015,4 – Doute, Scepticisme

– « Le dogmatisme, qui croit posséder la formule éternelle du vrai, le scepticisme qui nie le vrai. » (Ernest Renan)

– « L’immersion totale dans une dogmatique, quelle qu’elle soit, exclut le tragique. » (Jules Monnerot) – Tragique : ce qui est funeste, alarmant, soumis au destin, à la fatalité, à l’inéluctable, nous échappe…

 ——————————————————————————————————————————-

« L’idée de secouer une pensée à laquelle on se fiait est une idée brave. Tout inventeur a mis en doute ce dont personne ne doutait. »(Alain)

« Je n’ai jamais fait grand cas des sceptiques … Il n’y avait qu’à chercher un peu, les trop célèbres sceptiques n’ont pas cherché du tout. » (Alain – Les saisons de l’esprit)

« Si l’Être et l’apparence se séparent à jamais, et tel est bien le postulat fondamental de la science moderne, alors il ne reste rien à accepter de confiance ; il faut douter de tout … Tant de générations ont cru que le soleil tournait autour de la terre. » (Hannah Arendt – sur le doute cartésien)

« Ce n’est pas l’athéisme du XVIII° siècle et le matérialisme du XIX° qui sapèrent la foi chrétienne … c’est plutôt l’angoisse, le doute à l’égard du Salut … Le doute cartésien n’a jamais prouvé son efficacité de manière plus désastreuse, plus irrémédiable que dans le domaine des croyances où l’introduisent les deux grands penseurs religieux de l’âge moderne, Pascal et Kierkegaard … Le doute cartésien, cette ‘école du soupçon’ comme disait Nietzsche. » (Hannah Arendt)

« Appelons de nos vœux la venue des sceptiques s’ils doivent éteindre le fanatisme. » (Raymond Aron)

« Je doute de tout et je redoute le reste. » (Yvan Audouard)

« Heureux les sceptiques qui ne s’emballent jamais pour rien, vive les ‘désabusés allègres’ ainsi que se définissait Cioran, et longue vie à tous ceux qui ne confient à personne le soin de choisir un chemin. » (Olivier Bardolle)

 « Le ‘Que sais-je ?’ suspensif lui-même, est croyance à la réalité d’un problème et à la validité de l’intelligence qui le pose, même si cette intelligence n’en aperçoit pas la solution … Car le seul fait de donner publicité à un sentiment, serait-ce celui de l’absurdité radicale du monde, implique que l’on croit encore à bien des choses … et plus particulièrement en soi et à la valeur de l’affirmation que l’on pose … Ainsi tout scepticisme qui s’exprime n’est scepticisme qu’à moitié, soit qu’il recouvre le naïf orgueil de ceux qui doutent de tout sans s’être interrogés sur eux-mêmes, soit qu’il constitue le déguisement d’un dogmatisme du négatif, du multiple ou de l’inconsistant. » (Georges Bastide)     

« Une telle absence de doute à propos des normes (normes de conduite : on se comporte ainsi parce ‘qu’on l’a toujours fait, parce que cela se fait ainsi et pas autrement’…) est caractéristique d’une culture en plein essor : l’énergie fait taire le doute. Au contraire, dans une culture affaiblie, dans une société sur le déclin, une immense vague de doute submerge l’esprit public. » (Alain de Benoist)

« L’inconvénient (ou l’avantage) de tout scepticisme est d’élever de plus en plus haut la barre  de la certitude, de la vérité ou de la croyance. On ne croit à rien par besoin de trop croire et parce qu’on croit encore trop quand on ne croit à rien. » (Maurice Blanchot)

« Sa fonction, me disait-il, consistait à venir à bout des préjugés de ses élèves ; il les abattait comme des quilles ! Par quoi remplaçait-il ces préjugés ? … Savait-il ce que ces préjugés représentaient pour ses élèves et quel effet produirait sur eux le fait d’en être privés ? … N’avait-il pas l’intention de les rendre passifs, indifférents et soumis à des autorités … Il leur apprenait à douter de toutes les croyances avant de croire eux-mêmes à quoi que ce fût. » (Allan Bloom) – Le bon petit camarade, savant, qui démolit le Père Noël. Descartes doutait de tout, mais sur un gigantesque bagage auquel il était attaché.

« Ils avaient appris à douter de toutes les croyances avant de croire eux-mêmes à quoi que ce fût …  L’esprit qui, à l’origine, est sans préjugés est un esprit vide. » (Allan Bloom- sur des étudiants) – Mieux vaut encore passer par des préjugés.

« Je suis comme saint Thomas, dit-on. – Aucun homme doué d’intelligence n’hésitera à reconnaître que saint Thomas est le patriarche des positivistes, c’est-à-dire des hommes sans foi et même, s’il faut tout dire, d’un assez grand nombre de crapules… (Léon Bloy – Exégèse des lieux communs – 1, XXI)

« Le vrai sceptique devrais se poser cette question : ‘Pourquoi ai-je envie de croire que c’est vrai ?’ » (Gérald Bronner)

« La démarche d’infirmation de la croyance vient assez peu spontanément à l’esprit de l’homme de tous les jours … Appétence pour la confirmation … Vivre dans le doute permanent, remettre tout en question, empêcherait de passer à l’action … Nous cherchons en général des informations pour affermir une croyance. » (Gérald Bronner)

« Deux discours antagonistes se partagent aujourd’hui notre intelligence du réel, le discours de l’éloge et celui du dénigrement … Une autre voie serait : une certaine façon d’être au monde dans le doute sans que le doute n’écrase l’attachement pour le monde ni que cet attachement n’étouffe le doute. » (Pascal Bruckner)

 « Depuis que la division qui opposait le totalitarisme aux démocraties (écroulement de l’ex-URSS) a disparu, nous sommes orphelins d’une antithèse qui rendait beaucoup de services. Pour toute réflexion guettée par le doute, le manichéisme reste la béquille idéale. » (Pascal Bruckner)

« Les doutes, c’est ce que nous avons de plus intime. » (Albert Camus)

« Si j’ai des doutes sur vos doutes pourquoi voulez-vous que je croie à vos doutes ? » (Chateaubriand)

« Y a-t-il donc quelque chose de certain et de vrai sur la terre à présent ? On ne sait que croire : on hésite en tout ; les convictions les plus vives sont éteintes au bout de la journée. » (Chateaubriand)

« Les matérialistes et les fous ignorent le doute. » (Chesterton)

« Il est un sceptique bien plus terrible que celui pour qui tout a commencé dans la matière. Le sceptique pour qui tout commence en lui-même, qui ne met pas en doute l’existence des dieux et des démons mais celle des hommes et des vaches. Ses propres amis sont une mythologie créée par lui- même. Il a créé son propre père et sa propre mère. (Chesterton)

« Le jeune sceptique affirme : ‘J’ai le droit de penser pour moi-même’. Le vieux sceptique, le sceptique absolu, dit : ‘Je n’ai pas le droit de penser pour moi-même, je n’ai pas le droit de penser du tout’. Il est une pensée qui arrête la pensée. C’est la seule qu’on devrait arrêter. » (Chesterton)

« Le sceptique prend invariablement l’une des deux positions : ou l’homme ordinaire ne mérite pas crédit, ou l’événement extraordinaire ne doit pas être cru. » (Chesterton)

« La franche incrédulité est un tribut plus loyal à la vérité que la réduction à une question de degrés par quelque métaphysique moderniste. » (Chesterton)

« L’affirmation et la négation ne différant pas qualitativement, le passage de l’une à l’autre est naturel et facile. Mais une fois qu’on a épousé le doute, il n’est ni facile ni naturel de revenir aux certitudes qu’elles représentent. » (Chesterton)

« L’humilité est mal orientée. La modestie a abandonné le contrôle de l’ambition pour accaparer le contrôle de la conviction, ce qui n’aurait jamais dû lui être permis. Un homme était censé douter de lui-même, mais ne pas douter de la vérité; c’est exactement l’inverse qui s’est produit. En obligeant l’homme à douter de la valeur de ses efforts, la vieille humilité l’incitait à peiner plus dur. En faisant douter l’homme de ses objectifs la nouvelle humilité le dégoûtera du travail. A tous les coins de rue, nous pouvons croiser un homme lançant à qui veut l’entendre cette déclaration délirante et blasphématoire qu’il a peut être tor t… que, certes, son point de vue peut n’être pas le bon … Nous sommes en voie de produire une race d’hommes trop modestes mentalement pour croire à la table de multiplication… Les railleurs de jadis étaient trop fiers pour être convaincus; les sceptiques modernes sont trop humbles pour être convaincus. » (Chesterton)

« L’élégance de l’anxiété. » (Emil Cioran)

« Le drame du douteur est plus grand que celui du négateur, pour la raison que vivre sans but est autrement malaisé que de vivre pour une mauvaise cause. Quand on nie, on sait ce qu’on veut ; quand on doute, on finit par ne plus le savoir. On se trouve alors paralysé, dans l’impossibilité de militer pour quelque cause que ce soit; bien mieux, on les refusera toutes, et, au besoin, on les ruinera, ‘sans descendre dans l’arène’. Le sceptique, au grand désespoir du démon, est l’homme inutilisable par excellence.» (Emil Cioran)

« Le doute se révélant incompatible avec la vie, le sceptique conséquent, obstiné, ce mort-vivant, achève sa carrière par une défaite sans analogue dans aucune autre aventure intellectuelle. Se modeler sur le vulgaire, c’est tout ce qu’il souhaite à ce point de sa dégringolade où il réduit la sagesse au conformisme et le salut à l’illusion consciente, à l’acceptation des apparences comme telles. » (Emil Cioran)

« Pourquoi ceci plutôt que cela ? Il (le sceptique) adoptera cet antique refrain des douteurs, toujours corrosif, qui n’épargne rien. La suspension du jugement représente le pendant philosophique de l’irrésolution, la formule qu’emprunte pour s’énoncer une volonté impropre à opter pour autre chose, sinon une absence qui exclut toute échelle de valeurs et tout critère contraignant. » (Emil Cioran)

« Ce que le sceptique cherche ce n’est pas la vérité, c’est l’insécurité, c’est l’interrogation sans fin. » (Emil Cioran)

« En face d’un univers de dupes le sceptique se pose en solitaire, avec la conséquence qu’il ne peut rien pour personne, comme personne ne peut rien pour lui. » (Emil Cioran)

« Le scepticisme comme phénomène historique ne se rencontre qu’aux moment où une civilisation n’a plus d’âme », dans le sens que Platon donne au mot ‘ce qui se meut de soi-même’. En l’absence de tout principe de mouvement, comment aurait-elle encore un présent, comment surtout un avenir ? »  (Emil Cioran)

« Le démon, esprit dogmatique, emprunte quelquefois par stratagème les voies du scepticisme; il veut faire croire qu’il n’adhère à rien. » (Emil Cioran)

« Le sceptique, au grand désespoir du démon, est l’homme inutilisable par excellence … Il fait  le désespoir du diable. N’étant l’allié de personne, il ne pourra aider ni au bien ni surtout au mal. Il ne coopère avec rien ni personne, pas même avec lui-même. »  (Emil Cioran)

« Le sceptique dédaigne la révolte, et n’entend pas s’y abaisser; ayant usé ses indignations comme ses ambitions, il est sorti du cycle des insurrections. » (Emil Cioran)

« Le moyen le plus sûr de ne pas se tromper est de miner certitudes après certitudes. » (Emil Cioran)

« Plus que tout me répugne le doute méthodique. Je veux bien douter mais à mes heures seulement. » (Emil Cioran)

« Le scepticisme est l’ivresse de l’impasse. » (Emil Cioran)

« La suspension du jugement représente le pendant philosophique de l’irrésolution, la formule qu’emprunte pour s’énoncer une volonté impropre à opter pour autre chose, sinon une absence qui exclut toute échelle de valeurs et tout critère contraignant …L’activité de l’esprit suspendue, pourquoi ne pas suspendre celle des sens, celle même du sang ? … Le doute ne franchit pas le Rubicon, il ne franchit jamais rien; son aboutissement logique est l’inaction absolue … Plus d’acte du tout, de sorte que les choses, comme les jugements que nous portons sur elles, s’annulent au sein d’une morne identité. »» (Emil Cioran)

« Le scepticisme répand trop tard ses bénédictions sur nous, sur nos visages détériorés par nos convictions. » (Emil Cioran)

« On n’abuse pas sans risque de la faculté de douter. Quand le sceptique n’extrait de ses problèmes et de ses interrogations plus aucune vertu active, il s’approche de son dénouement, que dis-je ? Il le cherche, il y court : qu’un autre tranche ses incertitudes, qu’un autre l’aide à succomber ! … Il pense avec nostalgie au bourreau, il l’appelle même. » (Emil Cioran)

« Le sceptique est un homme qui ne se doute de rien. » (Paul Claudel)

« Seuls les idiots n’ont pas de doute – vous en êtes sûr ? – Certain. » (Courteline)

« Le doute est à la fois victoire de l’intelligence qui se démet de l’erreur et lui donne congé, et impuissance de l’intelligence, qui s‘accompagne de la conscience vive de cette impuissance. Ne subsiste plus que la certitude du doute. » (Chantal Delsol)

« Chez nous, seul le doute est aimé, et seul le doute n’est jamais mis en doute. » (Chantal Delsol)

« Il y a une chose dont on ne puisse douter, c’est que l’on doute : il ne m’est pas possible de penser que je ne pense pas. Et il ne se peut pas que je pense sans que j’existe … Et qu’il (le puissant et rusé génie) me trompe tant qu’il voudra, il ne saurait jamais faire que je ne sois pas, tant que je penserai être quelque chose. » (Descartes)

« Il me fallait entreprendre une fois sérieusement en ma vie de me défaire de toutes les opinions que j’avais reçues jusqu’alors en ma créance, et commencer tout de nouveau dès les fondements, si je voulais établir quelque chose de ferme et de constant dans les sciences. » (Descartes)

« On risque autant à croire trop qu’à croire trop peu. Il n’y a ni plus ni moins de danger à être polythéiste qu’athée : or le scepticisme peut seul garantir également, en tout temps et en tout lieu, de ces deux excès opposés. » (Diderot)

« Le sceptique est supposé mettre en pratique une certaine forme d’indifférence pratique, non seulement au détriment de ses proches ou de ses amis, mais aussi au détriment de lui-même -Ce qui ne l’empêche pas malgré tout d’agir de manière pertinente et adaptée dans les circonstances pratiques de la vie quotidienne … Sans doute n’est-ce pas très éloigné de l’idée de ‘double vérité’ que vous évoquiez chez les bouddhistes … du point de vue de la ‘vérité ultime’, tout est sans portée et sans signification. Mais il existe une vérité dite ‘de convention’, de type intramondain qui va servir à décider, dans la pratique, et à organiser la vie et la communication. » (dialogue entre Roger-Pol Droit et Henri Atlan)

« Le doute n’est point un état pénible. C’est le chemin qui y mène qui est douloureux. » (Louis Dumur)

« Il y a le scepticisme qui nie et le scepticisme qui affirme. Le premier pour qui rien n’est probable, le second pour qui tout est probable. Celui-là est partout disposé à dire qu’il n’y croit pas, celui-ci qu’il y croit. L’un est pessimiste dans son doute, l’autre optimiste. » (Louis Dumur)

« Se complaire dans le doute est le seul idéal de l’homme moderne. » (Louis Dumur)

« Rien ne déplaît, rien ne vexe, comme les ricaneurs et les sceptiques parce qu’ils ont généralement raison. » (Jean Dutourd)

« Impossible de décider si le zèbre est noir avec des rayures blanches ou blanc avec des rayures noires. » (Hans Magnus Enzensberger) – Doute sans solution.

« Doute. – Pire que la négation. » (Flaubert – Dictionnaire des idées reçues)

« Quand on étudie l’histoire des hommes, on s’aperçoit que s’ils s’entre-massacrèrent sans relâche à travers les siècles, ce fut surtout pour n’avoir pas su douter. » (Anatole France – les dieux ont soif)

« Les Français sont de plus en plus cartésiens ; ils doutent de tout. » (André Frossard)

« Toute éducation qui écarte systématiquement le doute … non seulement ne procure pas à l’intelligence une nourriture saine, mais la fausse, au départ ; au point que tout redressement ultérieur devient très difficile, pour ne pas dire impossible. » (Roger Martin du Gard à André Gide)

« Ni ce monde, ni l’autre, ni le bonheur ne sont pour l’Être abandonné au doute. » (Bhagavad-Gïtâ)

« Qu’est-ce qui ne fonctionne pas dans ce scepticisme démocratique, assez généreux pour faire cohabiter pacifiquement toutes les croyances ? (enfin, seulement celles imposées par les nouveaux bien-pensants) … Sans doute le fait qu’il conduise irrésistiblement à ce qu’on appelle le ‘relativisme’. » (Jean-Claude Guillebaud) – Et que cette renonciation régressive à l’universel est insupportable à l’homme sur le long terme au moins, en plus d’être un facteur de décomposition pour une société.

« Le demi-scepticisme caché sous la foi qui invoque les nécessités sociales. » (Jean-Marie Guyau) – Fréquent en religion, en politique…

« Dans le domaine de la pensée, il n’y a rien de plus moral que la vérité ; et quand on ne la possède pas de science certaine, il n’y a rien de plus moral que le doute … Le doute dignité de la pensée … L’intelligence ne doit pas baisser les yeux, même devant ce qu’elle adore. » (Jean-Marie Guyau) – Rapport avec la citation précédente. Il semble que la position de l’auteur reflète plus la morale dite de conviction, que la morale dite de responsabilité. Ce qui ne laisse pas d’être gênant chez quelqu’un esquissant une morale (titre de son livre)

« Le doute est le symptôme d’une névrose particulière, la névrose obsessionnelle. Il est l’un des éléments constitutifs du malaise de l’homme moderne, inhibé dans ses projets, entravé dans son action du fait du doute sur son identité, ses convictions, ses croyances … Le fanatisme permet de surmonter la souffrance du doute (ce doute cartésien, devenu valeur métaphysique), de retrouver des forces pour l’action … Ce confort psychique devient un bien des plus précieux. Malheur à qui s’aviserait de le récuser ! » (Gérard Haddad)

«  Il n’est pas possible d’être relativiste en première personne, car tout doute relativiste ou sceptique ne peut émerger que sur un fond de certitudes nécessairement tenues pour vraies… Le doute intégral est une rigoureuse impossibilité pratique, car douter suppose déjà l’existence de ce dont on doute, sans quoi le doute n’aurait simplement pas de sens » ((Mark Hunyadi)

« Dans l’acte même de douter Descartes découvre déjà l’opération spirituelle qui le conduira à l’existence de quelque chose. » (Vladimir Jankélévitch)

« Selon la pensée occidentale dans sa phase moderne, tout progrès du savoir exige le recours exaspéré au doute et à la destruction de l’ancien. Elle est une formidable mathématique de la destruction destinée à créer le nouveau … Le doute a été le fer de lance de la modernité avant de l’accabler sous le poids de ses victoires. Le doute positif devint négatif. La volonté de savoir laissa libre cours au scepticisme, au soupçon, au relativisme. L’usage de la dialectique être-néant ne fondait plus des valeurs mais les détruisait. La maîtrise de la réalité se muait en déréalisation. » (Claude Jannoud)

 « Le sceptique est quelqu’un qui n’affirme pas, qui se défend d’affirmer quoi que ce soit, et qui décourage d’affirmer … qui défend la position qu’on ne peut pas avoir de position théorique … Des gens qui se complaisent dans l’absence de certitude. Ce peut être parce qu’elle les arrange sur un point ou sur un autre : il n’est jamais plaisant d’être contraint par les conséquences pratiques d’une conviction … Il y a dans cette attitude un appétit de confort, une aversion pour l’engagement coûteux … cherchant le moyen d’échapper aux conséquences possibles d’une vérité qu’ils trouveraient éventuellement … justifiant la vie choisie, fournissant une bonne conscience à peu de frais. » (Lucien Jerphagnon)

« Les sceptiques sont des déçus de la vérité, ils l’auraient souhaitée, mais hélas, ils n’y croient plus. » (François Jullien)

« Lorsque le sceptique prétend que l’on peut et que l’on doit douter de tout, lorsqu’il nie la possibilité d’une connaissance vraie, il formule une affirmation positive. » (cardinal Walter Kasper)

« Lorsque vous devez choisir qui croire, les chiffres officiels ou vos propres yeux, vous devriez toujours croire vos yeux. » (Paul Krugman) – « Ce n’était pas seulement la validité de l’expérience mais l’existence même d’une réalité extérieure qui était tacitement niée … L’hérésie des hérésies était le sens commun … Le Parti disait de rejeter le témoignage des yeux et des oreilles. » (George Orwell) – Ce n’est plus le Parti, mais le gang politico-médiatique, y a-t-il une différence ?

« L’apostasie de l’homme moderne n’est pas de ne plus croire, elle est d’avoir cessé de douter, d’adorer naïvement tout ce qu’on lui propose. » (Sébastien Lapaque – à propos de Georges Bernanos)

« Le doute, notre moderne couronne d’épines. » (T. E. Lawrence)

« Le vrai scepticisme a certainement sa place dans un monde dont le commencement et la fin sont inconnus et dont le milieu est en constant mouvement. » (Karl Löwith – se référant à Jacob Burckhardt)

« Il se place dans une situation extrême, dans la pire situation où l’esprit humain puisse se trouver : celle d’un doute général et absolu … Il est désormais ‘comme un homme qui marche seul et dans les ténèbres … Comme si tout à coup j’étais tombé dans une eau très profonde’. » (Pierre Manent – sur Descartes et le citant)

« Choisir le doute comme philosophie de vie c’est comme choisir l’immobilisme comme mode de transport. » (Yann Martel)

« Il s’agissait pour nous de dire non à tout. Il s’agissait de contester toutes les évidences et d’opposer à celles qui s’imposaient (y compris les mathématiques) la rébellion de la fantaisie, au besoin, de la paresse et de l’ignorance. Le mot de scepticisme n’est pas suffisant pour qualifier ce mélange d’incuriosité frondeuse avec le délire de l’examen … Un ‘à quoi bon ?’ réglait le compte universel des personnes, des choses et des idées. C’était le néant même, senti et vécu. » (Charles Maurras – sur les jeunes gens de la fin du XIX° siècle. Le moi débridé, désaccordé avec Dieu et avec le monde, s’érigeait en juge de tout.) 

« Un Drieu la Rochelle ou un Paul Nizan, pour ne citer que deux morts, qu’ont-ils demandés à leurs politiques extrêmes et peut-être secrètement fratenelles, sinon la solution de doutes que l’intelligence solitaire était incapables de fournir ? » (Charles Maurras) – Deux personnages opposés politiquement mais intellectuellement proches, ce qui est tellement plus important.

« Douter n’est pas s’installer dans l’incertitude, c’est nourrir, l’une après l’autre, deux certitudes contradictoire. » (Robert Merle)

« Pour Sartre, c’est l’imperméabilité absolue au doute qui définit le ‘salaud’. Une ligue de vertus citoyenne (quelle que soit la générosité apparente des mots d’ordre sous lesquels elle organise ses chasses à l’homme) n’est donc ordinairement qu’un simple rassemblement de ‘salauds’, au sens sartrien du terme, ou de ‘tartuffes’, si l’on préfère Molière. » (Jean- Claude Michéa)

« Quel mol oreiller que le doute. » (Montaigne)

« Qu’ils eussent plutost gardé la forme d’apprentis à soixante ans que de représenter les docteurs à l’âge de quinze. » (Montaigne)

« L’essentiel, dans le doute, ce n’est pas qu’on ne sache pas – c’est qu’il y ait quelque chose à savoir. » (Jean d’Ormesson)

« Il faut savoir où il faut douter, où il faut se soumettre, où il faut croire. » (Pascal)

« Peu de gens parlent du doute en doutant. » (Blaise Pascal)

« Du doute (cartésien) conçu comme une libération, nous n’avons conservé que le scepticisme, le refus de l’émerveillement, l’indifférence à la ferveur. Nous avons en revanche évacué ce qu’il pouvait comporter d’effort et de remise en cause. » (Natacha Polony) – Notre petitesses.

« Toute sa vie il fut assis sur un strapontin. » (Jules Renard)

« Notre pâle raison nous cache l’infini !

« Nous voulons regarder : le Doute nous punit !

« Le doute, morne oiseau, nous frappe de son aile…

« Et l’horizon s’enfuit d’une fuite éternelle ! »  (Arthur Rimbaud – Soleil et Chair)

« Là où ‘euro-pessimiste’ ou ‘euro-sceptique’ sont des caractérisations neutres, le journaliste ne se prive pas de condenser le second terme par celui ‘d’europhobe’, terme lesté d’une connotation subjective dépréciative. » (Ingrid Riocreux) – De plus la caractérisation de phobe permet d’éviter toute explication, argumentation, d’où sa fréquence dans le fatras médiatique.

« L’indifférence philosophique ressemble à  la tranquillité de l’Etat sous le despotisme ; c’est la tranquillité de la mort ; elle est plus destructrice que la guerre même. » (J. J. Rousseau)

 « Être un sceptique résolu. Non pas devant les croyances sincères, mais devant les ‘discours intimidants’ et les tentatives de terrorisme intellectuel. Les intimideurs de la culture, de la politique, sont pareils aux animaux qui se gonflent pour effrayer. Ils prennent des airs terribles. Ils se déguisent en inquisiteurs. Ces dénonciateurs professionnels du mensonge social sont les vrais menteurs. Prêcheurs de licences, ils se donnent des airs de moralistes … Incultes, ils se prétendent créateurs d’une nouvelle culture. Parasites, ils se posent en défenseurs des travailleurs. Ne nous laissons pas intimider … Des raisonneurs de mauvaise foi, des immoralistes, des démagogues non professionnels, des prêcheurs d’anomalies, des clercs prétentieux, des racistes à l’envers, des sociologues fantaisistes, des culturalistes moutonniers, des fabricateurs de ‘projets de société’, des théologiens du plaisir, des prêcheurs de qualité peu qualifiés, des révolutionnaires de l’économie, des humanistes crédules, des rêveurs sur l’homme futur, des anarchistes et des nihilistes naïfs. » (Raymond Ruyer – Le sceptique résolu devant les discours intimidants)

« Elle ne croyait à rien ; seul son scepticisme l’empêchait d’être athée. » (Jean-Paul Sartre)

« Le sceptique, l’esprit critique, celui qui est dépourvu de préjugés en théorie … ces types d’hommes, par peur de perdre leur liberté, n’offrent pas un accueil réellement indépendant vis-à-vis de tout le dehors, accueil nécessitant toujours un certain abandon au phénomène. » (Georg Simmel)

« Le sceptique radical est condamné au silence verbal et intellectuel. » (Spinoza)

« Je suis trop vieux pour ne pas avoir appris le doute. » (Talleyrand)

« Le scepticisme est le refus de porter des jugements définitifs sur les gens et sur les événements. » (Gustave Thibon)

« La jeunesse n’est pas l’âge de la liberté, c’est celui de la ferveur. Des passions violentes au service d’idées étroites. Quand les idées s’élargissent – et jusqu’au point où, littéralement, on ne sait plus que penser face aux aspects contrastés du réel – la ferveur tombe en proportion. Et, de cette abîme de scepticisme, émerge une liberté sans limite, mais sans danger : toute menace d’incendie étant conjurée, car les vents intérieurs n’agitent plus que des cendres. » (Gustave Thibon)

« Le doute est une incitation à se retenir, et à attendre … Le doute est indispensable à la pensée.  Il se confond d’ailleurs avec elle … Ne croyant pas avoir atteint le fond des choses, ne pensant même jamais pouvoir y parvenir, ceux qui doutent avancent toujours … Il existe une foi dont on a peu parlé, la foi des sceptiques. Les Anciens appelaient sceptiques, ceux qui cherchent … Mais vertu intellectuelle permettant de penser, il peut aussi constituer une passion empêchant de penser, le doute par principe … Ce doute n’est plus un doute, mais de l’entêtement … ‘Le doute qui toujours nie’ (Méphisto – Faust) … Descartes a pratiqué le doute, non pour détruire, mais pour construire. » ( Bertrand Vergely)

« L’enfant apprend en croyant l’adulte. Le doute vient après la croyance. » (Ludwig Wittgenstein)

« Dès que quelqu’un se présente avec un sujet aussi grave que l’effondrement de notre civilisation, les gens préfèrent tirer sur le messager et pointer ses contradictions plutôt que de se remettre en question sur sa propre vie. » (Julien Wosnitza)

« Dans le doute, abstiens-toi. » (sage maxime)

« Qui ne doute de rien, de rien ne doute. » (proverbe)

« Qui rien ne sait, de rien ne doute. » (proverbe)

« Qui doute ne se trompe pas. » (proverbe) 

« Si le soleil et la lune se mettaient à douter, ils s’éteindraient sur le champ. » (?)

« Scepticisme : le droit de légitime défense de la raison. » (?)

« Il existe deux types de scepticisme : le scepticisme radical (celui de Pyrrhon), le but du doute, c’est de douter – Le scepticisme modéré (celui de Descartes), le but est de cesser de douter, d’arriver, peut-être, à une vérité. » (?)

Ce contenu a été publié dans 015, 4 - Doute, Scepticisme, avec comme mot(s)-clé(s) . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.