200,1 – Désirs, Besoins ; Imitation ; Interdits

– Je veux tout, tout de suite pour moi, moi, moi, jouir sans temps mort et vivre sans entraves ; langage frénétique actuel, ou l’abolition du désir, et donc de sa satisfaction. Même la sanctification doit être immédiate : Le cri de la foule, Santo subito à la mort de Jean-Paul II.

– Qu’est-ce qui en moi a envie de ceci, me pousse à cela ? La liberté du désir est souvent une illusion, générée par le postulat de notre prétendue autonomie qui veut ignorer le mimétisme. Sans compter l’impératif catégorique du désir (Jean Baudrillard) qu’impose la société marchande obsessionnelle actuelle.

– Le but du désir n’est pas son objet, c’est sa satisfaction, c’est-à-dire sa disparition (sa mort), autrement dit l’atteinte, sur ce point, de la tranquillité, de la paix, de la quiétude… Si la satisfaction peut évidemment être atteinte par l’obtention de l’objet, la disparition du désir peut aussi provenir de son extinction, par l’abandon – non voulu et après un certain temps – de la pulsion qui est à son origine. En effet, le désir se nourrit du manque. Or si l’un et l’autre sont normalement comblés par l’atteinte de leur objet, il sont aussi bien annihilés par l’évanouissement de l’idée qui a fait désirer ceci ou cela-

-Une tradition persane veut qu’Alexandre soit mort, à trente-deux ans, d’avoir tout eu et de ne désirer plus rien. (cité par Montherlant)

– Trois écueils : les rêveries sans consistance masquant la réalité, un idéalisme exacerbé faisant fi de celle-ci et donc du soin de soi et souvent indirectement d’autrui, le désir mimétique selon lequel : « Le sens du réel est perdu, le jugement est paralysé. Notre désir n’est plus selon Soi, dont la plupart se targuent de jouir, mais selon l’Autre … Le désir mimétique est une descente aux enfers, un mouvement vers toujours plus de servitude. » (René Girard)

  « Besoins de l’homme. – Leur urgence est inversement proportionnelle à leur qualité. Nécessités d’évacuation et faim, pulsions sexuelles et tendresse,  entraide matérielle et charité.  Et que dire de la contemplation et de la prière qui peuvent attendre indéfiniment sans dommage apparent ? ‘Dieu dernier servi’. » (Gustave Thibon).

– « Le désir, expression subjective du besoin. » (Michel Clouscard)

– « Le désir, à la fois manque et puissance … Le plaisir (la satiété) est la mort du désir. ». (?)

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« De loin c’est quelque chose et de près ce n’est rien … Il faut ou couper court à tout désir en renonçant à tout ce qui le fait naître, ou retrouver le calme par la suppression de l’inconnu. Sevrage absolu ou dépoétisation expérimentale … Entre les deux moyens on ne fait que perdre son temps et se consumer sans profit. » (Henri-Frédéric Amiel)

« Quand on s’est habitué à quelque chose, on ne peut plus s’en passer. On ne finit pas par avoir ce dont on a besoin, on finit par avoir besoin de ce qu’on a. L’état créé par l’acquisition de la chose s’impose psychologiquement comme l’état normal. » (Günther Anders)

« Toute marchandise une fois acquise, exige l’achat de nouvelles marchandises pour rester utilisable ou ne pas devenir inutilisable … Chaque marchandise a soif d’une autre ou plus exactement d’autres marchandises. Il n’est pas difficile d’acheter, le plus dur vient après. » (Günther Anders)

« Dieu en donnant le désir aurait pu donner aux hommes un peu plus de discernement. Ce n’est pas tout à fait au point son invention. » (Jean Anouilh – Ornifle)

« Désirer a toujours signifié être attiré par quelque chose qui se trouve à l’extérieur de soi. » (Hanna Arendt)

« Céder au désir est une habitude ; y résister aussi. » (Marcelle Auclair)

« J’ai connu des imaginations si  déréglées et si charnelles qu’elles sentaient le fouet de feu du désir en regardant les cils baissés des vierges de Raphaël. » (Barbey d’Aurevilly)

« La conquête du superflu donne une excitation plus grande que la conquête du nécessaire. L’homme est une création du désir et non pas une création du besoin. » (Gaston Bachelard)

« Ne sont effectivement désirables que les biens tolérés par un genre de vie particulier. Pour un misérable des ‘slums’ de Calcutta, une Cadillac n’est pas désirable et ne peut être ressentie comme un besoin. De même pour le Français moyen, la jouissance d’un château en Sologne. » (Jean Baechler) – D’où les efforts de la publicité pour étendre la notion de besoin.

« Le système sacrificiel se désintègre, bon débarras. Mais s’il disparaît alors que les passions mimétiques qu’il avait pour fonction de maîtriser continuent leur croissance exponentielle, son effondrement entraînera le type de crises implacables que les religions sacrificielles avaient pour fonction d’éviter … ‘Il est temps de réfléchir à nos désirs’ … Si la race humaine est dorénavant contrainte de vivre sans ces ‘protections sacrificielles’, il est alors temps de réfléchir aux ‘désirs’ qui pendant des milliers d’années ont fait de la violence rituelle le seul moyen d’éviter le ‘feu éternel’ et l’effondrement de la culture. » (Gil Bailie) – Nous courons effectivement à la catastrophe, et nous le savons, mais temps pis, la folie de nos désirs passe avant, pour combien de temps ? Pas beaucoup.

« Paraître sublime ou grotesque, voilà l’alternative à laquelle nous réduit un désir. » (Balzac)

« Si, pour atteindre le bonheur, il faut réduire l’écart entre nos désirs et notre pouvoir de les réaliser, il est plus raisonnable de diminuer les désirs que d’augmenter le pouvoir. » (Benjamin Barber)

« On a parfois ce que l’on désire, et ce n’est pas ce que l’on désirait. » (Nathalie Clifford-Barney)

« Il est rare qu’un désir s’arrête à la barrière. » (Anne Barratin)

« Nous savons bien que pour être une ‘personne’, il faudrait que notre conscience fût autre chose qu’un grouillement de désirs. » (Georges Bastide)

 « Les grandes pulsions ou impulsions positives, électives, attractives ont disparu. Nous ne désirons plus que faiblement, nos goûts sont de moins en moins déterminés … Aujourd’hui seul le dégoût est déterminé, les goûts ne le sont plus. Seuls les rejets sont violents, les projets ne le sont plus … Nos actions, nos entreprises … ont de moins en moins de motivations objectives, elles procèdent le plus souvent d’un secret dégoût de nous-mêmes, d’une secrète déshérence qui nous porte à nous débarrasser de notre énergie de n’importe quelle façon, une forme d’exorcisme donc, plutôt que de volonté d’action … Il est vrai aussi que rien ne nous dégoûte plus vraiment. Dans notre culture éclectique, qui correspond à la décomposition et à la promiscuité de toutes les autres, rien n’est inacceptable, c‘est pour cela que le dégoût grandit. » (Jean Baudrillard)

« Dans sa version orthodoxe, le désir nécessite de l’entretien … mais, pire que tout, il occasionne un délai de gratification … sacrifice honni dans notre monde de vitesse … Dans sa réincarnation sous forme de souhait, le désir a perdu la plupart de ses attributs peu engageants … ‘On peut désormais débarrasser la demande de l’attente’ (publicité des premières cartes de crédit) … On se débarrasse sans regrets d’appareils en parfait état (voitures,  ordinateurs, téléphones…) dés qu’une nouvelle version apparaît … Pourquoi diable les partenariats (les relations) devraient-ils faire exception à la règle ? … Les relations sont des investissements comme les autres … comme des actions que vous venez d’acheter … ‘L’engagement est un sous-produit d’autres choses : quelle satisfaction tirons-nous de notre relation, existe-t-il une alternative viable, perdrions-nous un investissement important en cas de départ ?’ » (Zygmunt Bauman – citant Adrienne Burgess)

« En prônant la transgression de toutes les limites, la revendication sans fin des droits privés et la ‘lutte-contre-toutes-les-discriminations’, le progressisme social et culturel, véhiculé notamment par les lobbies féministes et antiracistes, et au-delà d’eux par l’esprit du temps, fait le jeu du capitalisme mondialisé. » (Alain de Benoist)

« Il ne faut pas chercher l’intérêt là où se trouvent les exigences irrationnelles du désir. » (Alain Besançon)

« Si l’obsolescence programmée (des objets) existe sans doute, la première des obsolescences est celle des désirs, dictée par le marketing, la tyrannie de la mode et le besoin provoqué de consommation compulsive et mimétique. » (Philippe Bihouix)

« Tous les goûts sont dans la nature, dit-on. – Dans la nature du bourgeois, cela va sans dire… Et remarquez, je vous prie, qu’il n’est pas question de goûts très variés, de goûts très multiples, mais de ‘tous’ les goûts, depuis le goût de l’ambroisie jusqu’à celui de la m…. inclusivement… » (Léon Bloy – Exégèse des lieux communs – 1, XXXII)

« Les grands manieurs d’hommes furent toujours des créateurs de désirs. Les réformateurs ne font que substituer un désir à un autre désir. » (Gustave Le Bon)

« Régler ses désirs avant que de songer à les satisfaire. Commencer la félicité par une volonté bien ordonnée avant que de la consommer par une puissance absolue. » (Bossuet)

« On ne désire que ce qu’on peut raisonnablement obtenir … c’est la notion de ‘plausibilité’ (‘feasibility’) … ainsi que la notion de groupe de référence (groupe qu’on peut envier parce qu’on s’en sent proche sans tout à fait en faire partie ; on n’envie pas des gens appartenant à des groupes très distincts et lointains) … Ce qui éclaire la célèbre loi de Tocqueville selon laquelle l’amélioration du sort de tous peut augmenter plutôt que diminuer le mécontentement général ‘Lorsque la prospérité croît … le mécontentement public s’aigrit ; la haine contre toutes les institutions anciennes va croissant … On dirait que les Français ont trouvé leur position d’autant plus insupportable qu’elle devenait meilleure’. » (Raymond Boudon – simplifié et citant Alexis de Tocqueville)

« Un désir comblé est un désir douché … La séduction d’un idéal, c’est d’être inachevé. » (Pascal Bruckner)

« La séduction n’est pas seulement une propédeutique à la courtoisie. Elle civilise les désirs en les contraignant à s’avancer masqués. » (Pascal Bruckner)

« Si être moderne, c’est se montrer incapable de prendre son parti du sort qui nous est fait, alors la démocratie devient le régime de la plainte autorisée : elle alimente un désir qu’elle ne peut assouvir, aiguise les impatiences, rend légitimes les envies les plus folles. On est plus tourmenté par les biens que l’on ne détient pas encore, par les droits dont nous devrions bénéficier que par ceux que nous possédons. Ce qui est n’est jamais assez, le trop, est encore trop peu. » (Pascal Bruckner – citant Karl Marx)

« Le consumérisme nourrit l’illusion que l’objet peut satisfaire nos attentes alors qu’il ne cesse de les décevoir. Rien ne les comble : ce qui pourrait les combler n’est pas de l’ordre de l’achat mais de l’action, du projet, de la construction de soi … Deux modes du désir : l’un, qui tente de tuer le manque par saturation, l’autre qui l’utilise comme un élément structurant, positif et ne redoute rien tant que la satiété. » (Pascal Bruckner)

« Lorsque l’on désire, on se rend à discrétion à celui de qui l’on espère : est-on sûr d’avoir, on temporise, on parlemente, on capitule. » (La Bruyère)

« En dictature petite-bourgeoise tout est fait pour exaucer les désirs de ceux qui n’en ont pas. Panneaux de parcours fléchés dans toute campagne … marketing échevelé pour convaincre des masses considérables de se précipiter dans les expositions, les musées… » (Renaud Camus)

« La libération des désirs individuels ne pouvait finir sa course qu’au supermarché. » (Jean-Michel Castaing – sur mai 68)

« Désir, voyageur à l’unique bagage et aux multiples trains. » (René Char)

« Chacun de nous sait à peu près ce qu’il désire, presque personne ce qu’il veut. » (Hyacinthe de Charencey)

« Plus les peuples avancent en civilisation, plus l’état du vague des passions augmente. Le grand nombre d’exemples qu’on a sous les yeux, la multitude de livres qui traitent de l’homme et de ses sentiments rendent habile sans expérience. On est détrompé sans avoir joui ; il reste encore des désirs, et l’on n’a plus d’illusions. L’imagination est riche, abondante et merveilleuse, l’existence pauvre, sèche et désenchantée. On habite, avec un cœur plein, un monde vide, et, sans avoir usé de rien, on est désabusé de tout. » (Chateaubriand)

« Les besoins vitaux ou désirs irrépressibles que la conscience de la mort fait naître en nous : – Désir de réalisation, s’inscrire non dans un ‘trajet de vie’ inéluctable mais dans un ‘projet de vie’, dans une activité créatrice. – Désir de dépassement, de nous-mêmes, sortir de notre condition ordinaire par quelque effort qui a nom ‘passion’ ; d’aventure, d’héroïsme, d’amour. – Désir de transcendance, ‘C’est par la mort que la morale est entrée dans la vie’ (Chateaubriand), sans l’épreuve des souffrances et de la mort, jamais nous n’aurions eu l’idée de Dieu, ni même pensé à une quelconque transcendance. » (François Cheng)

« Personne ne réclame ce qu’il désire, mais ce qu’il croit pouvoir obtenir. » (Chesterton)

« Et même quand les dieux exaucent nos prières et nous donnent ce que nous demandions, ils peuvent le faire de telle sorte que ce que nous obtenions soit en réalité tout autre et produise de tout autres conséquences que ce que nous avions imaginé. Voir son désir comblé peut être tout aussi terrible et surprenant que le voir déçu. » (Jean-Louis Chrétien)

« Le malheur de ne pouvoir atteindre ce qu’on désire est bien moindre que celui de poursuivre ce qu’il n’est pas permis de désirer. » (Cicéron)

« La sagesse se définit par opposition au désir, parce qu’elle s’emploie à nous rendre supérieurs aux déceptions courantes, ainsi qu’aux déceptions dramatiques … du fait de désirer, d’attendre, d’espérer. » (Emil Cioran)

« Castel et Régine, la grande prêtrise mondaine ; le club Méditerranée et Ibiza, le mondain à l’usage des couches moyennes ; la fièvre du samedi soir (ou du vendredi soir), le bal ou la boîte qui draine la jeunesse des alentours … Les lieux mêmes de la fin des tabous … Désacralisation … Tous les interdits mythiques ont été balayés. On a pu aller jusqu’au bout. C’est le temps et le lieu du pourrissement des valeurs occidentales … Au commencement des procédures d’initiation à la consommation (libidinale, ludique, marginale) l’aspect provocateur, transgressif, subversif est essentiel … la consommation se veut sans médiations, sans alibis, sans détours.  Elle est brutale et massive. Pas de temps à perdre … Le capitalisme a inventé l’innocence. Plus de culpabilité, de péché, d’interdit, de tabous ! Tout et tout de suite. L’usage naïf, spontané, péremptoire … Evidence qui n’a plus à se proclamer, à se justifier. » (Michel Clouscard – Le capitalisme de la séduction)

« La libération des mœurs nécessaire au marché du désir. » (Michel Clouscard)

« La stratégie de la totale libération du désir consisterait à radicaliser et systématiser la consommation de l’émancipation transgressive pour atteindre la croissance maximale, implanter le désordre immoral, dissoudre les institutions de la Nation. » (Michel Clouscard)

« La moindre des corrections est de ne pas susciter de vains désirs chez ceux qui n’ont pas les moyens de les satisfaire (pauvres, vieillards…), mais comment nos marchands pourraient-ils agir autrement ; et le désir, sans cesse irrité par la nouveauté, le désir d’acheter, de voir, de se faire plaisir, n’est-il pas précisément ce qui définit la cité moderne… ? » (Christian Combaz)

« L’homme qui désire trop violemment est un homme diminué de toutes les pensées qui ne servent pas son dessein. » (Christian Combaz)

« Suis moins ta passion, règle mieux tes désirs. » (Pierre Corneille – Horace)

« Où le péril égale et passe le plaisir, il faut se faire force et vaincre son désir. » (Pierre Corneille – Médée)

 « Faute de trouver ce qu’on désire, on se contente de désirer ce qu’on trouve. » (Guy Debord – La société du spectacle)

« L’intérêt peut être trompé, méconnu ou trahi, mais pas le désir. » (Gilles Deleuze)

« Lorsque plus rien n’arrête le désir, ni la religion ni la tradition, ni aucune sagesse plus haute, alors les dégâts ne sont pas loin. On le sait bien d’ailleurs, puisque dans tous les autres domaines, beaucoup militent contre la loi du désir tout-puissant : face à l’environnement, face à l’économie. C’est être conservateur au bon sens du terme, au sens où nous devons conserver l’avenir. Pourquoi faudrait-il limiter nos caprices dans le but de protéger l’avenir des forêts ou celui des salariés, et non de protéger l’avenir de la famille et de la filiation ? »(Chantal Delsol – à propos de certaines innovations dites sociétales)

« Désirer violemment une chose c’est rendre son âme aveugle pour toutes les autres. » (Démocrite)

« Plutôt changer ses désirs que l’ordre du monde. » (Descartes)

« L’intellectuel selon Foucault ne reconnaît la validité d’aucun ensemble, ni idéal ni existant. Il n’imagine pas qu’on puisse condamner le soulèvement d’aucune singularité. Classiquement, une société dans laquelle toute singularité est légitime est une cité soumise à un tyran. Le tyran exerce précisément le pouvoir d’après les singularités de son désir et non d’après la ‘grande nécessité de l’ensemble’. Dans cette cité, le mensonge est de dire ‘nous’, la vérité de dire ‘je’. » (Vincent Descombes) – Ne se sent-on pas chez nous ?

« – A quoi pensiez-vous en regardant cette jolie femme ? – A la même chose que vous ! – Vous êtes un dégoûtant personnage ! » (Raymond Devos)

« La possession matérielle est une stratégie pour répondre à des besoins plus profonds tels que la sécurité, l’épanouissement, les liens. » (Cyril Dion) – Nos désirs nous trompent.

« Nos désirs sont presque toujours erronés à cause d’une conception erronée de nos intérêts. » (Dostoïevski – L’homme du souterrain)

« Nous sommes passés du régime de la loi pour tous au désir pour chacun. » (Roger-Pol Droit)

« Il faut que le sujet s’individualise par la maîtrise féconde de ses passions et c’est tout ce que la vie actuelle en troupeau égo-grégaire ne permet pas … Nous allons fabriquer des êtres sans désir, mais livrés à la jouissance. La différence est capitale. Le désir oblige à l’ascèse pour tenter de l’exprimer, la jouissance suppose la consommation immédiate. » (Dany-Robert Dufour)

« Le secret de la réussite est dans la dissimulation. Donner ses désirs en spectacle conduit droit à l’échec. C’est susciter aussitôt des désirs concurrents. Il faut donc mentir : feindre des désirs qu’on n’a pas, cacher ses véritables désirs … René Girard parle d’ascèse pour le désir. » (Jean-Pierre Dupuy – évoquant ce que René Girard appelle la médiation double, situation où deux désirs concurrents s’imitent l’un l’autre et s’excitent mutuellement)

« Le regard, source et moyen de la convoitise. Et l’on sait que la convoitise est le nœud de toute l’affaire, que le péché réside toujours dans la convoitise, que si ‘tu ne convoiteras pas’ est le dernier texte du décalogue, c’est parce qu’il résume tout. » (Jacques Ellul)

« Mes désirs ont raison. » (Paul Eluard)

« Comme le désir ne peut s’arrêter de lui-même, (contrairement au besoin qui, lui, n’est pas insatiable, Le capitaliste n’a qu’un ventre, disait Werner Sombart) l’homme est fondamentalement corruptible en démocratie, puisqu’on lui dit en définitive que son désir a droit de cité … C’est la raison pour laquelle les sociétés voient d’un œil défiant l’expression des désirs, car ces derniers mettent en cause l’ordre auquel elles sont parvenues. » (Eugène Enriquez) – Pour ces dernières, il s’agit des sociétés raisonnables, non pas des sociétés modernes devenues folles qui excitent n’importe quel désir.

« La liberté ne s’obtient pas par la satisfaction du désir mais par sa destruction. » (Epictète)

« Le bonheur ne consiste pas à acquérir et à jouir mais à ne pas désirer. » (Epictète) 

« A propos de chaque désir, il faut se poser cette question : Quel avantage résultera-t-il si je ne le satisfais pas ? » (Epicure)

« Dans la jouissance, je regrette le désir. » (Faust)

« Les appétits matériels les plus furieux se formulent ‘insciemment’ par des élans d’idéalisme, de même que les extravagances charnelles les plus immondes sont engendrées par le désir pur de l’impossible, l’aspiration éthérée de la souveraine joie. » (Flaubert)

« L’homme est ainsi bâti – Quand un sujet l’enflamme – L’impossibilité disparaît à son âme – Combien fait-il de vœux, combien fait-il de pas – Quatre Mathusalems bout à bout ne pourraient – Mettre à fin ce qu’un seul désire. » (La Fontaine – Les deux chiens et l’âne mort)

« Recevoir sans avoir attendu, c’est manger un fruit sans saveur, c’est ne pas laisser croître le désir, qui est pourtant le moteur de la vie. » (Inès de Franclieu)

« Si l’homme réalisait la moitié de ses désirs il doublerait ses peines. » (Benjamin Franklin)

« A présent, nous pouvons faire ce que nous voulons, et la seule question est : que voulons-nous ? » (Max Frisch) – Sur l’errance dans la modernité.

« Les gens ne sont même plus conscients de tous leurs désirs. Ces désirs ne deviennent évidents que lorsqu’ils sont sollicités artificiellement, précisés et entretenus par la publicité … Au début du XIX° siècle, rares étaient les gens qui avaient besoin d’un agent de publicité pour savoir ce qu’ils voulaient …. Nos besoins marginaux n’existent que dans la mesure où ils sont créés artificiellement. Nous ne fabriquons pas de besoins pour des biens que nous ne produisons pas. » (John Galbraith – L’ère de l’opulence) – On peut aussi bien supprimer toutes les négations de la dernière phrase.

« Au fur et à mesure que l’abondance augmente dans une société de nouveaux besoins sont sans cesse créés par le processus même qui les satisfait … Les désirs sont de sorte assujettis à la production … Le niveau supérieur de production a simplement pour corollaire un échelon plus élevé de création de besoins. » (J. K. Galbraith) – « L’abondance permanente des biens est alimentée par la création délibérée des désirs, par la publicité, par l’injonction de consommer… » (Roger Scruton)

« On ne peut pas défendre la production comme satisfaisant aux besoins, si la production crée elle-même ces besoins … si elle remplit le vide qu’elle a elle-même créé … L’individu qui augmente l’importance de la production pour satisfaire ces besoins se trouve dans la situation d’un homme qui s’efforcerait de rattraper la vitesse d’une roue à laquelle il imprimerait lui-même un mouvement de rotation … Selon Keynes, les besoins qui résultent des efforts pour rester à la hauteur ou dépasser ses semblables ‘pouvaient en effet être insatiables ; car plus le niveau général s’élève, plus on cherche à le dépasser’ … Plus on satisfait de besoins, plus il s’en crée de neufs … Le fait même que des besoins peuvent être créés montre qu’ils ne sont pas très urgents. A un homme qui a faim, il est inutile de lui rappeler son besoin de manger …  Il existe une grande connexité empirique entre les dépenses faites en vue de la production des biens et les dépenses faites pour créer le désir de ces produits … Les économistes (du moins à l’époque du livre, 1960) ont fermé les yeux et les oreilles au plus important de tous les phénomènes économiques, à savoir la création moderne des besoins … On ne peut continuer à admettre que le bien-être soit plus élevé à un niveau général de production supérieur qu’à un niveau inférieur. Il peut être pareil. Le niveau supérieur de production à simplement pour corollaire un échelon plus élevé de création de besoins nécessitant un degré correspondant de satisfaction de ces besoins … L’intérêt que nous accordons aux produits ne jaillit plus d’un besoin spontané de consommation. Il provient plutôt, suivant l’effet de dépendance, du processus de la production elle-même. Si production signifie accroissement, il faut effectivement inventer artificiellement des besoins … Les opinions et les valeurs qui font de la production l’œuvre essentielle de notre société ont certaines de leurs racines complètement pourries. » (John Galbraith – L’ère de l’opulence) – Qui osera encore parler de Croissance ? Le bouffon François Hollande peut-être. 

« On pourrait soutenir que le bonheur humain serait tout aussi assuré par l’inefficacité de la création de besoins que par l’efficacité de la production. » (John Galbraith) – Si du moins on ramène le bonheur à la consommation.

 « Ne croyez pas que mon bonheur soit fait à l’aide de richesses. Mon bonheur est fait de ferveur … Chaque désir m’a plus enrichi que la possession toujours fausse de l’objet même de mon désir … Désirs ! Est-ce que vous ne vous lasserez pas ? … Nos désirs ont déjà traversé bien des mondes. Ils ne sont jamais rassasiés. » (André Gide – Les nourritures terrestres) – Le désert exalte le prix infini de l’eau.

« Le désir choisit le modèle plus encore que l’objet … Le désir est l’imitation du désir d’un autre … Croire à l’autonomie de notre désir c’est l’illusion romantique … Nous désirons un objet parce que le désir d’un autre nous le signale comme désirable. » (René Girard) – Ce qu’exploitent les publicistes.

« Le sujet est tout simplement incapable de désirer par lui-même et, n’ayant aucune confiance dans la valeur de son propre choix, ne peut que se tourner vers le rival tout-puissant dont le désir est seul susceptible de valoriser la bien-aimée. Que le rival se retire du jeu, la bien-aimée perd toute sa valeur. » (René Girard)

« Dire que nos désirs sont imitatifs ou mimétiques signifie qu’ils s’enracinent non dans leurs objets ou en nous-mêmes mais dans un tiers, le modèle ou ‘médiateur’, dont nous imitons le désir dans l’espoir de lui ressembler … Sauf dans une situation de partage consenti, loin de nous unir, notre commun désir fera de nous des rivaux ou des ennemis. » (René Girard)

« Pour qu’un vaniteux désire un objet, il suffit de le convaincre que cet objet est déjà désiré par un tiers auquel s’attache un certain prestige … La structure triangulaire du désir importe plus que l’objet convoité. » (René Girard) – La publicité ne joue pas sur les qualités de l’objet désiré mais sur le rapport à celui qui l’a désigné à notre attention.

« C’est la convergence sur le même objet de deux ou plusieurs désirs qui est susceptible d’accroître à l’infini la valeur de l’objet, quel qu’il soit. » (René Girard)

« La défaite et l’échec (dans l’obtention de l’objet) ne sont pas regardés en tant que tels … Ce sont des signes de la validité du modèle (le tiers) en tant que modèle. » (René Girard)

« Le désir sait tout, en effet, sauf l’essentiel : le rôle de l’autre dans le désir. » (René Girard)

« Le désir, non animal, est libre de se fixer là où il veut, c’est l’être que l’homme désire, un être dont il se sent privé et dont quelqu’un d’autre lui paraît pourvu. Le désir humain est un manque d’être. » (René Girard)

« Le ‘mensonge romantique’ de l’autonomie du sujet et de son désir. Le ‘mensonge romantique’ de l’autosuffisance, le véritable attracteur du désir dans le monde moderne. » (René Girard)

 « Mettez un certain nombre de jouets, tous identiques, dans une pièce vide, en compagnie du même nombre d’enfants ; il y a de fortes chances que la distribution ne se fasse pas sans querelles … A peine l’un a-t-il saisi un jouet que les autres tentent de lui l’arracher. » (René Girard) – Désir mimétique.

« Le désir n’a pas d’objet privilégié, pas même la mère, comme le voudrait Freud. Si l’homme, quand ses besoins primordiaux sont satisfaits et parfois même avant, désire intensément, il ne sait pas exactement quoi, car c’est l’être qu’il désire, un être dont il se sent privé et dont quelqu’un d’autre lui parait pourvu. » (René Girard)

« L’esclave est celui qui révèle la violence de son désir … Le secret de la réussite en affaires comme en amour est la dissimulation. Il faut dissimuler le désir qu’on éprouve, simuler le désir qu’on n’éprouve pas. Il faut mentir. » (René Girard)

 « Médiation externe : le modèle évolue dans un milieu tout différent (célébrités), le conflit entre moi et lui est impossible, n’évoluant pas sur le même plan, sujet et modèle n’entrent pas en concurrence directe – Médiation interne : mon modèle est prochain, il est au même niveau, ses objets me sont accessibles, la rivalité surgit et se renforce constamment … L’enfant a une relation positive, de médiation externe, avec les adultes, et une relation de médiation interne, donc de rivalité, avec les autres enfants … S’il reste des différences de pouvoir d’achat, il n’y a plus parmi nous de différences de classe ou de caste au sens traditionnel. Toute médiation externe s’est effondrée. » (René Girard – simplifié) – Envie et rivalité,  résultats de l’égalité forcenée.

« Le médiateur a désigné l’objet au sujet. Mais cela ne suffit pas. Il faut encore, pour que l’objet garde sa valeur, que le médiateur continue à désirer l’objet. Le sujet ne veut pas réellement obtenir l’objet, car c’en serait fini du rival et donc de son propre intérêt. Il ne faut pas non plus que l’autre l’emporte de façon trop décisive, sinon le sujet … courrait un trop grand risque, celui d’être exclu à jamais du cercle du médiateur. … La seule ‘issue’ envisageable, c’est, paradoxalement, d’entretenir la rivalité sans sortir du triangle. » (René Girard) – Particulièrement pertinent quand le sujet désire une femme parce qu’elle est apparemment désirée par le médiateur.

« C’est la nature mimétique du désir qui nous rend capable d’adaptation, qui donne à l’homme la possibilité d’apprendre tout ce dont il a besoin de savoir … Il n’invente pas sa culture ; il la copie … Imitation et apprentissage sont indissociables. » (René Girard)

« Si le désir est à moi seul (individualisme), s’il exprime ma nature propre, je devrais désirer toujours les mêmes choses … Pour que le désir soit mobile …  il faut ajouter à la sauce une bonne rasade d’imitation. » (René Girard) – La fixité du désir supprimerait tout intérêt à la  publicité.

« Vous qui êtes sans désir, donnez-moi ce plaisir suprême qui est de ne pas en avoir. » (Jean Giraudoux)

« L’homme qui, abandonnant tous ses désirs, va et vient, libre d’attachement, ne dit plus : ‘c’est à moi’ ni ‘Je’, celui-là accède à la paix. » (Bhagavad-Gïtâ)

« Le désir devient besoin quand sa réalisation devient possible. » (Jacques Godbout)

« Qui veut, à un certain âge, réaliser d’anciens désirs et d’anciennes espérances de sa jeunesse, se trompe toujours. A chaque lustre de l’homme, conviennent son bonheur propre, ses espérances et ses perspectives. Malheur à celui que les circonstances ou les illusions incitent à anticiper ou à rétrograder. » (Goethe – Les affinités électives)

« La valeur est d’abord valeur-pour-moi … elle ne vient pas de l’objet vers le sujet, elle part du sujet (désirant) pour se projeter sur les choses, les constituer passagèrement en objet valeureux … Le désir à l’origine de la valeur. » (Jean-Joseph Goux)

« Paradoxes du désir : la valeur accrue du bien absent … L’intensification du désir par sa satisfaction, et non sa diminution (le collectionneur) … La tension entre l’exaltation de la pure vie et, inversement, le désir de ne plus désirer, l’attrait pour l’extinction du désir … Saint Antoine (le manque qui fait grandir le désir), Don Juan (qui tel le collectionneur ne se satisfait d’aucune limite), Dyonisos (l’exaltation ivre et aveugle du désir), Bouddha (l’extinction du désir). » (Jean-Joseph Goux)

« Ayez toujours quelque chose à désirer sinon votre bonheur vous rendra malheureux. » (Baltasar Gracian)

« Il serait bien hâtif ou bien naïf de croire qu’il suffirait pour être satisfait d’être résorbé dans l’immanence et de ne plus désirer. » (Nicolas Grimaldi)

« La paradoxale expérience que nous faisons de notre unité scissionnaire … Par l’ambiguïté de sa nature, c’est originairement en effet que l’âme tend au changement, à la diversité, à la dispersion, à l’aventure, et en même temps au repos, à l’immutabilité, à la constance, au recueillement, à la contemplation … Il ne s’agit pas de désirs contradictoires mais bien de l’originaire contradiction du désir. » (Nicolas Grimaldi – sur le mythe platonicien de la création du monde)

« L’originaire et insurmontable contradiction du désir. Tout désir est à la fois désir de rompre, de partir, d’appareiller, et désir d’arriver enfin, au bout du voyage, en un port d’où il n’y eût plus à partir : à la fois désir d’aventure et désir d’éternité, désir de transcendance et désir d’immanence, désir de la contingence et désir de la nécessité, désir d’innover et désir de conserver, désir du commencement et désir de l’ultimité. Il s’agit si peu de désirs différents que l’on n’accomplit jamais l’un sans quelque déception de trouver l’autre inaccompli. » (Nicolas Grimaldi)

« Le mythe de la tentation originelle manifeste de surcroît le caractère énigmatique du désir et de son objet. Car que peut-on désirer de plus que l’infini ? … La présence de Dieu semblait ôter toute signification possible à toute novation, à toute aventure, à tout désir comme à toute attente. Pourtant Adam fut tenté … En outre, étant celui de l’arbre du Savoir, le fruit désiré est celui de l’absolument Inconnu. Ce que désire Adam, par quoi il est tenté, il ne le connaît pas. Ce tout autre, il ne peut pas plus l’imaginer que se le représenter : ce n’est donc pas un objet. Si ce qu’on désire n’est jamais véritablement un objet, les objets que nous croyons désirer ne sont alors qu’autant de fétiches par le moyen desquels nous imaginons d’obtenir ce que nous attendons …. » (Nicolas Grimaldi)

« S’il suffit de posséder ce qu’on désirait pour qu’il ne soit plus autant désirable, c’est tout naturellement qu’on est conduit à se demander si tout désir ne désire pas en fait l’impossible. » (Nicolas Grimaldi)

« N’aspirant qu’à ce qui le supprimerait, conspirant à sa propre mort, tout désir serait suicidaire. » (Nicolas Grimaldi – reprenant l’exemple de Platon sur la faim qui cherche le rassasiement, la soif qui aspire à son apaisement) – Comme le désir sexuel.

Mais cela est vrai des « besoins, d’origine biologique (on ne peut pas, ou guère, vivre sans les satisfaire), non des désirs psychologiques, variables selon la diversité des tempéraments, des caractères et des cultures, qui eux ne sont jamais satisfaits (avarice, ambition…). » (Nicolas Grimaldi – condensé)

« Désirer, c’est en effet avoir déjà rompu l’adhésion paisible qui aurait pu nous unir au présent. » (Nicolas Grimaldi)

« S’il y a une ironie, c’est celle par laquelle le désir nous persuade qu’il suffirait d’obtenir pour ne plus désirer et de plus désirer pour être satisfait. » (Nicolas Grimaldi)

« Comme tous les hommes , j’ai désiré l’honneur et le profit.  J’ai souvent obtenu plus que je ne désirais. Mais je n’en ai jamais tiré la satisfaction que j’imaginais. » (Nicolas Grimaldi)

« Le déséquilibre ne peut être la condition d’un véritable bonheur ; d’ailleurs plus un homme a de besoins, plus il risque de manquer de quelque chose, et par conséquent d’être malheureux ; la civilisation moderne vise à multiplier les besoins artificiels, et, elle créera toujours plus de besoins qu’elle n’en pourra satisfaire. » (René Guénon)

« Continuer à affirmer que la société oppose ses interdits aux désirs sexuels humains, c’est préserver son Moi d’avoir à faire face à sa propre insuffisance. » – Discours d’impuissant. (Béla Grunberger, Janine Chasseguet-Smirgel)

« Priver l’homme de la possibilité de satisfaire un certain nombre d’instincts fondamentaux risque de rendre nécessaire le maintien d’une dictature visant à réprimer la libre décharge de l’énergie pulsionnelle. »  (Béla Grunberger, Janine Chasseguet-Smirgel)

« Nos sociétés si agressivement érotisées sont en réalité tenaillées par la hantise du non-désir. » (Jean-Claude Guillebaud)

« Epicure distinguait les désirs naturels nécessaires (boire, manger, se vêtir…), les désirs nécessaires naturels non nécessaires (désir sexuel…) et les désirs ni naturels ni nécessaires (gloire, renommée…) … Pour être heureux, il faut diminuer au maximum les causes de souffrance, donc renoncer aux désirs difficiles à satisfaire. » (Pierre Hadot) – Bouddhisme.

« Le désir n’est pas un droit. » (Gisèle Halimi) – Mais si, mais si. Voir le mariage, la PMA pour tous et toutes.

« La logique du supermarché induit nécessairement un  éparpillement des désirs : l’homme du supermarché ne peut être l’homme d’une seule volonté, d’un seul désir. D’où une certaine dépression du vouloir chez l’homme contemporain ; non que les individus désirent moins, ils désirent au contraire de plus en plus, mais leurs désirs ont acquis quelque chose d’un peu criard et piaillant … Produits de déterminations externes (publicitaires). Rien en eux n’évoque cette force organique et totale, tournée avec obstination vers son accomplissement, que suggère le mot de ‘volonté’. D’où un certain manque de personnalité, perceptible chez chacun. » (Michel Houellebecq – Rester vivant)

« Lorsque toute expression de la volonté est énoncée sous la forme d’un droit, confusion entre désir et droit, la moindre contrariété rencontrée dans la réalisation de cette volonté paraît scandaleuse, inacceptable … une injustice, une offense faite à l’individu … Et tout le monde peut se déclarer victime de tout ce qui n’est pas conforme à ses attentes. » (Patrice Huerre et Mathieu Laine)

« Chacun sait qu’il est stupide de prendre ses désirs pour la réalité et tragique de renoncer à ses désirs au nom de la réalité, et vain d’espérer transformer tous ses désirs en réalités. » (Nancy Huston)

« Le désir est encore plus loin du réel (que l’espérance), car on peut désirer sans espoir. Tous les espoirs ne sont pas permis, malgré nos façons de parler, mais seulement tous les désirs ; c’est donc le désir qui est insensé : car le désir, au contraire de l’espérance, n’implique pas nécessairement la croyance que le désiré adviendra. » (Vladimir Jankélévitch)

« Ce désir là ne demande qu’une chose ; comment s’en débarrasser ? (exemple d’un conjoint) Comment déraciner l’indéracinable ? extirper l’inextirpable ? Désir répulsif, il a pour origine un ‘Trop’, comme le désir né de l’insuffisance a pour origine un manque, c’est-à-dire un ‘Pas assez’. Il devrait s’appeler dissatisfaction plutôt qu’insatisfaction. L’insatisfait tend à combler ou étoffer la négativité d’un vide ; et le dissatisfait voudrait annuler la positivité d’un En-plus, évacuer une plénitude. » (Vladimir Jankélévitch)

« Par un processus tout passionnel, chaque homme est enclin à convertir les désirs qu’il éprouve en autant de possibilités réalisables, puis en autant de Droits de l’Homme, dés lors qu’il voit aboutir chez autrui des désirs analogues à ceux qui, chez lui, manquent leur réalisation … C’est prendre le désir pour le droit. » (Lucien Jerphagnon) – Et comme les désirs sont infinis, on n’en a pas fini avec ces fameux droits !

« Rien de plus mal vu et de plus propre à tourmenter que de retenir dans son sein et d’alimenter en soi-même, à tous les instants de la vie, des désirs sans possession et des voracités sans proie. » (Joseph Joubert – sur la vaine exaltation)

« Je sens que vos désirs m’attirent. » (Joseph Joubert)

« Un jour vient où vous manque une seule chose et ce n’est pas l’objet de votre désir ; c’est le désir. » (Marcel Jouhandeau)

« Le monde, notre monde est fini, … Nous en sommes encore inconscients, habitués que nous sommes à une nature gratuite, inépuisable et dont la vitalité effaçait tous les crimes .. Et nous ne mesurons pas ce que signifie l’entrée de 6,5 milliards d’hommes et de femmes dans un désir unique ; plus de la moitié auront l’an prochain un téléphone portable ! … La culture-monde adresse des désirs infinis à un monde fini, il est exclu que tous disposent des moyens de leurs désirs (il faudrait neuf planètes pour faire vivre la population mondiale selon les standards californiens). » (Hervé Juvin) – Le livre date de 2008, 2009.

« Quand vous m’aurez dit une parole qui parle vraiment de vous, vous serez guérie. » (Jacques Lacan – à une patiente)

 « La seule chose dont on puisse être coupable, au moins dans la perspective analytique, c’est d’avoir cédé sur son désir. » (Jacques Lacan) – « C’est-à-dire d’y renoncer au nom d’un idéal ou au nom d’un nihilisme … Soit en le sacrifiant pour le bien de l’autre, soit en le sacrifiant aux exigences de la pulsion, c’est-à-dire à la soumission à la compulsion de répétition. » (Clotilde Leguil)

« La modernité a tardé à voir que l’épuisement de la capacité de la consommation à produire du bien-être pouvait être l’indice qu’ils est des besoins … de protection qui appellent un souci et un soin sans lesquels la liberté se retourne contre l’individu. » (Hugues Lagrange – sur l’anxiété)

« L’homme, borné dans sa nature, infini dans ses vœux. » (Lamartine)

« Ceux qui admettent une réalité, un ‘monde réel ’s’opposant à un ‘monde du désir’, passent pour répressifs et par conséquent pour ‘fascistes’. » (tiré de Henri Lefebvre)

« Le désir est une aspiration … il naît à partir de son ‘objet’, il est révélation. Alors que le besoin est un vide de l’Âme, il part du sujet. » (Emmanuel Levinas)

« Combien de désirs sont décorés du nom de volontés. » (duc de Lévis)

« Les avant-gardes sont intégrées dans l’ordre économique, acceptées , recherchées, soutenues … Fini le monde des grandes oppositions rédhibitoires, art contre industrie, culture contre commerce, création contre divertissement … Les stratégies marchandes du capitalisme créatif transesthétique n’épargnent plus aucune sphère … il démultiplie les styles, les tendances, les spectacles, les lieux de l’art ; il lance continuellement de nouvelles modes et crée à grande échelle du rêve, de l’imaginaire, des émotions … Après l’art-pour-les-Dieux, l’art-pour-les-princes et l’art-pour-l’art, c’est maintenant l’art-pour–le-marché qui triomphe … Les termes professionnels suivent : les jardiniers sont devenus des paysagistes, les cuisiniers des créateurs culinaires, d’autres des ‘créateurs d’automobiles’, etc. … L’ère transesthétique en marche est planétaire … Goût pour la mode, les spectacles, la musique, le tourisme (qui ne voit partout que des paysages à admirer et à photographier comme des décors ou des tableaux), le patrimoine, les musées,  les cosmétiques, la décoration de la maison … Espèce de fétichisme et de voyeurisme esthétique généralisé … L’important est de ressentir … non d’être conforme à des modèles de représentation sociale … Moins conformiste et plus exigeant que par le passé, l’individu transesthétique apparaît en même temps comme un ‘drogué de la consommation’, pressé, zappeur, boulimique de nouveautés, obsédé de jetable, de célérité, de divertissement faciles (‘l’homo festivus’ de Philippe Muray, doublé d’un ‘homo esthéticus’, par ailleurs dépossédé de sa propre culture) mais qui n’en porte pas moins un regard esthétique, non utilitaire, sur le monde … Ce sont les valeurs initialement prônées par les artistes bohèmes du XIX° siècle (hédonisme, accomplissement de soi, authenticité, expressivité, recherche des expériences) qui sont devenues les valeurs dominantes célébrées par le capitalisme de consommation. » (Gilles Lipovetsky et Jean Serroy – considérations éparses – L’esthétisation du monde, vivre à l’âge du capitalisme artiste) – Derrière (et même devant cette esthétique), le fric. Affreux mélange du n’importe quoi, n’importe où, n’importe quand, n’importe comment, pour et par n’importe qui , irrespect généralisé, absurdité et abrutissement garantis, sauvagerie, infantilisme, fin en catastrophe imminente malgré l’enthousiasme évident et difficilement compréhensible des auteurs  – « Le capitalisme esthétique présenté comme non moins agressif ou cynique que le capitalisme financier, vise les ressources émotionnelles des acteurs. » (Eva Illouz) – Il est encore plus tordu.

« Il y a deux manières d’être malheureux : ou désirer ce qu’on n’a pas ou posséder ce qu’on  désirait. » (Pierre Louÿs)

« La nature nous a créés avec la faculté de tout désirer et l’impuissance de tout obtenir ; en sorte que le désir se trouvant toujours supérieur à nos moyens, il en résulte du dégoût pour ce qu’on possède et de l’ennui de soi-même. » (Machiavel)

« Un désir russe ferait sauter une citadelle. » (Joseph de Maistre)

« L’espoir de satisfaire tous les besoins ne peut qu’être déçu, parce que le besoin est toujours réalimenté pet avivé par le désir. Si ce désir n’est pas à la fois satisfait et limité par des interdits qui l’empêchent de dégénérer en hubris, alors les besoins deviennent insatiables, quel que soit le niveau de richesse atteint. »  (manifeste convivialiste)

« Le problème que pose  les discours de démocratie moderne est qu’ils n’offrent aucun cran d’arrêt à l’illimitation du désir. Leur grandeur a résidé dans la promesse de l’émancipation, autrement dit dans l’affirmation que l’individuation, la subjectivisation, le devenir-sujet sont des possibilités offertes à tous …Ces discours ne savent guère penser l’émancipation autrement que comme une injonction à égaler l’hubris des Grands et à la reproduire, chacun à son niveau. Ils voudraient en quelque sorte,  que, cessant d’être des serviteurs, nous devenions tous des maîtres. » (manifeste convivialiste)

« Que nous prenions nos désirs pour des besoins, telle est précisément cette illusion fondatrice du progrès dans laquelle Adam Smith voit la ‘tromperie’ bénéfique de la nature. » (Christian Marouby)

« Comme l’a très bien montré Freud, un appétit n’est jamais pris à l’intérieur d’un agencement composé, d’un programme qui implique le sujet dans toute sa complexité. Il appartient au règne de la spontanéité pure ; il est une sorte de ‘poussée’ liée à un état de tension qu’on vise à satisfaire indépendamment de tout projet de vie et de toute autonomie personnelle. » (Michela Marzano) – Appétit : à peine désir de premier ordre. (voir ci-dessous, à M. Marzano))

« Les désirs de premier ordre sont l’expression d’affects immédiats, d’envies subites, de pulsions partielles, tandis que les désirs de deuxième ordre représentent une ‘réflexivité’ sur les désirs de premier ordre … Les désirs de premier ordre renvoient au concept classique de ‘passion’ (fascination, excitation…). Les désirs de deuxième ordre se situent, en revanche, à la limite du somatique, du psychique et du mental et désignent le champ d’existence du sujet humain (essai de suivre un projet, un idéal ou un but …) Pour donner une direction à sa vie, un individu doit pouvoir analyser ses préférences, ses désirs, ses goûts et les sélectionner ; distinguer ses désirs de premier ordre – ses envies, ses pulsions, ses besoins immédiats – de ses désirs de deuxième ordre – ses désirs les plus profonds qui ont un lien  avec son projet de  vie et qui peuvent l’amener à sélectionner certains de ses désir de premier ordre et à en écarter d’autres. » (Michela Marzano)

« Le désir est fondamentalement ‘actif’, car il ‘pousse’ à l’action … Il est ce qui permet à un individu de se projeter en dehors de lui-même, de s’activer, d’agir. Car, si l’individu était un être ‘plein’, sans faille (ni manque), il serait aussi enfermé en lui-même dans une sorte de suffisance profonde et ne pourrait pas se rapporter à ce ’dehors’ qu’est l’autre … Il diffère du besoin comme de la pulsion. » (Michela Marzano)

« – Besoins physiologiques : faim, soif, chaleur – Besoin de sécurité, de voir les besoins physiologiques précédents satisfaits de façon durable – Besoin d’affiliation, d’appartenance, d’être aimé, d’avoir des amis, d’appartenir à un groupe – Besoin d’estime, d’être reconnu, de respect, de pouvoir – Besoin d’autoréalisation, d’accomplissement, de faire ce qu’on aime. » (Les cinq niveaux de la pyramide de Maslow, classant les besoins, en partant du plus fondamental ; utilisée dans les études de motivation…) – Voir Maslow en fin de rubrique.

« Plutôt changer mes désirs que l’ordre du monde. » (Descartes). L’homme du ressentiment exige, à l’inverse, de plutôt changer l’ordre du monde que ses désirs. » (Jean-François Mattéi)

« Deux penchants opposés attirent l’homme ; l’horreur de l’ennui et l’amour du repos : l’art est d’échapper à l’un sans troubler trop violemment l’autre, de trouver un état mitoyen entre la léthargie et la convulsion. » (Sénac de Meilhan)

« Nous sommes en passe de laisser une culture dont la religion contraint les tenants au refoulement des désirs et à la névrose, pour une autre où s’affiche le droit à un expression libre et à une pleine satisfaction. » (Charles Melman) – Depuis 10 ans (date du livre cité), nous ne sommes plus en passe !

« La grande philosophie morale d’aujourd’hui est que chaque être humain devrait trouver dans son environnement de quoi le satisfaire pleinement. Et si ceci n’est pas le cas, c’est un scandale, un déficit, un dol, un dommage … Si une sexagénaire veut avoir un enfant, de quel droit l’éconduire ? … Dés lors qu’il y a en vous un tel type de souhait, il devient légitime, et il devient légitime qu’il trouve sa satisfaction. » (Charles Melman)

« Si vous avez une fois tout ce que la nature et votre condition présente vous ordonnent de désirer, vous laissez entrer dans votre âme un désir de plus : prenez-y bien garde : vous ne serez jamais heureux. Ce désir est toujours le père d’un autre. Surtout si vous désirez des choses qui se multiplient, comme l’argent,, quelle sera la fin de vos désirs ? » (Montesquieu)

« C’est une étendue pâle que celle où ne pousse plus le désir. Quand les êtres ou les choses vous résistaient, il restait la victoire à obtenir. Mais quand la victoire est obtenue, que reste-t-il au-delà ? A vivre sur la vitesse acquise, c’est-à-dire à ralentir insensiblement … Le risque du monde païen, c’est le risque des choses trop facile, on n’a plus envie de rien faire, par facilité à faire tout. » (Henry de Montherlant) – On sent percer l’ennui furieux et féroce qui règne dans la société actuelle.

« Il n’y a que le désir, parce que dans le désir, il n’y a que soi, tandis que dans la possession, on est deux. C’est le pluriel qui est l’obstacle. » (abbé Mugnier – à Jean Cocteau sur sa solitude)

« Tout vrai regard est un désir. » (Alfred de Musset)

« On en vient à aimer son désir et non plus l’objet de son désir. » (Nietzsche) – Fréquent, et catastrophique, chez les amoureux.

« Le désir est triangulaire, désir ‘selon l’autre’ … Le médiateur externe, lointain, imaginaire, inaccessible (le chevalier idéal de Don Quichotte), il n’est alors que ‘modèle’, ou bien, le médiateur dit interne, proche, réel, accessible (l’officier de L’homme du souterrain de Dostoïevski) qui devient ‘obstacle’ admiré et haï … L’esclave est celui qui révèle la violence de son désir … Le désir mimétique transforme les modèles en obstacles et les obstacles en modèles … Toute passion se nourrit des obstacles qui lui sont opposés … Il convient donc de ne pas triompher du rival tout à fait, pour ne pas faire perdre à l’objet toute valeur et de ne pas posséder l’objet tout à fait, pour ne pas faire perdre au modèle tout prestige … Quel éclat aurait une victoire que le rival favoriserait ? Quel prestige aurait un modèle vaincu ? Quel intérêt aurait un objet que nul ne nous disputerait plus ? La structure est dynamique et déstructurante (le renforcement des épisodes névrotiques) … Le désir mimétique n’est ni spontané, ayant comme origine un sujet autonome, ni aimanté par un objet qui lui servirait d’attracteur et qui lui préexisterait … Chacun imite chacun, mon désir est déterminé par le désir d’un autre, qui est lui-même déterminé par le désir d’un autre … Le désir sait tout, sauf l’essentiel, le rôle de l’autre dans le désir … L’homme raisonnable s’occupe des objets, le fou de son désir. » (Christine Orsini – suite de considérations sur les thèses de René Girard) – La publicité sait tout cela d’instinct.

« Les hommes ne désirent pas spontanément des objets en eux-mêmes désirables ou élus par eux comme tels, la catégorie même du ‘désirable’ est soumise à celle du ‘désiré … » (Christine Orsini – sur les thèses de René Girard)

« Nos désirs sont imités. Il faut donc remplacer la ligne droite qui de l’objet va vers le sujet (‘nous désirons une chose parce qu’elle est bonne’ dit Platon) ou du sujet va vers l’objet (‘une chose est jugée bonne parce que nous la désirons’ réplique Spinoza), par la figure triangulaire où le ‘modèle’ (aussi rival) occupe la place centrale, désignant à son fidèle ‘disciple’ les objets désirables, soit en les possédant, soit en les désirant lui-même … Le désir se détache de l’objet pour s’attacher au modèle, il s’abandonne à la fascination de l’obstacle … Quel éclat aurait une victoire que le rival favoriserait ? Quel prestige aurait un modèle vaincu ? Quel intérêt aurait un objet que nul ne nous disputerait plus ?» (Christine Orsini – reprenant les thèses de René Girard)

« ‘Gérer ses désirs’, ‘retrouver son désir’, ‘dynamiser le désir’ : jamais autant de bavardages aux connotations technico-économiques ne s’étaient déployés sur la question ; prouvant ainsi que si quelque chose va bel et bien mal dans notre société dépressive, c’est bien le désir soumis désormais à la loi de l’offre et de la demande, du performant et du rentable. Ainsi sommes-nous exhortés à ‘désirer’ et à ‘aimer’ par les mannes de la société publicitaire … Libido mais aussi sentiments sous peine de paraître anormal ou amoral … Images sexuelles et discours lénifiants sur l’amour. » (Paul-François Paoli)

« Nous aimons moins les choses que le chemin qui y mène. » (Blaise Pascal)

« La satisfaction narcissique devenant une valeur prioritaire, la probabilité augmente de voir grandir l’insatisfaction permanente, car il n’est pas de désir qui ne se heurte à un moment ou à un autre au double obstacle de la réalité ou d’Autrui lui-même. » (Evelyne Pewzner)

« Dés qu’il y a objet de désir, le sujet cesse d’être perdu. Comme le flâneur ou l’obsessionnel, il sait alors où il veut aller … ‘Comment y aller’ est le seul problème que connaît le sujet désirant. » (Adams Phillips)

« Le désir n’est pas de l’objet, en fonction de ses qualités propres, mais du simple fait de posséder. » (Natacha Polony)

« L’ardeur démesurée de nos désirs fait souvent échouer toutes nos espérances. » (Alexander Pope)

« Nous n’arrivons pas à changer les choses suivant notre désir, mais peu à peu notre désir change. » (Marcel Proust)

« Le désir fleurit, la possession flétrit toutes choses. » (Marcel Proust)

« La jouissance menace le désir … La jouissance arrache la vision de ce que le désir n’avait fait que commencer de dévoiler … Le désir est le contraire de l’ennui, de l’épuisement, de la satiété, de l’endormissement, du dégoût, de la flaccidité, de ‘l’amorpheia’. Tout conte, tout mythe, tout récit vise l’exaltation du désir et porte son combat contre la jouissance … L’art préfère toujours le désir. L’art est le désir indestructible. Le désir sans jouissance, l’appétit sans dégoût, la vie sans mort. » (Pascal Quignard – Le sexe et l’effroi)

« Être guidé par des caprices, c’est-à-dire par des désirs dont la source, la nature et la signification nous sont inconnues, c’est s’abaisser à devenir un automate dont le fonctionnement est laissé à la merci de démons inconnaissables. » (Ayn Rand – La vertu d’égoïsme)Dans sa féroce critique de l’altruisme injustifié.

« Hegel avait bien compris que le besoin humain fondamental, dés que les besoins basiques sont satisfaits, est le besoin de reconnaissance. Les anciennes communautés assuraient à chaque personne un minimum de reconnaissance, ne serait-ce que parce que chacun, en leur sein, savait au moins qui vous étiez. Il n’en va plus de même dans les grandes sociétés d’individus. » (Olivier Rey)

« Le rythme de l’évolution (technique, et sociale) est tel que les générations successives vivent dans des milieux différents. » (Olivier Rey)

« Avant que de désirer fortement une chose, il faut examiner quel est le bonheur de celui qui la possède. »(La Rochefoucauld)

« On ne souhaite jamais ardemment ce qu’on ne souhaite que par raison. » (La Rochefoucauld)

« ‘Nous ne sommes jamais chez nous, nous sommes toujours au-delà … Nous pensons toujours ailleurs’ … L’intérêt marqué qui se manifeste pour ce qui est ailleurs étant l’exact et triste reflet de la minceur de l’intérêt porté à ce qui est ici … ‘Peu de chose nous divertit et détourne, car peu de chose nous tient’ … Substitution d’intérêts imaginaires aux intérêts réels … Choix de l’irréel au détriment du réel … Nécessité de se repaître de biens imaginaires, issue d’une incapacité à se satisfaire de biens réels. » (Clément Rosset – citant Montaigne)

« Ces objets qui bénéficient en tant que tels, c’est-à-dire plutôt en tant qu’ils ne sont pas ‘tels’, justement ‘pas comme les autres’, d’un coefficient de différence qui les impose à l’attention et semble les vouer par avance à la faveur publique … ‘Une histoire d’amour pas comme les autres’ (publicité d’un film, ‘Arthur Martin vous en donne plus’ … L’objet du désir se signale d’abord comme objet fascinant … Il peut arriver à un objet de devenir désirable en une sorte d’autotranscendance qui arrache l’objet à lui-même et le transporte soudain dans la sphère des objets qui ne sont pas comme les autres … Qu’un objet ne puisse éveiller le désir qu’à la condition de relever sa simple perception par le condiment d’un effet de fascination … voilà qui en dit assez long sur la pauvreté dans lequel on tient le réel … sur son impuissance présumée à jamais être perçu comme désirable en tant que tel … Ce qui fascine dans l’objet du désir, selon René Girard, le fait qu’il apparaisse comme objet de désir de la part d’une autre personne : l’autre me signalant comme désirable, et par le seul fait qu’il le désire, un objet que je serais incapable de désirer par moi-même … Voilà qui met décidément l’objet du désir à l’écart de toute réalité : non seulement il n’est pas réel mais imaginaire, à la faveur de l’imagination de l’autre (d’un autre jouissant à mes yeux d’un prestige susceptible de rejaillir sur les productions de son imagination, rendant celles-ci crédibles) … Parfois un relais ininterrompu, Sancho copie Don Quichotte, mais Don Quichotte copie Amadis, et ainsi de suite à l’infini, une chaîne de sujets susceptibles de se porter garants de l’objet, sans ‘arrêter à celui-ci … Un relais ininterrompu de fascinations. » (Clément Rosset)

« L’objet du désir doit garder ses distances avec le réel, tout en réussissant à y affleurer ;  mais sans y toucher, faute de quoi l’ailleurs dont il est investi s’effondrerait, et avec lui toute son efficacité symbolique. » (Clément Rosset)

« Croire par désir, en prenant ses désirs pour des réalités. « (Romy Sauvayre)

« Les besoins des hommes ne connaissent pas de limites intrinsèques… » (Dominique Schnapper) – En conséquence la course aux nouveaux droits est sans limite.

« Les Français en politique, comme les femmes dans les relations sexuelles, se donnent à ceux qui imposent leur désir, non à ceux qui mendient leur consentement. » (Michel Schneider) – Avis aux amoureux et aux minables politiciens candidats à de honteuses primaires.

« Le désir, de sa nature, est souffrance ; la satisfaction engendre bien vite la satiété ; le but était illusoire ; la possession lui enlève son attrait ; le désir renaît sous une forme nouvelle, et avec lui le besoin ; sinon, c’est le dégoût, le vide, l’ennui, ennemis plus rudes que le besoin. » (Schopenhauer)

« Le plus riche est celui qui a le moins de désirs. » (Eugène Scribe)

« On est pauvre de tout ce qu’on désire. » (Sénèque)

.  Nous ne désirons pas les choses parce qu’elles sont belles ; elles sont belles parce que nous les désirons. » (Spinoza) – Parfois, on trouve bonnes à la place de belles« On ne désire pas ce qu’on veut ; on veut ce qu’on désire. » (André Comte-Sponville)

« Le désir est manque … Le tragique de notre condition … La vue ne peut faire le bonheur que d’un aveugle. Or elle ne fait pas son bonheur, puisqu’il est aveugle et que la vue lui manque ; et elle ne fait pas le nôtre, puisque nous voyons et que la vue, en conséquence, ne nous manque pas. » (André Comte-Sponville)

« Ce n’est pas un hasard si le vieux nom de la dépression désigne un mal monastique : car si le moine s’est retiré du monde pour purifier ses désirs, il prend alors le risque terrible de se purifier du désir, c’est-à-dire de ne plus rien désirer. » (Martin Steffens) – Ce vieux nom est l’acédie.

« Désirer, c’est espérer, et désespérer, c’est toujours d’une manière ou d’une autre, perdre son désir … disons un désir d’avenir … Alors que le désir lié à un espoir est fondamentalement un rapport à l’avenir. » (Bernard Stiegler)

 « La fabrication industrielle du désir qui est rendue possible par les technologies d’information et de communication, consiste à catégoriser les singularités, c’est-à-dire à rendre calculable ce qui, étant incomparable, est irréductiblement incalculable … Techniques de fabrication de la motivation … Ce contrôle conduit à la liquidation du désir, c’est-à-dire à une économie qui est de moins en moins libidinale et de plus en plus pulsionnelle … Processus de prolétarisation où les producteurs ont perdu leurs savoir-faire tandis que les consommateurs ont perdu leurs savoir-vivre ; et où la vie a perdu du même coup toute saveur. » (Bernard Stiegler)

« L’homme de la société hyperindustrielle, c’est-à-dire de la société de contrôle, voit une part toujours plus grande de ses comportements sociaux prise en charge par le système techno-économique, en sorte qu’il se trouve toujours plus dépossédé d’initiatives et de responsabilités, tandis qu’il ne cesse d’être infantilisé (et par là même coupé de ses enfants qui ne trouvent plus en lui aucune autorité) par les industries culturelles qui ont pour fonction de lui faire adopter de nouveaux ‘modes de vie’ qui sont essentiellement des ‘modes d’emploi’ remplaçant et court-circuitant ses savoir-vivre. » (Bernard Stiegler)

« L’homme du besoin (qu’il soit matériel, sexuel, affectif) semble prendre le pas sur l’homme du désir. » (inspiré de Catherine Ternynck) – Oui, bien sûr, le besoin, s’il est vital et impératif, passe avant.

« La compétition et l’envie entrent dans nos convoitises pour une plus large part que le désir. » (Gustave Thibon)

« Nul objet extérieur n’est capable de retenir l’homme qui court après lui-même. » (Gustave Thibon)

« Je désire de plus en plus ; ce qui a changé en moi, c’est que je ne désire plus que mes désirs se réalisent. J’ai compris que le désir est plus réel que la possession, qu’un souhait exaucé perd son envergure divine en descendant de l’éternel dans le quotidien, et que l’âme, à la différence du corps, se nourrit de sa faim. » (Gustave Thibon)

« Nos désirs en plastique et nos rêves en nylon. » (Elsa Triolet – citée par Jean-Claude Michéa)

« Quand l’insurgé commence à croire qu’il lutte pour un bien supérieur, le principe autoritaire cesse de vaciller. L’humanité n’a jamais manqué de raisons pour faire renoncer à l’humain. A tel point qu’il existe chez certains un véritable réflexe de soumission, une peur irraisonnée de la liberté, un masochisme partout présent dans la vie quotidienne. Avec quelle amère facilité on abandonne un désir, une passion, la part essentielle de soi. Avec quelle passivité, quelle inertie on accepte de vivre pour quelque chose, d’agir pour quelque chose, tandis que le mot ‘chose’ l’emporte partout de son poids mort. Parce qu’il n’est pas facile d’être soi, on abdique allégrement ; au premier prétexte venu, l’amour des enfants, de la lecture, des artichauts… » (Raoul Vaneigem)

« Nous qui désirons sans fin. » (Raoul Vaneigem) – Bon courage.

« L’anarchie intérieure faussement assimilée à la liberté du désir. »  (Bertrand Vergely – interprétant Ernst Cassirer)  

« L’avènement de la société de consommation imposait la dissolution … de tout ce qui serait susceptible de freiner l’achat de marchandises, et donc l’abolition de toute morale réprimant la satisfaction immédiate du désir. » (Jean Vioulac)

« On ne peut désirer que ce qu’on ne connaît pas … Examine-t-on ce qu’on désire ? » (Voltaire)

« Nos désirs sont infinis par leurs prétentions, mais limités par l’énergie dont ils procèdent. » (Simone Weil)

« Détacher notre désir de tous les biens et attendre. L’expérience prouve que cette attente est comblée. On touche alors le bien absolu. » (Simone Weil)

 « Il n’y a que deux tragédies dans la vie : l’une est de ne pas avoir ce que l’on désire ; l’autre est de l’obtenir. » (Oscar Wilde)

« On tend à jouir plus qu’à désirer. Or, plus la société s’oriente vers un monde sans désir, uniformisé, plus elle s’oriente vers un monde de jouissances, plus la population devient dépressive et gavée d’antidépresseurs et d’anxiolytiques. La France championne du monde. » (Jean-Pierre Winter)

« C’est l’inégalité (au sens différence) qui était le moteur traditionnel du désir. » (Eric Zemmour)

« Moins on désire, plus on est. » (précepte zen)

« Il ne faut pas prendre ses désirs pour des réalités. » (adage)- Mais l’adage exprime « le biais  motivationnel, soit la contamination du croire par le désir …Engagé dans un processus de crédulité le croyant désire conserver ses croyances … l’adhésion ou le rejet à une autre croyance selon qu’elle est en consonance ou en dissonance avec son système de représentation.» (Gérald Bronner)

« Prenez vos désirs pour des réalités. » (slogan de mai 68)

« Prétendre contenter ses désirs par la possession, c’est compter étouffer le feu avec la paille. » (proverbe)

« Raison et désir sont deux. » (proverbe)

« Le désir fleurit et la possession flétrit. » (?)

« Désir et contentement ne vont jamais de compagnie. » (proverbe)

« Le désir est l’appétit de l’agrément. » (proverbe)

« On obtient rarement ce qu’on désire trop fortement, ce que l’on recherche avec trop d’empressement. » (?)

« Comme tous les hommes, j’ai désiré l’honneur et le profit.  J’ai souvent obtenu plus que je ne désirais. Mais je n’en ai jamais tiré la satisfaction que j’imaginais. » (?)

« Les femmes qui ont l’art de faire piaffer les désirs. » (?)

« Le monde est plein de cadavres de types qui ont désiré ce qu’il ne fallait pas. » (?)

« Moins on a de désirs, moins on a de besoins. » (?)

« Le nouvel environnement anime déjà les désirs alors que l’ancien domine encore les consciences. » (?)

Ci-dessous, extraits remaniés de l’ouvrage d’Abraham Maslow, Devenir le meilleur de soi-même, les besoins fondamentaux.

 « Nos désirs quotidiens moyens représentent généralement des moyens en vue d’une fin au lieu de constituer des fins en soi (Nous voulons de l’argent pour une voiture, puis une voiture pour…) … Les fins sont plus universelles que les chemins qui mènent vers elles, car ceux-ci sont définis par la culture de l’individu. Les hommes se ressemblent plus qu’ils ne le pensent … Aspect primordial de la motivation. Nous ne désirons de manière consciente que ce qui pourrait se situer à notre portée … La plupart des comportements sont multimotivés (on peut faire l’amour par pur besoin sexuel, mais aussi pour se sentir fort, pour faire une conquête, gagner une affection…)» (Abraham Maslow)

  « Dès lors que l’on reconnaît la frustration d’un besoin fondamental comme un déterminant de l’hostilité, il est tout aussi facile d’accepter l’opposé de la frustration (soit la satisfaction) comme un déterminant de son opposé, c’est-à-dire la bienveillance. » (Abraham Maslow)

 « La hiérarchie des besoins fondamentaux (la fameuse pyramide de Maslow). Lorsque les besoins physiologiques sont satisfaits (ce qui est dans la norme aujourd’hui), d’autres besoins émergent et lorsque ces besoins sont à leur tour satisfaits d’autres besoins nouveaux…  : – Les besoins physiologiques, tout le reste sera balayé comme sans importance – Les besoins de sécurité, libération de la peur ; dans une société menacée on peut y revenir par régression – Les besoins d’appartenance et d’amour, ancrage territorial et/ou communautaire,  affection, relation – Le besoin d’estime, puissance et confiance, réputation et prestige – Le besoin d’accomplissement de soi, être ce qu’on peut être, un musicien doit faire de la musique … Chez certaines personnes ou dans certaines situations, cette hiérarchie peut présenter des exceptions : suivant une ‘image idéale’, l’estime de soi peut sembler plus importante que l’amour – Un besoin satisfait disparaît et laisse la place à un besoin nouveau, un besoin satisfait pendant longtemps peut être sous-évalué (la faim). Ce qui n’a jamais fait défaut tend non seulement à passer inaperçu mais aussi à être dévalué ou tourné en dérision … La satisfaction n’est pas durable, l’habitude entraîne  à considérer comme acquis, à  cesser d‘accorder de la valeur … Il peut même s’avérer nécessaire de faire l’expérience de la perte d’un bienfait pour savoir l’apprécier de nouveau … Un besoin n’a pas à être satisfait à 100% avant qu’un autre n’émerge (la plupart des personnes sont partiellement satisfaites dans leurs besoins fondamentaux et partiellement insatisfaites), de plus l’émergence d’un besoin de niveau supérieur n’est pas soudaine, mais progressive …  Plus le besoin est élevé, moins il est indispensable à la survie seule, plus sa satisfaction peut être différée dans le temps, et plus il tend à disparaître en permanence, ils ont moins un caractère d’urgence subjective, la satisfaction d’un besoin supérieur produit une vie intérieure plus riche (joie, sérénité…), les individus leur accordent généralement plus de valeur, la poursuite et la satisfaction des besoins supérieurs conduisent à un individualisme plus grand, plus fort, plus authentique. » (Abraham Maslow)

-La psychologie positive a renversé cette pyramide: le bonheur est désormais la condition préalable au succès. Ce n’est plus le succès professionnel qui explique le bonheur, mais le contraire . ‘Le bonheur est bien la condition de la réussite professionnelle’. » (Edgar Cabanas , Eva Illouz – Happycratie) – Voir à psychologie positive à la fin de la rubrique Bonheur, 080, 1.

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