660,2 – Dérision, Moquerie, Ironie

– En France où tout humour a été perdu dans la constipation du politiquement correct, le rire a été remplacé par les ricanements sinistres des censeurs et des prétendus humoristes chargés de propagande politique, ou par la servilité des Guignols, l’artillerie lourde que l’élite emploie pour se moquer du peuple. A moins qu’il ne s’agisse de ces rires enregistrés, comme des acclamations mises en boîte, destinés à satisfaire les gogos religieusement prosternés devant leurs radios ou télévisions.

– Tel l’imbécile assistant à une émission de télévision (ou le stipendié garnissant les rangs), il convient de pouffer sur commande en s’inspirant religieusement des gloussements convenus, prévisibles, et même programmés, des minables chargés d’animer les dites émissions, c’est-à-dire d’insulter le peuple et de cracher sur tout ce qui est encore sain.

– L’humour méchant est permis, et même encouragé, s’il s’exerce au détriment des catholiques, du populo et des prétendus franchouillards. Toute autre forme d’humour, et surtout toutes autres cibles, doivent être autorisées par le pouvoir. Parmi celles autorisées et abondamment utilisées : Jésus, la vierge Marie, le pape, le Français de base, les rares politiciens non courbés, pour le prophète Mahomet faire plus attention… Tout le monde connaît la liste comme tout le monde sait à qui et à quoi il ne faut pas toucher. Le droit au blasphème et au mépris est un droit républicain, imprescriptible, essentiel à la vie d’une société harmonieuse comme la nôtre.

– Le procédé consiste à utiliser un prétendu humour pour proférer des insultes qu’on ne peut quand même pas s’autoriser froidement. Faire un peu d’humour (le plus ordurier possible) anti-Poutine ou anti-Trump ou anti-Nadine Morano, jadis anti-Christine Boutin ne peut pas faire de mal, n’est-ce pas ? Ecouter France-Inter, sommet de vulgarité.

– « Le droit à une dérision tous azimuts est une particularité française. » (Marcel Gauchet) – Et il n’y a pas de quoi s’en vanter, tellement profonde est parfois l’abjection où elle peut descendre.

– « Les ricanements des humoristes officiels payés par la redevance. » (Jacques Billard)

– «  La dérision est devenue une arme analogue à la terreur. » (Chantal Delsol)

– « Être sérieux, cela fait plouc. » (Chantal Delsol)

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 « Sous prétexte de la liberté d’expression, la dérision avilit dans un même geste fatal le bourreau et la victime … Les rebelles à Dieu tiennent la solution : continuer de ricaner gratuitement et de s’essuyer les pieds sur le sacré universel, au nom des droits de l’homme. » (Frigide Barjot – sur Charlie-hebdo)

« Le sourire est plus intéressant que le rire, il laisse quelque chose à deviner. » (Anna Barratin)

« Le rire est satanique, il est donc profondément humain. » (Baudelaire)

« Si l’arbitraire est bien présent, le principe d’autorité s’abîme dans le rire et le mépris, qu’Hannah Arendt considérait à juste titre comme des poisons mortels pour la démocratie. » (Nicolas Baverez) – Le règne médiatique des prétendus amuseurs publics ; tout pourrir.

« Chaque fois qu’on lui demande : ‘Comment allez-vous ?’ Il explique comment il va. Il est devenu impossible à fréquenter. » (Emile Berr)

« Il y a peu d’hommes assez courageux pour n’être pas, dans une discussion, du côté de celui qui fait rire. » (Emile Berr)

« C’est à l’ironie que ses juges en avaient tous. » (Maurice Blanchot – sur la mort de Socrate)

« L’amour d’un peuple pour les histrions qui lui lancent à pleines mains l’ordure au visage. » (Léon Bloy – pressentant sans doute des animateurs (trices) de variétés et divertissements télévisés.

« La moquerie est de toutes les injures celle qui se pardonne le moins. » (La Bruyère) 

« La moquerie est le langage du mépris ; elle attaque l’homme dans son dernier retranchement, l’opinion qu’il a de lui-même. » (La Bruyère) 

« A force d’ânonner qu’on pouvait rire de tout, nous sommes presque arrivés au point où nous ne pourrons bientôt rire de personne. » (Publication : Causeur) – Ne désespérons pas, resteront comme cibles les Français de souche, les Beaufs, le brave populo et les Cathos.

« La dérision devenue le fond des rapports humains, singulièrement sur ces théâtres télévisés où l’on voit, effarés, déconcertés, humiliés, confrontés aux pitres des plateaux, comparaître des hommes politiques, des philosophes, des écrivains.. . » (Jean Clair)

« La mode (médiatique) du ricanement. » (Christian Combaz)

« Ceux qui pouffent sur les plateaux de télévision comme des adolescents à l’arrière du bus. » (Christian Combaz) – Aux pires insanités et vulgarités. Animateurs et animatrices, comme le public (parfois payé pour, mais même pas toujours)

« L’humoriste de service qui éditorialise en ricanant. » (Mathieu Bock-Côté)L’hypocrite salaud de service.

« L’ineptie qui se fait respecter partout, il n’est plus permis d’en rire ; en tout cas il est devenu impossible de faire savoir qu’on en rit. » (Guy Debord)

« La dérision est la seule chose dont on n’a plus le droit de rire … Le refus du sentiment petit-bourgeois fait le petit-bourgeois universel, celui qui prend ses distances, qui rougirait de se trouver en prise directe,  et s’en voudrait de manifester une conviction, un jugement de goût,  ou une quelconque appréciation. Par crainte de faire sourire son interlocuteur qui du sourire s’est fait un alibi pour ne plus parier sur rien. » (Régis Debray)

« L’arme utilisée pour marginaliser et si possible effacer les religions, est la dérision … Ce dénigrement passe par une atmosphère culturelle typiquement moderne qui est celle de la dérision de tout … Un citoyen occidental contemporain doit se moquer de toute valeur ‘absolue’ … Hannah Arendt parlait des ‘âmes creuses ‘ … La dérision générale éteint le sens de la vie comme on éteint la lumière … Une élite, assez surexcitée par ses aventures propres pour croire qu’elle peut ignorer les questions essentielles (le sens), oblitère ces questions en  les ridiculisant aux yeux de tous, traitant de grotesques et d’ignares ceux qui s’en saisissent … Un peuple ne peut pas vivre dans la dérision généralisée. Il lui faut valoriser quelque chose, et il va valoriser ce qui reste hors des regards de la dérision : les choses, la consommation. » (Chantal Delsol) – Et on s’étonne d’être méprisés et même haïs. Ainsi les média et leurs sinistres clowns aident à faire d’une pierre quatre coups : pourrir tout ce qui est noble, mépriser, dévaluer et désespérer le peuple, masquer le vide, le néant, l’absence de sens, pousser à la consommation donc à la prospérité du capital et des riches dominants. N’est-ce pas admirable ?

« Lorsque l’œuvre à accomplir se traduit par quelque chose à détruire … alors la dérision sera une arme analogue à la terreur, en moins inquiétante, puisqu’elle agit sans douleur, et sournoisement … Elle traduit la moquerie mais aussi le simple dépouillement du sens … Profanation du sens, .elle tient pour rien … Imposer à une société la légèreté, c’est lui enlever son sens … Elle peut être jetée sur n’importe quelles valeurs, comportements, ou autres … Elle redistribue l’échelle des valeurs plus sûrement que n’importe quelle menace physique … Elle méprise et rabaisse sans jamais s’expliquer … Portée par une élite sur des principes sacrés (le sacré, inverse du dérisoire), tout en clamant que rien n’est sacré, ne vise souterrainement qu’à sacraliser autre chose … La dérision sert à balayer devant la porte, non à tout détruire, elle est sélective. » (Chantal Delsol)

« N’importe quel sens engendre chez nous la méfiance, et nous récusons d’emblée tout ce qui vient. Installés, pour ainsi dire, dans un néant bien propre, épargné par les illusions et les crimes dont nous sortons, nous sommes habités par un désespoir tout neuf : celui du rien … Le desesperado d’aujourd’hui ne ferait pas de mal à une mouche. Mais il sonne creux comme un tambour. Rien ne l’emplit, il se garde de tout. Il rit. » (Chantal Delsol) – Et sous le rire, on entend grincer les dents.

« La moquerie ne voit que le ridicule de l’individu et ne voit pas le ridicule de l’espèce. » (Louis Dumur)

« S’exercer à la moquerie, c’est avoir déjà et se conférer à la volonté d’impuissance. » (Emile Faguet)

« Nous ne vivons plus sous le régime des visages fermés. Les bouches contemporaines sont grandes ouvertes, car c’est la dérision qui prévaut maintenant, non la déférence. A l’époque des agélastes (pour simplifier, les apparatchiks d’une idéologie, faits d’une seule pièce, sans aucune distance) patibulaires a succédé le temps des amuseurs irrévérencieux. L’esprit de sérieux a été pulvérisé par la guignolade … Le rire est devenu la bande-son du monde … Tandis que les premiers persécutent l’humour, les seconds l’ensevelissent sous les tombereaux de leur hilarité perpétuelle. Le rire de l’humour dérègle les unions sacrées ; le rire des amuseurs désigne des victimes sacrificielles. Le premier défie la meute ; le second la déchaîne, il propage la chaleur revancharde de la bassesse commune. » (Alain Finkielkraut) 

« Du matin au soir, le public que nous formons est invité à se marrer … Le rire contemporain proclame haut et fort l’idéal de la ‘désidéalisation’. Que l’homme passe infiniment l’homme, qu’il puisse avoir une vocation spirituelle, qu’il ne se réduise pas à ses fonctions organiques, voilà une possibilité que ce rire entend faire disparaître du monde. Il s’acharne contre la transcendance, il ne tolère aucune éminence, il traque la grandeur sous quelque forme que celle-ci se manifeste, il venge la médiocrité de l’affront que la supériorité lui inflige, il fait de l’âme une vieillerie, une inconvenance, un objet de chahut et il travaille inlassablement à ce que chacun soit tout d’une pièce : surtout pas de distinction, surtout pas de dissonance, surtout pas de conflit intérieur, surtout pas de remords ! … Il tranche les têtes qui dépassent et punit, à coups de caricatures,, tous les arriérés, tous les retardataires, tous les réactionnaires, tous ceux qui contreviennent, par leur anachronisme, aux évidences narquoises de l’esprit du temps … Les amuseurs baignent dans l’immanence et leur jovialité triomphante apporte à l’homme démocratique la double bonne nouvelle du nivellement de l’être et de la mort du rire de Dieu.» (Alain Finkielkraut) – On a reconnu les amuseurs des média chargés d’abrutir la jeunesse.

« Le dernier mot appartient aux comiques. L’hilarité s’étale, le rire triomphe sous nos climats … c’est le rire qui rapetisse tout, le rire gras qui, à coups de blagues scatologiques et salaces, absorbe toute hauteur, tout héroïsme, toute forme de dépassement. Ce que le dernier homme qui se bidonne demande aux fantaisistes, aux humoristes, aux amuseurs c’est désidéaliser le monde. Ce rire omniprésent nous contraint à prendre l’avertissement de Nietzsche au sérieux et à nous demander si la démocratie du ressentiment n’est pas en train de l’emporter sur les autres possibilités dont l’égalité était porteuse. » (Alain Finkielkraut – sur le dernier homme de Nietzche)

« Leur rire est sur les rails. Il ne dénonce rien de ce qui mérite d’être dénoncé. Il est l’ami indéfectible du désastre. Il enseigne la soumission. Il accompagne docilement tous les processus en cours. » (Alain Finkielkraut – sur les Guignols de l’info.)

« Il ne faut jamais moquer des misérables – Car qui peut s’assurer d’être toujours heureux ? – La perdrix le raille et lui dit : – ‘Tu te vantais d’être si vite – Qu’as-tu fait de tes pieds ?’ Au moment qu’elle rit – Son tour vient ; on la trouve… » (La Fontaine – Le lièvre et la perdrix)

« L’ironie n’est pas encore un délit : c’est déjà presque un crime, en tout cas une faute grave de civilité ou un acte héroïque. » (Marc Fumaroli – parlant de l’ironie intelligente, soit celle qu’on ne trouve pas à la télé ; l’ironie dans la bassesse, elle, se porte bien)

« Il n’y a pas de respect sans l’idée de seuil, de limite infranchissable. Là où le respect existe, une limite ne peut être dépassée. Le respect contredit donc le sentiment de toute-puissance … Dans les manifestations de rue comme sur les plateaux de télévision, le non-respect triomphe. La dérision qui aplatit et vide tout impose son nihilisme victorieux. » (Christian Godin)

« L’ironie, cette plaisanterie derrière le sérieux, moyen de défense aussi bien que d’attaque, qui élève celui qui en use en rabaissant ceux qu’elle atteint … n’est-elle pas pour la vie personnelle ce qu’est le doute pour le chercheur ? Elle assigne au fini  ses justes limites, lui confère sa relativité. » (Marguerite Grimault)

« Le début de ce siècle aura été médiatiquement marqué par l’omniprésence des amuseurs, imitateurs et farceurs télévisés … La tonalité de cette rigolade me semble peu réjouissante. La dérision contemporaine campe dans l’insolence, mais la posture est sans conséquence (à condition de ne se moquer, et même de n’insulter que les cibles officiellement désignées) … On se gardera de rire des vraies puissances du moment … celles que l’époque vénère sans se l’avouer : gagneurs tous azimuts, mondains branchés et pessimistes chics (et les gens au pouvoir qui pensent forcément bien et surtout nomment et révoquent aux postes juteux). » (Jean-Claude Guillebaud)

« La moquerie dévalorise l’autre, l’ironie mise sur son intelligence. La moquerie nous isole de l’autre, l’ironie veut instaurer un monde commun. La moquerie est grimace, l’ironie sourire. L’ironie tend la perche à celui qu’elle égare. » (Vladimir Jankélévitch)

« L’ironie, c’est ce que Rémy de Gourmont appelle ‘la dissociation’ et qui remanie les regroupements routiniers, les constellations trop attendues, les idées qui vont par deux, par trois, symétriquement, en se tenant par la main. » (Vladimir Jankélévitch)

« L’ironie est pouvoir de jouer, de voler dans les airs, de jongler avec les contenus soit pour les nier, soit pour les recréer … C’est un art d’effleurer … Elle nous immunise contre les étroitesses et les défigurations d’un pathos intransigeant, contre l’intolérance d’un fanatisme exclusiviste … Ironiser c’est parler évasivement, sans avoir l’air d’entendre ni de comprendre … L’ironie plaisante froidement sans s’amuser, elle est moqueuse, mais sombre ; elle déclenche le rire, pour immédiatement le figer … elle manque de poids, de gravité, elle est trop lucide pour agir … elle est l’esprit de finesse» (Vladimir Jankélévitch)

« La moitié de moi se moque de l’autre. » (Joseph Joubert)

« Un rire toutes les 10 secondes. » (Jonathan Koskas) – Telle est devenue l’exigence du soi-disant humour formaté, grossier, aseptisé, bien-pensant… encensé par les censeurs – A défaut de collaboration du public, recourir au rire en boîtes.

« Moquerie ; c’est une rouille qui corrompt tout. » (Milan Kundera)

« La transmutation des valeurs au moyen de laquelle une ‘folie des grandeurs et un mépris narcissique protègent d’une fragilité et d’une susceptibilité fatales.’ … C’est ce moyen de défense que constitue le cynisme éhonté qui donne aujourd’hui le ton à l’ensemble de notre culture … ‘Mise à nu sans restrictions de nos émotions et de notre corps, exhibition de nos secrets, intrusion frivole de curiosité … Il est devenu difficile d’exprimer des sentiments tendres, de respect, d’effroi, d’idéalisation, de révérence. Il est presque de bon ton d’être irrévérencieux … La culture de l’effronterie est aussi la culture de l’irrévérence, de la démystification et de la dévalorisation des idéaux.’ » (Christopher Lasch – citant Wurmser) – Les média donnant le ton de cette grossièreté.  

« L’humoriste des émissions de radio ou de télévision dispose de deux minutes trente pour nous faire rire sur l’actualité, entre un chanteur en promo et un fait-divers atroce … On reconnaît un humoriste à ce qu’il s’en prend aux riches, dénonce les homophobes, condamne le racisme et attaque le Front national. Comme ce répertoire-là est assez limité, l’humoriste utilise quelques trucs humoristiques. Le premier consiste à dire du mal de Nadine Morano : c’est facile, c’est pas cher, on appelait cela jadis le ‘comique de répétition’. Un autre truc, d’une efficacité confirmée, vise à choquer le bourgeois en sortant des vulgarités. Mots grossiers, blagues salaces, vannes ordurières ; la nouvelle génération d’humoristes se régale de pets, de touche-pipi et de caca-boudin … c’est un peu infantile certes, mais qu’est-ce que ça fait marrer. » (Bernard Lecomte) – « On se demande comment Jacques Chancel a su captiver son auditoire pendant un demi-siècle sans avoir recours à ces procédés comiques que sont le pipi, le caca et le cucul. Heureusement les heures les plus noires de la culture télévisuelle sont derrière nous. » (?)

« Déception, jalousie, mépris, cynisme, méchanceté assumée : la dérision manifeste des sentiments qui ne nous font pas grandir. » (Juliette Levivier) – En plus d’être l’arme des lâches et de ceux qui ne s’attaquent qu’aux faibles. Voir le milieu médiatico-humoristique.

« Il faut noter que les humoristes, devenus des rebelles appointés, notamment par la radio publique, ont accompagné ce processus : pratiquant volontiers le lynchage en meute, ils se sont comportés comme les chiens de garde de l’idéologie dominante, moquant les parias de l’époque et épargnant ses vaches sacrées. On attend encore que l’un d’eux nous fasse rire du féminisme punitif ou de l’immigrationnisme compassionnel. » (Elisabeth Lévy)

« L’humour est la panacée qui excuse n’importe quoi dans la vie … Un homme peut se permettre presque n’importe quoi et recueillir non pas la désapprobation, mais l’admiration de ses amis s’il peut faire passer la chose pour une bonne blague … L’ironie est ce qu’il y a de meilleur … Il faut de l’esprit pour réussir une plaisanterie fine sur la vertu. Mais on peut apprendre à n’importe qui à tourner la vertu en dérision … L’ironie est aux antipodes de la joie ; elle tue l’esprit au lieu de l’aiguiser. » (C. S. Lewis – Tactique du diable) – Nos prétendus humoristes de télévision.

« La vulgarité, l’obscénité resurgissent sous forme humoristique. » (Gilles Lipovetsky) – Il est de fait que notre prétendu humour ne comble souvent que les pourceaux. 

« Ce qui remplace le bon goût, le grand style, c’est le ‘rigolo’ : l’âge humoristique a pris le pas sur l’âge esthétique. » (Gilles Lipovetsky) – Si encore, après Francis Blanche, Coluche, Raymond Devos, notre humour n’était pas descendu si bas, devenu si vulgaire.

« Chez nous l’ironie est devenue culturelle, le succès des humoristes en est la preuve ; rien n’échappe à leur cynisme. Dans l’esprit de bien des personnes, elle est une preuve d’intelligence. » (Florence Brière-Loth) – Et-ce vraiment un mieux culturel ?

« La fantaisie populaire paraît avoir déserté les écrans, cédant la place au persiflage ricanant des prétendus ‘heureux du monde’, nouveau marquisat d’acariâtres, parfaitement incarné par la meute des humoristes moralisateurs d’Etat. » (Patrick Mandon – sur le cinéma français) – mais on peut élargir au-delà du cinéma.

« La méfiance ancestrale de l’élite (c’est-à-dire des dominants) à l’égard du rire et de la subversion populaires, celle-ci étant doublée d’un mépris paternaliste grandissant … Depuis les farces médiévales, le peuple rit de ce qui scandalise ou dégoûte son élite, mais au moins celle-ci fichait-elle la paix à celui-là. » (Olivier Maulin) – Ce n’est plus le cas en régime de censure édifié par des dominants arrogants qui se sentent si déplacés parce que si corrompus qu’ils ne tolèrent même plus la moindre critique.

« Le ricanement permanent des amuseurs. » (François Mauriac ?) – Leur méchanceté sur les cibles que leur désignent les grands dominants.

« Il ne faut pas se refuser à la plaisanterie ; car souvent elle égaye la conversation ; mais aussi il ne faut pas avoir la bassesse de s’y livrer trop et être comme le but où tout le monde tire. » (Montesquieu)

« Ce qui fait l’infériorité intellectuelle du rire, c’est qu’il est toujours une manifestation sociale. L’ironie est au contraire un état d’âme individuel … fleur de désillusion … L’ironie est une attitude essentiellement pessimiste … Elle apparaît chez ceux en qui s’affirme le sentiment profond des disharmonies cachées sous les harmonies superficielles … Elle est souvent provoquée par un heurt brusque de la conscience individuelle et de la conscience sociale, par la vision subite de ce qu’il y a de stupidement et d’impudemment mensonger dans les simulacres sociaux. » (Georges Palante)

« La décadence développe des goûts dépravés et d’étranges jouissances … on éprouve une âpre volupté à s’avilir soi-même, à se dégrader, à bafouer la classe à laquelle on appartient, à tourner en dérision tout ce qui jusqu’alors avait été cru respectable. Les Romains de la décadence se ravalaient au niveau des histrions. » (Vilfredo Pareto) – Mais eux, contrairement à nos amuseurs, ne disposaient pas de la Télé pour tout pourrir.

« Se moquer est devenu le centre nerveux de notre culture, le fondement de notre République … L’insulte et la caricature nous tiennent lieu de combat culturel, face à la révolution islamique et au capitalisme mondialisé. » (Patrice de Plunkett – cité par Basile de Koch)

« La dérision repose justement sur l’indifférence et l’aplanissement de toutes les institutions et des valeurs au nom d’un relativisme qui prescrit que rien ne serait particulièrement respectable puisque rien n’est non plus inacceptable. » (Natacha Polony)

 « Ils avaient l’air d’une bande d’anthropophages chez qui une blessure faite à un homme blanc à réveillé le goût du sang. Cet instinct d’imitation et l’absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules. Et tout le monde rit de quelqu’un dont on voit se moquer, quitte à le vénérer dix ans plus tard dans un cercle où il est admiré. » (Marcel Proust – cité par René Girard – Saniette ridiculisé par les Verdurin et leur bande) – D’où le côté immonde de certains soi-disant humoristes médiatisés, qui d’ailleurs ne s’attaquent qu’aux faibles.

« Si l’on s’assujettit à la tyrannie des rieurs vulgaires, si l’on tient compte de leurs fadaises, l’on se défend toute beauté morale, toute haute aspiration, toute élévation de caractère ; car tout cela peut être ridiculisé. Le rieur a l’immense avantage d’être dispensé de fournir ses preuves : il peut … déverser le ridicule sur ce qui lui plait … Les seules choses qui échappent au ridicule sont les choses médiocres et vulgaires … On peut se moquer de Socrate, de Dieu, des savants, des poètes, des religieux, des politiques… On ne se moquera jamais de Néron ou de Robespierre. » (Ernest Renan) – Encore, du temps de Renan, on ne connaissait pas fort heureusement les prétendus humoristes de Télé, chargés de salir tout ce qui est propre, au milieu du torrent de boue dans lequel on a plongé  notre société.

« L’humour ne relève de nos jours que du jeu de mots oiseux, du calembour oiseux et de l’effet de surprise oiseux… » (Oliver Rohe)

« Pour juger un régime, il est très important de savoir de quoi il rit. » (Ignazio Silone – Le Dieu des ténèbres) – Chez nous, c’est à peu près de tout ce qui est respectable.

« Le comique est réactionnaire. Son rôle : produire de la fausse critique sociale sans conséquence ; Mieux, ridiculiser l’engagement, le sérieux, rendre tout dérisoire. Comme tous les êtres peu doués pour le concept, le comique a peur du sens, et plutôt que d’admettre sa petitesse d’esprit, il se moque de la grandeur des autres … Il joue l’absurde contre la complexité … Le comique est conformiste. Comme il parle surtout de ce qu’il ne comprend pas, il finit par être manipulé par le pouvoir … servilité vérifiée par ses cibles, toujours ennemies déclarées du régime, mais pas touche à… » (Alain Soral) – On peut songer aux Guignols par exemple, l’artillerie lourde que l’élite emploie pour se moquer du peuple.

« Ne pas frapper de dérision les actions humaines, ne pas les railler, ne pas les déplorer, ne pas les maudire, mais les comprendre. » (Spinoza) – Littéralement, son fameux commandement : Non ridere, non lugere neque detestari, sed intelligere. Nos ‘humoristes’, pipi, caca, cucul, sont-ils capables de comprendre cela. La réponse est évidemment : Non.

«La bouffonnerie provocatrice. » (Pierre-André Taguieff)  – Seule posture à la portée des humoristes-laquais de France-Inter, et d’ailleurs. Seule performance capable d’atteindre des veaux. 

« Chasse le moqueur et la dispute s’en ira, outrage et querelles cesseront. » (Ancien Testament – Livre des Proverbes)

« Le ricanement a remplacé la culture. » (Philippe Val)

« Le rire contemporain, ‘à tout bout de champ’, est un ricanement plus  qu’il n’est un rire. C’est le rire du ‘satisfait- de lui-même. C’est le rire du gros contentement de soi … Il a à voir avec le rire cruel de la cour de récréation qui se moque de l’handicapé, du mal habillé… … Expression effrayante de la suffisance barbare de l’homme en bonne santé face à l’homme disgracié, à l’homme différent, à l’homme malade. Nous assistons aujourd’hui, sous couleur de plaisanterie, au retour au rire originel. C’est l’époque d’un réensauvagement du monde par le rire. » (Pierre le Vigan) – Voir les émissions dites de divertissement, les Talk-shows, les lynchages médiatiques…

 

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