incultes soit agitateurs (en général, les deux), afin d’apporter leur contribution à la confusion et à l’imbécillité générale.

« Un bon test de qualité de la communication, en général, c’est que l’autre reprenne les mots mêmes, ou les noms, lancés par l’un : qu’il ne se contente pas de les entendre ni même d’acquiescer, c’est qu’il les prononce. » (Renaud Camus)

« Les mots nous jouent des tours et nous ne sommes maîtres de les infirmer, parce qu’ils ont souvent la force que nos arguments n’ont pas, à moins que nous ne leur en opposions d’autres, aussi lourds de symboles et non moins capables de susciter un train d’impressions parfaitement liées à partir d’un ébranlement, où la logique n’a sans doute rien à démêler. » (Albert Caraco)

« Lorsque moi j’emploie un mot, il signifie exactement ce qu’il me plaît qu’il signifie, ni plus, ni moins. »  (Lewis Carroll)

« Aimer, haïr, honneur… On devrait constituer un cimetière des mots décédés. » (Jean Cau) – Et ceux que nous ne sommes pas arrivés à tuer sont pourris dans le jargon anglo-saxon qui les recouvre, ainsi Pride pour Fierté, il est vrai que les causes qu’ils servent généralement !

« Les mots appartiennent à des systèmes mentaux ; en adoptant les premiers, nous acceptons inconsciemment les seconds. » (Père Michel de Certeau) – D’où l’importance de s’emparer des média. Voir Antonio Gramsci et la situation française de dictature médiatique.

« Pas d’adjectifs ; le moins possible, ils affaiblissent un style naturellement fort, vif … L’adjectif, c’est comme les bijoux. Une femme élégante ne porte pas de bijoux (ou bien c’est un solitaire qui vaut cinq millions) … Jamais de métaphores … Pas de mots superflus. Ils n’ajoutent rien ; ils affaiblissent … ‘Je vous déteste fortement’ est plus faible que ‘Je vous déteste’. Le moins de mots possibles. Pas de mots outrés… » (Jacques Chardonne) – Dont on peut admirer le style. Du temps où il y avait un style. Quant à l’auteur de ce recueil, disons qu’il en prend pour son grade !

« Les mots trop répétés s’exténuent et meurent. Le processus de vieillissement dans l’univers verbal suit un rythme autrement accéléré que dans l’univers matériel. » (Emil Cioran)

« C’est en perdant le contact avec les mots qu’on perd le contact avec les êtres. » (Emil Cioran)

« Si on me demandait de résumer le plus simplement possible ma vision des choses, de la réduire à son expression la plus succincte, je mettrais à la place des mots un point d’exclamation, un ! définitif. » (Emil Cioran)

« Si, par hasard ou par miracle, les mots s’envolaient, nous serions plongés dans une angoisse et une hébétude intolérables … C’est l’usage du concept qui nous rend maîtres de nos frayeurs. Nous disons : la Mort, et cette abstraction nous dispense d’en ressentir l’horreur et l’infini. En baptisant les choses et les événements  nous éludons l’Inexplicable : l’activité de l’esprit est une tricherie salutaire, un exercice d’escamotage ; elle nous permet de circuler dans une réalité adoucie, confortable et inexacte … la réflexion naquit un jour de fuite ; la pompe verbale en résulta … C’est l’abstraction, les sonorités sans contenu dilapidées et boursouflées, qui ont empêché l’homme de  sombrer, et non pas les religions ou les instincts … Lorsqu’Adam fut chassé du paradis, au lieu de vitupérer son persécuteur, il s’empressa de baptiser les choses : c’était l’unique manière de s’en accommoder et de les oublier … Les bases de l’idéalisme furent posées. » (Emil Cioran)

« Les mots ne doivent pas couler : ils s’encastrent. C’est d’une rocaille où l’air circule librement qu’ils tirent leur verve. Ils exigent le ‘et’ qui les cimente, sans oublier les ‘qui, que, quoi dont’. La prose n’est pas une danse, elle marche. C’est à cette marche ou démarche qu’on reconnaît sa race. » (Jean Cocteau)

« Si les dénominations ne sont pas correctes, les discours ne sont pas conformes à la réalité, et si les discours ne sont pas conformes à la réalité, les actions entreprises n’atteignent pas leur but. » (Confucius)

« Lorsque les mots perdent leur sens, les hommes perdent leur liberté. » (Confucius) – c’est bien l’objectif inavoué de la confusion actuelle  

« Les mots sont les ombres des faits. » (Démocrite)

« … Sans adjectifs et au singulier, les mots nobles se dégradent au pluriel : ajoutez un ‘s’ à ‘bien’ et ce ne sont plus que des biens qui relèvent d’un marchand ; un ’s’ à ‘valeur’ et de la morale vous passez aux cours de bourse ; un ‘s’ à ‘honneur’ et des principes vous chutez au bulletin des monnaies et médailles ; un ‘s’ à ‘droit’ et vous descendez de la justice aux cahiers de revendications. Espérance au pluriel n’est plus qu’une attente d’héritage qui vous chasse des demeures de l’esprit pour l’antichambre du notaire. » (Jean-François Deniau)

« Une civilisation qui ne croit pas aux mots qu’elle emploie est morte. » (Jean-François Deniau)    

« Pensez vite et  parlez lentement ; le poids des mots est directement proportionnel à leur durée. » (Auguste Detoeuf)

« Il vaut mieux s’occuper à bien penser et à bien exprimer ce qu’on pense qu’à perdre le temps à un travail où la pensée est subordonnée aux mots, au lieu que ce sont les mots qu’il faut toujours subordonner aux pensées. » (Dumarsais)

« En ‘apprenant le langage’, vous n’apprenez pas seulement le nom des choses, mais ‘ce que c’est qu’un nom’ ; pas seulement la forme d’expression convenant à l’expression d’un désir, mais ‘ce que c’est que d’exprimer un désir’ ; pas seulement ce que c’est que le mot ‘père’, mais ‘ce que c’est qu’un père’, pas seulement le mot ‘amour’, mais ‘ce que c’est que l’amour’ … En apprenant le langage, on apprend aussi les ‘formes de vie’ qui font de ces sons les mots qu’ils sont, en état de faire ce qu’ils font. Apprendre des mots, c’est apprendre des concepts sociaux, c’est être initié à une forme de vie. » (Alain Ehrenberg) – En détruisant le mot Père, on détruit la fonction, tel est l’objectif qui n’est caché qu’aux imbéciles : préparer des lendemains de violence grandiose.

« Je restaurerai d’abord le sens des mots. » (un empereur chinois à qui l’on demandait sa première mesure – cité par Thomas Molnar)

« Combien d’adjectifs, c’est-à-dire de nuances ou de qualités sensibles, l’entrée du mot ‘cool’ a chassés du monde. » (Alain Finkielkraut)

« La déclaration conjuguée des droits de l’homme et de l’équivalence des cultures a eu raison, une fois pour toutes, de l’humilité et de la prévenance envers les mots. » (Alain Finkielkraut)

« Chaque fois qu’on pose un mot sur une chose, c’est comme un veston qu’on accroche à une patère ; la patère disparaît. » ( ? – cité par Alain Finkielkraut)

« Quand un mot ne désigne plus rien de probant, il devient incantatoire. » (Michel Foucauld?)

« Il fut des temps barbares et gothiques où les mots avaient un sens ; alors les écrivains exprimaient des pensées. » (Anatole France)

« Céder sur les mots, c’est céder sur les choses. » (Sigmund Freud ?) – C’est bien pour conforter son pouvoir que la meute dominante (et notamment médiatique) interdit l’usage de certains mots et en impose d’autres. George Orwell l’avait déjà dit avec 1984.

« Je prends possession du monde par les mots. » (Goethe)

« Avant tout, tenez-vous-en aux mots !

« Par là vous franchirez la porte sûre

« Qui donne accès au temple de la certitude ;

« Car c’est précisément où manquent les idées

« Qu’au bon moment se présente un mot. » (Goethe – Faust)

« On sait qu’Orwell conseillait aussi (comme Churchill) si l’on désirait convaincre, d’opter systématiquement pour le mot le plus court. » (Gilles-William Goldnadel)

« Le mot n’est pas là pour expliquer, comprendre, affirmer des valeurs ou des principes, il est là pour plaire, pour produire la denrée de spectacle nécessaire à la séduction des masses, pour appâter le consommateur de produits politiques sans devoir mobiliser le citoyen … Perte du sens des mots, perte du monde commun, perte du monde commun, perte des valeurs partagées…. » (Roland Gori)

« Rien n’est plus trompeur que le sentiment d’avoir une représentation neutre de la réalité, comme si les mots ne venaient qu’après coup pour dépeindre la situation qui tombe sous notre regard … ‘L’homme se comporte comme s’il était le créateur et le maître du langage, alors que c’est celui-ci au contraire qui est et demeure le souverain’ (Martin Heidegger) … Il nous semble que notre pensée précède le langage, qu’elle trie les mots … mais nous cherchons des mots avec d’autres mots. Le langage est la matrice et non l’outil de la pensée … La principale menace qui entraverait toute possibilité de désaliénation provient d’une acceptation sans réserve de nos habitudes linguistiques que l’idéologie tend à faire passer pour une condition universelle et transcendantale … Quand nous n’arrivons pas à trouver un autre terme que ‘gérer’ ou ‘structurer’ pour qualifier …  nous expérimentons une forme d’enfermement de la langue dans la barbarie technocratique et technico économique … La langue dirige aussi nos sentiments, elle régit notre être moral d’autant plus naturellement que nous nous en remettons  inconsciemment à elle. Et qu’arrive-t-il si cette langue est constituée d’éléments toxiques. Les mots peuvent être comme de minuscules doses d’arsenic ; on les avale sans y prendre garde … Chacun croit qu’il joue son propre rôle, qu’il participe à des scénarios sociaux dont il se croit l’auteur alors qu’il n’en est que le figurant. » (Roland Gori et Pierre Le Coz)  – Sans même avoir lu Orwell et la novlangue de 1984, tous les  systèmes politiques savent que ; qui dirige la langue dirige  la pensée et  la conduite des locuteurs. 

« Seuls les chastes comprennent le mot ‘chaste’, seuls les luxurieux comprennent le mot ‘luxure’… La valeur de résonance mentale des mots a été exagérée. Le mot n’agit que sur les cellules à son diapason. » (Rémy de Gourmont)

« La pensée vole et les mots vont à pied. » (Julien Green)

« Chacun a son dictionnaire. » (Jean Guéhenno)

« Le mot, quand il est destiné à provoquer des réactions sentimentales, a une importance plus grande que la notion qu’il est censé représenter, et la plupart des idoles modernes ne sont véritablement que des mots … Phénomène connu sous le nom de ‘verbalisme’, où la sonorité des mots suffit à donner l’illusion de la pensée. » (René Guénon) – D’autant plus que maintenant, on ne sait même plus ce que les mots signifient.

« Lire avec négligence, quel fruit penses-tu que cela puisse t’apporter ? Qui a l’amour des mots, l’intelligence lui sera donnée, et en abondance ; mais qui n’a pas cet amour, même ce qu’il a par nature lui sera enlevé à cause de sa négligence. » (bienheureux Guerric d’Igny, 1100 ?) – Sur la lecture de la Bible. Mais de même pour les lectures profanes (du moins, celles, de plus en plus rares, où les mots sont choisis et adaptés).

« Chez nous, certains mots, certaines références, sont à ce point connotés qu’ils sont difficilement utilisables. La connotation l’emporte sur le sens, la symbolique triomphe du contenu. Le mot ‘famille’ … participe du pétainisme. ‘L’honnêteté’ et les philippiques contre la ‘corruption’ renvoient immanquablement aux années 30, aux ligues et aux camelots du roi… mariage, natalité, éducation parentale, valeurs même … » (Jean-Claude Guillebaud)  

« On est grisé davantage par les mots que l’on dit que par ceux qu’on écoute. » (Sacha Guitry)

« Les ‘mots’ qui sont mortels font vivre, du moins ceux qui les font. » (Sacha Guitry)

« Nous avons plus de mots pour désigner la corruption de nos qualités ; ainsi nous distinguons courage et témérité, prudence et pusillanimité, bienveillance et débonnaireté… que de mots pour désigner la conversion de nos défauts. Ainsi comment appeler cette forme d’avarice qui se change en économie prévoyante, cet égoïsme qui finit par rendre service, cette ambition qui engendre le service au bien public… » (Jean Guitton) 

« C’est dans le mot que nous pensons. » (Hegel)

« Au son du mot se rattache sa signification. Cette seconde partie du mot n’est pas perceptible par les sens. Le non-sensible dans les mots, c’est leur sens, leur signification … Les mots sont comme des seaux ou des fûts, d’où on peut puiser le sens … forme-son et contenu-sens. » (Martin Heidegger) – Signifiant, signifié ?

« Le mot une fois parti ne revient pas. » (Horace)

« Plus le langage se fond dans la communication, plus les mots qui jusqu’alors étaient véhicules substantiels du sens se dégradent et deviennent signes privés de qualité. » (Max Horkheimer et Theodor Adorno)

« Les mots justes sont des domestiques ; on sonne et ils viennent. » (Victor Hugo)

« Evitons les mots tabous … Même les programmes officiels, pour ne pas prononcer le mot ‘Morale’ emploient des circonlocutions ridicules. Comme si le mot était obscène. » (Vladimir Jankélévitch) – Pas facile, d’autant plus que, dans notre société de faiblards paniqués, ils deviennent de plus en plus nombreux.

« Jamais les mots ne manquent aux idées. C’est les idées qui manquent aux mots. Dès que l’idée en est venue à son dernier état de perfection, le mot éclôt ;  ou, si l’on veut, elle éclot du mot qui se présente et la revêt. »  (Joseph Joubert) – Ceci  n’est plus vrai en novlangue où nombre de mots sont bannis pour empêcher la pensée de s’exercer ; ici  actuellement.

« Quand une fois on a goûté du suc des mots, l’esprit ne peut plus s’en passer. On y boit la pensée. » (Joseph Joubert)

« Comment se fait-il que ce n’est qu’en cherchant les mots qu’on trouve les pensées ? » (Joseph Joubert)

« Tous ces mots répétés ressemblent aux coups que l’on redouble parce qu’on n’a pas porté celui qui serait décisif. » (Joseph Joubert) – Les avalanches d’adjectifs. Autant pour moi.

« La force (et l’énergie) des monosyllabes : ‘tout’, ‘rien’, ‘peu’,’trop’, etc. » (Joseph Joubert)

« Les mots sont la plus puissante drogue utilisée par l’humanité. » (Rudyard Kipling)

« Les mots peuvent être comme de minuscules doses d’arsenic : on les avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet, et voilà qu’après quelque temps l’effet toxique se fait sentir. » (Viktor Klemperer) – « La première cible de tous les totalitarismes a toujours été le langage. Qui contrôle et façonne le langage façonne la perception de la réalité, donc la réalité elle-même. » (Jérôme Leroy)

« Série de mots qui obscurcissent plus qu’ils n’éclairent et dont la fonction essentielle consiste à créer un semblant d’explication là où il n’y en a aucune. Ainsi ‘dialectiquement’, ‘structure’, ‘humanisme’, ‘réification’, ‘libération’… Le mot ’aliénation’ (comme d’autres) laisse entendre que nous autres qui l’employons, nous disposons d’une solution globale toute faite pour toutes les difficultés… » (Leszek Kolakowski)

« Il y a dans la vie de chacun de nous des mots qu’on regrettera toujours d’avoir prononcé, des mots qu’on n’aurait jamais dû sortir, des mots qu’on aurait dû avaler. » (Krishnamurti)

« Ne laissez pas les mots penser à votre place. Ayez une parole habitée. » (Krishnamurti)

« Monde où les mots et les images entretiennent de moins en moins de ressemblance avec avec les choses qu’ils semblent décrire. » (Christopher Lasch)

« Ce sont les mots qui conservent les idées et qui les transmettent, il en résulte qu’on ne peut perfectionner le langage sans perfectionner la science, ni la science sans le langage. » (Lavoisier)

« La richesse de notre expérience est proportionnelle à la luxuriance de notre vocabulaire. » (Bérénice Levet)

« Hier ist kein warum : ici, il n’y a pas de pourquoi. » (Primo Levi – citant ou imaginant la réponse du SS d’Auschwitz) – Sans prendre les SS pour modèles ! Dans une existence normale, nous pourrions peut-être réfréner parfois nos infantiles pourquoi,  (voir la remarque d’Alain Finkielkraut au début de cette rubrique).

« On trouve dans le Littré et le Robert les dates de naissance des mots, mais non leurs dates de décès. Sans compter ceux qui pâlissent, ceux qui ressuscitent brièvement, ceux qui restent employés mais se vident de leur substance, ceux qui se mettent à luire étrangement, ceux qui prospèrent en changeant de signification. » (Alfred Fabre-Luce)

« Dans la plupart des cas, la signification unique qu’un mot semble avoir est si vaste et vague, et ce mot emprunte tellement son caractère spécifique aux mots de la phrase où il figure, que c’est plutôt une possibilité de signification qu’une signification fixée. » (Alfred Fabre-Luce)

« Des mots ou des tours (des rhétoriques) qui résument, cristallisent, mais surtout symbolisent des idées et des œuvres sont mis en circulation à haute fréquence, dans une agitation exceptionnelle. Ce sont des mots de passe … Ils sont chargés de valeur symbolique : la communauté qui les échange se reconnaît par eux, non par ce qu’ils signifient, mais par leur valeur fiduciaire, par leur pouvoir de distinction. » (Jean-François Lyotard) – Voir, par exemple, listes de mots ci-dessous.

« Quand ils découvrent un nouveau mot qui leur plaît, les rédacteurs se le refilent de plume en plume jusqu’à l’écoeurement du lecteur. » (Corinne Maier)

« Les mots devraient nous engager autant que les actes. » (Hélie de Saint Marc)  – « Les mensonges écrits avec de l’encre ne sauraient effacer une vérité écrite avec du sang. » (Lu Xun, dissident chinois – cité par Hélie de Saint Marc) – Allez dire ça à nos politicards, nos syndicalistes, nos éditorialistes…

« Les ateliers sémantiques chargés d’imposer au grand public, à travers le contrôle des média, l’usage des mots les plus conformes aux besoins des classes dirigeantes. » (Jean-Claude Michéa – L’empire du moindre mal) – L’auteur veut dire que la transformation du sens de certains mots, leur substitution, la disparition d’autres, la diffusion soudaine d’autres encore, l’association systématique de couples, ne provient pas du hasard ou de la génération spontanée.

« On sait que, pour lui, tout pouvoir de classe tend à imposer un usage des mots qui en défigure méthodiquement la signification originelle ( le libéralisme devient ainsi la ‘démocratie’, la démocratie devient le ‘populisme’, le populisme devient le ‘fascisme’, etc.). » (Jean-Claude Michéa – se référant à George Orwell)

« La substitution de plus en plus affichée du vocable ‘travailleur’ au vocable ‘ouvrier’. » (Jean-Claude Milner) – Exemple de vie des mots, les uns apparaissent, d’autres disparaissent, d’autres encore changent de sens, d’autres changent d’immatriculation sociale…

« Les mots sont devenus la chasse gardée de l’intelligentsia qui leur assigne à chaque instant une autre signification, ou bien les déclare vides de sens. » (Thomas Molnar) -Toute domination, même ‘soft’ et démocratique implique la maîtrise et le contrôle étroit du langage.

« Une vie tranquille n’appartient qu’à ceux qui abolissent les mots : ‘mien’ et ‘tien’. » (Montesquieu) – Soit à ceux qui tiennent leur ‘Moi’ en courte laisse. Nous y sommes fort peu, d’où nous ne bénéficions guère d’une vie tranquille.

 « Là où la chose manque il faut mettre le mot. » (Henry de Montherlant) – La reine morte) – Liberté, solidarité, fraternité, citoyen, tolérance, démocratie, équité, éthique, honnêteté, etc. Arrêtons là cette liste qui serait sans fin.

« Nous avons la nausée des mots qui ne servent plus, dans l’absence totale de pensée, qu’à disqualifier l’adversaire. » (Emmanuel Mounier) – Que dirait-il aujourd’hui du langage politique et médiatique !

« On a peur d’attraper les mots comme on a craint d’attraper la grippe aviaire … Sous la dictature de l’euphémisme, la moindre vérité devient ‘provocation verbale’. » (Philippe Muray)

« Notre temps est oxymorique … L’alliance, devenue folle, de mots contradictoires est un symptôme : la réalité n’existe plus, on peut associer n’importe quoi avec n’importe quoi, et surtout prendre ses désirs pour une réalité qui a disparu : ‘La vigile libertaire’ (sur une hollandaise toquée), ‘La princesse rebelle’, la ‘princesse du peuple’ (lady Diana), un ‘Athée fidèle’ (Comte -Sponville). » (Philippe Muray)

« On parle trop, plus il faut de mots, plus c’est mauvais signe. » (Robert Musil – cité par Maurice Blanchot) 

« On peut avoir le dernier mot avec une femme à condition que ce soit : oui. » (Alfred de Musset)

« Nous exprimons toujours notre pensée avec les mots que nous avons sous la main … Ou … à chaque instant nous ne formons que la pensée pour laquelle nous avons précisément sous la main les mots capables de l’exprimer approximativement. » (Nietzsche)

« Encore un siècle de journalisme, et tous les mots pueront. » (Nietzsche) – Prévision exacte.

« Chaque mot est un préjugé. » (Nietzsche)

« Phénomène d’allergie fondé sur la croyance ou la quasi-croyance (de type magique) que les mots sont les choses : féministes ne supportant plus le masculin, anticolonialistes craignant de dire ‘nègre’ … ne supportant plus qu’on appelle un chat un chat, un sourd un sourd … Le politiquement correct, comme le franglais ou la manie des néologismes, c’est la peur de ce que nous livre l’histoire : des mots qui ont déjà servi et qui ont fini par avoir bien des sens … C’est la peur de la polysémie, le goût, lié peut-être à la société de consommation,  du neuf à tout prix … A la limite, plus un mot du tout ! C’est parler qui est incorrect … Se voir, se toucher, voilà ce qui compte … Recherche éperdue de l’euphémisme, de l’égalité dans l’ordre des signifiants, à défaut de l’égalité dans celui des signifiés … On prend tout au pied de la lettre, on avance pied à pied, précautionneusement. » (Dominique Noguez)

« La déréliction sémantique n’est jamais que l’un des signes du nihilisme de notre époque contre lequel les mots ne peuvent plus rien. » (Michel Onfray)

« Le vocabulaire est d’abord un vivier de pathos, un outil qui flatte ou qui blesse, qui calme, repose ou assassine. Il est la mémoire des expériences passées, le lieu où se stratifient des souvenirs heureux ou malheureux, des enfances perdues ou des éducations négligées. Tout mot utilisé dans la bouche de l’un est un univers entier à destination d’une oreille, elle aussi médiatisée par un monde, celui d’autrui. » (Michel Onfray)

« Les mots ; les petits moteurs de la vie. » (Erik Orsenna)

« Chaque réduction était un gain puisque moins le choix des mots est étendu, moins grande est la tentation de réfléchir. » George Orwell – 1984)

« Les ‘mots-couverture’ sont dans la novlangue des termes dont le sens a été étendu jusqu’à ce qu’ils embrassent des séries entières de mots qui, leur sens étant suffisamment rendu par un seul terme compréhensible, pouvaient alors être effacés ou oubliés … ‘Nous sommes là pour détruire les mots.’ » (George Orwell –  1984) – Ainsi Conservatisme, Réactionnaire, qui ne reflètent que la fâcheuse obstination des gens ordinaires à vouloir rester humains, mots diabolisés par la gauche bien pensante, désignent le crime de pensée par excellence : celui qui scelle notre complicité avec toutes ces incarnations du mal politique que sont l’Archaïsme, la Droite, l’Ordre établi ou la société d’intolérance et d’exclusion (suivant Jean-Claude Michéa)

« En dehors du désir de supprimer les mots dont le sens n’était pas orthodoxe, l’appauvrissement du vocabulaire était considéré comme une fin en soi et on ne laissait subsister aucun mot dont on pouvait se passer. La ‘novlangue’ était destinée, non à étendre, mais à diminuer le domaine de la pensée, et la réduction au minimum du choix des mots aidait indirectement à atteindre ce but …  Nous rendrons impossible le crime par la pensée car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer. » (George Orwell – 1984)

« Ceux qui ont l‘esprit de discernement savent combien il y a de différences entre deux mots semblables selon les lieux et les circonstances qui les accompagnent. » (Blaise Pascal)

« ‘Certains hommes pensent avec des phrases toutes faites … Cette faculté singulière  de penser par clichés … Les mots échouent à prendre des postures nouvelles. Ils se présentent dans l’ordre familier où la mémoire les a reçus … Ces malheureux dévorés par le verbalisme … Les mots enfermés dans le cerveau passent directement de leurs cases au bout des lèvres ou au bout de la plume, sans aucune intervention de la conscience et de la sensibilité’ … Les mots traînent la pensée à leur suite : une pensée honteusement résignée. » (Jean Paulhan – citant Rémy de Gourmont – Les fleurs de Tarbes)

« L’esprit se trouve à chaque moment opprimé par le langage … Lorsqu’il veut atteindre à la pensée authentique tout homme doit briser une croûte de mots, trop prompte à se reformer, (lieux communs, clichés, conventions…) … Bergson parle du singulier obstacle qu’opposent les mots, où s’évanouit sans recours l’essentiel de la pensée, cet élément confus, mobile…  que le langage ne saurait saisir sans en fixer la mobilité ni l’adapter à sa forme banale  … La puissance des mots (dans le microcosme de l’expression, la matière qui opprime l’esprit) révèle un décalage, comme une rupture … entre le mot et le sens, entre le signe et l’idée. L’un des deux éléments se trouve amplifié à l’extrême, comme hypostasié, l’autre réduit, brutalisé … un corps et une âme, une matière et un esprit. Celui-ci subtil et souple ; celle-là fixe et passive … Bergson observe que langage et pensée sont de nature contraire : celle-ci fugitive, personnelle, unique ; celui-là fixe, commun, abstrait. D’où vient que la pensée, obligée de passer par le langage qui l’exprime s’y altère et devienne … inerte et toute décolorée … Le mot s’épuise avant l’idée, c’est l’usure des sens, c’est l’idée qui survit au mot, d’où la substitution de nouveaux termes qui fassent le même service. » (Jean Paulhan – Les fleurs de Tarbes)

« Lorsqu’un mot se retrouve partout, c’est que la chose qu’il désigne est en voie de disparition. » (Charles Péguy) – Honnêteté, respect, valeur, citoyen, courage, tolérance…

« La connaissance des mots conduit à la connaissance des choses. » (Platon)

« La perversion de la cité commence par la fraude sur les mots. » (Platon) – Alors notre perversion est bien avancée.

« On ne dit pas libre-échange contre protection, on dit ouverture contre fermeture. Qui serait contre l’ouverture ? Evidemment, dit ainsi, l’ouverture c’est bien, la fermeture c’est mal. » (Natacha Polony)

« Ne jamais céder à la tentation de prendre au sérieux les problèmes concernant les mots et leur signification. Ce qui doit être pris au sérieux, ce sont les questions qui concernent les faits, et les affirmations sur les faits : les théories et les hypothèses ; les problèmes qu’elles résolvent ; et les problèmes qu’elles soulèvent. » (Karl Popper)

« Euphémisation (entre mille) du terme  ’mourir’ par ‘partir’ (terme qui semble renvoyer à un acte de volonté), la mort n’a plus de maison dans les mots, expression de la peur des mots qui tenaille nos contemporains, de la peur de la connexion exacte entre les mots et les choses, symptôme d’un recul devant le négatif, refus de celui-ci, d’une face sombre, d’une face de destruction … or, il n’y a de mouvement, c’est-à-dire de vie,uniquement parce qu’il y a du négatif. » (Robert Redeker – L’éclipse de la mort) – Trouille intense de nos valeureux contemporains.

« Les mots sont comme les monnaies : ils ont une valeur propre avant d’exprimer tous les genres de valeur. » (Rivarol)

« Ne pas mâcher ses mots, c’est bien ; à condition de bien ruminer ses idées au préalable. » (Louis-Philippe Robidoux)

« Quand il y a le silence des mots, se réveille trop souvent la violence des maux. » (Jacques Salomé)

« En France particulièrement, les mots ont plus d’empire que les idées. » (George Sand)

« L’un des principaux objectifs de toute idéologie dominante est en fait de supprimer des mots et de les remplacer par d’autres plus conformes, empruntés souvent au langage bébé (‘jouer dans la cour des grands’, ‘la cerise sur le gâteau’) ou sportif (‘mouiller sa chemise’, ‘marquer à la culotte’, ‘jouer le match retour’, ‘dream team’). Quant au référent des mots, il est toujours le même : à la ‘novlangue’ de ‘1984’, se substitue une ‘lovelangue’ ... Et qu’importe l’incohérence, par exemple ’l’élitisme pour tous’ … L’essentiel est que ces mots qui ne disent rien à personne disent à chacun ce qu’il veut entendre … Le socialisme est devenu un nominalisme … Le réel doit être à l’image des mots … Les gens étant stupides (principe de base de la publicité), si vous nommez autrement les choses, le bon peuple les croira différentes. » (Michel Schneider) 

« Abattre sans que coule le sang : uniquement en laissant fuser les mots. Les mots de la bonne conscience. Les mots des grandes consciences. Les mots qui tuent … Le microcosme parisien (la rive gauche, intello-médiatique) a mis en branle un mécanisme, le terrorisme intellectuel. » (Jean Sévillia)

« Plus on renonce à changer le réel, plus on se met à jouer sur les mots … L’incantation du signifiant … selon la tradition du ‘sésame’, le mot qui fait sens et transfigure le réel par son seul énoncé. » (Alain Soral)

« C’est surtout pour les temps démocratiques que l’on peut dire que l’humanité est gouvernée par le pouvoir magique de grands mots plutôt que par des raisons, par des dogmes dont nul ne songe à rechercher l’origine, plutôt que par des doctrines fondées sur l’observation. » (Georges Sorel – Les illusions du progrès)  – « La prison des abstractions verbales qui rassurent ou enthousiasment. » (Pierre-André Taguieff) 

« Ce qu’un mot gagne en extension, il le perd en compréhension. » (Spinoza) – L’abus d’un mot en détruit au moins le sens profond.

« Un seul mot suffit pour paralyser une relation humaine, un seul mot suffit pour salir l’espoir. Les poignards de la parole tranchent au plus profond … C’est ici que réside le véritable sens de l’interdit judaïque jeté sur l’énonciation du Nom du nom, de dieu. Une fois prononcé, ce nom est happé par les contingences sans limites du jeu linguistique qu’il soit rhétorique, métaphorique ou déconstructionniste. Dieu n’a pas de place démontrable dans le discours naturel et illimité. » (George Steiner – considérations sur le langage)

« Certains pensent qu’il suffit d’abolir le mot race du vocabulaire pour supprimer le racisme. » (Pierre-André Taguieff) – En attendant de supprimer les prétendus racistes. Quand la réalité ne convient pas, changer la réalité. – « Je suis loin d’être le seul à avoir observé qu’un certain mouvement antiraciste contribuait paradoxalement à remettre de la race partout où il n’en y avait plus. Au nom du progrès social, la race est redevenue une notion pivot autour de laquelle tout semble graviter dans un interminable tourbillon d’irréalité. Avec ses nouvelles obsessions, la gauche régressive fournit même des munitions aux groupuscules d’extrême droite – bien présents aux États-Unis – qui devaient attendre le retour de la question raciale avec impatience. Pour ces groupes dont il ne faut pas nier l’existence ni surestimer l’importance, la remontée du racialisme via la gauche apparaît comme une tendre ironie de l’histoire. »  (Jérôme Blanchet-Gravel) 

« Dés qu’un mot devient trop à la mode (je songe à l’engouement actuel pour la pureté, la gratuité, l’engagement, la présence, etc.), il faut se demander ce qu’il recouvre plutôt que ce qu’il signifie. Et c’est en général son contraire. La mode sort du manque. La chose ‘se porte’ quand elle n’est plus ; elle devient vêtement quand elle a cessé d’être corps. » (Gustave Thibon) – Liberté, Egalité, Fraternité, Valeur…

« L’abondance du mot est un signe sûr de l’absence de la chose. » (Emmanuel Todd)

« Pour qu’un mot existe, il faut que la chose qu’il désigne puisse être mise à distance afin de pouvoir l’évoquer … Le mot de machisme n’existait même pas quand le pouvoir masculin prenait toute la place. » (Philippe Val) – C’est bien pourquoi les pouvoirs autoritaires (ce qui inclut les démocraties actuelles) veillent soigneusement à proscrire l’usage de certains mots (afin de supprimer la chose, la réalité, qu’ils désignaient) ou à en imposer d’autres (afin de créer la chose, la réalité, ou de la gonfler démesurément).

« Entre deux mots il faut choisir le moindre. » (Paul Valéry)

« Il est excellent de ne pas trouver le mot juste. Cela peut prouver qu’on envisage bien un fait mental et non une ombre du dictionnaire. » (Paul Valéry)

« Un écrivain véritable ne trouve pas ses mots. Alors il les cherche. Et il trouve mieux. » (Paul Valéry)

« Il n’est permis à qui que ce soit de faire de nouveaux mots, pas même au souverain. » (Vaugelas)

« Que d’angoisse lorsqu’on ne parvient pas à mettre en mots ce que l’on vit. On est alors submergé par un flot d’impressions que l’on ne parvient pas à identifier. On se sent menacé par l’inconnu, étranglé … La mise en mots délivre de telles peurs. » (Bertrand Vergely)

« Le mot a valeur de monnaie. Il sert à des échanges. Comment peut-on les faire si l’on n’est pas d’accord sur leur valeur ? » (Alexandre Vialatte)

« Nous vivons une époque où on se figure qu’on pense dés qu’on emploie un mot nouveau. » (Alexandre Vialatte)

« Les mots entraînent l’idée malgré elle. » (Alfred de Vigny) 

« Un nouveau mot est comme une semence nouvelle jetée sur le terrain de la discussion. » (Ludwig Wittgenstein)

« Le mot que tu retiens entre tes lèvres est ton esclave. Celui que tu prononce est ton maître. »(proverbe)

« Quand on se parle à demi-mots, on ne se comprend qu’à moitié. » (dicton)

« L’introduction démesurées de mots étrangers est un des signes les plus infaillibles de la dégradation d’un peuple. » (?) – Un peuple qui ne respecte plus sa langue se prostitue.

« La perversion de la cité commence avec la fraude sur les mots. » (?)

« Est-ce une querelle de mots ou une querelle de fond ? » (?)

« Peut-on avoir des pensées profondes avec vingt mots de vocabulaire ? » (?)

« Quand les mots manquent on ne fait semblant d’exister que par les poings. » (?) – Les premiers oubliés par l’éducation nationale, les seconds confortés par la télévision, le cinéma et l’exemple.

« Divorce entre le mot et la chose présente, entre la seule nomination et le visible imaginé ou perçu. » (?)

« Certains mots sonnent comme des bruits de bottes en un temps de pantoufles. » (?)

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« Des mots qui terrassent, qui foudroient, qui excommunient, sans avoir à prouver, à démontrer, à expliquer : raciste, négationniste, pédophile, antisémite, etc. Vous voilà un apostat, un hérétique. Pas question de dialoguer, il faut combattre. Il faut criminaliser, stigmatiser, interdire… » (Duverger, Ménard) – Pas de nuances. A mort !

– – Les petits mots, en apparence neutres et objectifs, mais lourdement orientés. Le citoyen lecteur est supposé distinguer dans cette liste le blanc du noir, et mieux encore, pour certains adjectifs, à quels substantifs, ou catégories de personnes par exemple, il est convenable de les appliquer ou bien quels sont les compléments d’objet usuels. Le citoyen lecteur évitera un mot grossier, que l’on trouve encore dans de très vieux ouvrages, tels des dictionnaires, lequel terme ne s’applique plus à aucune réalité, a disparu en conséquence, et dont la mention déplacée ne pourrait lui valoir que des ennuis, il s’agit du mot : race, dont il ne reste plus qu’un dérivé mais lui très vivace : racisme et     antiracisme. Il évitera aussi « le terme souverainisme devenu un gros mot. » (Michel Onfray)

Communication, Information, Croissance, Faire bouger les lignes, Réagir, Rebondir, Avancer, Faire avancer (les choses…), Réformer, Changer, Rompre, Adapter et s’adapter, Flexibilité, Mobilité, Réactivité, Accélérer, Moderniser, Rattraper le retard, Réapproprier, Combler, Mettre fin (inégalités, discriminations, abus, injustices…), Impulser, Prendre de l’avance, l’Urgence de, Ne pas rater quelque train de…, l’Ere de…, Être de son temps, Marcher avec ou même en avance sur, Efficacité, Gagnants et Perdants (s’inspirer du sport), Installer des comités, des observatoires, des autorités (forcément hauts ou hautes et qui verront clair), Consensus, Frileux, Rigides, Crispés, Craintifs, Attardés, Etroits, Equivoques, Myopes, Lourds, Ennuyeux, Passéistes (frilosités, rigidités, crispations…), Françaisdesouche  (cumule toutes les perversions, plus borné et plus méchant, tu meurs), Accroché à, Stagnant, Nostalgique, Esprit chagrin, Archaïque, Obscurantistes, Poussiéreux, Franchouillard, Populace, Populiste (borné et très méchant), Souverainiste, Décliniste, Moisi(e), Rance, Rassis, Hétéroclite, Nauséabond, Immonde, Criminel, Ringard, Réac, Salaud, Intégriste, Fondamentaliste, Faire le jeu de…, Sympa, Cool, Gentil, Eclairé, Ouvert, Contrasté, Fermé, Coincé,  Rétrograde, Dépassé, Replié sur soi, croupi, Plouc, Beauf, Expert, Spécialiste… Moderne, Conscient, Pluriel ou Plurielles (suivant ce qui l’est ou doit l’être : la pensée, la France, la démocratie, la citoyenneté, l’Europe…), Controversé ou mieux Très controversé (personne ne sait par qui et pourquoi, seulement qu’il faut salir la personne, le livre, l’idée, l’initiative…), Sulfureux, Clivant, Dérapage ou Dérive, Choquant, Inapproprié, Faire le jeu de…, Repli, Dérive, Péril  (souvent avec identitaire), le Redressement (nouveauté), la Crise (explique tout), Fascistes, Racistes, Nationalistes (pires s’ils sont  ultras), Xénophobes et l’infâme …phobe en tout genre et toutes catégories, ainsi que son antonyme, le noble  …phile, Réactionnaires, Conservateurs, Fondamentalistes, Fanatiques, Intégristes, Révisionnistes, Négationnistes, Extrêmes (redoutables à droite, courageux à gauche), Polémiste (pseudo intellectuel vain et querelleur, à ne pas prendre au sérieux), Démocrate, Citoyen (devenu adjectif, tout peut l’être : débats, forums, démarches, mouvements, espaces, actions, écoles…), Participatif (mêmes substantifs possibles), Respect (de tout, sauf des religions, mais notamment des différences et de n’importe quel Autre), Intolérant et Intolérance (oui, cela existe encore), Assoupi, Revanchard, Aigri, Psychorigide, Métissage, Multiculturel (bénéfique), Pluralisme, Dérive, Dérapage, Récidive, Exclusions, Discriminations (intolérables, et ne seront plus tolérées), Amalgame et pas d’amalgame, Stigmatiser et ne pas stigmatiser, Haine, Hargne, Minorités, Communautés (l’indispensable et immaculée communauté internationale), Machos (un peu désuet), Ordre (horrible, surtout s’il est moral et se glisse partout), Mémoire (à cultiver), Histoire (elle enseigne que…), Progrès (un peu dévalué ces temps), Incivilité (commence quand on joue du couteau ou de la kalachnikov), Jeunes (semblent avoir disparus, où sont-ils ?), Défavorisés et Favorisés (personnes, quartiers…), Droits (innombrables), Peuples (ailleurs aspirent à se libérer ; chez nous puisque c’est fait, inutile de trop en parler, trop proche de populaire), Evidemment Démocratie, Démocratique, Liberté, Egalité, Fraternité, Solidarité, Honnêteté (on parle rarement de cette dernière, car elle va sans dire), Diversité, République et Républicain, Valeurs républicaines et Ordre moral, Inacceptable, Choquant (événement, déclaration…),  Identitaire, Stéréotype, Incivilité, Vivre ensemble,  Alerte (un méchant suivant les normes en vigueur apparaît à l’horizon, sinon l’inventer pour garantir la vigilance)…

Les entités vides dont Gouvernance est le fleuron, la migrance, la consultance, la survivance, la militance, l’éducativité, qui renvoient à des états de fait sans histoire, sur un mode désincarné. Les préfixes à la mode, l’inter-activité, l’inter-disciplinarité, l’inter-sectionnalité s’ajoutant à tous les termes qui ont pour amorce bio, cyber, néo, hétéro, homo, post, techno… (Alain Deneault)

– « On ne parlait plus de gouvernement mais de gouvernance, de loi mais de régulation, de frontière mais d’espace, de peuple mais de société civile. » (Philippe de Villiers)

-Récemment apparus avec une campagne électorale totalement bidon par ailleurs : Faire vivre, Acteurs du territoire, Démarche constructive et Constructif (s’engager dans), Proximité, Pragmatique… Le terme Démarche ayant par ailleurs remplacé œuvre, accomplissement, réalisation, action…

Pour discréditer une opinion, et éviter de la contester avec des arguments, la qualifier de : cliché, préjugé, stéréotype, idée reçue (procédé très prisé par les journalistes). Pour discréditer une situation, un résultat électoral : Saut dans l’inconnu.

« Voisinage de termes fortement péjoratifs : fascisme,, extrême droite, droite radicale, réactionnaire, coexistant avec intolérance, xénophobie, racisme, ethnocentrisme, rejet, haine de l’autre, nationalisme, ultra, tribalisme réactionnaire, populisme, exclusion, identitaire … autant de mots magiques qui qualifient en disqualifiant qui diabolisent et excluent plus qu’ils n’identifient ou ne caractérisent. » (Pierre-André Taguieff – La revanche du nationalisme)

– Le citoyen lecteur est supposé endosser sans rire les pires platitudes, verbales, écrites ou soi-disant artistiques, conformes à la médiocrité du temps, autant qu’à la dictature du politiquement correct et à la servilité de leur auteur, généralement membre éminent de la nomenklatura, et qualifiées par les copains-larbins de : Socialement incorrect, Incontournable, Subversif, Dérangeant, Questionnant, Provocant, Iconoclaste, Transgressif, Rebelle, Révolté, Réfractaire, Dissident, Résistant, Insoumis, Bousculant, Démystifiant, Dénonçant (toujours impitoyablement), Décomplexé, Décalé, Nouveau, Vivant, Audacieux, Hardi, Fait réagir, Novateur, Portant un regard neuf, En Rupture, Insolent, Incorrect, Impertinent, Brisant un tabou (il y aurait donc encore des tabous?), le Livre-événement, Tout le monde en parle, Alternatif (nouveau et parfait puisque ne signifie rien de compréhensible) … – « Dès que le mot ‘dérangeant’ figure dans un texte, on peut le lire sans crainte : c’est toujours le signe qu’il est parfaitement inoffensif … Il faudrait un jour écrire un ouvrage entier à la gloire de ce verbe  utile, ‘déranger’, de sa  souplesse rhétorique, de sa puissance d’évocation. » (Pierre Jourde) – « Ceux–là qui se déclarent le plus résolument dérangeants aujourd’hui se signalent par le fait qu’ils ne dérangent personne et s’affichent d’ailleurs dans les musées et les maisons d’édition les plus huppées … Quand tout le monde aime le dérangement, c’est que ça ne dérange personne … Il est dans l’ordre (actuel du monde) de valoriser le désordre (de façade). » (Belinda Cannone)

– Le citoyen lecteur est invité à deviner dans quelle situation un politicard doit utiliser l’une des expressions suivantes :

Le message des Français doit être entendu, Mon ou le devoir, J’irai jusqu’au bout, Sans crainte ni tabou, Evénement inacceptable, Condamnons avec la plus grande énergie, La plus grande fermeté, Renouveau, Changement (toute sauce autour est possible), Gagnant-gagnant, Priorité (grande, haute, première), Nous sommes un grand pays, La fierté de la France, Je n’exclus rien, Toute la lumière sera faite, Regarder la France dans les yeux, Mon honneur, Plus jamais ça, Rien ne sera jamais comme avant, En avant marche et enfin l’indispensable perle manifestant sûreté, tranquillité, honnêteté, courage, virilité (si j’ose dire malgré la parité bénie et obligatoire) : J’assume

-Le citoyen lecteur sortira son mouchoir quand un politique, véritable Machiavel du bien (Marcel Gauchet) exprimera dans quelque cérémonie d’affliction aussi universelle qu’obligatoire sa grande émotion, sa profonde tristesse, etc..

« Des adjectifs tels que : ‘marquant, épique, historique, inoubliable, triomphant, séculaire, inévitable, inexorable, véritable’ sont utilisés pour conférer quelque dignité aux sordides manœuvres de la politique intrenationale. » (George Orwell – cité par jacques Dewitte) – Et l’incontournable Incontournable – Toujours l‘emphase et la servilité journalistique.

Aperçu de la novlangue managériale recensée par Franck Frommer dans son ouvrage, La pensée powerpoint, enquête sur ce logiciel qui rend stupide.

« Une organisation en ordre de marche, Une croissance soutenue, Amélioration significative, Un environnement tendu, Une concurrence acharnée, Un cours volatil, Des fondamentaux solides, Un contexte atypique, Taux d’activité impacté … tactique, stratégie, (re)conquête, campagne, position, impact, mobilisation, cible, feuille de route, fenêtre de tir, sécurisation (utilisation d’un lexique martial) La nominalisation qui consiste à transformer une phrase verbale en phrase nominale (raccourcissement en formule, slogan), à transformer un sujet et un verbe en nom et un complément de nom : La volatilité des marchés, La rationalisation de la production, La prévalence de ces choix (plutôt que ces choix ont dominé) … Usage de l’article indéfini renforçant la valeur du mot, joignant le particulier et l’universel, neutralisant le langage : Un marché volatil, est plus marquant que Le marché est volatil … , Puissance d’injonction par l’emploi de verbes à l’infinitif, principalement de verbes d’action : Rationaliser, Promouvoir, Favoriser, Sensibiliser, capitaliser, Construire, Sécuriser, Développer, Déployer, Assurer, Mobiliser, Dynamiser, Intensifier, Galvaniser, Accélérer, Optimiser, Renforcer, Assurer, Mobiliser, Dynamiser, Intensifier, Galvaniser, Accélérer, Optimiser, Positionner, Réguler, Positiver, Impacter, Renforcer, Conquérir, etc.  – On peut rajouter : Profitabilité, Dangerosité, Employabilité, Faisabilité, etc. »

-Ci-dessous, extraits du livre d’Olivier Rey, Quand le monde s’est fait nombre, essentiellement sur l’explosion de la statistique.

 « Au commencement était le Verbe, il semble qu’à la fin tout doive devenir nombre … L’importance exorbitante prise par les nombres au sein de notre civilisation ; On appelle cela la quantification du monde. On pourrait aussi bien parler de ‘nombrification’ (à distinguer de la ‘numérisation’ qui n’est que codification des données en vue de leur traitement informatique) … Personne ne saurait parler sérieusement de l’état de la société et discuter politique sans se référer aux informations quantitatives délivrées par des organismes, institutions, agences spécialement dédiés à leur production : Taux de ceci et taux de cela … Pour la première fois dans l’histoire, des Etats se sont liés autour de grandeurs statistiques (taux d’inflation, déficit budgétaire autres et élucubrations européennes) … Un olibrius ne parlait pas du chômage mais de la courbe du chômage qu’il se faisait fort d’inverser … Pourquoi, au lieu de se référer à la chose, même, évoquer la variation d’un indice ? … Passage d’une perception qualitative à une perception quantitative de la réalité avec ce qu’on appellera plus tard le nominalisme, aux XIII°, XIV° siècles, si les catégories selon lesquelles on avait coutume de penser le monde perdent de leur consistance, si seuls existent les individu, alors mesures et dénombrements deviennent les moyens d’obvier à un émiettement sans fin, de domestiquer une multiplicité proliférante … Le règne de l’argent a aussi contribué à asseoir celui du nombre … L’apparition des courbes, histogrammes, diagrammes circulaires, cartes teintées … si récents dans notre histoire. Leur apparition marque un moment important dans l’évolution des langages humains, dans ce que George Steiner a appelé le ‘rétrécissement du domaine des mots’ au profit du nombre … Combien d’informations sont véhiculées aujourd’hui sous ces nouvelles formes, que nous aurions toutes les peines du monde à exprimer autrement. »

« La fantastique accumulation de données digitalisées (big data) va générer un courant opposé à la pensée classique qui exige une théorie pour passer des corrélations à la causalité … ‘Le déluge de données rend la méthode scientifique obsolète … Les nombres parlent d’eux-mêmes et la corrélation supplante la causalité’ (un scientifique – cité par Hubert Krivine)

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