045,4 – Haine

– Ce serait une bien grande erreur de croire que ce sentiment ne se rencontre que dans des situations exceptionnelles. Chez certains, il est le ressort constant et dissimulé, même parfois à eux-mêmes, de leur action. Il est une motivation qui surpasse toutes les autres, même leur ambition effrénée. On comprendra que, dans le terrorisme de pensée actuel, je ne puisse citer d’exemple. Les rares esprits indépendants qui connaissent les dessous de notre histoire contemporaine comprendront.

– Quel gigantesque exutoire pour déployer sa haine que les réseaux sociaux.

– France, le pays où, impunément, la composante jeune d’un parti peut établir une carte des dérapages, accessible à tous, une carte des flicages, pour dénoncer les élus qui osent ne pas penser comme eux et partager leur corruption mentale (Ah, si les bonnes vieilles polices totalitaires avaient disposé  d’internet !), où un puissant milliardaire bien-pensant peut appeler au massacre, « si une bombe explosait au milieu de cette foule de manifestants, je ne pleurerais pas », où un syndicat de magistrats en formation peut afficher sur un mur des cons les photos de parents dont des pervers ont odieusement assassiné  les enfants. Mais, il ne s’agit certainement pas de haine. Un bourgeois gauchiste est tout pur. Il y a une catégorie de gens qu’on peut insulter, frapper, haïr, les vilains. Et une autre catégorie, à laquelle justement il est interdit de toucher, serait-ce légèrement, les bons. Donc, si vous avez envie de vous défouler, en insultant des gens, sachez que certaines espèces sont particulièrement protégées. La liste en serait trop longue. Mais à titre d’indications contraires : sale Français,  sale catho, sale réac.  (tout autre épithète malsonnant pouvant être appliqué à ces espèces) passent bien et vous valent l’estime et les récompenses de la meute.

– Il y a peu de haines comparable à celle qu’éprouvent, et manifestent, nos élites à l’encontre du peuple, haine se sachant sans cause, donc d’autant plus intense. Si cependant, la propagande française anti-boches pendant la guerre de 1914-18 a atteint des sommets d’abjection (avec conséquences sur le sort des prisonniers, ou de ceux qui auraient dû l’être), avec reprise à la libération de 1944 (et les mêmes conséquences). Cela date peut-être, mais en dit long sur la bassesse de nos média (toujours prêts à exciter à la haine). On en a vu des traces encore lors de la honteuse intervention contre les Serbes…

– Qu’est-ce qui peut bien motiver la haine éclatante du peuple que manifeste jour après jour, avec constance depuis des décennies, la presse mainstream (Le Monde, Libération, les Inrocks, Médiapart, etc…), alors  que même les organes officiels du  mondialisme (puissantes ONG, Silicon valley, Trilatérale et autre Davos, Commission européenne, etc. ) manœuvrent de façon plus discrète ?  Incapacité (sottise journalistique) de se recycler, de ne pas se masturber suivant les bonnes vieilles méthodes ?

– Le Français est le champion de la haine de soi. Commis sans discernement ni recul sur une longue période, l’excès d’altruisme (ou le plus souvent d’altruisme simulé pour la galerie : bien-pensants, humanitaires en peu de lapin, belles âmes en tout genre) entraîne presque infailliblement à la perte d’estime de soi, et cette perte se transforme très vite en haine de soi, et des autres bien sûr. Une société de la bien-pensance est une société de la haine généralisée, comme on le voit en France aujourd’hui.

– « La délation  fait son ‘coming out’ … Mouchard et fier de l’être. » (Gabrielle Cluzel) – Le hashtag # ‘Balance ton porc’, étendard de la haine.

– Titre d’un livre traitant de terrorisme meurtrier : Vous n’aurez pas ma haine – « fadaise citoyenne d’une confondante niaiserie » (Patrick Mandon), pour ne pas la qualifier d’étalage de lâcheté. Les terroristes ont dû être émus jusqu’aux larmes par une telle mansuétude ! Comment peut-on descendre aussi bas !

 ——————————————————————————————————————————-

« Le pire de certaines haines est qu’elles sont si viles et s’y rampantes qu’il faut se baisser pour les combattre. » (Marie d’Agoult)

« La haine n’est pas seulement la forme première de la négation, elle n’est pas seulement le plaisir anticipé d’anéantir l’autre, mais simultanément aussi l’affirmation de soi et la constitution de soi par négation et destruction de l’autre … Le dit de la haine ‘Il faut qu’il ne soit pas, pour que moi je sois’ … La plupart des gens haïssent volontiers. Par le moyen de la haine qui recherche la négation d’autrui, son anéantissement, ils réussissent à s’assurer de leur propre existence … Je combats quelqu’un, de ce fait je me mets à le haïr. L’appétit vient en mangeant, la haine vient en luttant … On ne haït pas les personnes ou les groupes parce qu’on en connaît les traits haïssables. C’est l’inverse : la haine inoculée, on croit aussi connaître ceux qu’on haït. Haït-on quelqu’un, on croit également le connaître par la haine qu’on en a. Et à cause de cette prétendue connaissance, on le haït encore davantage. » (Günther Anders – considérations éparses sur la haine)

« Les émotions dépendent à chaque fois des situations historiques, surtout de l’appareillage technique. Les affects d’un homme à la mitrailleuse (à plus forte raison d’un pilote de bombardier, pour autant que celui-ci ait encore des émotions, qui dans ses vols de nuit ne combattait plus mais se bornait à anéantir) n’offrent plus la moindre ressemblance avec ceux d’un hoplite engagé dans la bataille de Salamine … A l’époque de l’artillerie à longue portée, la haine est devenue un anachronisme … La haine peut difficilement surgir à cause de la mécanisation des techniques de guerre (il faut donc la fabriquer médiatiquement) … La distance entre agresseurs et agressés s’était accrue au point que non seulement les agresseurs ne pouvaient plus haïr les agressés, mais encore que les agressés eux-mêmes   (comme je l’ai appris de la bouche de survivants d’Hiroshima) ne pouvaient haïr davantage les agresseurs … Des pilotes s’attribuaient même comme une attitude vertueuse, voire chrétienne, d’exécuter leurs missions sans haine … Plus l’ennemi est éloigné, plus difficile et plus improbable devient la naissance ‘naturelle’ de la haine … De nos jours obsolètes sont les ‘champs de bataille’. On tire aujourd’hui en restant chez soi gentiment. Frappeurs et victimes sont tenus à distance les uns des autres … Le pire que nous puissions dire de nous, gens d’aujourd’hui, ‘la haine est définitivement de trop’. » (Günther Anders) – Et avec les pilotes de drones à des milliers de kilomètres, qui rentrent tous les soirs à la maison, après le bureau. Conformément aux Evangiles, on va même pouvoir aimer ses ennemis, avant de les massacrer en grandes masses.

« La guerre par télé-meurtre qui vient sera la guerre la plus dénuée de haine qui ait jamais existé dans l’histoire … Cette absence de haine sera la haine la plus inhumaine qui ait jamais existé ; absence de haine et absence de scrupule ne feront plus qu’un. » (Günther Anders)

« Appuyer sur un bouton absout du bien comme du mal, on ne doit ni n’a besoin de haïr (aucun des pilotes d’Hiroshima n’a eu besoin de mobiliser la quantité de haine qu’il a fallu à Caïn pour tuer son frère Abel … Et les milliers d’équipages de bombardiers avant et après Hiroshima !) Des faits n’ayant requis aucune méchanceté restent fermés à l’examen moral et inaccessibles au remords. Rendre les coupables parfaitement étrangers à leurs actes … (Truman remerciant Dieu de lui avoir permis d’avoir la bombe) … Si nous ne savons plus que nous faisons quelque chose, si nous ne nous en apercevons plus, nous pouvons par conséquent faire les pires choses … Nous allons périr noyés sous un déluge d’innocence … Nous sommes confrontés à la fin de la méchanceté, ce qui ne signifie pas la fin des mauvaises actions mais leur perfide allégement. Car rien n’est maintenant plus inutile que la méchanceté et si les coupables n’ont plus besoin d’être méchants pour accomplir leurs forfaits, ils perdent toutes chances de réfléchir et de revenir sur leurs forfaits. La liaison entre l’acte et le coupable est détruite. » (Günther Anders)

« Les haines de race survivront aux distinctions de classes. » (Raymond Aron – L’opium des intellectuels)

« La haine, comme l’amour, se nourrit des plus petites choses. » (Balzac)

« La France, au cours de son histoire, a connu bien des guerres civiles. Mais elle a toujours su y mettre un terme, en faisant s’éteindre la haine dans la réconciliation et l’amnistie … Ces époques là sont terminées. Désormais la haine ne doit plus s’éteindre. Elle doit même être soigneusement entretenue … Sous couvert de pédagogie, on entretient la guerre civile, on remue des rancunes affreuses, on rend les haines inextinguibles. » (David Barney) – Plus de prescription, haïssons ! Qui ne voit que c’est au profit d’un pouvoir lui-même haineux.

« La haine sait attendre, préparer, réfléchir, prévenir… C’est une science infernale aussi bien qu’une passion. Elle cuve comme le vin. » (Anne Barratin)

« On peut détester sans haine comme on peut aimer sans tendresse. » (Anne Barratin)

« La Haine est un ivrogne au fond d’une taverne,

« Qui sent toujours la soif naître de la liqueur

« Et se multiplier comme l’hydre de Lerne.

« Mais les buveurs heureux connaissent leur vainqueur,

« Et la Haine est vouée à ce sort lamentable

« De ne pouvoir jamais s’endormir sous la table. » (Baudelaire – Spleen et idéal)

« La haine, passion virale, est aussi une passion vitale. Contre la perfection du système, la haine est une ultime réaction vitale. » (Jean Baudrillard)

« Notre siècle (le XX°) aura été le siècle de l’organisation intellectuelle des haines politiques. Ce sera un de ses grands titres dans l’histoire morale de l’humanité. » (Julien Benda)

« La haine de la haine, réelle ou supposée, permet de haïr en toute bonne conscience. » (Philippe Bénéton) – Et les censeurs-insquisiteurs-moralistes de notre époque ne s’en privent pas.

 « Le mépris relève de l’éthique de l’honneur, tandis que la haine se rattache à la morale du bien et du mal absolus. » (Alain de Benoist – reprenant Jacques Julliard qui aurait affirmé que la haine est plutôt de gauche, tandis que le mépris est plutôt de droite)

« La haine qu’on se porte à soi-même est probablement parmi celles pour lesquelles il n’y a pas de pardon. » (Georges Bernanos)

« Il est plus facile que l’on croit de se haïr, la grâce est de s’oublier. » (Georges Bernanos)

« La haine est ce qu’il y a de plus clairvoyant après le génie. » (Claude Bernard)

« La haine serre les dents, non seulement sur le vœu que l’autre n’existe plus, mais aussi qu’il n’ait jamais existé : ‘Que ceci n’ait jamais eu lieu, qu’en disparaisse jusqu’au nom, jusqu’à l’ombre du nom’. La haine est le regard renversé de Dieu, une création à l’envers. Elle vise l’avenir, le passé et le présent de l’autre. » (Christian Bobin)

« ‘Il faut craindre celui qui se hait lui-même car nous serons les victimes de sa vengeance’ … On fait un médiocre usage des autres quand on est fatigué de sa propre existence. » (Pascal Bruckner – citant Nietzsche) – Nietzsche est plus clair : il devinait les gauchistes, les casseurs, les révolutionnaires sanguinaires, les humanitaires-culpabilisateurs, les bonnes consciences, les bien-pensants….

« Les haines sont si longues et si opiniâtres, que le plus grand signe de mort dans un homme malade, c’est la réconciliation. » (La Bruyère)

« La haine est certainement le plus durable des plaisirs. On se presse d’aimer, on se déteste à loisir. » (Byron)

« La société a toujours su utiliser cette haine de l’autre. A cet égard, on pourrait voir toute l’organisation des sociétés jusqu’ici comme une immense machine conçue et construite pour dériver vers l’extérieur la haine, l’agressivité qui existe à l’intérieur de la société. » (Cornelius Castoriadis) – La haine que manifeste le groupe politico-médiatique contre l’expression de toute pensée libre.

« Quand la haine des hommes ne comporte aucun risque, leur bêtise est vite convaincue, les motifs viennent tout seul. »(Louis-Ferdinand Céline)

« Qu’importe qu’ils me haïssent pourvu qu’ils me craignent. » (Cicéron)

« L’avantage non négligeable d’avoir beaucoup haï les hommes est d’en arriver à les supporter par épuisement de cette haine même. » (Emil Cioran)

« L’historiographie victimaire finit toujours par désigner à la vindicte publique ‘l’homme blanc hétérosexuel’, coupable d’une société qu’il aurait construite à son usage exclusif et qui prend le relais du bourgeois bedonnant à haut de forme. » (Mathieu Bock-Côté) – La haine se renouvelle sans cesse. Elle ne fait que changer de masque. 

« On comprend cependant que le régime diversitaire ait tendance à assimiler à la haine toute forme de désaccord explicite avec les différents impératifs du progressisme. Est jugé porteur d’un discours haineux celui qui par exemple refusera de se soumettre aux prescriptions du multiculturalisme ou à celle de l’idéologie trans …  qui ne s’enthousiasmera pas pour l’immigration massive ou qui s’entête à penser qu’on ne saurait affirmer sérieusement qu’il n’y a aucun lien entre l’islam et l’islamisme. Est toujours jugé haineux celui qui constate que toutes les cultures ne cohabitent pas aisément et qu’une société qui s’entête à croire le contraire risque de connaître tôt ou tard des tensions identitaires et une forme de désagrégation civique. » (Mathieu Bock-Coté – Diversité contre liberté) – Ou l’extension féroce de la notion de haine.

« La ‘hargne’ est le degré au-dessous de la ‘haine’ qui signifie, en langage codé, l’extrême droite. » (Marc Crapez)

« La haine, c’est la colère des faibles ! » (Alphonse Daudet)

« La haine qui fait de l’homme une efficace, violente, sélective et froide machine à tuer. » (Régis Debray – sur Che Guevara) – Cette ordure sadique, idole des lâches.

« J’ai décrit la création de personnages comme ‘Monbeauf’ ou la famille ‘Deschiens’ traduisant la profonde haine des élites françaises à l’égard du peuple, et quand j’écoute les chansons françaises là-dessus, cela me fait penser à ce serment affreux que prêtaient les oligarques en Grèce avant la démocratie :’Je jure de faire au peuple tout le mal que je pourrai’. » (Chantal Delsol) – Elites françaises ou pourriture française ?

« Le mépris de classe est aussi odieux que le mépris de race. Pourtant en Europe le premier est un sport national, tandis que le second est un crime … Dans cette société soi-disant démocratique et morale, le mépris est élevé au rang de vertu … des personnages scéniques et emblématiques ont été inventés qui déploient avec sérieux la détestation du peuple, et dont le succès montre bien l’ampleur de ce mépris partout où l’on pense (Monbeauf de Jean Cabut, La famille Deschiens…)  » (Chantal Delsol)

« Une démocratie qui invente le concept de populisme … qui lutte par  le crachat et l’insulte contre des opinions contraires… » (Chantal Delsol) – Sans négliger de se servir de mesures répressives encore plus vicieuses. Contre le populisme, toute pourriture est bonne.

« Quoi qu’ils fassent les courants politiques populistes sont toujours haïs. » (Chantal Delsol)

« La haine ne saurait être si petite qu’elle ne nuise. » (Descartes)

« Un peu de mépris épargne beaucoup de haine. » (Jacques Deval)

« Il y a des hommes dont il est glorieux d’être haï. » (Diderot)

« Lire et relire Voltaire pour se souvenir que le respect du fait religieux est incompatible avec l’exercice de la liberté. » (Raphaêl Enthoven) – Remarquable proclamation de haine qui n’ose pas s’avouer clairement. Peu surprenante de la part d’un auteur flottant, aussi imprévisible et fluctuant.

« Sous la compassion, la haine … au-delà de la victime, c’est le coupable, ou le responsable, qui est visé. » (Guillaume Erner)

« L’amitié dort, la haine veille. » (Charles-Simon Favart)

« Anna Sergueivna prit part dans son adolescence à la farandole sanglante des abstractions sentimentales … Mais ce ne sont pas des êtres humains, ce sont des koulaks … Tout comme les Allemands disaient : les Juifs, ce ne sont pas des êtres humains … Ce que Pasternak appelait la ‘domination inhumaine de l’imaginaire’,  les ‘méfaits de la haine au nom de l’amour pour l’humanité écrasée’. » (Alain Finkielkraut – sur certaines attitudes ‘révolutionnaires’ – commentant Tout passe de Vassili Grossman) – Il est plus facile de tuer des appellations que de s’affronter à des visages « la dangereuse ivresse d’aimer ou d’exécrer des êtres abstraits, sans nom ni prénom. » (idem)

« L’homme promu au rang d’auteur, d’artisan de l’histoire doit rendre compte … du mal persistant.  Il ne dispose plus de l’argument théologique du péché originel. Dès lors, il découvre cette figure décisive de l’adversaire, de l’ennemi. Ce qu’on imputait autrefois à l’homme pécheur, on l’impute désormais à l’adversaire … La découverte de la bonté originelle suscite l’émotion et débouche sur la haine … Car si l’homme est bon, le mal ne peut venir que du contre-homme, de l’homme ennemi de l’homme. » (Alain Finkielkraut – s’inspirant de Hannah  Arendt) – Voilà ce que c’est que d’avoir largué nos anciens mythes qui avaient montré leur utilité pendant des millénaires.

« Ce masochisme dont Sartre a donné l’exemple … sévit plus que jamais … La constitution par l’histoire telle que maintenant on l’enseigne ‘d’ayants-droit de la haine’  … Les autres cultures, les cultures de l’Autre n’ont jamais à répondre de rien. Leur éventuelle violence est une contre-violence, une réponse … Un produit dérivé des ‘péchés mortels de la chrétienté, de l’Occident, de la France’. » (Alain Finkielkraut)

« A partir de 1789, on a cru pouvoir, par contrainte et violence, construire la république sur les passions négatives d’envie, de peur et de haine, haine des rois, des prêtres, des nobles et des riches … En l’an VI fut imposé aux fonctionnaires un ‘serment de haine à la royauté et à l’anarchie’. » (Claude Fouquet) – Bravo ! Evidemment cette promotion de la haine a laissé des traces, parfaitement repérables aujourd’hui.

« Ce ne sont ni la famille, ni la propriété privée, ni les inégalités entre les hommes qui sont cause de violence : l’agressivité n’a pas de cause sociale première, et c’est pourquoi toute civilisation, même la plus développée, n’est jamais quitte avec la haine de l’Autre … Plus l’exigence d’aimer les membres d’une même communauté croit, plus la haine est rejetée sur l’extérieur, sur l’ennemi à l’égard duquel toute pitié naturelle disparaît. » (Sigmund Freud) – Ceux qui prétendent en finir avec la violence sont les pires meurtriers.

« La haine envers une personne ou une institution déterminée pourrait tout aussi bien avoir une action unificatrice et susciter les mêmes liens affectifs que l’attachement positif. » (Sigmund Freud) – « Vous qui êtes mes frères parce que nous avons les mêmes ennemis. » (Paul Eluard) – « Il faut fédérer les fidèles autour d’une personne ou d’un groupe à détester. Cela est plus facile, de nos jours de peu de foi, que de fédérer dans l’amour … Il conviendra donc de diaboliser. » (Gilles-William Goldnadel) – « La haine peut même être explicitement revendiquée comme un sentiment positif, voire comme un devoir. » (?) – Je hais Machin, je hais l’intolérance, je hais le racisme, je hais le libéralisme… Certains qui se disent intellectuel se font une spécialité de telles formulations.

« L’affect le plus fondamental qui émerge sur Internet, c’est tout bêtement la haine … Elle est toujours bien là et l’espace numérique la révèle. » (Marcel Gauchet) – « L’anonymat libère l’insulte. » (Raphaël Enthoven)

« Bien sûr, nous sommes résolument cosmopolite. Bien Sûr, tout ce qui est terroir, bourrées, binious, bref, franchouillard ou cocardier nous est étranger, voire odieux. » (éditorial du magazine Globe de Pierre Bergé et Bernard-Henri Lévy) – La haine des milliardaires pour le peuple.

« Quand la haine vient aux femmes que Dieu protège ceux qui les ont bafouées. » (Henri Gougaud)

« La haine sera un facteur de lutte … Ce sera la haine intransigeante de l’ennemi qui repoussera nos limites naturelles et nous transformera en une efficace, violente, sélective et froide machine à tuer. » (Ernesto Che Guevara) – Dont le portrait, bienveillant, s’affiche partout. Douce époque tellement civilisée.

« Caïn est le premier des humains conçu par un acte de chair entre un homme et une femme. Et s’il surgit au début des Ecritures, c’est pour nous révéler ce que nous sommes au fond de nous-mêmes : des êtres capables de tuer notre frère ou notre sœur … On n’accorde jamais à la rivalité fraternelle, au complexe de Caïn, la place qui lui revient, tant la question œdipienne domine (cette chose qui recouvre le vœu de parricide ou de matricide) … Pourquoi ne sait-on pas pointer la jalousie haineuse et le désir de mort qui habite le conflit fraternel ? Dont cependant la littérature est pleine (Etéocle et Polynice, Remus et Romulus, Hamlet, Richard III, Horace et les Curiaces,  Absalon et Amnon, Salomon lui-même et Adonias, la jalousie des frères de Joseph et leur tentative d’assassinat, la jalousie d’Esaü et de Jacob, etc., sans oublier, dans ‘Les Confessions’ le souvenir de saint Augustin vis-à-vis de son petit frère à l’allaitement) … La ‘frérocité’ suivant Lacan … La longue faiblesse et dépendance de l’enfant d’où naîtra le complexe d’infériorité qui l’obsèdera toute sa vie et la lutte contre celui-ci par la construction de rêves de puissance, le complexe de supériorité (Adler, psychanalyste), utile à la compréhension de la psychologie du fanatique, du terroriste, le sentiment ressenti d’infériorité aurait transformé en Caïns une  frange (infime) de la population musulmane … La haine œdipienne se nourrit de celle de Caïn dans la mesure où la Loi paternelle est précisément celle qui interdit le fratricide désiré … Le parricide, évidemment généralement symbolique, règle la nécessaire succession des générations, le renouvellement des idées et des coutumes. Il a donc sa nécessité, L’œdipe serait du côté de la vie … Le fratricide ne crée pas, il désole et ravage (guerre, généralisation du fratricide), il appartient au royaume de la mort et de la désolation … C’est la Loi paternelle, issue de l’œdipe, qui modère et soumet l’agressivité meurtrière entre frères, ‘La présence de notre père suffisait à arrêter les inévitables conflits dans la fratrie. La figure du père est essentielle pour arbitrer, faire respecter la loi indispensable à la construction de la personne’ (père Jacques Blaquart) … Ne pouvant pas désirer la mort de mon père ou de ma mère, de mon frère ou de ma sœur, je porterai ce désir de mort sur d’autres personnes, déplacement, sous la contrainte de la Loi, de la haine meurtrière du frère sur l’étranger à mon groupe, renvoi aux confins de la communauté de la charge agressive et sa métamorphose en solidarité interne (lien  au groupe), renvoi à l’extérieur du groupe de la violence interfraternelle. » (Gérard Haddad – ensemble de considérations simplifiées sur la fraternité – Le complexe de Caïn) – « « La fraternité dans son sens habituel de valeur positive résulte de la puissante action de la Loi dite paternelle ou pa(ma)ternelle comme j’aime l’écrire …Or cette loi… ne rencontre plus, parallèlement au déclin des valeurs paternelles, le respect nécessaire. D’où la fragilité du lien social, prolongement du lien fraternel. » (Gérard Haddad – Idem) – Et tout est dit sur les niveaux de violence imbécile  auxquels nous allons atteindre par notre mépris insouciant de la réalité inchangée de notre nature. 

« Quand nous haïssons un homme, nous haïssons dans son image quelque chose qui réside en nous. Ce que nous ne portons pas en nous ne peut nous toucher. » (Hermann Hesse)

« La haine est un devoir national. » (Le journal, L’Humanité – lors et à propos de l’épuration) – C’est effectivement un devoir communiste.

« En Suède les média ne surveillent pas le pouvoir, elles surveillent le peuple … Il faut être moralement les meilleurs … Le concept de ‘bonne haine’ (god had) a même été créé pour écraser les dissidents. » (Un journaliste suédois, préférant garder l’anonymat, et on le comprend, décrivant l’atmosphère de totalitarisme progressiste régnant dans son pays) – Uniquement en Suède ?

« Exiger le renoncement à la haine, c’était, de la part du christianisme, un défi à la nature humaine, et ce l’est resté. » (Leszek Kolakowski)

« Le piège de la haine c’est qu’il nous enlace trop étroitement à l’adversaire. » (Milan Kundera)

« Le spectacle de la bonne conscience lyncheuse et de la vertu haineuse, pour habituel qu’il soit, est à vomir. La haine est un devoir civique … Une organisation de journalistes demande à sa direction de mettre un journaliste au pas. » (Elisabeth Lévy – à propos des hurlements de la meute politico-médiatique pour interdire la liberté d’expression)

« Avec le pédophile comme avec le fraudeur fiscal, la haine est un devoir. Cela en dit long sur l’esprit du temps. » (Elisabeth Lévy)

« La haine a la propriété de fausser toutes les informations qu’on essaie de donner et de les interpréter en sens contraire. » (Konrad Lorenz) – Telle la meute médiatique lancée.

« La haine peut servir de moteur pendant un certain temps – pas davantage. Elle peut te donner une force un peu illusoire, mais elle reste toujours en premier lieu un parasite qui te dévore. » (Henning Mankell)

« La loi qui vise à interdire sur les réseaux sociaux les propos ‘haineux’, sans que personne ne sache véritablement quel est le sens qu’il faut donner à ce mot … Mais l’État saura fixer le catéchisme de l’Amour et de la Haine, Orwell n’est plus très loin. » (François Martin – sur une loi récente)

« Qu’il soit ennemi de classe, ennemi de race, ennemi de la démocratie, ennemi de la mondialisation, ou tout simplement il y a peu qualifiable de boche, le premier principe est de lui dénier la qualité d’homme … La détestation de l’ennemi, juif ou bourgeois, refoulé aux confins de l’humanité, ne fait que dissimuler la haine du sujet pour lui-même qui, sans aucune ouverture, se sent démuni d’une véritable altérité. Ces bouffées de haine ne naissent jamais que de soi … François Furet a eu raison de relever ce trait de la démocratie moderne dont la ‘vanitas’ (barbarie douce de mollesse, faiblesse) a livré le monde à l’ivresse de la ‘feritas’ (fureur, cruauté) totalitaire … Elle révèle la haine du sujet moderne envers sa propre image, car il pressent, à se prendre lui-même comme absolu en dépit de sa finitude, qu’il est la dupe d’une illusion métaphysique à goût de néant. … Aveuglé par la haine de soi, il est dans l’incapacité d’établir l’altérité de l’autre sur le fond de leur identité commune. » (Jean-François Mattéi)

« Ce qui me dégoûte dans la haine, c’est sa grossièreté : elle accueille n’importe quel bruit, se nourrit  de tout, sans examen, sans discernement. Comme elle est bête et rend bête ! » (Henry de Montherlant – Malatesta)  – Suffit de voir nos censeurs-inquisiteurs-moralisateurs.  

« Des divers moyens que vous avez aujourd’hui de vous faire haïr par vos compatriotes, le plus sûr est d’avoir des sentiments élevés. » (Henry de Montherlant)

« Nous sommes la première civilisation, depuis la fin du nazisme et du stalinisme, où délater est à nouveau une vertu. » (Philippe Muray – Sur certaines associations)

« On ne hait pas aussi longtemps qu’on méprise ; on ne hait que son égal ou son supérieur. » (Nietzsche)

« Craignons celui qui se hait lui-même, car nous serons les victimes de sa vengeance. » (Nietzsche) – Certains terroristes ?

« La haine abyssale, la haine de l’impuissance … Les maîtres sont défaits, la morale de l’homme vulgaire a triomphé … L’insurrection des esclaves  dans la morale commence lorsque le ressentiment lui-même devient créateur et engendre des valeurs ; le ressentiment d’êtres tels que la véritable réaction, celle de l’acte, leur est interdite , qui ne s’en sortent indemnes que par une vengeance imaginaire … L’homme du ressentiment a conçu le ‘méchant comme notion fondamentale, à partir de laquelle  il invente pour finir, et sous forme d’image inversée, de négatif, un ‘bon’, à savoir : lui-même. » (Nietzsche)  – A notre époque d’explosion du ressentiment tous azimuts, les dits esclaves se sont emparés du pouvoir et s’autorisent l’acte (haine ouverte, censure, injures, ostracisme, dénonciations, condamnations…) 

«  On voit bien dans quel piège la campagne gouvernementale ‘Tous-unis-contre-la-haine’ veut enfermer le contradicteur : si vous n’êtes pas contre la haine, vous êtes pour elle, donc un salaud. » (Alain Nueil) – A propos du terrorisme. Il s’agit de convaincre le peuple de partager la lâcheté de nos élites.

« Les méfaits de la haine au nom de l’amour pour l’humanité écrasée … ou la domination inhumaine de l’imaginaire. » (Boris Pasternak)

« Les haines intellectuelles modernes ont adopté, ont emprunté tout l’arsenal des haines politiques anciennes et modernes, et notamment des haines politiques modernes, qui sont particulièrement bien outillées. » (Charles Péguy)

« Ils ont la haine. La haine est une émotion qui crée des droits au-dessus du droit. » (Marie Pinsard –sur certains haineux de la France et des Français) – C’est bien pratique et comme excuse et comme revendication.

« On ne peut pas continuer de détester les êtres à partir du moment où on les connaît. On ne peut haïr qu’aveuglément. » (Robert Poulet) – C’est bien pourquoi nos censeurs-inquisiteurs-moralisateurs font tout pour empêcher les contacts, et évidemment les rapprochements ; le fameux ‘cordon sanitaire’  destiné à entretenir la haine.

« Il n’est de haine implacable qu’en amour. » (Properce)

« C’est peut-être parce que le chardon pique qu’il ne craint pas la sécheresse. Il ne faut pas être trop indulgent : un peu de haine protège. » (Jules Renard)

« La haine pour les favoris n’est rien d’autre que l’amour de la faveur. » (La Rochefoucauld)

« Lorsque notre haine est trop vive, elle nous met au-dessous de ceux que nous haïssons. » (La Rochefoucauld)

« C’est peut-être dans les armées que le sentiment de haine est le moins fort, parce qu’on y apprend à estimer le courage de l’adversaire, parce qu’on supporte les mêmes souffrances, et parce qu’enfin, où toute l’énergie est tournée vers l’action, il n’en reste plus assez pour le ressentiment ?  C’est chez ceux qui n’agissent pas que la haine prend ces caractères de dureté implacable, dont quelques intellectuels donnent des exemples affreux. » (Romain Rolland – écrivant fin 1914 – Au-dessus de la mêlée) – Pour ceux qui ont, hélas, pu y assister (révolution, libération, insurrection…), ce fut une occasion de se questionner sur la fameuse douceur féminine et les hordes quasi sexuellement excitées hurlant à mort et dépeçant de malheureux prisonniers. J’ai vu.

« Cette haine assassine,  soufflée par des rhéteurs sans risques … On pourrait presque dire que cette guerre est la leur, tant ils y ont apporté de passion forcenée … Non seulement ils n’ont rien fait pour diminuer l’incompréhension mutuelle, pour limiter la haine ; mais, à bien peu d ‘exceptions près, ils ont tout fait pour l’étendre et l’envenimer … Le roi de la meute, Barrès, avec une rage écumante, se jetait à la gorge non plus seulement des Allemands, mais des pacifistes français… La guerre est haïssable, mais haïssables bien plus ceux qui la chantent sans la faire. » (Romain Rolland – sur les intellectuels, en 1914-18) – Mais ils (les intellectuels  officiels) n’ont pas changé depuis lors. 

« Pendant la guerre (1914-18), en Allemagne, les pouvoirs publics étouffaient sous les fleurs les écrivains révoltés, quand il ne pouvait pas sans bruit les étrangler. Mais l’esprit politique de la démocratie française est plus franc et plus borné. Elle ne connaît pas le silence. Bien loin de cacher ses haines, elle monte sur des tréteaux pour les expectorer. La Liberté française est comme celle de Rude : gueule ouverte, elle braille. Qui ne pense pas comme elle, aussitôt est un traître … contre cette voix libre, vingt énergumènes ameuteront contre la fureur des badauds … Une douzaine de chétifs pacifistes, isolés, encerclés, sans moyen de se faire entendre dans aucun grand journal, élevant à peine la voix, honnête, mais sans éclat, déchaînaient une frénésie d’injures et de menaces. A la moindre contradiction, le monstre Opinion tombait en épilepsie … La voix d’un seul qui conservait la raison jetait dans la fureur les autres qui voulaient l’oublier. Ils avaient la terreur que cette voix les réveillât et qu’ils ne se retrouvassent dégrisés et tout nus. » (Romain Rolland – Clérambault) – Avec Internet et les fameux réseaux sociaux, les braillements du dit monstre se sont développés jusqu’à atteindre un niveau de vacarme proprement infernal. – « Le monde les hait parce qu’ils ne sont pas du monde. » (Evangiles)

« Depuis le commencement de la guerre, les intellectuels ont beaucoup fait parler d’eux, dans un camp comme dans l’autre, On pourrait presque dire que cette guerre est leur guerre, tant ils y ont apporté de passion forcenée. » (Romain Rolland – écrivant fin 1914 – Au-dessus de la mêlée) – Même Henri Bergson !  D’où, en 1929, le cri  horrifié d’un Julien Benda (La trahison des clercs). Les successeurs de ceux de 1914 (les adulateurs de Staline, de la révolution culturelle, des Khmers rouges… les J. P. Sartre… les ‘voyeurs’ de Sarajevo ensuite) ont continué, cinquante ans après, à se vautrer dans l’infamie (rachat de leur impuissance physique ?)

« La haine elle-même, qui n’est pas odieuse en tant que telle, en tant qu’elle haïrait, mais bien en tant qu’elle n’a pas le courage d’être elle-même et ne consent généralement à apparaître que sous la couleur de son contraire, par exemple l’amour des autres ou l’intérêt général … Ce qu’il y a  de désagréable, en définitive, dans la haine c’est moins sa puissance négative que l’impuissance où elle est de s’assumer en tant que telle. » (Clément Rosset) – La remarque mériterait d’être dédiée explicitement à nos censeurs du gang politico-médiatique.

« Les haines de races ne sont jamais au fond que des haines de places. » (Edmond Rostand)

« Tant qu’il y aura des enfants élevés par des mères et tentant difficilement de devenir des sujets, il y aura de la haine … La dépendance accrue des individus envers l’Etat suscite forcément contre ses actes et ses représentants une haine croissante que celui-ci ne comprend pas et se refuse à admettre. Car le nouveau est que la haine doit être chassée du discours politique (plus exactement limitée, mais encouragée, vers certaines cibles), et non seulement des cours d’école et des rues … refoulée, déniée, privée de toute expression … Proscrite par l’humanitarisme ambiant, la haine ne disparaît pas mais prend diverses formes atténuées : la revendication de droits, l’alternance politique, le conflit social identitaire, la mythologie antifasciste, la passion des jeux, la lutte des places, le défi au symbolique, la rancœur procédurière des poupons babillant et pleurnichant, plaignants et plaintifs … La seule haine nominale que s’autorise la classe politique, culturelle et médiatique, c’est depuis quelques années, celle du Front national. » (Michel Schneider) 

« Nous avons coutume de haïr celui à qui nous avons fait du mal. » (Georg Simmel) – Heureux, les rares, qui n’en ont pas fait l’expérience. – « Et parmi les procédés qui permettent de se libérer de la culpabilité que nous éprouvons envers nos victimes, le plus facile est de les accuser encore davantage, dans un de ces processus d’emballement collectif sur lesquels René Girard nous a ouvert les yeux. » (Rémi Brague)

« La haine suppose que l’on estime l’adversaire. Elle comporte un certain aveu d’égalité de rang spirituel. Quant aux êtres inférieurs à vous, on les méprise. Les êtres qui ont eux-mêmes l’âme basse sont envieux. » (Oswald Spengler) 

« L’amour n’est qu’une joie qu’accompagne l’idée d’une cause extérieure ; la haine qu’une tristesse qu’accompagne l’ide d’une cause extérieure. » (Spinoza)

« Rien n’est odieux aux gens médiocres comme la supériorité de l’esprit : c’est là, dans le monde de nos jours, la source de la haine. » (Stendhal) – Voir comportement des gens des média.

« On haït toujours celui qu’on a offensé. » (Tacite)

« Découvrir ou inventer un nouvel et grand objet de haine à l’usage du public, c’est encore un des plus sûrs moyens de devenir un des rois du journalisme. » (Gabriel Tarde – L’opinion et la foule) – Il y a beaucoup de prétendants dans les média actuels.

« L’amour, l’amitié, l’estime ne forment pas des liens aussi solides que la haine commune. » (Anton Tchekhov)  

« Dis-moi qui tu hais, je te dirai qui tu es. » (Gustave Thibon)

 « Ne comprendre les événements du monde qu’à travers le déterminisme social est un réflexe qui consiste à attribuer systématiquement à une catégorie de l’humanité la responsabilité des malheurs des autres catégories. C’est une tournure d’esprit qui ne cesse de produire des boucs émissaires … Le sociologisme entretient une haine sociale qui transforme de débat démocratique en joute binaire et stérile. » (Philippe Val – à propos du sociologisme)

« La haine est moins volage que l’amitié. » (Vauvenargues)

« La vérité engendre la haine. » (René Viénet – sur l’exclusion de l’Université du talentueux Simon Leys par quatre cathos-maos des années 60-70 parce qu’il disait la vérité, Les habits neufs du président Mao, sur la monstruosité du maoïsme adulé par tout ce que la France comptait, comme toujours, de laquais)

« Je suis parce que je hais : nouvelle définition de l’engagement politique, dont l’essence est la brutalité assumée, et dont la pratique quotidienne est l’accusation en l’air. » (Marin de Viry – à propos du lynchage de François Fillon)

« Novalis avait bien compris que l’objet véritable de la haine de l’homme mauvais n’était pas le bien mais le mal (il hait excessivement le mal, le monde qu’il considère comme mauvais, et tente donc de le blesser et de le détruire autant que faire se peut) : c’est ce phénomène qui est à l’œuvre chez les terroristes. » (Slavoj Zizek)

« La haine est sainte. Elle est l’indignation des cœurs forts et puissants. Le dédain militant de ceux que fâchent la médiocrité et la sottise. » (Emile Zola –  Mes haines) – Même si on n’apprécie guère l’auteur, ça nous change de nos petits humanistes transis de culpabilité, de ceux qui n’ont même pas de haine, et qui s’en vantent publiquement par l’écriture, pour les assassins de leur enfant. (au Bataclan).

« La haine de l’ennemi fut, dans tous les pays, continuellement alimentée et disciplinée, des millions de natures en réalité indifférentes furent poussées à une dépense affective de haine nettement plus élevée que celle dont ils étaient coutumiers … Un certain ‘dumping’ affectif, une excitation permanente des instincts de haine, de colère, d’amertume furent nécessaires pour convaincre encore et toujours les individus impliqués de la nécessité d’investir leurs forces affectives les plus extrêmes, car l’enthousiasme ne se conserve pas des années . » (Stefan Zweig – sur la guerre de 1914, ce monument d’abjection haineuse, suicide de l’Europe, assassinat systématique de ses enfants.  Dans ce concert haineux, la propagande française se distingua cependant  – « On a débaptisé l’eau de Cologne devenue eau de Louvain, les chiens de berger allemands devenus bergers alsaciens, la rue de Berlin devenue rue de Liège, et les propriétaires de la rue Richard Wagner l’ont renommée rue Albéric Magnard.. » (Paul Léautaud – guerre de 14-18) – On a aussi enlevé sa nationalité à Beethoven pour le déclarer belge, donné la croix de guerre à un pigeon voyageur et envisagé d’en affubler la tour Eiffel !  Avant cette guerre, par haine de l’Allemagne, on ne jouait aucun opéra de Wagner à Paris. On n’est plus dans la propagande, mais dans la stupidité à l’état pur ; stupidité méprisante et haineuse, domaine dans lequel les Français hélas excellent et dans lequel aucun autre peuple ne leur arrive à la cheville. La haine, elle, s’étalait dans les dessins, dans les  mensonges sordides….

« Après une grande haine, il restera toujours une petite haine. » (proverbe)

« Une haine à soutenir est un plus grand fardeau qu’on ne pense. » (?)

« La haine peut même être explicitement revendiquée comme un sentiment positif, voire comme un devoir. » ( ?) – Je hais Machin, je hais l’intolérance, je hais le racisme, je hais le libéralisme… Certains qui se disent intellectuels se font une spécialité de telles formulations.

« Les âmes élevées ne haïssent point, elles méprisent. » (?)

« La haine, innée (agressivité) ou apprise (ressentiment). » (?) – De nos jours elle est même enseignée, imposée…

Ci-dessous extraits (simplifiés, remaniés) de l’ouvrage de Georg Simmel, Le conflit.

 « Il n’est pas vrai que l’on obtiendrait toujours une vie collective plus riche et plus pleine si on éliminait les énergies répulsives qui sont aussi, considérées isolément, destructrices … on obtiendrait une image différente et tout aussi irréalisable que si on avait supprimé les forces de coopération et de sympathie, de solidarité et d‘harmonie des intérêts … C’est la concurrence qui … détermine la forme du groupe, la position réciproque et la distance des éléments entre eux … L’opposition d’un élément à un élément auquel il est lié par la socialisation n’est pas un facteur social seulement négatif … ne serait-ce parce que c’est le seul moyen de vivre avec … de ne pas supprimer la relation par quelque acte désespéré … S’opposer diminue l’oppression, nous procure diversion et soulagement … La sphère de l’indifférence est relativement petite, notre activité psychique répond à presque toutes les impressions … Des assemblées de gentilhomme pouvaient servir l’administration d’un roi comme la défense oppositionnelle de leur propre classe, juxtaposition mais aussi mélange, position ressentie cependant comme unitaire et non contradictoire … Communautés d’intérêts parallèles entre exploiteurs et exploités, entre vainqueurs et vaincus se haïssant cependant (du côté des vainqueurs parce que nous avons coutume de haïr celui à qui nous avons fait du mal) … L’utilité du caractère primaire, fondamental, de l’opposition, de la contradiction, qui apparaît comme un réflexe, un instinct … se poser en s’opposant … Rareté, difficulté du préjugé favorable vis-à-vis d’étrangers … s’il existe vraiment dans l’être une pulsion formelle d’hostilité, symétrique du besoin de sympathie (pulsion d’antagonisme devenue autonome passée dans le fonds de l’espèce, issue d’expérience ancestrale, la guerre, jadis seule forme de contact entre groupes) … Le comportement impitoyable de personnes parfois idéalistes et désintéressées luttant pour des causes et au nom de causes, l’objectivité passe pour de la noblesse, mais le combat objectivé ne connaît plus de retenue, plus d’adoucissement par des instances personnelles, ne pas trahir la sainte cause, on ne lutte pas pour soi mais pour un but grandiose (ainsi, en limite, va-t-on aux atrocités concentrationnaires par exemple)… La conscience de l’antagonisme rendue plus aiguë par l’égalité … Entre des personnes qui ont beaucoup de choses en commun (liens familiaux et querelles pour des détails saugrenus), les injustices sont parfois plus graves qu’à l’égard d’étrangers … Le moins de différences, comme l’égalité confèrent la violence du contraste  aux moindres désaccords … La haine des renégats et à l‘égard des renégats (en raison du souvenir de l’ancien consensus, de la relation, l’ennemi du groupe, l’irruption de la notion de trahison) … Tensions entre l’unité et l’antagonisme (affrontements au sein de factions politiques, de syndicats, de familles…) … En cas de conflit, la nécessité de centraliser, de resserrer tous les éléments pour les utiliser sans perdre ni force ni temps, s’impose naturellement, si bien qu’elle va dominer même la démocratie la plus parfaite en temps de paix … c’est le despotisme qui garantit le mieux cette centralisation, et inversement, les énergies ainsi accumulées et comprimées aspirent à se décharger naturellement (intolérance extrême, guerres extérieures) … sachant que de la guerre extérieure, au moins de l’invocation d’un ennemi, découle aussi la facilité de maintenir la cohésion de l’ensemble (de gouverner) … fonction de rassemblement du conflit … Ainsi même la victoire totale, ou la disparition de l’ennemi, parfois inventé, peut n’être pas souhaitable (nos politiciens savent parfaitement inventer des épouvantails, ou en exagérer fortement l’importance : racisme, extrémisme, machisme…) … L’unification d’un groupe s’effectue fréquemment par le conflit (nombreux exemples historiques : de l’unification française contre l’Angleterre, à l’unité allemande, en passant  par la ‘reconquista’ espagnole, la révolte des Pays-Bas contre l’Espagne, la guerre de Sécession américaine… l’émergence d’une conscience de classe…) … Plus le caractère d’une hostilité est purement négatif ou destructeur, plus il lui sera facile de produire une alliance entre des éléments disparates et même opposés, antagonisme commun (révolutionnaires issus d’extrêmes opposés, en démocratie, alliances de partis concurrents), sachant que dans ces cas la destruction souhaitée peut consister en son inversion, l’union factice (électorale) pour garder des privilèges, la communauté d’intérêts pouvant remplacer la communauté d’antagonisme comme facteur d’union… Les entreprises conflictuelles tendent beaucoup plus que les entreprises pacifiques à s’assurer dés leur naissance la coopération du plus grand nombre possible d’éléments ordinairement dispersés (urgence et besoin d’alliés, attrait du butin, objet de l’action indépendant des sphères d’intérêts de chacun donc union plus facile et pouvant rester provisoire). »

Ce contenu a été publié dans 045, 4 - Haine, avec comme mot(s)-clé(s) . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.