005,4 – Militantisme

– Cette activité semble être, selon certains, la forme la plus haute de la solidarité pratique humaine : « Vous qui êtes mes frères parce que j’ai des ennemis. » (Paul Eluard) – Comme l’avait vu Malraux, c’est l’ennemi qui instaure, fugitivement, la fraternité des combattants.

– Si, comme son autre facette, le manifestant, le militant est un personnage perpétuellement indigné, sur n’importe quoi, n’importe où, n’importe quand et n’importe comment (ce qui, de nos jours, est une preuve certaine de noblesse d’âme), il serait plus juste de dire que, souvent, il milite pour oublier une solide frustration située ailleurs, ou, tout simplement par vulgaire arrivisme.

– Le Bobo et son ombre, le Gogo, ne s’interroge jamais, trop fatigant. D’ailleurs, si des questions se posaient leur journal préféré aussi vigilant qu’indépendant ne manquerait pas de les évoquer. Mais est-ce à un vieux marxiste qu’on fera croire que les Femen financent leur oisiveté en dehors de leurs plaisantes activités et leurs déplacements aux quatre coins du monde avec leurs économies de petites Ukrainiennes qu’elles étaient, à l’origine au moins. Qui est derrière ? Qui servent-elles ? Qui leur a assuré le lancement, la délirante couverture médiatique et la bienveillance judiciaire ?

-Le confort moral que recèle toute attitude critique.  

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« Le militant est convaincu d’appartenir au petit nombre des élus chargés du salut commun. » (Raymond Aron) – Sur le militant communiste, mais on peut étendre.

« A la longue la propagande totalitaire s’épuise. Les militants se lassent de bâtir une cité nouvelle et le repli sur la vie privée refoule peu à peu l’exaltation partisane. » (Raymond Aron)

« A partir du moment où il a donné son adhésion, pourquoi le militant refuserait-il la tâche qu’on lui confie ? Plus cette tâche lui paraît rebutante, plus volontiers il l’acceptera. Tout comme le chrétien, il témoignera pour sa foi en surmontant ses désirs … Là est le piège fascinateur du communisme. Dans une religion de salut, l’autonégation du croyant aboutit à la quête de la sainteté. Dans une religion séculière, le mécanisme est le même, et le résultat inverse. Le croyant ne refoule pas les appétits de la chair, mais les scrupules que des siècles de civilisation ont inscrits dans sa conscience. Il s’interdit de mettre en question les ordres qu’il reçoit. L’ascèse n’est pas orientée vers la pureté, mais vers l’action efficace. Plus le militant sera dévoué, moins il hésitera à commettre des actes que réprouve l’éthique traditionnelle. » (Raymond Aron – Le Dieu des ténèbres)

« La discipline du Parti, avec ses excommunications, ses interprétations, sa vérité représente pour beaucoup d’hommes sinon une épreuve mais un soulagement … Etrange tribulation du rationalisme européen … On saluait dans le rejet de la religion transcendante une libération de l’esprit, voici les plus ‘avancés’ des intellectuels qui se découvrent incapables de vivre sans foi et se soumettent à une autorité, autrement totalitaire et irrationnelle que celle de l’Eglise. » (Raymond Aron – sur le communisme – Le Dieu des ténèbres) – Mais, s’applique à des utopies totalitaires autres que le communisme.

« Un homme de comité à force de raisonner les moyens, arrive à se complaire en eux plus qu’en leur objet … Développement exclusif de la capacité de calculer des forces … Voilà comment on peut être un politique sans avoir l’esprit de gouvernement, et avec plus de goût pour l’intrigue que pour le pouvoir. » (Maurice Barrès) – Exemple François Hollande.

« ‘Être contre’ réunit bien plus sûrement qu’être pour’ … Cela permet de s’épargner l’incertitude de construire soi-même. Mais à une condition : accepter que ce soit l’ennemi qui vous définisse, ordonne votre vie … Le fameux ‘quand on aura gagné’, faisant ainsi miroiter le futur,  permet surtout  d’oublier le présent, la vie. S’affronter au ‘mal’ suffit, pense-t-on, à fournir un sens à ce que l’on fait et le bien ne pourra qu’advenir … Les meilleurs pour chasser le mal deviennent les pires sitôt la victoire célébrée. » (Miguel Benasayag, Florence Aubenas)

« Ils mettent la langue et le réel au service des grands récits dans lesquels ils restent enfermés. Ils estompent le réel en le casant dans un discours idéologique préexistant … Tendance très forte chez les militants : rejeter la réalité et se réfugier dans les références sacrées … Il veut croire et se sépare systématiquement de l’homme de la rue … Il entretient sa distance au réel, à sa complexité … La militance s’est structurée autour d’une idée proche de la rédemption. Un jour viendrait qui récompenserait toutes les souffrances et qui marquerait la fin de la lutte . .. Il décide d’ordonner sa vie à une dimension principale qui subsumerait toutes les autres : l’engagement politique. » (Miguel Benasayag – sur les militants)

« Nombre de militants des organisations de ‘sans’ sont des nationaux qui agissent par solidarité … Ils veulent un changement social radical, mais un sans-papiers se contente la plupart du temps de vouloir des papiers. » (Miguel Benasayag, Angélique del Rey) – Et se moque éperdument des belles âmes, qu’il laissera tomber ensuite à la grande surprise de ces benêts.

« Le militantisme est une école, et l’une des meilleures … Ecole de discipline et de tenue, d’exaltation et d’enthousiasme, de don de soi. … Creuset d’amitié comme il y en a peu. Avoir milité ensemble crée des liens qui perdurent dans le temps … On se fait évidemment beaucoup d’illusions en s’imaginant que ce que l’on aura fait aura d’autant plus d’impact qu’on se mobilise totalement, mais on a le sentiment de donner un sens à son existence … C’est aussi une école dont il faut savoir sortir : rien de plus ridicule que ces vieux militants qui ressassent les mêmes slogans depuis des décennies … le militant n’est pas seulement quelqu’un qui se donne à fond, c’est aussi un partisan dans le plus mauvais sens du terme. Il répète un catéchisme, il se réfère à un ‘nous’ collectif qui le dispense de toute pensée personnelle, il préfère les réponses aux questions parce qu’il a besoin de certitudes … Il ne cherche pas la vérité mais une croyance … Le militantisme est aussi une aliénation. » (Alain de Benoist)

« Le militant n’a pas besoin d’être lucide, il suffit qu’il soit fougueux ; il est même bon que sa foi soit assez forte pour résister à l’épreuve du fait … Le partisan sait ce qu’il souhaite, peu lui chaut ce qui est … Ce qu’on fait importe moins que ce qu’on veut faire. L’intention compte plus que l’acte. De sorte que l’heure du jugement, ici, ne sonne jamais … L’esprit partisan déteste la diplomatie parce qu’il a horreur du fait. Or, en matière de politique extérieure, c’est le fait qui juge. » (Emmanuel Berl)

« – ‘Stopcrime’ : la faculté de s’arrêter net, comme par instinct, au seuil d’une pensée dangereuse, ne pas percevoir les erreurs de logique, ne pas comprendre les arguments les plus simples s’ils sont contre ‘l’Ingsoc’, éprouver du dégoût pour toute suite d’idées capable de mener dans une direction indésirable – ‘Blackwhite’ : Quand les faits démentent les mots du Parti, les faits doivent se plier, pouvoir dire que le noir est blanc, le dire, plus le croire, et plus encore le savoir irréfutablement – ‘Doublethink’ : suppose dissolution systématique de la mémoire, la dernière version officielle est le passé et aucune autre version ne peut jamais avoir existé, garder à l’esprit deux croyances contradictoires, dire des mensonges délibérés tout en y croyant sincèrement. On sait qu’on falsifie la réalité, mais avec un supplément de double pensée, on se persuade qu’on ne la falsifie pas … La tâche du militant révolutionnaire n’est pas de détromper son adversaire ni de le persuader de la vérité. Elle est de détruire la réalité qui se trouve derrière la conviction de l’adversaire. » (Alain Besançon – reprenant 1984  de George Orwell) – Ne reconnaît-on pas la presse de gauche ? la dictature du politiquement correct ?

« J’ai failli vivre truqué. J’ai failli adhérer. ‘Comme une huître’, disait Valéry. » (Jean Cau)

« On se paye de mots que l’on n’entend pas et l’on se figure être des génies transcendants. » (Chateaubriand)

« Le pouvoir d’appel affectif du communisme résidait justement dans les sacrifices, tant matériels que spirituels, qu’il exigeait des convertis … Son pouvoir d’appel consistait à ne rien offrir et à tout demander … Le néophyte communiste, soumettant son âme au droit canon du Kremlin, goûtait à ce soulagement que le catholicisme apporte, lui aussi, à l’intellectuel qui succombe sous le poids de sa liberté. Le sacrifice une fois consenti, l’esprit, au lieu d’opérer librement, devient le serviteur d’une fin supérieure qu’il cesse de discuter … Car il est bien plus facile de faire le sacrifice de son orgueil intellectuel, sur l’autel de la révolution mondiale, que d’en reprendre possession. » ( Richard Crossman) – « Le sacrifice à l’utopie pure et la révolte contre une société corrompue sont  les deux pôles qui fournissent la tension de toutes les fois militantes … On avait déjà vu, dans les églises médiévales, dans les sectes mystiques, la nécessité du mensonge et de la calomnie pour sauver les masses de leur propre myopie … L’acrobatie mentale sur la corde raide de la dialectique, par laquelle des hommes intelligents et de bonne foi parviennent à se tromper … La lâcheté intellectuelle si courante à gauche … Lorsqu’on a goûté le poison de l’utopie, l’on reste tenté d’en prendre une dernière goutte, fût-ce avec beaucoup d’eau et présentée sous une étiquette différente.  » (Arthur Koestler) – Le Dieu des ténèbres.

« L’homme a assez de manque-à-être en lui pour qu’on puisse le considérer comme mobilisable. » (Régis Debray)

« Toute implification forte dans un combat suscite chez le militant, qui est aussi un soldat (‘miles’), ce curieux mélange de dilatation artérielle et de resserrement cérébral. C’est qu’en simplifiant l’existence, la culture de guerre simplifie aussi la pensée. » (Régis Debray)

« Un spectre en chasse un autre, ainsi survivent les âmes militantes … Les rois meurent comme les pères, la paternité est immortelle. » (Régis Debray – Une idole (personne) s’efface ou est effacée, une autre lui succède, François  Mitterrand succède à Fidel Castro)

« Le dévoué camarade de base, liseur et questionneur, crédule et croyant, sans surface sociale ni relations utiles, la bouche et les poches toujours pleines de bouquins, motions de congrès, programmes du Parti, extraits de discours ‘d’avant’ … est devenu un repoussoir. L’art du dirigeant : savoir l’utiliser avant, savoir le fuir après (chaque élection) … Les ‘pas présentables’ qui avaient ‘porté notre parti au pouvoir’ par des années de porte-à-porte et de réunions, n’en reviennent pas de voir habiles et notables, leurs voisins, qu’ils n’avaient jamais vus militer dans les années sombres et qui ne leur destinaient alors que sarcasmes et quolibets, à eux naïfs militants, occuper peu après la victoire toutes les places, emplois, gradins antichambres, salles à manger, tandis que leurs lettres à eux restent sans réponse et que les Palais nationaux se referment sous leur nez. » (Régis Debray) – Maintenant, il n’y a plus de ces naïfs militants, il n’y a plus guère que des arrivistes-tueurs qui savent combien les places sont bonnes.

« ‘Donnez-nous une interprétation du monde, complète et satisfaisante, qui nous permette de militer, la conscience tranquille, pour un avenir radieux ; donnez-nous notre dogme de tous les jours…’ Cette prière qui monte de la société du bien-être… » (Jean-Marie Domenach)

« Nous sommes environnés d’intelligences imperturbables … On dirait que leurs erreurs ne les concernent pas ; quand ils se trompent, c’est que l’Histoire est moins intelligente qu’eux. Cette prétention de l’esprit cache une anxiété profonde. Si l’on se gave ainsi de certitudes, c’est pour tenir la vie à distance, et les autres, et soi-même … Pensée totalisante, réfractaire à l’objection, à l’autocritique et même au questionnement, solidifiée comme une banquise … Trop de gens prennent des systèmes comme on prend des tranquillisants. » (Jean-Marie Domenach)

« Bénéficiaires des droits conquis par les générations précédentes, ils redoublaient d’ardeur révolutionnaire et se plaçaient en chefs de file d’une cause héroïque, pourtant déjà gagnée. Les mœurs évoluaient à toute vitesse ; or ces jeunes militants choisissaient ce moment pour en rajouter dans l’imagerie de la résistance … Fureur d’arrière-garde, combat gonflé par la diminution de l’enjeu. »  – Sur les militants des causes anti-phobie, notamment, du mariage pour tous ) – « L’hebdomadaire ‘gay friendly’ semble pressé de voir les homosexuels rejoindre la grande famille des familles … D’un côté, une  prétention à l’anticonformisme (ce n’est pas bien d’être conservateur), de l’autre côté, la revendication d’une institution ringarde comme le mariage (ce n’est pas bien d’être privé de certains droits), et pour finir cette apologie de la famille, célébrée avec une énergie qu’on n’avait pas vue depuis le maréchal Pétain. » – « Le militantisme  combat pour sa propre survie, menacée par le progrès même de sa cause … Il doit s’activer inlassablement à dénicher des zones de discrimination, toujours plus minuscules … L’idéal du ‘mariage pour tous’ leur donne l’illusion de lutter contre l’ordre bourgeois tout en l’imitant dans ses moindres détails …  Peut-on vivre sans ennemis ? » (Benoît Duteurtre)

 « Vous qui êtes mes frères parce que nous avons les mêmes ennemis. » (Paul Eluard)

« Il y a un bonheur à être délivré par la règle du ‘tous pour un, un pour tous’ de la loi impitoyable du ‘chacun pour soi’. Il y a un bonheur à se fondre dans la masse, ‘à se laisser porter par un grand fleuve tranquille de confiance et de rude familiarité’, à ne plus avoir à décider du bien ou du mal, à ne plus répondre de ses actes devant un juge intérieur … à être dépouillé de la pénible tâche de penser … La camaraderie est un baume aux tourments du soi. Elle n’écrase pas, elle allège. » (Alain Finkielkraut – commentant Histoire d’un Allemand de Sébastian Haffner)  

« Avec la mise en place de procédure et de recrutement direct, sans qu’il soit nécessaire d’en passer par la case du militantisme, on favorise ‘de facto’ les personnes dotées d’un important capital social, économique et culturel. La mobilité sociale ascendante par le biais du militantisme politique traditionnel s’en trouve fortement amortie. » (Jérôme Fourquet) – C’était un des objectifs de la promotion de la société civile et surtout des associations ; recruter des laquais, généralement incompétents de plus. 

« Action militante et répercussion médiatique se rejoignent dans le sensationnalisme de l’inacceptable ou dans l’unanimisme du désirable. » (Marcel Gauchet)

« Ce que les gens appellent ‘l’esprit partisan’ n’est rien d’autre que le fait de choisir le même bouc émissaire que ses voisins. » (René Girard)

« Tenant d’une main sa gazette du matin et de l’autre le Livre – la Bible, Das Kapital, le Coran…  le militant a entrepris de re-lire, à la lumière de l’actualité… Mais il ne joue pas franc jeu, il ne tient pas balance égale, il finit toujours … par soumettre l’actualité aux rayons intemporels des textes sacrés … L’homme de foi … avoue ne plus pouvoir s’élever par degrés … des choses de ce monde jusqu’aux idées célestes, mais il persiste à vouloir juger du temporel par l’éternel. » (André Glucksmann) – L’idéologie l’emporte sur toute réalité.

« La fidélité partisane ou idéologique considérée comme exemplaire il y  a trente ou quarante ans est perçue à présent comme une manifestation de rigidité mentale, voire d’inintelligence  … Il ne s’agit plus de causes d’envergure, les comportements militants deviennent de plus en plus ciblés sur une question (‘issue related’) … Quand ils ne se tournent pas vers de nouveaux cultes séculiers (sport, rock, santé, développement personnel, voire des cultes plus surprenants comme celui rendu à la princesse Diana. » (Guy Hermet)

 « La déception rencontrée dans la quête du bonheur à travers les activités de consommation tend à tourner au profit de l’action publique … Manière d’éviter les frustrations d’une existence purement privée … investissement des déçus de la sphère privée. » (Albert Hirschman)

« En France notamment, le militantisme a pour objet l’extermination de l’adversaire plutôt que la recherche de la vérité. » (Jacques  Julliard)

« Non seulement les nouveaux mouvements sociaux, le féminisme, les droits des homosexuels, les droits au minimum social, l’agitation contre la discrimination raciale, n’ont rien en commun, mais leur seule exigence cohérente vise à être inclus dans les structures dominantes plutôt qu’à une transformation révolutionnaire des rapports sociaux. » (Christopher Lasch)

« Ils ne pensent pas, ils militent, ils ne cherchent pas la vérité, ils prétendent dire le bien. Leur mission ne consiste pas à éclairer le jugement, mais à interdire toute divergence. » (Elisabeth Lévy – à propos de deux censeurs quasi officiels de la police de la pensée)

« Le militant homosexuel a autant besoin d’homophobes que l’antiraciste de racistes. » (Elisabeth Lévy – à propos de l’action en justice de l’Association européenne des gays et lesbiennes sur une remarque énervée d’un entraîneur de football, d’ailleurs ni insultante ni adressé aux intéressés (sans ou avec e ?). Un militant sans ennemi, contre qui et quoi glapirait-il ?

« Le militantisme du devoir se métamorphose en consommation interactive et festive de bons sentiments. » (Gilles Lipovetsky) – En assistance aux concerts de cyniques artistes milliardaires.

« Le processus de fixation à un objet … Réaction de ‘l’enthousiasme militant’, forme particulière de l’agression en commun … Grande force (analogue à la pulsion sexuelle) et  attraction séductrice dominante, ce quelle que soit la valeur et l’intelligence du sujet … On est prêt à tout abandonner à l’appel … forme de devoir sacré … Renversement de toutes les valeurs qui réduit au silence les considérations d’ordre rationnel, l’esprit critique, les objections et inhibitions d’ordre moral … Etroitesse de vue et prétentions de noblesse … La pensée conceptuelle et la responsabilité morale atteignent leur niveau le plus bas … ‘Quand le drapeau est déployé, toute l’intelligence se trouve dans la trompette’ (proverbe ukrainien) … Conditions d’apparition de ‘l’enthousiasme militant’ : que l’unité sociale (famille, communauté, club, nation, abstractions telles la vérité scientifique, la justice…) avec lequel le sujet s’identifie semble menacée par quelque danger de l’extérieur – Présence d’un ennemi détestable (Prussien, fascistes, capitalisme…) – Figure inspirante d’un chef – Présence de beaucoup d’autres individus soulevés par la même émotion (phénomène de foule). » (Konrad Lorenz) – Inutile d’insister sur les effets dévastateurs.

« Il ne faut pas trop s’étonner, ni trop se plaindre, que les militants dévoués ne soient pas toujours très raisonnables – ni que les gens très raisonnables ne consentent pas toujours à se faire des militants dévoués. Moins que d’autres peuvent se plaindre ces gens très raisonnables qui se tiennent tranquilles dans leur raison. » (cardinal Henri de Lubac)

« Qui se met en chemin et se trompe de route, ne va pas où il veut, mais où mène le chemin qu’il a pris. » (Errico Malatesta)

 « L’on sait que ce genre d’individus psychologiquement épuisants n’a malheureusement jamais fait défaut dans l’univers militant. » (Jean-Claude Michéa – sur « ceux dont le dévouement politique affiché dissimule, dans la pratique, et d’abord à leurs propres yeux, une démarche essentiellement sacrificielle, quand elle n’est pas simplement thérapeutique. » – Pour les incrédules, qu’ils aillent donc y voir !

« A l’image de Rousseau, j’avoue ne pas beaucoup croire à l’authenticité morale de ces nobles engagements militants qui se révèlent à l’expérience parfaitement compatibles avec le mépris le plus tranquille de ceux qui nous entourent. C’est d’abord dans notre vie quotidienne et dans la manière dont nous traitons nos proches, que nos dispositions proclamées à  l’humanité peuvent réellement se vérifier. » (Jean-Claude Michéa)

« Pour beaucoup de militants des ‘nouvelles radicalités’ parisiennes, être de gauche, aujourd’hui, ne signifie plus rien d’autre qu’avoir à se mobiliser en toute circonstance, et si possible devant les caméras du système, pour défendre ce droit libéral de chaque monade isolée ‘à un principe de vie particulier et une fin particulière’. » (Jean-Claude Michéa – citant Friedrich Engels)

« ‘La cause du peuple’ a cédé la place à ‘la cause des people’. » (Philippe Muray)

« Les glapissements hallucinants de cette immense piétaille de dupes de toutes les impostures qu’on appelle militants … Un tas de militants et communautaristes qui harcèlent non seulement la société entière mais font chanter aussi ceux qu’ils prétendent arbitrairement représenter (les féministes contre les femmes…) … Les réclameurs et les fomentateurs de lois, que l’on appelle encore ‘militants’ alors qu’ils ne se battent plus que pour le plaisir d’interdire, de surveiller et de punir, c’est-à-dire de dominer. » (Philippe Muray)

« De nos jours, on se bat. On se bat contre la maladie. On se bat contre la vieillesse. On se bat contre l’exclusion. On se bat pour la solidarité. On se bat pour les acquis. On se bat contre le chômage. On se bat contre la solitude. On se bat contre l’échec scolaire. On se bat contre le handicap. On se bat contre les préjugés. On se bat contre l’intolérance. On se bat pour faire bouger les mentalités etc. etc. » (Philippe Muray) – Que de héros méconnus dont l’existence est une lutte perpétuelle !

« Passé en quelques années du culte de Mao au culte du moa. » (Eric Naulleau – sur un écrivain célèbre) – Et il n’est pas le seul.

« Quand on vit du combat contre un ennemi on a intérêt à ce que cet ennemi ne meure pas. » (Nietzsche) – Par exemple le fascisme qui maintient la gauche en vie. On peut toujours prétendre qu’il est là, caché derrière la porte. A force de l’invoquer, il pourrait bien ressusciter. Il l’est déjà suivant la prophétie de Churchill : « La prochaine fois que le fascisme reviendra, ce sera sous le masque de l’antifascisme. » – Celui de l’actuelle police de la pensée.

« Il avait fait une croix sur sa personnalité, sa volonté et sa fierté. Et si longtemps il  avait été celui qui croyait nuire … Persuadé de déranger, alors qu’il ne savait que servir, et imiter. Il n’avait été qu’un suiveur, exalté, conditionné de tout temps au très-bien-vivre-ensemble, amputé de ses défenses et de sa pensée. » (Laurent Obertone )

« Le pouvoir que s’octroie parfois le militant relève bien plus d’une jouissance d’ordre personnel que d’un désir de justice. » (Paul-François Paoli)

« Il existe un point de croisement, et comme une solidarité inversée, entre les militants du capitalisme sans frontières et ceux du radicalisme internationaliste. » (Paul-François Paoli) – Gauchistes.

« Fils de paysan contre fils de bourgeois. » (Pier Paolo Pasolini – désignant du doigt un flic italien face à un étudiant romain manifestant) – On comprend qu’après de telles constatations, les crapules gauchistes bourgeoises l’aient détesté, et qu’on l’ait trouvé assassiné.   

« Antérieurement, l’engagement se référait souvent à des convictions ancrées … à des idéologies … à des courants … tous issus d’une longue histoire … Il supposait un minimum de dévouements et de sacrifices … Malgré cela, le militantisme pouvait être considéré comme un épanouissement personnel. Aujourd’hui seul compte ce dernier. Le ’Je’ d’abord et avant tout. Le ‘Je’ d’abord et avant ‘nous’. On ne se fond plus dans un mouvement plus grand que nous-même, on consomme du militantisme. » (Natacha Polony et le comité Orwell – à propos notamment de Nuit debout) – Ou bien, on construit un plan de carrière, juteuse.

« Un des muets de l’Assemblée nationale … il est dévoué à la bonne cause, il se lève pour la bonne cause, il reste assis pour la bonne cause, il tape du pied pour la bonne cause, et il ne se tait même que pour une bonne cause. » (Rivarol)

« Le plaisir de l’accusation ou du reproche… qui donnent parfois à celui qui l’adopte ou s’y complaît le sentiment d’exister ou celui d’un certain mérite. » (Jacques Salomé)

« S’aimer, c’est haïr le même ennemi. » (Jean-Paul Sartre) – Quelle vision positive !

« La pétition n’est plus ce qu’elle était. Avant, on consentait à être pétitionnaire quand on était intellectuel. Maintenant, on attend de la pétition qu’elle vous sacre intellectuel … Corrélation entre l’importance de l’œuvre et la fréquence des accès de pétitionnite … Il n’est pas de cause trop petite pour se faire un nom. On a l’affaire Dreyfus qu’on peut. » (Michel Schneider)

« Les actions militantes qui saturent les médias ces dernières semaines évoquent des enfants capricieux qui trépignent et enjoignent à leurs parents d’exaucer immédiatement tous leurs désirs … La «grève de l’école pour le climat», ayant pour icône la jeune suédoise Greta Thunberg … Des manifestations de ‘jeunes pour le climat’ rassemblaient des dizaines de milliers de ‘pandas’ dans toute l’Europe. » (Jean-Eric Schoettl) – Les inénarrables associations portent plainte contre l’Etat, bientôt contre Dieu, les agités(e)s s’agitent et pétitionnent… L’infantilisme stupide des impuissant(e)s gémissant(e)s se déchaîne.

« L’imbécillité endoctrinée est encore moins supportable que l’imbécillité tout court. » (Mihail Sebastian –  cité par Pierre le Vigan)

« Une communauté qui veut se former sur la base d’un conflit a besoin d’adversaires. On ne peut développer le sens de la fraternité que si on a un ennemi commun. » (Richard Sennett) – Et l’invention du conflit permet de maintenir l’ordre en faveur des dominants. 

« Zola réussit à créer un ‘nous’ dreyfusard, ‘nous ‘ qui peut alors affronter d’égal à égal le ‘nous’ des antidreyfusards … Technique du mélodrame … On a alors deux adversaires qui se définissent mutuellement … Personnalité collective. » (Richard Sennett)

« Le Parti devint famille, école, église, caserne ; hors lui, le reste du monde était à détruire … Identification du militant avec l’organisation collective … avec des résultats à peu près analogues qu’on trouve dans certains ordres religieux et certaines écoles militaires … Chaque sacrifice … juste contribution personnelle au ‘prix du rachat commun’ … Les liens qui nous rattachaient au Parti devenaient toujours plus forts non pas en dépit des dangers et de sacrifices qu’ils comportaient mais à cause d’eux. » (Ignazio Silone – Le Dieu des ténèbres)

« Comme l’a décrit Albert O. Hirschmann, les passions publiques ne s’investissent que lorsque le bonheur privé est défaillant. » (Alain-Gérard Slama) – Militants, tous frustrés ?

« Négliger entièrement les lois qui concernent les mœurs, les sentiments, expose la république à des désordres monstrueux ; et, en les portant trop loin, on détruit peu à peu toute liberté, toute justice. » (Adam Smith – Traité des sentiments moraux) – Recommandation à l’Etat de ne pas se mêler de ce qui ne le regarde pas. Mais alors, impossibilité pour lui de s’emparer de la société civile, d’asservir les esprits !

« La meilleure des causes est celle où l’on se perd le mieux corps et âme. » (Raoul Vaneigem – pour les abrutis)

 

Ci-dessous un extrait de Croisade sans croix, livre d’Arthur Koestler, où l’auteur fait décrire le milieu des militants révolutionnaires d’origine bourgeoise, par un fasciste certes, mais où l’auteur, un vrai connaisseur, s’exprime aussi certainement en son nom et suivant son expérience des années trente, quarante. Expérimentalement, on peut penser que les choses n’ont pas tellement changé dans les milieux extrémistes (soixante-huitard et leurs successeurs, Nuit debout, écologistes et féministes de l’extrême ?). Que les incrédules y aillent voir avec de bonnes lunettes.

 

« La première chose qui m’a frappé, c’a été la laideur de vos femmes. Il y avait des exceptions, évidemment, mais, généralement parlant, l’élément féminin aux réunions de votre parti, aux conférences, aux groupes de discussion, ressemblait à une collection de Cendrillons neurasthéniques qui avaient envie de renverser une Société où personne ne les invitait à danser. Et quand on arrivait à connaître les hommes, c’était à peu près la même chose.. Mais je ne devrais peut-être pas dire ‘hommes’, parce que le type qu’on rencontrait le plus souvent dans votre milieu, c’est l’éternel adolescent. Quand on commençait à les connaître bien, on s’apercevait qu’ils avaient presque tous certaines lacunes qui les avaient empêchés de devenir tout à fait adultes. Ils étaient intelligents certes, bien plus intelligents que les nôtres, mais d’une façon difforme, naine. Quelle procession de déficients … Il y avait des timides, fanatiques de la violence, des libertins rougissants, des Danton maladroits. Il y avait des dialecticiens coupeurs de cheveux en quatre qui faisaient le panégyrique de la simplicité prolétarienne, des Œdipes repentants, des cadets jaloux en quête d’une fraternité abstraite ; des vieilles filles mâles que le Pouvoir n’avait jamais demandées. Et tous voulaient abattre l’arbre parce que les fruits étaient trop hauts pour eux … D’ailleurs, ils (les vrais prolétaires ouvriers) se sont toujours méfiés des gens de votre genre. Ils sentaient d’instinct qu’il y avait quelque chose d’anormal, de pas naturel, dans votre désir de vous ‘joindre au prolétariat’, alors que tout ce qu’ils demandaient, eux, c’était d’en sortir. Pour vous, les barricades, c’était un geste de romantisme morbide ; pour eux, c’était le moyen logique d’atteindre leur but. De là, dans vos milieux, ce culte sentimental de l’ouvrier ; vous admiriez et enviez ces gars et ces filles d’usine parce qu’ils agissaient pour des raisons saines et naturelles, tandis que vous luttiez dans une fausse position qui vous donnait une crampe perpétuelle. »

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