245,2 – Effort, Performance, Sport

– Comment tolère-t-on, et avec quel enthousiasme bidon en plus, une activité aussi élitiste et horriblement discriminante que le sport ! Activité où on ne retient que les meilleurs.

– Quand on voit, et entend, les hordes bigarrées et bariolées de supporteurs et supportrices des grands matchs de football, ou certains sur le passage du Tour de France, on se prend à regretter les foules qui devaient se presser lors des jeux dans les cirques de l’Antiquité, ce ne pouvait être pire.

– Saccage de la montagne lors du Tour de France ; lors des grandes compétitions, saccage des villes planifié à l’avance par les autorités puis spontané par des hordes hurlantes et gorgées de bière. 

– La vulgarité de l’exhibitionnisme contemporain a aussi saisi les acteurs ; embrassades, chevauchements, attroupements, agenouillements et autres manifestations de dégénérés après un but…

– La victoire de la France au mondial de football en 1998 fut un grand moment d’hystérie téléguidée, la France B. B. B., au point qu’un approuveur polyvalent, opineur omnivore, comme Edgar Morin a pu qualifier sans rire l’événement ‘d’extase historique’, et ne pas hésiter à parler d’épopée. » (Philippe Muray) – Concurrençons Homère. Jusqu’où certains clowns-experts ne descendront-ils pas ? Quinze ans plus tard on peut admirer la cohésion extatique qui reste d’une telle épopée. On a les extases et les épopées à sa mesure.

– Nous étions déjà submergés par le vacarme médiatique sur le football masculin et écœurés par l’indécence du fric en jeu. Il faudra bientôt supporter en plus les mêmes nuisances avec la version féminine de cette usine à vociférations où ruisselle le fric.

– Espérons, prions, agissons pour qu’on nous épargne à Paris le cirque des jeux olympiques. Nous n’avons à en attendre qu’énormes dépenses, destructions du beau et constructions du laid, avalanches d’imbécillités médiatiques, agitation effrénée, vacarme assourdissant, chaos, dopage, idoles de carton-pâte, indécentes parades de politiques satisfaits d’épuiser le peuple, corruption matérielle et morale à tous les niveaux… Mais, si en démocratie, il fallait demander l’avis des populations directement concernées, à quoi serviraient nos gentils élus ? … Il est probable qu’en 2024 nous aurons bien d’autres soucis plus pressants, et même angoissants, que cette indécente et débile mascarade. Seul avantage du bouleversement climatique avec l’extinction de nos grotesques affichages larmoyants et progressistes.

– Courir, marcher… c’est bien. Mais c’est encore bien mieux si on court pour quelque estimable cause, comme on le voit maintenant : pour la paix, pour la fraternité universelle… Grotesque.

« La fête, c’est le paganisme par excellence. » (Montherlant)

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« Tohu-bohu médiatique planétaire, aboutissant en général à l’enrichissement indécent des sponsors et à la construction d’équipements sportifs superflus qui finissent par tomber en ruine. » (François-Xavier Ajavon – sur les J. O.) – L’enrichissement ne concerne pas que les sponsors.

« Chacun vaut ce que valent les objectifs de son effort. » (Marc-Aurèle)

« Le refus des imperfections et le dévouement au service de la perfection, accompagné de la conviction inébranlable qu’elle est impossible à atteindre. Comme pour tout ce qui est humain, l’essentiel est dans l’effort et dans le mouvement du moins vers le plus. » (Jean Baechler) 

« A la gloire s’ajoute désormais l’argent . Le cocktail est explosif, nul ne peut y résister. C’est le ‘sport business’ … Les enjeux sont trop importants pour laisser la providence au volant … Les footballeurs sont les nouveaux gladiateurs. ‘Du pain et des jeux’. » (Olivier Bardolle)

« Dans l’esprit des grandes manifestations planétaires ayant vocation à répandre la concorde sur les cinq continents, les Jeux olympiques constituent sans doute le sommet du genre, le sommet du manque de sincérité assurément … ‘Rencontre entre les peuples’, fraternité universelle, ouverture aux autres, alors que la compétition entre les villes candidates est d’une férocité sans égale, et que pendant ladite compétition, car il s’agit bien de cela, la bonne humeur a déserté les gradins pour laisser place à l’exacerbation des sentiments nationalistes les plus nauséeux. » (Olivier Bardolle) – Et encore l’auteur n’évoque-t-il pas la gigantesque corruption à tout niveau, avant, pendant et après.

« La suprême grandeur est de vaincre l’ange, de lui arracher son secret. L’ange veut nous ouvrir la porte de l’invisible, c’est sa mission, mais il ne l’ouvre pas sans un combat ; il ne l’ouvre pas aux indolents, aux tièdes, mais seulement à ceux qui, pour se frayer un passage, ne craignent pas de foncer sur lui … Voyez son Jacob, c’est un bélier … un jeune garçon qui coure sus avec un incroyable mépris des obstacles … Quant à l’ange, il déploie une paisible supériorité. C’est un maître d’armes. Il pare les plus rudes coups indéfiniment. Il paralysera Jacob à la minute qu’il voudra (mais il se contente d’estropier Jacob vainqueur) … Jacob a laissé la caravane, il a rompu avec la foule, déserté la grande route facile et ses compagnons naturels, oublié les petits intérêts qui l’avaient d’abord mis en route … Grande page austère qui nous prêche … le devoir de l’effort et du pas en avant … ‘Ne négligez rien de ce qui peut vous faire grand’ (Stendhal), ‘Il faut choisir la place où l’on croit pouvoir être utile et y creuser son sillon’ (Taine), ‘Comme une journée bien dépensée donne une joie au sommeil, ainsi une vie bien employée donne une joie à la mort’ (Léonard de Vinci). » (Maurice Barrès – à propos du tableau de Delacroix, La lutte de Jacob avec l’ange (église saint Sulpice, Paris)

« La délation, devenue compétition nationale. » (Paul Bensussan) – Future discipline olympique si les autres nations étaient d’accord, ce qui n’est pas acquis !

« C’est un domaine (le sport) où les nationalismes s’étalent, virulent jusqu’à inquiéter ceux-là même qui s’y adonnent … La passion qui précède, accompagne et suit les matches et les concours exhale une odeur sulfureuse de chauvinisme … Les Jeux olympiques soulignent à plaisir cet aspect nationaliste : on étale les drapeaux, chaque équipe porte solennellement… » (Emmanuel Berl) – On joue les hymnes nationaux, la presse compte les médailles du pays… Tout cela pue le chauvinisme, la servilité, le fric, la connerie… et évidemment la tricherie.

« Battre des records et se dépasser serait l’expression du progrès infini … Le record exerce une fascination car il symbolise un progrès général du genre humain, sa capacité à dépasser ses limites. » (Cédric Biagini)

 «  La conscience du moi senti, reconnu distinct des autres existences n’est autre que ‘l’effort voulu’… L’effort voulu et immédiatement aperçu constitue expressément l’individualité, le ‘moi’. » (Maine de Biran)

« Renoncer à l’effort que l’on croit inutile, c’est renoncer d’avance à tout succès. » (Gustave Le Bon)

« Le sport, l’avatar ludique de l’idéal consumériste. » (Françoise Bonardel)

« Peur de l’effort ; peureux sans effort. » (Albert Brie)     

« La crétinisation musclée par patriotisme interposé dont s’accompagne chaque compétition sportive … On se souviendra longtemps des flots d’insanités que nous valut le dernier mondial de football … Quelques jours auront suffi à la France pour construire la plus consternante mythologie, faisant feu du chauvinisme et du multiculturalisme, du populisme et de la compétition, du mérite et de la chiennerie… » (Annie Le Brun)   

« La plupart des hommes sont plus capables d’un grand effort que d’une longue persévérance. » (La Bruyère)

« Il n’y a pas d’effort inutile, Sisyphe se faisait déjà les muscles. » (Roger Caillois)

« La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux. » (Albert Camus)

« On ne peut se laisser entraîner par un effort créateur si on n’arrive pas intellectuellement à se le justifier. » (Père Teilhard de Chardin)

«’La nouveauté c’est l’érosion des barrières qui empêchaient jusqu’à récemment les plus performants d’accéder à des marchés plus vastes’. Phénomène oligarchique découlant du fait que nous sommes entrés dans la ‘winner-take-all society’, une société où le gagnant prend tout et ne laisse rien aux autres. Dans ce monde-là, la meilleure soprano, le joueur de tennis le mieux classé, même si leur supériorité sur leurs concurrents est faible, raflent la mise. La méritocratie en sort en piteux état, puisque ce ne sont pas les compétences qui sont récompensées, mais le fait d’être, à un certain moment, considéré comme le plus fort dans sa catégorie. Les moyens de communication de masse ont beaucoup contribué à l’édification de cet univers. » (Sophie Coignard et Romain Gubert – citant et s’appuyant sur une thèse de Robert Frank et Philip Cook) – En fait les compétences sont bien récompensées mais dans des proportions telles que celles du meilleur à un moment excluent tous, et toutes, celles de second rang.

« La modernité supprime toutes les barrières qui traditionnellement canalisent le désir mimétique, elle encourage les hommes à se lancer, en ordre dispersé, dans la compétition sociale. » (Jean-Pierre Dupuy)

« En un temps où ‘l’amour sacré de la Patrie’ ferait sourire tout le monde, à tort ou à raison, les stades sont le sanctuaire du nationalisme (et même du chauvinisme le plus crasse)  … Le football stimule ces passions qui, en tous autres domaines, paraîtraient condamnables et déplacées. … Dans une société qui prétend mener une chasse impitoyable aux écarts des hommes d’Etat, à leur train de vie, à leurs appartements de fonction, le football délimite une véritable zone franche où tous les comportements semblent permis : l’arrivisme éhonté, le luxe le plus vulgaire, la parade des beaux gosses parrainant des lignes de vêtements ; sans parler des salaires indécents absurdes. Cet étalage pourrait susciter des rages égalitaires. » (Benoît Duteurtre) –Que nenni ! Le jeune gogo admire et applaudit.

« Made for sharing’. » (Benoît Duteurtre) – N’est-elle pas bien de chez nous cette devise de nos hideux  jeux olympiques de 2024, que personne ne nous disputât ?  Toujours fiers de notre exception culturelle ?

« Celui qui n’est pas occupé à naître est occupé à mourir. » (Bob Dylan – cité par Jacques Godbout)

« Si le sport ‘pratiqué’ c’est la santé, le sport ‘vu’ est la mystification de la santé. En regardant les autres jouer, je ne fais rien de sain… » (Umberto Eco)

« Chaque individu doit, dans son travail, ses loisirs ou sa vie affective, conduire sa vie comme un vrai professionnel de sa propre performance … Chacun est convié à avoir son projet personnel et à développer son potentiel propre. » (Alain Ehrenberg)

« Le sport est la seule activité à théâtraliser dans un spectacle de masse le mariage harmonieux de la concurrence et de la justice. Il met en scène l’image la plus populaire qui soit de l’égalité du mérite. Ce que la vie devrait être pour chacun d’entre nous si elle était juste, voilà ce que formalise le sport ; c’est la passion d’être égal qui est le ressort simultané de sa modernité  et de sa popularité … Dans l’univers flou des sociétés égalitaires, le spectacle sportif réintroduit des références certaines (classements, chiffrages, mesures…). » (Alain Ehrenberg) – D’où les dégâts psychologiques du dopage qui rompent cette égalité théorique.

 « Le sport résout en imagination, c’est-à-dire sans rien modifier du paysage des structures sociales un des dilemmes centraux de la condition démocratique, de notre expérience … de la vie : la tension entre l’égalité de principe des hommes et leur inégalité de fait. La compétition sportive dénoue cette tension en la rendant non contradictoire … Elle met le monde à l’endroit. » (Alain Ehrenberg)

« On a tort d’interpréter la fraude comme une anomalie dans le monde du sport : comment imaginer qu’une société marchande qui célèbre la performance ne produise pas de la fraude ? » (Raphaël Enthoven) – D’ailleurs le dopage fait marcher le commerce, même s’il est au noir.

 «  Exercice.  – Toujours conseiller d’en faire. » (Flaubert – Dictionnaire des idées reçues)

« Tout ce qui est refusé pour les âmes est accepté d’enthousiasme pour le corps : le travail sur soi, l’effort, l’ascèse, l’artifice jusqu’à des proportions démesurées … C’est aussi qu’il s’agit de la nature et du corps, la nature, ou le refuge mythique de l’innocence et de l’immédiateté perdue, le corps, ou le socle de l’individualité, la base sensible de l’appropriation de soi … On conçoit que le retour du refoulé ait lieu là. » (Marcel Gauchet)

« Tout un aspect de la modernité pourrait s’analyser comme un lent recul de l’effort requis au profit de l’effort choisi. » (Jean-Claude Guillebaud)

« Nous sentions s’accroître en nous l’allégresse, comme en ceux dont l’effort a dépassé le niveau du vulgaire. » (Ernst Jünger)

« Le pouvoir d’instiller la volonté de vaincre …  si utile pour promouvoir la responsabilité, le patriotisme et la vigueur masculine. » (Christopher Lasch – sur le sport) Sans oublier l’esprit de compétition si essentiel dans nos sociétés.

« Il ne s’agit plus de prendre plaisir à assister à un match de football ou de le visionner, mais de soutenir la cause des femmes. » (Bérénice Levet – sur le battage organisé autour du football féminin) – Et la cupidité évidente ; d’ailleurs compréhensible quand on voit les revenus scandaleux de leurs collègues masculins qu’admirent les Gogos ; vite de nouveaux et nouvelles Gogos pour se pâmer devant de nouvelles vedettes.

« Exerce tes forces, et ce qui aujourd’hui te coûte des efforts, deviendra machinal. »(Georg Christoph Lichtenberg)

« Le sport s’est débarrassé du lyrisme des vertus, il s’est mis à l’heure de la logique postmoraliste, narcissique et spectaculaire. Aujourd’hui le sport de masse est pour l’essentiel une activité dominée par la recherche du plaisir, le sport-santé, le sport-défi, le sport-mode … L’âge moraliste du sport, du sport ‘vertuiste’ est terminé. » (Gilles Lipovetsky) – Il s’agit du sport individuel de maintien de la condition physique. Pour le sport professionnel, mieux vaudrait en traiter à la rubrique Argent.

« Le sport est devenu un travail, un investissement permanent à gérer méthodiquement, scrupuleusement, ‘professionnellement’ en quelque sorte. » (Gilles Lipovetsky)

« Selon Paul Yonnet, le moteur du sport-spectacle s’alimente de la double ‘carburation’ de l’incertitude et de l’identification. Ce qui rend le sport-spectacle hautement mobilisateur en affect est d’un côté sa capacité à créer du suspens entre des quasi-égaux qui s’affrontent, de l’autre son pouvoir de créer ou d’intensifier des sentiments d’appartenance groupale … Difficile de ne pas songer à ce que Nietzsche appelait ‘volonté de puissance’. » (Gilles Lipovetsky)

« Il y a souvent plus de conduite et de courage dans un effort stérile que dans un succès avantageux. » (chevalier de Méré)

« Les clubs de supporters sportifs, avec leurs chants, leurs insignes, leur parler, leurs signes de reconnaissance totémique (couleurs, maquillage, vêtements…), leurs lieux de rendez-vous, témoignent de cette reconstitution sauvage d’identité dans des sociétés qui ne cessent de remettre en question les identités aussi bien collectives qu’individuelles. » (Yves Michaud)

« Les Brésiliens opposent le ‘futebol d’arte’ et le ‘futebol de resultados’ qui est au cœur du ‘football libéral’. » (Jean-Claude Michea) – Fric partout et toujours.

« Une de ses joies et non des moindres, c’est la conscience que nous avons de pouvoir, grâce à lui, protester contre la civilisation en nous exerçant pour quelques heures à redevenir des sauvages. » (Paul Morand – sur le sport)

« L’insanité suprême, le rêve sportif absolu de la grande ‘fraternité des peuples’. » (Philippe Muray)

« Le championnat de football offre les avantages de la guerre civile, notamment la publicité régionale et la stimulation de l’esprit de clocher, sans en exiger les inconvénients, à savoir l’extermination des vaincus. Une tribune peut toujours s’effondrer, mais enfin, le cas est rare. » (Alain Paucard)

« Dans l’ère du vide les footballeurs prennent la place des héros. » (Robert Redeker)

« Le régime de la dissociation est tellement exacerbé qu’on en vient à éviter de faire des efforts physiques pour se rendre à l’endroit où on fera des efforts physiques. On emprunte un escalier mécanique pour aller faire du ‘stepper’. » ( ? – cité par Olivier Rey)

« Si j’avais autant de billets de 500 francs que j’ai vu de matchs faisandés dans ma carrière, je serais millionnaire. » (Thierry Roland, journaliste sportif) – C’est évident, quand il y  a tant de fric en jeu. 

« Grand travers que de rêver à la puissance sans s’astreindre à l’effort. » (Maurice Sachs – Le sabbat) –Un expert

« Depuis le néolithique, mes ancêtres souffrirent du dos, comme mes pères, mères et moi. La terre est basse … Avant on suait, on revenait le soir à la maison, éreinté … Aujourd’hui, le jogging, le stretching et autres supplices anglomanes suppléent l’absence d‘efforts. » (Michel Serres)

« Si l’hédonisme a découragé l’effort, l’égalitarisme a dévalorisé l’exigence de qualité. » (Jean Sévillia)

« Le sport … est devenu indispensable, en tant que système expansif de victoire et de notoriété, pour stimuler et canaliser les excédents d’ambition postmodernes … Le vieux monde connaissait les esclaves et les serfs … Les temps modernes ont inventé le perdant. » (Peter Sloterdijk) – La finale du texte dépasse largement le contexte du sport.

« Ce qui manque aujourd’hui à l’âme de la vie, c’est de penser à finir ce que l’on a commencé en s’agrippant aux branches de l’effort sans que la volonté ne plie. Héros, jamais au commencement ! … Poser la première pierre ne tient pas de l’exploit … Le secret de toute édification n’est pas dans l’instant premier, aussi dense et fulgurant soit-il, le démarreur n’étant pas le moteur. » (Père Zanotti-Sorkine)

« L’imaginaire capitaliste de la compétition généralisée est imposé à tous les peuples à travers le téléspectacle sportif, violent catéchisme exemplifiant des temps modernes … Le sport-spectacle, et particulièrement le monde footballistique mariant la ‘peste émotionnelle’ à la corruption financière et à la sottise érigée en exemple pour la jeunesse, en fournit aujourd’hui un fidèle reflet …’L’esprit foot, l’esprit gagnant’ (publicité). Miroir et envers de la mondialisation. Miroir : ‘gagner’ et ‘faire la fête’. Envers : envier, haïr et ‘faire la peau’. » (Pierre-André Taguieff) – Peut-être un peu exagéré.

« Pour opérer la transmutation, il suffit de rebaptiser ‘solidarité’ et ‘fête de la fraternité’ ce qui n’est que rivalité, vanité, cupidité, agressivité, volonté de gagner à tout prix, nationalisme, xénophobie, racisme, infantilisme, vulgarité publicitaire ; sans oublier la corruption (matchs truqués, pots-de-vin, etc.) … Comme si la France ne pouvait plus être fière d’elle-même qu’à travers ‘son’ équipe de football censée opérer le rassemblement magique… » (Pierre-André Taguieff) – Il est vrai que c’est la seule ressource des politiques incapables pour se rengorger.

« La sympathie pour le football fait partie des génuflexions sinon obligatoires, du moins fermement recommandées par notre société si libéralement tolérante. » (François Taillandier) – Et quand on a quelque idée le la cupidité et de la vulgarité de la majorité des joueurs ainsi que de la vulgarité des supporters, cela donne quelque idée de la dite société.

« On ne peut pas demeurer longtemps sur la pointe des pieds. » (Tao)  

« Si je fatigue mes troupeaux en les faisant trop marcher, ils périront tous en un jour. » (Ancien Testament, Gen. 33 : 13)

« L’engouement pour les championnats sportifs où tout se mesure en chiffres – mètres, kilos, minutes. L’obsession de la performance remplace l’appel de la perfection. » (Gustave Thibon)

« Le pouvoir aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. » (Alexis de Tocqueville) – D’où le succès en haut lieu des grandes épreuves de football, l’organisation d’événements, fêtes…

« Viser l’excellence ne se confond pas avec la vulgaire compétition pour la réussite, les honneurs ou l’argent. La compétition n’est pas le but. Elle est le stimulant. » (Dominique Venner) – L’auteur rêve, gentiment.

« Il y a des efforts qui ont l’effet contraire du but recherché (dévotes aigries, faux ascétismes, certains dévouements, etc. ). D’autres sont toujours utiles même s’ils n’aboutissent pas. » (Simone Weil)

« Quand quelque effort semble impossible à obtenir, quelque effort que l’on fasse, cela indique une limite infranchissable à ce niveau et la nécessité d’un changement de niveau, d’une rupture de plafond. S’épuiser en efforts à ce niveau dégrade. Il vaut mieux accepter la limite, la contempler et en savourer toute l’amertume. » (Simone Weil)

« Le football féminin ou l’alliance de l’économie de marché et du progressisme sociétal … La machine de propagande qui les réunit a encore montré sa redoutable efficacité. » (Eric Zemmour) – En quelques  jours, on n’a plus vu, plus lu que des histoires de bleues. Une véritable canonnade.  La machine à générer du fric avec de l’admiration béate est lancée.

« D’un premier effort on n’abat pas les arbres. » (proverbe)

« Il faut casser le noyau pour avoir l’amande. » (proverbe)

« On ne peut pas souffler contre le vent ni nager contre l’eau. » (proverbe)  

« Pourquoi le principe d’élitisme est-il réservé à la sphère sportive ? » (?) – Alors qu’il est pourchassé partout ailleurs, au point de faire très bientôt de la France un pays de minables, risée du monde entier.

Ci-dessous, extraits d’un ouvrage de Robert Redeker, Le sport est-il inhumain ? Ouvrage fort critique du monstrueux envahissement de tous les domaines de l’activité par le sport-spectacle, ses prétendues valeurs et sa terminologie.

« Entre le dopage de jadis (on se ‘chargeait’ pour telle ou telle occasion) et le dopage hypermoderne sévissant aujourd’hui, la temporalité a subi une modification : l’exploit n’est plus épisodique, il est continu … Le dopage contemporain change le sportif du tout au tout (corps et ‘mental’, l’intelligence mutée en ‘mental’, régression de l’homme vers le loup … Il n’est que de voir ces grotesques poing serrés aux bouts de bras tendus de milliers de spectateurs hystérisés) … Reconduction du pouvoir eugéniste … Sélection biologique en cercle fermé (et intimidation mafieuse des plus forts sur les plus faibles, les ‘vengeances’ d’Armstrong) … Dans le cas du Tour de France (jadis structurant le roman national hexagonal, géographie, terroirs…), l’imagination a perdu sa place (irruption de la télévision, montrant tout, elle se condamne à la description, tout est montré, filmé)… Spectacle mercantile a destination planétaire, le sport n’est pas marginal, planté au cœur du monde contemporain … La vraie mondialisation apparaît d’abord sportive plutôt que mercantile, la première prépare la seconde (multiples coupes du monde et championnats mondiaux, Barnum circus itinérants des jeux olympiques, du tennis professionnel… ont formé les esprits à trouver naturelle la mondialisation) … Nouveau pouvoir spirituel planétaire … Supermarché de la santé … Catéchisme ‘hard’  du capitalisme (plus vite, plus haut, plus fort, guerre de chacun contre chacun, loi du plus fort, valeur de la compétition, performance, culte de la ‘gagne’, concurrence même entre joueurs d’une même équipe, dynamisme, esprit d’entreprise, statut des ‘stars’, éloge de la diversité, chances des cités, de l’intégration, records manifestant le règne de la quantité ; Le sport légitime le progrès dans l’imagination des foules) … Le sport ne cesse de dicter de multiples exigences : par exemple, l’exigence de performances n’aurait pas pu s’imposer dans tous les domaines ; sous sa tyrannie, de moyen, la performance est devenue fin … Conjonction de l’idée de l’Empire et de l’idée de l’Eglise, réunies dans l’universalité et le gouvernement des âmes (coupe du monde de football, symbolique de ces coupes élevées vers le ciel par les vainqueurs, tel le calice) … Les héros admirés et adulés, l’homme le plus populaire de France n’est autre qu’une star du ballon rond, Zinedine Zidane, succédant d’une année à Yannick Noah, aucun indice ne dit mieux la dévoration de toutes les sphères (politique, littéraire…) par le sportif … Loin de posséder quelque valeur pédagogique, le spectacle sportif corrompt le jugement moral en accoutumant le public à valider l’abjection (ex : La tendresse des foules pour l’arrogant et vulgaire tricheur Richard Virenque, la compréhension des supporters pour les domiciliations fiscales en Suisse ou Monaco… de ces richissimes personnages) … Supporters analogues aux télé-réalité-voyeurs … Parodie fantomatique du militant (dérision misérable de son engagement, le ‘club’ pour valeur suprême) … La présence envahissante du football, du sport, dans nos conversations est un symptôme de la contamination galopante des sociétés modernes par le vide … D’activité de délassement, le sport a fini par occuper toute la place (envahissant dans les média jusqu’à donner la nausée, ‘Que d’émotions !’) … Le sport spectacle est étranger à la gratuité, au pour-rien, qui définit le jeu. Parodie de fraternité, il développe des sentiments d’hostilité … Les masses religieuses fuient l’hybris, les masses sportives désirent l’hybris … Démesure, il ne supporte pas la limite, qui est l’ennemie qu’il importe de vaincre … Les exorbitantes tâches à lui prescrites : le sport comme éducation, le sport comme lien social, le sport comme citoyenneté … Le sport ne s’avance jamais tout seul, mais toujours accompagné d’un discours idéologique sur ses valeurs (ce qui prouve bien qui et quoi il sert, qui le manipule et s‘en sert) … Machine à diffuser de l’euphorie collective en continu et à tuer le temps en l’occupant en permanence … concourant fortement à la mutation de l’homme en ‘l’être sans souci’ (celui de Chantal Delsol). »

Ci-dessous, extraits de l’ouvrage de Johan Huizinga, Homo ludens. (L’auteur écrivait à la fin des années 1930).

 « Le jeu est une notion en soi, qui n’est nullement définie par la notion du non-sérieux. La notion du jeu est d’un ordre supérieur à celle du sérieux. Car le sérieux tend à exclure le jeu, tandis que le jeu peut fort bien englober le sérieux … Le jeu peut fort bien être sérieux. De plus des catégories fondamentales de la vie se rangent dans le non-sérieux, sans pour cela équivaloir au jeu ; le rire, par exemple, n’est en aucune façon lié au jeu. On joue au football ou aux échecs avec le plus profond sérieux, sans rire … Si le rire est le propre de l’homme, la fonction ingénieuse du jeu est commune à l’homme et à l’animal … L’idée de ‘gagner’ est étroitement associée au jeu … Gagner, c’est manifester sa supériorité à l’issue d’un jeu … Le succès est une qualité très importante du jeu … L’honneur, le prestige, la considération en découlent comme conséquences durables … Depuis la vie enfantine jusqu’aux activités suprêmes de la culture le désir d’être loué ou honoré pour sa supériorité agit comme l’un des ressorts les plus puissants du perfectionnement individuel et collectif … Vertu, honneur, noblesse et gloire se trouvent ainsi dans le cadre de la compétition, c’est-à-dire du jeu …L’homme  aspire toujours à l’élévation, la fonction innée où l’homme réalise cette aspiration est le jeu … La compétition peut prendre des formes multiples (pari, instance judiciaire…) … L’aspiration passionnée à occuper la première place … Pareille  émulation a engendré l’altière vaillance personnelle, indispensable à une jeune culture … Chants alternés, jeux de balle, coquetteries, jeux d’esprit, devinettes, tout cela est intimement associé sous la forme d’une compétition animée entre les sexes (fêtes villageoises) … Compétitions faites de munificences sans frein (Potlatch) … Cependant, l’atmosphère de joie n’est pas toujours présente (jeux de table, de dames, d’échecs…) … La guerre traitée comme une compétition loyale (conventions de jadis sur le lieu et le moment de la bataille, avis et préavis) … Champ clos des tournois … Duels … Tout est (plutôt ‘était’) compétition loyale … A l’origine de toute compétition, il y a le jeu, c’est-à-dire un accord tendant à réaliser, dans un temps et un espace déterminés, suivant certaines règles et dans une forme donnée, quelque chose qui mette fin à une tension et qui soit étranger au cours ordinaire de la vie … A présent, la systématisation et la discipline toujours croissante du jeu vont, à la longue, supprimer quelque chose de la pure teneur ludique. Le fait se manifeste dans la scission entre professionnels et amateurs. Le comportement du professionnel n’est plus celui du jeu, la spontanéité et l’insouciance lui sont ravies … Le sport s’éloigne de la société ludique. »

Ci-dessous, extraits de l’ouvrage de Maya Beauvallet sur les motivations, Les stratégies absurdes, comment faire pire en croyant faire mieux. Essentiellement sur l’usage des indicateurs censés mesurer la performance. Ouvrage qu’exceptionnellement je qualifie de faible intérêt hormis les quelques remarques ci-dessous, car faisant référence à des études américaines et sachant comme, dans le travail, les Américains sont truqueurs et personnels. De plus l’auteur manifeste une servilité remarquable quant aux salutations obligatoires aux obligations antidiscriminatoires. Néanmoins ?

 « Motivations intrinsèques : nous faisons les choses pour notre propre satisfaction – Motivations extrinsèques : nous ne les faisons que contre une compensation … Elles ne s’additionnent pas, les motivations extrinsèques affaiblissent les motivations intrinsèques … L’incitation monétaire peut-être désincitative … ‘Payez suffisamment ou ne payez pas du tout’ … Un peu d’action intéressée dans un système de désintéressement suffit à détruire l’ensemble du système … La vertu n’a pas de prix. Il peut pourtant paraître utile … de la rémunérer … Payer les donneurs du sang et ils se multiplieront. Telle est l’intuition. Mais elle est fausse. Pire, vous risquez de les décourager … Un système d’incitation collective est susceptible d’encourager les mauvais à vivre en passager clandestin et de décourager les meilleurs (en sociologie, du travail notamment, le ‘passager clandestin’ est celui qui profite des efforts des membres d’un groupe pour bénéficier des avantages sans guère participer, à rapprocher de l’effet dit ‘Olson’, de Mancur Olson, voir à la rubrique ‘Action, 005, 1’) … Il y a deux manières de gagner une course : soit courir plus vite que les autres, soit empêcher les autres de la gagner (stratégie du sabotage, refus d’entraide) … Améliorer les résultats des indicateurs de mesure de performance sans améliorer la réalité … Les résultats ainsi fournis s’améliorent toujours après la mise en place des dits indicateurs (on oriente sa stratégie, son comportement, ses efforts pour satisfaire à l’indicateur) … Dans un système de quotas à atteindre, atteindre un objectif est une chose, réaliser un travail de qualité en est une autre … Plus on a été bon avant, plus on lève le pied après … Signifier un objectif, c’est aussi permettre d’en rester là … Il y a deux méthodes pour faire baisser la fièvre : se soigner ou trafiquer le thermomètre. »

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