360,1 – Fraternité

– Cet ajout au duo Liberté, Egalité, qui a complété notre antithèse républicaine ne date que de la révolution catho-populiste de 1848.  (Régis Debray)

– Pour se convaincre de sa réalité lire les faits divers ou circuler en automobile, à vélo, suivre les éructations haineuses de certains lobbys, associations, laquais des média ou richissimes people

– Comme le terme  était jugé légèrement ambitieux, nos bisounours ont introduit, et imposé, la délicieuse expression Vivre ensemble. Mais même cette sucrerie semble peu adaptée à nos sociétés modernes, pas encore tout à fait exemplaires.

– Le seul signe visible ne serait plus que l’horrible et vulgaire tutoiement généralisé. « C’est l’esprit de fanatisme, d’orgueil et de féodalité qui nous a fait contracter l’habitude de nous servir de la seconde personne du pluriel, lorsque nous parlons à un seul. » (Pétition des sections populaires à la Convention – citée par Alan Forrest) – Le copinage débridé qu’exprime le tutoiement nous rend tous frères !

– « Les seules ‘salles de rédaction’ où règne une solidarité et une confraternité véritables sont celles, exceptions rarissimes, où l’affreux tutoiement est banni. » (Robert Poulet – il y a déjà près de cinquante ans) – Si le tutoiement n’implique pas la fausseté. Il est assuré que le vouvoiement implique le respect et présume plus de la droiture. Il n’est donc pas surprenant que notre époque de larves impose le tutoiement, avec, « à la radio-télévision notamment, l’usage du prénom comme à la maternelle. » (Régis Debray)

– A ma connaissance (qui jadis fut pourtant étendue), il ne reste guère plus qu’un seul lieu où règne une ambiance qui se rapproche de ce qui pourrait relever de la fraternité : le petit bistrot de quartier et d’habitués.

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« Ce sont les religions de masse qui ont nourri cet étrange rejeton anthropocentrique qu’est l’hypocrite utopie de la ‘fraternité’ universelle … Cette sécularisation de la charité qui la falsifie et l’aliène en la diffusant par pur grégarisme. » (Raymond Abellio)

« La proximité excessive d’une fraternité qui efface les distinctions. » (Hannah Arendt)

« Pour être frères, encore faut-il une paternité commune. » (Père Michel Aupetit) – « L’abolition de toute transcendance abolit en même temps tout espoir d’unanimité. Faute d’un accord sur l’essentiel, le particulier va prendre la place de l’universel. » (Père Alain Bandelier) – Chacun dans son trou.

« Le cosmopolitisme moral, espoir de la Rome chrétienne, ne serait-il pas une sublime erreur ? Il est si naturel de croire à la réalisation d’une noble chimère, à la fraternité des hommes. Mais, hélas ! la machine humaine n’a pas de si divines proportions. » (Balzac)

« Conséquence de la référence (judéo-chrétienne) à un père unique : la fraternité des fils se trouve portée aux dimensions de l’univers … ‘tous frères’. » (Alain de Benoist)

« Les fraternités veulent des convergences. Elles se renforcent d’autant plus que les convergences sont plus nettes et les groupes plus restreints … Non seulement le village, mais les autres infrastructures des fraternités ont été peu ou prou disqualifiés. » (Emmanuel Berl)

« Tout groupe humain vise à instituer une fraternité : elle lui est nécessaire, elle peut lui être suffisante. » (Emmanuel Berl) – Nécessaire et bénéfique pour le groupe. Suffisante, elle peut conduire à des exclusions dramatiques pour ceux de l’extérieur, à des compromissions opaques et indues entre ceux de l’intérieur.

« Je reste persuadé que l’identité une fois abolie, la fraternité cesse d’être possible. » (Emmanuel Berl) – La fraternité, la reconnaissance de l’autre est impossible si l’un comme l’autre ne sont pas stabilisés et un minimum cohérent dans une identité appréhendable.

« J’admire énormément la France, mais il y a une chose que je n’ai jamais ressentie dans votre pays, où l’on parle tant de liberté et d’égalité, c’est la fraternité. » (Philippe Blond – politicien britannique)

 « Un isolement commun qui a pour effet bénéfique d’atténuer le sentiment oppressant, chez chaque personne, d’être la seule à être seule. Dans les restoroutes et les cafétérias ouvertes la nuit, les halls d’hôtel et les cafés de gare, nous pouvons diluer un sentiment d’isolement dans un lieu public solitaire et redécouvrir ainsi un certain sentiment de fraternité. » (Alain de Botton)

« Notre esprit de fraternité meurt non de dessèchement mais d’emballement, dans un déferlement de simulacres, de fanfares et de bons sentiments. » (Pascal Bruckner) – Sur le fracas médiatique, le tapage des téléthons divers, les concerts et les marathons, le marché au service de la morale (3 centimes par pot de yaourt versé à…), les mailings surabondants… 

« C’est quand on est le frère de tous qu’il fait si froid entre les hommes … La partialité dément l’altruisme, et pourtant l’altruisme présuppose cette partialité qui est sa condition contradictoirement vitale. L’étroitesse du choix garantit son authenticité. » (Pascal Bruckner)

« Ils parlent de la fraternité d’Etéocle et de Polynice. » (Chamfort – sur les excès sanguinaires de la révolution)

« Sois mon frère ou je te tue. » (Chamfort – sur la fraternité révolutionnaire)

« La fraternité, ce troisième terme de la devise républicaine, le plus important et pourtant le moins considéré …  La liberté et l’égalité ont été fécondes au cours de l’histoire politique, elles se sont incarnées en de puissants et durables courants politiques, mais la fraternité, qui est pourtant le ciment de la civilisation, n’apparaît jamais autrement que comme une donnée sur laquelle nul n’a prise, et donc que l’on a placée là comme on aurait fait d’un élément décoratif, comme pour rehausser les couleurs parfois un peu fades des deux premiers termes … Sans fraternité, pas d’égalité possible. » (Frédéric Saint Clair)

« Il ne faut pas refuser secours à la ronce qui veut devenir rose. » (Paul Claudel)

« La fraternité, c’est la reconnaissance d’une paternité symbolique. On est frères en Christ, en une valeur qui vous dépasse. Il n’y a pas de fraternité sans sacralité. » (Régis Debray)

« S’il n’est pas de fraternité durable et consistante sans quelque valeur sacralisée, n’importe quelle exaltation ne peut pas faire l’affaire … la consécration des droits de l’homme principe unificateur … Elle fait à présent consensus, mais elle a atteint son niveau d’incompétence, avec désormais trop d’effets pervers et sanguinaires pour garder son statut d’horizon indépassable. Le coucher de soleil est devant nous … Ces cultes brevetés, faits non pour les cœurs, mais pour les yeux et les oreilles, faciles à vivre, où l’être privé n’a pas à s’impliquer, sont à la fois englobants et accommodants. » (Régis Debray – Le moment fraternité)

« Excès de fraternités minuscules, de type communautaire, et déficit de Fraternité majuscule, intégrant les premières. » (Régis Debray – sur la France)

« Elle se voit plus sur les frontons que sur les visages. » (Régis Debray – Le moment fraternité)

« Là où fonctionne une fraternité, il y  a un ‘fratriarche’. Et dès qu’il n’y en a plus, ou qu’il y en a trop, elle ne fonctionne plus – Ceux ou celles qui nouent entre eux des liens fraternels coupent plus ou moins ceux qui les liaient au monde – Les communautés fraternelles naissant de  l’adversité, ont de la peine à se passer d’adversaires. La concorde qu’elles instaurent ‘ad intra’, symbolisée par le baiser de paix, a pour envers une discorde entretenue ‘ad extra’ …’Chez un peuple libre, il n’y a que des frères et des ennemis’ (un sectionnaire montagnard) – Là où il y a du commun et qui dure, il y a du qui surpasse, et si plus rien ne surpasse, il n’y a plus rien de durable ni de commun. Dès que cet absent idéal fait défaut, le groupe ne fait plus corps mais colle. Le corps s’arrache, la colle stagne … C’est une même chose pour un individu de se tenir ‘dans’, ‘dessous’ et ‘vers’. Incorporé, dédié et en chemin. » (Régis Debray – Le moment fraternité)

« Le mystère de la Paternité nous fait pressentir le mystère de la Fraternité : il n’y a pas de frères s’il n’y a pas de père. » (Nathanaël Dupré La Tour) – En supprimant les pères, on aboutira bien à la guerre de tous contre tous

« Le pouvoir que possède autrui d’entamer à vif la tranquillité d’être … ‘Rien en un sens n’est plus encombrant que le prochain. Ce désiré n’est-il pas l’indésirable lui-même’. » (Alain Finkielkraut – citant Emmanuel Lévinas)

« Il n’y a pas d’union sans union sacrée et pas d’union sacrée sans victime expiatoire. Privée de l’aliment de la haine, la fraternité dépérirait : pour exister, elle a besoin de chair fraîche. » (Alain Finkielkraut – commentant La plaisanterie de Milan Kundera) – C’est peut-être pourquoi tout pouvoir, fabriquant de l’Histoire officielle, tend à pérenniser, en les exacerbant même, les vieux fantasmes, en …ismes ou …istes.

« S’il est sûr qu’une société d’où serait banni l’esprit de fraternité tomberait dans la férocité sans phrase du ‘struggle for life’, il n’est pas moins avéré que les utopies fusionnelles sont vouées, aussitôt entrées dans l’histoire, à devenir totalitaires. Quand tout est mis en commun, ces simples mots : ‘Cela ne vous regarde pas !’ sonnent comme une trahison : les rideaux sont arrachés, il n’y a de vie que publique, le règne de ‘Big Brother’ peut commencer. » (Alain Finkielkraut) – L’obsession de la transparence, envie, voyeurisme et inquisition.

« La fraternité est une des plus belles inventions de l’hypocrisie sociale. On crie contre les Jésuites. Candeur ! Nous en sommes tous. » (Flaubert)

« Les dérives communautaristes s’expliquent par la promotion de la ‘fraternité’, dont la contrepartie est toujours l’exclusion des individus déviants et étrangers. » (Michaël Foessel)

« Si tous les hommes sont mes frères, alors aucun ne l’est … Essayer d’aimer l’humanité entière est peut-être un noble effort mais, paradoxalement, c’est une manière de rester concentré sur soi, sur son propre bien-être matériel et spirituel. Alors que pour aimer une personne en particulier … il faut abandonner un petit peu de soi. » (Jonathan Franzen)

« Doutant de la spontanéité du sentiment de solidarité chez les citoyens, l’Etat prend lui-même en charge une solidarité imposée et organisée (Impôt de solidarité, contribution…). Ce qui évidemment n’est plus une solidarité … Ce terme apparaît comme indispensable dans tout discours parce qu’il en remplace un autre devenu innommable pour toutes sortes de raisons : le terme de fraternité … que plus personne n’oserait invoquer. » (Christian Godin)

« Toutes les petites bourgeoises du néoféminisme avaient à la bouche le mot ‘sororité’ pour s’opposer à la ‘fraternité’ si excluante pour les femmes. » (Lydia Guirous) – C’était avant la trouvaille géniale du mot adelphité (union, frère, filet des étamines soudées…) 

« Quand on se dit frères, c’est pour s’en prendre à quelqu’un d’autre. » (Gérard Haddad)

« Ce qui émerge de l’Oedipe, c’est la loi protectrice du père. Quand la loi paternelle décline, Caïn prend le dessus. D’où l’explosion de violence à laquelle nous assistons … Ne pas oublier qu’a l’origine la fraternité c’est le meurtre» (Gérard Haddad)

« La Bible n’a pas placé le parricide au premier rang des causes du drame humain, mais le fratricide … Le meurtre d’Abel n’est pas qu’un accident … Non, le conflit fraternel est constant, structurel … et la Bible s’emploie à le ressasser … Les dénonciations des fils de Noé … l’impossible coexistence entre Ismaël et Isaac … Le rustre Esau et le rusé Jacob … et surtout, Joseph et ses frères. » (Gérad Haddad)

« La grande tentation moderne, démo(no)cratique, c’est d’essayer de constituer une fraternité sans père, c’est-à-dire une communauté de purs individus, sans charge historique, sans ce lien de chair qui échappe au choix. » (Fabrice Hadjadj

« En mettant à mort le roi et en prenant le pacte social pour principe, notre chère république ne se rendit-elle pas impuissante à produire une fraternité qui par définition exige un père commun et caractérise un lien antérieur à tout contrat ? » (Fabrice Hadjadj) – Si, mais c’est une des mille choses qu’il est interdit de dire.

« Avec la notion des droits fondamentaux (dans les années 1970), le juge et le législateur ont entrepris de transformer sournoisement le pays en camp de rééducation afin de sanctifier autoritairement les rapports entre particuliers sur la base d’un amour obligatoire dont les manquements sont sanctionnés par les tribunaux, le passage au droit a rendu obligatoire l’amour de l’autre (pas forcément dans tous les sens d’ailleurs), l’amour de l’autre poussé jusqu’au mépris de soi (le masochisme européen : repentance, culpabilisation, excuses…) … Transformée en droit, la morale des droits de l’homme est devenue une religion d’Etat, on est revenu à un droit religieux,  on a rétabli la punition judiciaire du blasphème et du sacrilège, l’Etat étant devenu responsable de la sanctification de la société  … La fraternité n’est plus librement consentie, juridiquement contrainte, elle prend une dimension ‘sourcilleuse’, voire ‘chicanière’. » (Jean-Luc Harouel – Les droits de l’homme contre le peuple)

« Les Fils réunis tuent le Père et voilà la Fraternité. » (Pierre-Jean Jouve – Les Noces, Enfers)

« La poursuite du village introuvable, combinée avec la foi dans les possibilités infinies de l’Etat, donne naissance aux leurres, fortement répandus parmi les idéologues des courants différents de la gauche, d’après lesquels il est possible d’employer efficacement une technique sociale pour produire une société sans conflit, autrement dit qu’il est possible d’institutionnaliser la fraternité à coup de bureaucratie et de violence. » (Leszek Kolakowski)

« Dans une société établie sur l’esprit de compétition il ne peut y avoir de fraternité ; et aucune  réforme, aucune dictature, aucune méthode éducative ne l’engendrera. » (Krishnamurti)

« La fraternité, être concerné par l’altérité d’autrui. » (Emmanuel Levinas)

« La puissance du lien religieux pour solidifier les groupes  sociaux, n’a d’égal que le fanatisme des modes les plus évolués de la manipulation des masses. L’enrégimentement diffuse la fraternité et ses délires adjacents, pointés contre un ennemi, avec les jouissances appropriées. L’inquisiteur accomplit mécaniquement sa fonction, apportant par l’institution un Salut. » (Pierre Legendre)

« La vocation des armes est indissociable de la fraternité. C’est une dimension difficilement explicable à ceux qui n’ont jamais revêtu l’uniforme. Dans la vie courante les relations humaines restent  de façade … Sous l’uniforme, on ne demande ni ton nom, ni… mais seulement que est ton courage …Seul compte le danger partagé. » (Hélie de Saint Marc)

« La solitude est essentielle à la fraternité. » (Gabriel Marcel)

« S’il y a la Sécurité sociale, je n’ai pas besoin de recourir aux voisins de palier pour aider. L’Etat providence est producteur d’individualisme. » (Olivier Mongin – cité par François Ascher) – Casser toutes les communautés, toutes les solidarités, tout maîtriser, tout ponctionner.

« En s’emparant par l’impôt de tous les revenus supplémentaires disponibles, le collectivisme tue dans l’œuf la libéralité et, faisant injure en cela à la nature humaine, il enlaidit l’être humain. » (Philippe Nemo) – On peut même se demander si tel n’est pas l’objectif à demi-consciemment poursuivi au-delà de l’asservissement.

« Quelques heures d’escalade en montagne font d’un voyou ou d’un saint deux créatures sensiblement semblables. La fatigue est le chemin le plus court vers l’égalité et la fraternité. » (Nietzsche)

« Comme si une fraternité ‘immanente’ pouvait tenir toute seule. Et comment faire tenir debout ce qui récuse la verticalité ? … Sans référence supérieure à l’homme, comment instituer la justice ? … Si Dieu n’existe pas, la Raison ne peut suffire à  fonder une fraternité entre les hommes qui restent irréductiblement étrangers les uns aux autres, de par la diversité des représentations de race, de culture et d’intérêts» (Paul-François Paoli – sur la fraternité révolutionnaire) – Si bien que Robespierre a dû inventer la bouffonnerie de l’Être suprême, d’autres le Grand architecte de l’Univers, etc.  L’idée du semblable ne suffit pas à en faire mon frère.

« La fraternité, si elle devenait universelle, se dissoudrait. A quoi bon me dire le frère d’Untel si nous le sommes tous les uns des autres ?» (Paul-François Paoli)

« On ne voit pas en quoi l’égalité générerait un sentiment de fraternité plutôt que l’inverse ; un sentiment de rivalité. » (Paul-François Paoli)

« Grec avec les Grecs, Juif avec les Juifs – Je me suis fait tout à tous. » (saint Paul)

« Pas de liberté sans discipline – Pas d’égalité sans hiérarchie – Pas de fraternité sans rigueur. » (Raymond Queneau – Triade républicaine présidant au Traité des vertus démocratiques)

« Toute théorie apparemment généreuse de fraternité universelle (nous sommes tous frères et sœurs) conduit à une logique d’exclusion mortifère : puisqu’il semble impossible de nier que ‘certains’ ne sont pas mes frères (ceux qui ne me ressemblent pas, par exemple) … C’est au nom de ce sophisme menteur et assassin que l’universalisme humaniste en arrive à se transformer en machine de mort qui cherchera à éliminer par tous les moyens ceux que l’on va traiter de ‘sous-hommes’ pires que des animaux. » (Jean-Michel Rabaté –Tout dire ou ne rien dire)

« Le sport spectacle est étranger à la gratuité, au pour-rien, qui définit le jeu. Parodie de fraternité, il développe des sentiments d’hostilité. » (Robert Redeker)

« Comment l’empathie peut-elle s’exprimer dans un monde de simulacres dans lequel disparaissent les ressources émotionnelles ? » (Jeremy Rifkin) – Tous sur nos écrans. 

« La fraternité n’est plus que l’union d’un groupe sélectif qui rejette tous ceux qui ne font pas partie de lui … Fragmentation et divisions internes sont le produit de la fraternité moderne. » (Richard Sennett – Les tyrannies de l’intimité) 

« Une communauté qui veut se former sur la base d’un conflit a besoin d’adversaires. On ne peut développer le sens de la fraternité que si on a un ennemi commun. » (Richard Sennett) – « Vous qui êtes mes frères parce que j’ai des ennemis. » (Paul Eluard)

« La liberté c’est la liberté d’entreprendre, soit de se hisser au-dessus des autres… de les exploiter. L’égalité, c’est au contraire l’empêchement de cette exploitation … soit une atteinte à la liberté … La fraternité, accolée à la liberté et à l’égalité pour constituer notre devise, n’est pas là par hasard, pour faire joli. Elle est la condition ‘sine qua non’ à laquelle liberté et égalité peuvent cesser d’être contradictoires. » (Alain Soral) – Et c’est bien pourquoi personne n’en parle plus.

« La fraternité, la manière de voir du dimanche des communistes. » (Max Stirner)  – S’asservir à l’humanité ne vaut pas mieux que servir Dieu.

« La fraternité est à construire. Elle n’est ni naturelle, ni spontanée. Ceux qui taisent cette vérité mentent… » (Malika Sorel-Sutter) – Politicards, certains religieux…

« La fraternité n’a pas de pire ennemi que l’égalité. » (Gustave Thibon)

« Fraterniser, c’est adhérer à la festivalisation du pays en une solidarité souriante et antiraciste, dans l’exaltation de la différence et de l’ouverture. » (?)

« La loi des trois L : je loue, je lâche, je lynche. » (?)

« Caïn est le premier des humains conçu par un acte de chair entre un homme et une femme. Et s’il surgit au début des Ecritures, c’est pour nous révéler ce que nous sommes au fond de nous-mêmes : des êtres capables de tuer notre frère ou notre sœur … On n’accorde jamais à la rivalité fraternelle, au complexe de Caïn, la place qui lui revient, tant la question œdipienne domine (cette chose qui recouvre le vœu de parricide ou de matricide) … Pourquoi ne sait-on pas pointer la jalousie haineuse et le désir de mort qui habite le conflit fraternel ? Dont cependant la littérature est pleine (Etéocle et Polynice, Remus et Romulus, Hamlet, Richard III, Horace et les Curiaces,  Absalon et Amnon, Salomon lui-même et Adonias, la jalousie des frères de Joseph et leur tentative d’assassinat, la jalousie d’Esaü et de Jacob, etc., sans oublier, dans ‘Les Confessions’ le souvenir de saint Augustin vis-à-vis de son petit frère à l’allètement) … La ‘frérocité’ suivant Lacan … La longue faiblesse et dépendance de l’enfant d’où naîtra le complexe d’infériorité qui l’obsèdera toute sa vie et la lutte contre celui-ci par la construction de rêves de puissance, le complexe de supériorité (Adler, psychanalyste), utile à la compréhension de la psychologie du fanatique, du terroriste, le sentiment ressenti d’infériorité aurait transformé en Caïns une  frange (infime) de la population musulmane … La haine œdipienne se nourrit de celle de Caïn dans la mesure où la Loi paternelle est précisément celle qui interdit le fratricide désiré … Le parricide, évidemment généralement symbolique, règle la nécessaire succession des générations, le renouvellement des idées et des coutumes. Il a donc sa nécessité, L’œdipe serait du côté de la vie … Le fratricide ne crée pas, il désole et ravage (guerre , généralisation du fratricide), il appartient au royaume de la mort et de la désolation … C’est la Loi paternelle, issue de l’œdipe, qui modère et soumet l’agressivité meurtrière entre frères, ‘La présence de notre père suffisait à arrêter les inévitables conflits dans la fratrie. La figure du père est essentielle pour arbitrer, faire respecter la loi indispensable à la construction de la personne’ (père Jacques Blaquart) … Ne pouvant pas désirer la mort de mon père ou de ma mère, de mon frère ou de ma sœur, je porterai ce désir de mort sur d’autres personnes, déplacement, sous la contrainte de la Loi, de la haine meurtrière du frère sur l’étranger à mon groupe, renvoi aux confins de la communauté de la charge agressive et sa métamorphose en solidarité interne (lien  au groupe), renvoi à l’extérieur du groupe de la violence interfraternelle. » (Gérard Haddad – ensemble de considérations simplifiées sur la fraternité – Le complexe de Caïn) – « « La fraternité dans son sens habituel de valeur positive résulte de la puissante action de la Loi dite paternelle ou pa(ma)ternelle comme j’aime l’écrire …Or cette loi… ne rencontre plus, parallèlement au déclin des valeurs paternelles, le respect nécessaire. D’où la fragilité du lien social, prolongement du lien fraternel. » (Gérard Haddad – Idem) – Et tout est dit sur les niveaux de violence imbécile  auxquels nous allons atteindre par notre mépris insouciant de la réalité inchangée de notre nature.

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