530,3 – Limites

– « Pas d’infini sans clôture. » (Christian Bobin)

– Tous les psychanalystes savent que la notion de limites est constitutive de l’humanisation.

– Les tragédiens grecs (Euripide, Sophocle…) ont suffisamment mis en scène la chute dans la folie et la mort où conduit la transgression de toute limite, la démesure forcenée, l’hubris de l’homme qui veut se porter au-delà de la condition humaine.

– Les limites objectives de notre liberté sont assez étroites, nous sommes soumis à :

. Au temps (naissance, mort, notre époque, l’état du monde alors…).

. A l’espace (notre lieu, l’état du monde ici).

. A nous-mêmes : hérédité, corps, esprit, tempérament, qualités, faiblesses…

. Aux interactions entre notre milieu et nous : famille, éducation, hasard, incidents, expériences…

– Les deux limites auxquelles nul n’échappe : Soi et l’Autre.

– Limite signifiait sentier, trace… le terme recouvrait bien plus le chemin, la borne, le repère, le jalon que la muraille protectrice dressée. C’est le Progrès qui a transformé le sens en celui d’obstacle à renverser. Le double rôle des limites : protection et limitation.

– Faire sauter un tabou. Prétention aussi fallacieuse que grotesque et idolâtrée aujourd’hui où il n’existe plus aucun tabou, aucune limite, aucune décence ni même aucun sens…

Terminus, le dieu romain des bornes.

– Ne pas oublier que selon Alphonse Allais « Une fois passées les bornes, il n’y a plus de limites. »

– Plus vite, plus haut, plus fort…

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« L’illimitation qui dilatait l’avenir en donnant à l’homme non seulement le pouvoir de tout conquérir mais celui de se produire lui-même, de faire l’histoire et de faire histoire, s’est aujourd’hui retournée en désillusion, voire en effroi et en terreur. » (Myriam Revault d’Allonnes)

« Nous ne sommes pas à la hauteur du Prométhée qui est en nous. » (Gunther Anders) – « L’émancipation court toute seule et ne sait pas où s’arrêter ; sans cran d’arrêt, la barbarie est assurée …  Croire que l’on peut mettre un terme à la tragédie humaine et rendre à l’homme son unité (Marx), ou bien faire surgir de la terre allemande une race parfaite (Hitler), ou bien transformer les hommes en cyborgs invulnérables et immortels (le post-humanisme contemporain), c’est bien suivre la même trace … Le prométhéisme perverti observé à la fois dans les totalitarismes et dans les sociétés contemporaines, ne peut se déployer que dans les sociétés postchrétiennes. Car les sociétés non-occidentales sont dotées d’une vision circulaire du temps qui n’entretient pas l’idée de progrès. »  (Chantal Delsol) – A l’inverse du temps fléché judéo-chrétien. Encore que la Chine, le Cambodge… n’aient pas ignoré cet aspect délirant du prométhéisme qu’était la tentative de la fabrication d’un ‘homme nouveau’.

« Il y a des choses qui se font et des choses qui ne se font pas, des choses qui se disent et des choses qui ne se disent pas … Ce qu’Orwell appelait la ‘common decency’, la décence commune … On remarque dans la plupart des média cette même attitude, révérencieuse envers les forts du moment et méprisante envers ceux qui ne rentrent pas dans les clous du politiquement correctContre l’absence de limites typique de notre société … revenir à ce que l’on nomme, encore, le bon goût et le mauvais goût. » (Charles–Henri d’Andigné) – Mais les média occidentaux, et français en particulier, ne connaissent plus de limites à leur dépravation et à leur arrogance.

« ‘La berge est la chance du fleuve’. Sans elle le fleuve ne va pas plus loin et devient marécage. » (Thomas d’Ansembourg – citant ?)

« La notion même de limite  implique l’existence du temps et de l’espace. A force de préférer la chasse à la prise (la Recherche de nouveaux désirs plutôt que leur satisfaction, sous la pression de la société de consommation), on finit par ne plus supporter la moindre attente. » (Zygmunt Bauman)

« On pouvait croire au progrès, et à un bonheur, but et destinée de l’humanité, placé devant, et renoncer aux satisfactions immédiates dans l’optique d’un bon investissement (qui ne paraissait sûr que par la confiance en l’avenir) … Progrès  compris comme un voyage vers une destination donnée-à-l’avance, une trajectoire pourvue d’une ligne d’arrivée … La vie humaine est (ou était) propulsée et maintenue sur sa trajectoire par la soif de transcendance. » (Zygmunt Bauman) – Transcendance au sens de transgresser, dépasser les limites données actuellement.

« L’absence absolutisée de la limite est au cœur d’un monde devenu ruine. »  (Matthieu Baumier)

« Que fuyons-nous dans notre passion contemporaine de l’illimité ? » (Matthieu Baumier)

« Chacun est prisonnier de son temps … L’homme est plongé tout entier dans l’océan de l’histoire. Son esprit est limité par sa langue maternelle. Il vit et pense dans l’enclos du monde que sa culture explore et qu’elle lui permet de nommer. » (Luc Benoist – cité par Evelyne Pewzner)

« En prônant la transgression de toutes les limites, la revendication sans fin des droits privés et la ‘lutte-contre-toutes-les-discriminations’, le progressisme social et culturel, véhiculé notamment par les lobbies féministes et antiracistes, et au-delà d’eux par l’esprit du temps, fait le jeu du capitalisme mondialisé. » (Alain de Benoist)

« Dans l’anthropomorphisme défini par Georges Bataille, l’être est l’impossible en tant qu’il ne peut éviter ses limites et pas non plus s’y tenir. » (Jean-Michel Besnier)

« La limite de l’empathie, c’est la fusion, qui est de l’entre-dévorement. » (Christian Bobin)

« Il y a des bornes qu’il ne faut pas franchir, dit-on. – On est informé qu’à une certaine distance, pas énorme, il y a une frontière qui ne pardonne pas … Il faut de bons yeux pour la discerner … elle a l’inconvénient d’être instable … Quelque fois, c’est le bourgeois lui-même qui dépasse les bornes, sans le savoir, et alors il succombe sans honneur dans le traquenard qu’il a lui-même tendu aux poètes… » (Léon Bloy – Exégèse des lieux communs – 1, XXXV)

« Qui ne sut se borner ne sut jamais écrire. » (Boileau)

« Franchir une limite, c’est passer à un absolument autre (en son ordre ou d’un ordre à un autre) … ‘Dépasser’ dit cela aussi … ‘Transcendance’ ajoute l’analogie d’un mouvement vers la hauteur.. » (Pierre Boutang)

« Volonté déterminée d’effacer toutes les frontières. Celle, fondamentale, de la dualité des sexes. Celle, traditionnelle, qui sépare l’homme de l’animal. Celle, sacrée, qui pour les humains trace la ligne entre vivant et mort …  Ce sont ces frontières qui font que l’humanité existe comme telle  …Si le genre n’est pas lié au sexe, pourquoi ne pas en changer tous les matins ? Si le corps est à la disposition de notre conscience, pourquoi ne pas le modifier à l’infini ? S’il n’y a pas de différence entre animaux et humains, pourquoi ne pas faire des expériences scientifiques sur les comateux plutôt que sur les animaux ? Pourquoi ne pas avoir de relations sexuelles ‘mutuellement satisfaisantes’  avec son chien ? S’il est des vies dignes d’être vécues et d’autres qui ne le sont pas, pourquoi ne pas liquider les infirmes, y compris les enfants ‘défectueux’ ? (‘l’avortement post-natal’), pourquoi ne pas nationaliser les organes des humains quasi-morts au profit d’humains plus prometteurs… Ce sont là des thèmes ultra-classiques de la réflexion ‘morale’ anglo-saxonne contemporaine … Pourquoi faire l’ange quand on peut refaire la bête ? … ‘L’humanité occidentale, fatiguée, est désormais au bout du rouleau … organisant elle-même les conditions de son propre remplacement’ (Michel Houellebecq) … Elimination de la différence sexuelle, animalisation de l’homme, effacement de la mort, refus de l’idéal … monde informe sans limites ni frontières … Slavoj Zizek a bien vu que ce mépris de la sexualité , de la chair et du corps pouvait être rattaché à l’antique courant gnostique …  se débarrasser de ce corps encombrant soit par l’ascèse, soit par la débauche en l’épuisant, au moins le transformer par le tatouage. » (Jean-François Braunstein – La philosophie devenue folle)

« S’il y a des limites c’est aussi pour qu’elles puissent être dépassées, mises en question, subverties. Mais il ne s’agit en aucun cas de les effacer. Une frontière permet de vivre en paix de tel ou tel côté, mais aussi de rêver à ce qu’il y a de l’autre côté … S’il n’y a plus de limites, il n’y a plus de transgression, plus de courage … L’homme n’a pas d’essence prédéterminée. Il se définit dans la lutte contre les limites qui lui sont imposées par la nature. » (Jean-François Braunstein)

« Deux vertiges attirent l’homme, quand l’aisance et la sécurité ne le satisfont plus, quand lui pèse la sûre et prudente soumission à la règle, il comprenda alors que celle-ci n’est là que comme une barrière, que ce n’est pas elle qui est sacrée, mais ce qu’elle met hors d’atteinte … La limite une fois franchie, il n’est pas de retour possible. Il faut marcher sans cesse dans la voie de la sainteté ou dans celle de la damnation … Le pacte avec l’enfer n’est pas une moindre consécration que la grâce divine. Celui qui l’a paraphé, celui  qu’elle a comblé sont également séparés à jamais du sort commun. » (Roger Caillois)

« La pensée grecque s’est toujours retranchée sur l’idée de limite. Elle n’a rien poussé à bout, ni le sacré, ni la raison … Elle a fait part de tout, équilibrant l’ombre par la lumière. Notre Europe, au contraire, lancée à la conquête de la totalité, est fille de la démesure. Elle nie la beauté, comme elle nie tout ce qu’elle n’exalte pas … Elle recule dans sa folie les limites éternelles … Némésis veille, déesse de la mesure et non de la vengeance. Tous ceux qui dépassent la limite sont, par elle, impitoyablement châtiés … Dans nos plus extrêmes démences, nous rêvons d’un équilibre que nous avons laissé derrière nous et dont nous croyons ingénument que nous allons le retrouver au bout de nos erreurs. Enfantine présomption … ‘Présomption, régression du progrès’ (Héraclite) … Nous avons préféré la puissance qui singe la grandeur … Nous avons conquis, déplacé les bornes, maîtrisé le ciel et la terre. Notre raison a fait le vide … Nous tournons le dos à la nature, nous avons honte de la beauté … La démesure est un incendie selon Héraclite … Les Grecs n’ont jamais dit que la limite ne pouvait être franchie. Ils ont dit qu’elle existait et que celui-là était frappé sans merci qui osait la dépasser. » (Albert Camus – L’été, l’exil d’Hélène – considérations éparses sur la mesure et les limites) – Les rudes sanctions approchent.

« La connaissance des limites nous permet seule d’être à nous et de pousser plus outre en brisant d’avec nous. » (Albert Caraco)

« La nécessaire capacité d’une société à s’autolimiter. »  (Castoriadis)

« Dans la tragédie grecque, le héros ne meurt pas parce qu’il y a vait une limite et qu’il l’aurait transgressée : ça, c’est le péché, le péché chrétien. Le héros tragique meurt de son ‘hubris’, il meurt de transgresser dans un champ où il n’existait pas de limites connues d’avance. Si nous sommes libres, nous décidons … nos lois et personne ne peut nous dicter notre choix : c’est nous qui décidons du juste et de l’injuste. » (Cornelius Castoriadis) – Et nous finissons par succomber comme le héros grec.

« Qui veut une mule sans défaut doit se résoudre à aller à pied. » (Miguel de Cervantès)

« Dés que vous pénétrez dans le monde des faits, vous pénétrez dans un monde de limites … Vous pouvez libérer les êtres des lois étrangères ou accidentelles, pas des lois inhérentes à leur propre nature. Vous pouvez délivrer un tigre des barreaux de sa cage ; vous ne pouvez pas le délivrer de ses rayures. » (Chesterton)

« Les civilisations ont fondé leur existence sur la construction d’enceintes opaques et sur l’imposition d’un secret replié sur le silence et la vie domestique (on fondait une ville en traçant un sillon de charrue, le sillon tracé par Romulus, puis en montant les murs de son enceinte, les maisons aveugles côté rue, les sanctuaires étaient clos…) … Le monde moderne, énervé par sa passion de la transparence et de la visibilité … Domination de l’informe. Retour au chaos des origines. Plus de ligne, plus de frontière, plus de borne … Sans frontière, pas de pensée,  pas de passion et pas de poésie … L’idiotisme fondu dans la globalisation … Les haies du bocage, aujourd’hui rasées, qui protégeaient du vent comme des regards et que peuplaient les oiseaux … Araser les murs et construire sans définir un lieu fait partie du grand débraillé contemporain qui défait toutes les coutures. » (Jean Clair – Les derniers jours)

« La clef qui délivre. Ce n’est point celle qui ouvre, mais celle-là qui ferme. » (Paul Claudel)

« Le tabou de la censure appelle une question : Qui interdira l’interdit de censurer ? … L’interdit d’interdire est encore un interdit … Il n’y a pas de société, de civilisation sans interdits. L’interdit d’interdire est l’axiome principal d’entrée en barbarie. » (Guy Coq) – « Faire table rase de toute limite, c’est franchir une marge, celle-là même qui sépare la civilisation de la barbarie. Confondre la vraie liberté, garante de la dignité humaine, avec un laisser-aller qui serait régi par le seul principe de plaisir relève d’une méprise mortifère … Dissoudre toute limite procède d’une volonté de désacralisation généralisée … Un monde sans sacré est un monde de chaos. » (François Cheng)

« Aujourd’hui, la démesure n’est plus considérée comme un danger, au contraire, elle est recherchée. Dans la production comme dans la consommation, ce désir de ‘vivre grand’, d’avoir une ‘vie intense’ est la traduction de l’incapacité à accepter des limites et du besoin de les dépasser. » (Bernard et Véronique Cova)

« L’homme qui n’a ni le sens du péché ni celui des limites n’a plus rien à franchir, plus rien à transgresser. Il est condamné à stagner. En arrachant les bornes, il s’interdit de les dépasser … ‘Les hommes d’aujourd’hui sont tombés au-dessous du sacrilège … Plus d’épaisseur à profaner là où règne la platitude’ …. Ainsi ont-ils perdu l’horizon et dépérissent-ils dans la cage conformiste de leur liberté. » (Raphaël Debailiac – citant Gustave Thibon)

« Qui entend se surpasser commence par se délimiter. » (Régis Debray)

« Dieu sépara la lumière des ténèbres … Le soir vint puis le matin … Et il sépara les eaux d’avec les eaux … Que les eaux se rassemblent et que le continent apparaisse … Que les luminaires servent de signes pour distinguer le jour de la nuit, pour marquer les saisons les jours et les années … Et il vit que cela était bon … Romulus prend un soc de charrue et trace le ‘pomerium’, délimitation sacrale et inviolable du Palatin. Son Frère Remus le payera de sa vie… » (Régis Debray – partant de Genèse I – complété) – La limite, la séparation, c’est la sortie du tohu-bohu, du chaos, de l’indifférenciation mortelle.

« Plus de limites à l’escalade des rémunérations et des prébendes, aux fanfreluches des madames sans-gêne et aux désinvoltures de présidents sans façon. L’indécence de l’époque ne provient pas d’un excès mais d’un déficit de frontières. Il n’y a plus de limites parce qu’il n’y a plus de limites ‘entre’. Entre les affaires publiques et les intérêts privés, entre le citoyen et l’individu, entre le nous et le moi-je, entre l’être et son paraître, entre l’info.et la pub. … Confusion des sphères. » (Régis Debray)

« On ne peut habiter le réseau comme un monde. Impossible de faire d’un lieu de passage un lieu de séjour, faute de vis-à-vis, pas d’anti-en face. Comment se poser sans s’opposer ? Une communauté sans extérieur pour la reconnaître ou l’investir n’aurait plus lieu d’être … une personne morale a un périmètre ou n’est pas. D’où vient que la ‘communauté internationale’ n’en est pas une. Ce flasque zombie … aux mains du directoire international. » (Régis Debray) – Un individu aussi a un périmètre ou n’est rien, tel le bourgeois-gogo, lisse, policé, inodore, incolore et sans saveur.

« Là où il y a du sacré, il y  a une enceinte. Et là où la clôture s’efface (ligne, seuil ou dénivelé) le sacré disparaît … La démocratie de proximité entend combler les distances. Là où régnait l’opacité, il y aura transparence … Plus de talus, plus d’écrans, plus de haies ; on arase pour dégager et pouvoir circuler … On a déjà enlevé l’estrade en salle de classe … Une société voyeuriste qui aspire au diaphane, le ‘sans frontière’ est le mot d’ordre … Chaque nivellement d’une circonscription protégée en voit émerger une autre dans notre dos … des apartheids plus ou moins édulcorés entre communautés ethniques, religieuses et linguistiques … insidieux retour du refoulé (Belgique, Espagne…) … Aux XVIII° et XIX° siècles, les lieux saints de Jérusalem, mur des Lamentations, esplanade des Mosquées ne mobilisaient personne … – (Régis Debray – Le moment fraternité) – Plus on arase, plus on construit des murs et on installe des barbelés.  

 « Pourquoi craindre ce qui marque et démarque ? Les rites de passage flanchent s’il n’y a plus de seuil à franchir, sans marches à monter ou à descendre. Il faut se situer dans l’espace pour se situer dans le temps … Le tout-marchandise a pour air favori le plain-pied et la ‘société de l’accès’. Plus de jour chômé dans la semaine, pas de relâche pour les hypermarchés, le dimanche jour de consommation comme un autre. … Tout ce qui fait seuil ou sas n’est pas destructeur, et tout ce qui lisse et efface n’est pas salvateur. » (Régis Debray)

« L’ouverture physique au vaste monde se rééquilibre par un repliement psychique sur l’ancestral, pour ne pas devenir n’importe qui, autant dire personne – Qui entend se surpasser commence par se délimiter – Un pays comme un individu peuvent mourir de deux manières : dans un étouffoir ou dans les courants d’air, on peut se perdre ‘par ségrégation murée dans le particulier et par dilution dans l’universel’ (Aimé Césaire). » (Régis Debray – considérations éparses sur la nécessité de limites)

« Les limites confèrent à l’homme un nom et une identité, car l’être est nommé par ce qui le distingue et, par là, le borne. » (Chantal Delsol)

« Le fleuve ne se définit que par ses berges, et sinon cesse d’être fleuve pour devenir marécage … La modernité est le moment de l’histoire où la pensée humaine n’accepte plus l’intériorité des limites. » (Chantal Delsol) – C’est bien pourquoi la réalité va lui en mettre plein la gueule.

« Toute démiurgie est a-morale non pas parce qu’elle récuse les limites que la culture a assignées jusqu’alors, mais parce qu’elle récuse la notion même de limites. » (Chantal Delsol)

« L’élimination fantasmatique du négatif est liée, de manière essentielle et constitutive, à la suppression des limites. » (Roger-Pol Droit – sur les coachs, gourous et autres charlatans)

« La transgression suppose que la société s’institue en se fixant des limites, et il n’y a rien de plus étranger que cela à l’éthos des sociétés industrielles. (Jean-Pierre Dupuy)

« La transgression est proclamée comme un droit, si ce n’est un devoir. Dans  son entreprise de démystification le monde moderne n’a pas compris que ces systèmes (l’hyper production, l’hyperconsommation) impliquaient que des limites soient fixées à la condition humaine, tout en leur donnant sens. En remplaçant le sacré par la raison et par la science, il a perdu tout sens des limites et, par là même, c’est le sens qu’il a sacrifié. » (Jean-Pierre Dupuy)

« Il n’y a pas d’action qui exprime plus clairement la liberté de l’homme que de fixer des limites à sa capacité individuelle d’agir, sous forme d’impératifs, de normes et de  règles à validité universelle et de s’y tenir. C’est par cette autolimitation que les individus deviennent des personnes autonomes… » (Jean-Pierre Dupuy – interprétant Hans Jonas) – De quoi faire bondir le troupeau bêlant des libertaires.

« Une espace sans obstacle à l’accessibilité ne peut être qu’un vide informe, l’image du désert. Le premier acte fondateur d’un lieu est un interdit : c’est le premier mur qui coupe une piste, mais crée un chemin et, orientant l’espace, le rend lisible. Une ‘liberté’ est ainsi supprimée pour que toutes les autres prennent un sens. » (Jean-Pierre Dupuy, Jean Robert)

« La technique est en soi suppression des limites, il n’y a, pour elle, aucune opération ni interdite ni impossible …’Aucune limite ne semble exister pour la pensée scientifique modificatrice : elle s’élève donc au-dessus de toutes les attaches éthiques et religieuses ‘ (Schuurman) … La guerre est le champ d’expérimentation nécessaire permettant l’auto-accroissement, parce qu’autorisant toutes les audaces et le travail ‘in vivo’ irremplaçable. » (Jacques Ellul – Le système technicien) – L’Amérique jouissant d’Hiroshima et Nagasaki. 

« Le dieu ‘Terme’ se dresse en gardien à l’entrée du monde. Autolimitation ; telle est la condition d’entrée. » (Ludwig Feuerbach)

 « ‘Où je veux, quand je veux, si je veux…’ . Mais qu’en sera-t-il alors du reste, de ce qui résiste, de ce qui désarçonne ? Qu’en est-il de l’extériorité ? Qu’en est-il du non moi ? Que devient le monde si le monde est mon monde ? Il sera particulièrement difficile de convertir cet enfant gâté à la pensée des limites ou au sens de la mesure. »  (Alain Finkielkraut)

« A la limite nous répliquons automatiquement par l’enjambée … L’impossibilité où nous sommes de nous arrêter, de faire le point et même de ralentir. Notre élan est sans retour.  » (Alain Finkielkraut) – Jusqu’à la grande chute.

« La mort de Dieu, en ôtant à notre existence la limite de l’illimité… » (Michel Foucault)

« Il n’y a pas de respect sans l’idée de seuil, de limite infranchissable. Là où le respect existe, une limite ne peut être dépassée. Le respect contredit donc le sentiment de toute-puissance. » (Christian Godin)

« Le plus grand art en fin de compte est de savoir se limiter et s’isoler. » (Goethe) – soulignant l’impérative nécessité du retrait pour « Se ressaisir et se retrouver soi-même ; façon de se soustraire à la ronde du milieu, à la tyrannie de nuisibles, mesquines habitudes et règles … combat contre le gaspillage de nos forces, pour leur donner le temps de s’accumuler et de redevenir spontanées. » (Nietzsche)

« Il faut avoir une parfaite conscience de ses propres limites, surtout si on veut les élargir. »(Antonio Gramsci)

« On sait que seul le principe de réalité admet les modifications, les transformations, les aménagements. Il est lié à l’intégration de l’analité qui implique un rétrécissement des limites, un renoncement (partiel) à l’infini. » (Béla Grunberger, Janine Chasseguet-Smirgel)

« Nous cherchons tous, et dans tous les domaines, à redéfinir la limite. Or, dans le même temps, la culture dominante est celle de la transgression, au point que nous identifions cette dernière à la modernité elle-même … Nos va-et-vient entre la limite et la transgression … entre une limite trop impérative et une transgression trop menaçante … L’homo sapiens et l’homo demens … Les promesses radieuses de la transgression généralisée. » (Jean-Claude Guillebaud) – Un des multiples double bind qui nous ligotent.

« La dernière limite opposable aux déchaînements possibles de l’hubris ne serait plus constituée par une quelconque croyance collective, intériorisée (elles ont disparu) mais par la présence de l’autre. L’idée de limite tend ainsi à se confondre avec celle de lien. » (Jean-Claude Guillebaud)

« Le caractère positif de la limite. La limite n’est pas un renoncement, mais une affirmation. » (Fabrice Hadjadj) – Son respect sur un point permet de déployer son énergie ailleurs. La limite à l’avoir laisse place à d’autres investissements, culturels, communicationnels…

« Paradoxalement, c’est la limite qui ouvre sur l’infini (l’absence de limite n’apportant que de l’indéfini). S’il n’y a pas de limite, il ne peut pas y avoir de changement d’ordre, de passage … La voûte de la cathédrale procure un sentiment d’élévation plus grand que le ciel à perte de vue. » (Fabrice Hadjadj)

« Quand on passe les bornes il n’y a plus de limites. »(Alfred Jarry)

« L’homme ne prend conscience de son être que dans les situations limites. » (Karl Jaspers)

« Les hommes du commun ont un sens des limites plus développé que celui des classes supérieures … Limites au contrôle de l’homme sur le cours du développement de la société, sur la nature et sur le corps, sur les éléments tragiques de la vie et de l’histoire humaines. » (Christopher Lasch)

« La seule chose interdite dans notre culture du dévoilement est la tendance à interdire, à fixer des limites au dévoilement. » (Christopher Lasch) – La culture de l’illimitation, drogue compensatoire des minables.

« Notre pouvoir de faire excède infiniment notre capacité de sentir et d‘imaginer. Cet écart irréductible que Günther Anders nomme le ‘décalage prométhéen’, anesthésie littéralement notre sens moral. » (Serge Latouche)

« Recréer des limites et des frontières est nécessaire non seulement pour conjurer l’effondrement (écologique), mais aussi pour retrouver un monde commun. Les hommes ne font vraiment communauté que dans la proximité et en percevant leur différence avec les autres. Le ‘sans frontière’ (médecins, reporters…) à la mode chez les Bobos, détruit et le commun et le monde. » (Serge Latouche)

« La démesure repose sur la perte du sens des limites dans l’assouvissement effréné des désirs et la création artificielle des besoins. La limite économique est donc tout aussi fortement corrélée à la limite morale et aux limites culturelles. La transgression de la limite économique est constituée, d’un côté, par l’avidité débridée qui débouche sur l’accumulation infinie et, de l’autre, par la fixation du désir sur la consommation. » (Serge Latouche)

« Rejeter toute limite, transgresser semble être devenu le seul idéal moral d’une surmodernité en crise … N’est légitime et valorisé que le mouvement de transgression ininterrompu de toutes les limites imaginables. Mouvement qui devient sa propre fin. » (Serge Latouche)

« Lorsque la finitude de la condition humaine est perçue comme aliénation et non comme source de sens, on perd quelque chose d’infiniment précieux en échange de la poursuite d’un rêve puéril. » (Serge Latouche)

« La séparation des pouvoirs et l’existence de corps intermédiaires sont une manière de créer une relative limitation, comme l’existence d’une religion ou l’antagonisme de jadis entre la papauté et l’empire. » (Serge Latouche) – La mondialisation ne laissera subsister aucun antagonisme, aucun espace de liberté (voir la haine dont on poursuit la Russie qui tente de résister).

« Parce qu’il ne peut plus compter sur l’autre pour poser la limite, le sujet d’aujourd’hui, pour que cette opération ait lieu, ne peut plus compter que sur lui-même. Mais recevoir la limite de l’autre ou devoir se l’imposer soi-même n’est pas du tout équivalent. Se l’imposer soi-même, tâche à recommencer sans cesse, est beaucoup plus difficile et lourd à porter …Tout peut-être à chaque fois renégocié, tout est toujours susceptible d’être remanié. » (Jean-Pierre Lebrun) – Faute d’une transmission adéquate.

« Il ne s’agit pas de faire triompher un discours du Bien contre un discours du Mal, il s’agit de préserver l’Interdit, en tant que bouée de sauvetage de l’humanité. L’interdit est par hypothèse la problématique de la limite. » (Pierre Legendre, psychanalyste – cité par Jean-Claude Guillebaud) – Sans limites, chaos, désespoir, folie, au bout suicide…

« Fabriquer l’homme, c’est lui dire la limite. Fabriquer la limite, c’est mettre en scène l’idée du Père, adresser aux fils de l’un et l’autre sexe, l’Interdit. » (Pierre Legendre)

« L’homme ne peut pas davantage inventer le bien ou de nouvelles valeurs ‘qu’il ne peut placer un nouveau soleil dans le ciel’. » (C. S. Lewis – citant ?)

« Chaque domaine (de la société moderne) présente un versant en quelque sorte excroissant, démesuré, hors limite … L’escalade paroxystique du ‘toujours plus’ … Même les comportements individuels sont pris dans l’engrenage de l’extrême (frénésie consommatrice, dopage, sports extrêmes, tueurs en série, boulimie, anorexie…) … Qu’est-ce qui n’est plus hyper : hypercapitalisme, hyperclasse, hyperpuissance, hyperterrorisme, hyperindividualisme, hypermarché, hypertexte, hypersurveillance … Tout ne fonctionne pas à l’excès, mais plus rien ne se trouve épargné … par les logiques de l’extrême … L’hypercapitalisme se double d’un hyperindividualisme détaché, législateur de lui-même, tantôt prudent et calculateur, tantôt déréglé, déséquilibré, chaotique … Par ses opérations de normalisation technique et de déliaison sociale l’âge hypermoderne fabrique dans le même mouvement de l’ordre et du désordre, de l’indépendance et de la dépendance subjective, de la mesure et de la démesure. » (Gilles Lipovetsky)

« ‘Ces confins mystérieux où transcendance et immanence se rejoignent … situations limites suscitées par l’union des corps et des âmes … L’extase mystique … Les répétitions incantatoires religieuses … L’individu qui sort de lui-même pour participer au ‘tout autre’. » (Michel Maffesoli) – L’abolition des limites.

« La vie ne peut être indéfinie ni infinie ; elle a besoin de limites … Pour fonder une cité, on trace une ligne qui démarque et, donc, fonde. Force de la limitation … Limite qui enclot, qui détermine, qui permet l’existence … L’espace qui façonne les habitudes et les contraintes de tous les jours … Ces villes (New York, Londres…) constituées d’une constellation d’entités régionales ou ethniques où se vivent des pratiques et des coutumes bien typées qui, à leur tour, permettent la vie communautaire.  » (Michel Maffesoli)

« La limite ne peut se comprendre qu’en fonction de l’errance, tout comme celle-ci a besoin de celle-là pour être signifiante. » (Michel Maffesoli)

« Le capital ressent toute limite comme une entrave. » (Karl Marx)

 « Tout, en Occident, est une question d’espace. Un espace intérieur, d’abord, celui de l’âme ; un espace extérieur, médian, celui du monde ; un espace supérieur, enfin, celui de la civilisation. Et tout espace est, d’emblée, une question de bornage. L’âme est bornée par le corps ; le monde est borné par le chaos ; la civilisation est bornée par la barbarie. » (Jean-François Mattéi)

« ‘A la place du concept d’Être, nous trouvons maintenant le concept de processus’ . Et si le propre de ‘ce qui est’ consiste à se tenir dans la fixité de ses limites, qu’elles soient celles des dieux, des hommes, de la terre ou du monde, le propre de ‘ce qui devient’ consiste à abolir toute mesure étrangère à l’écoulement de son flux. (Jean-François Mattéi – citant Hannah Arendt)

« Ils (les Grecs) ont cherché un terme à la course perpétuelle (des civilisations). Un instinct merveilleux leur a fait sentir que le bien n’était pas dans les choses, mais dans l’ordre des choses, n’était pas dans le nombre mais dans la composition et ne tenait nullement à la quantité mais à la qualité. Ils introduisirent la forte notion des limites. » (Charles Maurras)

« Limite ne signifie pas clôture. Ne craignons pas d’insister sur la notion. C’est elle qui permet à chaque fois de définir où n’est pas l’archaïsme : contre la fusion, la limite entre extérieur et intérieur ; limite identitaire entre soi et l’autre, assurant la différence des sexes et des générations ; les limites du pouvoir de son acte versus la démesure du fantasme de toute-puissance, les limites des droits et devoirs réciproques versus l’arbitraire ; les limites précises du discours argumenté versus les orgasmes émotionnels ; les limites de l’un dans la coopération versus les compétitions narcissiques. » (Gérard Mendel)

« Jusqu’à très récemment, l’impuissance humaine … facilitait la tâche de la réflexion et de la sagesse en garantissant le respect pour ainsi dire ‘naturel’ des limites. Les normes de sagesse et de mesure étaient d’autant plus solides, évidentes et rassurantes qu’elles s’adossaient à d’autres, invisibles mais bien réelles, celles d’un principe de réalité d’acier. … Le régime démocratique de notre existence complique encore une situation déjà compliquée par l’élargissement de nos pouvoirs. » (Yves Michaud – reprenant Sloterdijk)

« Avec la configuration libérale du monde … c’est la notion même de limite qui devient (pour la première fois dans l’histoire des civilisations) philosophiquement impensable. Pour en légitimer (à nouveau) le principe, il faudrait, en effet, pouvoir s’appuyer sur des valeurs morales, c’est-à-dire, selon l’idéologie libérale, sur des montages normatifs arbitraires. » (Jean-Claude Michéa)

« La logique d’illimitation libérale (et l’inévitable tendance à légiférer sur tout qui l’accompagne) ne peut que déclencher, à terme, une réaction en chaîne non maîtrisée dont la conséquence la plus probable (comme on ne le voit déjà que trop) est la multiplication indéfinie des interdits et le rétrécissement inexorable des libertés individuelles. » (Jean-Claude Michéa)

« Dès lors que le système capitaliste trouve son principe moteur dans le processus d’accumulation sans fin du capital, il est clair qu’il se caractérise également par une ‘sainte horreur des limites’ … Son essence, le ‘principe d’illimitation’. » (Jean-Claude Michéa)

« La dynamique d’illimitation du capitalisme, qui caractérise son essence, loin de trouver sa source première dans une idéologie conservatrice ou, a fortiori, réactionnaire, reposait … sur des valeurs fondamentalement de gauche (individualisme radical, refus de toutes les limites et de toutes les frontières, culte de la science et de  l’innovation technologique …) … D’ailleurs Marx ne s’est jamais défini comme un homme de gauche. » (Jean-Claude Michéa) – Et les  seuls résistants efficaces au déferlement du capitalisme broyeur furent les aristocrates.

« Il n’y a rien de plus terrible que l’infini … ‘L’horizon de l’infini’, c’est, plus d’horizon du tout … Plus de ligne tracée ni à tracer pour orienter et pour recueillir le sens d’une marche ou d’une navigation. C’est la brèche, et sur la brèche, nous. » (Jean-Luc Nancy – Être singulier pluriel)

« Au contraire des éthiques du renoncement et de la négation (Haro sur les passions, haine à l’enthousiasme, mort à la vie…) … une éthique affirmative veut les parts animales en l’homme jusqu’à l’acceptable … La ‘part maudite’ n’est haïssable  qu’au-delà d’un certain seuil, quand elle génère des dangers qu’on ne contient plus, lorsqu’elle emporte tout avec elle et se met au service du négatif, de la destruction …Toute la question éthique réside dans la détermination des limites : à partir de quels moments ces puissances magnifiques risquent-elles de basculer du côté sombre ? Au-delà de quelles bornes sont-elles intolérables ? » (Michel Onfray)

« Quelle est la limite qui permet de dire qu’en ajoutant un grain de blé à un autre grain de blé, j’obtiens un tas ? A l’inverse, si j’en enlève un, à partir de combien de grains enlevés le tas sera-t-il détruit ? » (le paradoxe dit de sorite, soros, tas, ou la difficulté de définir la limite – cité par Serge Latouche)

« Démesure, il ne supporte pas la limite, elle est l’ennemie qu’il importe de vaincre … Cette haine de la limite est le trait saillant qui distingue la civilisation moderne occidentale … L’individu moderne se bat contre la limite comme l’ascète de jadis se battait contre la tentation. » (Robert Redeker – à propos du sport)

« Pour les Modernes, la limite a une connotation négative : elle est le lieu où quelque chose s’arrête … par impuissance intime ou rencontre d’un obstacle extérieur. Pour les Anciens, la première connotation de la limite était positive : elle était ce qui faisait être la chose, la rendait présente … Pour qu’une chose soit, il faut qu’elle ait une forme, celle que lui donne ses limites. » (Olivier Rey)

« Tout dans le monde n’est pas consommable, il y a du non-avalable … Pour connaître l’autre il faut s’abstenir de le traiter comme une chose … renoncer à s’en rendre maître, à le faire sien,  à l’absorber … L’arbre n’était pas celui de la connaissance objective totale, plutôt celui de la convoitise de cette connaissance totale … qui abolit l’autre … Ne pas manger de l’arbre était moins un commandement qu’un conseil. » (Olivier Rey)

 « La limite, c’est à la fois la conscience et la preuve sans cesse renouvelée que nombre de choses nous excèdent et que le réel ne peut s’ajuster à tout instant à notre volonté … Le principe de l’illimité: tout peut être fait, sans aucune restriction technique ou morale. » (Eric Sadin) – Le rejet de la limite, c’est l’hubris  annonciateur et déclencheur de catastrophes.

« Il est assez raisonnable de dire que la limite supérieure souhaitable tourne sans doute autour du demi-million d’habitants. Il est tout à fait clair qu’un chiffre plus élevé n’ajoute rien aux vertus de la ville … Il crée simplement d’énormes problèmes et est source de dégradation humaine. » (E. F. Schumacher) – Nous qui sommes si fiers de nos monstrueuses mégapoles. Encore plus de Grand Paris ! Gigantisme, drogue. 

« Sans barrières, sans limites, sans cette distance mutuelle … les hommes deviennent destructeurs … parce que la culture édifiée par le capitalisme et la sécularisation conduit nécessairement au fratricide quand les gens font des relations intimistes la base même des rapports sociaux … Plus les gens ont de barrières tangibles entre eux, plus ils sont sociables … Pour être sociables, les êtres humains ont besoin de se retrouver protégés les uns des autres. Augmentez le contact intime, vous diminuez la sociabilité … Tout moi étant, d’une certaine façon, un musée des horreurs, des rapports civilisés entre les individus ne peuvent s’établir que si nos petits désirs, nos cupidités, nos envies sont soigneusement gardés secrets. » (Richard Sennett)

« Il est pour l’homme essentiel de se donner  lui-même des limites, mais librement, c’est-à-dire de telle sorte qu’il puisse de nouveau supprimer ces limites et se placer en dehors d’elles … L’homme, être-frontière qui n’a pas de frontière … La porte, en créant si l’on veut une jointure entre l’espace de l’homme et tout ce qui est en dehors de lui abolit la séparation entre l’intérieur et l’extérieur … La mobilité de la porte brise la limitation pour gagner la liberté … la limite jouxte l’illimité … à travers le possibilité d’un échange durable ; à la différence du pont qui relie le fini au fini … Avec la porte, la sortie de son être-pour-soi afin d’entrer dans le monde et la sortie du monde pour entrer dans son être-pour-soi … Comment de cet être naturel elle scinde l’uniformité continue … Alors que le pont, ligne tendue entre deux points, prescrit une direction absolue, unifie la scission de l’être purement naturel, la porte est ainsi faite que par elle la vie se répand hors des limites de l’être-pour-soi isolé … Là-dessus repose le sens plus riche et plus vivant de la porte, comparé au pont, sens qui se révèle aussi par ce fait qu’il est indifférent de franchir un pont dans un sens ou dans l’autre, alors que la porte indique au contraire une totale différence d’intention selon qu’on entre ou qu’on sort (pour la fenêtre, le sentiment téléologique va presque uniquement de l’intérieur vers l’extérieur) … Les murs des portes des cathédrales se rétrécissant vers l’intérieur, et le sens de ces portes conduisant au-dedans et non au-dehors, orientation nécessaire au mouvement de la vie en Eglise. » (Georg Simmel –  Le pont et la porte – qui unissent et séparent) – J’ai fait au mieux que je pouvais faire, mais complètement dépassé par Simmel, j’ai dû tronquer, omettre, falsifier peut-être un peu, en tout cas rester au ras des pâquerettes.

« Seule la puissance des limites fait que l’esprit se cabre, s’enflamme, s’élève au-dessus de lui-même … Sans la frontière que lui impose les côtes et les falaises, l’océan noierait la terre et irait se perdre en trombes dans l’infini … En marquant les frontières, l’homme, à l’exemple de Dieu et de son geste fondateur, ‘Jusqu’ici et pas plus loin !’ consacre un espace, dégage de l’informe une enclave habitable … fonde un monde pour pouvoir y vivre. » (Christiane Singer)

« Personne ne peut concevoir les limites d’une étendue ou d’un espace qu’il ne conçoive au-delà de ces limites d’autres espaces suivant immédiatement le premier. » (Spinoza) – Qui peut imaginer une limite spatiale à l’univers. Et après, qu’y a t-il ?

« Un seul mot suffit pour paralyser une relation humaine, un seul mot suffit pour salir l’espoir. Les poignards de la parole tranchent au plus profond … C’est ici que réside le véritable sens de l’interdit judaïque jeté sur l’énonciation du Nom du nom, de dieu. Une fois prononcé, ce nom est happé par les contingences sans limites du jeu linguistique qu’il soit rhétorique, métaphorique ou déconstructionniste. Dieu n’a pas de place démontrable dans le discours naturel et illimité. » (George Steiner – considérations sur le langage)

« Ma vie est limitée et le savoir illimité – Vouloir atteindre l‘illimité conduit à l’épuisement –Qui aide les autres s’attire la renommée – Qui ne s’occupe que de soi est disgracieux – Seul celui qui suit la voie du milieu règle sa vie – remplit ses devoirs et atteint ses limites naturelles. » (Tchouang Tseu) 

 « La vie sociale ne saurait être un monologue improvisé dans lequel le sujet n’aurait affaire qu’à lui-même prétendant donner lui-même forme à son rôle social. L’être solitaire, le soi pur, est sans gloire et sans descendance. Sans le soutien d’une forme nous tombons dans le vide d’un être abstrait et indéfinissable. La limite sert le sens comme le cadre donne à l’œuvre du sens ‘parce qu’il la ferme’, l’empêchant ainsi de se dissoudre dans l’infini informe de l’espace alentour … Sans limite la vie humaine est dé-mesurée, elle est uniquement désir d’espace, désir de mouvement, désir de continuer à l’infini. Dans ce cas la seule limite … est la fin biologique … la fin animale. Dans le vide, l’homme adopte sa chute, il s’abandonne à la contingence … Quelque chose m’arrête, me limite et, par là, me donne accès à toute la signification de mon individualité. Quelque chose contribue à me donner forme, à me faire exister en me donnant le référent d’un contour déjà tracé. » (Frédéric Tellier)

« Demain est à vous, mais la suite innombrable des demains ne fait pas un toujours. Vous avez conquis l’illimité, vous avez perdu l’infini. » (Gustave Thibon)

« Le pire ennemi de l’infini dans l’homme, c’est l’illimité qui donne l’illusion de l’infini, et qui le cache. Tant qu’un Être peut aller de l’avant et que la borne de sa puissance, de son amour ou de sa liberté recule devant lui, il ignore l’infini et ne sait rien de Dieu.Ce n’est qu’en se heurtant contre sa propre limite qu’il découvre l’infini. » (Gustave Thibon – L’échelle de Jacob)

« Les hommes d’aujourd’hui sont tombés au-dessous du sacrilège puisqu’ils ont perdu le sens du divin. Plus d’épaisseur à profaner là où règne la platitude … Ce qui révulse le plus dans notre époque, c’est ce mélange nauséabond de licence et de circonspection. Tout est permis à condition que rien ne fasse mal ou n’engage une responsabilité. Liberté sexuelle, mais assortie du préservatif, de la pilule, de l’avortement. La prophylaxie tenant lieu de morale, le péché aseptisé. » (Gustave Thibon) – « L’homme qui n’a plus le sens du péché ni celui des limites n’a plus rien à franchir, plus rien à transgresser, l’homme est condamné à stagner. En arrachant les bornes, il s’interdit de les dépasser … Ainsi a-t-il perdu de vue l’horizon et dépérit-il dans la cage conformiste de sa liberté. » (Raphaël Debailiac)

« Le temps du monde fini commence. » (Paul Valéry) – Peu après Colomb, il n’y a plus de blanc sur la mappemonde.

« La métaphysique de l’illimité. » (Dominique Venner)

« En remplacement de la richesse multiple des dieux du polythéisme européen, limités dans leurs pouvoirs, l’adoration d’un Dieu unique, que l’on disait démiurge et tout-puissant, introduisait dans les esprits l’idée de l’illimité. Puisque les hommes avaient été créés à l’image d’un Dieu omnipotent et omniscient, ils participaient eux-mêmes du renoncement aux limites… » (Dominique Venner – s’inspirant de loin d’Eugen Drewermann)

« Chaque fois que l’humanité accepte ses limites ainsi que sa vulnérabilité, elle fait des miracles. La science en est l’illustration. C’est en ne cessant de découvrir ses limites qu’elle les fait reculer. Plus elle admet ses limites, plus elle devient précise. » (Bertrand Vergely)

« On n’échappe à la limite qu’en montant vers l’unité ou en descendant vers l’illimité. » (Simone Weil)

« Quand quelque effort semble impossible à obtenir, quelque effort que l’on fasse, cela indique une limite infranchissable à ce niveau et la nécessité d’un changement de niveau, d’une rupture de plafond. S’épuiser en efforts à ce niveau dégrade. Il vaut mieux accepter la limite, la contempler et en savourer toute l’amertume. » (Simone Weil)

« Une limite ne se touche pas. » (?)

« Le monde et nous-mêmes ne pouvons nous passer de limites, au-delà il y a l’abîme, le vide, l’angoisse, la terreur… » (?) – Et les psychotropes pour colmater…

« L’incapacité de concevoir une limite, propre à l’infantilisme. » (?) – Et à nos sociétés devenues folles.

« Une fois qu’on a dépassé la mesure, il n’y a plus de limite. » (?)

« Dieu lui-même se limite en créant le monde. » (?)

« Le propre du progressisme est de croire que tout est possible. » (?) – C’est-à-dire de refuser, de nier même, l’existence de toute limite. C’est bien pourquoi le progressisme nous mène, rapidement, question de décennies, sinon d’années, à la catastrophe sur tous les plans.

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