375,1 – Gouvernement, Souveraineté, Etat, Nation, Peuple, Pouvoir, Démocratie, Monarchie, Régimes divers, Elections, Partis, Techniques diverses

– La légalité n’a rien à voir avec la légitimité. On peut rester dans la légalité tout en étant méprisé par la grande majorité des citoyens (voir sondages).

– Un gouvernement est chargé des intérêts du pays qu’il représente, c’est-à-dire de la communauté et non pas des individus qui la composent, ce qui s‘appelle l’intérêt général ; à plus forte raison son souci ne devrait pas être celui de sa clientèle électorale et surtout de ses membres les plus bruyants ou influents.

– Principe de formation d’un gouvernement français : récompenser les copains.

–  Avec la Démocratie, l’Etat est devenu la Référence souveraine, remplaçant toute référence transcendante, tel Dieu … L’Etat devenu lui-même le pouvoir qui accrédite ce pouvoir (une sorte de transcendance-immanente, si on peut dire) .., L’Etat qui a perdu en cours de route son génitif (état de quoi ?) … L’Etat devenu … une entité froide et autosuffisante, renvoyant à elle-même. (tiré, maladroitement, de Pierre Legendre)

– On ne parle plus guère de gouvernement le mot fait mauvais effet. On parlera plutôt de gouvernance, qui fait plus sérieux, qui sous-entend la compétence, la responsabilité, la bienveillance… qui fait moins autoritaire. « On passe ainsi d’un système hiérarchique de gouvernement de la société à un système de régulation et de gestion des divers intérêts des acteurs de cette société … ‘Du coup le terme fait voir en rose un pouvoir…’ (Yves Michaud) … ‘Il n’y a plus ni autorité ni référence ni de savoir qui tienne. On n’est plus que dans la gestion, il n’y a plus que des pratiques’ (Charles Melman). » (Jean-Pierre Lebrun)

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« Qu’est ce que gouverner le monde … sinon faire croire à des imbéciles qu’ils pensent d’eux-mêmes ce que nous leur faisons penser. » (Jean Anouilh)

« Il n’y a pas de société animale sans religion, c’est-à-dire sans un ensemble de dogmes acceptés par tous, sans exception … ‘Gouverner est impossible sans une religion’ (George Bernard Shaw) … Nous n’avons jamais connu une  ‘religion’ comparable à celle des animaux, acceptée sans discussion par toute une espèce. » (Robert Ardrey) – Mais maintenant nous sommes au bout du rouleau.

« L’oligarchie par le vice des gouvernants qui distribuent ce qui appartient à la cité sans tenir compte du mérite … et réservent les magistratures toujours aux mêmes personnes. » (Aristote) – Qui osera dire que nous sommes en régime oligarchique ? Toujours les mêmes et leurs laquais progressant dans l’ombre ; l’oligarchie de l’E. N. A. et des comités de copains.

« Dans aucune des grandes nations occidentales, les discussions relatives au problème de gouvernement ne témoignent d’autant d’ignorance et de légèreté. Nulle part, l’amateurisme des pouvoirs publics, l’aveuglement de l’opinion ne s’étalent aussi crûment et ne causent autant de ravages. » (Raymond Aron – sur la France, hélas) – Journalistes et média sont associés pour entretenir cet état de profonde stupidité, très favorable à l’oligarchie dominante.

« La première qualité d’un gouvernement c’est l’autorité morale, et c’est celle qui manque le plus. » (Lucien Arréat)

« Rien n’est plus efficace pour nous détacher des opinions ou d’un parti que de voir au gouvernement les hommes qu’il y porte. » (Lucien Arréat)

« Le droit d’être gouverné, nous disons gouverné et non pas adulé, dupé, encaserné, est une garantie contre la tyrannie … et contre l’anarchie. » (Jacques Bainville)

« Partira-t-on toujours de cette fatale hypothèse, que tous les gouvernants sont des tuteurs et tous les gouvernés des pupilles. » (Frédéric Bastiat – sur la multiplication insensée des lois, règlements, contrôles…)

« Un Etat ne survit que dans le réalisme ; réalisme que les chefs d’Etat ont toujours pratiqué. Autrefois, cependant, ils ne l’honoraient pas et ne prétendaient pas que leurs actes fussent justes ou moraux. La moralité était violée, mais les notions morales restaient intactes. » (Julien Benda)

« Un Etat ne survit que dans le réalisme ; réalisme que les chefs d’Etat ont toujours pratiqué. Autrefois, cependant, ils ne l’honoraient pas et ne prétendaient pas que leurs actes fussent justes ou moraux … Louis XI, Charles-Quint … pratiquaient le réalisme mais ne prétendaient pas que leurs actes fussent moraux. Ils ne déplacaient pas la morale de l’Evangile, et c’est pourquoi, malgré toutes leurs violences, ils n’ont troublé en rien la civilisation. La moralité était violée, mais les notions morales restaient intactes. ..  Un Richelieu, qui ne doit de compte qu’à son roi, peut ne parler que du pratique et laisser à d’autres les vues dans l’éternel … Le gouvernant moderne, du fait qu’il s’adresse à des foules, est tenu d’être moraliste, de présenter ses actes comme une morale, une métaphysique, une mystique… » (Julien Benda)

« Tolstoï conte qu’étant officier et voyant, lors d’une marche, un de ses collègues frapper un homme qui s’écartait du rang, il lui dit : ‘N’êtes-vous pas honteux de traiter ainsi un de vos semblables ? Vous n’avez donc pas lu l’Evangile ?’ A quoi l’autre répondit : ‘Vous n’avez donc pas lu les règlements militaires ?’ Cette réponse est celle que s’attirera toujours le spirituel qui veut régir le temporel; Elle me paraît fort sage. Ceux qui conduisent les hommes à la conquête des choses n’ont que faire de la justice et de la charité. » (Julien Benda)

« Je n’ai jamais cru à la guerre des démocraties contre les dictatures … La formule n’ayant jamais été qu’un slogan. Dictatures et démocraties tendaient, hélas, au même but, si elles n’y tendaient pas du même pas. Elles tendaient au dirigisme universel, à l’univers totalitaire. » (Georges Bernanos – cité par Sébastien Lapaque)

« Le ‘ressort’ et le ‘soutien’ le plus ‘secret’ de la tyrannie dans la mesure où il n’est même pas visible : c’est la chaîne des tyranneaux qui enferme dans son filet tout l’ensemble de la société … La tyrannie est fondée sur la dissémination du pouvoir ; se démultipliant dans ses effets, elle devient alors invisible. Le ressort de cette domination tient au désir, en chacun, quelle que soit la place qu’il occupe, de s’identifier avec le tyran, en se faisant maître d’un autre. La chaîne de l’identification est aussi celle de la servitude … L’établissement de nouveaux états, de nouvelles charges … fournir de nouveaux soutiens à la tyrannie. » (Etienne de La Boétie) – Tout pouvoir est tyrannique. Multiplication des comités, des autorités, des commissions, des fonctionnaires, des élus, des interdits…

« La vérité pour la grande majorité des hommes étant ce qu’ils croient, c’est surtout avec leurs croyances qu’on doit gouverner des peuples. » (Gustave Le Bon) 

« Quel genre plus monstrueux d’oppression que celui qu’exerce un gouvernement qui donne des passions à ses sujets pour pouvoir assouvir les siennes ? » (Louis-Ambroise de Bonald) – Cas de beaucoup de dictatures, mais aussi des démocraties tombées aux mains d’un parti d’idéologues.

« Pour bien gouverner en ce monde, il faut toujours voir les hommes comme ils sont et les choses comme elles devraient être. » (Louis-Ambroise de Bonald)

« Le gouvernement a pris la place de la Providence. Doit-il prendre la place de la conscience ? Se faire le porte-parole des opinions ? … Une folie de la mortification… » (Pascal Bruckner) – Sur la manie masochiste de l’excuse, de la pénitence (publique, mais jamais pour soi)

« Sans le gouvernement on ne rirait plus en France. » (Chamfort) – Heureuse époque où il n’attirait pas d’abord le mépris.

« On gouverne les hommes avec sa tête. On ne joue pas aux échecs avec un bon cœur. » (Chamfort)  

« Les pauvres ont été, parfois, des rebelles ; des anarchistes, jamais. Ils sont plus intéressés que personne à l’existence d’un gouvernement régulier quelconque. Le sort du pauvre se confond avec le sort du pays. Le sort du riche n’y est pas lié. Le riche n’a qu’à monter sur son yacht et se faire conduire ailleurs … Les pauvres ont protesté parfois quad on les gouvernait mal. Les riches ont toujours protesté contre le gouvernement, quel qu’il fût. Les aristocrates furent toujours des anarchistes ; les guerres féodales en témoignent. » (G. K. Chesterton – au moins du côté des riches, cela n’a guère changé depuis l’auteur – La jet-set est mobile)

« Les gens de sac et de corde, les vauriens, les scélérats agressifs bâtissent les empires ; les députés, les idéologies et les principes les gouvernent et les ruinent. » (Emil Cioran)

« Il a fallu l’alliance sournoise  du libéral (prototype débonnaire G. Pompidou) et du libertaire (prototype Cohn-Bendit) pour liquider le vieux (de Gaulle) qui a dû s’en aller … Meurtre rituel du père … avec la permission du permissif qui a donné accès au marché  du désir … Mai 68 annonce aussi le partage du gâteau entre les trois pouvoirs constitutifs de l’actuel consensus : libéral, social-démocrate, libertaire. Au premier est dévolue la gestion économique, au second la gestion administrative, au troisième celle des mœurs devenues nécessaires au marché du désir … Ce trio consensuel n’est pas monolithique, système mouvant toujours recommencé d’alliances, d’échanges, de compromissions. Et chaque terme n’accède au pouvoir que dans la mesure où il consent à celui des autres : la langue de bois appelle ça ‘tolérance’» (Michel Clouscard)

« En conséquence de la substitution opérée entre la religion et la politique, affranchis de la crédulité primitive, Hume et Locke en Angleterre, Voltaire et Rousseau en France, Hegel et Schleiermacher en Allemagne ont fait la lumière sur cet obscur objet d’aliénation. Désormais la religion existera comme un contenu (la superstition…) et comme une attitude (le fanatisme …) … César vient de regagner la partie … L’absolutisation est actée … A part que tout adviendra au contraire de ce qui était attendu. Un siècle plus tard, la réconciliation universelle aboutit à la déflagration mondiale. Deux siècles plus tard, le plan de rationalisation aboutit à une explosion planétaire de l’irrationalité. Non par réaction, mais par corrélation …  Le siècle qui vient de se terminer reste le plus meurtrier de l’histoire en procédés et en chiffres … Le progrès a été certes au rendez-vous, sautant du fusil au missile, de même que les masses, passant de la mobilisation générale des hommes à l’implication totale des populations civiles, femmes et enfants. » (Jean-François Colosimo) – Bravo, bravo à la civilité. 

« Le gouvernement s’intéresse à l’emploi… au sien. » (Coluche)

« Les philosophes … furent frappés des maux produits par les vexations et les mesures ineptes de l’autorité. Mais … ils pensèrent qu’un usage différent de cette même autorité ferait autant de bien que son usage vicieux avait causé de mal. Ils ne sentirent point que le vice était dans son intervention même et que, loin de la solliciter d’agir autrement qu’elle n’agissait, il fallait la supplier de ne point agir. » (Benjamin Constant) – On imagine nos milliers de politiciens et d’élus se tenir tranquilles et cesser d’emmerder les citoyens (comme disait Georges Pompidou)

« On pourrait concevoir un peuple dont le gouvernement n’aurait d’autres missions que de veiller à ces deux objets. L’existence des individus et celle de la société seraient parfaitement assurées. » (Benjamin Constant – Objets : désordres intérieurs et invasions étrangères) – Un rêve.

« En fait d’opinions, de croyances, de lumières, il y  aura neutralité complète de la part du gouvernement, parce que le gouvernement, composé d’hommes de la même nature que ceux qu’il gouverne n’a pas plus qu’eux d’opinions incontestables, des croyances certaines ou des lumières infaillibles. » (Benjamin Constant) – Et alors, on fait comment pour détruire tout ce qui est sain ?

« Il n’est pas nécessaire, pour être un bon moyen de gouvernement, que l’assassinat inexpliqué touche beaucoup de monde ou revienne assez fréquemment : le seul fait que l’on sache que sa possibilité existe, complique tout de suite les calculs en un certain nombre de domaines. » (Guy Debord – La société du spectacle) – Le suicide discrètement assisté est tout aussi bien compris dans les petits cercles qu’il s’agit de persuader de rester tranquille.

« L’Etat dans lequel toutes les avenues conduisant à la richesse et à l’honneur passeraient par le gouvernement. » (Disraeli – un cauchemar) – Ou plutôt une sinistre prédiction parfaitement réalisée en France où le pouvoir détient tout et est la source de tous les avantages et privilèges.

« Le monde est gouverné par de tout autres personnages que ne se l’imaginent ceux dont l’œil ne plonge pas dans les coulisses. » (Disraeli)  

« A gouverner les hommes de trop haut on perd l’habitude de les regarder. » (Maurice Druon)

« L’originalité des sociétés historiques, pourvues d’un Etat et d’institutions centralisées, c’est d’avoir substitué (à des dispositifs symboliques archaïques) un mécanisme beaucoup plus puissant et beaucoup plus efficace, mais par là-même beaucoup plus aliénant : celui de ‘l’interface’. C’est l’irruption d’une tierce partie anonyme, investie d’une autorité qui s’impose à tous, à laquelle chacun a sacrifié une partie de sa liberté et de ses droits, qui rompt les relations de face à face (entre les individus) au profit de relations médiatisées par l’interface … Si, par exemple, c’est l’institution qui rend la justice et inflige le châtiment, on a là un moyen performant pour que l’échange mal contre mal soit bloqué net et ne se répande pas comme une traînée de poudre dans toute la société … Protection contre le risque de l’action qui s’emballe et tourne mal … Personne ne crée apparemment de dommage à autrui (systèmes de prix, normes de comportement…) ; ce sont les mouvements de l’interface qui créent des dommages, pas des êtres humains (on ne fait de mal à personne en travaillant pour une usine qui fabrique des bombes) … Les dommages engendrés sont anonymes et ne sont jamais un rapport entre deux personnes face à face. Ce qui limite les risques que la violence éclate, car on ne saisit pas un interface… » (Jean-Pierre Dupuy)

« Le Moyen Âge catholique aussi bien que l’Empire romain ou l’inde sont des exemples d’une universalité ainsi conçue (sous un facteur vraiment spirituel, donc suprapolitique et supranationaliste) : ils nous montrent la possibilité d’une unité culturelle et spirituelle profonde, au sein de la pluralité et souvent même de la lutte d’Etats ou  de races distinctes sur le plan ethnique. S’il fallait évoquer une future conscience européenne, c’est uniquement en ces termes qu’il conviendrait de le faire. » (Julius Evola) – à propos de la notion d’Empire distincte de celle d’Etats –  Quant aux aspects culturels et spirituels de L’Union européenne, rigolons (ou pleurons).

« Celui qui ne sait pas se taire est indigne de gouverner. » (Fénelon) – Même sans leur insupportable et mensonger bavardage, on se doutait que nos politiciens étaient indignes de gouverner.

« Pour l’heure, nos gouvernements étant à peu près tels que nous les souhaitons, nos déplorations sont malvenues. » (Fichte)  –  Confusion dans l’abêtissement général.Très actuel.

« … Il vous devait suffire – Que votre premier roi fût débonnaire et doux – De celui-ci contentez-vous – De peur d’en rencontrer un pire. » (La Fontaine – Les grenouilles qui demandent un roi)

« La croissance de l’Etat … La prose des bureaux s’est substitué à la poésie du Prince. » (Marcel Gauchet) – Si l’oligarchie y a gagné de pouvoir masquer son pouvoir, il n’est pas sûr que le peuple y ait gagné.

« La distinction de Carl Schmitt entre deux sens de la représentation politique : la représentation-mandat et la représentation-présentification d’un invisible. La seconde acception étant méconnue par le parlementarisme libéral-bourgeois qui ne voit qu’une commission ‘juridico-technique’ … Il y a pourtant une transcendance de l’ensemble sur les individus qui exigent d’être symboliquement manifestée … A côté de la délégation par laquelle les individus commettent la défense de leurs intérêts, il existe une dimension symbolique de la représentation politique au travers de laquelle s’exhibe et s’atteste le primat du tout … qui passe par une irrésistible personnification du pouvoir. Il faut que soit quelque part marqué aux yeux de tous qu’un vaut pour tous, que l’ensemble se ramène à une personne. Le pouvoir représentatif comporte une part probablement incompressible d’incarnation … Et si le trait est spectaculairement concentré au sommet, il n’en est pas moins présent et actif, de manière diffuse, dans l’ensemble du système. Les représentants sont toujours autre chose que de simples et transparents porteurs de procurations, ils sont des personnificateurs… » (Marcel Gauchet) – Dimension perdue en démocratie, la personnification évidente et déplorable du pouvoir n’équivalant absolument pas à une dimension de supra-dignité (d’ailleurs incompatible avec certaines personnes, qu’on ne songe qu’à un François Hollande, comme elle l’est tout autant dans un système d’exhibitionnisme médiatisé forcené). Ni Carl Schmitt ni Marcel Gauchet n’était ou n’est monarchiste (à ma connaissance), mais leur remarque évoque forcément un regret de ce qu’incarnait et incarne la monarchie, au moins en théorie.

« Le gouvernement n’a pas de propositions à faire, seulement des ordres à donner. » (Charles de Gaulle)

« La république est-elle au-dessus du suffrage universel ? » (question d’Emile de Girardin) – « La réponse est bien sûr affirmative … Le suffrage universel, donc le peuple souverain, n’a pas le droit de tout faire … Méfiance persistante à l’égard d’un peuple jugé insuffisamment adulte pour décider de son destin, et de la forme de gouvernement qui lui convient. » (Frédéric Rouvillois) 

« Servir un gouvernement, c’est se dévouer à des appointements. » (Edmond et Jules de Goncourt)

« L’allégorie du ‘Centaure machiavélien’, cet être mi-homme mi-cheval en qui Machiavel et Gramsci après lui voient une représentation de la nature bifide du pouvoir, symbolisant l’alliance de la ‘force’ et du ‘consentement’ … Exercer une hégémonie sur un groupe suppose de prendre en considération et même d’assouvir, dans une certaine mesure, ses intérêts matériels. » (résumé d’Antonio Gramsci par un autre auteur) 

« Entre les structures et les superstructures se trouvent un ensemble de médiations formant un ‘bloc historique’ (‘tranchées’ et ‘fortifications’ de la société civile et de l’Etat) qui empêchent les crises d’entraîner des effets politiques immédiats, qui empêchent un effondrement de l’économie d’entraîner un effondrement correspondant du système politique … D’où la ‘guerre de mouvement’ (révolution russe de 1917, applicable dans une société orientale fluide…) est progressivement remplacée, au moins au préalable, par la ‘guerre de position’ adaptée à des sociétés occidentales où la société civile et l’Etat s’interpénètrent solidement et dont l’objectif est de saper les ‘tranchées’ et ‘fortifications’ qui protègent l’ordre social. » (résumé d’Antonio Gramsci par un autre auteur)

« L’homme est dangereux ; La civilisation s’est constituée pour conjurer ce danger … L’homme seul se plaît à faire le mal pour le mal … Pour les retenir il n’y a que la peur … Qu’un carnaval … qu’une émeute … qu’une tornade sociale … et voici l’homme déchaîné … Aussi n’avait-on jamais douté : éduquer, c’était d’abord dresser ; Gouverner, c’était contenir. Pour contenir, il fallait ou retenir ou réprimer. Or, pour la première fois depuis bien des siècles, on a décidé qu’il ne fallait plus retenir ni réprimer. Conséquence : avec quelque frénésie qu’on administre et qu’on légifère, on est bien décidé à ne plus gouverner. Aussi y a –t-il moins à trembler de toutes ces fureurs lâchées que du Léviathan qu’elles préparent. » (Nicolas Grimaldi)

« Un gouvernement qui tombe c’est une pièce qui s’en va de l’affiche, et c’est une comédie nouvelle qui va la remplacer. » (Sacha Guitry)

« L’Occident n’a plus ces instincts dont se nourrissent les institutions, dont se nourrit un avenir. Rien ne prend autant à ‘rebrousse poil’ son esprit moderne. On vit pour aujourd’hui, on vit très rapidement, on vit en pleine irresponsabilité ; et c’est ce qu’on nomme liberté. Ce qui des institutions ‘fait’ des institutions est méprisé, haï, rejeté ; on se croit menacé d’un nouvel esclavage au seul mot d’autorité. » (Martin Heidegger)

« La tyrannie sans tyran est encore plus révoltante qu’elle n’est dans un pouvoir autoritaire. Là on sait qui haïr, ici c’est une société anonyme d’escrocs politiques et de joueurs de bourse, s’appuyant sur la corruption sociale, sur la sympathie des bourgeois. » (Alexandre Herzen)

« Le bourgeois apparaît, par sa nature même, comme un être sans grande vitalité, angoissé, craignant toute forme de renoncement à soi et facile à gouverner. Voilà pourquoi il a substitué le principe de majorité à celui du pouvoir concentré, la loi à la force, le vote à la responsabilité individuelle. » (Hermann Hesse)

« D’avoir plusieurs seigneurs aucun bien je n’y vois.  Qu’un sans plus soit le maître, et qu’un seul soit le Roi » (Ulysse chez Homère) – Il aurait pu ajouter que cela coûterait bien moins cher à ceux qui font vivre les maîtres.

« Je ne comprends pas pourquoi les gens en veulent tant au gouvernement ; il n’a pourtant rien fait. » (Bob Hope) – Sur le chômage en France ?

« Le gouvernement le meilleur est celui qui gouverne le moins. » (Thomas Jefferson)

« Résoudre la contradiction historique entre l’action génératrice de changement et la régulation qui a pour finalité légitime la conservation de l’ensemble social … avec une forte tendance au conservatisme … Auteur d’élan, auteur d’équilibre, …  Deux rôles, l’un mobilisateur, l’autre régulateur, qui ont été essentiels de tout temps dans toutes les affaires humaines … Tout changement n’est pas progrès. » (Bertrand de Jouvenel – sur le rôle de tout gouvernement) – Aujourd’hui si, paraît-il, puisque l’objectif des dirigeants est la table rase, la destruction de tout l’existant.

« Un gouvernement qui gouverne, c’est un gouvernement qui révoque. » (Robert de Jouvenel) – Aucun sens de la copinerie.

« Chez nous, le gouvernement, forme laïcisée de la Providence. » (Jacques Julliard)

« L’art de gouverner n’a produit que des monstres. » (Saint-Just) – Un connaisseur.

« Tous les arts ont produit des merveilles ; l’art de gouverner n’a produit que des monstres. » (Saint-Just)

« Un peuple n’a qu’un ennemi. C’est son gouvernement. » (Saint-Just) – Avec de tels principes, Saint-Just ne pouvait pas aller bien loin comme apparatchik. Aujourd’hui, aucun parti n’oserait le présenter à un poste de conseiller municipal à Trou-sur fouillis. Quant à passer à la Télé, de quoi faire mourir de peur nos bien sages présentateurs.

La théorie des deux corps du roi. « Le roi possède un corps terrestre et mortel, tout en incarnant le corps politique et immortel, la communauté constituée par le royaume. La double nature, humaine et souveraine, du ‘corps du roi’. » (selon Ernst Kantorowicz) – « Comme il ne pouvait oublier sa condition naturelle, il songeait, en même temps qu’il recevait ces respects, qu’il n’était pas ce roi que ce peuple cherchait  … Il  avait une double pensée : l’une par laquelle il agissait en roi, l’autre par laquelle il reconnaissait son état véritable … il cachait cette dernière pensée, et il découvrait l’autre. C’était avec la première qu’il traitait avec le peuple, et par la dernière il traitait avec soi-même. » (Blaise Pascal – Discours sur la condition des Grands). On n’est pas loin de la séparation entre conduite privée et devoir d’état (rubrique Devoir d’état, 210,2, où cette doctrine et plus largement expliquée). S’applique de fait à toute fonction de souveraineté, y inclus les présidences démocratiques. Le roi a un corps privé dont je n’ai rien à connaître et un corps politique qui incarne la communauté, la nation. Si les deux se mélangent, on ne le respecte plus, ce qui est devenu le cas en raison de l’exhibitionnisme indécent des leaders en démocratie en général et en France en particulier (voir le grotesque François Hollande, et son successeur, le minable Macron et ses selfies !)

« Si les institutions du pouvoir politique disparaissaient, le résultat ne serait pas la fraternité universelle, mais un massacre général … Quant à l’anarchie elle est, dans la pratique, au service de la tyrannie. » (Leszek Kolakowski)

« Notre malheur est d’avoir vu accéder au gouvernement de la vieille nation des gens dont l’arrière-pays idéologique n’est plus dessiné par le souvenir de ’La Politique’ d’Aristote, mais par des ouvrages de management qui servent de petits livres rouges néo-libéraux dans les écoles de commerce. » (Sébastien Lapaque)

« Gouverner, c’est prévoir ; alors nul ne gouverne. » (Louis Latzarus)

« Le bétail humain adore ses pasteurs, et la politique, bestialement divine, fonctionne comme une pastorale … Ce système politique imparable, où la faillite et la légèreté des chefs se camouflent si aisément en rhétorique d’union sacrée, a d’ailleurs désigné ses idoles, et ces noms-là devraient soulever l’horreur aujourd’hui … Parmi ces noms fétiches dont se poétise encore le discours politicien, mention spéciale : Clémenceau, ‘saigneur’ au grand massacre. » (Pierre Legendre)

 « Ces mécanismes sont producteurs d’innocence et par conséquent capables de gérer d’épouvantables massacres comme s’il s’agissait d’administrer les postes et télécommunications. La bureaucratie nazie n’était pas bureaucratique à cause des nazis ; simplement, les nazis s’étaient emparé d’un appareil administratif qu’ils ont perfectionné … La Loi intouchable procure l’innocence. » (Pierre Legendre – s’appuyant sur les déclarations d’Eichmann lors de son procès et traitant de la nature et de l’ambition totalitaire de n’importe quelle bureaucratie.)

« La monarchie sera partout tant que les hommes les plus opposés à cette forme politique n’auront pas d’autre idéal que d’être eux-mêmes en petit des monarques. » (Pierre Leroux – un des premiers vrais socialistes, celui même qui créa le terme socialisme – cité par Jean-Claude Michéa)

« Gouverner, c’est faire croire. » (Machiavel)

« Du moment où l’on peut lui résister sous prétexte d’erreur ou d’injustice, il n’existe plus. » (Joseph de Maistre – sur le gouvernement)

« Dans les Etats du roi de Sardaigne, et surtout en Savoie, il n’était pas aisé d’augmenter sa fortune par un emploi sans voir diminuer sa réputation. » (Joseph de Maistre) – C’est un grand progrès de voir qu’aujourd’hui on réussit à les faire croître de concert, l’une grâce à l’autre et l’autre grâce à l’une, belle cohérence.

« Le gouvernement ne gouverne pas, en pilotant le vaisseau dans une direction déterminée, en orientant le gouvernail du navire en direction du bien commun, mais gère au jour le jour les conflits immédiats et renonce à affronter la réalité telle quelle est sans céder à la démagogie, c’est-à-dire à la faiblesse de plaire au grand nombre. Gouverner c’est dire ce qui est et faire ce qui doit être fait. »  (Jean-François Mattéi) – Il faudrait commencer par avoir des hommes d’Etat courageux et capables de discerner la réalité et le bien commun, le sens où aller et non de minables politicards (le plus minable, le plus haut placé) le regard fixé sur son miroir, ses intérêts, les sondages, les média, les courtisans, les faisans…

« Si les fureurs de la bête humaine sont à craindre pour tous, il convient de les redouter à proportion que la bête jouira de pouvoirs plus forts et pourra ravager un champ d’action plus étendu. » (Charles Maurras)

« Heureux donc les peuples modernes qui sont pourvus d’une puissance politique distincte de l’Argent et de l’Opinion. » (Charles Maurras)   

« Trop gouverner est le plus grand danger des gouvernements. » (Mirabeau)

« Céder sans paraître obéir, voilà, dans les temps de faiblesse, quelle doit être la politique des gouvernements. » (Mirabeau)

« Quand, dans un royaume,  il y a plus d’avantages à faire sa cour qu’à faire son devoir, tout est perdu. » (Montesquieu)

« Des affaires de poids traitées par des gens légers, des avis sollicités avec la ferme intention de ne pas les suivre, des réunions d’information où personne ne sait rien, des débats suspendus sans conclure parce qu’il est l’heure d’aller souper, des décisions prises au hasard ou pour sauver des niaiseries d’amour-propre, des indignations justes mais chez des hommes qui sont aussi corrompus que ceux qui les indignent, voilà, depuis trente-cinq ans,  ce que je vois au gouvernement. » (Henry de Montherlant – La reine morte

« Les hommes se préoccupent plus de gouverner leur pays que de se gouverner eux-mêmes.  Nous sommes plus patriotes que moraux. » (abbé Mugnier)

« Le pouvoir public, le gouvernement, vit politiquement au jour le jour … Il vit sans programme de vie, sans projets. Il ne sait pas où il va, parce qu’en réalité, il ne ‘va’ pas … Son action se réduit à esquiver le conflit de chaque heure, non à le résoudre … Il en a toujours été ainsi du public lorsque les masses l’exercèrent directement … L’homme-masse est l’homme dont la vie est sans projets et s’en va à la dérive. C’est pourquoi il ne construit rien. » (José Ortega y Gasset) – Les promesses électorales ne sont que des mensonges, auxquels croit l’immense masse.

« Si vous gouvernez avec vos opposants vous allez perdre vos partisans. » (Georges Pompidou)

« Marginalisation du pouvoir politique, donc démocratique, s’accompagnant parallèlement d’un engouement pour de oligarchies sociétales multiples : associations, communautés, lobbies, ONG, autorités administratives indépendantes, commissions, comités ou hauts conseils d’experts ou de militants, médias, instituts de sondages, juges internes, européens ou internationaux… ni désignés ni contrôlés par le suffrage universel. Les élus eux-mêmes semblant participer activement à cette dépolitisation en suivant systématiquement les consignes de ces oligarchies encouragées … et financées par les pouvoirs publics. » (Anne-Marie Le Pourhiet)

« Les envahissements de l’Etat se multiplient, et les charges du contribuable croissent en proportion. Ce n’est plus le gouvernement qui est fait pour le peuple, c’est le peuple qui est fait pour le gouvernement. » (Joseph Proudhon)

« Ce sera la fin de ‘l’être gouverné’ et de la litanie de ses attributs négatifs : gardé à vue, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, cotisé, patenté licencié, autorisé, apostillé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé, rançonné, exploité, monopolisé, concussioné, pressurisé, mystifié, volé, réprimé, traqué, houspillé, assommé, désarmé, garrotté, emprisonné, fusillé, mitraillé, jugé, condamné, déporté, sacrifié… » (Joseph Proudhon) – Quelle vie !

« Le bon gouvernement, c’est le gouvernement de ceux qui ne désirent pas gouverner. S’il y a une catégorie à exclure de la liste de ceux qui sont aptes à gouverner, c’est en tout cas ceux qui briguent pour obtenir le pouvoir. » (Jacques Rancière)

« La représentation est devenue un métier exercé par une classe de politiciens professionnels qui, pour l’essentiel, s’autoreproduit et fait valider cette autoreproduction par la forme spécifique du peuple qu’il produit, à savoir le corps électoral. Celui-ci reconfirme le pouvoir de cette classe en choisissant entre les factions. » (Jacques Rancière)

« Le bon gouvernement : le prochain ! » (Charles  Régismanset)

 « Le droit d’être gouverné, nous disons gouverné, et non pas adulé, dupé et encaserné. Garantie contre la tyrannie … et contre l’anarchie. » (Rivarol) – Un rêve !

« Dans le corps politique, le gouvernement est le moyen et la félicité publique le but. Mais, en démocratie, le moyen et le but étant dans les mêmes mains, le peuple ne s’occupe que du premier. » (Rivarol)

« Les souverains ne doivent jamais oublier qu’un écrivain peut recruter parmi des soldats, et qu’un général ne peut jamais recruter parmi des lecteurs. » (Rivarol)

« Si le pouvoir absolu d’un seul s’établit en France, la philosophie opposera moins de digues à la tyrannie que la religion. » (Rivarol)

« Le prince absolu peut être un Néron, mais il est quelquefois Titus ou Marc-Aurèle ; le peuple est souvent Néron, et jamais Marc-Aurèle. » (Rivarol)

« Il y a deux vérités qu’il ne faut jamais séparer. Premièrement que la souveraineté réside dans le peuple. Deuxièmement que le peuple ne doit jamais l’exercer. » (Rivarol)

« Je ne me sens pas chargé d’apporter des petits bonheurs privés, mais d’éviter de grands malheurs publics. » (Nicolas Sarkozy ?) – Tel est le rôle d’un homme d’Etat, d’un Etat. Il n’est pas celui de consoler les pleurnichards. 

« Est souverain celui-là seul qui maîtrise le champ symbolique des interdits ; est souverain celui qui dicte le licite et l’illicite. » (Carl Schmitt)

« Le critère du politique, c’est la possibilité pour une opposition quelconque d’évoluer vers un conflit extrême mettant aux prises des ennemis … perçus en tant que tels … Qui déclare ne pas se connaître d’ennemis, se range ‘ipso facto’ du côté de son ennemi et se soumet par avance à lui … Il n’y aurait plus de politique dans un Etat mondial, dans un monde unifié, mais seulement des ‘faits sociaux’ … … le politique suppose un monde multipolaire … ‘C’est parce qu’elle est étrangère au règne de la nécessité que la vie politique implique la pluralité’ (Hannah Arendt) … L’aspiration libérale à un monde définitivement pacifié n’est qu’une aspiration à un monde où le politique n’existerait plus … En régime libéral, les prérogatives du politique sont limitées tout à la fois par le déploiement de l’économie (le système du marché), de la morale (l’idéologie des droits de l’homme) et de la technique (la montée de l’expertocratie). » (Carl Schmitt– par Alain de Benoist)

« Ce que veut l’opinion n’est certes pas ‘Big Brother vous surveille’, mais sans doute ‘Big Mother veille sur vous’. » (Michel Schneider) – Ce qui convient parfaitement aux politiques et à leurs petites affaires.

« Le rôle de la société est d’organiser notre vie sociale de manière à éviter le ressentiment. » (Roger Scruton) – Bien dit, mais illusoire. En effet comment régner, surtout en démocratie (où la désunion conditionne la bénéfique alternance)  sans dresser X contre Y, sans diviser ?

« Le pays le plus heureux est celui où on sent le moins l’action du gouvernement. » (Louis-Philippe de Ségur)

« Epoque terrible que celle où des idiots dirigent des aveugles. » (Shakespeare – prophète de notre temps)

« Du gouvernement des hommes au gouvernement des choses. » (Saint-Simon) – Ou de la modernité telle qu’espérée.

« Ce n’est ni de droits ou de constitutions, ni d’idéaux ou de programmes, ni même de principes moraux ou d’instincts raciaux que dépend le destin d’un peuple, mais d’abord des capacités de la minorité régnante. » (Oswald Spengler) – Alors nous sommes mal partis.

« On en vient à se demander si les sociétés modernes construites sur ce modèle (course à la consommation / production, gigantisme urbain, bureaucratie monstrueuse, surpopulation…) ne risquent pas bientôt de devenir ingouvernables. »  (Claude Lévi-Strauss) – Il n’y a plus que les gogos pour se le demander.

« Il y a deux sortes de transparence. La transparence du pouvoir pour ceux sur qui il s’exerce s’appelle la démocratie ; la transparence des gouvernés pour le pouvoir s’appelle la tyrannie. » (François Taillandier)

« Le commerce et les affaires s’ils n’avaient pas de ressort propre, n’arriveraient jamais à rebondir par-dessus les embûches que les législateurs leur suscitent perpétuellement, et s’il fallait  juger ces derniers sur les conséquences de leurs actes, et non sur leurs intentions, ils mériteraient d’être punis au rang des malfaiteurs qui sèment des obstacles sur les voies ferrées … Un gouvernement où la majorité règne dans tous les cas, ne peut être fondé sur la justice. Ne peut-il exister de gouvernement où ce ne seraient pas les majorités qui trancheraient du bien et du mal, mais la conscience ? » (Henry David Thoreau) – Doux rêveur.

« La plupart estiment que le gouvernement agit mal; mais tous pensent que le gouvernement doit sans cesse agir et mettre tout à la main. L’unité, l’ubiquité, l’omnipotence du pouvoir social, l’uniformité de ses règles, forment le trait saillant qui caractérise tous les systèmes politiques enfantés de nos jours. » (Alexis de Tocqueville)

« Les détenteurs du pouvoir temporel aspirent, non pas comme dans le césaropapisme à s’asservir une religion existante, mais à fonder un culte nouveau, qui a pour objet l’Etat lui-même, ses institutions ou ses représentants. Si Condorcet le découvre à ce moment c’est qu’il n’avait pas existé dans les temps passés : la présence d’une religion officielle empêchait le pouvoir temporel d’en devenir une. C’est la mise à l’écart de l’Eglise chrétienne qui a rendu possible cette nouvelle religion. Ceux-là même qui ont voulu libérer les hommes du joug de la religion risquent de devenir les serviteurs d’un culte non moins oppressant … Le territoire de la nouvelle religion dépasse de loin celui de l’ancienne ; en conséquence s’accroît aussi celui que l’individu aura à défendre. » (Tzvetan Todorov commentant Condorcet)

« Si le peuple a les gouvernements qu’il mérite, quand mériterons nous de n’en pas avoir ? » (Jean-Paul Toulet)

« La dialectique des hommes de pouvoir et de ce qu’on pourrait appeler le ‘corps mystique’. Sous ce nom, on peut compter une partie du clergé, les ordres monastiques, certaines congrégations et nombre de théologiens … Les hommes de pouvoir ont souvent fait dévier la parcelle de pouvoir qu’ils détenaient dans des directions fort éloignées du  message  évangélique  qui justifiait l’institution … Le ‘corps mystique’ n’a pas cessé d’exercer une sorte de surveillance conflictuelle sur les hommes de pouvoir. ce, à travers pressions, résistances,  négociations  et conflits ouverts … de surveiller les hommes de pouvoir et de les ramener, par une réforme permanente, aux fondements de la catholicité  … A l’évidence, cette dualité fut la cause du succès historique de l’Eglise, mais aussi de schismes et d’hérésies dont la plus lourde de conséquences fut la Réforme luthérienne et calviniste …Dans le monde nouveau,  l’on a vu des religions politiques se substituer aux religions de salut. Tandis qu’à la tête des révolutions se succédaient des hommes de pouvoir (souvent aussi des hommes de foi à leur façon), on a vu se dessiner parfois les contours imprécis d’un ‘corps mystique’ qui n’eut pas la durée lui permettant de se déployer … Lorsque la politique s’est apparentée à la religion, le ‘corps mystique’ fut implicitement constitué de tous ceux, militants, cadres et intellectuels actifs, qui étaient entrés en politique ‘comme on  entre en religion’. Ceux-là étaient en quelque sorte les garants d’une ‘révolution permanente’ aussi nécessaire à la formation d’un homme nouveau dans la cité, que la réforme permanente l’avait été pour l’Eglise.  Seulement, la forme rigide et sommaire des partis, ainsi que leur brève durée et leur nature même, n’ont pas permis à ces ’corps mystiques’ politiques d’exister et de se déployer avec l’autonomie et la multiplicité de leurs modèles religieux. » (Dominique Venner – Le choc de l’histoire – sur la dialectique de pouvoir, en s’inspirant de l’Eglise catholique, vieille de deux mille ans, mais à élargir au monde profane)

« Trois menaces pesant sur l’Eglise catholique dans le monde moderne, comme ils menacent, sous des formes diverses, les sociétés contemporaines. Ces trois menaces peuvent se cumuler, et c’est, de fait, ce qui s’est produit au vingtième siècle  – Le millénarisme : la recherche à toute force et contre tout réalisme d’un ‘âge de l’esprit’, utopisme délirant – Le marcionisme (de l’évêque hérétique Marcion, rejetant l’Ancien Testament) : répudiation de l’apport de la tradition et de l’autorité morale pour ne se fier qu’à la connaissance scientifique et à la démocratie d’opinion, triomphe du relativisme et du conformisme, prédominance des ‘parfaits’ – Le gnosticisme : rejet de l’état actuel du monde, haine de la réalité et de la Création, le salut peut être réalisé dans l’histoire, et par les hommes eux-mêmes transformés (le monde conçu comme anthropodicée), soit par des groupes avancés et motivés … Le rôle salvifique du prolétariat (marxisme), de la race élue (nazisme), des pauvres (théologie de la libération). » (Jean-Philippe Vincent, abrégé – reprenant les thèses des Trois tentations dans l’Eglise d’Alain Besançon)

« Si vous voulez savoir qui vous gouverne, regardez ceux que vous ne pouvez pas critiquer. » (Voltaire)

« Tel homme, qui ne sait pas gouverner un poulailler, qui même n’en a point, prend la plume et donne des lois à un royaume. » (Voltaire) – Pensant sans doute à nos énarques.

« Permettre aux citoyens d’exprimer  une pluralité de désirs et de revendications, tout en permettant à l’Etat d’en réaliser la synthèse sous la forme d’une unité cohérente ; le représentant étant le serviteur du représenté mais aussi le défenseur de l’unité et de l’effectivité de la volonté souveraine – La représentation appropriée, ou patriarcale,  est la forme de représentation présentant le lien le plus faible et le degré de séparation le plus élevé entre les représentants et les représentés. Les représentants ne sont pas sélectionnés, nommés ou contrôlés de façon directe par les représentés, ils se contentent d’interpréter l’intérêt ou la volonté de ces derniers (par exemple, les organisations supranationales, FMI, Banque mondiale, vis-à-vis des nations représentées, surtout les petites) – La représentation libre, en position intermédiaire, typique des régimes parlementaires ; les représentés entretiennent un lien direct avec les représentants, mais le contrôle des premiers est limité, entre les élections les représentants agissent de façon relativement indépendante – La représentation mandatée où les représentés contrôlent les représentants de façon constante (élections fréquentes, révocabilité permanente des délégués). » (Les formes de représentation selon Max Weber – cité par Michael Hardt et Antonio Negri)

« La typologie wébérienne (de Max Weber) des formes de légitimité (traditionnelle, charismatique, légale. » (Eric Werner)

« Au gouvernement ils ne trouvent pas de solutions. Mis dans l’opposition, il leur vient soudainement des quantités d’idées. » (?)

« Le meilleur (des gouvernants) est celui qui fait le plus d’ingrats. » (?)

« Si les hommes étaient des anges, il n’y aurait besoin d’aucun gouvernement. Si les anges devaient gouverner les hommes, il n’y aurait besoin d’aucun contrôle externe ou interne sur le gouvernement … S’agissant d’élaborer un gouvernement qui doit être administré par des homme sur des hommes,, il faut d’abord habiliter le gouvernement à contrôler les gouvernés et ensuite l’obliger à se contrôler lui-même. » (?)

« Les bons gouvernements sont ceux où rien ne se passe. » (?)

Ci- dessous, extraits de trois ouvrages de Christian Salmon : Storytelling, la machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits La cérémonie cannibale – Ces histoires qui nous gouvernent (sur le spectacle en politique après l’économie). On nous sature avec les fake news et les théories du complot issues de n’importe où (saturation prétexte à  museler le peu qui reste de liberté d’expression). Mais qui a commencé, qui utilise le plus le mensonge comme arme, sinon les politiques officiels (obéissants à leurs gourous et autres communicants) et les média ?

« Le ‘storytelling’ ou ‘l’art de raconter des histoires’ … ‘Lorsque la légende devient un fait établi, on imprime la légende’ (célèbre réplique du film, Qui a tué Liberty Valance ?’) … Il n’y a pas, il n’y a jamais eu nulle part  aucun peuple sans récit … Le storytelling met en place des engrenages narratifs, suivant lesquels les individus sont conduits à s’identifier à des modèles et à se conformer à des protocoles … Pour effacer de sales histoires (‘Nike’ou ‘Wall-Mart’ et les enfants ou ouvrières fabriquant dans des conditions déplorables) et sauver les marques, il fallut inventer des histoires édifiantes, opposer une contre-narration … On est passé du produit au logo, puis du logo à la ‘story’, de l’image de marque à l’histoire de marque … Une des premières histoires à grande échelle utilisée en politique : la lutte victorieuse de George W. Bush contre l’alcool … Les bavardages, les commérages ou rumeurs gagnent un nouveau statut, désormais perçus comme vecteurs d’expériences et de connaissances … accompagnant l’idéologie du changement permanent … Raconter une histoire capable de constituer l’identité narrative du candidat en résonance avec l’histoire collective … ‘Ronald Reagan, le premier président américain à gouverner largement à coup d’anecdotes’ (Peter Brooks) … ‘Quand la politique vous condamne à mort, commencez à raconter des histoires, si fabuleuses, si captivantes, si envoûtantes que le roi oubliera sa condamnation capitale’ (Karl Rove, conseiller-communicant de présidents américains) … Celui-ci s’efforce de transformer toute élection en un théâtre moral, d’inventer des histoires de bons et de méchants (la stratégie dite de Schéhérazade) … L’industrie du mensonge (Fox News diffusant des nouvelles avec lesquelles les gens étaient d’accord, ‘créant un mensonge que tous les téléspectateurs pouvaient choisir de croire’) … La collection d’histoires inventées destinées aux journaux irakiens … En France, la droite ne revendiquait plus l’indépendance nationale ni la gauche le progrès social ; Des deux côtés (Nicolas – Ségolène) triomphait le kitsch, on se mit à raconter des histoires (scènes de ménage…) … Plutôt que des convictions, on vit s’affirmer des ‘valeurs’, au lieu des compétences, on afficha sa compassion … L’enjeu électoral se concentra alors presque logiquement autour des victimes, des personnes à forte résonance émotionnelle, on eut droit à la surenchère des compassions …  Ce furent les fameuses ‘séquences émotions’ (terme de communicant) …  ‘A vos larmes, citoyens !’ (Jean Baudrillard) … En prenant sur soi la part du malheur social, l’homme politique compassionnel se défausse ainsi de sa responsabilité politique et s’affuble d’une conscience morale qui lui permet de demandera u peuple de se sacrifier. »

Ci-dessous considérations diverses et mêlées sur l’Etat et/ou le Pouvoir tirées du livre d’Eugène Enriquez, Clinique du pouvoir, les figures du maître.

 « Le désir pleinement satisfait est un désir totalitaire d’un monde sans déchirure, où chacun reste à sa place … que ce désir se traduise par la volonté de créer des Etats totalitaires ou la société sans classe, le même mythe d’une communauté exclusive de toute déchirure gouverne des entreprises qui pourtant s’opposent farouchement … Fiction d’une société harmonieuse, sans heurts, où existent des statuts et des rôles, mais où la ‘séparation’ n’apparaît pas, où se jouent des désaccords mais jamais de conflits … Le chef pervers, c’est celui qui ne voit la situation qu’à travers des plans, des programmes, des indicateurs économique et sociaux qu’il a élaborés. La réalité doit se conformer au modèle construit. Si elle est différente, ce n’est pas le modèle qui est inexact, c’est la scène du réel qui se trompe … Et il ne peut en être autrement pour lui puisqu’il possède le ‘savoir’ … C’est lui qui peut définir ce dont l’autre a besoin … quel genre de vie il doit mener … Prenant en charge le destin des autres en contrôlant toutes les sources d’information et les réseaux de décision, c’est-à-dire en les mettant en situation d’aliénation totale … la vérité c’est la technologie dans tous les domaines, la ritualisation de toutes les conduites … Tous les aspects de la vie seront envahis par le calcul … le résultat étant un produit humain standardisé, rationalisé, systématiquement surveillé … Le pouvoir pervers, c’est celui de l’économie comme seule réalité vitale, celui de la réification des rapports humains … C’est un pouvoir serein, sans sentiment de culpabilité, scrupuleux (comme Eichmann) … la démocratie sera la règle des sociétés perverses … n’acceptant pas la division, visant l’uniformité, la résolution anticipée des conflits, la suppression des différences dangereuses … Les révolutionnaires de 1789 édifient pour la première fois dans l’histoire des grandes nations une ‘société de l’immanence’ … En procédant au parricide royal, les révolutionnaires deviennent des frères et proclament hautement que les hommes peuvent établir un pacte social durable sans avoir besoin de se croire les descendants d’un père sacré. Ils se transforment eux-mêmes en dieux … Ils revivent ainsi, sans le savoir, le moment décrit par Freud dans ‘Totem et tabou’, du ‘crime commis en commun’ par les frères conjurés, prélude à la naissance de la civilisation … L’Etat est investi comme l’expression de la volonté générale, comme le seul corps ayant droit à la parole souveraine … A ce jeu là, la communauté, la société civile est flouée … On aboutit à la sacralisation de l’institution étatique … Il ne reste plus de place que pour un seul sacré, l’Etat … Même dans les pays qui se proclament les plus démocratiques nous n’avons vu que la croissance d’un pouvoir exorbitant … aux mains d’un nombre restreint de personnes ou de grandes compagnies qui ne se soucient des ‘sans-grade’ que lorsqu’elles y sont obligées … Elles sont parvenues à rendre les individus de plus en plus inertes, atones, sans réaction, angoissés, apeurés … Elles sont arrivées à massifier le monde et en même temps à le fragmenter en tribus, sectes, confréries, associations… Les Etats modernes ne veulent pas seulement exercer une autorité débonnaire et quelque peu relâchée … mais au contraire codifier, règlementer, moderniser, civiliser, pénétrer tous les pores de la société, conduire et maîtriser, faire de chaque homme un administré … L’Etat démocratique finit par lier liberté et soumission … L’homme libre de ses décisions peut entrer dans une compétition mortelle avec les autres hommes … C’est à l’Etat que va être dévolu le rôle de mettre de l’ordre (fiction du contrat social). »

Ci-dessous extraits remaniés d’un livre d’Alain Supiot, La gouvernance par les nombres.

« Le renversement du règne de la loi au profit de la gouvernance par les nombres s’inscrit dans l’histoire longue du rêve de l’harmonie par le calcul dont le dernier avatar, la révolution numérique, domine l’imaginaire contemporain. Cet imaginaire cybernétique conduit à penser la normativité  non plus en termes de législation mais en termes de programmation … Rabattre le jugement sur le calcul conduit à se couper progressivement de la complexité du réel, autrement dit à substituer la carte au territoire. … La pauvreté définie par les Nations unies comme le fait de vivre avec moins d’un dollar par jour. Une telle définition ne peut que rendre aveugle à tout ce qui, dans le niveau et la qualité de la vie, ne relève pas d’une évaluation monétaire, mais dépend de l’inscription dans une société et une culture … Enfermement des peuples dans les boucles autoréférentielles d’un discours technocratique qui écrase les réalités de la vie humaine au lieu de les représenter … ‘Le contrôle, en toute matière, aboutit à vicier l’action, à la pervertir … dès qu’une action est soumise à un contrôle, le but profond de celui qui agit n’est plus l’action même, mais il conçoit d’abord la prévision du contrôle, la mise en échec des moyens de contrôle’ (Paul Valéry) … Exemples : le sabotage de la production dans l’ex-URSS, le chercheur qui, pour augmenter ses scores bibliométriques qui servent à mesurer sa performance, découpe en quatre articles ce qu’il aurait publié en un seul … . Fin de l’Histoire, fin de la loi ; L’épître aux Romains, témoignant de ce que sera la sécularisation du christianisme,  ne dit mot de l’amour de Dieu, l’unique commandement est l’amour du prochain … ‘Dans un peuple de saints, la loi serait inutile’ (Jean Carbonnier) … ‘De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins’ (Karl Marx) … La foi dans l’harmonie par le calcul, fondant les bases économiques de la suppression de l’Etat a resurgi avec la globalisation libérale et les revendications libertariennes, qui sont les deux faces, économique et sociétale,  d’une même médaille … La loi, c’est le mal … Mais cet univers de compétition généralisée, cette promesse moderne d’émancipation, disqualifiant toute espèce de solidarité au profit de la compétitivité et de la sélection des plus aptes, n’est pas faite pour les faibles … L’émancipation est lourde de dangers pour l’émancipé qui se trouve privé des protections, l’émancipation est d’abord apparue comme une sanction infligée par un ‘pater familias’ à son fils … Faute d’une instance hétéronome à laquelle se référer, les rapports humains sont entièrement soumis à la logique binaire ami/ennemi où Carl Schmitt voyait l’essence du politique … Lorsque la relation ami/ennemi n’est plus cantonnée aux frontières, cette négation essentielle se transporte à l’intérieur de l’Etat, elle ne vise plus l’étranger, mais des groupes de concitoyens, identifiés en raison de leur classe, leur race, leur religion ou leurs opinions. L’ombre de la guerre civile s’étend alors sur la société … Comme l’ont montré les récentes guerres américaines (Golfe…), on a renoué avec la pratique féodale qui consistait pour un monarque à appeler auprès de lui, en vue d’une expédition militaire, tous ses vassaux munis de leur équipement et d’un nombre d’hommes proportionnel à leur rang et qualité … Avec l’effondrement des Etats-nations et l’extension de ces réseaux d’allégeance à tous les domaines de la vie sociale (dépendance entre entreprises, dans les réseaux, dans les partis …), c’est la structure juridique de la féodalité qui refait surface … On passe du souverain au suzerain, de la loi au lien … Les techniques d’inféodation des personnes se présentent aujourd’hui sous le nom de ce qu’on appelle les réseaux. » (Alain Supiot – La gouvernance par les nombres)

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