005,2 – Engagement

– = de gauche.

« Embrigadement » (Denis de Rougemont)

– Engagé, état de qui s’investit dans toute cause qui n’est pas la sienne et forcément noble (il y a quand même des causes vraiment nobles). Quatre-vingt dix-neuf fois sur cent s’applique à un individu de gauche, souvent en recherche de célébrité que les média vont lui accorder largement et parfois des avantages inhérents, et à une cause qui est censée faire larmoyer les populations normalement conditionnées, justement à larmoyer sur commande.

– Jadis on aurait parlé d’aliéné (étymologiquement : hors de ses liens, de ses affaires), récemment et plus prosaïquement d’individu à côté de ses pompes.

– Sachez garder quelque distance « faute de quoi, en chacun, le meilleur risque d’être étouffé par le pire, la générosité par la polémique, l’amitié par l’abstraction. » (cardinal Henri de Lubac)

« Si l’engagement est parfois une nécessité, il n’est jamais une valeur. » (Louis Pauwels) – Contrairement au stupide et malsain discours des média.

– Pour les personnages publics, people notamment, moyen de s’assurer économiquement une célébrité de bon aloi, de veiller à leurs intérêts sonnants et trébuchants, tout en révélant à peu de frais l’infinie bonté qui les caractérise et le grand cœur dont ils disposent.

– Ou, mais en bien plus noble, c’est l’état de celui qui engage sa vie en union avec quelqu’un et qui persévère. 

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« L’éthique du non-attachement à l’acte soulève … l’objection habituelle d’être habitée par une quiétude trop facile … Le reproche général que l’on fait à la spiritualité d’être une sorte de lâcheté ou de désertion. » (Raymond Abellio) – Cela est quand même préférable à la mauvaise foi et à la férocité de certains, certaines, des Engagé(e)s dans ce qui n’est que leur obsession maladive au service de leurs intérêts les plus bas.

« Il faut se donner le droit : – De se tromper – De s’arrêter – De changer d‘avis – De décevoir – D’arriver à un résultat imparfait. Surtout quand cette capacité à renoncer et à se désengager concerne des engagements pris devant autrui. » (Christophe André)

« Si nous cherchons à voir comment, au cours de l’histoire, des hommes ‘engagés’ ont pu devenir positivement des ‘enragés’, la cause principale n’en est pas simplement l’injustice, mais bien l’hypocrisie. » (Hannah Arendt) – De Robespierre à la meute hurlante et baveuse des petits censeurs associatifs, médiatiques et politiques d’aujourd’hui, même de soi-disant sportifs, plus les milliardaires exilés fiscaux ou non.

« Les hommes d’église et les hommes de foi : ceux qui d’abord adhèrent au parti et ceux qui d’abord souscrivent au prophétisme … Tels sont des cyniques qui guettent l’occasion de faire une carrière, tels des idéalistes en quête de sacrifices.  » (Raymond Aron) – Et ce sont les premiers qui effectivement font carrière.

« L’éloge du fanatisme par le non fanatique, une philosophie de l’engagement qui se borne à interpréter l’engagement des autres et ne s’engage pas elle-même, laissent une étrange impression de dissonance. » (Raymond Aron) – Sur la violence de certains intellectuels spectateurs.

« A partir du moment où il a donné son adhésion, pourquoi le militant refuserait-il la tâche qu’on lui confie ? Plus cette tâche lui paraît rebutante, plus volontiers il l’acceptera. Tout comme le chrétien, il témoignera pour sa foi en surmontant ses désirs … Là est le piège fascinateur du communisme. Dans une religion de salut, l’autonégation du croyant aboutit à la quête de la sainteté. Dans une religion séculière, le mécanisme est le même, et le résultat inverse. Le croyant ne refoule pas les appétits de la chair, mais les scrupules que des siècles de civilisation ont inscrits dans sa conscience. Il s’interdit de mettre en question les ordres qu’il reçoit. L’ascèse n’est pas orientée vers la pureté, mais vers l’action efficace. Plus le militant sera dévoué, moins il hésitera à commettre des actes que réprouve l’éthique traditionnelle. » (Raymond Aron – Le Dieu des ténèbres)

« La discipline du Parti, avec ses excommunications, ses interprétations, sa vérité représente pour beaucoup d’hommes sinon une épreuve mais un soulagement … Etrange tribulation du rationalisme européen … On saluait dans le rejet de la religion transcendante une libération de l’esprit, voici les plus ‘avancés’ des intellectuels qui se découvrent incapables de vivre sans foi et se soumettent à une autorité, autrement totalitaire et irrationnelle que celle de l’Eglise. » (Raymond Aron – sur le communisme – Le Dieu des ténèbres) – S’applique à des utopies totalitaires autres que le communisme.

« Nous sommes tous sensibles à la splendeur des commencements, à la qualité rare des instants où le présent s’affranchit du passé sans rien laisser transparaître encore du futur qui le met en mouvement … Quant à l’oubli du passé, nécessaire à tout vrai recommencement, il est exclusif de toute préfiguration du futur … Incertitude fondamentale. » (Marc Augé – Les formes de l’oubli)

« L’incompatibilité de la littérature et de l’engagement qui oblige, est précisément celle de contraires. Jamais homme engagé n’écrivit rien qui ne fût mensonge  … C’est que l’engagement n’est pas le résultat d’un choix, qui répondît à un  sentiment de responsabilité ou d’obligation, mais l’effet d’une passion. » (Georges Bataille)

« Les engagements qui n’engagent à rien. » (Zygmunt Bauman) – Très actuel.

« On se débarrasse sans regrets d’appareils en parfait état (voitures,  ordinateurs, téléphones…) dés qu’une nouvelle version apparaît … Pourquoi diable les partenariats (les relations) devraient-ils faire exception à la règle ? … Les relations sont des investissements comme les autres … comme des actions que vous venez d’acheter … ‘L’engagement est un sous-produit d’autres choses : quelle satisfaction tirons-nous de notre relation, existe-t-il une alternative viable, perdrions-nous un investissement important en cas de départ ?’. » (Zygmunt Bauman – citant Adrienne Burgess)

« Muni de votre téléphone portable, à distance, vous restez en contact ; en contact, vous restez à distance … Les contacts demandent moins de temps et d’efforts pour s’y engager, moins de temps et d’efforts pour les briser. » (Zygmunt Bauman)

« La sécession de la nouvelle élite globale d’avec ses anciens engagements auprès du peuple local … est sans doute l’un des décalages socio-politico-culturel les plus riches et des plus originaux associé au passage de la phase ‘solide’ à la phase ‘liquide’ de la modernité. » (Zygmunt Bauman) – Le mépris du peuple, l’un des innombrables points où le microcosme des parvenus incultes, arrogants et cupides du microcosme politico-médiatique se distingue de ce qu’on appelait jadis l’aristocratie, qui elle, au moins, le respectait.

« Sitôt qu’un engagement se voit remis en cause et une fois passée la première réaction d’intense douleur narcissique, c’est un pauvre petit humain qui s’assoit lui-même au banc des accusés du tribunal des grandes consciences : ‘Comment ai-je pu croire cela ?’ ‘Qu’est-ce qui m’est arrivé ?’ » (Miguel Benasayag, Florence Aubenas)

« Le jour J est un déficit énorme pour toute pensée pratique de l’engagement. » (Miguel Benasayag) – Il démobilise par et dans l’attente.

« En ne conférant de valeur à la pensée que si elle implique chez son auteur un ‘engagement’’, un engagement politique et moral, non pas quant aux questions de cet ordre posées dans l’éternel (comme chez un Aristote, ou un Spinoza), mais un engagement dans la bataille du moment en ce qu’elle a de contingent. » (Julien Benda – La trahison des clercs) – Le titre de l’œuvre dit tout, le clerc engagé de cette façon, trahit sa vocation (exemple Sartre)

« Qui ne peut prendre parti doit se taire. » (Walter Benjamin)

« ‘Commencer par le haut’ … ‘Essayer de bâtir la maison en commençant par le toit’ … il n’y a pas de gestion ni de travail, ni même de puissance possible, sans d’abord une connaissance … ‘Construire à partir du toit’, c’est renverser la perspective commune : mettre la transhistoire avant l’histoire, la métapolotique avant la politique. Car c’est le haut qui entraîne le bas, le ‘toit’ qui détermine  les ‘fondations’ ; et non l’inverse. » (Alain de Benoist – citant Raymond Abellio)

« Vous pouvez faire de votre mieux, et puis voilà. Vous ne pouvez pas promettre en ce qui concerne les autres. Parce que l’engagement, c’est une promesse par rapport à vous, mais c’est aussi une promesse par rapport à l’autre … Tout tend à vous engager, à vous enrégimenter, comme disait Cocteau, à vous ‘passer un uniforme’. Il est certain que la difficulté est de ne pas le porter. » (Emmanuel Berl)

« Je suis arrivé à une idée qui est exactement à l’opposé de celle de Sartre. Je trouve que le devoir d’un intellectuel est de ne jamais s’engager, parce que, lorsque vous vous engagez les autres s’engagent sur vous et vous profitez de cet engagement. » (Emmanuel Berl)

« Substituer au fardeau trop lourd de le liberté le repos de l’engagement volontaire. » (Emmanuel Berl)

« L’intellectuel devient alors un moraliste, un politique, un mystique même, comme le sera Péguy qui accablera le capitaine Dreyfus qu’il a défendu en des termes aussi injustes que ceux qui ont servi à le condamner … à quelle altération s’expose l’intellectuel devenu le messager de l’absolu, le substitut du prêtre, l’homme supérieur marqué par le sacré. » (Maurice Blanchot) – Péguy, dont la véhémente partialité est bien connue, n’est qu’un exemple de ces intellectuels engagés-excités.

« En raison du sentiment de plus en plus répandu de l’inutilité des contrats, forme du sentiment général d’inutilité, on a substitué à l’idée de contrat celle, beaucoup plus vague et plus personnelle, d’engagement … Un choix dans le vide, dont la motivation ne réside que dans la volonté ou dans le moi … les engagements sont plus légers que l’air. » (Allan Bloom – sur des couples)

« L’ignoble mot’ d’engagement’ qui a pris court depuis la guerre sur une servilité… » (André Breton)

« Être humain aujourd’hui c’est choisir entre deux sortes d’inhumanités : celle du survol et celle de la sélection. S’engager c’est toujours exclure, pratiquer un oubli choquant d’autres causes que nous oublions délibérément. » (Pascal Bruckner)

« Les noces de la pop, de la compassion et de l’hédonisme tissent une parodie d’engagement. Seule notre époque de légèreté pouvait croire possible d’abattre les monstres en claquant des mains, en battant des pieds, en soufflant dans un saxo. Laissons les trompettes de Jéricho à la Bible et méfions-nous des élans du cœur : ce sont les plus éphémères.» (Pascal Bruckner)

«‘L’homme ‘connexionniste’, cet ‘entrepreneur de lui-même’ qui pratique une  ‘sorte de monitorage de soi’ pour être un ‘connecteur’, un ‘passeur’, et, de ce fait, attentif à se garder de tout lien profond qui pourrait entraver sa flexibilité. » (Annie Le Brun)

« Je ne mets au-dessus d’un grand politique que celui qui néglige de le devenir, et qui se persuade de plus en plus que le monde ne mérite point qu’on s’en occupe. » (La Bruyère) – Aujourd’hui, on peut mettre presque tout le monde au-dessus de nos grands politiques, tellement ceux-ci sont petits.

« L’engagement, avec tout cela comporte d’utopie collective, comme une forme d’encagement. » (Patrick Buisson – reprenant Léo Ferré) – Il s’agit d’engagement au sens de militant, et plus spécifiquement politique.

« Chaque génération se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde ne se défasse. » ( Albert Camus)

« La fameuse ‘judiciarisation’ de l’existence est, entre autres choses, une réaction désespérée à la dévaluation de la parole. Si les engagements n’engagent plus, il ne reste que les juges pour dire ce qu’il en est de la vérité. » (Renaud Camus) – D’où la société de défiance.

« L’engagement, dont certains nous font un devoir, est l’aberration par excellence et l’art de se fourrer au milieu des aveugles, que d’autres aveugles mènent droit au précipice. Nous nous payons de mots… » (Albert Caraco)

 « Signant des manifestes pour ‘exprimer son indignation à l’égard de’, ‘faire appel à’, ‘protester énergiquement contre’, ‘marquer sa solidarité avec’, ‘condamner avec la plus grande fermeté’, etc. » (Jean Cau) – Qui condamnerait, lui, sans fermeté serait condamné aux galères.

« Le Parti, l’Action exige le sacrifice de cette vérité qui porte l’intellectuel vers lui. ‘Se perdre au sein d’un grand parti, confondre sa volonté avec une énorme volonté collective : quelle paix, quelle force ! Dès que l’on ouvre la bouche, on parle au nom de toute la Terre, l’avenir devient votre œuvre personnelle ; ça vaut la peine d’encaisser bien des choses’ … De la pureté de l’art ou des idées à l’impureté radicale de la politique … On acquiert des mérites, on se sacrifie, masochisme post-chrétien qui attire vers cet abîme d’ignominie … ‘Se salir les mains’… Hantise de l’action … Le bilan de toutes les tentatives d’engagement des écrivains, de Lamartine à Malraux, est d’ailleurs à peu près nul … Les seuls intellectuels qui aient agi dans l’histoire sont ceux qui ont cru d’abord à leurs idées … Rousseau ou Karl Marx … L’artiste reçoit de son maître des pinceaux, un studio, surtout un éditeur et un public ; il paye toutes les commodités de la liberté. .. Quiconque est payé dépend de qui le paye. » (Bernard Charbonneau – citant Simone de Beauvoir – Les mandarins) – Le salaire de la servilité.

« Nos assentiments, nos adhésions sont autant de symptômes alarmants. Quiconque se confond avec quoi que ce soit fait preuve de dispositions morbides : point de santé ni de salut hors de l’être pur, aussi pur que le vide. » (Emil Cioran)

« L’homme ‘mobilisé’ ne s’appartient plus, puisque l’immobilité qui le constitue et  qui, seule, pourrait le rendre attentif à lui-même lui est interdite. De même que pour la jeunesse, l’action, la passion, le bruit la vitesse, la lutte et parfois la guerre représentent un moyen ‘d’être bien’ tout en n’étant nulle part. » (Christian Combaz)

« ‘Le caractère historique de notre vie exige l’engagement comme condition d’humanisation’ (Paul-Louis Landsberg) … Engagé dans l’action, donc dans des options par rapport aux valeurs … Ce qui nous appartient c’est la forme, la qualité spirituelle, les buts prochains, l’orientation juste de l’action… » (Guy Coq – disciple d’Emmanuel Mounier, lui-même fervent partisan de l’engagement)

« Je suis un subversif, un libertaire, un rebelle, un justicier, je défends la veuve et l’orphelin, je pourfends les tabous. Sur les réseaux sociaux, je tweete, je blogue et je laisse des posts et des commentaires. Je suis engagé, je prends partie en faveur de toutes les causes défendues par les médias et de tous les combats gagnés d’avance. Je suis résolument contre la guerre et la faim dans le monde. Je ne critique jamais les catégories défendues par des nuées d’associations et d’avocats. Je m’attaque aux plus démunis et aux plus déshérités, médiatiquement parlant. Je ne rate pas une occasion de taper sur la ‘droite pop’ et sur les cathos… » (Marc Crapez – profession de foi de l’engagé)

« Le pouvoir d’appel affectif du communisme résidait justement dans les sacrifices, tant matériels que spirituels, qu’il exigeait des convertis … Son pouvoir d’appel consistait à ne rien offrir et à tout demander … Le néophyte communiste, soumettant son âme au droit canon du Kremlin, goûtait à ce soulagement que le catholicisme apporte, lui aussi, à l’intellectuel qui succombe sous le poids de sa liberté. Le sacrifice une fois consenti, l’esprit, au lieu d’opérer librement, devient le serviteur d’une fin supérieure qu’il cesse de discuter … Car il est bien plus facile de faire le sacrifice de son orgueil intellectuel, sur l’autel de la révolution mondiale, que d’en reprendre possession. » ( Richard Crossman) – « Le sacrifice à l’utopie pure et la révolte contre une société corrompue sont  les deux pôles qui fournissent la tension de toutes les fois militantes … On avait déjà vu, dans les églises médiévales, dans les sectes mystiques, la nécessité du mensonge et de la calomnie pour sauver les masses de leur propre myopie … L’acrobatie mentale sur la corde raide de la dialectique, par laquelle des hommes intelligents et de bonne foi parviennent à se tromper … La lâcheté intellectuelle si courante à gauche … Lorsqu’on a goûté le poison de l’utopie, l’on reste tenté d’en prendre une dernière goutte, fût-ce avec beaucoup d’eau et présentée sous une étiquette différente.  » (Arthur Koestler) – Le Dieu des ténèbres.

« Un voyage en business class ou un blouson de marque sont des contrefaçons à côté des bouffées d’oxygène qu’offre, à de rares moments, l’adhésion à une cause poussée jusqu’à l’oubli de soi. » (Régis Debray – Bilan de faillite)

« L’idée qu’une personne ne saurait se réaliser qu’en participant à un collectif qui la dépasse et l’exprime à la fois, parti, église, classe, nation ou Internationale … est à présent une idée dangereuse, et son improbable avocat,, l’idiot utile d’un Goulag en chantier. Être libre, dorénavant, c’est couper les attaches, le fil à la patte d’une foi… » (Régis Debray)

« On ne prend pas la Bastille avec pour slogan un ‘ne croyons plus en rien ni personne’. Difficile à mettre sur pied le rassemblement des ‘allez-vous faire foutre’. » (Régis Debray)

« L’air du temps fixe le cahier des charges – à notre insu. En 1960, le fond de toile était rouge ; il est passé ensuite au rose, puis au vert, et maintenant la bannière US étoile nos T-shirts. Chaque décennie sa dominante mais, en tout cas, la page n’est jamais blanche, et le moule jamais vide. … Les opiums du peuple successifs … le passé d’une illusion à peine  dénoncé et rejeté derrière nous qu’une autre arrive pour relancer l’affaire. » (Régis Debray) – Nous baignons dans l’air du temps, les modes de l’époque.   

« Il est toujours plus facile d’épouser une lubie que d’en divorcer. » (Régis Debray)

« Être engagé c’est s’assurer un public, c’est se faire une clientèle. » (Jacques Ellul) – Sur certains intellectuels.

« L’engagement dans un mouvement politique ou dans un parti, c’est une démission de la responsabilité individuelle, de la liberté de jugement. » (Jacques Ellul) – Excessif.

« C’est cet homme qui se reconnaissait incompétent …  et qui en même temps formulait pour les jeunes les mots d’ordre, qui donnait l’exemple de la prise de position, de l’engagement que tout intellectuel digne de ce nom se devait d’adopter. » (Jacques Ellul – sur Sartre) – Les Sartre sont devenus légion aujourd’hui.

« On n’insistera jamais assez sur le fait que l’engagement dans un mouvement politique ou dans un parti, c’est une démission de la responsabilité individuelle, de sa liberté de jugement. L’engagement, c’est la mise en gage … L’activisme, bromure et véronal pour endormir la conscience, fuir les vrais problèmes du politique en agissant beaucoup, et avoir l’illusion de l’importance par le prestige acquis dans le groupe. » (Jacques Ellul) – Certes, mais si personne ne se bouge !

« L’intellectuel compassionnel … ne connaît qu’un seul parti : celui de la victime ; une seule doctrine : la morale … l’intellectuel engagé, peu de métiers peuvent assurer à ceux qui les exercent la certitude de marcher aux côtés du juste, du Vrai et du Bien. » (Guillaume Erner)

« Lorsqu’un cycle de civilisation touche à sa fin, il est difficile d’aboutir à un résultat quelconque en résistant, en s’opposant directement aux forces en mouvement. Le courant est trop fort, on serait englouti …  … Il pourrait être bon de contribuer à faire tomber ce qui déjà vacille et appartient au monde d’hier, au lieu de chercher à l’étayer et à en prolonger artificiellement l’existence. C’est une tactique possible, de nature à empêcher que la crise finale ne soit l’œuvre des forces contraires dont on aurait alors à subir l’initiative … ‘Ce qui tombe, il faut encore le pousser. Tout ce qui est d’aujourd’hui tombe et succombe : qui voudrait le retenir ? Mais moi, je veux encore le pousser’. » (Julius Evola – citant Nietzsche – Ainsi parlait Zarathoustra)

« L’engagement qui était, jusqu’à une date récente, la marque de l’autonomie apparaît maintenant comme un fardeau ou une entrave … Mon ancien moi et mes vieux serments n’ont pas plus de titre sur ma vie que Dieu ou mon père … Mais de quoi est-on l’obligé quand on n’est affilié à rien ? » Soit, qui est-on ? (Alain Finkielkraut – sur les engagements de vie)

« La part de comédie que recelaient nos engagements quand nous endossions, sans avoir à en payer le prix, les défroques du révolutionnaire ou du résistant. » (Alain Finkielkraut – sur les agités soixante-huitard) – La même escroquerie se perpétuant à travers les générations successives.

« La ‘désimplication’ va de pair avec la ‘désaffiliation’. L’apolitisme est la rançon du déracinement. L’homme sans nombril est un droit-de-l’hommiste déchaîné mais un citoyen détestable. L’arrachement aux héritages ne se monnaye nullement en attachement au bien commun …  L’homme qui n’est rien qu’un homme n’est plus un homme. » (Alain Finkielkraut) – On comprend pourquoi le pouvoir s’efforce de briser tous les héritages traditionnels : obtenir des sauvages, donc de parfaits idiots politiques.

« ‘Acte ou geste ? Telle est la question’, disait Sartre pour souligner la part prise par l’obsession du regard d’autrui dans l’existence de chacun. S’engager, pensait-il, c’était ne plus tricher. A cette promesse ‘d’authenticité’ Kundera oppose un constat ironique et navré : les actes les plus terribles sont aussi des postures théâtrales ; une pantomime est à l’œuvre dans les grands paroxysmes ; il n’y a jamais d’histoire que sur la scène de l’Histoire. La férocité, en un mot, n’abolit pas la mascarade : pendant que le sang coule, la représentation continue et Saint-Just fait son ‘show’. » (Alain Finkielkraut – commentant La plaisanterie de Milan Kundera)

« L’homme ne se définit plus par sa capacité à faire des promesses, mais par son droit discrétionnaire de reprendre, à tout moment, sa liberté. L’engagement … apparaît maintenant comme un fardeau ou une entrave … Rien d’autre n’est moi en moi que mes envies, mes passions ou mes humeurs actuelles. Mon ancien moi et mes vieux serments n’ont pas plus de titre sur ma vie que Dieu ou mon père. » (Alain Finkielkraut)

« La ‘relation pure’ tend de nos jours à être la forme d’unité humaine dominante, dans laquelle on s’engage pour ce qu’on peut espérer en tirer et dans laquelle on ne persiste que dans la mesure où les deux partenaires jugent qu’elle donne suffisamment satisfaction à chacun pour que le désir de la poursuivre soit mutuel. » (Anthony Giddens – cité par Zygmunt Bauman)

« Je me méfie des idées qui rapportent et des opinions confortables ; je veux dire dont celui qui les professe peut tirer profit. » (André Gide) 

« Eviter les engagements … Un engagement en tire après soi un autre plus grand, et d’ordinaire le précipice est à côté … Il y a des gens qui … se mêlent de tout, et s’engagent inconsidérément. » (Baltasar Gracian)

« Le refus d’engager la pensée. Les calembredaines de l’engagement sartrien ni les dévoiements idéologiques de faux intellectuels ne sont venus entraver sa liberté d’esprit ni entacher l’exercice de son jugement. » (Louis Guilloux – sur Georges Palante) – Du temps où être intellectuel ne signifiait pas se prostituer au pouvoir, à l’argent, aux média….

« J’ai appris par expérience qu’il fallait se méfier, comme le remarquait Pascal mourant, des projets généreux quand on ne s’accrochait pas à un appel particulier et humble. » (Jean Guitton) – Quand on allait soigner aux antipodes en abandonnant ses parents et ses voisins. Dédié aux humanitaires et indignés de naissance.

« Or, à l’hypothèse du devenir succède aujourd’hui la crainte, qui remplace l’espoir, car nous savons désormais que la survie de notre espèce est menacée dans un avenir très proche, par suraccélération. La solution cathare consiste à se retirer du flux, à laisser l’évolution   poursuivre sa route impure et fatale et à se concentrer dans une citadelle de pureté (la solution hippie). » (Jean Guitton) – Exemple extrême, mais la solution cathare, ou la solution hippie, sont de tous les contextes, même secondaires. Ne pas se mouiller ; laisser agir autrui.

« La fidélité partisane ou idéologique considérée comme exemplaire il y  a trente ou quarante ans est perçue à présent comme une manifestation de rigidité mentale, voire d’inintelligence . » (Guy Hermet)

 « La déception rencontrée dans la quête du bonheur à travers les activités de consommation tend à tourner au profit de l’action publique … Manière d’éviter les frustrations d’une existence purement privée … investissement des déçus de la sphère privée. » (Albert Hirschman)

« J’étais persuadé que toute forme d’engagement politique extrême n’était qu’une manière, tout comme l’érudition, de fuir loin, le plus loin possible, de sa propre vie. J’en eus alors la confirmation. » (Roland Jaccard – à propos des mini vagues de 1968)

« Se désolidariser de son passé est encore la meilleure recette pour ne pas vieillir. Tout reniement rajeunit. » (Roland Jaccard) 

« Il y a des gens qui pensent que s’engager c’est conjuguer le verbe ‘s’engager’. » (suivant Vladimir Jankélévitch)

« L’engagement dicte d’être du ‘bon côté’, d’emboîter le pas, de ne pas être à la traîne, de ne pas se mettre en travers de la marche présumée de l’histoire. » (Tony Judt)

« Jusqu’où l’engagement de l’intellectuel est utile pour les gens qu’il prétend aider ou si l’utilité pour les bénéficiaires n’est pas dépassée par l’utilité pour soi-même … la partie théâtrale de l’engagement a parfois dépassé les normes nécessaires. » (Tony Judt – cité par Elisabeth Lévy) – Engagement sincère ou souci promotionnel.

« Il ne s’agit pas de ‘s’engager’, mot qui implique un rapport d’extériorité à l’égard de la classe ouvrière, voire de condescendance à l’égard des travailleurs manuels, mais de s’immerger, au risque de se perdre ou de perdre son identité. » (Jacques Julliard – sur l’attitude de Simone Weil – on pourrait en dire autant d’une Madeleine Delbrel) – Evidemment vrai pour tout engagement, à l’égard de n’importe quel groupe social.

« Chez Simone Weil, la profondeur de l’engagement a pour corollaire indispensable une vigilance accrue à l’égard des entraînements possibles de l’action. » (Jacques Julliard) – Vigilance que n’ont pas, c’est le moins que l’on puisse dire, les membres de la meute médiatique aussi engagée qu’haineuse.

« Il n’y a que ceux qui sont dans les batailles qui les gagnent. »(Saint-Just)

« L’engagement est le lien qui unit l’individu à ses actes comportementaux. » (Charles Kiesler)

« Débarrasse toi de tous ces engagements ; ils te sont autant de bagages qui t’entraînent au fond de la mer. » (Diogène Laerce)

« On ne saurait revenir sur soi sans avoir commencé par se porter ailleurs. » (Simon Leys)

« Il en est qui disent : ‘Nous rejetons toute attitude partisane et nous professons l’objectivité. C’est la seule attitude honnête’. Il en est d’autres qui disent : ‘Nous rejetons tout dilettantisme et nous professons l’engagement. Seule cette attitude est digne de l’homme’. Les uns ne savent croire en rien et n’ont le courage de rien évaluer ; condamnés à la neutralité perpétuelle et ne comprenant rien à fond parce qu’ils sont incapables de rien choisir et de se donner à rien. Tandis que les autres, jusque dans la générosité de leur ardeur et peut-être dans la justesse de leur choix se rendent sans cesse injustes et sectaires en cédant à leur passion. » (cardinal Henri de Lubac)

« Pamphlet, caricature, vulgarisation grossière, manœuvre politique, arrogance et brutalité tenant lieu de preuve, insinuations désobligeantes, psychanalyse de bazar : tout cela se pare aujourd’hui volontiers du beau nom de ‘philosophie engagée’. » (cardinal Henri de Lubac)

« Les individus en cours d’accomplissement sont sans exception engagés dans une cause qui ne les concerne pas personnellement. » (Abraham Maslow) – Oui mais pas n’importe où, avec n’importe quels braillards.

« ‘La confluence silencieuse des entités apathiques de la vie volatilisée’ … La chape étouffante des opinions bien-pensantes, la signature des manifestes, pétitions … ces très curieuses manifestations qu’on appelle des ‘marches blanches’ … rassemblements sans demander vengeance, pour exprimer l’émotion, la solidarité avec les victimes et familles des victimes, la solidarité entre les participants, leur compassion, leur indignation, leur bonne volonté et leur impuissance … Les fleurs et les bougies … Passons à la radio, écrivons des tribunes… » (Yves Michaud – citant Hegel) – L’engagement compassionnel.

« Les mouvements ‘progressistes’ qui ne défendent plus que les seuls intérêts culturels des nouvelles classes moyennes des grandes métropoles du globe, autrement dit, ceux d’un peu moins de 15% de l’humanité. » (Jean-Claude Michéa)

« ‘S’engager’ ne revient qu’à entériner les mots d’ordre de la Propagande, c’est-à-dire mentir. » (Richard Millet) – Sur les prétendus intellectuels. Aujourd’hui où tout engagement doit afficher sa soumission au vide de la pensée totalitaire, sauf à déchaîner la meute.

« La fidélité n’a rien à faire là où la pensée est engagée. Une erreur ne devient pas vérité sous prétexte qu’on y  a sincèrement et longtemps adhéré. Une adhésion n’est pleine et entière que si elle peut, à chaque instant … être abandonnée. L’engagement à demeurer, quoi qu’il arrive, à la même place, porte en soi la promesse du mensonge. » (Jean-Claude Milner – L’arrogance du présent) – « L’adhésion qu’un intellectuel donne à une  doctrine ne ressemble pas du tout à celle qu’un homme peut donner à un parti. L’une vaut d’autant plus qu’elle comporte plus de réserves, l’autre d’autant plus qu’elle en comporte moins. Le meilleur disciple renie son maître. Le meilleur partisan ne lâche pas son chef … Intellectuels nous ne pouvons contracter avec un parti que des alliances, à toute minute révocables, car nous ne pouvons en aucun cas considérer une  doctrine comme définitive. » (Emmanuel Berl)

« Quand ma volonté me donne à un parti, ce n’est pas d’une si violente obligation que mon entendement s’en infecte. » (Montaigne)

« Toute calamité collective est totalitaire, recrutante, racoleuse et embrigadante. Les belles âmes adorent se faire mobiliser, enrégimenter, lever comme des troupeaux, faire don de leurs précieuses, de leur charitables, de leurs vertueuses et humanitaires personnes aux causes les plus poignantes. Ainsi existent-elles. Peut-être même n’existent-elles qu’ainsi, nourries par le cordon ombilical de la misère des autres, par ces souffrances collectives où elles abolissent du même coup leur individualité … Militantisme compassionnel. » (Philippe Muray)

 « Suivez les chemins qui sont vôtres. Et laissez peuples et nations suivre les leurs ; de sombres chemins, en vérité, sur lesquels ne brille plus une seule espérance. Laissez régner les boutiquiers là où rien ne brille plus que l’or des boutiquiers … Là où il n’y a plus rien à aimer, passe ton chemin. » (Nietzsche – Zarathoustra)

« La vie intérieure et l’action sociale sont deux choses qui s’excluent. » (Georges Palante) – Voir le vide phénoménal des activistes de tout poil.

L’engagement notion sartrienne : « Cela veut dire alors qu’on est obéissant à une religion, à un parti, à quoi que ce soit qui vous contraint au mensonge, c’est-à-dire qui détruit en vous toute recherche d’une vérité à découvrir, puisque vous la savez d’avance. » (Georges Palante)

L’individualiste Descartes répugnait à toute promesse par laquelle on retranche quelque chose de sa liberté, c’est-à-dire en définitive à tout gage donné à la solidarité ambiante. » (Georges Palante)

« Je réclame, parmi les droits de l’homme, le droit à l’indifférence quand l’indifférence est nécessaire à mon âme … L’indifférence n’est pas l’’insensibilité … ‘L’indifférence fait les sages’ (Diderot – ‘L’encyclopédie’). » (Louis Pauwels)

« Il faut faire les frais du temporel. » (Charles Péguy) – Non!

« Antérieurement, l’engagement se référait souvent à des convictions ancrées … à des idéologies … à des courants … tous issus d’une longue histoire … Il supposait un minimum de dévouements et de sacrifices … Malgré cela, le militantisme pouvait être considéré comme un épanouissement personnel. Aujourd’hui seul compte ce dernier. Le ’Je’ d’abord et avant tout. Le ‘Je’ d’abord et avant ‘nous’. On ne se fond plus dans un mouvement plus grand que nous-même, on consomme du militantisme. » (Natacha Polony et le comité Orwell – à propos notamment de Nuit debout) – Ou bien, on construit un plan de carrière, juteuse.

« Il est décent de s’abstenir, de ne pas s’engager. Lorsque le Spirituel aura réapparu alors quelques actions seront possibles. » (Raymond Queneau) – Sagesse. Mais, on a, hélas, le temps.

« Le supporter sportif se conduit comme une parodie fantomatique du militant. Il suffit de réfléchir à la dérision misérable de son engagement, le ‘club’ pour valeur suprême … Zombie. » (Robert Redeker –  Le sport est-il inhumain ?)

« La bonne cause, c’est la nôtre. » (Charles Régismanset)

« Dans leur immense majorité, tout en revendiquant un rôle de guides, les intellectuels se considèrent au gré de leur convenance comme dégagés de toute obligation vis-à-vis de la vérité et de toute responsabilité morale … L’intellectuel se considère à la fois comme ‘engagé’ et irresponsable. » (Jean-François Revel)

« Ce qui est moral, dorénavant, n’est plus de trouver sa place au sein du donné, mais de s’engager dans la tâche infinie de transformer le monde et la société afin d’y introduire le bien dont ils sont dépourvus. » (Olivier Rey) – Avec les résultats que l’on sait. Conformément à la vieille doctrine de Marx suivant laquelle les philosophes (et tout le monde) devaient passer du souci de l’interprétation du monde à l’effort de le transformer.

« Les intellectuels engagés sont devenus enragés. » (Ivan Rioufol) – Garder ses rentes.

« Acte ou geste ? Telle est la question. » (Jean-Paul Sartre)

« Voici ce qu’il vous faut faire … mon ami, désengagez-vous, rendez-vous à vous-même. » (Sénèque) – Tant seraient concernés par cette sagesse !

« Le Parti devint famille, école, église, caserne ; hors lui, le reste du monde était à détruire … Identification du militant avec l’organisation collective … avec des résultats à peu près analogues qu’on trouve dans certains ordres religieux et certaines écoles militaires … Chaque sacrifice … juste contribution personnelle au ‘prix du rachat commun’ … Les liens qui nous rattachaient au Parti devenaient toujours plus forts non pas en dépit des dangers et de sacrifices qu’ils comportaient mais à cause d’eux. » (Ignazio Silone – Le Dieu des ténèbres)

« Une morale de l’engagement donne d’emblée des ressources de légitimité aux condamnations (les plus féroces). Si l’acte fondateur de valeurs est l’acte même d’adhérer à une cause, il justifie la réprobation à l’égard de ceux qui n’y adhèrent pas … C’est ainsi qu’un Jean-Paul Sartre a pu être admiré par tous les laquais en déclarant : ‘Un anticommuniste est un chien, je ne sors pas de là, je n’en sortirai plus jamais’ et ‘La morale sera socialiste révolutionnaire ou ne sera pas.’ » (Monique Canto-Sperber) – Pour montrer jusqu’où pouvait descendre le personnage.

« On ne contacte aucune souillure à accomplir le devoir que la nature assigne à chacun.  Il ne faut pas se dérober à l’acte, même s’il apparaît coupable, qu’impose à chacun sa naissance… » (Krishna, s’adressant à Arjuna hésitant à entrer en guerre – Bhagavad-Gitâ)

« Car ce n’est pas être homme que d’invoquer l’Humanité. Je connaissais ces hommes pour n’être exempts d’aucune faiblesse d’hommes ni d’hommes de lettres ; et je les voyais dans ce cas particulier s’enflammer ou faire les enflammés pour une cause. » (Paul Valéry – sur l’affaire Dreyfus) – Mais l’indignation bidon de certains intellectuels est de tout temps.

« La meilleure des causes est celle où l’on se perd le mieux corps et âme. » (Raoul Vaneigem – pour les abrutis)

« On ne se sent engagé envers rien ni personne et, dans cette situation, un rien peut vous amener à basculer dans la trahison. » (Eric Werner)

« Rien de ce qu’on a fait avec un dévouement passionné ne l’a été pour rien. » (Stefan Zweig)

« Attention à la liberté qui empêche de s’engager : c’est celle de l’automobiliste qui tourne éternellement sur un rond-point sans jamais prendre aucune route. » (?)

Ci-dessous quelques extraits du livre de Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois, La soumission librement consentie.

Note : Que les auteurs soient Jean-Léon Beauvois seul ou  associé à Robert-Vincent Joule : Les influences sournoises (rubrique 435, 2 Désinformation) – Deux ou trois choses que je sais de la liberté rubrique 475, 1 Liberté) – Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens (rubrique 195,1 Décision)  – La soumission librement consentie (rubrique 005,2  Engagement) – Soumission et idéologies, psychosociologie de la rationalisation (rubrique 140, 1 Comportement), les sujets abordés sont très proches et souvent se recoupent ; il s’agit de, succinctement formulé,   comment et pourquoi nous agissons, sous quelles influences. Il faudra donc naviguer si on veut disposer d’une vue à peu près complète (du moins selon ce que j’ai compris et retenu).

 « L’engagement correspond, dans une situation donnée aux conditions dans lesquelles la réalisation d’un acte ne peut être imputable qu’à celui qui l’a réalisé … L’engagement augmente avec la taille de l’acte, soit : importance, socialement visible, caractère public, caractère explicite (non ambigu), irrévocabilité, répétitivité, coûteux, librement décidé … Augmentation ou réduction de la distance de l’attributeur à l’acte : Les raisons d’ordre externe, les déterminations externes, de culture plus individualiste (récompenses et punitions), désengagent. Les raisons d’ordre interne, les déterminations internes, de culture plus collectiviste (valorisation de soi dans un contexte de liberté), engagent … Ainsi, pour  obtenir l’engagement d’un partenaire dans un acte : – Le déclarer libre – Mettre en relief les conséquences de l’acte – Choisir un acte de coût élevé (mais acceptable) – Rendre l’acte le plus visible possible (public, explicite) – Faire en sorte que tout retour en arrière soit impossible – Ne pas hésiter à faire réaliser l’acte plusieurs fois – Eviter toute justification d’ordre externe – Avancer une explication interne … Identification de l’acte : de plus, il est souhaitable que l’acte puisse être considéré comme représentatif d’une catégorie d’actes. Cette identification détermine la nature des conséquences (coller des affiches contre la pollution : acte écologique ou acte militant en général ou simple service rendu) … Naturalisation ou dénaturalisation de l’acte, resserrer ou desserrer le lien entre l’acte, le comportement, et la personne (‘C’est votre nature’ ou ‘Ce n’est pas… il y a dû y avoir des interférences extérieures’). »

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