395,1 – Hiérarchie / Anarchie

– Depuis que nous sommes tous égaux, la première représente une structure sociale dépassée. D’ailleurs les brillants esprits de mai 1968 prétendait qu’elle était comme les étagères qui « plus elles sont hautes moins elles servent. ».

– L’anarchie entraîne une indifférenciation qui conduit toujours au désordre. Là où il n’y a pas d’autorité déclarée et reconnue, fût-elle discutée, il y a des pouvoirs invisibles, irresponsables et incontrôlables qui tirent les ficelles. La nature a horreur du vide.

– La hiérarchie prévient le conflit. Les situations égalitaires, ou non définies, génèrent plus facilement des sentiments de rivalité.

– « Organiser, c’est hiérarchiser. »

On pourra consulter les longs extraits du très remarquable ouvrage de René Guénon, Autorité spirituelle et pouvoir temporel en fin de la rubrique Pouvoir, Commandement, 375, 4   

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« Les équipages révoltés qui ont noyé leur capitaine finissent toujours, après quelque temps d’anarchie, par se confier corps et âmes à l’un des leurs qui se met à régner sur eux, plus durement parfois que leur capitaine noyé. » (Jean Anouilh)

« La hiérarchie réduit les combats … par la compétition elle trie les inégaux mettant aux postes de commande ceux qui y ont le plus de dispositions. » (Robert Ardrey) – Vrai seulement dans un système vraiment hiérarchique.

« La hiérarchie fournit de puissants moyens d’identification … Chaque échelon de l’échelle sociale est un facteur d’identification … On n’a pas besoin d’être un ‘alpha’ (un leader) pour savoir qui on est … Nous cherchons l’identité comme nous cherchons le soleil ; nous craignons l’anonymat comme nous craignons l’obscurité. » (Robert Ardrey)

« Le véritable anarchiste est celui qui a la nostalgie de l’ordre. » (Antonin Artaud) – Ceux de la grande tradition étaient communautaires.

« L’état de nature marque le triomphe tendanciel du Mal sur le Bien … Si personne ne contrôle les loups ils finissent par dévorer les agneaux … A l’état de nature la méchanceté l’emporte … C’est pourquoi le libéralisme a un fond pessimiste … L’anarchie, qui équivaut à la retombée  dans l’état de nature, comme la tyrannie (qui naît de l’exigence de perfection) menacent à tout moment. » (Jean Baechler)

« Voter, pour un anarchiste, c’est choisir son maître et reconnaître par là implicitement son droit. » (Normand Baillargeon)

« Le concept d’anarchie est accablé par son histoire essentiellement tournée contre l’Etat … L’Etat la combattit en raison de la menace faite à la routine d’assistance ; le marché de la consommation, obsédé par le profit, combat cette même anarchie tant en raison de sa capacité productive turbulente qu’à cause du potentiel d’autarcie qu’elle la suppose d’engendrer. » (Zygmunt Bauman) – Voir les récents rapports économiques via internet (location, voiturage…). Alliance de l’Etat et du capital pour maintenir la profiteuse domination.

« Ce ne sont pas seulement les anarchistes, mais tous les socialistes, tous les convertis au messianisme politique, qui ont au départ quelque chose de millénariste. Dans un enthousiasme nouvellement découvert, il y a une urgence inextinguible et un espoir que le ‘conflit final’ pourrait être bientôt en vue. » (Daniel Bell) – Et dire que ce sont ces clowns qui se moquent de la religion !

«  L’autorité est un principe qui veut que tout ne soit pas caprice, que rien ne soit sans cause … L’anti-autoritarisme s’est agencé à merveille avec le néo-libéralisme qui n’accepte aucune sorte d’autorité … L’amalgame est tel qu’il est impossible de parler d’autorité sans que l’on comprenne discipline … Le démocratisme a tout confondu en se proclamant anti-autoritarisme de base … et il a construit un monde très autoritaire … Lorsque l’autorité ne représente plus rien, elle ne se fonde plus que sur la discipline … Si nous prétendons être tous égaux, pris dans une sorte de sérialisation égalitaire, sans aucune asymétrie, sans aucune hiérarchie, nous effaçons tout principe d’autorité non autoritariste. L’autoritarisme prend le relais… » (Miguel Benasayag) – On le voit bien dans l’arrogance dont font preuve nos dirigeants.

« Louis Dumont  montre dans ses ouvrages que les anciennes hiérarchies sociales visaient principalement à inclure (autrefois même l’idiot du village jouait un rôle dans la société), tandis que les sociétés égalitaires qui aspirent à des rapports sociaux ‘horizontaux’, se condamnent à exclure de façon radicale tous ceux qu’elles ne peuvent intégrer. » (Alain de Benoist)

« On constate une fébrilité à remplacer par un rapport horizontal tout ce qui, auparavant, avait un caractère vertical. A commencer par les relations parents-enfants… » (Alain de Benoist)

« L’idée aristocratique exige la domination réelle des meilleurs ; la démocratie, la domination formelle de tous … Tout ordre vital est hiérarchique, il a son aristocratie. Seul un amas de décombres n’est pas hiérarchisé et aucune qualité aristocratique ne s’en dégage. Se reconnaître, se vouloir, se chercher toujours plus de devoirs est une attitude aristocratique. Réclamer des droits est une attitude commune. L’aristocratie n’est pas une classe, c’est un principe spirituel. » (Nicolas Berdiaeff)

L’anarchisme : « Produit de l’envie et de la vengeance. Il est dicté par un sentiment haineux à l’égard du passé, de sa culture, ainsi qu’à l’égard de tout ce qui est historique … De ce point de vue, l’anarchisme se rapproche nettement du socialisme … Il se présente comme une révolte contre la culture, comme un refus d’accepter celle-ci avec ses inégalités, ses souffrances, mais aussi avec ses plus grands élans et ses plus riches épanouissements … Au nom d’un principe de nivellement, d’effacement de tout ce qui dépasse le niveau commun. » (Nicolas Berdiaeff)

« Je ne sais pas quelles sont les vraies hiérarchies. Je crois qu’il y en a, mais il faut les laisser s’établir toutes seules. » (Emmanuel Berl)

« L’anarchie est partout quand la responsabilité n’est nulle part. » (Gustave Le Bon) – Sociétés dites modernes, égalitaires…

« On ferait un monstre du corps humain si on attachait immédiatement tous les membres à la tête. » (Bossuet)

« Où il n’y a point de maître, tout le monde est maître ; où tout le monde est maître, tout le monde est esclave. » (Bossuet)

« Je suis un anarchiste qui traverse dans les clous. » (Georges Brassens)

« Les réformateurs … qui veulent abolir la hiérarchie des liens communautaires pour créer un chaos a-social, incivil et incohérent. » (Edmund Burke) – C’est fait depuis longtemps.

« De tout temps, la plupart de ceux qui se sont élevés socialement, économiquement, se sont aussi (ou leurs enfants) élevés culturellement. Et la plupart de ceux qui se sont élevés culturellement, intellectuellement, artistiquement, se sont aussi … élevés socialement, sinon économiquement. Entre les deux hiérarchies, socio-économique d’un côté, culturelle de l’autre, il n’y a certes pas de symétrie ou d’équivalence terme à terme, niveau à niveau, mais il y a tout de même  des similitudes de structure … de repérables passerelles. » (Renaud Camus) – C’était vrai, l’est-ce encore ?

« L’hyperdémocratie ne veut pas de hiérarchie (seulement cachée), or la culture est toute hiérarchie. » (Renaud Camus) – Donc pas de culture (Jeff Koons !), donc pas de contestataires.

« Plus une chose était éloigné du premier principe, cause, origine et source de toutes choses, l’Un, l’Absolu …  moins elle possédait de perfection … Tout était relié par une chaîne d’or jusqu’aux pieds de Dieu. «  (Ernst Cassirer) – « Sur le système féodal, image exacte et contrepartie fidèle du système hiérarchique général. Il était une expression et un symbole de l’ordre cosmique universel établi par Dieu et, de ce fait, éternel et immuable … Cela jusqu’au système astronomique de Copernic qui ne distinguait plus entre le monde d’en haut et le monde d’en bas, plus ‘d’au-dessus’ ni ‘d’au-dessous’. » (idem)

« La Raison n’est pas un dispositif mécanique ou un système de vérités toutes faites, elle est le mouvement d’une pensée qui n’admet d’autorité autre que sa propre autorité. » (Cornelius Castoriadis) – Un peu prétentieux, et surtout infiniment dangereux.

« Une minorité pensante et active permettrait seule de rendre compte d’un mouvement massif (d’un mouvement des masses) … Intervention de ‘groupuscules’, d’une élite susceptible d’encadrer un grand nombre de manifestants et de mettre en circulation des idées subversives … La foule étant par définition passive, comblée ou victime … La politique des mass-média semblant amplifier, mais non pas modifier cette conception sociale du rapport entre l’élite et la masse … L’organisation des syndicats, des partis, des mouvements tendant à faire de la ‘base’ le réceptacle des idées ou des programmes élaborés en haut lieu, dans les ‘sièges’ de la pensée et de la direction … Comment ne pas lire en filigrane, l’hypothèse historique de suprématie. » (Michel de Certeau)

« Dans l’anarchiste dort l’autoritaire qui se révèle le jour où il accède au gouvernement. » (Bernard Charbonneau)

« L’anarchie déchaîne les masses, et asservit les indépendances individuelles. » (Chateaubriand)

« La surclasse nomade ne se veut pas en haut de l’échelle sociale, ce serait ressusciter des hiérarchies sociales aussi ringardes que celles des  pingouins ou des gorilles, mais sévissant partout et nulle part, toujours plus furtive, toujours plus éphémère, et bien sûr insaisissable. » (Gilles Châtelet – sur la jet-set notamment) – Des réseaux discrets sont tellement plus efficaces pour dominer que les bonnes vieilles hiérarchies identifiables.

« Un homme ne peut attendre d’aventures au pays de l’anarchie. Il peut attendre toutes sortes d’aventures au pays de l’autorité. Quelle signification trouver dans une jungle de scepticisme. » (Chesterton)

« Les pauvres ont été, parfois, des rebelles ; des anarchistes, jamais. Ils sont plus intéressés que personne à l’existence d’un gouvernement régulier quelconque. Le sort du pauvre se confond avec le sort du pays. Le sort du riche n’y est pas lié. Le riche n’a qu’à monter sur son yacht et se faire conduire ailleurs … Les pauvres ont protesté parfois quad on les gouvernait mal. Les riches ont toujours protesté contre le gouvernement, quel qu’il fût. Les aristocrates furent toujours des anarchistes ; les guerres féodales en témoignent. » (G. K. Chesterton – au moins du côté des riches, cela n’a guère changé depuis l’auteur – La jet-set est mobile)

« Les anarchistes… s’ils s’insurgèrent contre l’Etat et en réclamèrent la suppression, c’est qu’ils y voyaient un obstacle à l’exercice d’une volonté foncièrement bonne ; or, c’est précisément parce qu’elle est mauvaise que l’Etat est né. »(Emil Cioran)

« Ils annonçaient l’ère de l’individu : l’individu tire à sa fin ; l’éclipse de l’Etat : il ne fut jamais plus fort ni plus encombrant ; l’âge de l’égalité : c’est l’âge de la terreur qui  est venu … N’empêche que leur idée d’anéantir toute autorité demeure une des plus belles qu’on ait jamais conçues. » (Emil Cioran –sur les anarchistes)

« Alors que l’authenticité du grand bourgeois tendrait à se marquer par le non-ostentatoire, tant il est vrai que l’avoir n’a pas besoin de signe pour exprimer la hiérarchie et que la revendication de signes est signe d’une fortune non issue de l’accumulation de la dynastie familiale … le nouveau riche tend à donner les preuves de ses moyens financiers. » (Michel Clouscard)

« Dans notre société libérale marchande qui n’est plus une hiérarchie (synonyme de civilisation) mais un magma, un agrégat, la nostalgie de la hiérarchie se traduit désormais par la violence de tous contre tous. » (Christian Combaz – à propos d’une des innombrables agressions gratuites dans notre doux pays, de la meute se choisissant un leader en bestialité)

« Quel salarié des ‘métiers innovants’ ignore encore ce que signifie la tyrannie de l’absence de  structure ? » (C. N. I.) 

« Aucune société ne peut durer si les inférieurs ne respectent pas leurs supérieurs. » (Auguste Comte)

« L’anarchie, ce rêve miteux d’un monde sans loi, sans roi, sans dieu, sans politique, sans production, sans rien de plus que l’homme… » (Maurice G.  Dantec)

« C’est la non-réciprocité dans le rapport qui permet de distinguer, dans tout dispositif social, entre un haut et un bas. C’est elle qui crée la dépendance du second au premier .. Faire d’un tas un tout. » (Régis Debray)

« A partir du moment où la hiérarchie est évacuée, la subordination doit être expliquée comme le résultat mécanique de l’interaction entre individus, et l’autorité se dégrade en ‘pouvoir’, le ‘pouvoir’ en ‘influence’, etc. » (Louis Dumont – Homo aequalis) – La lutte de tous contre tous est proche.

« L’homme ne fait pas que penser, il agit. L’homme n’a pas seulement des idées mais des valeurs. Adopter une valeur, c’est hiérarchiser, et un certain consensus sur les valeurs, une certaine hiérarchie des valeurs, des choses et des gens est indispensable à la vie sociale. Ce qui est tout à fait indépendant des inégalités naturelles ou de la répartition du pouvoir … La hiérarchie n’est rien moins que la forme consciente de référence des parties au tout (aspect qui échappe totalement aux modernes, conception tout à fait étrangère à la société égalitaire qui refuse de comprendre quoi que ce soit) … Toute idée de commandement étant laissée de côté, la hiérarchie est principe de gradation des éléments d’un ensemble par rapport à l’ensemble … La hiérarchie n’est pas dans l’essentiel une chaîne de commandements superposés, ou même d’êtres de dignité décroissante … elle suppose la distinction de deux niveaux … mais une relation qu’on peut appeler succinctement l’englobement du contraire … A un premier niveau homme et femme sont identiques, à un second niveau la femme est l’opposé ou le contraire de l’homme … C’est seulement par référence au niveau 1 qu’il peut y avoir unité au niveau 2 … Le principe de cette unité est en dehors des éléments … Au niveau supérieur il y a unité ; au niveau inférieur il y a distinction … Il n’y a  de droite et de gauche, de main droite ou de main gauche que par référence au corps humain … Tout le monde admet que tout sous-système social est commandé en premier lieu par le système dont il fait partie … Un  niveau donné ne peut être saisi qu’en relation avec un niveau supérieur, c’est-à-dire en le transcendant … Or l’effort central et constant de la pensée moderne a été et est dirigé contre la transcendance sous toutes ses formes… » (Louis Dumont – considérations éparses et très simplifiées sur la notion de hiérarchie) – Louis Dumont est bien bon de supposer qu’il existe une pensée moderne, là où il n’y a qu’un gouffre de furieuse stupidité et d’ignorance prétentieuse –  La société holiste contient des individus distincts, alors que la société individualiste poussée à son extrême n’existe plus en tant qu’ensemble de niveau supérieur (cas de la désintégration des sociétés occidentales actuelles).

« L’indifférenciation, c’est aussi l’indifférence aux valeurs. Sans repères extérieurs objectifs à eux-mêmes pour orienter leurs regards et leurs actes, et sans obstacles culturels … pour les séparer, les hommes s’accrochent obstinément aux pas de leurs semblables. Tous avancent, pensant que l’autre sait où il va. » (Jean-Pierre Dupuy)

« La supériorité hiérarchique ne signifie pas une valeur supérieure … Le modèle hiérarchique a pour but d’éviter la mise en concurrence des valeurs individuelles. » (Jean-Pierre Dupuy – sur les hiérarchies sociales et, notamment, sur la monarchie héréditaire)

« Si l’on examine les ‘egopride’ et les réseaux sociaux par exemple, on peut dire qu’il s’agit en quelque sorte de spectacles enfantins donnés par des adultes (‘enfantin’ ne voulant pas dire ‘puéril’ car les déchaînements pulsionnels peuvent atteindre une rare violence), à l’instar du niveau sonore dont nous gratifient généralement les parades et des saturations subites pouvant apparaître dans les réseaux sociaux … On est passé de la ‘foule avec chef’ à l’éclatement en micros sociétés à petits chefs multiples et à la  ‘foule sans chef’, célébrant le moi idéal, … Juxtaposition de l’égoïsme et de la grégarité. » (Dany-Robert Dufour) – Mélange redoutable

« L’égalisation des rapports entre genres sexuels, mais aussi entre générations conduit à un balancement entre contractualisme généralisé et rapports de force permanents. Quand les frontières hiérarchiques s’effacent, les différences symboliques avec lesquelles elles étaient confondues s’effacent également. » (Alain Ehrenberg)

« On ne se libère pas de la verticalité sans en payer très concrètement le prix affectif. Ce sont les nouvelles pathologies de l’idéal, ces névroses de caractère qui sont les malheurs de l’horizontalité comme les névroses de transfert étaient des pathologies de la verticalité … Les premières causées par un déclin social réel de l’imago paternelle dans la société et donc de la série institution, symbole, transcendance, hiérarchie, limite qui forme une famille conceptuelle … La fin de la verticalité équivaut à une situation inédite dans l’histoire humaine, celle de la fin de la soumission à l’obligation sociale … Le résultat est un abandon de l’individu et de la société à eux-mêmes, c’est-à-dire à leurs inconsistances. » (Alain Ehrenberg)

« La thèse du malheur de l’horizontalité est simple à formuler : nous vivons désormais non dans un individualisme non de personnalisation, mais de déliaison, un individualisme devenu destructeur des appartenances collectives et donc des assises personnelles de chacun. » (Alain Ehrenberg)

« Il faut accepter l’idée que l’ordre vivant ne surgit que par la division, l’allocation de rang, l’institutionnalisation de la relation de soumission, que l’ordre humain n’est pas en dehors de l’ordre animal, et ce que nous pouvons repérer chez l’un, nous pouvons le percevoir chez l’autre. L’ordre humain prolonge l’ordre animal … Les maîtres auront toujours tendance à essayer de fermer le jeu, de lui imposer des règles garantissant leur pouvoir, de donner une apparence éternelle à la forme des rapports sociaux qu’ils auront réussi à établir. » (Eugène Enriquez) – La structure hiérachique est inévitable.

« Affirmer que dans toutes les hiérarchies historiques le seul facteur agissant ait été la force et que le principe de la supériorité, la reconnaissance directe et fière du supérieur par l’inférieur n’ait pas joué un rôle fondamental, c’est fausser … la réalité, partir d’une image mutilée et dégradée de l’homme en général. » (Julius Evola)

« La hiérarchie est consubstantielle à l’idée même de valeur … Une chose vaut nécessairement par rapport à une autre qui vaut davantage ou moins. Le fondement de l’acte d’évaluation consiste donc en un jugement de comparaison qui distribue en fonction d’un étalon les choses en valeurs supérieures, inférieures ou équivalentes. Or la relation du supérieur à l’inférieur, on l’appelle hiérarchie. Si toutes les valeurs se valent aucune ne vaut plus … La notion de valeur implique une pluralité de valeur et une hiérarchie ou échelle des valeurs. » (Julien Freund) – Nier toute hiérarchie, c’est refuser toute valeur, c’est marcher à quatre pattes.

« Dans votre monde rebâti à l’endroit (par mes soins) les premiers seront les premiers, et que les derniers ne se fassent pas d’illusions, ils resteront les derniers. » (André Frossard – faisant parler le diable)

« Il ne vous viendrait même plus à l’esprit d’attendre des étages supérieurs de la société autre chose que des ordres, assortis d’un juste dédain. » (André Frossard – faisant parler le diable)

« Si l’on en juge par la place occupée par la peste dans toute la littérature occidentale, y compris la littérature contemporaine, cette métaphore s’avère d’une vitalité étonnante, a fortiori depuis que ces épidémies ont disparu … Entre peste et désordre social il y a bien des affinités. Mais celles-ci n’expliquent pas pourquoi d’innombrables mythes mais aussi beaucoup de textes littéraires, anciens ou modernes, vont jusqu’à les confondre … La peste est universellement présentée comme un processus d’indifférenciation, une destruction des spécificités … La peste est la métaphore transparente d’un certain type de violence réciproque qui se propage, au sens littéral du terme, comme la peste (contagion). » (René Girard) – Depuis  Œdipe-roi, la pièce de Sophocle.

« Les classes, la lutte des classes ; sans doute, mais c’est un classement par couleurs, par grandeurs. Ouvrez les êtres, la hiérarchie vraie se ferait par le contentement de vivre. Cela donnerait bien des surprises. » (Rémy de Gourmont)

« Vous admirez Polyeucte, les antipaïens qui renversaient les idoles. Admirez donc aussi les antichrétiens qui incendient les églises, ou alors mettons-nous d’accord : ‘Polyeucte était un de ces anarchistes militants dont aucun Etat policé ne peut tolérer les dangereuses fredaines‘. » (Rémy de Gourmont)

« Mais les ‘formes ‘supérieures’ contiennent ‘éminemment’ les forces inférieures (Aristote), le supérieur contient ‘éminemment’ l’inférieur ; celui qui est compétent dans certaines limites, définissant son domaine propre, l’est donc aussi a fortiori pour tout ce qui est en deçà de ses mêmes limites, tandis que, par contre, il ne l’est plus pour ce qui est au-delà … d’où même le pouvoir temporel s’il appartient ‘formellement’ à la caste royale appartient (ou continue d’appartenir en régime de laïcité) ‘éminemment’’ à la caste sacerdotale. » (René Guénon)

« Le renversement des rapports prépare directement la suppression du terme supérieur. » (René Guénon)

« La méconnaissance de l’ordre hiérarchique (l’ordre des doctrines traditionnelles) entraîne partout et toujours les mêmes conséquences : déséquilibre social, confusion des fonctions,, domination d’éléments de plus en plus inférieurs, dégénérescence intellectuelle, oubli des principes transcendants, puis, de chute en chute, on en arrive jusqu’à la négation de toute véritable connaissance … Nous sommes arrivés à ce moment de l’histoire caractérisée, dans tous les ordres, par le développement des possibilités les plus inférieures … allant toujours plus avant dans le sens du changement et de la multiplicité … L’instabilité étant en quelque sorte à son maximum, le désordre et la confusion partout. » (René Guénon) – Il s’agit d’ordre des fonctions (sprituelles-temporellles, pour simplifier), non de hiérarchie stricte entre individus.

« Dans le monde moderne, où peut-on trouver encore la notion d’une véritable hiérarchie ? Rien ni personne n’est plus à la place où il devrait être normalement ; les hommes ne reconnaissent plus aucune autorité effective dans l’ordre spirituel, aucun pouvoir légitime dans l’ordre temporel … Les profanes se permettent de discuter des choses sacrées, c’est l’inférieur qui juge le supérieur, l’ignorance qui impose des bornes à la sagesse, l’erreur qui prend le pas sur la vérité, l’humain qui se substitue au divin, la terre qui l’emporte sur le ciel, l’individu qui se fait la mesure de toutes choses… Aujourd’hui on ne voit partout que des aveugles qui guident des aveugles, et qui, s’ils ne sont arrêtés à temps, les mèneront fatalement à l’abîme où ils périront avec eux. » (René Guénon) – Du moins, du temps de l’auteur, on pouvait encore parler de domaine spirituel.

« La société peut vivre sous un pouvoir absolu ; l’anarchie, si elle dure, la tue. » (François Guizot)

« Il n’y a point de pire état que l’anarchie … Où tout le monde peut faire ce qu’il veut, nul ne fait ce qu’il veut … Où tout le monde est maître, tout le monde est esclave. » (Thomas Hobbes)

« Des systèmes complexes évolueront beaucoup plus rapidement à partir de systèmes simples s’il y a des formes intermédiaires stables. Les formes complexes qui en résulteront alors seront hiérarchiques … Partout la vie doit être organisée hiérarchiquement … Les membres d’une hiérarchie sont comme le dieu ‘Janus’, deux faces qui regardent en sens opposés : la face tournée vers le niveau inférieur est celle d’un tout autonome ; la face tournée vers le haut, celle d’une partie subordonnée. Visage du maître, visage du serviteur. Cet ‘effet Janus’ est une caractéristique fondamentale des sous-ensembles dans tous les types de hiérarchies … Sans sous-ensembles stables, groupes et sous-groupes sociaux, le tout perdrait fatalement sa cohésion (c’est bien pourquoi révolutionnaires, gauchiste comme libéraux mondialistes s’efforcent de faire éclater tous les groupes sociaux d’éléments stables) … La ‘profondeur’ d’une hiérarchie est déterminée par le nombre de ses niveaux et son ‘envergure’ par le nombre des holons (totalités stables) à chaque niveau … En descendant la hiérarchie qui constitue les organismes vivants, des organes jusqu’aux macro-molécules, on n’arrive jamais à toucher le roc, on ne trouve nulle part les ultimes constituants … L’atome lui-même, considéré autrefois comme une unité indivisible, est un holon … De même en passant du microcosme à l’univers, lunes, planètes, étoiles, galaxie, amas … Quand le physiologue observe un organe ‘d’en haut’, du sommet de la hiérarchie, il le voit comme une partie dépendante. S’il le regarde ‘d’en bas’, du niveau de ses composants, il le voit comme unité remarquablement autonome … La greffe chirurgicale démontre que l’organisme peut se disséquer en sous-ensembles autonomes qui fonctionnent comme des totalités de plein droit. » (Arthur Koestler – Le cheval dans la locomotive – considérations éparses sur la structure hiérarchique) – Les ingénieurs savent que tout grand ensemble est plus facilement édifié, assemblé, modifié, réparé s’il est composé d’éléments modulaires, relativement indépendants.

« Les organismes et les sociétés sont des hiérarchies à niveaux multiples de touts partiels ou subordonnés, semi-autonomes se divisant en touts partiels d’ordre inférieur … On a introduit le terme ‘Holon’ (holisme : entité, totalité, un Tout valant plus que la somme de ses parties) pour désigner ces entités intermédiaires qui fonctionnent comme des touts fermés sur eux-mêmes en relation à leurs subordonnés dans la hiérarchie, et qui fonctionnent comme des parties dépendantes en relation à leurs supérieurs. » (Arthur Koestler – cité par Louis Dumont) – La hiérarchie, chaîne de niveaux : une culture au sein de l’humanité universelle, le cosmos…

« Si les institutions du pouvoir politique disparaissaient, le résultat ne serait pas la fraternité universelle, mais un massacre général … Quant à l’anarchie elle est, dans la pratique, au service de la tyrannie. » (Leszek Kolakowski)

« Si le mouvement étudiant était le jouet des média, ce n’était pas seulement parce que ses dirigeants avaient acceptés d’être cooptés sur les bases de la simple célébrité, mais également parce que le mouvement dans sa totalité refusait de mettre en place une structure dirigeante responsable qui aurait refusé que ses propres ‘porte-parole’ soient désignés par ‘CBS’ ou le ‘New York Times’ … L’illusion d’un mouvement capable de fonctionner sans têtes dirigeantes … L’émergence de stars médiatiques … Son incapacité (du mouvement de gauche) à mettre en place une structure dirigeante légitime est ce qui a rendu plus difficile que jamais ‘l’élaboration d’une infrastructure composée d’institutions culturelles autonomes, indépendantes  de la culture dominante. » (Christopher Lasch, empruntant à un autre auteur, Todd Gitlin) – A propos du  mouvement étudiant américain pendant la guerre du Vietnam, mais on peut étendre. En France, les ambitieux avides estudiantins et lycéens, qui se poussent pour être  cooptés par les média savent très bien qu’ils s’assurent ainsi ensuite une confortable carrière politique, à gauche évidemment.

« Dans notre monde, c’est le savoir qui fait fonction de boussole, et ce qui est ainsi promu, c’est une modalité nouvelle de lien social qui substitue au rapport maître-sujet, un rapport savoir (acéphale)-sujet … Les effets du marquage du social par la religion se constatait dans l’organisation monocentrique et verticale de la société. En contrepoint, le lien social, induit par le développement de la science, promotionnera une organisation pluricentrique et horizontale du lien social … Tout se passe comme si notre social reconnaissait aux énoncés de la science la qualité de tiers, mais ce sont des énoncés d’où la dimension de l’énonciation a disparu  … La prétention totalisante de la science qui, sans pour autant être d’office totalitaire, porte néanmoins en elle la menace du totalitarisme … Par totalitarisme pragmatique, il s’agit d’entendre l’autonomie prise par un système organisé autour d’une logique qui prétend rendre compte rationnellement de tout, à tel point qu’il en viendrait –sans le vouloir de manière délibérée mais sans non plus vouloir le savoir – à ne plus laisser sa place au sujet.» (Jean-Pierre Lebrun – sur le rôle de la science et la société sans Père) – Pour expliquer ce qui peut apparaître comme contradictoire, je ne peux que renvoyer au livre de l’auteur, Un monde sans limite.  

 « ‘En procédant à l’exécution de Louis XVI, les révolutionnaires n’abattent ni une personne, ni un symbole. Ils édifient pour la première fois dans l’histoire des grandes nations une société sans garant transcendant, une société de l’immanence’ … La pyramide organisée hiérarchiquement ne reposait que sur un leurre, une illusion, celle de l’extériorité radicale d’un ‘Autre’ substantiel, en l’occurrence, et ‘in fine’, celle de Dieu, sur l’existence non discutable d’une place d’exception absolue ; démasquée, nous nous sommes retrouvés face à un système qui avait perdu ce qui lui donnait sa consistance … La vie collective ne se soutient plus d’un ordre préétabli qui transmet des règles, mais d’un ordre qui doit émerger des partenaires eux-mêmes, si tant est qu’on consente à ce qu’il émerge. » (Jean-Pierre Lebrun – citant son confrère psy, Eugène Enriquez) – Plus de place d’exception absolue, plus de transmission, plus de hiérarchie, fût-elle fictive, illusoire, plus de discours possible affirmant, plus de contestation édifiante, plus d’être consistant, plus de civilisation, magma pluraliste. Nous y sommes.

Typique est « le caractère progressivement incongru du terme de ‘chef’, de l’au-moins-un à qui est reconnue l’autorité, au profit de celui de ‘manager’ ou de ’coordinateur’, toujours en charge de devoir faire consensus, ou de celui de ‘spécialiste’ ou ‘d’expert’. » (Jean-Pierre Lebrun) – Société prétendument horizontale, société refusant une colonne vertébrale et la verticalité induite.

« L’anarchisme de droite : individualisme radical, absence d’illusions sur la nature humaine, mépris des conventions, désillusion politique. » (Jérôme Leroy – à propos de Charles Bukowski)

« Les anarchistes désormais couronnés, cumulent les charmes de la rébellion et le confort de la domination. » (Elisabeth Lévy – sur les ex soixante-huitards)

« Chacun devrait se rappeler qu’étant enfant, il n’a pas aimé moins les personnes qu’il admirait et auxquelles il était soumis … Dire qu’une hiérarchie naturelle entre deux personnes soit un obstacle à des sentiments cordiaux, déclarer là qu’il s’agit d’une ‘frustration’, est l’un des plus grands crimes commis par la doctrine pseudo-démocratique. » (Konrad Lorenz) – Désordre et despotisme assurés.

« Une multitude sans chef ne peut rien faire. » (Machiavel)

« En faisant corps avec une entité supérieure, je me conforte dans mon existence propre … ‘clientélisme’ : haute fonction publique, Université, cadres d’entreprise, bureaux d’anciens élèves, franc-maçonnerie… Le microcosme intellectuel, pourtant supposé formé d’esprits libres, n’y échappe pas … Les commissions diverses sont des lieux où tous les coups bas sont permis. » (Michel Maffesoli) – Il n’existe pas de réseau sans hiérarchie explicite ou implicite.

« La hiérarchie, ordonnancement, expression, des différences … ne renvoie pas (du moins forcément et toujours) à une vision élitiste de la société, elle rend compte du donné social tel qu’il est vécu dans toute sa banalité. Résistant aux abstractions ‘égalitaristes’ qui, comme tous les ‘devoir-être’, est prétexte d’un totalitarisme sans merci … Dans le système des castes, système de hiérarchie rigide s’il en est, les limites imposées à telle ou telle caste inférieure sont en même temps une protection solide contre les exactions de telle ou telle caste supérieure. » (Michel Maffesoli)

« Le Christ est un anarchiste qui a réussi ; c’est d’ailleurs le seul. » (André Malraux)

« Sans religion, point de morale efficace et vivante : or il nous faut une morale pour mettre fin à l’anarchie des sentiments, comme il a fallu une classification des sciences pour mettre fin à l’anarchie des esprits. » (Charles Maurras)

« Les chroniques racontent comment le roi Arthur, avec l’aide d’un charpentier de Cornouailles inventa cette merveille de sa cour : la ‘Table Ronde’ miraculeuse autour de laquelle les chevaliers ne se battirent plus. Auparavant, par ‘sordide envie’ … ‘Je te ferai une table … dont personne ne sera exclu … Aucun chevalier ne pourra livrer combat car, là, le haut placé sera sur le même pied que le bas placé’. » (Marcel Mauss)

« L’idéal d’une démocratie parfaitement horizontale implique d’abord l’abrogation symbolique de toute forme de distinction hiérarchique. Cela produit une sorte d’assignation à l’indifférenciation, fonctionnant comme garantie du dogme égalitaire. » (Maurice Merchier)

« Les rapports hiérarchiques servent aussi à diminuer l’agressivité et à modérer les combats …. Chaque fois le contact, le mélange, l’indifférenciation, l’abolition de la loi sont pris pour symbole de la fin du règne humain … La disparition des fonctions et des rôles établis, le partage de la propriété, l’égalité et la confusion des rangs, ont été constamment ressentis, décrits comme annonciateurs du retour de la nature enfouie, de l’offensive de la sauvagerie dépassée, de la ruine de la civilisation, anéantissant les efforts dépensés pour la refouler. La hiérarchie passe pour être la colonne vertébrale de tout, et ce qui la brise brise le tout … ‘Quels fléaux, quels sinistres présages, quelles discordes – Quelles tempêtes sur mer, quels tremblements de terre – Commotion des vents, terreurs, changements d’horreurs – Dévient, brisent, déchirent et déracinent – L’unité et la calme harmonie des Etats – Jusqu’en leurs fondements. Oh ! Quand la hiérarchie est ébranlée – Seule échelle qui accède à tous les hauts desseins – L’entreprise est bien malade…’» (Serge Moscovici – La société contre nature – citant Shakespeare) – Voilà tout ce que les sociétés modernes dans leur délire de bouleversement de tout sont en train d’anéantir ; promesse de retour à la barbarie

« L’anarchie ramène toujours au pouvoir absolu. » (Napoléon Bonaparte)

« Développe toutes tes facultés – cela signifie : développe l’anarchie ! Meurs ! » (Nietzsche)

« La hiérarchie accomplie dans un système de gouvernement de la terre : à la fin les seigneurs de la terre, une nouvelle caste dominante. Jaillissant d’eux ici et là un Dieu très épicurien, le Sur-homme, le transfigurateur de l’existence ; César avec l’âme du Christ. » (Nietzsche, note pour Zarathoustra) – La modernité devenue folle a bien engendré une nouvelle classe dominante. Mais on chercherait en vain des Sur-hommes, on ne trouvera que quelques médiocres et discrets minables César avec l’âme, même pas de Lucifer, l’âme inexistante.

« A partir de la fin du moyen-âge, les termes de ‘rang’, ‘d’ordre’ ou de ‘degré’ reviennent constamment sous la plume des auteurs de traités sociaux ou moraux … Dès l’aube des Lumières les critiques formulées à l’encontre de la hiérarchie sociale traditionnelle s’intensifient alors que l’on assiste à un regain d’intérêt pour l’analyse de la stratification … le concept de ‘classe sociale’, en tant qu’il se distingue des concepts hiérarchiques antérieurs, date de la fin du XVIII° siècle … Les termes de classes supérieures (upper class), de classes moyennes, de classes laborieuses bientôt suivis par les notions de préjugé, de législation, de conscience, de conflit  de classe  … Un autre élément dans la stratification de la société moderne est le’ groupe de statut’ … ‘Contrairement aux classes, les groupes de statut sont généralement des communautés, mais de nature souvent amorphe. Contrairement à la ‘situation de classe’ qui est déterminée par des conditions strictement économiques, nous qualifierons de ‘‘situation de statut’ toute composante de la destinée humaine qui est déterminée par l’honneur qui lui est socialement attaché, que ce soit dans un sens positif ou négatif’. »  (Robert Nisbet – citant Max Weber) – L’auteur ne fournit pas d’exemple de ces groupes, mais on peut penser à des entités telles que la magistrature, l’université, l’armée…)

« Comme la montagne est plus pittoresque que la plaine, le monde hiérarchique est plus pittoresque que le monde démocratique. » (Mona Ozouf – évoquant le romancier Henry James)

« L’anarchisme procède de l’individualisme. Il est en effet la révolte antisociale d’une minorité qui se sent opprimée ou désavantagée par l’ordre de choses actuel. Mais l’anarchisme ne représente que le premier moment de l’individualisme : le moment de la foi et de l’espérance, de l’action courageuse et confiante dans le succès. L’individualisme, à son second moment se convertit en pessimisme social. » (Georges Palante) – Peut-être vrai quand il existait de vrais anarchistes conscients. Alors qu’aujourd’hui il n’existe que de sordides casseurs-profiteurs.

« L’anarchiste suppose que les vertus nécessaires à l’harmonie sociale fleuriront d’elles-mêmes. » (Georges Palante)

« L’anarchisme prétend concilier deux principes contraires : le principe individualiste ou libertaire et le principe humaniste et solidariste, qui se traduit sur le terrain économique par le communisme. » (Georges Palante)

« Je n’ai pas assez de foi dans la nature humaine pour être anarchiste. » (John Dos Passos)

« L’anarchie a le droit. Mais ce que nous ne voulons pas c’est que l’anarchie veuille nous gouverner revêtue des autorités de l’Etat. » (Charles Péguy)

« Ils sont anarchistes, mais ils ne laissent rien tomber des prérogatives que l’Etat leur confère. Et notamment celle (évidemment négligeable) de passer tous les mois à la caisse. A notre caisse. Ils ne sont pas seulement anarchistes de gouvernement, ils sont anarchistes de trésorerie. » (Charles Péguy – cité par Philippe Muray à propos des intermittents du spectacle) – On peut élargir.

« L’anarchiste c’est l’homme qui veut le bien de l’humanité envers et contre tous, c’est celui qui refuse de ‘comprendre’, de vivre malgré tout quand même. » (Georges Perros)

« Dans une hiérarchie, tout employé a tendance a s’élever à son niveau d’incompétence. » (principe de Peter)

« La pleine assomption de la personnalité se conçoit apparemment en Occident plus en termes de rupture qu’en termes de continuité. » (Evelyne Pewzner) – D’où la tendance au chaos perpétuel.

« Les élites ont suivi leur mouvement naturel qui les pousse à dégénérer en féodalités. » (Natacha Polony et le comité Orwell – sur la fiction qu’est devenue la pratique de la démocratie et le partage des hauts postes privés comme publics que se réserve une oligarchie)

« Pas de liberté sans discipline – Pas d’égalité sans hiérarchie – Pas de fraternité sans rigueur. » (Raymond Queneau – Triade républicaine présidant au Traité des vertus démocratiques)

« Hiérarchie : excellent. Mais le supérieur n’est supérieur à l’inférieur que par rapport à une certaine fonction … En dehors de ces activités, il n’y a aucune raison pour que le supérieur conserve sa supériorité. » (Raymond Queneau) – C’est l’évidence même. Par ailleurs, on sait que l’actuelle absence apparente de hiérarchie ne s’exerce qu’au détriment des plus faibles.

« L’ordre sans l’Etat. » (Elisée Reclus – évoquant plus la pensée libertaire que l’anarchie proprement dite)

« A partir du moment où la hiérarchie est évacuée, la subordination doit être expliquée comme le résultat mécanique de l’interaction entre individus, et l’autorité se dégrade en ‘pouvoir’, le ‘pouvoir’ en ‘influence’, etc. » (Alain Renaut)

« Dans la double hiérarchie des rangs et des fortunes, chacun n’ambitionne que l’homme qu’il a devant soi et qui ne le sépare que d’un degré des dignités ou de la richesse. Cette ambition est très raisonnable ; mais les philosophes ont brusquement rapproché les deux extrêmes en opposant le soldat au général et le manœuvre au propriétaire ; ce contre-coup a tout renversé. » (Rivarol) – Les média, grands producteurs d’envie ont pris le relais des philosophes.

« Fatigués du despotisme, les hommes crient à la liberté ; froissés par l’anarchie, ils crient à l’ordre. » (Rivarol)

« Il fallait bien que je les suive, j’étais leur chef. » (Ledru-Rollin en 1848 – cité par Louis Pauwels)

« D’un côté, les porteurs d’une valeur admise comme supérieure se considèrent comme ayant des droits sur les autres (les guerriers sur les marchands…)  … De l’autre, les individus qui se croient supérieurs, qui ont plus d’audace ou d’impudence, décrètent que leur activité est d‘essence supérieure. » (Raymond Ruyer)

« La protection est la seule explication de la puissance. Celui qui n’a pas la puissance de protéger quelqu’un n’a pas non plus le droit d’exiger l’obéissance … Pas de hiérarchie ou de subordination, pas de légitimité ou de légalité acceptable sans cette relation réciproque de protection et d’obéissance. » (Carl Schmitt – sur la politique)  – « Pour être un président protecteur, il faut d’abord effrayer ceux que l’on veut protéger. » (Christian Salmon)

« Dans une société fortement hiérarchisée l’envie crée moins de problèmes que dans celles où les structures sont plus fluides. » (Helmut Schoeck)

« Remontant aux sociétés élémentaires, resterait à voir si le principe hiérarchique (la division de la société en ordres, castes, classes…) n’y jouerait pas déjà une fonction propre à atténuer l’effet du sacrifice en prévenant ou en limitant les effets du conflit mimétique. » (Lucien Scubla  – reprenant les thèses de René Girard)

« Les chefs sont des salauds puissants, les sujets des salauds en puissance. » (Louis Scutenaire)

« En politique comme en architecture la symétrie est indispensable. Sans parler de hiérarchie héréditaire, il faut différents étages pour bâtir, et, en toute construction, égaliser c’est démolir. » (Louis-Philippe de Ségur)

« Le despotisme est le repos de l’anarchie. » (Louis-Philippe de Ségur)

« On a caractérisé les pyramides d’Egypte comme les symboles de l’architecture politique des grands despotes orientaux : une société structurée de façon totalement symétrique … la pointe dominant uniformément tout l’ensemble … L’attrait de la symétrie, avec son équilibre intérieur, sa perfection extérieure et l’harmonieuse relation entre ses parties et son centre unitaire, contribue certainement à cette force d’attraction esthétique qu’exercent sur beaucoup d’esprits l’autocratie, la radicalité d’une seule et même volonté étatique. »  (Georg Simmel)

« Les lignes de démarcation séparaient le haut du bas, le grand de l’humble, le civilisé du primitif arriéré, le savoir de l’ignorance, le privilège social de l’état servile, les années de la jeunesse, les hommes des femmes. Et, dans chaque cas, le ‘de’ traduisait la supériorité. C’est l’écroulement, plus ou moins complet, plus ou moins reconnu, de ce système d’échelons fondant la valeur (peut-il y avoir valeur sans hiérarchie ?) qui est maintenant le trait dominant de notre paysage intellectuel et social … Un flou généralisé a pour ainsi dire subverti les catégories d’âge, les distinctions de sexe, les classes, l’échelle de l’intelligence eu  du pouvoir. » (George Steiner) – Un magma de médiocrité. Sauf si on excepte la peu regrettée prétendue supériorité des hommes sur les femmes. 

« Les lignes de démarcation séparaient le haut du bas, le grand de l’humble, le civilisé du primitif arriéré, le savoir de l’ignorance, le privilège social de l’état servile, les années de la jeunesse… »  (George Steiner – La culture contre l’homme) – Avant la confusion organisée afin de masquer la domination des élites qui n’osent même pas s’avouer telles tellement elles se savent indignes et méprisables.  

« Est-il fortuit que tant de triomphes ostentatoires de la civilisation, l’Athènes de Périclès, la Florence des Médicis,, l’Angleterre élisabéthaine, le Versailles du grand siècle et la Vienne de Mozart aient eu partie liée avec l’absolutisme, un système rigide de castes ? » (Georges Steiner – La culture contre l’homme) – Mais maintenant nous avons les œuvres de Jeff Koons et les émissions de télé-réalité !

« Le ‘faire’ est l’ennemi … Et ceci affecte la fratrie au cas où en son sein un individu se permettrait un ‘faire’ qui le placerait au-dessus des autres … s’imposant ainsi pour les autres en tant que substitut du père … Le ‘creveur de plafond’. » (André Stéphane – sur les assemblées de contestataires type 1968)

« Dieu et le genre humain ont fondé leur cause sur rien, sur rien d’autre qu’eux-mêmes. Je fonderai donc également ma cause sur Moi-même, qui suis tout autant que Dieu le rien de tous les autres, qui suis Mon tout, qui suis l’Unique … Ma cause n’est ni le divin ni l’humain, ni le Vrai, ni le Bon, ni le Juste, ni le Libre etc…. mais seulement le ‘Mien’ ; elle n’est pas générale, mais ‘unique’, comme moi je suis unique. Pour Moi, il n’est rien au-dessus de Moi … L’individu est l’irréconciliable ennemi de toute généralité, de tout lien, c’est-à-dire de toute chaîne. Pourtant, l’on s’est imaginé, jusqu’à aujourd’hui, que l’homme avait besoin de ’liens sacrés’… L’homme n’a tué Dieu que pour devenir le ‘seul Dieu dans les cieux’. L’au-delà hors de Nous a sans doute été balayé et la grande entreprise de la philosophie des Lumières accomplie ; mais l’au-delà en Nous est devenu un nouveau ciel, qui demande à être escaladé à nouveau : Dieu à dû céder la place, mais pas à Nous, à l’Homme … La liberté du peuple n’est pas ma liberté. Un peuple ne peut être libre qu’aux dépens de l’individu, car, dans cette liberté, ce n’est pas ce dernier, mais le peuple qui est l’essentiel. Plus libre est le peuple et plus lié est l’individu ; c’est à son époque de plus grande liberté que le peuple athénien a institué l’ostracisme … et empoisonné son penseur le plus pur. » (Max Stirner – considérations éparses sur l’extrême individualisme, proche de l’anarchie – L’unique et sa propriété)

« Le rêve apocalyptique de l’universelle destruction pour le plus grand bien de l’univers… » (Gabriel Tarde – sur l’anarchie)

« L’anarchie engendre immanquablement la tyrannie … Tout est Dieu quand il n’y a plus ni sommet ni hiérarchie. L’anarchie réalise le ciel à peu de frais. » (Gustave Thibon)

« Avec la stérile confusion des classes commence la stérile lutte des classes … C’est dans les sociétés fortement diversifiées et hiérarchisées, que s’établissent, entre les membres de ces hiérarchies, les échanges les plus féconds et les plus durables … Comment de vrais échanges pourraient-ils subsister quand l’existence même de cette hiérarchie est remise en question ? Il s’agit alors en haut de défendre et en bas de conquérir … L’inférieur … ne vise qu’à égaler, puis à expulser, et le supérieur … à défendre sa position menacée. L’envie d’une part, la crainte de l’autre, tarissent tous les échanges vitaux. » (Gustave Thibon) – De quoi faire hurler la meute des imbéciles bavant d’envie.

« La nuit est par essence le temps de l’anarchie. » (Michel Tournier)

« Coincé entre le refus global du pouvoir et son acceptation absolue. Refusant la hiérarchie par dépit de ne pas s’y trouver installé… » (Raoul Vaneigem) – Cas si répandu.

« La hiérarchie : constituée par une certaine vénération, un certain dévouement à l’égard des supérieurs, considérés non pas dans leur personne ni dans leur pouvoir, mais comme des symboles … Symbole d’un domaine qui se trouve au-dessus de tout homme … Il faut que la hiérarchie soit orientée vers un but dont la valeur et même la grandeur  soit sentie par tous, du plus haut au plus bas. » (Simone Weil – L’enracinement)

« L’ordre social, quoique nécessaire, est essentiellement mauvais, quel qu’il soit. » (Simone Weil)

« Il n’y a pas de transmission sans verticalité. » (?) – Or comme les médiocres ne supportent plus aucune hiérarchie et qu’ils constituent la classe dominante (voir les média, les politicards…)

« Une nuit d’anarchie est pire que des années de tyrannie. » (proverbe)

« Où manque la police abonde la malice. » (proverbe)

« La stratification sociale libère l’individu en lui épargnant de se préoccuper de ses propres échecs. » (?) – De se les attribuer.

Ci-dessous extraits, très simplifiés, du livre de Thorstein Veblen, Théorie de la classe de loisir (alors, gens pouvant se dispenser de travailler et s’en faisant gloire). L’équivalent aujourd’hui serait classe dominante, principalement au sens économique. L’ouvrage date de la fin du XIX° siècle et traite de la société américaine. Mais rien n’est vraiment changé au fond, surtout quant à la rapacité, qui constitue, l’essence de la critique. Au contraire celle-ci n’a fait que se développer. Sur la forme : la fiscalité a rendu plus discrète la rivalité pécuniaire ostentatoire ; le conservatisme nécessaire alors pour garantir ses privilèges ne fonctionnant plus, la classe décrite a recours à l’inverse à une démagogie effrénée et à l’apologie de tout bouleversement qui lui permettent de maintenir sa suprématie sur des populations moins directement asservies mais plus déboussolées et menacées, d’où la nécessité pour elle de dominer la sphère médiatique ( il s’agit toujours de dicter sa conduite aux classes inférieures) ; la prouesse guerrière est simplement remplacée par la réussite en affaires.

On retrouve les mêmes idées, fortement précisées, explicitées et documentées dans le contexte américain des années cinquante dans l’ouvrage de Vance Packard, Les obsédés du standing, qui analyse les comportements moutonniers et ségrégatifs des classes supérieures américaines, littéralement obsédés de leur apparence largement conditionnée par leurs fréquentations.

« Le désir de richesse ne peut guère être assouvi chez quelque individu que ce soit … Jamais aucun accroissement de la richesse n’approcherait du point de rassasiement … Du fait que la lutte est en réalité une course à l’estime, à la comparaison provocante (l’aspect ostentatoire du loisir, de la consommation), il n’est pas d’aboutissement possible … le niveau de suffisance est profondément affecté par les habitudes de rivalité pécuniaire … En outre, la richesse confère la puissance, et c’est là un autre motif d’accumuler … Pour s’attirer et conserver l’estime des hommes, il ne suffit pas de posséder simplement richesse ou pouvoir ; il faut encore les mettre en évidence, car c’est à l’évidence que seule va l’estime. En mettant sa richesse bien en vue, non seulement on fait sentir son importance aux autres, mais encore, chose à peine moins utile, on affermit toutes raisons d’être satisfait de soi. » – En finale, penser aux milliardaires accumulateurs, aussi cupides que donateurs, Bill Gates… « Mettre en relief sa consommation d’articles de prix … Être connaisseur (en architecture, gastronomie, breuvages…), ce qui suppose d’avoir du temps (et bien évidemment du goût !) … La valeur emblématique du loisir de l’épouse (aujourd’hui de son engagement) … la consommatrice rituelle des biens que le mari produit, ou dont il jouit … Adhérer aux opinions conservatrices, en appui de la respectabilité, conservatisme … Respect d’un code établi qui dicte sa conduite au reste de la société … La classe de loisir, modèle d’honorabilité, a été en position de prescrire aux classes inférieures bien des éléments de sa théorie de la vie … Tout matériel humain qui ne se plie pas aux usages reçus s’expose à l’élimination ou à la régression … La prouesse guerrière est hautement honorifique, elle atteste que l’admiré a le tempérament rapace … La rapacité caractérisant la classe de loisir … L’activité prétendument sérieuse de la classe supérieure est le gouvernement : ce qui est là encore une activité prédatrice … La compétition moderne est en grande partie un processus d’affirmation de soi qui fait appel à ces possibilités du naturel rapace … Prédilection esthétique ou éthique pour les aptitudes barbares … La canne, symbole de dilettantisme et d’arme … L’inclination pour les sports athlétiques … Les deux caractères barbares, la férocité et l’astuce, composent le tempérament rapace. »

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