490,1 – Mesure, modération / Démesure, Excès

– Faire le nécessaire et tout le nécessaire ou une once de plus, mais ne pas trop en faire, ne pas se mettre en surrégime : fatigue, découragement et finalement échec, en engendrant des dégâts collatéraux et des rancunes. De plus à  s’occuper de tout, de l’accessoire, on risque de négliger l’essentiel.

– En tout : activité, culture, divertissement, sentiment… allons à contre-courant du vacarme ambiant, oublions la quantité, soignons la qualité. Ces deux derniers termes sont définitivement incompatibles, pas seulement parce que notre énergie est limitée, parce que, bien plus profondément, se consacrer au premier détruit sournoisement les possibilités contenues dans le second. Ce souci n’est pas anodin, il conditionne notre équilibre, notre estime de nous-mêmes, notre réussite éventuelle.

– Il n’y a pas de mesure sans limites. Les tragédiens grecs (Euripide, Sophocle…) ont suffisamment mis en scène la chute dans la folie et la mort où conduit la transgression de toute limite, la démesure forcenée, le moment où l’acteur est pris comme dans une transe et perd le sens de toute limite, l’hubris de l’homme qui veut se porter au-delà de la condition humaine.

– Exemple de grotesque démesure bien française : Les 30.000 rond-points qui enlaidissent nos campagnes ; quant à la prétentieuse laideur de certains ! L’Angleterre, pays d’origine  de ces dispositifs, là nettement plus sobres, n’en compterait que 10.000.

« Rechercher la juste mesure, c’est comprendre le point d’équilibre de tout système, c’est s’interroger sur la taille critique à partir de laquelle ce qui était un avantage devient un inconvénient. » (Natacha Polony)

– “Yes, we can ! » – L’exemple même de la démesure, parole d’enfant et non de président.

– « Il n’y a pas d’animaux obèses. » (Jean Baudrillard) – L’obésité comme figure de l’excès.

– Plus vite, plus haut, plus fort…

-« Rien de trop » (épigraphe à Delphes)

On peut aussi voir à la rubrique Extrême, 310,1.

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« Qui chérit à l’excès sait haïr à l’excès. » (Aristote)

« La modération ne saurait s’appliquer qu’aux plaisirs corporels (et non aux plaisirs de l’âme, tels l’ambition ou l’amour du savoir), et encore n’est-ce pas à tous indistinctement (plaisirs dans les spectacles de la vue ou de l’ouïe, musique) … La modération et le dérèglement n’ont rapport qu’à ces sortes de plaisirs que les hommes ont en commun avec les animaux … d’un caractère vil et bestial (les plaisirs du toucher et du goût). » (Aristote) – Néanmoins on conviendra qu’il existe des plaisirs dits de l’âme, des ambitions, des désirs de pouvoir démesurés, déréglés.

« Le défaut de mesure donne parfois l’impression de la puissance ; plus souvent il marque une faiblesse. » (Lucien Arréat)

« Les trois figures de l’excès par lesquelles nous avons essayé de caractériser la situation de surmodernité : – La surabondance événementielle :  le constat que l’histoire s’accélère, à peine avons-nous le temps de vieillir que notre passé appartient à l’histoire, les ‘sixties’, les ‘seventies’, les ‘eighties’ retournent à l’histoire aussi vite qu’elles y étaient survenues … Le patchwork des modes … La multiplication des événements le plus souvent non prévus … Un temps surchargé d’événements qui encombrent aussi bien le présent que le passé proche … L’allongement de la durée de vie et la coexistence de quatre générations – La surabondance spatiale : paradoxalement l’excès d’espace est corrélatif du rétrécissement de la planète … Les images de toute la planète qui s’insèrent dans nos demeures … L’ère des changements d’échelle, au regard de la conquête spatiale bien sûr, mais aussi sur terre, les moyens de transport rapides nous mettent  à quelques heures au plus de n’importe quelle capitale … La prolifération des non-lieux (nécessaires à la circulation, centres commerciaux, espaces de transit, aéroports, gares) … La multiplication des références imagées – L’individualisation des références : La figure de l’ego, de l’individu, qui fait retour jusque dans la réflexion anthropologique … L’individualisation des démarches … Dans les sociétés occidentales, au moins, l’individu se veut un monde. Il entend interpréter par et pour lui-même les informations qui lui sont délivrés, pratiquant sa religion, ses activités à sa prore façon. » (Marc Augé – Non-Lieux)

« Il faut mesurer pour réfléchir et non pas réfléchir pour mesurer. » (Gaston Bachelard)

« Je crains qu’il n’y ait … dans le développement nouveau d’un certain type d’illimitation de la puissance, une figure possible de barbarie ; non la barbarie réactive que nous connaissons par ailleurs, la barbarie despotique, oppressive, traditionnelle dont nous connaissons les visages depuis fort longtemps mais une barbarie d’un autre type et symétrique, qui serait la barbarie du confort comme vide de l’idée, soutenue par une puissance de type illimité qui s’entretiendrait elle-même dans l’incommensurable de sa propre puissance. » (Alain Badiou) – Quelle peut bien être cette puissance ?

« La sagesse a fait avec la mesure une alliance éternelle. » (Anne Barratin)

« Au-dessous de la mesure commence le danger. » (Anne Barratin)

« Tous les excès s’expient, même celui d’avoir été bonne sans mesure. » (Anne Barratin)

« Il y a un malentendu sur la nature de la ‘raison’. L’Eglise l’entend dans le sens large d’une certaine tradition philosophique : la recherche du vrai, du beau, du bien … Notre époque ne la comprend que dans une acception étroite : hors de la rationalité scientifique, technique, pas de vérité ni de salut ! Malentendu radical. En dehors de cette efficience technique et organisationnelle, notre monde n’a que faire de la raison, qui le bride dans ses réalisations grandioses. De façon paradoxale nos sociétés favorisent au contraire les passions, les pulsions, les transes … Oscillation entre rationalisme étouffant et irrationalité inquiétante. » (Jean-Marc Bastière) – Cause de la démesure avec l’émergence de l’homme-dieu.

« Trop c’est trop … Tout processus croissant exponentiellement engendre un mur (de la vitesse, de la chaleur, de l’information, de la transparence) et ce mur est infranchissable … Quand les signes du bien s’accumulent, c’est l’ère du mal qui commence … Rien n’échappe à la loi de la déflation brutale par excès, par surproduction et surtout pas le désir, qui serait plutôt branché sur le manque ! … Le même krach guette toute forme d’excroissance, qu’elle soit sexuelle, culturelle ou économique. » (Jean Baudrillard)

« Partout règne l’excès, c’est-à-dire ce qui croît sans pouvoir être mesuré à ses propres fins … Pour qu’un système fonctionne il faut que la possibilité de contagion existe. Car ce qui n’a pas de fin n’a pas de raison de s’arrêter. » (Jean Baudrillard)

« Nous ne sommes plus dans la croissance, nous  sommes dans l’excroissance.  Nous sommes dans une société de la prolifération, de ce qui continue de croître sans pouvoir être mesuré à ses propres fins, de ce qui se développe sans égard à sa propre définition, dont les effets se multiplient avec la disparition des causes, et qui mène à un prodigieux engorgement des systèmes … On ne peut mieux le comparer qu’au processus des métastases cancéreuses. Tant de choses sont produites et accumulées qu’elles n’auront plus jamais le temps de servir. Tant de messages et de signaux sont produits et diffusés qu’ils n’auront plus jamais le temps d’être lus. Heureusement pour nous ! Car avec l’infime part que nous absorbons nous sommes déjà en état d’électrocution permanente. Il y a une nausée particulière dans cette inutilité prodigieuse. La nausée d’un monde qui prolifère, qui s’hypertrophie, et qui n’arrive pas à accoucher. Toutes ces mémoires, toutes ces archives, toutes ces documentations qui n’arrivent pas à accoucher d’une idée, tous ces plans, ces programmes, ces décisions qui n’arrivent pas à accoucher d’un événement . » (Jean Baudrillard)

 « Tous les systèmes obèses et cancéreux, ceux de la communication, de l’information, de la production, de la destruction ; tous ayant dépassé depuis longtemps les limites de leur fonction, de leur valeur d’usage … Tout ceci devient d’un encombrement fantastique … La croissance s’immobilise dans l’excroissance … Tentaculaire, protubérant, excroissant, hypertélique : tel est le destin d’inertie d’un monde saturé (rapport sur les activités délictueuses d’Exxon : douze volumes de mille pages !  Que personne n’est capable d’exploiter, Où est l’information ?) … Il semble que l’espèce ait franchi un point spécifique, mystérieux, d’où il soit impossible de régresser, de décélérer, de ralentir. » (Jean Baudrillard)

« Justesse morale et justesse esthétique, sens des proportions, de la mesure, de la symétrie des actes et de la beauté des gestes … Un acte juste est toujours également un beau geste. » (Bruce Bégout – sur la décence ordinaire de George Orwell)

« Que tout se fasse avec modération. » (règle de saint Benoît)

« L’argent est pure quantité, ou plus exactement la quantité est sa seule qualité … soit, avec l’argent, la qualité est systématiquement rabattue sur la quantité. Or, toute quantité … peut toujours être augmentée d’une unité … Le mieux s’y confond automatiquement avec le plus. Ce dont on peut avoir ‘toujours plus’, on n’en a ’jamais  assez’ … ‘Tout l’avilissement du monde moderne vient de ce que le monde moderne a considéré comme négociables des valeurs que le monde antique et le monde chrétien considéraient comme non négociables’ (Charles Péguy) … La monnaie étalonne toutes les activités humaines … Tel est le principe d’illimitation qui correspond à l’essence du Capital … Le monde de l’argent ignore la complétude, la limite. Il implique ‘l’hybris’, la démesure : ‘toujours plus, jamais assez’ … la monnaie institue un nouveau rapport au réel. Elle génère un formidable mouvement d’homogénéisation et de quantification … Le règne de la valeur marchande destitue toutes les autres valeurs. En s’habituant à évaluer toute chose en argent, l’homme s’habitue du même coup à tout considérer d’un point de vue quantitatif et, simultanément, à tenir pour ‘irrationnel’, donc non significatif, voire pour inexistant, toutes les qualités qui ne se laissent pas comptabiliser, ramener à une évaluation quantifiée. » (Alain de Benoist)  

« En humilité comme en tout, la démesure engendre l’orgueil, orgueil plus subtil et plus dangereux que celui du monde qui n’est le plus souvent que vaine gloriole. » (Georges Bernanos)

« Le gâchis, l’abus, l’outrance, le gigantisme, l’excessif, l’immodéré, la démesure, ‘l’ubris’, tiennent lieu de colonne vertébrale sociale et de règle de vie personnelle. Suractivité, surdéveloppement, surproduction, surabondance, surpompage, surpêche, surpâturage, surconsommation, suremballages, surendements, surcommunication, surcirculation, surmédicalisation, surendettement, suréquipement, surdose… Le surfait brise l’individu, le surplus précipite le moins. » (Jean-Paul Besset)

« Le numérique est avant tout le lieu de l’excès : 450.000 applications pour iphone, dix-huit millions d’articles sur Wikipedia en 270 langues, 900 millions d’inscrits sur Facebook, quinze millions de livres numérisés par Google, quinze millions de chansons  disponibles sur Deezer, 113 millions d’articles mis en vente quotidiennement sur e-bay, quatre milliards de videos vues quotidiennement sur Youtube, cinq milliards d’abonnement à la téléphonie mobile, 644 millions de sites actifs sur le web, 156 millions de blogs, les data centers américains consomment le double de l’énergie consommée par Sao Paulo et sa banlieue … L’énergie nécessaire pour l’ensemble des data centers et tous les ordinateurs est responsable des émissions d’oxyde de carbone  à égalité avec le  trafic aérien mondial … Un million de kms de cables de fibre optique posés au fond des océans. » (Cédric Biagini) – chiffres datant des années 2010 d’après la date du  dépôt légal du livre !   Pour les monstrueux data centers et autres on pourra voir aussi au début de la rubrique Moyens de communication, 130,3

« Jamais l’on ne sait ce qui est assez, si l’on ignore ce qui est plus qu’assez. » (William Blake)

« L’excès en tout est un défaut, dit-on. – Il peut même arriver que l’on soit ‘trop’ bourgeois, ce qui est paradoxal… » (Léon Bloy – Exégèse des lieux communs – 1, XXXVI)

« Mettre de l’eau dans son vin, dit-on. – C’est une antiphrase. L’homme sage met de l’eau dans le vin des autres, le plus d’eau possible et boit lui-même du vin pur. Mais ceci n’est que le commencement de la sagesse. Le fin de la sagesse, ce serait le déluge, et on refuse d’aller jusque-là… » (Léon Bloy – Exégèse des lieux communs – 2, L)

« Point de culture sans l’acquisition d’un sens de la mesure autorisant à hiérarchiser les faits et les œuvres. » (Françoise Bonardel)

« Nous avons fait nôtre ce que nos ancêtres désapprouvaient le plus, la ‘démesure’ dont Héraclite disait qu’il fallait l’éteindre ‘plus encore que l’incendie’. » (Françoise Bonardel)

« Dévoiements de la renommée que rien ne vient plus corriger, mépris pour l’excellence, irresponsabilité professionnelle et  ‘novlangue en état d’ébriété’, marketing de soi au détriment d’une ‘tenue de vie’ personnelle, anesthésie de la sensibilité au profit d’émois grégaires, dégradation de l’imaginaire collectif et défiguration de la langue… » (Françoise Bonardel – s’inspirant de Pierre Mari)

« Quelque chose que depuis les Grecs nous avons l’habitude de redouter : la démesure, l’absence de limites, le moment où l’acteur est pris comme dans une transe et perd le sens des limites. Il est pris dans un système plus dyonisiaque qu’apollinien et c’est le péché capital. Il me semble que nous sommes entraînés dans une phase qui ressemble bien à ce qui, dans la tragédie grecque, annonce les pires catastrophes. » (André Brigot – cité par Serge Latouche)

« L’excès ne fait pas seulement qu’accompagner la fête. Il n’est pas un simple épiphénomène de l’agitation qu’elle développe. Il est nécessaire au succès des cérémonies célébrées … contribue à renouveler la nature ou la société … Le temps épuise, exténue, il est ce qui fait vieillir, ce qui achemine vers la mort … Chaque année la végétation … Tout ce qui existe doit alors être rajeuni. Il faut recommencer la création du monde … Il faut chasser le mal, la faiblesse et l’usure, toutes notions qui coïncident plus ou moins … L’élimination des scories que le fonctionnement de tout organisme accumule, la liquidation annuelle des péchés, l’expulsion du vieux temps…A la vie régulière, occupée aux travaux quotidiens, paisible, prise dans un système d’interdits, toute de précaution … s’oppose l’effervescence de la fête … Cet entracte d’universelle confusion … apparaît comme la durée de la suspension de l’ordre du monde. C’est pourquoi les excès sont permis … à l’encontre des règles. Tout doit être effectué à l’envers … La débauche générale rajeunit le monde, encourage les forces vivifiantes de la nature … L’ordre du monde suppose la barrière des inhibitions, l’exemple des dieux ou des héros encourage à passer outre. L’un freine l’action, l’autre provoque l’exploit. Ils règnent à tour de rôle dans la société, l’un pendant la phase atone, le temps ouvrable, l’autre lors de la phase de paroxysme, la fête (ou la guerre). » (Roger Caillois)

– La longue confrontation entre la mesure et la démesure qui anime l’histoire de l’Occident, depuis le monde antique. » (Albert Camus – L’homme révolté) – Entre Midi et Minuit.

« La pensée grecque s’est toujours retranchée sur l’idée de limite. Elle n’a rien poussé à bout, ni le sacré, ni la raison … Elle a fait part de tout, équilibrant l’ombre par la lumière. Notre Europe, au contraire, lancée à la conquête de la totalité, est fille de la démesure. Elle nie la beauté, comme elle nie tout ce qu’elle n’exalte pas … Elle recule dans sa folie les limites éternelles … Némésis veille, déesse de la mesure et non de la vengeance. Tous ceux qui dépassent la limite sont, par elle, impitoyablement châtiés … Dans nos plus extrêmes démences, nous rêvons d’un équilibre que nous avons laissé derrière nous et dont nous croyons ingénument que nous allons le retrouver au bout de nos erreurs. Enfantine présomption … ‘Présomption, régression du progrès’ (Héraclite) … Nous avons préféré la puissance qui singe la grandeur … Nous avons conquis, déplacé les bornes, maîtrisé le ciel et la terre. Notre raison a fait le vide … Nous tournons le dos à la nature, nous avons honte de la beauté … La démesure est un incendie selon Héraclite … Les Grecs n’ont jamais dit que la limite ne pouvait être franchie. Ils ont dit qu’elle existait et que celui-là était frappé sans merci qui osait la dépasser. » (Albert Camus – L’été, l’exil d’Hélène – considérations éparses sur la mesure et les limites) – Les rudes sanctions approchent.

« Tout étant aboli par excès de soi-même : le droit par la loi, la nation par ses ‘valeurs’, la démocratie par l’égalité, l’école par la pédagogie, la culture par le culturel, la famille par la familiarité, la féminité par le féminisme, etc. » (Renaud Camus – sur la structure de la plupart des destructions contemporaines)

« La Réforme brisa avec les traditions héritées du Paganisme et parvint même à sanctifier le travail, beaucoup firent leur salut dans le monde en ne cessant de besogner … Le Capitalisme, comme le Socialisme au reste, s’avouent fils et petit-fils de la Réforme moralisante et puritaine … Ils partent de la même source, la démesure est leur péché mortel … La démesure est leur essence et l’univers entier est monté sur ce ton, le refus de la démesure entraînerait l’explosion immédiate… » (Albert Caraco) – La déesse Croissance !

« Le désir de pouvoir ne tolérait pas une quelconque réalisation possible. La caractéristique et l’essence de la volonté de puissance résidaient dans son aspect inépuisable … Elle conduit nécessairement à la corruption ainsi qu’à la destruction dès lors qu’elle l’emporte sur les autres désirs … La soif ardente, avide de posséder toujours plus … Cet appétit pour le toujours plus excédait et détruisait toute mesure. » (Ernst Cassirer – reprenant Platon – La République) – S’adapterait aussi bien à l’avarice.

« L’envie d’y trop mettre rompt le sac. »(Miguel de Cervantès)

« Notre société de la minceur et des régimes est aussi celle de l’obésité et du surpoids. » (Sébastien Charles) – Excès en tout.

« Il faut de plus grands efforts de talent pour intéresser en restant dans l’ordre, que pour plaire en passant toute mesure ; il est moins facile de régler le cœur que de le troubler. » (Chateaubriand)

« La retenue et la modération ne sont pas de mise dans une cause excellente. » (Cicéron) – Mais qui juge de l’excellence de la cause ?

« Tout essor, tour excès met la liberté en péril, tout délire neuf s’achève en servitude. » (Emil Cioran) 

« Elle  incarne toute entreprise humaine vouée, par sa démesure, à la destruction puis à son indéfinie reconstruction. » (Jean Clair – à propos de la Maison-Dieu, la seizième arcane du tarot, de la tour de Babel, et plus généralement  de toute entreprise humaine) – Comme « Toute action humaine se heurte tôt ou tard à une limite qui la change en son contraire. » (Albert Camus)

 « ‘Aller trop loin’, c’est donner infailliblement une preuve de mauvais goût. » (Emil Cioran)

« La création était indépendante du temps, l’évolution abolit quant à elle l’idée du prototype. Mais aussi, à la mesure de la forme elle substitue la démesure, à l’économie, un prodigieux gaspillage des formules et une étonnante prolifération ; à l’unité, elle oppose la diversité, à la nécessité des combinaisons, le hasard, à la discrétion, l’exubérance. Tous traits de l’hybris moderne. » (Jean Clair)

« Dépasser le but, c’est comme ne pas l’atteindre. » (Confucius)

« Aujourd’hui, la démesure n’est plus considérée comme un danger, au contraire, elle est recherchée. Dans la production comme dans la consommation, ce désir de ‘vivre grand’, d’avoir une ‘vie intense’ est la traduction de l’incapacité à accepter des limites et du besoin de les dépasser. » (Bernard et Véronique Cova)

« La pluie ravive le sol, le déluge engloutit la terre. » (Régis Debray)

« L’excès peut tout gâter, même la sagesse. » (Casimir Delavigne)

« Un pur devenir sans mesure, véritable devenir fou qui ne s’arrête jamais. » (Gilles Deleuze)

« N’importe quelle pensée radicale est plus facile à instaurer qu’une pensée de la mesure. » (Chantal Delsol)

 « Les opinions fausses et stupides ont en fait de beaucoup plus grandes chances de survie que les analyses correctes et raisonnables ou que les opinions mesurées … car renoncer à une opinion juste et mesurée ne fera jamais perdre la face à personne, tandis qu’une opinion fausse devra être défendue bec et ongles au risque de se trouver déshonoré. Une opinion forte engage la responsabilité de celui qui l’assène, et sa réputation a généralement beaucoup plus de valeur que l’opinion elle-même, surtout si celle-ci est complètement idiote … L’attitude qui consiste à avoir des opinions fortes sur tout et n’importe quoi est qualifiée de ‘machisme discursif’ par Diego Gambetta. » (Sebastian Dieguez)

« Ces gens à qui il faut trop de tout pour qu’ils estiment avoir assez. » (Maurice Druon) – Tel est l’Occidental.

« L’esprit philosophique fera bientôt d’une grande partie de l’Europe ce qu’en firent autrefois les Goths et les vandales … Je vois les préjugés les plus utiles à la conservation de la société s’abolir … Nous nous conduisons sans égard pour l’expérience … et nous avons l’imprudence d’agir comme si nous étions la première génération qui eût su raisonner. Le soin de la postérité est négligé … les particuliers se gouvernent comme s’ils devaient avoir leurs ennemis pour héritiers … La génération présente se conduit comme si elle devait être le dernier rejeton du genre humain. » (L’abbé Dubos, en  1719 !) – Que dire maintenant !

« ‘L’hybris’, la démesure de l’homme, tentations de toujours et de partout, mais qui se traduisent pour la première fois dans les sociétés industrielles par une logique du ‘toujours plus’ à laquelle il devient de plus en plus impossible à quiconque d’échapper … Le mythe des créations hmaines qui échappent au contrôle de l’homme est sans doute vieux comme le monde… » (Jean-Pierre Dupuy)

« Le génie d’Ivan Illich est d’avoir compris que, passé certains seuils de démesure, les phénomènes peuvent s’inverser et les efforts des hommes engendrer le contraire de ce que vers quoi ils tendent. » (Jean-Pierre Dupuy)

«  Une fois qu’on a dépassé la mesure, il n’y a plus de limite. » (Epictète)

« La démesure est fille de l’impiété. » (Eschyle)

« La démesure en fleurissant produit l’épi de la folie et la récolte est une moisson de larmes. » (Eschyle)

« La démesure en mûrissant produit l’épi de l’égarement et la moisson qu’on en lève n’est faite que de larmes. » (Eschyle – cité par Alain Finkielkraut)

 « ‘Où je veux, quand je veux, si je veux…’ . Mais qu’en sera-t-il alors du reste, de ce qui résiste, de ce qui désarçonne ? Qu’en est-il de l’extériorité ? Qu’en est-il du non moi ? Que devient le monde si le monde est mon monde ? Il sera particulièrement difficile de convertir cet enfant gâté à la pensée des limites ou au sens de la mesure. »  (Alain Finkielkraut)

« La vertu grecque de modération ne souffre aucune exception : elle vaut pour les dieux comme pour les hommes. Par la vertu chrétienne d’humilité, en revanche, l’homme prend conscience de sa faiblesse, de sa caducité, il se dépouille de tout ce dont l’orgueil le recouvre … il ouvre un champ où Dieu peut agir … Le Prométhée que nous sommes donne orgueilleusement congé à ces deux morales. » (Alain Finkielkraut) – Ne reste alors qu’un minable et prétentieux zombie .

« Le pouvoir comme permission, le pouvoir comme possibilité. La possibilité vaut permission (de nos jours). C’est la définition même de la démesure, mais à la différence de ce que les Grecs désignaient sous le nom ‘d’hubris’, notre démesure ne s’identifie pas à la démence. Elle n’est pas fureur mais froideur, elle n’est pas folie mais calcul, elle ne sort pas du logos, elle en relève. » (Alain Finkielkraut)

« … Les humains abusèrent – A leur tour des ordres divins – De tous les animaux l’homme a le plus de pente – A se porter dedans l’excès … – ‘Rien de trop’ est un point – Dont on parle sans cesse, et qu’on n’observe point. » (La Fontaine – Rien de trop)

« Une fête est un excès permis, voire ordonné, une violation solennelle d’une prohibition … Ce n’est pas parce qu’ils se trouvent, en vertu d’une prescription,  joyeusement disposés que les hommes commettent des excès, l’excès fait partie de la nature même de la fête ; la disposition joyeuse est produite par la permission accordée de faire ce qui est défendu en temps normal. » (Sigmund Freud – Totem et Tabou)

« On nous parle sans cesse de ‘vides juridiques’ à remplir à chaque fois qu’une protestation se fait jour. Il faut protéger le consommateur, il faut protéger l’environnement, il faut protéger les emprunteurs contre leur désir d’emprunter plus qu’il n’est raisonnable, il faut se protéger contre les poursuites judiciaires, et protéger les consommateurs en leur permettant les poursuites judiciaires cotre leurs fournisseurs… » (Marcel Gauchet – sur la bureaucratisation démente de la société française)

« Si l’on en juge par la place occupée par la peste dans toute la littérature occidentale, y compris la littérature contemporaine, cette métaphore s’avère d’une vitalité étonnante, a fortiori depuis que ces épidémies ont disparu … Entre peste et désordre social il y a bien des affinités. Mais celles-ci n’expliquent pas pourquoi d’innombrables mythes mais aussi beaucoup de textes littéraires, anciens ou modernes, vont jusqu’à les confondre … La peste est universellement présentée comme un processus d’indifférenciation, une destruction des spécificités … La peste est la métaphore transparente d’un certain type de violence réciproque qui se propage, au sens littéral du terme, comme la peste (contagion). » (René Girard) – Depuis  Œdipe-roi, la pièce de Sophocle.

« Un excès de prudence produit ordinairement des retards ; la témérité engendre la précipitation. » (Goethe)

« A-t-on jamais vu aucune personne, aucune institution, ni aucun corps se refuser à exercer l’arbitraire que sa compétence autorise ? A quelque personne ou à quelque corps que la loi délègue son arbitrage, on peut être sûr que l’arbitraire sera la loi. » (Nicolas Grimaldi)

« La modération, c’est le grand truc, la grande déesse ; la religion de la modération qui vous conduit au paradis de la médiocrité. » (Fabrice Hadjadj)

« Tout ce qui est vrai et authentique n’arrive à maturité que si l’homme est disponible à l’appel du ciel le plus haut, mais demeure en même temps sous la protection de la terre qui porte et produit. » (Martin Heidegger – Questions

« La loi cachée de la terre conserve celle-ci dans la modération qui se contente de la naissance et de la mort de toutes choses dans le cercle assigné du possible … Le bouleau ne dépasse jamais le ligne de son possible. Le peuple des abeilles habite dans son possible. La volonté seule, de tous côtés s’installant dans la technique, secoue la terre et l’engage dans les grandes fatigues, dans l’usure et dans les variations de l’artificiel ? Elle force la terre à sortir du cercle de son possible, tel qu’il s’est développé autour d’elle,, et elle la pousse dans ce qui n’est plus son possible et qui est donc l’impossible. Que par ses plans et ses dispositifs la technique réussisse mainte invention et qu’elle produise un défilé ininterrompu de nouveautés ne prouve aucunement que ses conquêtes puissent rendre possible même l’impossible. » (Martin Heidegger) – Un peu ardu.

« Il faut éteindre la démesure plus qu’un incendie. » (Héraclite)

« Ne voyons-nous pas que la nature a fait tout ce qui était en son pouvoir non pour nous étendre, mais pour nous borner et nous habituer au contour qui délimite notre vie. Nos sens et nos forces ont une mesure … Nos vies ne se tendent la main qu’en alternant, de manière que celle qui arrive relaie celle qui vient de disparaître. » (J. G. Herder)

« La capacité à profiter des  ‘joies modestes de l’existence’ va profondément de pair avec une conduite mesurée. » (Hermann Hesse) – Nous l’avons oublié.

« Sa vision d’une vie commune digne était fondée non pas sur l’abondance mais sur la retenue … Il partit de la propension des gens du pays à s’en remettre aux usages propres à chaque vallée. Leur méfiance à l’égard des valeurs universelles lui parut empreinte de vérité. Il vit comment la bonne vie pouvait être corrompue … que la vérité du beau et du bon n’était pas une affaire de taille, ni même de dimension ou d’intensité, mais de proportion. » (Ivan Illich – évoquant Léopold Kohr)

« Quiconque passe au-delà manque le but. » (Joseph Joubert)

« On enfle sa voix, dit Montaigne, on enfle aussi sa croyance et sa sincérité. » (Joseph Joubert)

« ‘La pointe qui, trop affûtée, ne peut être préservée et finit par se briser’. ‘Qui se dresse sur la pointe des pieds n’est pas stable’. Point trop n’en faut … L’excès d’effet se retourne contre l’effet. L’effet tue l’effet. » (François Jullien – citant des principes ancestraux de modération chinois)

« ‘La pointe qui, trop affûtée, ne peut être préservée et finit par se briser’. ‘Qui se dresse sur la pointe des pieds n’est pas stable’. ‘Le vase trop rempli qui se renverse’. Point trop n’en faut … L’excès d’effet se retourne contre l’effet. L’effet tue l’effet. » (François Jullien – citant des principes chinois ancestraux de modération)

« Dans le long terme, nous sommes tous morts. » (John Maynard Keynes – justifiant ses conceptions économiques) – Ou l’acceptation du n’importe quoi. Nous avons bien suivi son inconscience.

« La démesure repose sur la perte du sens des limites dans l’assouvissement effréné des désirs et la création artificielle des besoins. La limite économique est donc tout aussi fortement corrélée à la limite morale et aux limites culturelles. La transgression de la limite économique est constituée, d’un côté, par l’avidité débridée qui débouche sur l’accumulation infinie et, de l’autre, par la fixation du désir sur la consommation. » (Serge Latouche)

« Cette obsession des exploits, des plus parfaitement gratuits aux plus sordidement intéressés, est exclusivement occidentale. Jamais les Tibétains n’avaient eu l’ambition de tenter l’ascension de l’Everest. » (Serge Latouche)

« Chaque domaine (de la société moderne) présente un versant en quelque sorte excroissant, démesuré, hors limite … L’escalade paroxystique du ‘toujours plus’ … Même les comportements individuels sont pris dans l’engrenage de l’extrême (frénésie consommatrice, dopage, sports extrêmes, tueurs en série, boulimie, anorexie…) … Qu’est-ce qui n’est plus hyper : hypercapitalisme, hyperclasse, hyperpuissance, hyperterrorisme, hyperindividualisme, hypermarché, hypertexte, hypersurveillance … Tout ne fonctionne pas à l’excès, mais plus rien ne se trouve épargné … par les logiques de l’extrême … L’hypercapitalisme se double d’un hyperindividualisme détaché, législateur de lui-même, tantôt prudent et calculateur, tantôt déréglé, déséquilibré, chaotique … Par ses opérations de normalisation technique et de déliaison sociale l’âge hypermoderne fabrique dans le même mouvement de l’ordre et du désordre, de l’indépendance et de la dépendance subjective, de la mesure et de la démesure. » (Gilles Lipovetsky)

« Combien la tentation critique (malgré ses dangers) vaut-elle mieux que le naïf contentement de soi … Toutefois, pour une plainte heureuse, pour un examen lucide et fécond, que d’excès, que d’intempérances ! Pour un acte courageux, que de vaine agitation ! Que de critiques négatives ! … Que de théories accueillies et vulgarisées sans critique, pourvu qu’elles servent à critiquer ! Quelle ouverture fiévreuse à tout ce qui paraît propre, non pas à féconder, mais à désagréger l’esprit … Quelle méconnaissance aussi des conditions élémentaires de toute réflexion qui vaille ! » (cardinal Henri de Lubac – sur les critiques internes en Eglise) – Et ailleurs.

« La démesure devint au vingtième siècle un fait agissant par lui-même. La démesure de la guerre entraîna la démesure des entreprises politiques issues de la guerre, à commencer par le communisme. Les Européens ne surent plus très bien ce qui est faisable … ne reconnurent plus l’impossible, ni l’interdit …  ‘Est-ce la passion qui a suscité la démesure technique ou la démesure technique qui a suscité la passion ?’ » (Pierre Manent – citant Raymond Aron, sur la guerre de 1914) – Les deux marchent bien ensemble, en s’entraînant l’une l’autre, et pas que dans le domaine guerrier.

« La mesure, comme ce qui s’oppose à l’hubris, l’enchaînement incontrôlé des passions et de la violence verbale ou physique. » (Jean-François Mattéi)

« Le vingtième siècle aura été le siècle de la démesure … La majorité des penseurs du XX° siècle, en suivant la voie de Marx et de Nietzsche, a discerné sous le masque de la raison le visage de la violence et pressenti un retour aux vieilles barbaries … ‘La raison est plus totalitaire que n’importe quel système. Pour elle tout est déterminé au départ : c’est en cela qu’elle est mensongère’. » (Jean-François Mattéi – citant Mark Horkheimer et Theodor Adorno) – Inutile de préciser nos exploits en ce siècle !

« Pour mettre en évidence cette démesure technicienne qui tend à détruire l’homme il définit ses cinq principales caractéristiques : ‘l’obscurcissement du monde, la fuite des dieux, la destruction de la terre, la grégarisation de l’homme, la suspicion haineuse envers tout ce qui est créateur et libre’. Cet obscurcissement du monde, privé désormais de vraie lumière,, se manifeste par la disparition de la mesure et de la limite qui le constituaient comme monde. » (Jean-François Mattéi – citant Martin Heidegger)

 « L’Europe, ‘fille de la démesure’, a détruit dans son obsession de maîtrise totale, les limites fixées de l’homme et du monde. ‘Nous avons conquis à notre tour, déplacé les bornes, maîtrisé le ciel et la terre, notre raison a fait le vide, enfin seuls, nous achevons notre empire sur un désert’. » (Jean-François Mattéi – citant Albert Camus)

« Les vœux démesurés qui m’agitent encore. » (Charles Maurras)

« Jusqu’à très récemment, l’impuissance humaine … facilitait la tâche de la réflexion et de la sagesse en garantissant le respect pour ainsi dire ‘naturel’ des limites. Les normes de sagesse et de mesure étaient d’autant plus solides, évidentes et rassurantes qu’elles s’adossaient à d’autres, invisibles mais bien réelles, celles d’un principe de réalité d’acier. … Le régime démocratique de notre existence complique encore une situation déjà compliquée par l’élargissement de nos pouvoirs. » (Yves Michaud – reprenant Sloterdijk)

« Nous n’avons pas changé de meubles, nous avons démoli la maison. » (Thomas Molnar – sur la modernité)

« Je me défends de la tempérance comme je l’ai fait autrefois de la volupté. Elle me tire trop en arrière, et jusqu’à la stupidité. Or je veux être maître de moi, en tous sens. La sagesse a ses excès et n’en a pas moins besoin de modération que la folie. » (Montaigne – mis en français contemporain)

« J’ai eu le destin de tous les gens modérés, et je me trouve être comme les gens neutres, que le grand Cosme de Médicis comparait à ceux qui habitent le second étage des maisons, et qui sont incommodés par le bruit d’en haut et par la fumée d’en bas. » (Montesquieu – cité par Tzvetan Todorov)

« Que les gens excessifs sont fatigants. » (Henry de Montherlant)

« La mesure est la convenance d’un être à un autre ou à lui-même. Comme convenance à un autre elle est la ‘dimension’, pour laquelle il n’y a aucune convenance prescrite, sinon celle de l’usage. » (Jean-Luc Nancy)

« La mesure nous est étrangère, reconnaissons le. » (Nietzsche)

« La mesure nous est étrangère, reconnaissons le ; notre démangeaison, c’est justement la démangeaison de l’infini, de l’immense. Pareil au cavalier emporté par un coursier écumant, nous lâchons les rênes face à l’infini, nous, hommes modernes, nous demi-barbares. » (Nietzsche – Par-delà bien et mal)

« Comment avons-nous pu boire d’un trait la mer tout entière ? Qui nous a donné l’éponge pour effacer tout l’horizon ? Que faisions-nous lorsque nous détachions cette terre de son soleil ? Vers où se meut-elle à présent ? N’est-ce pas loin de tous les soleils ? Ne tombons-nous pas sans cesse ? N’errons-nous pas comme à travers un néant infini ? » (Nietzsche – Le gai Savoir)

« La modération intransigeante tout aussi ruineuse pour la vérité que le fanatisme intellectuel. L’excès n’est pas toujours là où on l’attend. Attention aux sages qui, au nom de la mesure, finissent par aplanir toute idée saillante et par recouvrir de sable les pistes les mieux tracées. Avec eux il y a risque de tout perdre, y compris la compréhension de notre propre point de vue. » (Georges Picard)

« La modération n’est qu’une vertu ordinaire quand elle ne se rencontre qu’avec des qualités ordinaires. » (Racine – Britannicus)

« On ne peut pas aimer la quantité, on n’aime que la qualité. » (Charles-Ferdinand Ramuz)

« Démesure, il ne supporte pas la limite, elle est l’ennemie qu’il importe de vaincre … Cette haine de la limite est le trait saillant qui distingue la civilisation moderne occidentale … L’individu moderne se bat contre la limite comme l’ascète de jadis se battait contre la tentation. » (Robert Redeker – à propos du sport)

« Jamais d’excès, quel excès ! » (Charles Régismanset)

« Certains changements quantitatifs aboutissent à des changements qualitatifs : on ne saurait dire, en accumulant des grains de sable, à quel moment il se produit quelque chose, mais au bout d’un moment on n’a plus des grains de sable en grand nombre, on est en présence d’un tas où de nouveaux phénomènes apparaissent, des effondrements par exemple. Un élastique sur lequel on tire augmente progressivement de longueur jusqu’au moment où il se rompt. Et pourtant, on n‘a jamais fait que ce qu’on avait toujours fait, tirer dessus. Il s’est produit ce qui s’appelle en mathématiques, une bifurcation. L’humanité fait preuve d’une élasticité extraordinaire. Est-elle pour autant infinie ? Et même serait-ce une raison pour tirer dessus toujours davantage ? » (Olivier Rey)

« Sire, vous pouvez tout, mais vous ne devez pas vouloir tout ce que vous pouvez. » (adresse à un roi de France, jadis)

« Il est assez raisonnable de dire que la limite supérieure souhaitable tourne sans doute autour du demi-million d’habitants. Il est tout à fait clair qu’un chiffre plus élevé n’ajoute rien aux vertus de la ville … Il crée simplement d’énormes problèmes et est source de dégradation humaine. » (E. F. Schumacher) – Nous qui sommes si fiers de nos monstrueuses mégapoles. Encore plus de Grand Paris ! Gigantisme, drogue 

« Tu ne devras pas te vanter de cette philosophie que tu pratiques … Qu’elle te libère de tes vices sans te pousser à en remontrer à autrui. Qu’elle ne t’éloigne pas du mode de vie commun et qu’elle n’ait pas l’air de condamner ce qu’elle ne fait pas. On peut être sage sans ostentation ni provocation. » (Sénèque – du temps de Sénèque, l’étude de la philosophie était conçue comme l’apprentissage de la sagesse)

«  La juste mesure ? D’abord le nécessaire. Ensuite le suffisant … Qu’est-ce que tu préfères : avoir beaucoup ou suffisamment ? Celui qui a beaucoup en veut plus. C’est bien la preuve qu’il n’en a pas encore suffisamment. Celui qui en a suffisamment a obtenu ce qu’il n’est jamais donné au riche de connaître : la fin de son désir. » (Sénèque – sur les richesses) 

« Les pathologies de l’excès (on peut maintenant être ‘addict’ à n’importe quoi, du chocolat aux machines à sous, aux écrans et claviers). Le goût de l’excès serait le trait distinctif de l’individu hypermoderne, qui pèche par ‘excès d’inexistence’. Privés de cadres, de grandes valeurs transcendantales, de repères religieux, nous ne sommes plus limités, cadrés comme autrefois. Pour combler ce vide existentiel, nous sombrons dans la dépendance. Libéré de tout, maître de son plaisir, dans quoi tombe l’individu contemporain ? Dans de nouvelles aliénations.» (Jean Sévillia – reprenant une thèse de la psychologue Nicole Aubert)

« Tout conflit reçoit une solution juridique, et c’est là la sanction suprême. Si un homme se trouve juridiquement dans son droit, on ne saurait lui demander plus. Allez donc lui dire, après cela, qu’il n’a pas entièrement raison, allez lui conseiller de limiter lui-même ses exigences et de renoncer à ce qui lui revient de droit, allez lui demander de consentir un sacrifice ou de courir un risque gratuit… Vous aurez l’air complètement idiot … L’autolimitation librement consentie est une chose qu’on ne voit presque jamais. » (Alexandre Soljénitsyne)

« La puissance de l’homme est extrêmement limitée et infiniment surpassée par celle des causes extérieures ; nous n’avons donc pas un pouvoir absolu d’adapter à notre usage les choses extérieures. Nous supporterons toutefois d’une âme égale les événements contraires à ce qu’exige la considération de notre intérêt, si nous avons conscience de nous être acquittés de notre office, savons que notre puissance n’allait pas jusqu’à nous permettre de les éviter, et avons présente à l’esprit cette idée que nous sommes une partie de la Nature entière dont nous suivons l’ordre. » (Spinoza – cité par Antonio Negri) – Aujourd’hui ce pauvre Spinoza serait traité comme un abominable pessimiste, frileux et borné.

« Ce que les partis extrêmes pardonnent le moins c’est la modération qu’ils considèrent comme une critique permanente de leurs actes. Ainsi, de toutes les vertus, la modération est celle dont la pratique exige le plus de courage. » (baron de Stassart)

« Elias Canetti avance l’hypothèse curieuse que la réussite de l’holocauste fut liée à l’écroulement monétaire des années vingt. Les chiffres élevés ne conservaient plus qu’un fantôme de civilisation vaguement sinistre. Quand on a vu le pain ou les tickets d’autobus se vendre cent mille, un million, puis un billion de marks, on perd tout sens de la démesure elle-même. Ces mêmes chiffres enveloppaient d’irréel la disparition et la liquidation de nations entières. » (Georges  Steiner – La culture contre l’homme) – Certes…

« Le désir insatiable d’émancipation suscite et entretient une insatisfaction permanente … L’infini du désir instaure le règne de l’hybris et de la démesure. » (Pierre-André Taguieff)

« L’équilibre concerne uniquement la quantité, la pesanteur, les rapports de force, état d’un corps sollicité par plusieurs forces qui s’annulent. Repose sur l’égalité. Les quantités se font contrepoids. L’harmonie implique la qualité et la convergence des qualités vers une fin commune, unité d’une multiplicité où les différentes parties concourent à un même effet d’ensemble. Exige l’inégalité et une convergence spontanée. Les qualités se complètent. ‘Au-dessus de l’équilibre, il y a l’harmonie ; au-dessus de la balance, il y a la lyre’. » (Gustave Thibon – citant Victor Hugo)

 « Qu’un individu, un gouvernement ou une communauté disposant d’une puissance militaire se méprenne sur les limites du domaine où cette puissance peut être utilisée efficacement, ou méconnaisse la nature des objectifs qu’elle permet d’atteindre, cette aberration funeste ne peut guère manquer de se manifester par la gravité de ses conséquences pratiques. Ce qui n’est pas moins vrai dans d’autres activités humaines où la trainée de poudre qui conduit de ‘l’excès’ à ‘l’outrage’ et de là au ‘désastre’ est moins explosive. Quelle que puisse être la faculté humaine ou la sphère dans laquelle elle s’exerce, s’imaginer que parce qu’elle a permis l’accomplissement d’une tâche limitée dans sa sphère naturelle on peut en attendre quelque effet exceptionnel dans un ensemble de circonstances différents est une pure aberration intellectuelle et ne conduit jamais qu’à la catastrophe … L’une des formes les plus générales qu’affecte le drame des excès est celle de l’enivrement de la victoire, que la lutte où fut remporté le funeste succès ait été la guerre par les armes ou un conflit de forces spirituelles. » (Arnold Toynbee – à propos des tentatives excessives, démesurées,  des grands conquérants) – On a assisté récemment à un semblable enivrement après l’effondrement de l’ex-URSS en 1989 et le triomphe du capitalisme devenant ultracapitalisme (la prétendue Fin de l’histoire)  

« Le monde ne vaut que par les extrêmes et ne dure que par les modérés. » (Paul Valéry)

« La métaphysique de l’illimité. » (Dominique Venner)

« Seule la démesure est montrée comme une faute pouvant mettre en péril l’ordre de la vie … Ni le plaisir des sens, ni celui de la force, ni les jeux de la sexualité ne sont assimilés au mal … Jamais ils ne sont soumis à une justice transcendantale punissant des péchés définis par un Dieu extérieur à eux. » (Dominique Venner – sur les héros d’Homère)

« La mesure, l’ordre juste des choses qui permet d’arriver au contentement et à la paix. » (Bertrand Vergely)

« Les hommes qui ne recherchent rien autre que ce qui est nécessaire à la vie sont, par un instinct naturel, philosophes. De là vient la modération des peuples anciens … Les coutumes des peuples sont d’abord barbares ; puis sévères ; elles deviennent ensuite humaines, s’affinent, acquièrent de plus en plus de délicatesse, et à la fin elles deviennent dissolues et corrompues … Les hommes d’abord stupides, puis rudes et grossiers ; plus tard leur docilité les rend aptes à être disciplinés, puis leur intelligence s’ouvre et ils deviennent perspicaces, ensuite leur esprit devient subtil, et les voici capables de recherches et de découvertes ; à la fin ils seront rusés, ingénieux et trompeurs. » (Giambattista  Vico)

« ‘Ne quid nimis’, pas de chose en trop, rien de trop, ne pas en rajouter, disaient les Romains (Terence, Horace). » (Pierre le Vigan)

« Par l’accoutumance progressive à l’insensibilité, à l’indifférence, devant les scènes les plus démentes, sans cesse répétées par les marchés du spectacle au nom d’une soi-disant liberté d’expression muée en libération de l’expressionisme, voire en académisme de l’horreur.  Nous succombons aux méfaits de l’outrance à tout prix qui débouche non plus sur l’insignifiance, mais sur l’héroïsation de la terreur et du terrorisme. » (Paul Virilio) – L’indifférence devant l’horreur, le succès du catastrophisme…

« Aucun développement illimité n’est possible dans la nature des choses ; le monde repose tout entier sur la nature et l’équilibre ; et il en est de même dans la cité. Toute ambition est démesure, absurdité. » (Simone Weil)

« La vie moderne est livrée à la démesure. La démesure envahit tout : action et pensée, vie publique et privée … Il n’y a plus d’équilibre nulle part… L’esprit succombant sous le poids de la quantité n’a plus d’autre critérium que l’efficacité. » (Simone Weil)

« La modération est une chose fatale. Rien ne réussit comme l’excès. » (Oscar Wilde)

« Ce qui ne peut pas être mesuré ne peut pas être amélioré. » (un scientifique)

« Rien de trop. » (maxime)

« Mesure dix fois, mais ne coupe qu’une. » (proverbe)

« Il faut lier le sac avant qu’il ne soit plein. » (proverbe)

« Entre trop est trop peu est la juste mesure. » (proverbe)

« Trop tirer rompt la corde. » (proverbe)  

« Si tu marches doucement, la terre te portera. » (proverbe) 

« Qui se mesure dure. » (proverbe) 

« Comme les croix, les ailes sont à la mesure de chacun. » (?)

« Une fois qu’on a dépassé la mesure, il n’y a plus de limite. » (?)

« Nous ne nous battons plus comme le faisaient les Grecs contre la démesure (l’hubris), nous en jouissons. » (?) – Perversion.

« Tout ce qui est démesuré est destructeur. » (?)

« Le propre du progressisme est de croire que tout est possible. » (?) – C’est-à-dire de refuser, de nier même, l’existence de toute limite. C’est bien pourquoi le progressisme nous mène, rapidement, question de décennies, sinon d’années, à la catastrophe sur tous les plans.

– Ci-dessous, quelques extraits (très simplifiés) d’un livre d’Olivier Rey : Question de taille.

 « Chaque être vivant n’est viable qu’à l’échelle qui est la sienne. En deçà ou au-delà, il meurt, à moins qu’il ne parvienne à se métamorphoser. Il en va de même pour les sociétés et les cultures. La plupart des crises contemporaines (politiques, économiques, écologiques, culturelles) tiennent au dédain affiché par la modernité pour les questions de taille. Nous mesurons tout aujourd’hui … mais plus les sociétés se livrent à cette frénésie de mesures, moins elles se révèlent aptes à respecter la mesure, au sens de juste mesure. »

« A quel point les engins de terrassement modernes sont agressifs et brutaux envers la terre qu’ils nivellent et uniformisent … Se souvient-on qu’il y a seulement quelques décennies, les gens pouvaient se faire suffisamment confiance pour que les immeubles d’habitation ne fussent protégés par aucun digicode ou interphone et que chacun pût y pénétrer librement … qu’à la campagne, on ne fermait pas sa porte à clef … le nombre à lui seul fait diminuer la moralité … Une société trop étendue et trop ouverte, que certains imaginent le meilleur antidote au repli sur soi, favorise au contraire l’égoïsme … Les signes prennent le pas sur les actes, la réputation ne joue plus … Les hommes sont avides d’une forme de reconnaissance qui applaudit non leurs actions mais leurs caractéristiques personnelles. Ils ne souhaitent plus tant à être estimés (comme jadis) qu’admirés … Ils veulent être enviés plutôt que respectés. »

« Dans l’immense, tout s’effondre … Par l’union ou l’unification, qui augmente la masse, la taille et la puissance, rien ne peut être résolu … … La taille excessive … ‘Partout où quelque chose ne va pas, quelque chose est trop gros’ (Léopold Kohr) … Si une société dépasse sa taille optimale, les problèmes qu’elle rencontre croissent plus vite que les moyens humains qui seraient nécessaires pour les traiter … ‘Ce qui importe n’est pas le petit, mais le ‘proportionné’ (Ivan Illich), la beauté et le bien ne sont pas une affaire de taille … mais une question de proportion … La critique du gigantisme n’est pas l’apologie du petit, mais la recherche, en toutes choses de la taille la plus appropriée … Le repoussoir pour les Grecs était la multitude de l’empire perse, synonyme pour eux de mort du politique … Dans une grande ville, il est plus important de se protéger des excitations que de les recevoir … les sons (la parole et l’écoute également) ne sont signifiants qu’à la campagne ou en petite ville … Le monde n’étant pas invariant par changement, le nœud entre qualité et quantité est impossible à défaire … De même que chaque forme vivante se développe à une certaine échelle … entre certaines bornes … la plupart des concepts se sont élaborés à l’intérieur d’un certain horizon quantitatif … au-delà duquel ils perdent leur sens ou deviennent … quelque chose de tout à fait différent … Une organisation est solidaire d’une échelle … La négligence envers le caractère essentiel du nombre est stupéfiante … L’emploi du même terme de ‘démocratie’ pour évoquer l’Athènes du V° siècle avant notre ère et l’Inde contemporaine ne semble gêner personne comme s’il y avait une essence de la démocratie qui devenait inchangée en passant de quelques dix mille à des centaines de millions … On ne passe pas impunément du ‘Jeu des 1.000 francs’ à ‘Qui veut gagner des millions’ … ‘Si n’importe quel petit Etat, qu’il soit une république ou une monarchie est par nature démocratique, n’importe quel Etat de grande taille est par nature non démocratique’ (Léopold Kohr) … Quand le souci de justice est happé par le nombre non seulement, à la compassion, succède un comportement mécanique, mais même ce comportement mécanique finit par épuiser le corps et l’esprit … inaction, indifférence … les grands nombres sont dangereux, décivilisateurs, parce qu’ils immunisent contre l’horreur … Là où les Grecs devaient en permanence se représenter les dangers de la démesure, les Européens n’ont cessé de s’aiguillonner, de caresser leurs fantasmes, de se flatter de visions extrêmes afin de se mettre en train (Jusqu’à aboutir à la monstrueuse Union européenne), l’un cherche à refréner ses ardeurs, l’autre à s’émoustiller et prend du viagra … La modernité prise le ‘dépassement’. Le dépassement de quoi ? De tout : des frontières, des interdits, de soi-même, surtout de soi-même. Pour aller où ? peu importe, se dépasser … Nous soignons la paralysie engendrée par l’hypertrophie … par une surenchère systémique, organisationnelle et technique … ‘frappante est l’obésité des systèmes actuels, cette grossesse diabolique’ (Susan Sontag) qui est celle de nos dispositifs … ‘La nausée d’un monde qui prolifère, qui s’hypertrophie, et qui n’arrive pas à accoucher’ (Jean Baudrillard) … Enflure, boursouflure … Dés qu’un problème se présente, on cherche à le résoudre ‘par le haut’, à travers une organisation d’échelle supérieure … Accroître, désenclaver, animer, rendre attractif … Un insecte ne craint rien de la pesanteur, les chutes sont pour lui sans danger … mais une mouche trempée, elle, a à soulever plusieurs fois son propre poids … La grande taille permet de conserver la chaleur, et une souris doit absorber chaque jour à peu près le quart de son poids en nourriture … S’il y a une taille optimale pour chaque animal, il en va exactement de même pour chaque institution humaine … Pour les Grecs, une cité de taille limitée était la plus grande échelle concevable pour un Etat démocratique … » – Les choses et dimensions acceptables ont certainement changé depuis lors, mais certainement pas au-delà de toutes limites comme nous le voyons aujourd’hui.

Ci-dessous extraits d’un livre de Karl Popper, Misère de l’historicisme, critiquant fortement cette tendance de l’esprit et des ravages qu’elle a opéré et qu’elle continue de plus belle à opérer.

 « ‘L’historicisme’, une théorie, touchant toutes les sciences sociales, qui fait de la ’prédiction historique’  leur principal but et qui enseigne que ce but peut être atteint si l’on découvre les rythmes ou les ‘patterns’, les lois ou les tendances générales qui sous-tendent les développements historiques  … S’il est possible à l’astronomie de prévoir les éclipses, pourquoi ne serait-il pas possible à la sociologie de prédire les révolutions ? … ‘Lors même qu’une société est arrivée à découvrir la pente de la loi naturelle qui préside à son mouvement, elle ne peut ni dépasser d‘un saut ni abolir par des décrets les phases de son développement naturel. Mais elle peut abréger la période de la gestation et adoucir les maux de leur enfantement’. (Karl Marx – on ne saurait mieux résumer la position historiciste) … Elle est l’étude des forces agissantes et des lois de l’évolution sociale … Elle n’implique pas le fatalisme et ne conduit pas nécessairement à l’inactivité, tout au contraire … Seuls sont raisonnables les activités qui s’adaptent aux changements imminents, et les aident … L’activisme ne peut être justifié  que dans la mesure où il donne son assentiment aux changements imminents et les épaule, vaine est toute tentative pour modifier les changements imminents … Beaucoup ont été attirés par ce penchant à l’optimisme et à l’activisme … Ce qui est moralement bon est ce qui est progressiste, ce qui est en avant de son temps, en conformité avec les modèles de conduite qui seront adoptés à l’avenir … Idéal et justification du planificateur. » (Karl Popper – Misère de l’historicisme) – « L’opportuniste sait combien peu il sait. Il sait que seules nos erreurs nous instruisent. Il fera son chemin pas à pas, en comparant les résultats attendus et les résultats obtenus, et toujours à l’affût des conséquences non-désirées mais inévitables de toute réforme ; et il évitera d’entreprendre des réformes d’une complexité et d’une envergure telle qu’il lui serait impossible de débrouiller les causes et les effets, et de savoir ce qu’il est effectivement en train de faire … Toute machine physique est le résultat d’un grand nombre de petites améliorations, d’innombrables petits réglages … Nous ne faisons de progrès que si nous sommes prêts à apprendre de nos erreurs … au lieu d’y persévérer avec dogmatisme …  Il est très difficile de tirer un enseignement de  très grosses erreurs. Techniquement, parce qu’il est impossible de dire quelle mesure particulière est responsable de n’importe lequel des résultats. Moralement, parce qu’une discussion libre au sujet d’un plan totaliste ne sera pas tolérée, car un tel plan entraînera forcément pléthore de protestations déraisonnables ou raisonnables, qu’il importera de repousser si on veut arriver. » (même auteur) – On voit combien la position historiciste est liée à la démesure humaine, au progrès, à l’immense stupidité arrogante dans laquelle a versé la modernité en Occident depuis environ le milieu du XIX° siècle.

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