500,1 – Monde, Mondialisation ; Frontières – ‘Occidentisme’, Orientalisme

– Le monde matériel vu par les hommes, c’est un foutoir ; vu par la science il présente une cohérence et une logique remarquables ; même si celles-ci sont cachées.

– Le monde des hommes n’est pas plus sérieux que nous ne le sommes, peut-être même encore moins, car à nos propres fantaisies, il surajoute celles émanant du conditionnement du troupeau.

– Dans la promesse scoute, le postulant s’engage à laisser ce monde un peu meilleur que celui qu’il a trouvé quand il y est apparu (à sa naissance), beau et difficile programme – incompréhensible pour tant de nos contemporains.

– Citoyen, citoyenne du monde : le mot à la mode prôné par les systèmes d’éducation et les média chargés du déracinement et du dressage au nomadisme pour être avalé par les jeunes ainsi conditionnés vers l’abrutissement et la servilité. Peut-on rappeler à ces derniers qu’un être qui existe (ce terme est fort, il signifie qu’on entend le « Je ») est un être qui se situe et qui est situable, en un lieu et en un temps (d’abord ceux de sa naissance et de sa formation d’adulte). A défaut l’individu privé de tout ancrage n’est qu’un fétu de paille, qu’un zombie, qu’un laquais disponible à  toute manipulation ; et cela se voit à un 1 km par nuit noire. 

– Pendant longtemps, il convenait d’adapter le monde à l’homme, et c’est ce qu’ont fait la science et la technique jusqu’à récemment. Depuis peu, comme tout s’est emballé et est passé hors contrôle, les bons esprits ne parlent plus que d’adapter l’homme au monde devenu fou. Cela s’appelle le Transhumanisme.

« L’immonde est ce qui reste du monde quand le lointain s’est retiré, abandonnant le sujet à ce bourbier barbare, qui prend aujourd’hui le nom de masse, où s’abîme la pensée. » (Jean-François Mattéi)

– « Immondisation »  (?)

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« Aujourd’hui il ne suffit plus de transformer le monde ; avant tout il faut le préserver. Ensuite, nous pourrons le transformer beaucoup, et même d’une façon révolutionnaire. Mais avant tout, nous devons être conservateurs, au sens authentique, conservateurs dans un sens qu’aucun homme qui s’affiche conservateur n’accepterait. » (Günther Anders – cité par Jean-Claude Michéa) – Dans peu de dizaines d’années nous serons dix milliards, dix milliards avides de consommer !

« S’il arrive que le monde vous sourie, ne lui rendez pas ses sourires. » (saint Anselme)

« L’intérêt c’est ce qui, se tenant entre les êtres, les rassemble mais aussi les empêche, pour ainsi dire, de tomber les uns sur les autres. Vivre ensemble dans le monde, c’est dire essentiellement qu’un monde d’objets se tient entre ceux qui l’ont en commun, comme une table est située entre ceux qui s’assoient autour d’elle ; le monde, comme tout entre-deux, relie et sépare en même temps les hommes … Le domaine public, monde commun, nous rassemble mais aussi nous empêche de tomber les uns sur les autres. Ce qui rend la société de masse si difficile à supporter, ce n’est pas … le nombre des gens ; c’est que le monde qui est entre eux n’a plus le pouvoir de les rassembler, de les relier, ni de les séparer … Etrange situation qui évoque une séance de spiritisme au cours de laquelle les adeptes … verraient leur table soudain disparaître, les personnes assises les unes en face des autres n’étant plus séparées, mais n’étant plus reliées non plus, par quoi que ce soit de tangible. » (Hannah Arendt) – Depuis l’assassinat de tout idéal, le seul lien, également séparateur, est le centre commercial, piètre relation, séparation

« L’homme est tombé dans le monde et l’a rempli de ses débris. » (saint Augustin – de sa période manichéenne)

« J’en vins à comprendre que, bien que les choses supérieures fussent meilleures que les choses inférieures, la somme totale de la création est meilleure que les choses supérieures toutes seules. » (saint Augustin)

«  Le monde va finir. La seule raison pour laquelle il pourrait durer, c’est qu’il existe. Que cette raison est faible, comparée à toutes celles qui annoncent le contraire. Nous périrons par où nous avons cru vivre. La mécanique nous aura tellement américanisés, le progrès aura si bien atrophié en nous la partie spirituelle… » (Baudelaire – Fusées)

« Le monde n’est pas révolte, il est acceptation. Et il est d’abord acceptation du mensonge. » (Georges Bernanos)

« Dieu qui s’est dépêché de créer en sept jours un monde imparfait, alors que pour cela, il avait tout son temps. » (Tristan Bernard)

« Depuis que le monde est monde, dit-on. – Ce qui se voit s’est toujours vu, est-il dit du haut en bas de l’échelle, et ce lieu commun n’a pas d’autre sens. On sous-entend que cela se verra toujours, Dieu n’ayant pas la permission de faire des choses nouvelles. » (Léon Bloy –  Exégèse des lieux communs – 2, CIII)

« Que reste-t-il du monde où nous sommes venus et de tout ce que nous aimions ? » (Baudouin de Bodinat)

« Le procédé par énumération se trouve chez Homère. Lorsque celui-ci veut parler de toutes choses, il se contente de les juxtaposer : ciel, terre, mer, monde souterrain … l’expression ‘le ciel et la terre’, formule qui lui survivra longtemps … Le Monde peut désigner d’abord la vie humaine (judaïsme et christianisme) ‘le Verbe vient dans ce monde’, ‘le prince de ce monde’, ‘ne vous conformez pas à ce monde’, ‘ce monde qui passe’, ‘pourquoi vivez-vous comme si vous viviez dans le monde ?’ … Dans la gnose, il est même la plénitude du mal … sa beauté est la beauté du diable, piège et prison … ‘Nous avons été jeté dans le monde’ … L’âme est dans le monde comme une étrangère … Le gnostique est par essence radicalement étranger au monde ; le moine, lui, en fait partie et doit s’en arracher au prix d’un effort d’ascèse … ‘Dans le monde tout est comme il est et se passe comme il se passe. Il n’y a en lui aucune valeur, et s’il y en avait une, elle n’aurait aucune valeur’ (Wittgenstein). … Le monde est a-moral … Il est le domaine de ce qui est, rien de plus … Le monde est de soi, nihiliste … Pour arriver à  cette prétendue évidence, il a fallu détruire l’évidence précédente, qui était contraire (le monde ancien chargé de vertus et vices) … Imiter le ciel, cette partie de la nature qui semble se comporter avec une régularité parfaite … n’a plus aucun sens … Le monde physique, plus souvent réduit à la terre qu’étendu à l’univers, et le monde des hommes, fabriqué par les hommes, le monde social. » (Rémi Brague – considérations éparses sur la notion de monde)

« Le monde, pauvre en effets, est toujours magnifique en promesses. » (Pascal Bruckner)

« Toutes les réformes que nous subissons tendent à abolir les schèmes de référence, l’inscription dans l’espace et dans le temps. Il ne s’agit jamais que de rendre le monde inintelligible et indifférencié, en en effaçant tous les repères. » (Renaud Camus) 

« Le monde nouveau qui est en train  de naître, par la coïncidence historique, dans les années 1968-1975, de trois processus indépendants : – La révolution informatique, la logique dominante des réseaux transforme actuellement tous les domaines de la vie économique et sociale (uberisation…) – Les crises parallèles du capitalisme et de l’étatisme, avec les restructurations qu’elles ont entraînées, mondialisation du noyau stratégique des activités économiques et flexibilité organisationnelle, comme celle de l’emploi, avec mise en cause de la protection sociale et exclusion corrélée de groupes sociaux, de quartiers, de régions, de pays vers un ‘quart monde’ entraînant une expansion de l’économie criminelle. Capitalisme plus dur dans ses objectifs et plus souple dans ses moyens – L’essor de mouvements culturels et sociaux, revendications libertaires, féminisme, écologie, défense des droits de l’homme, affirmations identitaires, combats pour l’environnement, pour la libération sexuelle, l’égalité ethnique, etc., avec un impact indirect certain sur l’économie. De plus, en refusant la transmission autoritaire des valeurs et des codes communs, le patriarcat, la religion, le nationalisme, ces mouvements ont accéléré le processus conduisant à la fracture fondamentale de toutes les sociétés actuelles en d’un côté, des élites actives, autonomes édifiant leur propre système de valeurs et de l’autre des groupes sociaux incertains d‘eux-mêmes, privés d’informations, de ressources et de pouvoir se retranchant derrière des valeurs rejetées. » – « Les interactions entre ces trois processus, et les réactions qu’ils ont suscitées, sont à l’origine d’une nouvelle structuration du social, la société en réseaux, d’une nouvelle économie, mondialisée et informationnalisée, d’une nouvelle culture, celle de la virtualité réelle. » (Manuel Castells – Fin de millénaire)

« Ce monde n’est qu’une immense entreprise à se foutre du monde. » (Louis-Ferdinand Céline)

« Ce monde ne sent pas toujours la rose, mais c’est celui où nous vivons. » (Raymond Chandler, créateur du roman noir américain)

« On devrait rougir d’user son existence à la peinture d’un monde auquel personne ne comprend plus rien. » (Chateaubriand) – Déjà au XIX° siècle !

« L’univers n’était pas obligé d’être beau. Or il se trouve qu’il l’est, et cela semble trahir un désir, un appel, une intentionnalité cachée… » (François Cheng) – « Le monde tend à la beauté. » (Gaston Bachelard)

« L’homme connaît le monde non point par ce qu’il y dérobe mais par ce qu’il y ajoute : lui-même. » (Paul Claudel)

« Ce qui est incompréhensible dans le monde, c’est qu’il soit compréhensible. » (Albert Einstein)

« Le monde ne doit pas être saisi comme un complexe de choses achevées mais comme un complexe de processus. » (Friedrich Engels)

 « L’investissement radical de l’ici-bas … L’aboutissement singulier qui a retourné la dette religieuse envers le créé en devoir de création … Ce qui déterminait l’association à la nature se renverse en possession … Avec le retrait de Dieu, le monde, d’intangiblement ‘donné’ qu’il était, devient à constituer. Dieu devenu Autre au monde, c’est  le monde devenant Autre pour l’homme … au plan de la représentation … au plan de l’action. » (Marcel Gauchet)

« L’Occident (au XIX° siècle) était presque aussi vulgaire qu’aujourd’hui, confondant déjà sa très réelle prospérité matérielle avec une supériorité morale et spirituelle qu’il ne possédait pas. » (René Girard)

Goethe se demande : « si le Créateur trouvera encore assez de joie dans sa Création pour ne pas l’annihiler. »

« La France et les démocraties européennes ont cru pouvoir se mettre à l’abri des désordres du monde et des défis qu’elles doivent relever en instituant une sorte d’univers fictif, faussement rassurant et protecteur … avec sa nouvelle police de la pensée, ses gardiens justiciers et donneurs de leçons (journalistes militants et associations) devant maintenir et protéger ce monde fictif et vertueux en empêchant l’intrusion des démentis du réel et des ‘trouble-fêtes’… Un discours filandreux et bourré de bonnes intentions forme comme un cocon … Une civilisation désincarnée … Un universalisme qui noie tout dans l’indistinction et qui n’a plus grand-chose à voir avec l’idée d’un universalisme de la dignité de la personne et de la raison … Trois thèmes clés émergent de ce méli-mélo : dépréciation ou déni de notre passé et de notre culture ; appel incessant au changement individuel et collectif ; réitération des valeurs généreuses et de nobles sentiments … Surprenant redoublement des déclarations de paix et d’amour alors que l’islamisme radical proclame sa haine des mœurs des valeurs démocratiques … Discours informes et langage alambiqué (innovations, synergies, échanges, pratiques, participation, valeurs, projets, partages, bien, mieux vivre ensemble, inégalités, discriminations ; chaque substantif étant accompagné d’adjectifs, de qualificatifs séducteurs) … Bouillie langagière et conceptuelle où les mots ne veulent plus rien dire … On proclame que la théorie du genre n’est pas enseignée à l’école tout en formant les enseignants sur ce thème, on supprime les options du latin et du grec tout en affirmant qu’il n’en est rien. » (Jean-Pierre Le Goff) – Le mensonge devenu systématique.

« ‘Bousculant sans cesse nos normes d’intelligibilité, le monde nous apparaît comme une histoire de fous’ … Oscillant entre une vision apocalyptique de l’avenir du monde et l’optimisme faussement naïf des gestionnaires de la modernisation et des idéologues libéraux. » (Jean-Pierre Le Goff – citant Emmanuel Mounier)

« Tant de mains pour transformer le monde, et si peu de regards pour le contempler. » (Julien Gracq)

« Le vieux monde n’est plus et le nouveau tarde à apparaître et, dans cet ‘entre-deux’, tous les monstres émergent. » (Antonio Gramsci)

« Waterloo de la mondialistion … Mais c’est aussi tout le marché du déracinement qui est remis en question. La mondialisation n’est pas seulement la libre circulation des biens et des capitaux, mais aussi celle des dizaines de millions de touristes annuels, élites volantes économiques et migrants. » (Jérôme Blanchet-Gravel – à propos d’une pandémie) – Si on ne s’en souvient pas, ce ne sera qu’un petit début.

« Ce monde auquel nous ne pouvons échapper mais où nous ne savons comment entrer. Pour un ver, le monde est là où il est. Pour nous, le monde c’est là où nous ne sommes pas. C’est ce que nous regardons. » (Nicolas Grimaldi)

« L’illusion de sécurité qui régnait au temps où le matérialisme avait atteint son maximum d’influence s’est en grande partie dissipée … si bien qu’aujourd’hui l’impression dominante est celle d’instabilité … D’où nous nous acheminons de la ‘solidification’ du monde  vers sa ‘dissolution’ … De la période du  matérialisme à celle du psychisme inférieur, à celle d’une ‘spiritualité à rebours’. » (René Guénon)

« Le discours ‘d’ouverture’ au monde et aux autres apparaît pour ce qu’il est : un écran de fumée destiné à dissimuler l’émergence d’une société fermée, séparée, au plus grand  bénéfice des classes supérieures. En quelques décennies, protégée dans ses nouvelles citadelles, la nouvelle bourgeoisie s’est approprié le patrimoine, les emplois, les richesses, le pouvoir politique et culturel … La mise en avant de la société ‘ouverte’ permet à contrario de définir une société ‘fermée’, celle du repli, et ainsi de présenter les perdants de la mondialisation comme des gens aigris ayant des problèmes avec l’altérité … Mise sous le tapis de la question sociale … Cette société de ‘l’ouverture au monde’ est en réalité un petit monde fermé. Sûres de leurs choix économiques et sociaux et de leur supériorité morale, les nouvelles classes urbaines fabriquent l’essentiel des représentations et du discours unique … Toute représentation alternative, surtout si elle contribue à rendre visible le conflit de classe, est au mieux contestée, au pire ostracisée ou fascisée. La rhétorique de ‘l’ouverture’ (à l’autre, au monde) permet ainsi de disqualifier toute représentation qui contesterait l’ordre économique et social existant … Les opinions populaires qui contestent la mondialisation et le libre-échange sont opportunément réduites à la question du racisme … Face aux contestations du modèle économique et sociétal dominant, la classe dominante n’a plus d’autre choix que de dégainer sa dernière arme, celle de l’antifascisme … Véritable arme de classe, l’antifascisme présente un intérêt majeur. Il confère une supériorité morale à des élites délégitimées en réduisant toute critique des effets de la mondialisation à une dérive fasciste ou raciste … Il s’agit de défendre des intérêts de classe, pas de protéger des ‘minorités‘ … Si elle perd la guerre des représentations, la classe dominante est nue. Elle devra alors faire face à la question sociale et assumer les choix économiques et sociétaux qui ont précarisé les classes populaires. » (Christophe Guilluy – Le crépuscule de la France d’en haut)  – Et c’est là que le concours de la gauche, de ses milliardaires au parfum et de ses gauchistes de base aliénés (universitaires, journalistes…) est indispensable pour maintenir la fiction antifasciste et antiraciste .

« Un monde soumis à nos velléités ne serait certainement pas plus libre ni moins périlleux que celui formé par la nature » (Fabrice Hadjadj) – On le voit bien aujourd’hui, et on le verra encore mieux demain. 

« Le monde est peut-être splendide, il est souvent atroce, mais il est surtout énigmatique. L’admiration peut devenir étonnement, stupéfaction, terreur même … Notre rapport au monde, à la fois plaisir divin et terreur. » (Pierre Hadot)

« Dans les moments les plus vulgaires de l’histoire humaine, l’Orient et l’Occident semblent s’oublier. Dans les moments solennels de l’histoire humaine, l’Orient et l’Occident se regardent. Dans les moments décisifs, l’Orient et l’Occident se touchent. S’ils s’unissaient, l’Occident entrerait dans le repos, l’Orient dans le travail. » (Ernest Hello – 19° siècle – cité par Jean Guitton) – Que font-ils au XXI° siècle ?

« Ce que Demian venait de me dire sur Dieu et sur le diable, sur le monde divin officiel et sur le monde satanique passé sous silence … l’idée des deux mondes : la moitié lumineuse et la moitié sombre. » (Hermann Hesse) 

« Le monde est une comédie pour ceux qui pensent et une tragédie pour ceux qui sentent. » (Horace)

« Nous avons reçu le monde comme un héritage qu’il n’est permis à aucun de nous de détériorer, mais que chaque génération, au contraire, est obligée de laisser meilleur à la postérité. » (Joseph Joubert)

« Il arriva que le feu prit dans les coulisses d’un cirque. C’est le clown qui vint en avertir le public. On rit beaucoup et on applaudit ; il insista, on rit de plus belle. C’est ainsi, je pense, que périra le monde : dans la joie générale des gens spirituels qui croiront à une farce. » (Kierkegaard)

« La révolution du XVII° siècle : – La destruction du cosmos (soit du monde conçu comme un tout fini et bien ordonné, dans lequel la structure spatiale incarnait une hiérarchie de valeur et de perfection, dans lequel au-dessus de la Terre lourde et opaque, centre de la région sublunaire et de la corruption, s’élevaient les sphères célestes des astres incorruptibles et lumineux) – La géométrisation de l’espace (la substitution de la géométrie euclidienne, homogène et nécessairement infinie, considérée comme identique en sa structure, soit l’infinitisation de l’Univers). » (Alexandre Koyré) – « Le monde est infini et, par conséquent, il n’y a pas en lui de corps auquel il appartiendrait d’être dans le centre ou à la périphérie ou entre ces deux extrêmes du monde (qui de plus n’existent pas), mais seulement à être entre d’autres corps … il ne sera jamais possible de trouver une raison même demi-probable pour laquelle il dût y avoir une limite à cet univers corporel et, par conséquent, une raison pourquoi les astres qui sont contenus dans son espace  dussent être en nombre fini. » (Giordano Bruno)  – « La destruction du cosmos et la perte par la Terre de sa position centrale et par là même unique amenèrent inévitablement l’homme à perdre sa position unique et privilégiée dans le drame théo-cosmique de la Création dans lequel il avait été jusque-là à la fois la figure centrale et la scène. A la fin de cette évolution nous trouvons le monde muet et terrible du ‘libertin’ de Pascal (qu’effraye le silence éternel de ces espaces infinis’, contrairement à l’interprétation usuelle, c’est le libertin athée qui est effrayé, pas Blaise Pascal), le monde dépourvu de sens de la philosophie scientifique moderne. A la fin nous trouvons le nihilisme et le désespoir. » (Alexandre Koyré) 

« La conviction de l’orientation prédestinée de la marche du monde décharge l’homme de sa responsabilité et favorise en même temps cette croyance au progrès dont les effets se révèlent aujourd’hui si néfastes. » (Konrad Lorenz)

« Nous dépendons de nos prédécesseurs. Ce qui pense en nous, avant nous, c’est le langage humain, qui est, non notre œuvre personnelle, mais l’œuvre de l’humanité, c’est aussi la raison humaine, qui nous a précédés, qui nous entoure et nous devance; c’est la civilisation humaine, dans laquelle un apport personnel, si puissant qu’il soit, n’est jamais qu’une molécule d’une énergie infime dans la goutte d’eau ajoutée par nos contemporains au courant de ce vaste fleuve. » (Charles Maurras)

« Tous les trente ans le monde laisse tomber une peau. » (Paul Morand)

« Le monde est une vallée de pleurs, mais, somme toute, bien irriguée. » (Paul Morand)

« Vouloir le meilleur des mondes ne signifie pas vouloir le monde le meilleur. Renoncer au meilleur des mondes n’est pas renoncer à un monde meilleur. »(Edgar Morin)

« Le monde moderne, c’est cet affaissement collectif, cette dépersonnalisation massive … c’est le monde du ‘on’. » (Emmanuel Mounier)

« Nous ne voulons pas un monde heureux, nous voulons un monde humain. » (Emmanuel Mounier)

« Pourquoi ce monde guignolesque devrait-il être respecté ? » (Philippe Muray)

« Le monde s’est tellement bien identifié au Bien en soi que la moindre hésitation à l’aimer est déjà une sorte de crime. » (Philippe Muray) – Et le troupeau des gogos béats au nez duquel le dit monde va exploser nous le fait bien voir.

« Nous ne pouvons déclarer le monde absurde puisque l’homme est là pour lui donner un sens. » (Gilbert Mury)

« Il ne cesse de changer et il ne cesse de rester le même. » (Jean d’Ormesson)

« Qu’est-ce d’autre que la mondialisation libérale sinon une vaste déterritorialisation’ à l’échelle de la planète … Le capitalisme constitue aussi une énorme force transgressive car le capital déterritorialise les identités, en particulier la nation et l’Etat … Ce système de l’échange généralisé qui a tendance à abolir les frontières sans même le vouloir. » (Paul-François Paoli)

« Le libéralisme nous dit : si vous n’avez pas d’idéal, ce n’est pas grave, vous n’allez pas en mourir, au contraire. La vraie vie commence après les idéaux, et la société ne s’en porte que mieux … Le libéralisme signe la fin des pasteurs et l’émancipation du troupeau.  Il n’y a plus que des individus qui se débrouillent comme ils peuvent avec leur ‘autonomie’ de sujet. Ce monde libéré du devoir, ce monde ‘d’après la vertu’ (Alasdair MacIntyre), nous l’avons désiré, accompagné même, nous qui avons jeté bas tout ce qui pouvait l’empêcher d‘advenir, depuis le pouvoir des pères à celui de s curés. Voilà ce que nous dit Houellebecq … Le contraste entre la redondance burlesque des ego de ses personnages et le néant de leurs aspirations» (Paul-François Paoli)

« Plus l’individu s’érige comme sens unique du monde et plus le monde s’appauvrit et s’étiole dans le non-sens. » (Paul-François Paoli – évoquant la position de Michel Houellebecq)

« Par l’espace, l’univers me comprend et m’engloutit comme un point ; par la pensée, je le comprends. » (Blaise Pascal)

« Ce n’est pas le monde qui est désespérant, c’est notre regard sur le monde. » (Louis Pauwels)

« Ce monde moderne a fait à l’humanité des conditions telles, si entièrement et si absolument nouvelles, que tout ce que nous savons par l’histoire, tout ce que nos avons appris des humanités précédentes ne peut aucunement nous servir, ne peut pas nous faire avancer dans la connaissance du monde où nous vivons. Il n’y a pas de précédents. » (Charles Péguy – cité par Philippe Muray)

« La fête de l’univers manquerait de quelque chose si le monde n’était peuplé que de fanatiques iconoclastes et de lourdauds vertueux. » (Ernest Renan)

« Le monde couronne généralement tout ce qui luit, quoique tout ce qui luit ne soit pas de l’or. » (La Rochefoucauld)

« Le ‘mundus’ romain, comme ‘l’Omphalos’, comme les lieux sacrés, et finalement, comme toutes les demeures consacrées, représente la communication entre les trois domaines, entre tous les plans possibles : infernal, terrestre et céleste. Même lorsque la pierre dressée se charge secondairement d’un symbole sexuel (notre invention peut-être), le sexe n’a plus ici rien de commun avec la fonction physiologique animale. » (Raymond Ruyer) – Comme les centres du monde que furent : le palais de l’Empereur pour les Chinois, Babylone pour les Mésopotamiens, Jérusalem pour les Hébreux, Delphes pour les Grecs, rappelle l’auteur. Toujours cette recherche de l’Un. Maintenant c’est la city londonnienne et Wall street, progrès !

« L’esprit civilisateur, qui met tout en œuvre : prévoyance, prudence, sollicitude, perspicacité, pour entreprendre la conquête du monde, est donc à l’antipode de l’amour du monde. Il se borne à transformer le monde et à le façonner à des fins utilitaires … le rapport affectif de l’homme au monde devient un rapport d’hostilité de principe … Le christianisme à tendance exclusivement surnaturaliste se trouve avoir des rapports étroits avec les mobiles qui ont suscité la civilisation mécaniciste des temps modernes … Ce furent des hommes venus des sectes protestantes, à tendance surtout calviniste … L’organisation matérielle du monde, pour ces hommes-là, avait comme fin, non pas la jouissance … mais l’accomplissement du devoir, auquel on donna une forme ascétique … La civilisation moderne repose bien plus sur une haine du monde que sur un amour du monde. Seul un monde que l’on croit, en son fonds même dépourvu de rationalité et de valeur, que l’on considère comme une ‘vallée de larmes’, peut faire naître en l’homme cette soif exaspérée de domination… » (Max Scheler)

« Avec la disparition actuelle de toutes les frontières, l’aspiration des Etats-Unis à étendre  leurs interventions et leur reconnaissance à tous les espaces de la terre équivaut à nier le droit à l’autodéfense de tous les autres gouvernements … La suppression de toute mesure et de toute limite qui caractérise l’interventionnisme américain a un sens non seulement global mais aussi total. Il agit aussi bien sur les affaires intérieures que sur les rapports sociaux, économiques et culturels … Pouvoir des Etats-Unis de discriminer les autres gouvernements … qui a  aussi bien sûr le pouvoir de dresser les peuples contre leurs propres gouvernements et de transformer la guerre entre Etats en guerre civile. » (Carl Schmitt – La guerre civile mondiale) – Ecrit il y a plus de soixante-dix ans, prémonitoire. Voir l’Ukraine, le Moyen Orient…

A la question « Quel monde allons-nous laisser à nos enfants ? » il faudrait ajouter cette autre question : « A quels enfants allons-nous laisser le monde ? » (Jorge Semprun – cité par Olivier Bardolle)

« C’est l’idée même d’une civilisation qui s’est volatilisée comme la couche d’ozone … Toute entreprise escomptant la durée étant frappée de dérision, le monde appartient maintenant à ceux qui en jouissent vite, sans scrupules ni précautions … dans le mépris non seulement de tout intérêt humain universel, mais aussi de toute intégrité individuelle … Tout se passe donc comme si, par la grâce d’un désastre confusément perçu par tous comme irréversible, on était en haut délivré de la charge d’avoir à maintenir le monde existant, et en bas de celle d’avoir à le transformer. » (Jaime Semprun)

« Fin des jeux à deux ; début d’un jeu à trois. Voilà l’état global contemporain …Le jeu à deux qui passionne les foules et qui n’oppose que des humains, le Maître contre l’Esclave, la gauche contre la droite, telle idéologie contre telle autre, les verts contre les bleus, disparaît en partie dés lors que ce tiers intervient. Et quel tiers ! Le Monde soi-même. Climat, eau, air et feu, terre, flore et faune … Nous dépendons enfin des choses qui dépendent de nous. Etrange boucle, difficile à gérer. Nous dépendons, en effet, d’un monde dont nous sommes en partie responsables de la production … Nous prenons conscience que nous ne jouons, depuis des temps immémoriaux, que des jeux à deux, que nous ne tenons compte que des hommes … Coup définitif porté au narcissisme humain : nous voilà forcé de faire entrer le Monde en tiers dans nos relations politiques … Fils prodigues nous rentrons à la maison … Notre culture sans monde, soudain, retrouve le Monde… Notre voix couvrait le Monde. Il fait entendre la sienne … Fonte des glaces , montée des eaux, ouragans, pandémies infectieuses… La société ne s’occupe toujours que de soi. A l’heure présente, où elle produit les choses du monde et où elle en reçoit, en retour, l’effet global sur la tête, qui va lui parler au nom de ce muet (les espèces de poissons muets agonisent dans les océans vides et nous luttons pour nos droits de pêche !), dont le grondement inquiète et couvre … la rumeur tonitruante du cirque politico-médiatique … L’ancien sujet humain se met à dépendre de ce qui, justement, dépendait de lui. » (Michel Serres)

« Ce monde comme première nature devient alors pure matière première, source d’énergie et substrat. » (Peter Sloterdijk)

« Ce monde, cet anti-monde possible, on l’appellera monde zéro : zéro délai, zéro stock, zéro mémoire, zéro culture, zéro identité, zéro institution, zéro politique, zéro réel. » (Paul Soriano) – Juste un oubli, zéro mort (chez les bons bien sûr).

« Ce n’est plus le monde que j’ai connu, aimé, ou que je peux concevoir. » (Claude Lévi-Strauss)

« L’universel c’est le local, moins les murs. » (Miguel Torga)

« Le ménage du monde est comme celui d’un logement. Il faut recommencer tous les jours. » (Elsa Triolet)

« Un homme qui renonce au monde se met dans la condition de le comprendre. » (Paul Valéry)

« Le monde vaut par les extrêmes et dure par les moyens. » (Paul Valéry)

« Dieu a fait le monde de rien. Le rien perce. » (Paul Valéry)

« D’un bout à l’autre de la terre, le délabrement du décor, l’usure du spectacle, le ridicule du pouvoir, l’effilochage des rôles, les bouts de ficelle d’une économie rapiécée. La désinvolture et l’ennui ferment les rideaux sur une tragi-comédie millénaire. » (Raoul Vaneigem – Adresse aux vivants)

« ‘Le monde est comme il est’ – Non, le monde est comme on le fait. » (réplique de saint Vincent de Paul)

« Mon expérience par excellence … le meilleur moyen de la décrire, c’est de dire que lorsque je fais cette expérience, je m’émerveille de l’existence du monde … C’est l’expérience de voir le monde comme un miracle. » (Ludwig Wittgenstein)

« Dieu a dicté l’univers mais ne l’a pas signé. » (proverbe)

« Ne côtoyez pas le monde que comme contemporain de vous, des idées de votre lieu et de votre époque, il est espace vous le savez, mais il est temps aussi. » (?)

« Le monde est un spectacle à regarder et non un problème à résoudre. » (?)

Ci-dessous, extraits d’un article de Driss Ghali sur la naissance du progressisme délirant en Occident et sur l’évolution du communisme.  

« La fin de la Guerre Froide a provoqué un mouvement de bascule aussi inattendu que dévastateur pour les sociétés occidentales. Le communisme semble avoir migré à l’ouest en même temps que l’esprit patriotique et conservateur passait à l’est. Aujourd’hui, les’ fous’ sont à Paris et New York et les sages se réfugient à Moscou et Bratislava. Qui aurait pu croire il y a tout juste dix ans que les universités américaines et françaises allaient devenir une terre de mission des indigénistes et de la pire version de la gauche et que les gouvernements polonais et hongrois allaient prendre la tête de la résistance au multiculturalisme ? Le monde libre n’est plus synonyme d’Occident. C’est à croire que le rôle du rideau de fer était plus de nous protéger du communisme que d’isoler l’Europe de l’Est du capitalisme. Sans membrane protectrice, l’Occident s’est laissé infecter par un virus qui s’infiltre partout et colonise sa victime sans jamais la tuer. Le génome du communisme a muté: il ne s’agit plus de constituer un système politique ni de se préparer au Grand Soir. Le communisme est redevenu une utopie c’est-à-dire une pensée invincible par le réel. Il s’est affranchi de la nécessité de remplir les assiettes des gens et de chauffer leur maison. Ce faisant, il s’est refait une virginité pour apparaître comme une idée neuve aux yeux des crédules et des inconscients. Comme si de rien n’était, comme si les millions de morts en Russie, en Ukraine et au Cambodge n’avaient jamais eu lieu. Au lieu de faire son auto-critique, le communisme a kidnappé les causes du moment et les a enflammées à son bénéfice propre: écologie, immigration, diversité, égalité hommes-femmes et promotion des minorités. Autant de thèmes porteurs que le communisme, avec ses hommes et ses méthodes, a infiltrés, digérés et réorientés. »

« Que s’est-il passé et pourquoi n’avons-nous rien vu venir ? Après 1989, les communistes et l’extrême-gauche ont eu peur de perdre leurs places chèrement acquises dans l’establishment universitaire et culturel. Le grand capital, lui, prenait conscience que l’élévation du niveau de vie avait créé une génération de’ petits princes’ convaincus de leurs bons droits et imbus d’eux-mêmes. Le petit Français ne voulait plus nettoyer les toilettes et sa femme n’aspirait plus à garder les enfants d’une autre. Où allions-nous trouver les jardiniers, les maçons et les nounous ? La rencontre de deux angoisses existentielles a permis la conclusion d’un pacte diabolique sur le dos du peuple. Le new deal de la honte a permis de forger le progressisme, idéologie détestable qui aliène les consciences et affaiblit les volontés.Les communistes ont mis au pot commun ce qu’ils avaient de plus précieux: leurs réseaux et leur art raffiné de la mauvaise foi, de l’indignation sélective et de la subversion. Le grand capital n’a pas eu grand-chose à faire: il a mis la machine médiatique, qu’il tient par la pub, à la disposition de la pensée altermondialiste, écologiste et antisystème. Débarrassés de tout devoir d’autocritique, les communistes et autres activistes d’extrême-gauche ont fait ce qu’ils savent faire le mieux: obtenir l’hégémonie. Et ils l’ont obtenue ! »

« Rien de cela n’aurait été possible sans l’introduction de la figure christique du migrant. Il a servi d’alibi aux deux camps. A gauche et à l’extrême-gauche, le migrant a remplacé le peuple de souche, ce que les Américains appellent fort justement les ‘sons of the soil’. Plus personne ne veut plus entendre parler d’eux car leur liste d’exigences est interminable: des CHU tous les 100 km, des maternités tous les 50 km, des trains qui arrivent à l’heure, le remboursement de toutes sortes de médicaments hors de prix. Trop c’est trop ! C’est intenable ! On a trouvé dans le migrant le client idéal: il ne veut pas grand-chose car le simple fait de ne pas l’expulser l’emplit de bonheur. Il aspire bien sûr aux bienfaits de l’Etat-Providence mais il vient de zones de guerre ou de pays corrompus où n’importe quel hôpital français serait vu comme un hôtel cinq étoiles. C’est donc un client facile à satisfaire, dans un premier temps du moins. Le grand capital, lui, a enfin trouvé une solution à une de ses questions essentielles: qui va garder les enfants des grands patrons lorsque ceux-ci courront d’aéroport en aéroport ? Qui va livrer les pizzas et se tuer à la tâche dans des processus de production de plus en plus absurdes? La réponse a été apportée par le migrant.»

« Le ‘son of the soil’ n’a rien vu venir. Il s’est détourné des métiers de service les plus dégradants ou les moins bien vus. Il a cru qu’il s’agissait d’une évolution naturelle des choses, un progrès en somme qui consisterait à spécialiser les gens venus du Sud dans les métiers manuels et ceux du cru dans le chômage de longue-durée et la précarité. Le réveil a lieu en ce moment et il est dur. Tout le monde est mécontent : le Français de souche et le migrant. Le premier a compris que la mondialisation éradique la classe moyenne et que l’évolution technologique remplace l’homme par la machine. Qui peut encore croire que les banques françaises vont employer autant de monde à horizon cinq ans ? Le migrant lui, qui a accepté des sous-emplois dans l’espoir d’un avenir meilleur, se rend compte que l’ascenseur social est en panne. Ses enfants fréquentent des écoles où la recherche de l’excellence est devenue un vague souvenir. Même la langue française, sésame pour l’intégration, leur est refusée par des professeurs qui dédaignent de plus en plus la dictée et un système qui instaure l’écriture inclusive (une insulte à la langue de Molière). »

« Le réveil est étouffé, il est entravé par la nomenklatura au pouvoir: une coalition d’intérêts bourgeois pleine de morgue et incapable de se remettre en cause. Elle est composée des communistes devenus bourgeois et des ‘gagnants de la mondialisation’, c’est le parti de l’Ordre. Son programme unique consiste à maintenir le statu quo quitte à se couvrir de ridicule en s’alliant à des voyous (déclarés chantres du vivre-ensemble), en cédant la souveraineté nationale à des puissances étrangères et en se compromettant avec des dictatures aux antipodes du mode de vie français comme le Qatar et l’Arabie Saoudite. »

Ci-dessous, une théorie d’Alain de Benoist (entre autres penseurs) difficilement classable dans mes rubriques.

 « La politique implique la frontière, elle est donc du côté de la Terre. La Mer, qui ne connaît pas de frontières, est du côté du commerce et de l’économie … Logique tellurique et logique maritime sont des données essentielles de la géopolitique, avec l’affrontement séculaire des puissances océaniques et des puissances continentales (depuis les Grecs et les Perses) … L’époque actuelle relève de la logique maritime. Zygmunt Bauman parle de ‘monde liquide’ pour caractériser la postmodernité … La ‘liquidité’ est partout. La logique maritime c’est : flux et reflux (informationnels, financiers…), disparition des frontières, indistinction des peuples et des cultures, conversion des rôles sociaux, primat du commerce sur la politique, flexibilité, remplacement du solide et du durable par le transitoire et l’éphémère, la marchandise qui voyage, le nomadisme, l’effritement des structures collectives organiques, la vogue de la transparence… La logique de la Mer est fondamentalement universaliste, tandis que la logique de la Terre est particulariste. »

Ci-dessous, quelques considérations tirées du petit livre, Le temps de la fin, de Günther Anders sur le péril atomique, écrit à la fin des années quarante, mais toujours pertinent.

 « ‘Dans le temps de la fin’ signifie : dans cette époque où nous pouvons chaque jour provoquer la fin du monde … Jusqu’en 1945, nous n’avons été que les membres mortels d’un genre conçu comme intemporel … Nous sommes passés du ‘genre des mortels’ à celui de ’genre mortel’ … Du ‘non-être pour nous’ au ‘non-être pour personne’ … Plus personne n’aura la chance de lire l’inscription ‘il était une fois’ … parce que le cimetière qui nous attend est tel que les défunts qui y reposeront ne laisseront personne derrière eux … Nous sommes la première génération des derniers hommes … Le ‘nous’ qui a produit les instruments de la catastrophe et les utilise maintenant comme menace (un nombre infinitésimalement petit d’hommes) et le ‘nous’ des milliards d’habitants du globe non impliqués, sinon comme futures victimes … A cet égard, l’expression ‘suicide de l’humanité’ est fausse … Le fait qu’on nous décharge, par la forme d’activité technique, de la plupart des choses et des plus importantes d’entre elles signifie qu’on nous les dérobe … Qu’il s’agisse d’équiper en égouts une ville ou d’installer un camp de concentration, c’est que commence à nous porter le large fleuve des grands événements en cours, qu’on ne peut absolument plus reconnaître comme des ‘actes’ … Déchargement de notre responsabilité ‘d’agent’, nous sommes devenus des collaborateurs, (Eichmann et l’ouvrage de l’épouse de l’auteur, Hannah Arendt, La banalité du mal ?), sans besoin de s’occuper des conséquences de nos actes, ni même en mesure de le faire … La loi de l’innocence : plus l’effet est grand, plus petite est la méchanceté requise pour le produire … La quantité de haine et de méchanceté requise pour le massacre d’un seul homme par ses prochains est négligeable pour les employés qui sont derrière un tableau de commandes … Appuyer sur un bouton absout du bien comme du mal (aucun des pilotes d’Hiroshima n’a eu besoin de mobiliser la quantité de haine qu’il a fallu à Caïn pour tuer son frère Abel … Et les milliers d’équipages de bombardiers avant et après Hiroshima !) Des faits n’ayant requis aucune méchanceté restent fermés à l’examen moral et inaccessibles au remords. Rendre les coupables parfaitement étrangers à leurs actes … (Truman remerciant Dieu de lui avoir permis d’avoir la bombe) … Si nous ne savons plus que nous faisons quelque chose, nous pouvons par conséquent faire les pires choses … Nous allons périr noyés sous un déluge d’innocence. »

Ci-dessous considérations (non toujours littérales) tirées de Discours de la décadence de Jean Cau. Ouvrage écrit en 1977, soit quelques treize ans avant l’écroulement de l’URSS. On négligera les côtés polémiques, les attendus et parti-pris partiels et politiques discutables pour ne retenir que l’incontestable valeur prémonitoire. Notons simplement que l’auteur était fermement anticommuniste.

Sauf les réserves ci-dessus, les conclusions de Jean Cau sont parfaitement correctes aujourd’hui, presque 40 ans après. La seule résistance au mondialisme destructeur provient de la Russie, ce qui explique parfaitement la trahison (usuelle, il est vrai) de leurs promesses par les Etats-Unis, la haine dont ils poursuivent la Russie et les opérations discrètes mais violentes et continuelles de subversion et de déstabilisation qu’ils exercent à son égard, hélas avec l’appui des larbins politico-médiatiques français.

Considérations qui auraient pu également être insérées à la rubrique suivante, Mondialisation, 500, 2

« Il est hors de doute qu’un ‘Printemps de Moscou’ en lequel se déferait ce qui s’appelle aujourd’hui l’URSS marquerait le triomphe de son seul véritable adversaire ; les Etats-Unis. Et plus rien n’empêcherait le monde blanc de décalquer son histoire sur celle de l’Amérique dévorée par la vraie décadence … L’Amérique ne se veut pas d’histoire, a horreur de l’histoire, est totalement incapable de comprendre son avenir en termes de destin historique … La décomposition de la Russie dans un tournis libertaire accélèrerait l’aggravation de la décadence du monde-race blanc parce qu’elle aurait pour conséquence le déchaînement moraliste et utopique des valeurs désarmantes qui seront celles de l’Amérique et qui ne trouveraient plus de digues capables de stopper leur universel déferlement … Nous ne pouvons pas compter sur les Etats-Unis pour s’opposer à un mondialisme dont incontestablement le monde-race blanc ferait seul les frais … Ce mondialisme est le seul horizon que concoivent les Etats-Unis, non pas comme histoire … mais comme fatalité, une universelle fatalité … Le socialisme s’est au début de ce siècle abattu sur la Russie et a bien failli la désarticuler en la jetant dans l’orbe démocratique de type occidental, ce via le révolutionnarisme internationaliste d’un Trotsky, grand mondialiste funeste … Staline passa le mors à la rêverie, revint au nationalisme … Usurpation nationale de la Révolution comme Napoléon celle de la Révolution française … Gagnant un temps précieux pour s’équiper, sauvegardant l’utile apparence de l’idéologisme utopique d’origine et paralysant l’Occident en se proclamant, avec un toupet incroyable, la seule véritable démocratie réelle … Ce qui reste en Russie de mythes socialo-internationalistes est en contradiction avec la véritable mission qui est, tragiquement et fatalement, la sienne : être contre le mondialisme … Contre le mondialisme américain et sa haine d’une identité occidentale de civilisation, alors le nationalisme russe constitue le dernier rempart … La Russie lutte contre cet encerclement à la fois culturel, sociologique et économique avec des armes révolutionnaires (sur le continent noir par exemple…) … mais la Russie a plus le souci de défendre son ‘empire’ que de libérer les peuples … Les motivations américaines sont suicidaires (du point de vue du monde-race blanc de l’auteur) alors que celles des Russes sont offensives … Paradoxe que de déclarer qu’une Russie nationale, de par sa résistance à l’américanisme mondialiste, est peut-être la seule chance de nos nations… »

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– ‘Occidentisme’ et Orientalisme – Il est question le plus souvent de l’Occident. Quand il est question de l’Orient, et plus spécifiquement de la Chine, la citation est précédée du terme  : ORIENT – Quand il est traité des deux, elle est précédée de OCC-OR   

 ORIENT : « L’Orient, c’est notre refoulé. » (Marc de Smedt). C’est aussi le lieu où apparaît la lumière (soleil levant), haute valeur symbolique.

OCC-OR : « On satanise l’Occident  et l’on fige le Tiers-Monde dans son rôle de persécuté pour bien montrer qu’entre l’un et l’autre aucun compromis n’est possible, hors la repentance infinie du premier. » (Pascal Bruckner – Le sanglot de l’homme blanc)

« Quelle malédiction l’a frappé pour qu’au terme de son essor il ne produise que ces hommes d’affaires, ces épiciers, ces combinards aux regards nuls et aux sourires atrophiés, que l’on rencontre partout …. Si ce monde consentait à liquider ses déchets, en s’imposant des tâches impossibles, opposées à ce bon sens affreux qui le défigure et le perd. » (Emil Cioran)

« Mille ans de guerre consolidèrent l’Occident ; un siècle de psychologie l’a réduit aux abois. » (Emil Cioran)

« L’occidentalisation du monde, laquelle se nourrit de la destruction concrète ou muséographique des cultures vivantes. » (Jean-François Colosimo)

OCC-OR : « L’Orient est plus ouvert que l’occident au pneumatisme et par conséquent à la mystique. » (Marie-Madeleine Davy – traitant essentiellement de la chrétienté)

« Au commencement était le Verbe. Au commencement sera le Nombre.  (Régis Debray)

« Atouts de l’Occident : – Une cohésion sans précédent ; intégration dans l’OTAN sous leadership américain et soumission des nations autres – Le monopole de l’universel ; confédération de démocraties qui se vivent en ligue du bien public, présentant ses intérêts particuliers comme l’expression des intérêts de l’humanité (progrès, liberté…) – L’école des cadres de la planète ; l’Occident assure la formation des élites internationales dans ses universités et ses business schools, ses institutions financières (FMI, Banque mondiale…), ses firmes… – Le formatage des sensibilités humaines ; le ‘soft power’ culturel, publicitaire, Hollywood, émancipation (gays, femmes, blacks, minorités…) – L’innovation scientifique et technique ; non le moindre – Handicaps de l’Occident : – L’hubris du global ; orgueil, excès, morgue, folie des grandeurs, ambitions mondiales – Aveuglant  complexe de supériorité ; technologique, traités, conventions et normes ne peuvent s’appliquer qu’à des gens normaux, pas à ceux qui portent en eux quelque chose d’irréductible à l’ordinaire humain – Déni du sacrifice ; le frappeur à l’abri, Goliath est devenu douillet, phobie de l’affrontement physique, idéal de la guerre à zéro mort (chez soi) – La prison du temps court ; l’Etat séducteur et les régimes d’opinion, obligation du raccourci et de l’expéditif, exigence de résultats rapides – La dissémination des perturbateurs ; éparpillement  des sources de désordre, due à la destruction des Etats nationaux sous les coups de boutoir de la stupide ingérence. » (Régis Debray – Que reste-t-il de l’Occident ?) 

« L’Occident a perdu le Christ, et c’est pour cela que l’Occident se meurt, uniquement pour cela. » (Dostoïevski – Les possédés) – Rien à changer à cette analyse de 1879.

OCC-OR : « L’occidentalisation du monde, qui est le vrai nom de la mondialisation. Les Occidentaux sont aveugles à l’immense difficulté de cette acculturation obligée pour les peuples qui la subissent. Ceux-ci se voient contraints de digérer en très peu de temps un cadre culturel qui a mis des siècles à à se créer chez nous, qui leur tombe dessus de l’extérieur… » (Marcel Gauchet)

OCC-OR : « Pour nous, la religion c’est avant tout des croyances individuelles. Pour un musulman, c’est avant tout une façon de faire société, et l’Islam a poussé encore plus loin que le judaïsme et le christianisme cette connexion entre  foi et mœurs, ce qui fait que le passage à la modernité y représente un défi particulièrement rude. » (Marcel Gauchet)

« Le monde occidental, avec la France à sa tête, n’a plus rien à dire à l’Humanité sur le plan moral, bien qu’il garde encore sa primauté industrielle et scientifique. Nous sommes des Néron connectés au wifi et nous confondons les avancées de l’électronique avec la grandeur et la puissance. C’est pour quand l’incendie de Rome ? » (Driss Ghali)

« L’occidentalisme borné et furieux de nos journalistes et experts autorisés passe pour la voix de la sagesse. » (Renaud Girard) – Alors qu’il n’est que l’expression de la servilité.

OCC-OR : « L’Orient maintient la supériorité de la connaissance sur l’action, tandis que l’Occident moderne (il en fut tout autrement dans l’Antiquité et au moyen-Âge) affiche au contraire, la supériorité de l’action sur la connaissance, quand il ne va pas jusqu’à la négation complète de celle-ci. » (René Guénon)

« La civilisation occidentale moderne apparaît dans l’histoire comme une véritable anomalie : parmi toutes celles qui nous sont connues, cette civilisation est la seule qui se soit développée dans un sens purement matériel, et ce développement monstrueux, dont le début coïncide avec ce qu’il est convenu d’appeler la Renaissance, a été accompagné, comme il devait l’être fatalement, d’une régression intellectuelle correspondante ; nous ne disons pas équivalente, car il s’agit là de deux ordres de choses entres lesquels il ne saurait y avoir aucune commune mesure. » (René Guénon – Orient et  Occident) – Cette prétendue civilisation qui détruira le monde. 

« Un groupe humain ou un Etat peur s’autodétruire par les croyances morales auquel il adhère. » (Friedrich von Hayek) – C’est ce qui est en train d’arriver à l’Occident, encore que les termes croyances et morales y font rigoler.

« Le message de l’Occident, c’est : ‘combien ?’ » (Jean-Edern Hallier)

ORIENT : « Il n’est pas un pays, quelque chose de géographique, mais le lieu natal et la jeunesse des âmes, le partout et le nulle part, l’unification de tous les temps. » (Herman Hesse – Le voyage d’Orient)

« L’Amérique ne m’est antipathique que parce qu’elle est l’expression la plus extrême de l’occidentalisme … Pour un asiatique, les Américains lui paraissent être les plus typiques des Européens … La puissance réalisatrice de notre civilisation, son aspect matérialiste, notre amour passionné de l’action, ne m’ont jamais semblé des facteurs négatifs … La cause de mon antipathie est simplement le fait que chez l’Occidental toutes les formes sont en déliquescence … Les formes de la vie sont devenues des rôles de théâtre … Les différences traditionnelles entre les classes et les types ne sont plus admises … L’accent est placé sur le changement des rôles, sur la marche en avant telle quelle … notre époque confond le succès avec la perfection … Elle considère son état non pas comme provisoire mais comme idéal … Un gamin peut paraître fort aimable, pourvu qu’il ne veuille pas être autre chose qu’un gamin. Il n’est répugnant que s’il se donne pour un homme complet … L’Américain ne pressent que dans des cas exceptionnels qu’il y a quelque chose de plus haut que le progrès, c’est pourquoi il produit l’impression d’un barbare … Le nivellement par en bas, qui est au début la conséquence nécessaire de la démocratie, entraîne une énorme diminution de valeur de l’humanité qui, si elle durait, amènerait la ruine de celle-ci … La conscience de l’être recule, tandis que celle du ‘devenir’ s’intensifie : ‘il faut’ se développer, ‘il faut’ croître, ‘il faut’ progresser … Nous voyons l’être devant nous sous la forme d‘un ‘devoir’ … Notre civilisation occidentale, en tant que la plus brutale de toutes celles qui existèrent jamais, est, par nature, non pas bonne, mais mauvaise … Là où l’homme s’abandonne à l’esprit même de la puissance, il devient satanique … Ce qu’il y a d’affreux dans cet américanisme, c’est que l’organisme psychique est simplifié à un degré inouï … On dit que les hommes bornés sont les plus heureux. Mais la limitation ne constitue pas un idéal … Un état inférieur brille devant les hommes comme étant l’état suprême. Si cet idéal n’est pas bientôt détrôné, il nous conduira infailliblement à la barbarie. » (Herman von Keyserling- écrivant en 1911) – Bien vu et prévu.

« La création sans cesse renouvelée dans un monde destiné à l’action, voilà ce qui me semblait alors être l’âme de l’Europe … Soumission à la volonté de l’homme. » (André Malraux – La tentation de l’Occident)

« Toujours vous vous dirigez vers un but, vers lequel vous êtes portés tout entiers. Vous voulez vaincre. Que trouvez-vous sous vos pauvres victoires ? » (André Malraux – La tentation de l’Occident)

« Vous avez chargé l’univers d’angoisse. » (André Malraux – La tentation de l’Occident) 

ORIENT : « Toute chose à laquelle nous nous attachons, action ou pensée, nous voulons, selon les insinuations de notre sensibilité et de l’heure, pouvoir choisir entre les aspects successifs que lui donnera le temps. C’est cette possibilité constante du changement qui étend sur la Chine sa royauté incertaine et multiple ; c’est d’elle que nous vient ce frémissement subtil que nous recherchons. » (André Malraux – s’exprimant pour un Chinois – La tentation de l’Occident)

 ORIENT : « Il est sage de laisser reposer en paix, insinuent les magiciens de mon pays, les dragons qui dorment sous la terre. » (André Malraux – s’exprimant pour un Chinois) – Sur les passions-pulsions violente.

OCC-OR : « Le temps est ce que vous faites, et nous  sommes ce qu’il nous fait. » (André Malraux – s’exprimant pour un Chinois)

 OCC-OR : « Dieu, pour vous, est état ; pour nous, rythme. » (André Malraux – s’exprimant pour un Chinois)

 OCC-OR : «  Entre l’esprit oriental et l’esprit occidental s’apprêtant à penser, je crois saisir d’abord une différence de direction, je dirais presque de démarche. Celui-ci veut dresser un plan de l’univers, en donner une image intelligible, c’est-à-dire établir entre des choses ignorées et des choses connues une suite de rapports susceptibles de faire connaître celles qui étaient jusque- là obscures. Il veut se soumettre le monde, et trouve dans son action une fierté d’autant plus grande qu’il croit le posséder davantage.  Son univers est un mythe cohérent. L’esprit oriental, au contraire, n’accorde aucune valeur à l’homme en lui-même ; il s’ingénie à trouver dans les mouvements du monde les pensées qui lui permettront de rompre les attaches humaines. L’une veut apporter le monde à l’homme, l’autre propose l’homme en offrande au mode. » (André Malraux– s’exprimant pour un Chinoisla tentation de l’Occident)

 OCC-OR : « Connaître le monde n’est pas en faire un système, non plus que connaître l’amour n’est l’analyser. » (André Malraux– s’exprimant pour un Chinoisla tentation de l’Occident)

 OCC-OR : « Vous analysez ce que vous avez éprouvez ; nous pensons afin d’éprouver. » (André Malraux– s’exprimant pour un Chinoisla tentation de l’occident)

OCC-OR : «  la doctrine taoîste propose des rythmes, comme les vôtres proposent des constructions. » (André Malraux– s’exprimant pour un Chinoisla tentation de l’Occident)

« La civilisation, son œuvre, sa folie, lui apparaît comme un châtiment qu’il s’est infligé et qu’il voudrait à son tour faire subir à ceux qui y ont échappé jusqu’ici. ‘Venez en partager les calamités, soyez solidaires de mon enfer ’…   Quel soulagement de les contempler tandis qu’ils s’embrouillent dans les mêmes problèmes que lui et qu’ils s’ébranlent vers la même fatalité. » (Emil Cioran – traitant de la propension des Occidentaux à se mêler de tout et à imposer leur délire au monde entier)

« Une civilisation abritant des nations aussi troublées est inapte à faire la guerre et à traverser des crises plus importantes, ce dont sont parfaitement conscient les empires situés à l’Est.  D’abord une crise sanitaire, le Covid-19 aura surtout été une crise civilisationnelle à l’Ouest du globe. Depuis déjà plusieurs années, les nations occidentales refusent de sacrifier des hommes dans les conflits armés: chaque mort est vue comme une tragédie à ne jamais répéter. C’est le règne des opérations télécommandées et des drones. (Jérôme Blanchet-Gravel – L’Occident mort de peur)

« Un nouvel orientalisme a prospéré. Nous ne nous estimons pas sans doute, mais nous sommes enclins à aimer sans conditions tout ce qui n’est pas nous … Nous ressemblons à des gens qui ont perdu tout désir d’inspirer les autres parce que nous n’avons rien d’inspirant» (Douglas Murray – sur l’Occident en général et l’Europe (de l’Ouest) en particulier) – Il faut dire que le vide qui y règne ne  déchaîne pas l’enthousiasme.

«La morphogenèse culturelle de l’Occident en cinq événements : – L’invention de la Cité, de la liberté sous la loi, de la science et de l’école par les Grecs, le civisme grec – L’invention du droit, de la propriété privée, de la ‘personne‘ et de l’humanisme par les Romains – La révolution éthique et eschatologique de la Bible : la charité dépassant la justice , la mise sous tension eschatologique d’un temps linéaire, le temps de l’Histoire – La ‘révolution papale’ des XI°, XIII° siècles qui a choisi d’utiliser la raison humaine pour inscrire dans l’histoire l’éthique et l’eschatologie biblique, pour faire ‘progresser’ le monde, le transformer et le rendre digne de la venue du Christ, en abandonnant l’attitude quiétiste et en conférant valeur et sens à l’action humaine en référence à l’humanité du Christ (d’où la participation au monde et à son histoire, quitte à ‘se salir quelque peu les mains’), sanctification de l’agir humain retrouvée par Luther ; ce contrairement à l’Orthodoxie qui restait campée sur l’isolement spirituel, gage de pureté – La promotion de la démocratie libérale … dont l’efficacité du pluralisme induit dans les domaines de la science, de la politique et de l’économie a conféré à l’Occident une puissance de développement sans précédent qui lui a permis d’engendrer la modernité. » (Philippe Nemo)

« Il me semble que c’est la morale judéo-chrétienne de l’amour et de la compassion, d’une miséricorde qui doit aller au-delà de toute justice, qui, en apportant une sensibilité inédite à la souffrance humaine, un esprit, sans équivalent dans l’histoire antérieure connue, de rébellion contre l’idée de la normalité du mal, a donné le premier branle à la dynamique du progrès historique (prophètes, Psaumes, Sermon sur la montagne…) … La Bible rompant avec la sérénité de la morale païenne, rompt aussi avec le temps cyclique de l’Eternel retour (incompatible avec la lutte contre le mal) et inaugure un temps sinon linéaire, au moins ‘tendu vers l’avant’. » (Philippe Nemo)

« Quand on sait que l’explosion démographique commence en Europe et ne concerne les autres continents qu’à mesure qu’ils sont touchés par l’Europe, il apparaît que la seule explication de ce changement explosif est la modification qui avait eu lieu dans l’organisation interne de sociétés de ce continent. » (Philippe Nemo)

« L’Occident en est là. Il n’a plus rien d’autre à opposer à l’islam sacrificiel que la laïcité, l’apéro résistant en terrasse et ’l’esprit Intermarché’ ». (Maël Pellan)

« L’Occident a perdu foi dans la masculinité. » (Jordan Peterson) – C’est pourquoi il est à genoux, couché et qu’il a tellement peur de ce qui va lui arriver.

« Le progrès a été la grande croyance structurante de l’Occident qui lui a permis de se planétariser. » (Robert Redeker)

« Comment l’Ouest a-t-il pu décliner, de son pas triomphal à sa débilité présente ? » (Alexandre Soljénitsyne) – Et encore, en 1978, on n’avait encore rien vu de cette débilité.

 « Certes l’Occident meurt et, grâce à sa télévision moribonde, la grossièreté de ses sites internet et ses agences de tourisme sexuel, il fait lui-même la publicité de sa déréliction. » (Martin Steffens)

« La culture occidentale partait du principe, rarement discuté qu’elle était en fait ‘ce qu’on avait pensé et dit de mieux’ … sa supériorité était obscurément tenue pour acquise … Incarnation du trésor d’énergie morale et intellectuelle du monde … Est-il d’autres races qui se soient tournées, dans un esprit de pénitence, vers leurs anciens esclaves ? D’autres civilisations qui aient désavoué, au nom de la morale, l’éclat de leur passé … En même temps que l’axiome du progrès, est perdue la croyance mobilisatrice que l’histoire occidentale suivait une courbe ascendante … L’histoire n’est plus pour nous une progression … Nous ne sommes pas portés à considérer l’atmosphère de démesure qui nous entoure comme un recul transitoire, une étape déplaisante à franchir au plus vite. » (George Steiner – sur le déclin final de l’Occident) 

« Un étrange sentiment d’impuissance règne en Occident, dans le contexte d’une révolution technologique qui semblait au contraire rendre tout possible. » (Emmanuel Todd)

« Comment atténuer la dépression psychique qui pèse sur l’Occident en même temps que la dépression économique ; la dépression morale aggravant sas cesse la dépression économique et inversement ? » (Stefan Zweig)

 Ci-dessous, extraits simplifiés, d’un ouvrage du dissident soviétique Alexandre Zinoviev,  L’Occidentisme, essai sur le triomphe d’une idéologie, comparant l’Occident et le système soviétique, dont, du fait de l’effondrement du système communiste, il a été retenu surtout l’aspect évoquant l’Occident.

L’occidentisme n’est pas seulement un ensemble de traits communs aux nations occidentales. C’est une structure à part entière, comme un second niveau social venu se superposer aux sociétés elles-mêmes … Les deux niveaux se partageant le même espace socio-temporel et le même matériel humain … L’Occident s’est créé, s’est développé, s’est maintenu, s’est défendu et a fini par conquérir sa place sur la planète grâce à des individus d’un certain type que j’appellerai les ‘occidentoïdes’ : esprit pratique, savoir-faire, économie, disposition aux luttes concurrentielles, génie inventif, sens du risque, froideur, dureté émotive, penchant pour l’individualisme, sens développé de la dignité, aspiration à l’indépendance et au succès, goût du travail honnête et soigné, celui de la publicité et des attitudes théâtrales, sentiment de  supériorité sur les autres peuples, tendance à diriger autrui, capacité à s’organiser particulièrement forte … portrait sommaire du matériel humain qui compose l’Occident … d’une somme d’individus créateurs de la civilisation occidentale … Le façonnage des occidentoïdes s’est fait en masse par l’intermédiaire de l’éducation, de l’idéologie, de la propagande, de la culture, de la médecine … L’occidentisme inclut l’économie mais ne se réduit pas à elle … Après la victoire sur l’URSS, le mot ‘capitalisme’ a pris un sens plus neutre, et même plus respectable, pour désigner le système social de l’occidentisme … Les apologistes du capitalisme ont connu une extase sans précédent et ont rejeté toute retenue, tout principe moral et la plus élémentaire décence … Trait distinctif de la société occidentale, le haut niveau de parasitisme (personnes qui ne donnent rien à la société et se nourrissent à ses dépens) … La croissance de l’appareil étatique … des appétits des gouvernants et des possibilités d’abus de leurs fonctions, fait se développer la propension du pouvoir à réduire son souci du bien public et à augmenter son intérêt pour le sien propre (ce qu’on critiquait en Russie soviétique se passe en Occident) … Si un parti survit, cela signifie que son existence arrange certaines composantes influentes de la société, et qu’il les sert de quelque façon en échange de leur soutien. Cela explique leur absence d’idéologie nette et systématique … Avec des corrections insignifiantes, la ‘classe politique’ qui s’est formée en Occident sur le substrat des partis correspond à la description des fonctionnaires du parti d’un pays communiste … même stabilité du noyau … L’idée de la fin de l’idéologie est en elle-même une idée de l’idéologie occidentale, qui se proclame comme seule vraie … Elle lutte contre les états d’esprit qui lui sont hostiles avec autant de  férocité que les doctrines religieuses du passé employaient à éradiquer les hérésies … Pour manipuler la conscience des masses, elle se doit d’utiliser des constructions linguistiques confuses, ambiguës ou vides de sens, des propositions unilatérales … (cinquante millions de personnes mouraient de faim chaque année dans le monde, ce qui alors était proche du nombre total des décès …  Le Gogo avale. Que faisait le cancer ?). Parmi une multitude de vérités possibles, elle sélectionne celles dont la connaissance est utile d’un point de vue pratique et les habille d’une interprétation orientée … ‘Tout savoir, ne rien comprendre’ … Le rôle de l’idéologie est de mettre en avant certaines valeurs : richesse, pouvoir, célébrité, propriété, confort, bien-être, santé, entreprises, liberté… de les présenter comme le résultat du capitalisme et de la démocratie … Et de maintenir au sein de la population l’attitude positive nécessaire à la sauvegarde de la société … Le traitement idéologique de l’homme passe par sa dévastation spirituelle … L’Occident se moquait des cultes de la personnalité dans les pays communistes, mais il tombe dans le même travers, en pire … Il ne s’agit nullement de mettre à l’honneur des actes d’individus d’exception, mais d’enfoncer dans la tête des gens la conviction que la société et son évolution résultent des efforts de ces personnalités … Dans la mesure où la société occidentale considère comme un idéal l’organisation sociale existante avec son système de valeurs, elle n’a pas d’idéal au sens strict du mot (ce qui n’existe pas, mais à quoi l’on aspire) … Elle n’est pas dominée par la volonté de construire un avenir meilleur, mais de préserver l’acquis … L’existence des média dépasse le cadre des affaires. Ils sont aussi information et désinformation, apologétique et critique, sermon moraliste et incitation à la débauche, instruction et abrutissement, lutte pour les idées générales et des intérêts particuliers … Ils clouent littéralement l’attention de la majorité de la population occidentale en lui fournissant en continu informations, potins, distractions et sensations … Arbitre culturel suprême … Rôle déterminant en politique … Force organisatrice devant laquelle l’opinion publique et la société civile ainsi privées de leur autonomie ont abdiqué leur indépendance et leur pouvoir  … L’une des caractéristiques des moyens de distraction de masse occidentaux est leur manque  d’intellectualité et de spiritualité … Pour garder les positions conquises, l’Occident doit démontrer les avantages de son mode de vie. Dans la mesure où l’occidentisation ne donnera pas les résultats escomptés dans les anciens pays communistes, ces avantages apparaîtront comme douteux. L’appareil de la guerre froide doit donc être préservé comme facteur actif de l’histoire à venir (Ce pourquoi, entre mille trahisons, notamment l’Occident n’a pas tenu sa promesse de dissoudre l’OTAN. Les Etats-Unis ne sauraient tolérer qu’un grand pays comme la Russie se détourne de la mondialisation et de sa corruption mentale et matérielle. Ils feront tout pour la faire rentrer dans le rang) … L’idée d’une société globale est purement occidentale et n’appartient nullement au patrimoine abstrait de l’humanité … L’occidentisation est le désir de l’Occident d’assimiler d’autres pays sous le couvert idéologique d’une mission humanitaire, bénévole et libératrice … Le mouvement vers une société globale n’est pas le fruit du rêve … c’est une nécessité vitale pour les pays occidentaux, un moyen obligé de préserver la situation actuelle et de survivre dans un environnement d’une menaçante complexité … Il ne peut pas se soustraire à cette tâche colossale. »

« La culture occidentale s’adjoint une caractéristique supplémentaire, que les autres n’ont pas, et qui bouleverse la donne, Elle se prend pour la culture universelle (droits de l’homme : principes universels) … Elle se déploie comme une idéologie … qui s’avance masquée … qui se croit légitime à s’étendre partout, au corps défendant des autres civilisations qui, elles, n’aspirent qu’à demeurer elles-mêmes … Universalisme qui n’est autre qu’une arme de guerre … Impérialisme sous couvert de mission humanitaire … ‘Sous couvert du concept des droits de l’homme se cachent le mensonge et l’insulte aux valeurs religieuses et nationales’ (patriarche Kyril de Smolensk). » (Chantal Delsol – évoquant Alexandre Zinoviev)

Ci-dessous, extraits de l’ouvrage d’Edward W. Said,  L’Orientalisme, l’Orient créé par l’Occident – Il reste des traces de ces vieilles notions, plus du tout au sens racial, inégalitaire, mais au sens de la non objectivité, du non scientisme, de l’irrationnel en même temps que d’une atmosphère qui peut-être aussi bien ensorcelante et charmeuse que sanguinaire…

 « L’histoire du discours sur l’autre est accablante. De tout temps les hommes ont cru qu’ils étaient mieux que leurs voisins ; seules ont changé les tares qu’ils imputaient à ceux-ci … D’une part, on considère son propre cadre de référence comme étant unique, ou tout au moins comme normal ; de l’autre, on constate que les Autres, par rapport à ce cadre, nous sont inférieurs … Ce qu’on refuse à cet Autre, c’est d’être différent : ni inférieur, ni (même) supérieur, mais autre, justement … On le juge, dans le meilleur des cas, par les critères qu’on s’applique à soi-même … L’Orient est une création de l’Occident, son double, son contraire, l’incarnation de ses craintes et de son sentiment de supériorité tout à la fois, la chair d’un corps dont il ne voudrait être que l’esprit … A étudier l’Orientalisme, espèce de pouvoir intellectuel, présent en politique, en littérature, dans les récits de voyage et dans la science, on apprend peu de choses sur l’Orient, et beaucoup sur l’Occident. Le portrait que nous prétendons faire de ‘l’Autre’ est, en réalité, tantôt une caricature, tantôt un complément de notre propre image … L’Orientalisme a une telle position d’autorité qu’il contamine tous les domaines … L’Orient est une idée qui a une histoire et une tradition de pensée, une imagerie et un vocabulaire … qui relève d’une sorte d’hégémonie culturelle … Le sens de l’Orientalisme dépend plus de l’Occident que de l’Orient … Le savoir sur l’Orient, né de la force … coïncidant avec l’époque de la plus grande expansion européenne, 1815 à 1914 (canal de Suez, années 1860 ) … L’Oriental, quelque chose que l’on juge, que l’on étudie et décrit, que l’on surveille, que l’on illustre … Ils n’ont pas eu notre révolution newtonienne, ‘l’objectivité n’est pas une valeur dans le système arabe’ (Harold Glidden) … L’Orientalisme, genre littéraire (Chateaubriand, Lamartine, Hugo et ‘les Orientales’, Nerval et le ‘Voyage en Orient’, Goethe, Flaubert, Fitzgerald… René Guénon différemment), mythologie flottante, préjugés et suffisance, attrait et reconnaissance d’un caractère excessif … ‘L’Orient avance, invincible, fatal aux dieux de la lumière à cause du charme de ses rêves, de la magie de son clair-obscur’ (Jules Michelet) … ‘Un voyage en Orient était comme un grand acte de ma vie intérieure’ (Lamartine) … Sentiment de perte, de vide et de désastre de l’Asie après qu’elle fût victorieuse (ou presque) de l’Europe (péril ottoman latent jusqu’à la fin du  XVII° siècle) … La fameuse ‘question d’Orient’ et le rôle des puissances, principalement Angleterre et France … la dégénérescence de l’Orient et son inégalité avec l’Occident s’associaient extrêmement facilement, au début du XIX° siècle, avec les idées sur les fondements biologiques de l’inégalité des races. »

 « L’Orient, terre de promesses et de pouvoir … La pratique européenne bien connue qui met les femmes au centre de tout ce qui est oriental. » (Edward W . Said – Culture et impérialisme)

 

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