575,5 – Ministre

– Notons que le mot vient du latin et signifiait alors serviteur. Ô temps, ô mœurs ! Consacre maintenant le plus clair de son temps à ses intérêts personnels et électoraux.

– Sa préoccupation constante est de faire événement, ce qui lui laisse peu de temps et d’énergie pour réfléchir, entendre, agir, ou surtout ne pas agir.

– Est tenu, pour son standing et justifier sa fonction d’envoyer son quota de tweets quotidiens, de faire n’importe quelle déclaration chaque matin. S’exprime par petites phrases du plus haut intérêt, surtout pour les gens des média, auxquels celles-ci fournissent une matière permettant de garnir articles et émissions en évitant de parler de choses qui pourraient fâcher.

– Se sent obligé, pour sa gloire éternelle, d’associer son nom à une inoubliable réforme ou loi,  inepte, conçue pour augmenter la confusion et la division, pour enlever encore une part de liberté et d’autonomie aux personnes considérées et traitées comme des mineurs incapables. « Le narcissisme d’Etat devient une épidémie. Pourquoi partout cette obsession de ’laisser une trace’ ? » (Régis Debray) – C’est la préoccupation des creux, des minables. Un personnage puissant ne se soucie pas de ‘laisser une trace’.

– Dés qu’il se passe quelque mini événement dans quelque recoin du royaume pouvant ressortir de son domaine doit se rendre sur place, en compagnie d’une grande troupe de journalistes et photographes, s’afficher, serrer des mains, rire ou pleurer suivant le cas sans se tromper. N’est donc jamais à son bureau où il pourrait éventuellement réfléchir et travailler, ou au moins faire semblant. Ce détail n’entrant pas dans ses fonctions, toutes d’esbroufe.

– Très accessoirement, la position donne droit à être appelé monsieur ou madame le ou la Ministre jusqu’à la fin de ses jours (satisfaction narcissique non négligeable) et (dans des conditions de durée et de montant tenues pudiquement confidentielles) à une retraite supplémentaire conséquente, fût-ce pour quelques mois d’activité frénétique ; ce qui pourrait expliquer quelque peu l’engouement dont une fonction aussi ingrate est l’objet et la rotation accélérée des postes (tout fidèle copain se devant d’avoir été ministre un bref moment au moins). Ce qui explique grandement la rotation d’incapables dans ces postes, d’ailleurs inutiles.

– Si on ne songe pas encore à rendre la fonction héréditaire, les descendants (comme ceux des monstres du show-biz) ambitionnent, généralement avec succès, de parvenir aux mêmes charges, honneurs et bénéfices que leurs géniteurs et même à les dépasser en gloire. Un monarchiste conséquent ne peut que se réjouir du retour du principe d’hérédité.

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« Les petits enfants se moquent des ministres et prennent les rois au sérieux. » (Georges Bernanos)

« Ministre : personne qui agit avec un grand pouvoir et une faible responsabilité. » (Ambrose Bierce)

« Ne pas oublier qu’un ministre, même sans talents, fera plus de bien ou moins de mal en quinze ans d’administration que n’en feront dix hommes supérieurs qui se succèderont au ministère dans le même espace de temps. » (Louis-Ambroise de Bonald) – Pas de risques aujourd’hui d’y rencontrer des hommes supérieurs (ou des femmes, parité !), mais faire partager le gâteau aux copains exige une rotation effrénée de simples médiocres.

 « Le public est gouverné comme il raisonne. Son droit est de dire des sottises, comme celui des ministres est d’en faire. » (Chamfort)

« Vous croyez qu’un ministre, un homme en place, a tel ou tel principe, et vous le croyez parce que vous le lui avez entendu dire. En conséquence vous vous abstenez de lui demander telle ou telle chose qui le mettrait en contradiction avec sa maxime favorite. Vous apprenez bientôt que vous avez été dupe et que vous lui voyez faire des choses qui vous prouvent qu’un ministre n’a point de principe, mais seulement l’habitude, le tic de dire telle ou telle chose. » (Chamfort)

« Pourquoi arrive-t-il qu’en France un ministre reste placé après cent mauvaises opérations, et pourquoi est-il chassé  pour la seule bonne qu’il ait faite. » (Chamfort)

« Un ministre, en faisant faire à ses maîtres des sottises nuisibles au public, ne fait souvent que s’affermir dans sa place : on dirait qu’il se lie davantage avec eux par les liens de cette espèce de complicité. » (Chamfort) – Chamfort écrivait dans les dernières années de la monarchie, mais on voit que la république n’a rien changé.

« Des ministres qui se mettent à l’écoute des Français parce qu’ils n’ont rien à leur dire. » (Régis Debray) – De simples enregistreurs feraient aussi bien l’affaire, pour bien moins cher.

« Sous toute personne en vue, il y a un ministre potentiel. La compétence, chacun le sait, n’est plus compétitive face à la légitimité médiatique … On achète une place, un parti, un ministère, une commission, un établissement public avec sa réputation, et la place occupée permet d’accroître en retour sa visibilité. C’est la télé qui fait l’Etat, et non l’inverse. On vend à un gouvernement, non sa compétence (accessoire) ni même sa personne (la plupart n’en pensent pas moins), mais son image. Et on en reçoit en retour un surcroît d’image. » (Régis Debray) – Services mutuels à l’avantage des deux contractants, c’est-y pas beau ?

« Chaque nomination ministérielle est l’occasion de satisfaire une clientèle d’amis politiques ou privés. » (Alain Etchegoyen) – Ce qui explique (sans doute avec des conditions d’obtention de retraite assez mystérieuses et discrètes) la rotation accélérée des postes.

« Ministre. – Dernier terme de la gloire humaine. » (Flaubert – Dictionnaire des idées reçues)

« Les ministres prennent le tramway, car ils n’ont pas de Safrane de fonction, les pauvres ! (Claude Fouquet) – Ni de chauffeurs, ni de laquais. En Suisse, ce pays pauvre sous-développé.

« S’occuper des affaires de l’Etat était, du temps du général de Gaulle, une mission et non pas une carrière ou un métier. » (Marie-France Garaud) – Les temps ont bien changé. Pour certains ce n’est même plus en métier (lequel supposerait au moins un minimum de compétence) mais un gras fromage et l’assurance d’une excellente retraite supplémentaire à vie.

« Seul le ministre peut donner des ordres, mais seuls les fonctionnaires peuvent faire aux ordres du ministre un destin. Naturellement le ministre se sent beaucoup plus à l’aise avec ses attachés, qui, eux du moins, ne l’accablent pas de leur compétence professionnelle. Ils sont là, tout près de lui, jeunes pour la plupart, nombreux, joyeux, aimables … Plusieurs sont parents du ministre ; fils, frères, cousins, neveux, parents à tous les degrés (épouse, maîtresse, amant…). D’autres sont les fils, les frères, les cousins, les neveux, les agnats et les cognats de ses principaux collègues et de ses grands électeurs. » (Robert de Jouvenel – La république des camarades)

« On n’appelle plus un grand ministre celui qui est le sage dispensateur des deniers publics ; mais celui qui est homme d’industrie, et qui trouve ce qu’on appelle des expédients. » (Montesquieu)

« Le pire que puisse faire un ministre n’est pas de ruiner un pays mais de donner le mauvais exemple. » (Montesquieu) – Nos politiciens, nos ministres, nos présidents (voire leur comportement) savent faire les deux.

« Un ministre est plus jugé à ce qu’il dit qu’à ce qu’il fait. » (cardinal de Retz) – Déjà, sous l’ancien régime ! Alors maintenant.

« Les ministres ambitieux confondent leur personne avec le trône. » (Louis-Philippe de Ségur)

« Rien n’est comparable aux qualités d’un ministre qui entre si ce n’est les défauts d’un ministre qui sort. » (?)

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