670,2 – Folie

– En matière de dingues, la France est assez bien pourvue. Au moins si on en juge par le nombre de personnes coupables de faits graves et déclarées irresponsables. 

– Quand les média évoquent neuf fois sur dix les antécédents psychiatriques de quelque malfaisant, ils pourraient s’interroger, si ce n’était pas si politiquement incorrect, sur l’état d’une société qui fabrique autant de dangereux dingues.

– Une théorie, ou une stratégie, intéressante, celle dite du fou (madman theory), consiste, en politique extérieure principalement, à faire croire à l’adversaire que l’on est prêt à prendre des décisions irrationnelles et potentiellement dangereuses, que l’on est prêt aux pires extrémités (bombardement nucléaire par exemple), de façon à intimider, désarmer psychologiquement l’adversaire, le contraindre à plier. On prétend que Nixon y aurait eu recours à certains moments du conflit au Vietnam (campagne délirante de bombardements féroces), mais avec insuffisamment de conviction (évidemment difficile à bien pratiquer en démocratie). « Il est parfois très raisonnable pour un prince de simuler la folie. » (Sun Tzu). Cette stratégie n’est pas ignorée lors de conflits financiers familiaux, conjugaux ou entre associés et particuliers.

– Qualifier de fous (et interner en conséquence) est une pratique classique des régimes totalitaires pour neutraliser les dissidents qui refusent de croire à la doxa, à la propagande officielle et obligatoire. Ce qu’on sait moins (censure oblige) c’est que des démocraties tant vantées procèdent de même : le gouvernement des Etats-Unis a interné et mis à l’isolement de manière illimitée le pilote, Claude Eatherly, qui lâcha la bombe sur Hiroshima et qui ne supportait plus son acte, mais n’était ni dangereux (bien au contraire) ni asocial. Et il y aurait bien d’autres exemples.

– Eté 1914 : il serait fastidieux d’énumérer seulement une infime partie des témoignages sur l’enthousiasme hystérique des foules, des dirigeants, des intellectuels d’alors, dans tous les pays en conflit (France, Allemagne, Autriche, Angleterre, seulement là avec plus de réserve naturelle, Russie, on ne sait guère) rapporté de toute part et par tous les observateurs, tous les photographes, les rares intellectuels restés lucides, libres et courageux (Stefan Zweig, Romain Rolland, Henri Barbusse plus tard…). Qu’on sache, qu’il s’est agi là unanimement et pendant des jours, sinon des mois, d’une manifestation colossale de folie collective (de retour à la barbarie dans un enthousiasme délirant indescriptible). On ne peut pas s’abstenir de la citer. Même mon père, qui avait alors 14 ans, s’en souvenait avec gravité (émotion,) à plus de quatre-vingt ans.

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« ‘L’homme s’épuise par deux actes instinctivement accomplis … ‘Vouloir’ nous brûle et ‘Pouvoir’ nous détruit ; mais ’Savoir’ laisse notre faible organisation dans un état perpétuel de calme … Le mot de ‘Sagesse’ ne vient-il pas de savoir ? Et qu’est-ce que la folie, sinon l’excès d’un vouloir ou d’un pouvoir ? » (Balzac – La Peau de chagrin)

« Même le risque d’être déclaré fou ne nous gêne plus, quand on a pris de l’âge. » (Thomas Bernhard) – Effectivement, s’il impose quelques contraintes physiques, celui-ci débarrasse de pas mal d’autres embarras.

« Vous êtes un original, dit-on. – Accusation redoutable. Tout peut être pardonné, sauf cela. Un bourgeois donnera sa fille à un banqueroutier, à un assassin ; il la donnera des deux mains à un proxénète infâme, à un courtier de trahisons et d’ignominies, à un ministre ! Il ne la donnera pas à un original. C’est une répugnance telle que la richesse même, toute vénérable et sainte qu’elle est à ses yeux, n’y peut rien ou presque rien …’Un homme en vaut un autre’ et le suffrage universel à quoi nous devons tant de bienfaits, le démontre surabondamment. Penser ou agir autrement que tout le monde est injurieux pour la multitude … La vraie morale, c’est d’être en troupeau, de ressembler à tout le monde… » (Léon Bloy – Exégèse des lieux communs – 2, LXVII)

« Nous naissons tous avec un certain fond de folie à dépenser. Heureux qui le dépense en détail dans sa jeunesse. » (Victor Cherbuliez)

« La folie peut se définir comme l’usage de l’activité cérébrale pour parvenir à l’impuissance cérébrale … Combinaison de plénitude logique et de rétrécissement de l’esprit. » (Chesterton)

« Le fou (comme le déterministe) voit en tout acte beaucoup trop de causes. Le fou n’est pas celui qui a perdu sa raison. Le fou est celui qui a tout perdu sauf sa raison, qui n’a plus que sa raison. » (Chesterton)

« L’élément premier de la folie, c’est la raison utilisée sans racines, la raison dans le vide. » (Chesterton)

« S’il est vrai que les grands raisonneurs sont souvent atteints de démence, il ne l’est pas moins que les déments sont d’ordinaire de grands raisonneurs, qui, très souvent, raisonnent avec habileté. » (Chesterton)

« La folie, c’est de refaire sans cesse la même chose en s’attendant à un résultat différent. » (Albert Einstein)

« Toute heure de la vie serait triste, ennuyeuse, insipide, assommante, s’il ne s’y joignait le plaisir, c’est-à-dire si la Folie n’y mettait son piquant … ’Moins on a de sagesse, plus on est heureux’ … D’où vient le charme des enfants, sinon de moi, qui leur épargne la raison, et, du même coup le souci ? » (Erasme – Eloge de la folie – citant Sophocle)

 « Si les mortels se décidaient à rompre avec la Sagesse et vivaient sans cesse avec moi (la folie), au lieu de l’ennui de vieillir, ils connaîtraient la jouissance d’être toujours jeunes. Laissons plutôt l’âge radoter. Mon vieillard échappe aux maux qui tourmentent le sage. C’est un joyeux vide-bouteille…. » (Erasme)

 « Ce qui se produirait si partout les hommes étaient sages … Moi, tout au contraire, aidée de l’Ignorance autant que de l’Etourderie, en leur faisant oublier leur misère, espérer le bonheur, goûter quelquefois le miel des plaisirs, je les soulage si bien de leurs maux qu’ils quittent la vie avec regret … La vie ne les ennuie nullement. Moins ils ont de motifs d’y tenir, plus ils s’y cramponnent. » (Erasme – Eloge de le folie)

« Si tous les hommes se mettaient à chercher une explication à la folie de leurs actes, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’aventuriers. » (Maxence Fermine)

« La folie n’existe que dans une société, elle n’existe pas en dehors des formes de la sensibilité qui l’isolent et des formes de la répulsion qui l’excluent ou la capturent … De fait esthétique  ou quotidien au Moyen Âge puis à la Renaissance, avec l’internement, elle traverse une période de silence, d’exclusion… » (Michel Foucault)

« Il n’est pas étonnant que les valeurs ambiguës de l’eau, complices de la folie, aient été utilisées pour elle , contre elle … Pure, elle tombe du ciel, fraîche, elle refroidit, elle imprègne au lieu de laisser flotter dans l’incohérence,, elle lave restituant les choses et les êtres à leur vérité, alors que la mer les entraîne vers des horizons étrangers … Le ruissellement vigoureux qui entraîne les impuretés, les idées vaines, les chimères et ramène à la vérité nue … violemment lustrale ; baptême et confession à la fois. » (Michel Foucault)

« La folie, comme la psychanalyse nous l’a appris après coup, est une altération de la fonction subjective, un ébranlement de ce qui constitue le sujet humain. » (Marcel Gauchet)

« D’une folie, n’en pas faire deux. » (Baltasar Gracian)

« Des courants de folie ébranlent le monde. Pour résister à ces courants, il faut se dire que l’histoire a toujours tort alors que l’on croit généralement que l’histoire a toujours raison. » (Eugène Ionesco)

« Pour que la société soit saine, il faut que celui qui la conteste soit fou. » (Roland Jaccard)

« D’après mon expérience, j’estime qu’il existe pour tout malade mental manifeste au moins dix cas de folie latente. » (Carl Jung) – Mais au moins, à l’époque de l’auteur, ceux-ci n’étaient généralement pas dangereux pour autrui et, si tel était le cas, on les enfermait.

« Mon ami, ne vous permettez jamais que des folies qui vous feront grand plaisir. » (madame de Lambert)

« Dissemblables et séparées, ces trois figures, millénarisme, édénisme, utopie, s’enchevêtrent au point de fusionner dans un personnage dont la grimace flotte sur tout le dernier Moyen Âge, le fou … Il peut bien passer au fil des siècles de la prison à l’hôpital, de l’hôpital à l’asile et de l’asile à l’antipsychiatrie … à ses pieds défaillent les trivialités du temps, il fréquente de très hautes mers … Délivré des barrières du temps, n’est-il pas, le fou, l’homme de la plus ancienne conscience … le résident du jardin de l’innomé d’où Adam fut chassé ?   C’est pourquoi l’histoire va s’acharner violemment contre ce personnage ironique, hagard et chancelant… Vagabond essentiel … passager de la ‘Nef des fous’ qui dérive sans fin, mouvement perpétuel qui ne va nulle part. » (Gilles Lapouge – sur la perte de contact, le délire du hors de, en avant de, en arrière de, à l’écart de…) – Toutes les aberrations, souvent dangereuses à l’extrême (l’arrière fond des totalitarismes délirants), que l’Eglise n’a cessé de combattre, souvent dans l’incompréhension des soi-disant malins.

« La folie alors était proche. Elle est proche, je crois, de tout homme qui peut voir simultanément l’univers à travers les voiles de deux coutumes, de deux éducations, de deux milieux. » (T. E. Lawrence – Les sept piliers de la sagesse) – Est-ce un des bénéfices du multiculturalisme ? Est-ce pour cela qu’on nous le vante et nous l’impose ?

« Un trait de génie est presque un trait de folie. Si Frédéric le Grand…  Avaient été bien sages, on n’aurait pas parlé d’eux. » (prince de Ligne)

« Au Moyen Âge on utilisait mieux le ‘fou’. Son délire était parfois accueilli avec respect ; et l’on ne restreignait sa liberté qu’en cas de danger. Demi-professionnel, il servait de bouffon, autorisé à la moquerie et vaguement considéré comme un poète… » (Alfred Fabre-Luce) – Bien loin de nos humoristes-pitres-laquais d’aujourd’hui, chargés du maintien de l’ordre de la pensée.

« La prochaine grande hérésie sera tout simplement une attaque contre la moralité, et spécialement contre la moralité sexuelle. Et ça ne va pas venir des socialistes. La folie de demain n’est pas à Moscou, mais bien plutôt à Manhattan. » (Louis Massignon – en 1926) – Certes, oui. Mais depuis les socialistes occidentaux ont saisi la balle au bond avec enthousiasme, et en matière de folie, pas que sur la question sexuelle. Socialistes, toujours prêts.

« Laisse-moi mes folies. Une petite flamme de folie, si on savait comme la vie s’en éclaire. » (Henry de Montherlant)

« La folie est quelque chose de rare chez l’individu, elle est la règle pour les groupes, les partis, les peuples, les époques. » (Nietzsche)

« C’est en fou que je parle…. » (saint Paul – 2Cor. : 11, 21)

  « Dieu n’a-t-il pas convaincu de folie la sagesse du monde ? » (saint Paul – 1Cor. : 1, 20)

 « … La folie de la Croix … » (saint Paul)

« Lorsque la médecine, à la fin du XVIII° siècle, s’est approprié le domaine de la folie, elle n’a point remis en cause l’enracinement de celle-ci dans le monde moral, pas plus qu’elle n’a effacé le rapport entre la folie et le mal ; simplement, il ‘ne passe plus comme au temps de la Renaissance, par toutes les puissances sourdes du monde mais par ce pouvoir individuel de l’homme qu’est sa volonté’ … La dignité de l’homme est garantie par  la permanence de la raison, cette raison que la folie parvient rarement à supprimer tout à fait … Désormais le fou n’est plus entièrement privé de sens : potentiellement il échappe à l’animalité … Tout mettre en œuvre pour développer le reste de raison … La folie est une faute contre la raison et la lutte énergique contre les passions constitue le principal agent de guérison … Jusque là, la perspective démonologique conservait encore un élément d’extériorité … Dés lors le traitement moral ne consiste-t-il pas aussi à faire de la morale ? … La liberté personnelle ainsi mise en cause n’est pas faite pour alléger la charge morale qui pèse sur l’aliéné … Si la folie avait longtemps noué d’intimes relations avec le diable et le péché, la ‘maladie mentale’ s’offre désormais à l’interprétation dans l’optique de la culpabilité … C’est toujours de lui-même que l’homme est malade … Découvrir dans le passé la tare qui a pu enclencher le processus de dégénérescence … La maladie mentale conséquence du péché ou bien de l’hypertrophie des passions … d’où l’application de règles éthiques rigoureuses. » (Evelyne Pewzner, bref historique des trois derniers siècles – citant Michel Foucault)

« Que serait un monde évacuant la folie : un internat rébarbatif tenu par des pions exerçant leur discipline sur des cerveaux calibrés. Cette caserne de la raison militarisée a été imaginée par des utopies philosophiques et réalisées par les dictatures communistes. » (Georges Picard)

« Aristote disait que c’est une chose impossible à un homme qui lançait des pierres de les reprendre, Cicéron, qu’il est impossible à un homme qui s’est jeté du haut du cap Leucate de s’arrêter suivant sa volonté … qu’il ne peut pas ne pas parvenir là où il aurait pu ne pas aller … La folie a une semence, une floraison et une fin. Elle est croissance, elle naît ; elle grandit ; elle devient irrespirable ; elle pousse vers sa fin heureuse ou malheureuse. » (Pascal Quignard – traitand de la colère

« Folie ; enthousiasme d’autrui. » (Charles Régismanset)

« Qui vit sans folie n’est pas si sage qu’il croit. » (La Rochefoucauld)

« On trouve des moyens pour guérir de la folie, mais on ‘en trouve point pour redresser un esprit de travers. » (La Rochefoucauld)

« Il y  a des folies qui se prennent comme des maladies contagieuses. » (La Rochefoucauld) – Exemples actuels : la chasse aux phobies, le ricanement, la fausse transparence et la délation, la haine du passé et de la tradition, la haine de tout ce qui est populaire, la haine du mâle blanc hétérosexuel, etc. etc.

« Il faut s’accoutumer aux folies d’autrui. » (marquise de Sablé)

« La folie n’est rien d’autre que l’effacement de la loi symbolique, la fin d’un monde humain dans lequel moi et l’autre sommes également soumis à un tiers, un grand Autre, sur lequel nous n’avons pas prise, mais auquel nous avons à rendre des comptes. A la place, un monde duel où il n’y a plus que moi et ‘eux’. Malheureusement, le monde duel est toujours un monde de duel, où il faut supprimer l’un ou les autres : c’est ‘eux’ ou ‘nous’. » (Michel Schneider)

« Je perds souvent la tête, on ne me la rapporte jamais. » (Louis Scutenaire)

« On passe son temps à dire qu’il faut de la croissance et donc de la consommation, tout en clamant que la folie de la croissance est désastreuse pour tout le monde. » (François Taillandier)

« Les folies sont les seules choses que l’on ne regrette jamais. » (Oscar Wilde) – A voir.

« Vient le temps où tout le monde va perdre la tête et à celui qui garde le bon sens, on lui dira : ‘Tu as perdu la tête’. » (apophtegme monastique) – Tout à fait d’actualité.

« Une fois guéri, le fou savait bien qu’il n’était pas un grain de maïs. Si cependant il fuyait les poules, c’est qu’elles, elles ne le savaient pas. » (?)

« Les gens gais commettent plus de folies que les gens tristes, mais les gens tristes en commettent de plus graves. » (?)

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