470,1 – Langage, Mots, Langue de bois

– Le langage reflète notre situation d’altérité. Nous recevons des mots d’autrui, nous en émettons vers autrui. Il conditionne et encadre notre pensée, la rend plus ou moins communicable. Maîtriser la langue, c’est maîtriser la pensée-

-L’impuissance du langage à rendre compte des sensations. Expliquez-moi donc la couleur verte, le son aigu, le toucher du velours, le goût du sucré, la sensation de froid… Sa difficulté à rendre compte des sentiments : colère, tristesse, bonheur, affection,  amour…  

– Le langage est une arme trop redoutable (calomnie, médisance, prise de pouvoir, ragots, rumeur, spontanéité imprudente…) pour être employée sans tourner sept fois… 

– Le locuteur est censé articuler, parler à voix haute et mesurée (donc respecter des silences et la ponctuation), ne pas épuiser l’auditoire par un débit forcené et ses gesticulations. L’auditeur est supposé ne pas interrompre continuellement.

– La langue maternelle, ou dite vernaculaire (propre à un pays), exprime une civilisation, une appartenance : « La langue maternelle est la seule langue qui vous parle quand on la parle. La table ne sera jamais ‘der tisch’, au mieux peut-on s’y remplir l’estomac. » (Jean Améry, d’origine germanique). Qui n’aime pas sa langue se méprise lui-même.

Une langue étrangère, dite véhiculaire (l’anglais aujourd’hui) ne transmet pas de pensée, sinon une pensée commune, unique, au mieux purement opérative. Il est aberrant, et même déstructurant, de voir l’énergie dépensée à apprendre des langues étrangères alors qu’on ne possède pas sa propre langue.

– Le langage est aussi l’instrument du pouvoir, simple exemple : remplacement progressif du terme de filiation (exprimant l’humain, la vie…) par celui de traçabilité (emprunté au monde du commerce, de l’agriculture).  Expulser la vie, l’intention est claire. Qui nomme est le maître. Dieu avait déjà confié à Adam le soin de nommer les objets de sa Création. Descartes l’avait dit avec son conseil de commencer par nommer, définir, pour devenir maître et possesseur de la nature. Maintenant, face à quelque événement, les communicants fournissent aux politiciens stupides et incultes des éléments de langage afin qu’ils les répètent devant les journalistes serviles et ainsi de suite… Exemples limités : déclaration ou idée nauséabonde, manifestation clairsemée ou hétéroclite, refus du métissage, rhétorique de la haine… et gare à qui ne répète pas la leçon, d’où ces belles unanimités, la main sur le cœur.

– Le récit de la tour de Babel nous prévient de ce qui nous attend quand nous aurons fini de mépriser et de massacrer notre langue et cédé à la confusion d’un anglais barbare (le globish), insipide anglais d’aéroport,  grommelé par des milliards d’individus.

– La technique dite SMS nous ferait regretter l’orthographe, la grammaire et le style déjà remarquables des bandeaux des informations télévisées, entre autres barbaries médiatiques.

– Jadis, la première qualité du langage, au-delà de sa correction quant à l’usage, résidait dans la vérité qu’il exprimait, au moins du point de vue, fût-il objectivement erroné, du locuteur. La modernité a effacé ce critère d’honnêteté. Politiciens, dirigeants, gens des média… ne se soucient plus que d’utilitarisme. Qu’importe le mensonge, s’il rapporte.

– « L’idée de ‘déni’ est une des plus belles trouvailles du XX° siècle. C’est la clé pour comprendre notre temps : crainte de nommer les choses, soif d’amoindrir les faits, penchant pour le jugement moral, devoir de détourner les yeux devant la réalité réputée infectieuse. Oui, la réalité est sale et par conséquent les mots doivent être changés, tels des pansements ; c’est la conviction d’une époque hygiéniste. » (Stéphane Breton)

– « Pauvreté langagière et pauvreté spirituelle vont de pair. » (Jacques Dewitte)

-« Système de communication ou banquet des esprits. » (Marc Fumaroli à propos du langage et de la conversation)

« Ruine de la langue, démolition des structures de la pensée. » (Roland Jaccard)

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« Comme tous les gens de sa classe d’âge, il participe du vocabulaire restreint qui permet de gagner du temps ; et, comme cette génération, il a grandi avec la radio, donc dans une situation de ‘langue unilatérale’ ; une situation où la langue n’apparaît plus d’abord comme langue parlée, mais comme langue transmise et écoutée. » (Günther Anders – évoquant la situation d’il y a presque un siècle, que dire de la sauce d’aujourd’hui !)

« Le langage, seul véhicule grâce auquel l’activité mentale devient manifeste, non seulement pour le monde extérieur mais encore pour le moi mental. » (Hannah Arendt)

« Le succès d’une langue suit la fortune politique du peuple qui la parle. Un peuple qui a le sentiment de sa force n’affecte jamais le dédain de sa propre langue, il travaille au contraire à l’imposer. Il sait qu’elle est la marque de sa personnalité, qu’elle manifeste et perpétue son génie. » (Lucien Arréat) – Pauvre France !

« On parle plusieurs langues, mais on ne cause que la sienne. » (Barbey d’Aurevilly)

 « Quand les mots se mettent à enfler, quand leur sens devient ambigu, incertain et que le vocabulaire se charge de flou … il n’y a plus de recours pour l’esprit … Si le langage devient mouvant, s’il n’est propre qu’à exprimer des idées floues, des impressions vagues … nous allons au chaos à grands pas … Examinez la carrière du mot ’bourgeois’. Elle est instructive …. Quand le vocabulaire s’obscurcit et que les idées dites maîtresse deviennent vagues, on est bien obligé de s’en remettre à sa sensibilité. On ne comprend plus les choses, on ne les explique plus, on les sent. » (Marcel Aymé – Le confort intellectuel)

« Parenté dans l’usage que font de la langue la religion et l’idéologie : elles produisent une langue ritualisée … Le prêtre comme le responsable du parti ne peuvent pas dire ce qu’ils veulent, ils doivent se couler dans des formules  stéréotypées toutes prêtes. Les propos de quiconque accepte le code peuvent être prévus par qui écoute … Il suit que celui qui parle, parle de moins en moins en son nom, mais au nom d’un être ou d’une vérité supérieure. » (Jean Baechler) – Les prêtres me paraissent bien plus libres.

« La grammaire française peut faire naître l’ennui de l’esprit ; l’allemande peut l’amener au suicide. » (Anne Barratin)

« Il n’y a plus de différence entre l’économique et le politique, parce que le même langage y règne d’un bout à l’autre … La forme publicitaire s’est imposée et développée aux dépens de tous les autres langages, comme rhétorique de plus en plus neutre, équivalente, sans affects… » (Jean Baudrillard)

« Il n’est pas de plus pernicieux despotisme que celui qui fait violence au langage. » (Albert Beguin)

« La langue est ce dans quoi prend forme une pensée, le rythme qui la structure, l’exigence qui la pousse vers son aboutissement. » (François-Xavier Bellamy) – Est-ce pour détruire la pensée qu’on veut détruire la langue ?

« Nous avons touché la limite du langage, celle où il régresse à l’onomatopée. » (Emmanuel Berl) – Il y a déjà plus de soixante ans !

« ‘Vous êtes-il jamais arrivé de penser, Winston, qu’en l’année 2050, au plus tard, il n’y aura pas un seul être humain vivant capable de comprendre une conversation comme celle que nous tenons maintenant ?’  La modernité aura écrasé les langues de tradition sous les langages techniques, les langues de service se seront substitué aux langues de culture, des mots auront été chassés ou trafiqués … ‘C’est une belle chose, la destruction des mots’ (le policier de ‘1984’), l’usage de la langue aura été limité au strict fonctionnement requis par une organisation sociale liberticide, le recours aux abréviations ou aux acronymes pour restreindre et changer la signification des mots, en leur ôtant leur connotation indésirable, en vidant les mots de leur substance. » (Jean-Michel Besnier, simplifié, à propos de 1984 – citant Geoge Orwell) – Le travail est largement commencé, à la fois par la collaboration des censeurs-inquisiteurs du microcosme politico-médiatique et par la technique des automates.

« L’acceptation complaisante de sa lente déliquescence (de la langue) ne saurait nous conduire ailleurs que vers un appauvrissement pur et simple de la pensée. » (Samir Biasoni)

« Le langage qui s’étiole, sa richesse qui s’enfuit, sa pureté qui dégoûte, son excellence qui fait peur constituent la manifestation d’une nation qui ne se respecte plus elle-même. » (Philippe Bilger – La parole, rien qu’elle) – Il suffit de voir la quasi-haine que déclenche dans le troupeau des médiocres quelqu‘un qui s’exprime en bon français.

« Il y a un culte du verbe, parfois si pompeux, si solennel, si content de soi, qu’il manifeste bêtement l’arrogance simpliste et la croyance absurde d’une totale domination de celui qui parle sur l’expression dont il use. » (Philippe Bilger)

« Quel épouvantable et traumatisant barrage que celui qui sépare le monde en deux à partir de l’amour du langage ou de l’indifférence contrainte ou délibérée qu’on manifeste à son égard ! La sensation d’une impossibilité de communiquer, l’intuition d’une irrémédiable fracture, résulte de ce mur contre lequel la volonté d’échange se brise … Et pire, pour peu qu’un zeste de compréhension se glisse dans la relation, on s’aperçoit que la perception est totalement décalée entre ce qu’on avait signifié et ce qui avait été entendu. » (Philippe Bilger)

« On peut être un imbécile et pratiquer tout de même l’imparfait du subjonctif. Cela s’est vu. Mais la haine de l’imparfait du subjonctif ne peut exister que dans le cœur d’un imbécile. » (Léon Bloy)

« Il voyait dans la corruption du langage l’un des éléments constitutifs du phénomène totalitaire … La propagande maoïste ‘gigantesque entreprise de crétinisation du peuple le plus intelligent de la terre.’ » (Pierre Boncenne – sur Simon Leys) – Comme tous ceux, George Orwell, Hannah Arendt…  qui ont étudié ce phénomène. Question : que veut aujourd’hui notre censure de la pensée ?

« ‘On sait’ maintenant que la peine de mort n’a aucune valeur dissuasive. ‘On sait’ qu’une organisation politique obéissant au principe de la séparation des pouvoirs est préférable à un pouvoir concentré. ‘On sait’ que le protectionnisme est en général un principe pervers. ‘’On sait’ que les souverainistes sont méchants et vilains … ‘On sait’ que la séparation de l’Eglise et de l’Etat, que la liberté d’opinion, que le droit à l’éducation, à l’égalité des femmes, à l’Etat de droit, au droit de propriété, au droit d’ingérence, au principe de subsidiarité. On constate facilement que toutes ces idées sont l’objet d’une appréciation positive dans les sociétés occidentales modernes. » (tiré de Raymond Boudon) – Ou comment se foutre du monde ! Toutes ces idées, et bien d’autres, présentées comme des évidences par l’utilisation perverse et sans explications de l’expression On sait, ne font nullement l’objet d’un consensus mais sont imposées par la terreur qu’exerce la clique politico-médiatique dans son propre intérêt.

« L’idée que le verbe est créateur est familière à la pensée judéo-chrétienne (mais il existe des mots tabous dans toutes les cultures) : ’Au commencement était le Verbe’. Les paroles de Dieu ont créé le monde. Même à notre époque … subsistent des traces de croyances primitives dans le pouvoir créateur du mot. La protestation : ‘Ne parlez pas de malheur !’ implique l’idée obscure mais toujours vivante qu’en parler c’est le créer. » (Henry Bouillier)

« Quand on maltraite à ce point le langage et pense, par conséquent, de manière aussi fautive, on ne peut pas ne pas agir simultanément de façon immorale et même criminelle … Il y a tout lieu de s’attendre à ce que l’absence totale de respect pour le langage s’accompagne d’une absence de respect aussi complète pour l’être humain lui-même. » (Jacques Bouveresse – résumant Karl Kraus)

« Ni la critique littéraire ni la linguistique ne disposent du moindre commencement d’explication de ce qui permet à un seul et même langage, obéissant à la même espèce de lois, de fonctionner à la fois sur le mode de la création poétique et sur celui de la communication vulgaire, pour ne rien dire des cas dans lesquels l’action du langage devient à peu près comparable à celle d’une sorte de marteau-pilon qui, à coup de clichés et de slogans, est capable de marteler et de façonner les esprits. » (Jacques Bouveresse – résumant Karl Kraus)

« On ne peut pas vouloir réformer une société en perdition si l’on ne s’attaque pas aussi aux dégâts et destructions qui sont en train d’être infligées à l’imagination, à la culture et au langage … Les dévastations linguistiques sont annonciatrices de dévastations beaucoup plus graves, du point de vue social et humain. » (Jacques Bouveresse – résumant Karl Kraus) – Ce ne sont pas les incultes-dominants-destructeurs en place qui vont s’essayer à réparer leurs malfaisances !

« ‘Le langage politique, des conservateurs aux anarchistes, a pour fonction de rendre le mensonge crédible et le meurtre respectable, et de donner à ce qui n’est que du vent une apparence de consistance.’ (George Orwell) … Il doit principalement consister en euphémismes, pétitions de principe et imprécisions nébuleuses (qu’y a-t-il sous les expressions ‘pacification’, ‘transfert de population’ ou ‘rectification de frontière’, ‘d’élimination des éléments suspects’ … cette phraséologie est nécessaire si l’on veut nommer les choses sans évoquer les images mentales correspondantes. » (Jacques Bouveresse – résumant Karl Kraus)

« Orwell pense que le langage souffre de façon inévitable quand l’atmosphère se dégrade. Karl Kraus soutient, pour sa part, et considère même comme une sorte d’axiome que, pour que l’atmosphère finisse par devenir aussi mauvaise et même empoisonnée qu’elle l’était par exemple à la veille du déclenchement de la Première Guerre mondiale, il faut que le langage et avec lui la pensée et l’imagination, aient commencé déjà depuis un bon moment à se dégrader. » (Jacques Bouveresse – résumant Karl Kraus) – Considérant notre langage actuel, nous sommes proches de l’abime, d’ailleurs tout le monde le sait.

« Kraus croit à une liaison si intime entre le langage et la pensée, et à une inséparabilité si complète de la qualité de la pensée et de son expression linguistique, qu’il n’est pas convaincu que passé un certain stade, la pensée puisse disposer encore de la puissance critique et de la capacité de réaction nécessaire pour enrayer le processus de déclin et de détérioration du langage … L’esprit ne peut probablement pas faire grand-chose par lui-même pour enrayer les maladies du langage, un langage corrompu ne pouvant guère … être autre chose que le produit d’un esprit également corrompu. » (Jacques Bouveresse – résumant Karl Kraus) – Rapporté à notre situation, et en clair, nous sommes au fond du trou, et nous y resterons, en nous enfonçant chaque jour un peu plus.

« Elles sont totalement inutiles et nous donnent par là-même une idée de la valeur de ce qui est inutile. On dit : ‘Elles ne servent à rien’. Quel magnifique éloge ! » (Rémi Brague – sur la réhabilitation des langues anciennes)

La médiocrité de notre univers ne dépend-elle pas essentiellement de notre pouvoir d’énonciation. » (André Breton – cité par Annie le Brun)

« Nous n’exprimons plus nos idées, nous les véhiculons. » (Albert Brie)

« Tout a été mis en place pour descendre la langue, par haine de la francité et valorisation des ‘indigènes’. Ce qui est un raisonnement raciste, pourquoi ‘l’indigène’ n’aurait-il pas le droit d’apprendre la langue qu’ont apprise Senghor, Césaire ou Ben Jelloun, sinon parce qu’on le méprise foncièrement. » (Jean-Paul Brighelli) – Et qu’on veut l’abrutir, lui aussi.

« On ne corrompt pas impunément le langage sans ébranler le pouvoir de la raison de penser le monde. » (Pascal Bruckner)

« ‘Le langage induit par la technologie, en devenant fonctionnel, rejette de la structure et du mouvement de la parole tous les éléments non conformes’ … En moins de dix ans, le langage est devenu l’ombre de lui-même jusqu’à n’être même plus porteur de l’ombre des choses … au lieu d’aider la pensée à devenir, la langue la freine, jusqu’à l’empêcher d’être, en l’asphyxiant lentement sous le poids des mots amorphes dont elle se laisse de plus en plus encombrer. » (Annie Le Brun – citant Herbert Marcuse) – Ce, indépendamment de l’inculture générale, comme de la férocité de la censure dite démocratique.

« Ainsi les entend-on s’efforcer de ‘s’associer ensemble’, de ‘continuer encore’, dans le secret espoir d’être ‘tous unanimement d’accord’, pour susciter une ‘communion collective’ ou prévenir une éventuelle ‘psychose collective de masse’ sinon la ‘prévoir en avance’ … ou comment amoindrir chaque mot du seul fait d’y accoler un ou deux synonymes. » (Annie Le Brun – à propos des professionnels de la parole, journalistes, reporters et présentateurs en tout genre)

« La confusion des langues ne fut pas la cause, mais la conséquence du dérèglement de leur conduite. Rejetant toute discipline comme toute convention, ils devaient tôt ou tard songer à traiter le discours comme ils faisaient le reste. » (Roger Caillois – Babel) – On se croirait aujourd’hui.

« Quand le vocabulaire perd sa clarté, quand les mots s’emploient les uns pour les autres, quel point de repère, quelle commune mesure permet aux hommes le moindre échange où le malentendu ne soit pas présent ? … On ne reconnaît plus la sagesse de la présomption ni la solidité de l’inconsistance. » (Roger Caillois)

« La culture générale se traduit d’abord, essentiellement, par un usage de la langue, un usage distancé de la langue, non-coïncidant lui non plus. » (Renaud Camus) – Non-coïncidant signifie capable de se distancer, de s’écarter même de l’objet, de la chose, de l’étroite réalité concrète, comme du sujet s’exprimant… Autant dire que cette vertu, car c’en est une, base de toute civilisation, est complètement perdue.

« Le langage, perçu soit comme pure expression de soi-même (je parle comme je suis, je suis moi-même, je m’exprime…) , soit comme instrument le plus neutre possible d’un échange … ‘L’être soi-même’, posé comme seule mesure des comportements et des mots aboutit à un impérialisme du moi, qui est très précisément le contraire de la fonction traditionnelle et courtoise du langage … élément de ce qu’on a appelé l’idéologie du ‘sympa’. » (Renaud Camus) – Echantillon de termes : Dégueulasse, chiant, chier…

« A aucune époque, dans aucune civilisation …le trivial, le vulgaire, l’ordurier, le scatologique n’ont tenu, dans les conversations normales, la place qu’ils occupent parmi nous … Si la grossièreté est un trait d’époque répandu ailleurs, la scatologie, en revanche, et si j’ose dire,   nous est propre (chiant, chier…) … On souhaiterait que quelqu’un se chargeât de tirer quelquefois la chasse d’eau. » (Renaud Camus)

« Ces mots si sales, ces expressions si bêtes et d’autant plus chéries qu’elles ont plus notoirement traîné partout, qu’elles sont mieux communes, ces phrases avachies comme des corps en vacances par le rejet de toute structure syntaxique, comment ne souilleraient-ils pas les lèvres qu’ils franchissent, comment ne tordraient-ils pas les bouches qui les évacuent, ni ne biaiseraient les regards et ne fausseraient les gestes ? » (Renaud Camus)

« On n’écoute jamais assez la langue. Elle est pourtant très éloquente, toujours. De ce que disent ceux qui l’emploient, et de ce qu’ils veulent, et de ce qu’ils pensent, et de la famille d’esprits à laquelle ils appartiennent … On peut décider de ne tenir aucun compte de ce que feront naître nos propos et leur tout, comme image de nous-mêmes, dans l’esprit de nos interlocuteurs. Mais mieux vaut avoir une idée claire de ce que tel ou tel mode d’expression implique culturellement, ou socialement. » (Renaud Camus)

« On peut encore parler du style, de l’éloquence (plutôt de la facilité de parole), du talent des hommes publics mais la ‘correction’ des phrases, écrites ou parlées, ne fait plus l’objet d’appréciation. Ce serait jugé désobligeant, socialement déplacé, politiquement suspect, idéologiquement indéfendable, contraire à l’esprit du temps, à la répugnante ‘idéologie du sympa’. » (Renaud Camus) – Quant à relever la pauvreté et l’inadéquation du vocabulaire !

« Je suis l’ensemble des mots dont je dispose, et mon univers n’a pas d’autre étendue que celle de mon vocabulaire, ni surtout d’autre relief que la subtilité dont je suis capable de témoigner dans l’agencement de mes phrases … C’est de la langue dont il s’agit, c’est-à-dire de l’être. Moins de mots et de formes verbales, moins de finesse dans l’appréhension du réel (et de l’imaginaire), moins de subtilités dans les attitudes sociales, moins de complexité dans la personne … mais complexité ni subtilité ne sont de précieuses valeurs pour l’époque, moins en tout cas que le bien-aimé ‘naturel’, que la sincérité du cœur ou l’authenticité des propos, dont il est à craindre que l’époque ne s’en fasse une idée plutôt simplette. » (Renaud Camus)

« Le langage est réduit à une fonction de pur code de communication, réduit à transmettre des ordres, des consignes, des signaux. » (Cornelius Castoriadis – sur les mouvements et sociétés communistes) – Mais le langage imposé dans l’Occident capitaliste tout aussi désireux de dompter les individus a suivi la même castration.

« La France est redevenue précieuse. Elle ne peut plus comprendre Rabelais. La langue de Rabelais aurait pu devenir la langue française. Mais il n’y a plus que des larbins qui sentent le maître et veulent parler comme lui. Vive l’anglais, la retenue plate. » (Louis-Ferdinand Céline) – Que dirait-il aujourd’hui à voir nos prétendues élites encore plus courbées.

« Vous savez, on ne possède pas une langue, c’est elle qui vous apprivoise, vous dégrossit, vous civilise, vous affine et, finalement, vous naturalise. » (Bruno de Cessole)

« On n’habite pas un pays, on habite une langue… »(Emil Cioran)

« Ce qui m’attriste le plus, c’est de constater que les Français n’ont pas l’air de souffrir de leur déclin Et c’est moi, rebut des Balkans, qui me désole de voir sombrer la langue française. » (Emil Cioran)

« Qui utilise un jargon a le sentiment réconfortant de se distinguer par un savoir spécial de la masse générale et d’appartenir, en tant qu’initié, à une communauté. » (Jean Clair)

« Comment peut-on se lamenter que le français, hier parlé dans presque tous les pays d’Europe, n’y soit plus présent quand les Français eux-mêmes s’acharnent à mépriser leur langue. » (Jean Clair) – Et même à la détruire.

« Imagine-t-on Freud, si l’idée lui était venue de revendiquer sa minorité de Morave, fonder la psychanalyse … Aurait-il entré si profondément … dans l’inconscient. Aurait-il deviné les ressorts de la psyché en désarticulant les machineries du langage s’il n’avait eu à sa disposition, depuis l’enfance, une langue aussi complexe que l’allemand … Imagine-t-on la doctrine analytique, en ce qu’elle a de permanent et d’universellement valable, naître d’un patois ou d’un dialecte ? » (Jean Clair) – Imagine-t-on la littérature, la philosophie allemande du XIX° et XX° siècles notamment,  naître d’une langue fruste et lacunaire ou mitée et pourrie par l’anglais comme ce qui reste du français actuel. Le niveau de civilisation est en rapport direct avec la qualité du langage. C’est dire notre piètre condition qui réagit sur tout, l’économie comprise.

« Un pays pourrit par sa racine qui est sa propre langue. Un pays qui laisse sa langue se corrompre commence à dépérir … Que dire du français qu’on parle aujourd’hui à la radio, à la télévision, ou qu’on écrit dans la presse ? Le niveau de la langue  est devenu … si trivial, d’une trivialité ordinaire, volontiers ordurière … Cet abandon trahit ce qu’il est : le début de la barbarie. » (Jean Clair)

« Les mots ne doivent pas couler : ils s’encastrent. C’est d’une rocaille où l’air circule librement qu’ils tirent leur verve. Ils exigent le ‘et’ qui les cimente, sans oublier les ‘qui, que, quoi dont’. La prose n’est pas une danse, elle marche. C’est à cette marche ou démarche qu’on reconnaît sa race. » (Jean Cocteau)

« Lorsque les mots perdent leur sens, les hommes perdent leur liberté. » (Confucius) – c’est bien l’objectif inavoué de la confusion actuelle  

« Si les dénominations ne sont pas correctes, les discours ne sont pas conformes à la réalité, et si les discours ne sont pas conformes à la réalité, le langage est sans objet. Quand le langage est sans objet, l’action devient impossible … les actions entreprises n’atteignent pas leur but. » (Confucius – cité par Jean-Claude Michéa) – Tel est le résultat de l’accumulation actuelle de mensonges (par action et par omission).

« La sous-estimation actuelle de la langue commune comme facteur essentiel de la similitude  sociale et politique est frappante … La similitude linguistique est la condition ‘sine qua non’ de toutes les autres similitudes sociales. » (Vincent Coussedière)

« Comment échapper à la barbarie si on se moque de la grammaire ? Comment détacher l’amoureux du sexuel si on n’a que cent mots à sa disposition ? La misère civique et sentimentale est la rançon des infralangues. » (Régis Debray)

« Le chouchoutage de la protection sociale : Vous retrouverez ‘Votre’ film préféré, ‘Vos’ vedettes, ‘Vos’ variétés, ‘Votre magasin’ … Le ‘Vous’ médiatique des assistés, implacablement ‘drivés’ vers Leurs banques, Leur club, Leurs loisirs… » (Michel Deguy)

« L’incapacité croissante à analyser les injonctions et les informations tragiques ou futiles dont on nous bombarde n’était pas possible avec le plein usage d’une langue existante et serrée. Ce verrou saute et la confusion commence. » (Luc Dellisse) – Ceux qui démolissent la langue savent parfaitement ce qu’ils font ; diffuser la stupidité, la crédulité…

« La diction, cet orthographe de la langue. » (Pierre Descaves)

« Le langage cynique, ordurier du sous-prolétariat intellectuel que les groupes financiers ont placé aux créneaux des médias. » (Dany-Robert Dufour)

« La radio tourne au rythme d’un mot anglais par phrase (l’an dernier, c’était seulement toutes les deux phrases, et il y a cinq ans toutes les dix). Il n’est question que du ‘buzz’ du jour… Les anglicismes inconscients alternent avec les emprunts purs et simples ; et ceux qui s’expriment font tous vibrer dans leur voix la même jubilation, comme s’ils répétaient : ‘je suis moderne’, ‘je suis de mon temps’, ‘je crois à l’avenir’, ‘je ne suis pas un vieux ronchon’. Ils ne parlent pas, ils militent. … Derrière leurs phrases, on entend en écho : ‘je suis un esclave heureux’, ‘j’apprends à parler comme mes maîtres’, ‘je viens de rien et je vais vers tout’, ‘le français, c’est nul, c’est ringard’. Leur fierté recouvre l’autodénigrement et la haine de soi. » (Benoît Duteurtre) – Sans compter la honte de soi.

« Pervertir une langue, c’est pervertir l’esprit, c’est renier l’âme de la nation dans ce qu’elle a de plus intime et de plus précieux. » (Jean Dutourd) – Tel est l’objectif des excitées de l’écriture inclusive, tout détruire.

« Le langage est fait pour transmettre des informations, et seulement utiles, cela ne peut se produire de façon satisfaisante que s’il n’y a ni redondance, ni double sens, ni ‘bruit’ dans la communication. Je vous reçois 5 sur 5, voilà l’idéal … Pas d’incertitude, pas de perte de temps à décrypter un sens … Le langage devenu n’importe quoi, adaptateur social, instrument de contrôle et de conformisation, signal, reproduction idéologique, cadre, aliénation du parlant… N’importe quoi mais jamais matrice de sens, jamais parole portée par l’être. » (Jacques Ellul) – Sans compter la censure qu’opèrent les associations cupides du politiquement correct.

« La langue anglaise … qui est surtout la langue des mass média, langue retaillée, refaçonnée pour les mass média, concision, impressionnisme, souplesse, capacité infinie d’innovation, son hégémonie est donc naturelle. » (Yves Eudes – La conquête des esprits)

« La façon vulgaire de s’exprimer… Etant donné que, souvent, un tel jargon n’est pas le parler de la classe d’origine, du milieu social d’où l’on sort, le phénomène rentre lui aussi dans le plaisir de de la dégradation, de l’abaissement, de la souillure. » (Julius Evola) – Décadence, déclin, avez-vous dit ? Direction, la chute.

« Les hommes sont formés par la langue plutôt que la langue est formée par les hommes. » (Fichte)

« Ceux qui parlent la même langue forment un tout que la nature a lié par avance par des liens invisibles. » (Fichte)

« Le choix fait par l’école de déshériter tout le monde pour ne plus favoriser les héritiers … qui a fait quasiment disparaître la langue française de notre paysage auditif. » (Alain Finkielkraut)

 « Laconisme. – Langue qu’on ne parle plus. » (Flaubert – Dictionnaire des idées reçues 

«  Hébreu – Est hébreu tout ce qu’on ne comprend pas. » (Flaubert – Dictionnaire des idées reçues)

« Les peuples meurent de la mort de leur langue. » (Yves Florenne)

« Ce degré zéro de l’écriture … a jeté l’interdit sur l’image qui fait voir, l’allusion qui fait entendre, le trait qui éclaire, bref toute la lyre des lettres françaises. Il ne reste  plus que deux degrés de style : le style administratif et le style voyou, deux langues de bois. » (Marc Fumaroli) – Plus la castration opérée par la dictature du politiquement correct et de la pensée unique.

« Tenir le langage est pour un gouvernement une nécessité. » (André Glucksmann)

« Le langage fabrique les gens bien plus que les gens ne fabriquent le langage. » (Goethe)

« La parole a perdu de sa dignité, l’homme de parole de sa fierté. Cette dévalorisation continue de la parole s’est réalisée au profit de sa composante la plus technique, instrumentale et numérique ‘l’information’ … Cette transformation de la nature du savoir qui privilégie la part technique, instrumentale du langage, l’information, aux dépens de sa part fabulatrice, de ses fictions et  mises en récits. … Nous perdons le monde que nous avons en commun auquel nous substituons un monde virtuel … le virtuel a remplacé le rêve … La mathématisation du monde conduisant à laisser aux ‘spécialistes de la résolution des problèmes’ (issus de l’univers de l’économie) le soin de ‘décider’ à la place des politiques, des militaires et des citoyens … Il ne s’agit plus de savoir si un énoncé est vrai ou juste, mais seulement de savoir si son énonciation permet que ‘ça marche’ ou non, plus ou moins … Expurger le narratif selon les normes et les valeurs du savoir technicien (la qualité mesurée au nombre d’auditeurs, au nombre de visiteurs, au nombre de citations, à la tarification des actes…) … Le ‘technofascisme’ pressenti par  Pasolini, qui interdit moins qu’il n’oblige à parler, à penser et à vivre dans un nouveau langage … ‘L’art de conter est en train de se perdre. Il est de plus en plus rare de rencontrer des gens qui sachent raconter une histoire …  C’est comme si nous avions été privée de la faculté …  d’échanger des expériences’ (Walter Benjamin) … C’est la forme artisanale du récit qui se trouve aujourd’hui bannie des dispositifs d’évaluation (désaveu du caractère unique de l’acte professionnel au bénéfice des protocoles standardisés et du caractère reproductible)  … C’est un meurtre social et culturel de l’unique que ces protocoles d’évaluation tendent à accomplir. De l’unicité de l’acte à l’unicité de l’humain il n’y a qu’un pas … ‘Déposséder tout phénomène de sa singularité, de son unicité, en incitant à sa reproduction par standardisation’ (Walter Benjamin). » (Roland Gori – La dignité de penser)

« Souligner l’existence de langues dominantes accompagnant l’extermination progressive des autres familles de langues, c’est reconnaître que toute domination linguistique constitue une véritable colonisation des peuples et des individus par les rêve set les fictions  des dominants … C’est une ‘vision du monde’ qu’exportent les langues dominantes … Ce n’est pas celle de Shakespeare mais plutôt celle de ‘Wall street’ » (Roland Gori – La dignité de penser)

« L’hégémonie culturelle aujourd’hui de la technique comme du ‘globish’ constitue une menace sérieuse pour la préservation et le développement de notre patrimoine civilisationnel et culturel … le rêve d’une langue unique … relève de cette illusion que raconte le mythe de Babel conduisant à la confusion des langues, à l’impossibilité de communiquer, de se révéler dans le langage, à soi-même et aux autres. » (Roland Gori) 

« ‘Performatifs’ sont les énoncés de langage qui produisent les actions qu’ils énoncent. Dire ‘je t’aime’ n’est pas un acte de langage qui se contente de décrire, mais qui produit ce qu’il énonce. » (Roland Gori) 

« La langue la plus difficile à apprendre, c’est se taire. » (Jean-Marie Gourio – Brèves de comptoir)

« Quand un peuple n’ose plus défendre sa langue, il est mûr pour l’esclavage. » (Rémy de Gourmont)

 « Le médiatique, l’économique, le numérique : tels sont les principaux langages d’aujourd’hui … tous les trois réducteurs. » (Jean-Claude Guillebaud)

Le langage : « lieu même du lien, car il postule un accord sur des règles communes. » (Jean-Claude Guillebaud)

« C’est seulement dans le mot, dans la langue, que les choses deviennent et sont. » (Martin Heidegger)

« L’aspect répressif de la police du langage et de la pensée s’accompagne, en outre, d’un aspect complémentaire représenté par la liturgie politique d’obligation … Incantations rituelles célébrant le précieux nom de la  République et implorant sa laïque intercession… » (Guy Hermet)

« L’homme est le ‘vivant parlant’ … L’aptitude au langage et à la culture apparaissent comme un universel propre à l’espèce humaine, produit de cette mutation évolutive paradoxale qui projeta l’animal devenu humain hors de l’évolution évolution biologique et dans l’évolution culturelle. » (Gilbert Hottois)

« Le langage : on est dans un univers étroitement réglementé. Partout les objets vous parlent, vous donnent des conseils, des ordres bienveillants, des instructions. On va au jardin en face de notre hôtel et on tombe sur un panneau nous informant que ‘ce parc est destiné uniquement à la ‘récréation passive’ suivi d’une longue liste d’activités interdites (courir, jouer au ballon, etc.). Ou bien on ouvre une boîte de lait et, à l’intérieur des pans en carton, on tombe sur les mots : ‘Merci d’avoir acheté un produit Béatrice’. Il ne suffit pas  de payer la boîte, il faut aussi supporter qu’elle vous adresse la parole. » (Nancy Huston) – Voir les panneaux urbains, les panneaux d’autoroute où aujourd’hui on nous informe sur les réflexes anti-covid. L’infantilisation est générale, voulue, outil de domination.

« Sommes-nous suffisamment attentifs au langage ? Avons-nous vraiment conscience que le mépris de la forme s’accompagne du mépris de la pensée et que le respect de la langue est d’abord une question de morale ? » (Roland Jaccard) – Que reste-t-il de la pensée comme de la morale ?

« Renoncer à l’idée d’une correspondance ‘juxtalinéaire’ entre les idées et les mots … Il y a infiniment plus de nuances dans les subtilités et complexités qualitatives de l’intention qu’il n’y a de touches sur le clavier rudimentaire du sensorium ou de combinaisons possibles dans le registre des signes … Le langage est donc un obstacle : il intercepte et il laisse passer. Cette contradiction résume toute la tragédie de l’expression : il faut que la pensée se limite pour exister … A un morceau de phrase ne correspond pas littéralement un morceau de pensée. » (Vladimir Jankélévitch)

« Ce qui domine, c’est un souci utilitariste analogue à celui qui a fini par triompher dans l’enseignement des langues étrangères. Ce français … qui s’appuie  sur les articles de la presse locale et sur des notices pharmaceutiques … Une idée du  ‘textuel’ qui s’abstient de toute hiérarchisation, de tout jugement de valeur, de toute ambition proprement littéraire … Ce mélange de platitude existentielle et de formalisme pédant qu’on nomme aujourd’hui enseignement du français … Ce démocratisme le plus borné où tout texte en vaut un autre … Murmure confus, insignifiant. » (Jacques Julliard)

« Si la communication se fait dans la langue de l’un des partenaires, ou sans que l’autre langue soit en même temps entendue, la rencontre de ce seul fait est biaisée, s’opérant sur le terrain, dans le jeu des implicites culturels, de l’un des deux. Les dés sont pipés. Si elle se fait dans une langue tierce, par exemple l’américain standardisé, ce sont alors les implicites de celle-ci qui préorienteront l’échange, et ce jusque dans son organisation thématique … sous prétexte d’apporter sa médiation elle s’interpose. » (François Jullien) – Ne pas croire un instant à la neutralité du langage utilisé.

« Quand le pouvoir économise l’usage de ses armes, c’est au langage qu’il confie le soin de garder l’ordre opprimant. » (Mustapha Khayati – cité par David Bosc)

« ‘La langue qui poétise et pense à ta place’ … Poison que tu bois sans le savoir et qui fait son effet … Mais la langue ne se contente pas de poétiser et de penser à ma place, elle dirige aussi mes sentiments, elle régit tout mon être moral d’autant plus naturellement que je m’en remets inconsciemment à elle. Et qu’arrive-t-il si cette langue est constituée d’éléments toxiques ou si l’on en fait le vecteur de substances toxiques ? Les mots peuvent être comme de minuscules doses d’arsenic : on les avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet, et voilà qu’après quelque temps l’effet toxique se fait sentir. » (Victor Klemperer : Repenser le langage totalitaire – citant Schiller

« Le langage totalitaire investit tous les canaux, tous les supports, aussi bien les domaines publics que privés (ballons d’enfants, pièces de monnaie, coupes sportives, décorations, vitrines …) … Le langage totalitaire a une homogénéité effroyable (même trame des cérémonies, même style, mêmes clichés, même tonalité…) … Il est irréductiblement lié à la violence (affranchi de toute contrainte, seul compte le but fixé,, langage du fanatisme de masse et de l’hystérie, euphémismes, ‘camps’, ‘solution finale’)… Il désinvestit le sujet de sa propre pensée (langage-machine, clichés…) … C’est un langage de type mystique (voire messianique, prophétique, emphase, ton du sermon et de l’enthousiasme.) » (Béatrice Turpin dans l’ouvrage Repenser le langage totalitaire, consacré à Victor Klemperer)

Facteurs permettant de mobiliser une foule. « – L’affirmation, pure et simple, dégagée de tout raisonnement et de toute preuve – La répétition, qui finit par établir la chose affirmée comme vérité démontrée – La simplification, plus elle est concise, dépourvue de démonstration, plus elle est acceptée – L’uniformisation, s’apparente à la répétition – Le vague, le vague même qui les estompe augmente leur mystérieuse puissance. Ex : démocratie, socialisme, liberté, égalité – L’appel aux sentiments, la foule n’étant impressionnée que par des sentiments excessifs, abuser des affirmations violentes. (repris de Gustave Lebon par Béatrice Turpin dans l’ouvrage Repenser le langage totalitaire, consacré à Victor Klemperer)

« Le langage est un lieu d’élection de nos bienfaits et de nos méfaits. » (Michel Lacroix)

« Mes compatriotes qui tiennent pour humiliant de s’exprimer dans une langue maternelle  a priori désuète et sont tout glorieux de donner à croire qu’ils maîtrisent une langue à la mode … Dans de grands hôtels à Lisbonne à Athènes, j’ai suivi les efforts de Français qui, à la réception, exposaient leur cas en anglais alors que le personnel ne demandait qu’à les entendre dans leur propre langue. » (Jacques Laurent – Le français en cage – sur l’invasion de termes anglais et la servilité française)

« Que le langage ait pour but premier d’établir une communication devrait être considéré comme une lapalissade. » (Jacques Laurent) – Mais pour communiquer, encore faut-il disposer d’un vocabulaire de plus de cent mots, connaître et respecter l’orthographe, la grammaire et la syntaxe. Ce qu’on n’apprend ni à l’école ni à l’université, ni en lisant les journaux ni en regardant la télévision ou en se courbant sur les réseaux dits sociaux.

« Par une vaste opération récupératrice, on est passé du  citoyen à ‘l’usager’, substituant la figure de l’usager à la figure politique du citoyen … Celui-là ne se percevant plus politiquement, simple réceptacle de la ‘culture’, c’est-à-dire d’un mélange d’idéologies, de représentations et de savoir, se bornant à revendiquer le bon fonctionnement des services publics … En effet, les représentations admises et les mots constamment employés véhiculent insidieusement une morale, une éthique et une esthétique non déclarées comme telles. » (Henri Lefebvre)

« Partout on le constate, au cours de notre histoire ensanglantée : là où les humains ne supportent plus la parole réapparaît le massacre. » (Pierre Legendre)

« La première cible de tous les totalitarismes a toujours été le langage. Qui contrôle et façonne le langage façonne la perception de la réalité, donc la réalité elle-même … ‘les mots peuvent être comme de minuscules doses d’arsenic : on les avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet, et voilà qu’après quelque temps l’effet toxique se fait sentir’ (Viktor Klemperer) … ‘Vous est-il jamais arrivé de penser, Winston, que l’année 2050, au plus tard, il n’y aura pas un seul être humain vivant capable de comprendre une conversation comme celle que nous tenons maintenant’ (George Orwell – 1984). » (Jérôme Leroy) – C’est bien pourquoi le gang politico-médiatique interdit l’usage de certains mots, en dévalorise, ou valorise abusivement d’autres, parfait son œuvre de destruction par des foutaises comme l’écriture inclusive.

« Tout ce qui présente une connotation d’infériorité, de passivité, d’agressivité doit disparaître au profit d’un langage diaphane, neutre, objectif, tel est le dernier stade des sociétés individualistes … Langage euphémique et lénifiant … lifting systématique. » (Gilles Lipovetsky)

« Je veux bien te permettre les idées les plus révolutionnaires, mais énonce-les clairement ! Ce ne sont pas les idées qui déclassent un homme, mon garçon ; c’est le langage. » (Françoise Loranger)

« Est-ce l’homme qui a fait le langage ou le langage qui a fait l’homme ? » (Alfred Fabre-Luce)

« On a souvent montré qu’au XIX° siècle un certain vocabulaire philosophique servait à assurer la domination économique de la bourgeoisie ; on commence à comprendre qu’au XX° un certain vocabulaire matérialiste sert, dans les pays communistes, à préserver les privilèges d’une bureaucratie. » (Alfred Fabre-Luce) – Et au XXI° la promulgation de certains termes et la censure effectuée sur d’autres, qui servent-elles ?

« Les énoncés sont dotés de formes et d’effets tout différents, selon qu’ils sont par exemple dénotatifs ou narratifs (‘ce qu’il en est de’…), prescriptifs (‘donnez-nous les moyens de’…), évaluatifs, performatifs ou, souvent, proches du commandement (‘la session est ouverte’ venant d’une personne qualifiée), interrogatifs … Ils n’agissent pas seulement pour autant qu’ils communiquent de l’information … Une institution privilégie certaines classes d’énoncés, parfois une seule, dont la prédominance caractérise son discours : il y a des choses à dire et la manière de les dire. » (Jean-François Lyotard)

« Toute dégradation individuelle ou nationale est sur-le-champ annoncée par une dégradation rigoureusement proportionnelle dans le langage. » (Joseph de Maistre) – « Il découvrit une corrélation exacte entre la décomposition nationale ou individuelle et l’affaiblissement ou l’obscurcissement du langage. » (George Steiner sur Joseph de Maistre) – Pour juger de notre dégradation.

« Les deux plus grandes époques du monde spirituel sont sans doute celle de Babel, où les langues se divisèrent, et celle de la Pentecôte, où elles firent un merveilleux effort pour se réunir. » (Joseph de Maistre)

« Avant de penser apprenez à parler.

« C’est beaucoup moins profond, mais c’est bien plus utile.

« On peut savoir très vite un langage facile.

« Et les résultats sont propres à étonner. » (Manuscrit du XV° siècle)

« Des agents de publicité façonnent l’univers de communication dans lequel s’exprime le comportement unidimensionnel. Son langage va dans le sens de l’identification et de l’unification, il établit la promotion systématique de la pensée positive, de l’action positive, enfin il s’attaque systématiquement aux notions critiques et transcendantes … Plus généralement, avec le nouveau style, la structure de la phrase est abrégée et condensée de manière à ce qu’aucune tension, aucun ‘espace’, ne soient laissés entre les différentes parties. Cette forme linguistique s’oppose au développement du sens … Le fait que le nom spécifique soit toujours accouplé aux mêmes adjectifs, aux mêmes attributs ‘explicatifs’ transforme la phrase en une formule hypnotique qui, répétée sans fin, fixe le sens dans l’esprit de celui qui la reçoit … Ce langage exerce le contrôle en opérant une réduction sur les formes et les signes linguistiques de la réflexion, de l’abstraction, du développement, de la contradiction ; il les réduit en substituant les images aux concepts. Il nie ou il absorbe le vocabulaire transcendant ; il ne recherche pas le vrai et le faux, il les établit, il les impose … On ne peut pas dire que les auditeurs croient ou qu’ils sont forcés de croire ce qu’on leur dit … et pourtant ils agissent en conséquence. » (Herbert Marcuse – L’homme unidimensionnel)

« Charles Gide rappelle qu’à deux reprises l’Europe  a failli adopter la langue française comme langue universelle. Vers 1785 encore, l’académie de Berlin mettait au concours cette question : ‘Qu’est-ce qui a rendu la langue française universelle ? Est-il à présumer qu’elle conserve cette prérogative ? ‘» (Armand Mattelart) – Il a fallu que nous en fassions des con…… pour gâcher un tel atout.

« Mesurer l’étendue de la dévastation du langage, c’est arpenter un champ de ruines. » (Richard Millet)

« ‘Toutes les qualités d’une langue prennent racine dans la morale’. L’effondrement de la langue est donc avant tout une question éthique ; c’est la chute des qualités morales dans la transitivité communicationnelle comme défaut de conscience : conscience de la langue et conscience de soi. » (Richard Millet – citant Karl Kraus) – Il y a chez certains une haine de la langue, assez proche de la haine de soi. 

« Les logos internationaux et les antonomases commerciales définissent un espéranto commercial aux consonances anglo-hispaniques et dont les noms d’automobiles sont aussi exemplaires que ceux de certains groupes : Mondeo, Xantia, Kangoo, Lexus, Twingo, Veolia, Accor, Aventis, etc, lesquels ne riment avec rien, sinon avec la déperdition de toute identité linguistique … Californie généralisée où les Maeva Jonhson rencontrent les Kevin Durant et les Océan N’Dongo, les Julio Mayoshi et les Jennifer Ben Mouloud, les Mustapha Meunier … Monde horizontal. » (Richard Millet)

« La décomposition de l’ordre linguistique est le prélude ou le résultat d’une décomposition politique, laquelle suscite toutes les formes de totalitarismes. » (Richard Millet – ce que décrit  Orwell avec 1984)

« Comment, dans une société qui méprise les professeurs, les élèves n’imposeraient-ils pas leur langage (argot de banlieue, ‘nov-langue’ des stations de radio et des histrions de la télévision) … Le français est devenu une matière ‘comme les autres’ … j’ai entendu des inspecteurs suggérer de ne plus faire étudier le passé simple … On est conduit à abandonner des positions, à renoncer à l’étude des temps passés du subjonctif ou du conditionnel passé deuxième forme, à privilégier les concessives introduites par ‘même, si’ ou ‘alors que’ parce que suivies de l’indicatif … On finit par se sentir coupable d’enseigner toute la langue … ’Il y a une entreprise mi-officielle, mi-occulte, d’abaissement de la langue, qui correspond à l’effondrement d’un certain nombre de valeurs qui étaient le propre de la civilisation française … une normalisation linguistique … » (Richard Millet – Le sentiment de la langue)

« La France franglaise … Le rock, ce cheval de Troie, qui aura mis tout l’Occident et plus encore à la botte culturelle anglo-américaine … Pas  de peuple avant nous qui se soit aussi tranquillement vu décliner. Pour être vous-même, commencez par renoncer à votre langue : sciences d’abord, mais aussi films chansons. Bientôt littérature, et la boucle sera bouclée ; la tombe scellée … A Paris : ‘Parlons anglais, c’est tout naturel, par politesse envers nos hôtes’ (ceux qui sont nos invités) ; à Londres, à New-York : ‘Parlons anglais, c’est tout naturel, par politesse envers nos hôtes’ (ceux qui nous invitent) »  (Dominique Noguez – La colonisation douce, feu la langue française)

« L’anglais à l’école primaire … les habituer dès le berceau à parler le sabir des maîtres du monde … Qu’on n’essaie pas de nous faire prendre cette vessie de vassal, de client, de colonisé, pour une lanterne de lumière ! » (Dominique Noguez)

« Il n’y a de connaissance qu’à travers le langage. Ce qui n’est pas distingué et ce qui n’est pas nommé ne peut pas être connu. » (Jean d’Ormesson)

« La liberté est liée à la qualité du langage, et les bureaucrates qui veulent détruire la liberté ont tous tendance à mal écrire et mal parler, à se servir d’expressions pompeuses ou confuses, à user de clichés qui occultent ou oblitèrent le sens … Les relations qu’il y a entre les habitudes de pensée totalitaires et la corruption du langage constituent une question importante qui n’a pas été suffisamment étudiée. » (George Orwell) – Aujourd’hui ce n’est plus une tendance, c’est une volonté d’abrutissement, qui commence à l’école.

« Le langage politique … est construit pour rendre le mensonge vraisemblable, le meurtre respectable et pour donner une apparence de solidité à ce qui n’est que du vent. » (George Orwell)

« Ne voyez-vous pas que le véritable but du novlangue est de restreindre les limites de la pensée ? A la fin nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer. » (George Orwell – 1984) – « L’immigration est rebaptisée ‘diversité’, les clandestins sont renommés ‘sans-papiers’ puis ‘réfugiés’ ; les délinquants deviennent des ‘jeunes de banlieue’ ; les ghettos urbains islamisés cèdent la place aux ‘quartiers populaires’, le sexe … est remplacé par le ‘genre’… » (Natacha Polony et le comité Orwell)

« Toute dégradation individuelle ou nationale est sur-le-champ annoncée par une dégradation rigoureusement proportionnelle dans le langage. » (George Orwell)

« La barbarie n’est pas affaire de race, ni d’ethnie, mais de langage … Les liens existant entre le désordre du langage, sa désarticulation profonde et le chaos de la subjectivité contemporaine livrée à l’anomie. » (Paul-François Paoli)

« On ne peut parler à la fois le langage des LGTB, de Judith Butler et de Victor Hugo ; il faut choisir. » (Paul-François Paoli – sur la gauche)

« La vie linguistique du futur, c’est-à-dire d’un monde inexpressif, sans particularismes ni diversités de cultures, un monde parfaitement normalisé et acculturé […] un monde de mort. » (Pier Paolo Pasolini) – A force de tout censurer pour combler la fureur des imbéciles.

« Nous savons comme le langage sépare, organise, met en lumière. On ne connaît pas assez son pouvoir d’occultation. Derrière chaque mot qu’on interdit s’approfondit une souffrance. » (Aymeric Patricot – sur la censure féroce opérée par la classe politico-médiatique dominante pour empêcher le peuple de qualifier son existence, et sa souffrance)

« Les langues évoluent dans le sens de la paresse. » (Daniel Pennac)

« Que ton jugement conduise ta langue. » (Phocylide)

« Nous savons depuis George Orwell que la manipulation du langage est l’arme la plus efficace pour endormir les consciences … celui qui s’arroge le pouvoir de nommer, en particulier ses adversaires, politiques, a déjà remporté la bataille. »  (Natacha Polony)

« Si vous n’êtes pas pour l’ouverture, c’est que vous êtes pour la fermeture, le repli sur soi. Vous vous interrogez sur conséquences des flux migratoires ? Vous êtes un xénophobe. Si vous n’êtes pas un libéral, c’est que vous êtes un partisan de l’autoritarisme, antichambre du fascisme. » (Natacha Polony –sur la manipulation du langage)

« Les collégiens et lycéens sont prisonniers de l’indicatif, le mode du réel, de ce qui est. Pas de danger qu’ils imaginent un jour ce qui pourrait être, ce qu’ils voudraient voir advenir. » (Natacha Polony)

« Quand le langage se fait politique c’est toujours le politique qui gagne et qui, insidieusement, pervertit le sens des mots en les soumettant à ses propres lois : convaincre, argumenter, désigner l’adversaire et le réduire au silence, ne s’avouer jamais désarmé. »(Jean-Bertrand Pontalis)

« Le conditionnel, tout journaliste peut en attester, n’est que le cache-sexe de l’hypocrisie, quand il n’est pas le sésame de la mauvaise foi, l’instrument des pires insinuations, des campagnes les plus nauséabondes. » (Bernard Poulet) – L’outil privilégié des dénonciateurs.

« Surtout, rappelez-vous Messieurs, que vous n’êtes établis que pour tuer la langue bretonne. » (sous-préfet s’adressant aux instituteurs en 1845 – cité par Alain de Benoist) – La belle tolérance républicaine.

« Puisque nous sommes doués de langage et que le langage peut dire à la fois le vrai et le faux suivant nos humeurs, autant considérer que la vocation du langage n’est pas la vérité, mais le pouvoir exercé sur autrui. » (Protagoras)

« On reconnaît le sage à la sobriété de son langage. » (un pythagoricien)

« La connexion naturelle qui s’établit entre la soumission intellectuelle au discours médiatique et la ‘zombisation’ des individus … L’uniformité du langage est le signe le plus tangible de la ‘zombisation’ des individus … ‘le langage n’est pas un outil, mais la matière même de la pensée … Il y  a dans la visée totalitaire une ambition ; celle de façonner les esprits à travers le langage mieux qu’on ne pourrait le faire par les moyens de propagande habituels. Le langage cesse d’être le révélateur d’un phénomène supposé exister de manière autonome et acquiert par là un rôle constitutif et créateur’ … Imprégnation des esprits. » (Ingrid Riocreux – citant Jacques Dewitte)

« L’invisibilité grammaticale des femmes. » (cité par Ingrid Riocreux) – Sur l’écriture inclusive.  « C’est-à-dire les attentions graphiques et syntaxiques qui permettent d’assurer une égalité de représentation des deux sexes. » (un manuel dans le vent) – Rien à ajouter à une telle dose de stupidité.

« La langue est un instrument dont il ne faut pas faire crier les ressorts. » (Rivarol)

« Le snobisme et la courtisanerie des Français les ont fait se complaire dans l’américanisation langagière, médiatique et publicitaire. » (Philippe de Saint Robert)

« Croire que la langue est un simple outil de communication, sans conséquence sur la pensée et le comportement, est d’une perverse ou naïve stupidité. » (Philippe de Saint Robert) – Ce pourquoi l’apprentissage de l’anglais dés le plus jeune âge revient à dérécébrer nos jeunes, à en faire de médiocres anglo-saxons mais de parfaits laquais de la mondialisation. Tel est l’objectif à peine caché.

« L’accent du pays où l’on est né demeure dans l’esprit et dans le cœur, comme dans le langage. » (La Rochefoucauld)

« La spécificité de l’homme n’est pas dans la vie sociale, ni même dans le langage comme signalisation ou communication ; elle est dans l’emploi du langage, non pour ‘parler à…’, mais pour ‘parler de…’ » (Raymond Ruyer)

« La ‘distance psychique’. Un certain débrayage qui a mis hors circuit la fonction pratique des vocalisations. Les mots employés n’ont plus que leur valeur d’évocation mentale. L’homme voit les objets ‘à distance’. Il leur retire toute puissance d’appel direct à ses réflexes d’adaptation … Alerte ! ou bien ‘j’ai dit alerte’ en évoquant un épisode passé. » (Raymond Ruyer) – Distanciation caractéristique de l’animal humain.

« Tout exprime, s’exprime ou cherche à s’exprimer et la nomination, qui est l’acte le plus humain, est aussi la communion de l’homme avec l’univers. » (Jean-Paul Sartre)

« La langue, usage infini de moyens finis. » (Ferdinand de Saussure)

« Le langage des hommes politiques est désolant de fausseté, de pauvreté et de prétention ; ‘Feindre d’ignorer ce qu’on sait, de savoir ce qu’on ignore ; d’entendre ce qu’on ne comprend pas, de ne point ouïr ce qu’on entend ; surtout de pouvoir au-delà de ses forces, avoir souvent pour grand secret de cacher qu’il n’y en a point, voilà toute la politique ou je meurs.’ » (Michel Schneider – citant Beaumarchais, Le mariage de Figaro)

« Dépourvue d’humour, la régulation du langage destinée à prévenir l’irruption de pensées hérétiques, la violence faite aux catégories traditionnelles et à la manière spontanée de décrire la réalité, l’oblitération de la mémoire et le contrôle permanent du passé … est devenu banal. » (Roger Scruton – sur la censure régnante) 

« Toute  dégradation individuelle ou nationale est sur-le-champ annoncée par une dégradation rigoureusement proportionnelle dans le langage. Ce que nous vérifions tous les jours en écoutant nos contemporains.  » (Jaime Semprun)

« On saccage les langues comme on a saccagé la terre. » (Michel Serres)

« La perception du langage qui prévaut dans nos démocraties policées est la même que celle des pays totalitaires : elle repose sur le nominalisme, l’amalgame et le manichéisme (les structures mentales de l’intolérance) … La langue de bois du consensus et de la vertu. » (Alain-Gérard Slama)

« Il y a de plus en plus de mots à la télévision, à la radio, pour dire de moins en moins. Le langage est en fonction algébrique inverse au sens. » (George Steiner)

« Chaque autre langue permet de vivre une autre vie. » (George Steiner) – Mais « Penser en deux langues, c’est penser de travers. » (Louis-Ferdinand Céline)

« C’est délibérément qu’on s’attaque aux liens élémentaires d’identité et de cohésion sociale créés par une langue commune. »  (George Steiner) – Tout détruire afin qu’il n’y ait plus aucun concept auquel on puisse se raccrocher fermement.

« Le premier instrument du génie d’un peuple, c’est sa langue. » (Stendhal)

« La langue du commerce (et de l’hyper-puissance) tend à s’imposer comme la langue supra-nationale unique … réduction utilitariste de la langue à sa fonction instrumentale, requise par la logique des échanges  … Les autres fonctions de la langue (identitaire, affective, politique) sont ainsi marginalisées, voire effacées. » (Pierre-André Taguieff)

« Pour la première fois dans l’histoire de notre société, une génération, y compris dans ses classes cultivées, aura salué comme autant de libérations joyeuses et sympathiques, de progrès vivifiants, de rafraîchissantes innovations, les formes les plus diverses de délaissement et d’appauvrissement du langage. » (François Taillandier) – Pour tout, nous nous précipitons dans le pire.

« Ce qu’un certain état historique du français porta de meilleur, ce fut l’idée d’une langue précise et codifiée, délimitée, susceptible de constituer l’échiquier devant lequel des individus civilisés se rencontrent pour échanger autre chose que des bouffées de sentiments, des reniflements de derrières ou des horions … rien de plus authentiquement démocratique … que cette tradition académique continuellement accusée d’élitisme par un progressisme en toc, qui semble avoir perdu toute velléité de rien réexaminer … Seule l’élaboration d’une syntaxe et d’un vocabulaire parfaitement contrôlés permet de décrire en termes indiscutables des situations humaines toujours floues et ambiguës, donc de réaliser le Droit, et par là même, quelquefois, la Justice. Il n’y a pas de de Droit sans une langue précise, et comprise par tous ceux auxquels il s’applique. » (François Taillandier)  – La démolition de la langue permet de faire varier le Droit et la Justice en fonction des intérêts des dominants. C’est bien pratique.

« Le chemin qui va du mot grec, latin ou celte, au mot quotidien d’aujourd’hui, installe dans notre conscience un vaste espace temporel …C’est justement cet éloignement qui est indispensable, qui est fécond et qui rend libre. En priver les jeunes générations serait, à travers elles, priver le monde à venir de ces grandes perspectives de l’histoire, incarcérer ceux qui viennent dans l’à-plat du présent, les persuader qu’en fin de compte leur monde se suffit à lui-même, que tout va bien ainsi, qu’il n’ y a rien d’autre à envisager … Assurer l’apprentissage non seulement des langues anciennes, mais plus encore de l’ancienneté de la langue … n’a d’autre sens que d’installer dans l’espace mental, par un éloignement délibéré, la représentation des siècles, des temporalités longues … La reddition  au temps actuel, au désir de courte portée, à l’absence du temps qui demeure le rêve totalitaire par excellence, le rêve de ‘Big Brother’. » (François Taillandier)

« Je vis dans l’univers de la publicité, dit … C’est-à-dire dans la plus grande entreprise jamais tentée d’abaissement du langage. La prostitution des signes devenue la règle générale … Rarement tant de soin aura été apporté à ce qui dégrade. Et au milieu de cette dégradation, on nous montre des humains souriants. » (François Taillandier)

« Veux-tu être compris ? Commence déjà par bien t’exprimer. » (Talmud)

Du ‘passage en caisse’ au ‘pas de souci,’ on a fini par remplacer le simple ‘Oui’ de notre enfance, qui marquait la classique adhésion, ou le simple ‘bien sûr’, par un il n’y a ’pas de problème’. Là même, justement où il ne devrait finalement jamais y en avoir. On a donc du mal à comprendre quel séisme a bien pu secouer nos certitudes, pour que nous éprouvions le besoin de perdre jusqu’au sens premier de notre langage. » (François Tauriac)

« Le pire écueil d’une traduction n’est pas le contresens, mais l’aplatissement … L’important pour un traducteur est moins de connaître la langue étrangère qu’il doit traduire, que de maîtriser sa propre langue, dans laquelle il traduit … La traduction de Poe par Baudelaire est insurpassable. » (Gustave Thibon) – Et aussi sans doute connaître, au moins un peu, le sujet.

« Le langage est l’honneur des hommes. » (Paul Valéry)

« Plus maître du langage, c’est-à-dire de soi-même. » (Paul Valéry – sur Bossuet) – Profonde vérité.

« Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde. » (Ludwig Wittgenstein)

« Les  difficultés de la langue française deviennent une ‘insulte à l’égalité’. Motif qui, je le rappelle au passage, avait ‘mutatis mutandis’ justifié la mise à bas de la flèche de la cathédrale de Paris lors de la Révolution. » (Paul Yonnet) – Applaudissons les égalitaristes forcenés.

« La langue est un sabre qui peut transpercer le corps. » (prince Yonsan)

« Elites mondialisées parlant, pensant en anglais, et lumpenprolétariat islamisé formant un créole banlieusard : une double sécession linguistique mine silencieusement notre pays. » (Eric Zemmour)  

« La règle du masculin qui l’emporte … inscrit la domination phallocratique dès l’enfance et conduit à l’invisibilité du féminin. » (Henriette Zoughebi – présidente de l’honorable association, L’égalité c’est pas sorcier – citée par Gabrielle Cluzel) – On ne badine pas.

« Avec chaque nouvelle langue on acquiert une nouvelle âme. » (un prince allemand ?  – suivant Gustave Thibon)

« On peut guérir d’un coup d’épée, non pas d’un coup de langue. » (proverbe)

« La langue est la mère, non la fille, de la pensée. » (?)

« Vous parlez un français très châtié – Qui aime bien châtie bien. » (?)

« Il était si mauvaise langue qu’il finirait par s’empoisonner avec sa salive. » (?)

« Ne permets pas à ta langue de courir au-devant de ta pensée. » (?)

« Ecrire en italien, se vanter en espagnol, tromper en grec. » (?)

« Sans le langage, l’homme serait inférieur à son cousin, le singe. » (?)

« Dans toute entreprise totalitaire dont le but est la métamorphose de l’humain, le langage joue un rôle majeur. » (?)

Même si je n’en ai guère tiré de citations cadrant avec l’esprit de ce recueil, j’ai pris connaissance avec grand plaisir des petits livres de Philippe Delerm (La première gorgée de bière, Ma grand-mère avait les mêmes, Et vous avez eu beau temps, etc.) ironisant gentiment sur nos petites phrases convenues (C’est pas vrai ! Pas de souci, Chez nous c’est comme ça, Faut arrêter, C’est pas pour dire mais, On ne vous dérange pas, On va vous laisser…) . Un régal.

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