375,6 – Démocratie

– Equivalent laïc du mot sainteté.

– Forme politique apparue très récemment en Amérique du Nord puis en Europe, ne règne pas partout, et vraisemblablement ne règnera pas partout malgré sa forte tendance à l’hégémonie planétaire et à l’immortalité.

– C’est la forme politique où l’on peut discuter du sexe des anges (encore que la laïcité le permet-il  ?) mais pas de l’immigration, de l’assistanat, de l’identité, du libéralisme destructeur et corrupteur, de l’insécurité, de la politique pénale (ou de son absence), des choix de politique étrangère, des indemnités des élus et dignitaires, du classement officiel des gentils et des vilains…

– Elle implique la souveraineté du peuple que celui-ci remet un temps à Machin pour remplacer Truc et  faire le contraire, lequel avait remplacé Machin précédemment en faisant l’inverse.  Selon ce doux rêveur de Platon, supposait la vertu. Il est clair qu’on ne lit plus Platon.

-La profusion de médiateurs signe l’inefficacité, l’impuissance de la démocratie. 

– C’est la meilleure forme de pouvoir. D’une part pour les citoyens, en effet ceux-ci étant continuellement occupés par les joutes entre ceux qui se le disputent, n’ont absolument plus le temps, l’esprit et l’énergie pour s’occuper des questions sérieuses qui conditionnent leur présent et leur avenir ; ils peuvent donc se livrer en toute tranquillité à des jeux plus futiles. D’autre part pour les élus qui n’ont ni à prévoir ni à se sentir responsables, puisqu’ils jouiront d’une fastueuse retraite quand les conséquences de leur incapacité et de leur démagogie apparaîtront ; ils peuvent donc vider les caisses en toute tranquillité.

– C’est la forme politique où des gugusses peuvent inventer des projets stupides afin d’accroître leur popularité auprès de populations au préalable médiatiquement abruties ou qui font semblant d’y croire par faiblesse, portiques écotaxe, destruction de la Libye protectrice de nos rivages, prélèvement fiscal à la source, Notre Dame des landes, part du nucléaire dans la production d’électricité ramenée à 50% en 2025, etc. entre mille âneries et accumulations de mensonges et ainsi dilapider des milliards arrachés au peuple qui continuera à les applaudir. Aucun régime ne tolérerait un tel gaspillage et un tel mépris de la sueur du peuple. Des centaines de commissions, d’organismes, de comités, de députés (576, je crois) qui se réveillent chaque matin en se demandant quelle mesure nouvelle ils vont faire adopter pour accroître leur notoriété, rajouter au chaos, piquer du fric aux Français et les emmerder au maximum.

– Suivant le mot de Churchill, la démocratie est peut-être le moins mauvais des systèmes. C’est fort possible. Mais c’est aussi, surtout en France, le plus coûteux : perpétuelle démagogie, élections à répétition, multiplicité d’assemblées, de comités, commissions, autorités, observatoires de ceci et de cela…, myriades d’élus grassement rétribués pourvus de retraites rapides et conséquentes… Il faudrait présenter l’addition, mais il  ne faut pas abuser de la transparence.

– En tant que forme accomplie et indépassable de la gouvernance politique ne supporte pas d’autres formes. Son dévouement va même jusqu’à aller guerroyer (chez les autres) pour l’exporter. Les Irakiens y ont sûrement beaucoup gagné en sécurité. On peut comprendre les Printemps arabes, encore faudra-t-il un peu de recul avant de s’enthousiasmer stupidement tel un philosophe ou la meute journalistique. Confrontés au désordre et aux guerres civiles, les peuples concernés risquent de vite déchanter.    

– Néanmoins, la démocratie serait de loin le meilleur système si elle n’avait pas la prétention de se mêler de tout, d’étouffer l’individu, d’ériger le copinage en système, de multiplier les dignitaires et les sinécures, d’encourager la courtisanerie, et enfin, si elle avait la rigueur de n’accepter aux hautes fonctions que des gens francs, courageux et qui soient intellectuellement et moralement dignes.

– L’exercice de la démocratie supposait la stricte séparation des pouvoirs. Celle-ci n’a plus rien de strict, de par l’extension de l’Etat, le règne du népotisme, et du favoritisme, celui de l’arrivisme et de l’argent, la disparition du sens du devoir et notamment du devoir d’état, tous facteurs qui, réunis, entraînent la servilité quasi générale. L’Etat politique nomme à toutes les fonctions d’importance et d’influence (économiques, médiatiques…). On a donc affaire partout au même groupe solidaire. « Le fameux spectateur impartial (d’Adam Smith) voudrait voir freinée la conversion illégitime de toutes les formes de pouvoir entre elles : du pouvoir économique au pouvoir politique et l’inverse, du pouvoir bureaucratique au pouvoir politique, du pouvoir judiciaire en pouvoir politique et l’inverse, du pouvoir social en pouvoir politique, du pouvoir médiatique en pouvoir politique et l’inverse… » (Raymond Boudon – simplifié)

– On a une telle confiance en la démocratie, qu’on vient d’inventer la démocratie participative, l’autre ne l’était donc pas ? C’est à pleurer.

– Que l’on ne croit pas que je suis hostile à la démocratie, simplement il en est qui fonctionnent très mal, la France en est l’exemple le plus caricatural. Il n’est que de voir le choix de nos présidents depuis 1974 : un grand bourgeois arrogant démagogue et cupide (7 ans) – un manipulateur truqueur d’autant plus dangereux qu’il était intelligent et sans aucun scrupule (14 ans) – un imbécile à l’état chimiquement pur (12 ans) – un hâbleur, velléitaire et frénétique (5 ans) – un rigolo, blagueur et comique de niveau sous-préfecture (5 ans) – un produit énigmatique de la Silicon valley, fabrication artificielle des média (? ans)

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« Il n’y a jamais eu de démocratie qui ne se soit suicidée. » (Samuel Adams)

« Le mouvement démocratique qui emporte les hommes n’est pas nécessairement un mouvement vers le mieux. Il pourrait même au contraire, s’établir une sorte de matérialisme honnête qui ne corromprait pas les âmes mais qui amollirait et finirait par détendre sans bruit tous leurs ressorts. » (Hannah Arendt – citée par Alain Finkielkraut)

« Une démocratie est d’autant plus solide qu’elle peut supporter un plus grand volume d’informations de qualité. » (Louis Armand) – De qualité ! Quelle exigence.

Le seul régime à proclamer que l’histoire des Etats « doit être écrite non en vers mais en prose. » (Raymond Aron)

« La nature est aristocrate. Disons le après Schopenhauer : à un essor de démocratie niveleuse correspondrait une diminution de toutes les valeurs humaines. » (Lucien Arréat)

« Etonnante démocratie que celle qui omet durant des années de réglementer le financement de la vie politique et tente subitement de tourner la page au niveau d’une auto-amnistie. » (Jean Arthuis – cité par Philippe Bilger)

« Les affaires restent la seule façon aujourd’hui dans une démocratie de tenter un coup d’Etat. » (Florence Aubenas, Miguel Benasayag) – Sur ce dernier point voir l’éjection de François Fillon. 

« La démocratie qui semble être la règle du monde moderne et qui n’en est que la punition. » (Barbey d’Aurevilly)

« En libérant le pouvoir de la transcendance et en minant les hiérarchies, la modernité a rendu deux conséquences possibles : le pouvoir peut devenir fou, car il n’a plus de supérieur ; toute la puissance diffuse dans le corps social peut se concentrer dans l’appareil d’Etat et être imposée sans entraves à la masse de la population : à la place d’une hiérarchie, on a deux niveaux, une minorité de puissants et une majorité d’impuissants. » (Jean Baechler)

« Nous mourons de l’ignorance et de l’inintelligence de notre passé, du sot préjugé démocratique d’après lequel le ‘temps marche’. » (Jacques Bainville)

« Le temps de la démocratie manifestante. » (Georges Balandier) – Le temps des braillards.

« Le mal démocratique, aujourd’hui, c’est l’anesthésie cathodique de la vie politique. » (Georges Balandier)

« La vision marchande de la démocratisation est au cœur même de la stratégie américaine de construction des nations (après les avoir écrasées, Irak, Afghanistan) … Elle pose essentiellement que des marchés libres feront des hommes et des femmes libres, que les marchés et la démocratie sont quasi la même chose … Au vu de la fréquence avec laquelle les administrations américaines ont fusionné ‘marché’ et ‘démocratie’ … comment s’étonner que la différence entre capitalisme agressif et démocratie agressive échappe… » (Benjamin Barber) – D’où, on peut soupçonner que pour l’Amérique démocratisation ne signifie rien d’autre qu’ ouverture illimitée aux marchandises et contrats américains.

«  On ne peut pas faire cadeau de la démocratie à un peuple qui n’en veut pas, on ne peut pas l’importer dans une culture qui n’est pas prête à la recevoir … la démocratie ne s’enracine pas du jour au lendemain. » (Benjamin Barber) – Et pas sous la violence économico-militaire.

« Si on demandait leur avis aux gens, ils seraient pour la peine de mort et, sur l’immigration, vous imaginez ! » (Claude Bartolone, dirigeant socialiste, grand démocrate – cité par Cyril Bennasar)

« Le noir est l’uniforme de la démocratie. » (Baudelaire)

“Pourquoi les démocrates n’aiment pas les chats ? Il est facile de le deviner. Le chat est beau : il révèle des idées de luxe, de propreté, de volupté, etc. » (Baudelaire – Fusées)

« Nous avons un besoin pressant de simulation, fût-elle celle de la guerre, bien plus que de confiture ou de liberté et nous avons l’intuition immédiate des moyens pour y parvenir. C’est même l’acquis fondamental de notre démocratie : la fonction-image, la fonction-chantage, la fonction-information, la fonction-spéculation. Fonction aphrodisiaque, obscène, que celle du leurre. » (Jean Baudrillard)

« La Révolution n’appartient plus à l’ordre de l’imaginaire politique, mais à l’ordre économique et financier, à l’ordre technique et technologique …  Fukuyama affirme que les individus contemporains auraient renoncé à l’estime de soi, à la volonté d’être le meilleur,  à tout risque et tout courage en échange de la paix, de l’absence d’antagonisme sociaux et du confort social procuré par les biens matériels. La fin de l’histoire dans les sociétés démocratiques serait donc le résultat de l’accomplissement démocratique. » (tiré de Jean Baudrillard par Ludovic Leonelli)

« Elle n’est pas un régime politique, contrairement à l’idée reçue : elle est, selon Tocqueville, un état des mœurs et de la société. En ce sens, un état démocratique de la société peut se satisfaire de divers régimes politiques, depuis un système républicain, ce que nous avons tendance, en France, à confondre avec la démocratie en tant que telle, jusqu’à un système monarchique, dans le cadre d’une monarchie constitutionnelle par exemple (cas de nombreux pays d’Europe) … La question de la souveraineté populaire n’est donc pas celle du régime politique, mais bien celle de l’état des mœurs et de la société. » (Matthieu Baumier) – Qu’en est-il donc de l’état des mœurs et de la société en France ?

« Il faut peut-être entendre par démocratie, les vices de quelques uns à la portée du plus grand nombre. » (Henry Becque)

 « ’C’est le pire système à l’exception de tous les autres’ (Churchill). Il ne nous a pas pris en traître. Il n’a pas dit le meilleur système ; il a dit le ‘pire’. » (Frédéric Beigbeder)

« Tout se passe comme si la démocratie était devenue la dernière ‘valeur-refuge’. Elle n’apparaît plus comme un moyen pour atteindre le but souhaité, qui serait en principe l’accroissement de la justice pour tous, le développement de la liberté et la lutte permanente contre la barbarie, mais comme une fin en soi. » (Miguel Benasayag)

« En démocratie, on connaîtrait une sorte d’épiphanie, un sommet de l’évolution humaine … la démocratie moderne légitimée historiquement est devenue le point central depuis lequel elle juge tout autre organisation sociale, tout en distribuant des bons et des mauvais points aux différents systèmes sociaux du passé et surtout du présent … D’où cet absolu incontestable de la démocratie, selon lequel tout conflit n’est acceptable qu’à condition de ne pas remette en cause ses fondements … Principe du choix du peuple, mais respect à certaines conditions … Pour le discours dominant, elle est le seul modèle de société possible … mais comme toute société humaine, elle ne peut durer sans un ennemi qui la menace, qu’autant que dure sa sœur opposée, la barbarie. » (Miguel Benasayag, Angélique del Rey – Eloge du conflit)

« ‘Le combat est, de tous les être, le père’ (Héraclite). C’est penser en termes de processus, c’est penser que ce qui émerge ne le fait pas dans une harmonie possible … Dans les sociétés occidentales hyperformatées, l’idée même du conflit n’a plus de place. Il faut le brider, le maîtriser. Il n’est plus acceptable que sous sa forme unidimensionnelle ; celle de l’affrontement, de la lutte du bien contre le mal, de la santé contre la maladie, de la sécurité contre l’insécurité … Les conceptions de la vie commune tendent vers l’intolérance à toute opposition. Le minoritaire doit se soumettre à la majorité et, de plus en plus, contestataires et dissidents semblent relever de ‘l’anormal’ … La version dure du refoulement du conflit implique l’éradication de l’altérité … Une société de la transparence radicale ne connaît pas d’ennemi, seulement des ‘terroristes’, des ‘déviants’ à éliminer … Reconnaitre des conflits reviendrait à accepter ce qui s’oppose à la transparence … Accepter des conflits impliquerait que ‘d’autres’ puissent s’opposer à un certain ordre social ou religieux sans être pour autant des anomalies, des barbares à éliminer … Ce refoulement s’inscrit sous le signe de la croyance en un devenir d’harmonie et de justice universelles où tous les conflits seraient résolus … Loin d’être pacifiées, les sociétés contemporaines qui nient ou refoulent le conflit sont lourdes d’une violence extrême et sans limites … Faute de nouvelles procédures de régulation des conflits et contradictions entre les individus et la société, qui auraient dû succéder à l’occultation de ces conflits par l’autorité traditionnelle, les aspirations actuelles de l’individu devront être toujours davantage niées, écrasées ou manipulées de manière perverse. » (Miguel Benasayag, Angélique del Rey – Eloge du conflit – considérations éparses sur le conflit)

« Les prêtres de l’amour présentent comme la réalisation politique de leur idéal : la démocratie. » (Julien Benda)

« Le célèbre mot de Montesquieu, selon lequel le régime démocratique exige que tous ses fonctionnaires soient vertueux ; ce qui est évidemment le plus fort argument qu’on ait jamais produit contre ce régime. » (Julien Benda) – Et aussi sans doute ses élus ! 

« La métaphysique démocratique traite la constitution du royaume comme un problème d’arithmétique, elle accorde au nombre ce qui doit revenir à la qualité. » (Philippe Bénéton – résumant Edmund Burke)

« Je ne me souviens plus à quel moment je me suis réveillé d’un rêve si doux, ni quand exactement je suis devenu adulte. Peut être après ma première réunion de copropriété (exemple typique de confusion, d’inefficacité, de mesquinerie, souvent de règlements de comptes…), ou de parents d’élèves ou encore après avoir assisté à la rencontre d’un candidat à une élection locale avec les habitants de la commune. Mais je me souviens avoir éprouvé la même consternation que celle qui m’a abattu quand j’ai regardé l’une des diffusions du grand débat à la télévision. J’ai retrouvé à grande échelle les mêmes petites préoccupations et les mêmes minables doléances. J’ai compris une fois encore combien le besoin d’égalité peut être une passion triste et l’envie de solidarité de l’envie tout court. » (Cyril Bennasar – évoquant le rêve anarchiste de démocratie directe, baptisée parfois de l’expression démocratie participative, et autres fadaises pour gogos)

« Chaque fois qu’au monastère se présente une affaire importante à traiter, l’abbé convoquera la communauté tout entière … que tous les frères soient appelés afin de délibérer, car souvent Dieu inspire aux plus jeunes les meilleures suggestions. » (règle de saint Benoît) – la démocratie n’aurait donc pas attendu les révolutionnaires de 89 et les politicards actuels. Est-ce pensable ?

« En ouvrant à toutes les ambitions les perspectives du pouvoir, la démocratie facilite beaucoup son extension. Car, sous l’Ancien Régime, les esprits capables d’exercer une influence, sachant qu’ils n’auraient jamais part au pouvoir, étaient prompts à dénoncer son moindre empiètement. A présent que tous sont prétendants aucun n’a d’intérêt à diminuer une position à laquelle il espère un jour accéder, à paralyser une machine dont il espère user à son tour. » (Alain de Benoist) – Y compris pour les privilèges scandaleux. D’où la complicité objective des politiciens dans certains domaines.

« Les valeurs étant exclues de ses préoccupations, laissant ainsi le champ libre à l’affrontement des intérêts, les lois y ont autorité dès lors qu’elles sont conformes à la Constitution et aux procédures prévues pour leur adoption. La légitimité se réduit alors à la légalité. Cette conception positiviste-légaliste de la légitimité invite à respecter les institutions pour elles-mêmes, comme si celles-ci constituaient une fin en soi… » (Alain de Benoist –sur l’Etat de droit) 

« Le principe politique de la démocratie n’est pas tant que la majorité décide, mais que le peuple  soit souverain. Le vote n’est lui-même qu’un simple moyen technique de consulter et de révéler l’opinion … la démocratie ne saurait se confondre avec les moyens dont elle use, pas plus qu’elle ne saurait se ramener à une idée purement arithmétique ou quantitative. » (Alain de Benoist)

« Il n’existe pas de lien nécessaire entre liberté individuelle et régime démocratique. La réponse à la question : ‘Qui me gouverne ?’ est logiquement distincte de la question : ‘Jusqu’où le gouvernement s’ingère-t-il dans mes affaires ?’ » (Isaiah Berlin)

« Comme toutes les grandes révolutions, la Révolution française, du moins sous sa forme jacobine, a été une manifestation soudaine du désir de liberté positive de la part de nombreux Français qui, en tant que nation, ont eu le sentiment de s’émanciper, bien que, pour beaucoup d’entre eux, il en est résulté une réduction des libertés individuelles, du domaine de la liberté négative … Les libéraux de la première moitié du XIX° siècle ne se trompaient pas, lorsqu’ils prédisaient que cette liberté ‘positive’ n’aurait aucun mal à détruire bien des libertés ‘négatives’ … que la souveraineté du peuple risquait de l’emporter sur celle des individus … Mill et ses disciples parlaient de la tyrannie de la majorité, de la ‘tyrannie de l’opinion dominante’ et ne voyaient pas de grande différence entre elle et toute les autres formes de tyrannie qui violent les frontières de la vie privée individuelle … Pour un individu, il n’y a guère de différence entre être écrasé par un gouvernement populaire, un monarque ou des lois répressives … Souverainetés qui ne font que déplacer le fardeau de l’esclavage … C’est l’existence même d’un pouvoir absolu qui met en danger la liberté … Certes la démocratie peut désarmer une oligarchie, une caste de privilégiés (pour bien vite en reconstituer une autre), mais aussi écraser les individus avec autant de cruauté qu’un dictateur … Avoir un droit égal d’opprimer ne signifie pas être libre. Si je consens à être opprimé, ou accepte ma condition avec indifférence ou ironie, suis-je pour autant moins opprimé ? … Si la liberté n’implique aucune limite au pouvoir de quiconque de m’obliger à faire ce que je ne veux pas, alors, quel que soit l’idéal au nom duquel je suis contraint, je ne suis pas libre ; une doctrine de la souveraineté absolue est une doctrine de la tyrannie, quel que soit son déguisement. » (Isaiah Berlin – reprenant une argumentation de Benjamin Constant)

« Les démocraties impériales sont des démocraties en rut. » (Georges Bernanos – cité par Philippe Muray) – Encore Bernanos n’a-t-il pas connu l’excellent G. W. Bush dans ses œuvres d’exorciste de l’axe du mal.

« Les démocraties ne peuvent pas plus se passer d’être hypocrites, que les dictatures d’être cyniques. » (Georges Bernanos)

« Il est de l’essence des démocraties de justifier moralement leurs combats, de démoniser l’adversaire, d‘angéliser l’allié. C’est ainsi que l’Allemagne fut démonisée abusivement en 1914 et la Russie angélisée en 1941. » (Alain Besançon) – Et quand on masque hypocritement ses intérêts derrière une morale quelconque on est prêts  à commettre toutes les atrocités.

« Je crois deviner dans les pays récemment libérés du carcan soviétique comme une sourde déception : la démocratie ne promet rien, n’offre aucune perspective sinon celle de consommer … Tocqueville avait vu juste quand il disait que la démocratie risque de verser dans son contraire (le despotisme) si elle est incapable de ménager une dimension d’espérance à ses membres … Le défaut d’une altérité (d’un ailleurs, d’une utopie, d’un vis-à-vis) est profondément déstabilisant et déstructurant … Pour être émancipatrice, une politique doit se tenir à hauteur de l’irrationnel qui est indissociable de l’humain. » (Jean-Michel Besnier – après la disparition de l’altérité que constituait l’ennemi soviétique)

« Une société qui a expulsé tous les éléments de sacralité s’expose à la déliquescence et surtout, elle risque de laisser s’installer des puissances qui sauront réactiver des pôles d’attraction, en misant sur le fanatisme et le goût pour l’exaltation collective qui sont, en l’homme, irrépressibles. » (Jean-Michel Besnier)

« La première phase d’une démocratie triomphante est de détruire les anciennes aristocraties, la seconde d’en créer de nouvelles. »(Gustave Le Bon) 

« La politique démocratique repose sur un principe de renouvellement permanent, chaque changement de majorité entraînant une rupture qui est rarement profonde mais qui doit, sur le moment, donner l’impression de l’être. » (Jean Borie)

« Pourquoi les milieux politiques français confondent si facilement l’opinion des groupes d’influence avec l’opinion publique et pourquoi ils accordent davantage d’attention aux premiers … Ce qui menace les démocraties et la démocratie française plus que d’autres, c’est en fait la tyrannie des minorités … Le droit consenti aux associations de se porter partie civile … ce qui leur accorde un pouvoir considérable (notamment de dénonciation, de terreur et une grande motivation à la poursuite de bénéfices financiers). A ce sujet, un économiste et sociologue américain, Mancur Olson, a identifié le mécanisme qui est à l’origine de ce pouvoir … Lorsqu’un petit groupe organisé cherche à imposer ses intérêts ou ses idées à un grand groupe non organisé (majorité silencieuse), il a de bonnes chances d’y parvenir … ‘effet d’exploitation du gros par le petit’. En effet, les membres du grand groupe, non organisé, ont alors tendance à espérer qu’il se trouvera des candidats pour organiser la résistance au petit groupe organisé et à en assumer les coûts (et les coups), profitant ainsi, en quelque sorte, d’une espèce de ‘billet gratuit’C’est la loi d’airain de l’oligarchie (dissimulée derrière la démocratie) qui tend à conférer un pouvoir indistinctement à tous les lobbys … Ces groupes d’influence comportent une forte proportion d’acteurs partiaux (et puissants) … En raison de la concentration du pouvoir qui la caractérise, la France est plus exposée … à l’effet ‘Olson’ … A l’autre extrémité du spectre des groupes d’influence se situent les groupes de connivence… partageant ce que Robert Merton a dénommé une ‘hémophilie de valeurs’. Ainsi nombre de journalistes partageant largement des vues communes sur le politiquement ou le culturellement correct … Ainsi s’explique la persistance des phénomènes idéologiques même négatifs (lecture globale, pédagogie de type rousseauiste, histoire mythique de la Révolution de 89, diabolisation de l’entreprise, laxisme pénal ; tous phénomènes de pensée unique, de politiquement correct, de terrorisme intellectuel) … On peut ajouter réciproquement qu’un pouvoir concentré ne peut être fort qu’à condition de ne pas être démocratique (exemple de la Chine…) … Le politiquement correct est le fait davantage de minorités actives et de groupes d’influence (il permet à l’oligarchie de garder le pouvoir) » (Raymond Boudon) L’effet Olson joue pleinement pour la chasse aux subventions et exonérations (qui opèrent aux dépens de la grande masse des contribuables inorganisés) – La plupart des politiciens sont issus de ces groupes de pression, leur doivent leur carrière – Cet effet Olson se retrouve dans le phénomène que les sociologues, du travail notamment, appellent le passager clandestin : celui qui profite de l’effort des membres d’un groupe pour bénéficier des avantages sans guère contribuer.

On peut rapprocher de cet effet Olson ce que Jared Diamond appelle la ‘tragédie des communs’ – « Prenez une situation dans laquelle beaucoup de consommateurs partagent une ressource qu’ils possèdent en commun … Si chacun surexploite la ressource, elle diminuera et  finira par disparaître … Mais tant qu’il n’existe pas de régulation efficace (et contraignante), chaque consommateur a raison de se dire ‘si je n’attrape pas ce poisson ou si je ne laisse pas mes moutons brouter cette herbe, un autre le fera, je n’ai donc pas de raison de me retenir. Le comportement rationnel consiste à consommer avant que l’autre puisse le faire. » (Jared Diamond) 

De plus, une position peut être « embrassée par d’autres parce qu’il leur paraît stratégiquement opportun de se rallier à l’opinion dominante … Des raisons instrumentales ou stratégiques  poussent à suivre la foule, redoutant l’isolement, ils se joignent à elle. » (Raymond Boudon) – De plus encore, si la minorité qui détient la parole fait preuve d’autoritarisme et même de terrorisme intellectuel et matériel (cas en France).

« La démocratie porte sa propre mort. La démocratie, c’est l’acceptation plurielle de toutes les positions possibles sur une même question. Et parmi les réponses possibles, il y a aussi la mort de la démocratie. » (Daoud Boughezala – à propos des positions djihadistes – A ceci près que la démocratie accepte tout, sauf les réponses de son propre peuple.

« La totalité de l’extension, ‘pour tous’, est devenu l’argument ultime de la vérité, comme le dernier avatar d’une démocratie qui ne se contente plus d’être majoritaire, mais aspire à l’unanimité pour dire son fait. » (Pierre Boutang) – Par exemple, le mariage. Indépendamment du sujet, cette proclamation d’universalité et d’unanimité sent son totalitarisme.

« La démocratie fait prendre les décisions par une assemble de votants. Or, il est une condition que les votants doivent remplir à tout le moins, c’est d’exister … Sur les personnes qui ne sont pas encore là la démocratie n’a rien à dire, ne peut rien dire, n’a le droit de rien dire … Elle se concentre exclusivement sur le présent … ‘Quand ils se sont accoutumés à ne plus s’occuper de ce qui doit arriver après leur vie, on voit les hommes retomber brusquement dans cette indifférence … de l’avenir qui n’est que trop conforme à certains instincts de l’espèce humaine’. » (Rémi Brague – citant Alexis de Tocqueville) – En démocratie on prévoit jusqu’à la prochaine élection, en France, c’est au plus l’année.

« Un des traits caractéristiques de nos sociétés est l’absence de toute instance qui serait compétente et responsable pour le très long terme … Il s’agirait de trouver pour nos démocraties un équivalent conscient et voulu de la fonction que les monarques étaient jadis bien obligés de remplir. » (Rémi Brague) – Oui, mais ces derniers n’étaient pas obsédés par leur réélection la semaine prochaine. De plus, compétence et responsabilité, en démocratie ?

« La démocratie implique la possibilité de ‘jeter les vauriens à la porte’, ce qui est une excellente chose. Mais elle réduit à un bref espace de temps les possibilités d’agir réellement. Ce qui implique que les décisions qui doivent orienter un pays pendant très longtemps soient prises par des gens qui exercent un pouvoir tout à fait éphémère … Les sociétés traditionnelles étaient pour la plupart gouvernées par un monarque … se considérant comme faisant partie d’une dynastie, d’une lignée … héritiers d’un passé  … et devant préserver le royaume dans le futur. le transmettre en bon état. Ils pensaient à long terme … parce qu’ils ne pouvaient pas faire autrement … parce que le modèle sous-jacent pour l’ensemble de leur action était la famille. » (Rémi Brague) 

« L’outil pratique de cet idéal politique (la démocratie) est bien la parole … Deux promesses solidaires : d’une part, nous pouvons, ensemble, sur la base d’une égalité de parole, décider et discuter de notre destin ; d’autre part, nous pouvons pacifier la conflictualité tout en gardant la dynamique de nos différences. La démocratie est d’abord une pratique de la ‘prise de parole’, dans des dispositifs dont les normes sont régies par le principe de symétrie … Ce qui suppose que toutes les opinions soient également légitimes … ‘Ma parole vaut la vôtre’ … ce qui signifie, non pas équivalence des opinions, mais leur légitimité. » (Philippe Breton) – Rêvons, renonçons à l’insulte, à la calomnie, à la dissimulation, au mensonge, au lynchage, au mépris, à la censure, aux poursuites…

Mais l’auteur sait rentrer dans le rang : « Lorsque la démocratie est menacée, est-il légitime d’utiliser des méthodes non démocratiques pour défendre la démocratie. La réponse est évidemment oui. » On peut faire confiance à l’oligarchie dominante, et à l’auteur, pour savoir quand la démocratie est menacée, et par qui. « Il serait indispensable de ne pas autoriser, dans l’espace public, certains discours … en fonction de leur caractère contraignant par ceux qui les reçoivent. La démocratie s’honorerait, et se protègerait d’établir des normes à ce sujet. » Ce qui suit, s’appelle comment ? « Ne pas autoriser à tout dire n’est pas forcément censurer. » – M. Breton peut être satisfait. La censure est là, les inquisiteurs, les dénonciateurs et les lyncheurs ont répondu présent.

« ‘J’ai le droit de savoir, j’ai le droit de dire, j’ai le droit de décider’ ; le triumvirat démocratique et le torrent participatif. » (Gérald Bronner – La démocratie des crédules)

« La démocratie est bonne – Cette décision est prise démocratiquement – cette décision est bonne. » (Gérald Bronner)

« En posant trois buts aussi contradictoires et irréalisables que la liberté, l’égalité et la fraternité, elle entretient au sein des communautés humaines un foyer de conflit pour l’éternité. » (Pascal Bruckner)

« Si être moderne, c’est se montrer incapable de prendre parti du sort qui nous est fait, alors la démocratie devient le régime de la plainte autorisée : elle alimente un désir qu’elle ne peut assouvir, aiguise les impatiences, rend légitimes les envies les plus folles. » (Pascal Bruckner) – Trouille de rester sur place. Ne pas rester ; avancer, n’importe où, n’importe quand, n’importe comment, avec n’importe qui… Le bougisme de Taguieff.

« Une démocratie peut mourir de l’autoritarisme rampant, du poison totalitaire ; mais aussi du dépérissement de ses propres valeurs, invoquées à tout propos pour satisfaire les aspirations les plus folles de tel groupe, de telle minorité. » (Pascal Bruckner) – Quel  genre de mort avons-nous choisi ?

« L’envie est le ver qui s’attaque aux racines des démocraties. » (Paul Brulat)

« La démocratie, ce n’est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité. » (Albert Camus) – Peut-être, ailleurs qu’en France ?

« La démocratie est un système politique … Très nombreux, et certainement majoritaires même, sont les champs de l’activité ou de la réflexion humaines, à commencer par l’amour, où la démocratie n’est pas pertinente. J’ai nommé ailleurs ‘hyperdémocratie’ la transposition du système démocratique du champ politique à divers autres champs où selon moi il n’a que faire (voire à tous les champs) … Ni la famille, ni l’éducation, ni la culture, ne peuvent s’accommoder de l’égalité … L’effet dévastateur de la démocratie dans des domaines qui sont incompatibles avec elle. » (Renaud Camus) – En termes modernes qui n’ont plus aucun sens, démocratie égal égalité et vice versa. On met le mot démocratie partout, en arrivant même à ridiculiser, infantiliser, la notion, le concept qui avait pourtant, jadis, belle allure.

« Je ne crois pas à la sagesse collective de l’ignorance individuelle. » (Thomas Carlyle)

« Comment la démocratie, dorénavant devenue inévitable, et la Souveraineté toujours indispensable, peuvent-elles coexister ? » (Thomas Carlyle) – Très mal. 

« Le principe démocratique à contribué à l’affaissement de la civilisation en empêchant le développement de l’élite. » (Alexis Carrel)

« Plusieurs événements très inquiétants se sont produits aux États-Unis, en Italie, et en France cet été. Sous des prétextes parfois grossiers, l’on a vu la justice pénale de chacun de ces trois pays tenter soit de mettre en cause le choix démocratique des peuples, soit de peser sur les processus mêmes de ces choix. Cette forme d’instrumentalisation de la justice est relativement nouvelle. Mais elle s’inscrit dans un processus déjà ancien. Pour la remettre dans le droit chemin (la démocratie), la fin justifie les moyens. Avec les atteintes aux libertés et l’instrumentalisation de la justice pénale si nécessaire. » (Régis de Castelnau) – Effectivement l’intoxication par les média ne suffit plus à annihiler le peuple, aussi faut-il employer des moyens de plus en plus brutaux.

« Une démocratie ne peut fonctionner que dans la discussion, l’ouverture, le conflit des opinions… » (Cornelius Castoriadis) – Ce qui exclut la terreur pratiquée actuellement.

« Les pseudo-‘démocraties’ occidentales contemporaines ont rendu pour une grande partie en fait privée la sphère publique : les décisions vraiment importantes sont prises en secret et dans les coulisses (du Gouvernement, du Parlement, des Appareils des partis – et surtout du groupe occulte de pression-décision quasi propriétaire de l’Etat). » (Cornelius Castoriadis) – Ce qui réduit passablement la notion de démocratie.

« Aucune analyse sérieuse ne peut contester que les régimes qui s’autoproclament démocratiques sont en réalité ce que tout philosophe politique classique aurait appelé des régimes d’oligarchie … C’est le même personnel, pas même 1 pour cent de la population, une couche mincissime de la société qui domine et gouverne. Elle coopte ses successeurs, de façon quasi héréditaire …. Certes, elle est libérale : elle est ouverte (plus ou moins…) et elle se fait ratifier tous les cinq ou sept ans par un vote populaire. Si la fraction gouvernementale de cette oligarchie exagère trop, elle se fera remplacer par l’autre fraction de l’oligarchie, qui lui est de plus en plus pareille … Le vide effarant des discours politiciens contemporains reflète cette situation. » (Cornelius Castoriadis)

« Nous voulons l’autonomie, mais pour faire quoi ? … En soi la démocratie (la société autonome, à la fois démocratique et privée de référence transcendante, est celle où ‘c’est nous qui décidons’ – par opposition à la société hétéronome, celle dont le Législateur a dû honorer les dieux de sa propre sagesse) n’est pas le dernier mot. Derrière le régime politique, il faut pour le soutenir un régime des mœurs … Impossible de fabriquer une constitution qui interdise par exemple qu’un jour 67% des individus prennent ‘démocratiquement’ la décision de priver les 33% autres de leurs droits … .La seule limitation que peut connaître la démocratie, c’est l’autolimitation. Et celle-ci, à son tour, ne peut être que la tâche des individus éduqués dans, par et pour la démocratie. » (Cornelius Castoriadis)

« On appelle sans pudeur ‘démocratiques’ des sociétés où non seulement les citoyens, mais même les avocats ne connaissent pas la loi et ne peuvent pas la connaître. » (Cornelius Castoriadis) – On a réussi, enfin, à larguer tout le monde. Diffusion du brouillard propice à toutes les malversations.

« Les faiseurs d’Histoire sont infiniment plus rares que les tripoteurs de politique ; nos démocraties, éreintées, ne vivent plus que par saccades des présents sceptiques ouvrant sur des avenirs douteux. » (Jean Cau)

« La quantité est démocratique ; la qualité non. » (Jean Cau)

« La démocratie française n’est trop souvent qu’un principe, d’autant plus pur qu’il n’est pas galvaudé par la pratique. » (Bernard Charbonneau)

 « La tradition n’est que la démocratie prolongée à travers le temps. C’est la confiance faite à un chœur de voix humaines ordinaires plutôt qu’à quelque récit isolé ou arbitraire. La tradition étend le droit du suffrage au passé. C’est le vote recueilli de la plus obscure de toutes les classes, celle de nos ancêtres. C’est la démocratie des morts. La tradition refuse de se soumettre à la petite oligarchie arrogante de ceux qui n’ont fait que de naître et déambulent à la surface de la terre. Les démocrates n’admettent pas que des hommes soient disqualifiés du fait des circonstances fortuites de la naissance ; la tradition n’admet pas qu’ils le soient du fait de leur mort … Mais la petite et arrogante oligarchie des vivants a  eu raison de la tradition. » (Chesterton)

‘La dissémination mondiale des marchés et de la démocratie constitue une cause principale, aggravante, de la haine de groupe et de la violence ethnique. » (Amy Chua, professeur à Yale – cité par Benjamin Barber) – Puisqu’on lie les deux : démocratie en surface et fric pour les requins.

« Le meilleur argument contre la démocratie est une conversation de cinq minutes avec l’électeur moyen. » (Winston Churchill) 

« La démocratie est tout ensemble le paradis et le tombeau d’un peuple. La vie n’a de sens que par elle ; mais elle manque de vie … Bonheur immédiat, désastre imminent … Elle ne procure plus aucun frisson et, en tant qu’aspiration, elle est fade et anachronique. » (Emil Cioran)

« Le peuple se choisit une élite politique qui lui ressemble … Le peuple a l’élite politique qu’il mérite … ‘Nous ne plaçons pas notre confiance dans ceux qui nous gouvernent, mais dans ceux qui doivent les choisir’ … Si le peuple n’est pas vertueux, non seulement il n’est plus capable de choisir des élites dignes de ce nom, mais aucun contrepoids théorique (institutions…) ne pourra garantir la sécurité, la liberté, le bonheur. Tout le système politique moderne repose sur la vertu populaire, et celle-ci s’étant largement désagrégée, celui-là menace de s’effondrer sous le poids des factions. » (Frédéric Saint Clair –reprenant largement James Madison, 178?) 

« Le profil en vogue est celui du gagneur. Comme il est naturel en démocratie, les ridicules des hommes politiques sont à l’image des nôtres : ils désirent, conquièrent, séduisent et se piquent volontiers d’être en prise avec la réalité. Pour ma part, je préfèrerais qu’ils soient en dehors et sachent la dominer, mais c’est sans doute trop demander. » (Christian Combaz)

« Toute culture humaine n’appelle pas la démocratie … Une menace consiste à croire qu’il n’y a aucun problème dans la société qui ne trouverait pas de solution par extension de la démocratie … On voit dans la démocratie une tendance à mettre l’idée démocratique partout, à vouloir que tout soit démocratique dans la société démocratique (Ce qui est une dictature comme une autre, avec, en plus, garantie d’inefficacité) … Si tout ne peut pas être démocratique dans une société démocratique … c’est pour un principe de distinction des diverses instances de la société stipulant qu’il faut respecter des domaines différents … sauf à déstructurer les institutions, à faire éclater la société, et finalement à produire la mort de la démocratie elle-même … Oublier les conditions non démocratiques de la survie de la démocratie entraîne une usure du principe démocratique. » (Guy Coq – sous-entendant le principe d’autorité notamment) 

« Personne ne veut plus admettre que la démocratie est un moyen, et qu’elle est donc temporaire. On en a fait une fin en soi, animée d’une téléologie progressiste … La fin des démocraties est marquée par les mêmes symptômes : les libertés deviennent des crimes, les droits deviennent des privilèges, le bavardage remplace la pensée, le langage devient technique et rhétorique, les discours tiennent lieu d’action et les déjections de discours, les lois nourrissent les bureaucrates qui les votent et les administrent, l’Etat est à la fois omniprésent et impotent. » (Maurice G. Dantec) – Je ne sais si c’est la fin des démocraties, mais la description est exacte.

« C’est la première fois, dans l’Europe contemporaine, qu’aucun parti ou fragment de parti n’essaie plus de seulement prétendre qu’il tenterait de changer quelque chose d’important … On en a fini avec cette inquiétante conception, qui avait dominé durant plus de deux cent ans, selon laquelle une société pouvait être critiquable et transformable, réformée ou révolutionnée … Jamais censure n’a été plus parfaite. Jamais l’opinion de ceux à qui on fait croire encore, dans quelques pays, qu’ils sont restés des citoyens libres, n’a été moins autorisée à se faire connaître chaque fois qu’il s’agit d’un choix qui affectera leur vie réelle. Jamais il n’a été permis de leur mentir avec une si parfaite absence de conséquence. Le spectateur (de la société du spectacle) est censé ignorer tout, ne mériter rien. » » (Guy Debord – La société du Spectacle) – Jamais un roi n’oserait se conduire comme certains élus.

« La démocratie libérale préfère être jugée sur ses ennemis que sur ses résultats. » (Guy Debord) – En effet, elle a impérativement besoin d’épouvantails ( en …isme) pour faire oublier ses piètres résultats.

« La démocratie c’est ce qui reste de la république quand on a éteint les lumières. » (Régis Debray) – « Perversion de la république comme l’avaient pressenti Montesquieu, Tocqueville et d’autres. » (Jean-Paul Brighelli)

 « Non ce n’est pas la démocratie qui est obscène ! C’est la scène républicaine qu’il faut sauver de l’obscénité, au moment où la politique devient le tout-à-l’ego d’un pays en proie aux tyrannies de l’audimat, de l’émotif et de l’intime … ‘ob-scenus’ : ce qui reste d’un homme quand il ne se met plus en scène (‘ob’ : à la place, en échange de). Quand s’exhibe ce que l’on doit cacher ou éviter … Une société qui, parce qu’elle ne supporte plus la coupure scénique, confond le moi et le surmoi, le nous et le je, l’ambition collective et l’ambitieux tout court. Qui fait passer la personne de l’écrivain avant son écriture, l’homme d’action avant son action et le musicien devant la musique. » (Régis Debray) – Obscène, : quand s’abandonne la distance et la retenue, s’efface le recul, quand se discrédite le spectaculaire, déballage et ‘coming out’.

« Les antidémocrates, et déjà Aristophane, avaient raison de faire remarquer que l’imbécillité la plus grande consiste à porter un imbécile au pouvoir par souci d’égalité. » (Chantal Delsol) – Qu’en pensent messieurs Chirac et Hollande ?

« La démocratie contemporaine est devenue la seule pierre d’angle jugée intouchable. Prête à l’intolérance, elle pratique, faute de moyens inquisitoriaux qu’elle réprouve (mais qu’elle utilise), l’ostracisme verbal … On ne marque pas là où le dissident se trompe, on serait bien en peine, mais on caricature sa pensée, on l’injurie, on le ridiculise jusqu’à le faire taire … La vérité gêne la démocratie, parce que toujours la vérité oblige, alors que la démocratie prospère dans la liberté … La démocratie est devenue l’idole nouvelle, qui interdit la pensée parce qu’elle capte toute vérité et tout bien à elle seule … Elle remplace les idéologies mortes … avec bonheur, car elle ne terrorise pas. » (Chantal Delsol)

« La liberté démocratique engendre la douceur qui … réclame un bonheur bientôt matérialiste. C’est pourquoi Tocqueville écrivait que la démocratie, fondée sur un capital spirituel, vit en épuisant peu à peu ce capital qu’elle est incapable de renouveler … Celle-ci réclame si elle ne veut se détruire elle-même, de ne pas rabaisser ses prétentions au point de  tomber dans l’inconsistance et l’insignifiance. » (Chantal Delsol)

« La démocratie exige, non seulement le respect des lois mais un certain type de comportement qui sous-tend les lois. Il y a a une sorte de paysage de la démocratie. Chez les anciens Grecs, ce paysage c’était l’attitude égalitaire … De nos jours, le paysage démocratique c’est l’ouverture à l’universel, le progressisme, la tolérance, voire une forme de relativisme. Une personnalité qui fait preuve de particularisme, de conservatisme, d’intolérance est jugée antidémocrate avant même d’avoir fait la preuve de son mépris de l’institution. » (Chantal Delsol)

« La démocratie a été dévoyée par sa radicalisation idéologique (autrement dit, on a voulu l’appliquer  de manière systématique à la famille, à l’armée ou à l’université qui ne sont pas faites pour ça. Comme si la démocratie était prise d’une ivresse de pouvoir) … Les vertus même de la démocratie (la liberté, l’émancipation, l’égalité) ont des limites … La démocratie est ‘sortie de son lit’ … régime politique elle est devenue une idéologie qui envahit tout … des secteurs où elle n’a rien à faire … Si la démocratie va mal, il faut plus de démocratie, comme si l’Europe va mal, il faut plus d’Europe … La démocratie est faite pour la société civile qui, société ouverte, n’a pas de finalité préexistante. Tandis que les sociétés particulières (universités, syndicats…)  sont des sociétés fermées, au sens où leurs finalités sont données avec leur naissance … Une démocratie raisonnable n’est pas seulement celle des vivants … mais aussi celle des morts (Chesterton) et des futurs vivants … La France qui creuse en permanence son déficit qui sera payé par nos enfants, défend une démocratie de l’instant, soit une démocratie tronquée. » (Chantal  Delsol – commentée par Charles-Henri d’Andigné)

«  Nos démocraties contemporaines sont des simulacres. On choisit des candidats puis celui qui occupe la fonction suprême mais à la condition que ces candidats soient validés et préfiltrés par le système lequel est le système financier et le lieu de pouvoir de ces 1% de la population qui possède plus de 99% de la richesse mondiale (8 personnes au monde possèdent même en patrimoine ce que possède la moitié de la population planétaire la plus pauvre – une autre source dit 62 personnes, la différence n’a aucune importance) … cela permet de comprendre que nos démocraties sont aujourd’hui des simulacres  … Il était donc nécessaire de virer Fillon. » (Régis Desmarais)

« Pour les théoriciens de la démocratie libérale, démocratie et libéralisme économique et culturel seraient intimement liés et ne pourraient aller l’un sans l’autre … Or le cas de la chine communiste évoluant vers un capitalisme débridé et mondialisé va à l’inverse de cettet thèse. » (Alexandre Devecchio)

« L’espèce la plus inapte (contre-exemple à la loi darwinienne), le triomphe d’une espèce qu’on peut qualifier de débile, qui a réussi au-delà de toute mesure … inventant des fictions pour pouvoir vivre (Dieu en place de mâle dominant, le peuple, la nation, le prolétariat, la fiction humanité… la métaphysique greffée sur un défaut de l’homme pour y obvier), le désir de ce petit sujet pour la soumission, pour les grands Sujets garantissant son existence, dont il a besoin pour être sujet (les grands récits de légitimation, récits religieux ou récits politiques) en voie d’épuisement le livrant ainsi à lui-même … Peut-on se passer de Tiers ? » (Dany-Robert Dufour) – L’homme peut-il se passer de métaphysique, peut-il se passer de Tiers dominant ?

 « Tocqueville a montré pourquoi les sociétés qu’il nommait démocratiques sont constamment énervées ; c’est paradoxalement parce qu’elles sont égalitaires qu’elles sont envieuses. Les hommes supportent d’autant plus douloureusement le poids de l’inégalité que celle-ci se fait plus légère. » (Jean-Pierre Dupuy)

« L’individu moderne est en guerre avec lui-même : pour être relié à soi, il faut être séparé de soi. Du politique à l’intime, la conflictualité est le noyau normatif du mode de vie démocratique. » (Alain Ehrenberg – traitant de la dépression) – Et c’est catastrophique.

« La triade asthénie, insomnie, anxiété est une réponse comportementale et affective au changement incessant qui imprègne le quotidien des sociétés démocratiques. » (Alain Ehrenberg) 

« Démocratie : conjonction de démoniaque et d’autocrate. Un démocrate est un citoyen assez candide pour croire à l’avènement d’un système fondé sur l’infaillibilité d’une foule d’individus, appelée peuple. » (Georges Elgozy)

« Le public exigeant une propagande (un ensemble explicatif parlant à l’intelligence, au cœur et aux forces vitales), si l’Etat ne veut pas laisser celle-ci à un parti … il doit se faire lui-même la propagande … L’Etat démocratique doit devenir un Etat propagandiste. » (Jacques Ellul)

« Quand on nous parle de ‘démocratie massive’ et de ‘participation démocratique’, ce sont des termes voilés pour signifier ‘religion’. » (Jacques Ellul) 

« La démocratie organisée …  n’est rien d’autre que la constitution d’un système féodal structuré sur d’autres bases que la propriété terrienne, mais présentant les mêmes caractères sociologiques, et les cadres professionnels des partis, syndicats et mouvements représentent parfaitement la hiérarchie des nouveaux seigneurs. » (Jacques Ellul – L’illusion politique – sur le professionnalisme et les arrangements à l’intérieur, et entre appareils)

«  Â l’ère des droits égaux, être victime est une vertu, être vainqueur est un défaut. La démocratie a effectué ce tour de passe-passe en faisant passer la bassesse pour de l’humilité, la soumission pour de la tolérance, le Bien pour un bien, et la lâcheté pour de la patience … La faiblesse se fait passer pour du mérite … elle est sans limites et ses moyens sont démesurés ; elle n’a aucun scrupule à invoquer un secret d’Etat ou une dictature des juges pour masquer le fait qu’elle a piqué dans la caisse … La victime, fille aînée de la démocratie … consécration de  la victoire des victimes. » (Raphaël Enthoven –  évoquant Nietzsche)

« La démocratie est un cocktail complexe : un soupçon de mensonge lui convient. Toute honte bue, nous en avalons aujourd’hui des rasades. La tyrannie, l’oligarchie, l’aristocratie, la monarchie s’affirment sans scrupules… La démocratie elle est atypique  …On se leurre de mots et d’affirmations argumentatives : ‘Nous qui sommes en démocratie…’, ‘Dans un pays démocratique…’, ‘Dans une démocratie comme la nôtre…’. » (Alain Etchegoyen) – Régime du bla, bla, bla.

 « Pour parler de la démocratie, il fallait par principe être démocrate. On ne discute pas avec les ennemis du peuple. Dés lors la démocratie se débat dans ses palinodies sans assumer des difficultés essentielles … Pourtant la démocratie vit nécessairement des contradictions … mais tout se passe comme si leur légitimité propre obligeait à les taire collectivement, voire à mentir pour éviter que le concept même de démocratie ne devienne l’objet d’un soupçon généralisé. » (Alain Etchegoyen) – C’est ainsi qu’on méprise et qu’on tait le réel, c’est ainsi que naît le mensonge systématique.

 « La démocratie a presque toujours été analysée sans intégrer le phénomène du pouvoir, auquel elle ne peut échapper puisqu’elle est une forme de gouvernement, politique par définition … Le pouvoir est toujours abstrait, il n’est jamais nommé comme tel. » (Alain Etchegoyen) – L’évoquer serait contredire la farce qui consiste pour les politiciens à faire croire qu’ils sont comme tout le monde, et au service de tous.

 « La démocratie suppose qu’un homme rejeté par les électeurs ou victime d’un échec se retrouve au même rang que n’importe quel citoyen. » (Alain Etchegoyen) – Rigolade générale. A quoi serviraient tous les comités, toutes les autorités, les cabinets ministériels, les innombrables conseillers,  les multiples administrations, les attachés de ceci et de cela (surtout attachés à leurs privilèges)…

« La détermination vient du bas. Il y a carence de tout centre véritable. Une pseudo-autorité révocable et au service de ce qui est en bas ; à savoir l’aspect purement matériel, ‘social’, économique et quantitatif d’un peuple. » (Julius Evola) – Il suffit de voir la pauvreté, la petitesse des programmes électoraux.

« La France n’est pas une démocratie … La France n’a pas une Constitution établissant un modèle possible de démocratie, mais une Constitution telle qu’on n’en trouve nulle part dans le monde démocratique. Au mieux, la Ve République est un régime plébiscitaire, mais pas démocratique. Nous élisons un ‘monarque républicain’, à échéance régulière, et ce monarque est absolu. La formule est souvent reprise avec légèreté, comme si la ‘monarchie républicaine’ était une amusante curiosité, un folklore français, alors qu’il s’agit d’une tragique supercherie puisque l’on fait croire au peuple français qu’il vit dans une démocratie, alors que c’est faux. Pourquoi, dans toute l’Europe, y a-t-il eu des gilets jaunes en France et pas ailleurs ? ‘Parce que les Français sont râleurs ‘ disent grosso modo les commentateurs à vue courte … Charles de Gaulle n’a pas sauvé la République du coup d’État des généraux, il a substitué son coup d’État à celui des généraux. Un coup d’État plus admissible par la population, mais un coup d’État quand même. Ratifié par referendum ? Certes, mais comme le Second Empire et tous les régimes plébiscitaires … Une Constitution sans équilibre des pouvoirs, où tout remonte continuellement à l’Élysée comme en Russie tout remonte au Kremlin. En soixante ans d’existence, la Ve République a provoqué l’étiolement progressif de la culture démocratique qui s’était forgée en France depuis les débuts de la IIIe République, et l’a remplacée par une sorte de nouvel Ancien Régime, où règne l’esprit de cour, où le débat politique n’a plus de substance puisque toutes les décisions importantes sont prises dans les couloirs du palais présidentiel et non, comme dans toutes les grandes démocraties, à la chambre des députés, où les émissions de commentaire politique ressemblent à du mauvais Saint-Simon tant on s’y intéresse plutôt aux secrets d’alcôves et aux querelles de personnes qu’à la matière des grands sujets. »  (Philippe Fabry) – Un régime que Jean-François Revel qualifie d’Absolutisme inefficace.

« On raconte qu’il se moquait de la démocratie en tant qu’institution qui permettait à un âne de devenir un cheval s’il y avait assez de gens pour voter dans ce sens. » (Paul Feyerabend – citant des propos prêtés à Platon)

« Rien n’échappe à l’horizontalité en démocratie. Les césures s’effacent, les murs s’effondrent. » (Alain Finkielkraut)

« En mettant l’égalité des individus à la source du vivre-ensemble, la démocratie se condamnait pour toujours à l’insatisfaction … Et tous les hommes sont égaux, sauf dans la réalité. D’où le mécontentement. » (Alain Finkielkraut)

« Jusqu’à une date récente, cependant, l’esprit de la démocratie cohabitait avec d’autres normes, d’autres valeurs, d’autres critères … Cette époque est révolue : l’esprit de la démocratie ne souffre plus aucun rival … De plus en plus conquérant et intolérant, l’esprit de la démocratie marque toute dissymétrie de l’infamie totalitaire. » (Alain Finkielkraut)

« La question qui tourmentait Nietzsche, mais aussi … James ou Tocqueville : dans une société où le principe démocratique se déchaîne jusqu’à vouloir tout régenter, que reste-t-il de la grandeur, de l’admiration et de ce qui fait le prix de la vie ? » (Alain Finkielkraut) – L’auteur reconnaissant sagement qu’il fallait oublier cette question quand la démocratie était combattue par des ennemis féroces.

« La démocratie n’abolit pas les hiérarchies, elle les fait flotter, elle les découple, en quelque sorte, de l’ordre du monde. Les membres des classes supérieures ne peuvent plus se prévaloir de leur naissance pour justifier leur prééminence. Ce qui relevait de la nature relève maintenant de la convention. » (Alain Finkielkraut – commentant Alexis de Tocqueville)

« ‘Démocratiser’ est en train de devenir un synonyme d’anéantir. » (Alain Finkielkraut – à propos des réformes constantes de l’école)

« Une construction n’est démocratique que si elle est critiquable. Le ‘il n’y a pas d’alternative’ n’appartient tout simplement pas au vocabulaire de la démocratie. » (Jean-Paul Fitoussi) – Ce qui devrait normalement autoriser à critiquer même la démocratie elle-même.

« Le rêve de la démocratie est d’élever le prolétaire au niveau de bêtise du bourgeois. Le rêve est en partie accompli. » (Flaubert)

« La démocratie est le nom que nous donnons au peuple toutes les fois que nous avons besoin de lui. » (Robert de Flers)

« Il y a deux façons pour une démocratie d’abdiquer ; remettre ses pouvoirs à un homme ou à une commission qui les exercera au nom de la technique. » (Pierre Mendès France – cité par Alexandre Devecchio) –Au moins à l’homme, on peut s’en prendre. Il y a bien longtemps que la démocratie française a opté pour la deuxième solution de façon interne (commissions, comités, conseils, médiateurs, défenseurs…) et externe (Euope de Bruxelles)

« La démocratie libérale produisait des ‘hommes sans courage’, entièrement faits de désir et de raison, habiles à trouver de nouvelles manières de satisfaire un essaim de passions mesquines grâce au calcul de l’intérêt égoïste à long terme … L’homme qui avait renoncé à l’orgueilleuse croyance en sa propre valeur supérieure en échange d’une confortable préservation de soi. » (Francis Fukuyama – reprenant Nietzsche)

« La capacité infinie à produire des enfants et des hommes qui détestent le régime social et politique dans lequel ils sont nés, haïssent l’air qu’ils respirent alors même qu’ils en vivent et qu’ils n’en ont pas connu d’autre. » (François Furet – sur les démocraties – Le passé d’une illusion)

« Nous sommes devenus en un mot, métaphysiquement démocrates. » (Marcel Gauchet)

« Nous sommes en train d’apprendre la religion de l’homme sans le ciel. » (Marcel Gauchet)  

« La démocratie, c’est la concurrence des démagogies. » (Marcel Gauchet)

 « Témoignage de l’esprit du temps, le mot ‘démocratie’ s’est vidé de l’idée de pouvoir collectif pour ne plus évoquer que la liberté individuelle. Est jugé aller dans le sens de la démocratie tout ce qui accroît la place et le rôle des prérogatives individuelles … La pierre de touche n’est plus la souveraineté du peuple, mais la souveraineté de l’individu, définie par la possibilité dernière de mettre en échec la puissance collective … Eclipse de la souveraineté du peuple au profit de la souveraineté de l’individu … Plus de droits pour chacun, c’est moins de pouvoir pour tous …Toute espèce de pouvoir lui devient suspecte en regard de l’idée du droit à laquelle elle entend se conformer … En un mot, mieux la démocratie règne, moins elle gouverne. » (Marcel Gauchet)

« L’approfondissement des principes démocratiques qui a pour effet, en rompant les équilibres établis, de rendre la démocratie immaîtrisable au nom même de la démocratie … A quoi bon se voir intronisé acteur souverain, si c’est pour ignorer sa propre identité, telle que l’histoire l’a modelée, et se retrouver ballotté par un devenir dont on ne comprend pas plus la direction que l’on n’aperçoit de moyens de l’infléchir. L’impuissance collective est difficile à vivre, surtout quand s’y ajoute, de surcroît, la dépossession intime. Le paradoxe d’une liberté sans pouvoir est intenable à terme … Les hommes n’ont gagné leur complète liberté d’acteur que pour plonger dans le chaos et l’impuissance vis-à-vis d’eux-mêmes. » (Marcel Gauchet)

« Elle (la démocratie) en vient à se regarder comme une évidence naturelle au regard de laquelle la géographie et l’histoire sont un scandale incompréhensible. Comment peut-il se faire qu’elle n’ait pas depuis toujours et partout prévalu ? Le passé humain et sa diversité civilisationnelle sont renvoyés dans l’uniformité d’une barbarie sans intérêt à force d’être inintelligible. » (Marcel Gauchet) – D’où son caractère totalitaire et son impérialisme guerrier.

« Une démocratie qui n’est plus attentive qu’à la coexistence de ses parties, devenue une fin en elle-même, est une démocratie qui ne comprend plus les bases sur lesquelles elle repose et les instruments dont elle a besoin. » (Marcel Gauchet) – Mais l’essentiel n’est-il pas de maintenir les coalitions d’intérêt dites plurielles pour garder la place ?

« La démocratie, c’est la concurrence des démagogies. » (Marcel Gauchet)

« Nous avons vu la démocratie l’emporter sans coup férir et sans même combattre … Nous l’avons vue rallier, au-dedans, les contradicteurs qu’on pensait les plus réfractaires. Et nous l’avons vue, au milieu de cette victoire … s’oublier dans un activisme où elle se nie en voulant se parachever. » (Marcel Gauchet – cité par Alexandra Laignel-Lavastine) – En voulant s’imposer à tous et partout par la terreur.

« La priorité est que les problèmes soient représentés, avec ceux qui les posent, pas qu’ils soient traités … l’important, pour les gouvernés, est de se manifester et l’important, pour les gouvernants, est de manifester leur sollicitude… » (Marcel Gauchet) – L’impuissance démocratique.

« La démocratie se suffit-elle à elle-même ? Boucle-t-elle sur elle-même ?  Est-elle autosuffisante dans l’ordre des valeurs ? … Le religieux a  été et est une ressource. Si, comme cela se peut, elle vient à manquer, y en aura-t-il d’autres ? » (Marcel Gauchet) – Le fric, l’arrivisme…  suffiront-ils ?

« Ses points d’appui : la Science, et au travers d’elle, la Raison et le Progrès, la Nation, la République, c’est-à-dire le patriotisme et le civisme, la Morale, ces entités à majuscules sont découronnées … La disparition du Surmoi qui justifiait les médiations entre collectif et individuel : instruction, information, participations des groupes et des classes, des partis … Notre culture politique est désertée par l’esprit qui a présidé à sa fondation … Rien ne pourra leur restituer leur ancienne énergie spirituelle … Cet évidement qui affecte la figure de notre République réduite à un décor, certes glorieux, mais inhabité … L’affaissement des espérances investies dans l’action politique, de la confiance placée dans la puissance publique, le reflux des attentes logées dans le collectif … l’affirmation de l’individuel aux dépens des encadrements collectifs … L’accent s’est déplacé de l’exercice de la souveraineté des citoyens en corps vers la garantie des droits de l’individu … Nous avons glissé dans une démocratie du droit et du juge … le second plan, la préservation des libertés personnelles, est devenu le problème prioritaire. » (Marcel Gauchet – La religion dans la démocratie)

« Or, la démocratie pacifiée repose sur le compromis. L’interdire au nom de la morale comme le fait l’ultraprogressisme, c’est entrer dans une ère post-démocratique au risque de sacrifier le demos… et de favoriser le retour de la violence. » (Stéphane Germain)

« C’est l’idée du despotisme qui nous donne l’idée de la démocratie. » (André Glucksmann)

« La spécificité de la logique de la modernisation est de pousser à l’extrême les caractéristiques de la démocratie, non pas dans l’optique totalitaire visant à recouvrir l’indétermination par un discours de certitude, mais au contraire en accentuant cette indétermination à un point tel que la démocratie verse dans l’insignifiance, questionnements et débats sans limites et totalement désarticulés de l’engagement et de l’action … Pas un domaine … qui ne soit  exhibé, interrogé et soumis à controverse, sans que cela ait un quelconque effet sur le cours des choses. Débats et commentaires sans fin affichés comme les signes ostentatoires de la démocratie. Aspects formels et spectaculaires de l’information constamment mis en exergue, de telle sorte qu’on en oublie le contenu. » (Jean-Pierre Le Goff)

« Ce paradoxe de la démocratie moderne qui la rend folle et qui consiste à présenter des choix politiques comme des non-choix imposés par des contraintes extérieures et des évolutions inéluctables dans une logique de la survie et de l’urgence. Tout devient alors affaire de ‘pédagogie’ et de ‘communication’ visant à intérioriser les contraintes et à convaincre les réticents de s’adapter au plus vite. » (Jean-Pierre Le Goff)

« La démocratie suppose une éthique de responsabilité. » (Jean-Pierre Le Goff) – Eclat de rire général.

« Le populisme est un phénomène sociéto-culturel et identitaire plus que socio-économique, c’est pourquoi tant de responsables politiques, particulièrement à gauche, ignorent comment y répondre. Et c’est sur les questions culturelles, pas économiques, que le consensus est le plus endommagé dans les démocraties libérales. » (David Goodhart) – En fait ils préfèrent ne pas le voir pour mieux l’écraser.  

« Une bonne moyenne ? C’est parfait. C’est ce qu’il faut à une démocratie. » (le président Jules Grévy inaugurant un salon de peinture) – Si encore, la nôtre était dans la moyenne.

« Les professionnels de la démocratie sont d’ailleurs si peu convaincus de la validité de son principe qu’on les voit en toute occasion déclamer, réclamer, s’insurger contre les résultats qu’elle produit. Aussi inventent-ils ordinairement mille artifices pour en dévoyer, ou en réduire, ou en schématiser, ou en gommer, ou en empêcher l’expression … Ils n’ont pas la moindre confiance en la démocratie. » (Nicolas Grimaldi) – On refuse les référendums, ou on les contourne… on se partage les places entre amis.

« Le supérieur ne peut pas émaner de l’inférieur parce que le ‘plus’ ne peut pas sortir du ‘moins’. » (René Guénon)

« La démocratie mitoyenne ; entre le marécage et le carnage ; entre Panama et Fourmies… » (Rémy de Gourmont – La fête nationale)

« La démocratie demeure-t-elle praticable après la victoire définitive du ‘moi’ sur le ‘nous’, quand le ‘moi’ devient fou ? » (Jean-Claude Guillebaud)

 « Fille des Lumières, la démocratie est optimiste et pélagienne, Elle ignore le péché originel. Elle croit au progrès, à la poursuite du bonheur, à l’adoucissement des mœurs. » (Jean-Claude Guillebaud)

« Ce qui a souvent perdu la démocratie , c’est qu’elle n’a su admettre aucune organisation hiérarchique de la société ; c’est que la liberté ne lui a pas suffi ; elle a voulu le nivellement. » (Guizot)

« Des privilèges pour tout le monde. » (Daniel Halévy)

« Dans sa nouvelle version, la démocratie est devenue fondamentalement le culte de l’universel et l’obsession de l’ouverture à l’autre, avec dévalorisation corrélative de la souveraineté du peuple … On a décidé que les valeurs de la religion des droits de l’homme étaient les seules valeurs démocratiques. Celles-ci étant exclusivement universalistes et placées au-dessus de la souveraineté des citoyens … aucun peuple européen ne peut plus se sentir légitime puisque seule l’humanité est légitime. » (Jean-Luc Harouel)

« Il est peut-être vrai que notre génération parle trop de démocratie, et y pense trop, et ne se soucie pas assez des valeurs qu’elle sert … La démocratie est essentiellement un moyen, un procédé utilitaire pour sauvegarder la paix et la liberté individuelle. Elle n’est nullement infaillible … Il est au moins concevable que sous le gouvernement d’une majorité homogène et doctrinaire, la démocratie soit aussi tyrannique que la pire des dictatures … Une croyance erronée et sans fondement : à savoir que tant que le pouvoir est aux mains de la majorité il ne saurait être arbitraire … Ce n’est pas la source mais la limitation du pouvoir qui l’empêche d’être arbitraire. » (Friedrich A. Hayek) – Pressentiment, en 1944, de ce que sont devenues les démocraties.

« Etapes de la citoyenneté démocratique en Europe : reconnaissance de l’égalité juridique puis de la citoyenneté politique issue du droit de vote, s’est ajoutée à partir de 1880 en Allemagne (Bismarckiennne) d’abord et après 1945 dans la plupart des pays européens la phase de la citoyenneté économique et sociale, les droits sociaux venants ‘ajouter aux droits juridiques et politiques déjà acquis. » (Guy Hermet) – C’est-à-dire ce qui allait vite devenir l’Etat- Providence.

« La démocratie et l’Etat-Providence se sont mariés, pour le meilleur d’abord mais désormais pour le pire … Un gouvernement reposant par nature sur le consentement du ‘peuple souverain’ qu’il dirige se trouve contraint de se justifier en permanence pour entretenir sa légitimité … par manque de légitimité fondatrice ou immanente … Ce, en prodiguant des promesses croissantes qu’ils ont de plus en plus de peine à tenir. » (Guy Hermet)

« Un culte assez analogue est rendu à a démocratie, devenue elle aussi un absolu dans le sens d’indépassable et d’impérissable … relevant de l’évidence qu’il soit nécessaire d’argumenter et sans contestation admissible … L’unique gouvernement imaginable … dont ne se trouvent privées que des sociétés aberrantes … Ces présupposés rappellent assez fidèlement ceux de l’absolutisme monarchique du XVII° siècle. » (Guy Hermet)

« L’absolutisme démocratique … fonder un nouvel ordre moral en recourant à une méthode tendant à restreindre l’univers mental de la plupart des gens … Les ‘désinstruire’ … Culpabiliser les réfractaires. » (Guy Hermet) – Lequel établit un parallèle avec la surveillance idéologique inquisitoriale, la chasse aux sorcières, menée en zone d’occupation américaine en Allemagne dans les années 1945 au nom de la dénazification.

« Les grandes orientations sont prises, depuis longtemps, elles sont sages et justes, vous ne pouvez même pas les comprendre … Quand on me demande de choisir entre Chirac et Jospin et qu’on refuse de me consulter sur la monnaie unique c’est que nous ne sommes pas en démocratie. » (Michel Houellebecq)

« Aujourd’hui, en régime démocratique avancé, la politique ne parvient plus à concilier des exigences contradictoires et pourtant essentielles : la vision de long terme et les échéances électorales. » (Patrice Huerre et Mathieu Laine) – Comme si nos incultes élus se souciaient de long terme !

« La démocratie ne peut prospérer que dans une communauté relativement homogène. C’est une loi historique que plus une société est hétérogène, plus il faut un pouvoir fort pour y maintenir la paix civile. » (Roland Hureaux – évoquant Pierre Manent) – Ce que ne sauraient comprendre les excité(e)s réclamant immigration de masse sans limites et abdication de toute autorité.

« C’est l’incorporation d’un élément aristocratique qui rend la démocratie viable, car faute de cet élément, elle court le danger d’échouer contre l’inculture de masse. » (Johan Huizinga)

« Les périodes électorales structurent le rythme de la démocratie représentative … On concourt pour obtenir l’approbation de ceux qui votent ici et maintenant, non de ceux … qui le feront dans le futur … Il n’existe aucun lobby pour articuler les intérêts des absents, les intérêts futurs … On cherche des solutions qui déchargent le présent et surchargent le futur (politique budgétaire, sociale, environnementale…). » (Daniel Innerarity)

« Nietzsche haïssait l’esprit démocratique : la loi du nombre, le culte de l’homme moyen et uniforme, l’apologie du faible, la rhétorique altruiste. »  (Claude Jannoud)

« Christopher Lasch fait l’hypothèse qu’il est impossible d’être à la fois progressiste et démocrate en montrant que les mouvements authentiquement démocratiques du XIX° siècle se constituèrent tous en opposition au progrès et à ses effets destructeurs. » (Frédéric Joly)

« La démocratie, qui reposait sur le contrôle, s’est endormie dans la complaisance. » (Robert de Jouvenel)

« La démocratie est par excellence la forme politique du compromis, c’est-à-dire quelque chose d’intellectuellement inachevé et d’esthétiquement approximatif. » (Jacques Julliard)

« Une vision essentialiste, totalitaire, de la démocratie tend à se répandre, qui voudrait faire des résultats du vote une règle morale là où n’existe qu’une convention politique … Autrement dit le traitement purement politique de questions qui touchent à la morale et à la vérité. » (Jacques Julliard)

 « La démocratie instantanée, celle qui résulte du rapport de forces qui prévaut à un instant donné, l’emporte de plus en plus souvent sur la démocratie différée, celle qui résulte du mandat électoral … La rue contre le Parlement régulièrement élu … Pour ne pas tomber dans la démagogie, la démocratie d’opinion supposerait des hommes politiques plus courageux. Or elle est ainsi faite qu’elle ne peut que les rendre sans cesse plus lâches … La démocratie représentative, fondée sur la délégation, et la démocratie directe, fondée sur les sondages, aboutit à un monstre à deux têtes, parfaitement impuissant. » (Jacques Julliard) – S’il se trouvait un homme politique courageux, il serait éliminé par quelque complot de ses confrères, tel un vulgaire François Fillon.

« Aujourd’hui la démocratie patine parce qu’il n’y a plus d’autre constitué … Pour qu’il y ait démocratie, il faut qu’il y ait opposition, discours contre discours … Il n’y a plus de négatif constitué ; la démocratie, d’une certaine façon, l’impliquait. » (François Jullien) – Tous les efforts des dominants tendent à supprimer l’expression, la manifestation d’une opposition de fond, via le politiquement correct et la censure de fait, donc à détruire de fait la démocratie, qui n’est plus alors qu’une apparence.

« Un constat : l’Occident sort de la démocratie … Attention à l’emploi de mots que plus personne ne se soucie de recharge de leur sens premier … La démocratie fut révolutionnaire, l’invocation de la démocratie permet aux élites en place de protéger leurs fauteuils et leurs rentes … Une évolution qui va du projet à l’émotion, des propositions à la compassion, de la conviction à la séduction … le délit d’opinion et le devoir de mémoire coexistent joyeusement, la censure des idées, du débat et des données (démographiques notamment) est de rigueur et ici ou là fleurit l’idée que le danger du suffrage populaire devrait conduire à limiter le droit de vote, ou à s’en dispenser, à dépasser l’équivalence naïve entre expression d’une majorité et démocratie … Et les autorités administratives indépendantes (sauf du pouvoir) fleurissent pour contraindre le peuple à évoluer contre son gré et lui dicter son bien ; au nom d’une démocratie supérieure sans doute. » (Hervé Juvin – sur, notamment, l’évolution du  Parti socialiste français, comme celle du débat politique aux Etats-Unis ) – Voir la farce des référendums européens et les propagandes pré électorales locales féroces et mensongères dans chaque Etat ! « Une rupture politique peut survenir lorsqu’un système ne respecte pas les règles qu’implique sa propre logique. » (Jean Baechler)

« La démocratie est chose trop sérieuse pour être confiée aux électeurs. » (Arthur Koestler)

« L’idée est assez répandue que les formes de participation offertes aux gens dans les systèmes de démocratie représentative sont inefficaces, que tous les canaux d’influence sont bloqués par les appareils bien établis qui tous incarnent cette même tendance qui nourrit le Léviathan. » (Leszek Kolakowski)

La démocratie aurait-elle « perdu en intensité ce qu’elle a gagné en extension. » (Annie Kriegel – citée par Philippe Breton)

« La démocratie n’est-elle pas l’expression du relativisme et des choix ? » (Zaki Laïdi)

« On dit volontiers que les démocraties n’aiment pas la guerre. C’est tout à fait faux, bien sûr, preuve par le caractère belliqueux des démocrates états-uniens et des socialistes français dès que ceux-ci arrivent au pouvoir (pas besoin de remonter à Guy Mollet pour le savoir). Les dirigeants des démocraties contemporaines sont au contraire en permanence tentés de faire la guerre, et cela parce que, davantage soumis aux caprices de l’opinion que les autres régimes, seule la guerre peut les mettre à l’abri de la critique, faire en sorte qu’ils soient identifiés au Bien. » (Aude Lancelin) – Rien de tel qu’un ennemi pour faire taire les opposants, vieux comme le monde.

« ‘La démocratie, la forme politique du capitalisme’. Un régime qui s’est épanoui à mesure que s’est aggravé  l’asservissement économique de l’homme par l’homme … La démocratie, constatait Bernanos, a tourné le dos aux vieilles notions d’héroïsme et de service et instauré l’injustice généralisée et le culte universel du profit. » (Sébastien Lapaque – citant et évoquant Georges Bernanos)

« La déculturation n’a de limite que l’explosion … L’aspiration culturelle refoulée fait partout retour, mais le plus souvent, elle revient de manière explosive, dangereuse ou violente … Deux versions de ce ‘retour du refoulé’ : l’explosion identitaire et la montée des intégrismes religieux (ethnonationalismes, islamisme et ses dérives criminelles). » (Serge Latouche) – On l’a bien cherché en voulant stupidement imposer la démocratie par les bombes.

« Pour Dominique Schnapper, la démocratie est une utopie qui refuse les limites naturelles de l’égalité et des différences. A partir du moment où ‘la société des hommes s’autolégitime, s’autoconstitue, elle n’admet aucune légitimité extérieure à elle-même’. Donc aucune limite, en un certain sens. Une fois opéré l’arrachement aux enracinements particuliers, rien ne peut freiner le déploiement d’une ouverture sans limite et la prolifération de la revendication des droits. Les femmes, les enfants, les minorités raciales, religieuses, sexuelles, les animaux mêmes se voient reconnaître une forme de citoyenneté. Finalement, ‘la limite de l’humanité en tant que telle, commence à être discutée au nom du refus de toute limite de la démocratie’ …. N’est-ce pas l’hubris par excellence ? » (Serge Latouche – citant Dominique Schnapper – La démocratie ou le refus des limites)

« La démocratie s’institue et se maintient dans la dissolution des repères de la certitude. Elle inaugure une histoire dans laquelle les hommes font l’épreuve d’une indétermination dernière, quant au fondement du Pouvoir, de la Loi et du Savoir, et au fondement de la relation de l’un avec l’autre. » (Claude Lefort)

« La révolution démocratique moderne, nous la reconnaissons au mieux à cette mutation : point de pouvoir lié à un corps. Le pouvoir apparaît comme un lieu vide, et ceux qui l’exercent comme de simples mortels qui ne l’occupent que temporairement et ne sauraient s’y installer que par la force ou par la ruse. Point de lois qui puissent se fixer dont les énoncés ne soient contestables, les fondements susceptibles d’être mis en question, enfin point de représentation d’un centre et des contours de la société : l’unité ne saurait désormais effacer la division sociale. La démocratie inaugure l’expérience d’une société insaisissable, immaîtrisable, dans laquelle le peuple sera souverain certes mais où il ne cessera de faire question en son identité, où celle-ci demeurera latente. » (Claude Lefort – L’invention démocratique) – « L’érection du principe comptable du suffrage universel. Le nombre : le distinct et le dispersé par excellence … Le nombre, c’est l’antisubstance … Manière de se représenter toute représentation d’une société … Grâce au roi, grâce au corps du roi se fondait une communauté substantielle, le roi est mort, vive le roi ! On était immortel … Aujourd’hui, crise permanente d’identité. Les individus ne se relient que par le lieu symbolique du pouvoir, lieu vide ; sauf à tomber dans la tentation totalitaire, ils n’ont plus d’eux-mêmes la représentation d’un tout. Epreuve de la perte de la totalité disait Lefort. On ne peut pas dire ‘nous’ en démocratie. Le ‘nous’ est régalien. L’identité démocratique ne saurait être que décevante. La démocratie ne saurait répondre à l’attente qu’elle suscite. » (Benny Lévy – Le meurtre du Pasteur) 

« La démocratie c’est aussi un Etat, et que, par conséquent, lorsque l’Etat aura disparu, la démocratie disparaîtra également … La démocratie, c’est un Etat reconnaissant la soumission de la minorité à la majorité ; autrement dit, c’est une organisation destinée à assurer l’exercice systématique de la violence par une classe contre une autre, par une partie de la population contre l’autre partie. » (Lénine)

 « Si l’exigence d’égalité est une noble aspiration dans sa sphère propre, qui est celle de la justice sociale, l’égalitarisme devient néfaste dans l’ordre de l’esprit, où il n’a aucune place. La démocratie est le seul système politique acceptable, mais précisément elle n’a d’application qu’en politique. Hors de son domaine propre, elle est synonyme de mort : car la vérité n’est pas démocratique, ni l’intelligence, ni la beauté, ni l’amour … Une éducation vraiment démocratique est une éducation qui forme des hommes capables de défendre et de maintenir la démocratie en politique ; mais, dans son ordre à elle, qui est celui de la culture, elle est implacablement aristocratique et élitiste. » (Simon Leys – Le studio de l’inutilité) – On comprend qu’avec de telles idées, l’auteur (viré de l’université par les cathos-maos de l’époque), ait dû s’exiler aux antipodes, en Australie.

« Pour la majorité, les hommes sont mauvais ; la démocratie, qui est le pouvoir de la majorité, ne peut donc être que mauvaise. » (Georg Christoph Lichtenberg) – Plaisant syllogisme.

« Si le politique est discrédité, la démocratie libérale est plébiscitée. » (Gilles Lipovetsky, Jean Serroy) – Certes, mais qui peut affirmer que cela durera  devant ses atermoiements ?

« On demande aux citoyens de s’occuper d’affaires qu’ils n’ont pas l’équipement mental pour réaliser … Chacun doit pouvoir donne  son avis sur tout … Qu’on cesse de culpabiliser le citoyen … L’image absurde d’un peuple en armes, constamment mobilisé, tiraillé par des engagements innombrables impossibles à tenir, houspillé pour son manque d’implication, pour son ignorance, pour son esprit volage, et qui devrait, toute affaire cessante, s’indigner de tout, s’intéresser à tout et s‘impliquer dans tout » (Bruno Latour – préface à  Walter Lippman – Le public fantôme)  – « Au lieu de chercher à unifier tous les desseins, nous nous contentons de voir comment accommoder ceux qui existent … La société n’est pas le nom donné à une chose réelle mais le nom donné à tous les ajustements des hommes et de leurs affaires … On présuppose non seulement que l’opinion publique existe, mais qu’elle est toujours là, prête à trancher sur n’importe quel sujet … Le désenchantement qu’exprime le citoyen en s’abstenant … Si les électeurs ne peuvent faire le tour des problèmes de l’actualité faute de temps, d’intérêt ou de connaissances, leurs opinions réunies … ne seront pas de meilleure qualité sous prétexte qu’on les sollicitera plus souvent. Ils seront encore plus désorientés, plus blasés et plus prêts à se laisser aller … Condamnés à vivre sous un flot d’informations hétéroclites … Chacun a la tête farcie d’une cacophonie de discours de controverses et d’événements décousus … Il faut cesser de prétendre que le peuple gouverne, de dire qu’un gouvernement démocratique peut-être l’expression directe de la volonté du peuple. En revanche, le peuple, à travers des mobilisations sporadiques où s’exprime la voix de sa majorité, prend seulement parti pour ou contre des individus qui, eux, gouvernent. La volonté populaire ne dirige pas, elle se contente d’intervenir occasionnellement … Les seules questions qui importent : – La règle est-elle défectueuse ? – Comment identifier l’agent qui est le plus à même de l’améliorer ?… Le débat, du moins, tendra-t-il à révéler ceux qui prêchent pour leur propre paroisse, ceux qui ne visent que leur propre intérêt (si le débat est honnête !)… Aucun projet éducatif ne peut équiper le béotien d’un bagage suffisant pour aborder tous les problèmes de l’humanité. Au lieu de viser à faire de bons citoyens, la démocratie a produit une masse de dirigeants amateurs … Pour bien fonctionner la démocratie requiert l’apaisement des passions et la clarté de l’entendement … La faillite du vieux dogme démocratique vient de ce qu’il postule un citoyen omnicompétent et une opinion publique aux capacités illimitées … On a toujours une poignée d’individus aux commandes, comme avant. Mais on y a ajouté un mensonge, tout en œuvrant pour leur propre compte, ces gens prétendent être les instruments de la volonté populaire et agir au nom du public qu’ils embobinent pour le mettre de leur côté. » (Walter Lippman – Célèbre columnist américain, fort peu extrémiste – Le public fantôme, ouvrage des années 1920)

« Un Etat bureaucratisé et hanté par la loi qui considère la redistribution de la richesse comme plus importante que sa production même. » (Vargas Llosa) – Peu surprenant chez des dirigeants de gauche qui n’ont jamais travaillé que pour intégrer l’E. N. A.

« Le gouvernement ‘à la trique’ engendre une opposition véritablement héroïque. La domination des masses par la récompense et la corruption ne produit pas de héros. » (Konrad Lorenz)

« Il croyait qu’une démocratie radicalement égalitaire ne conduirait pas à la liberté personnelle et à la responsabilité, mais à une médiocrité prétentieuse et à un nouveau despotisme … ‘Rien ne sera d’aucune utilité sans une impulsion transcendante qui couvre toutes les vociférations autour du pouvoir et de l’argent’. » (Karl Löwith – se référant à Jacob Burckhardt et le citant) – Que croirait-il s’il entendait nos lamentables criailleries.

« L’essence d’une loi fondamentale est que personne n’ait le droit de l’abolir : or comment sera-t-elle au-dessus de tous, si quelqu’un l’a faite ? » (Joseph de Maistre –sur les constitutions)

« L’Etat démocratique signifie que le savant prend la place de la police, ou plutôt qu’il se met au même rang que la police. C’est pour cela que se multiplient les responsables sociaux : les députés, les politiciens, les agronomes, les statisticiens, les correspondants de journaux, les avocats, etc. » (J. W. Makhaïski) – Maintenant les laquais des média.

« La démocratie est destinée à étendre indéfiniment son pouvoir sur l’homme démocratique : de plus en plus d’actions, de plus en plus de sentiments, de plus en plus de ‘contenus de vie’ viennent irrésistiblement se ranger sous la souveraineté de la démocratie. » (Pierre Manent – se référant à Tocqueville) – Il est bien évident que la démocratie étouffera toute vie quelque peu personnelle.

« La seule manière d’être sûr que l’intérêt public ne se confond avec aucun intérêt privé, c’est de placer l’intérêt public en contradiction avec tous les intérêts privés … L’unité de tous se rendra sensible par l’oppression de tous … En ce sens, il n’est pas absurde que Robespierre ait cru accomplir l’idée de Rousseau. » (Pierre Manent – cité par Jean-Pierre Dupuy)

« Dans les sociétés aristocratiques vont de pair oubli de soi (‘dévouement’) et indifférence à l’humanité en général, tandis que dans les sociétés démocratiques vont de pair sentiment de soi (impossibilité de s’oublier) et sentiment de l’humanité en général … C’est en ce sens qu’aux yeux de Tocqueville la démocratie est dangereuse pour l’humanité de l’homme : sa tendance, sa gravitation est de nous enfermer en nous-mêmes, de nous faire perdre le sentiment de l’altérité, la capacité et le goût de sortir de nous-mêmes pour aller à la rencontre de ce qui nous est extérieur, de ce qui est objectif, ‘la démocratie ramène sans cesse chaque homme vers lui seul’. » (Pierre Manent – citant Alexis de Tocqueville)

« La liberté moderne est fondée sur une organisation des séparations … Si le mouvement de distinction et de séparation, est un aspect fondamental de la démocratie moderne … j’en vois au moins six : séparation des professions ou division du travail ; séparation des pouvoirs ; séparation de l’Eglise et de l’Etat ; séparation de la société civile et de l’Etat ; séparation entre le représenté et le représentant ; séparation des faits et des valeurs, ou de la science et de la vie. » (Pierre Manent) – Ne voir qu’une simple séparation et non pas un fossé, un abime, entre le représenté et le représentant manifeste un solide optimisme.

« On aime d’autant mieux la démocratie qu’on l’aime modérément. » (Pierre Manent) – Raisonnablement.

« La notion de ‘démocratie’ est piégeuse, d’abord parce qu’elle n’est pas universelle (il y a autant de systèmes démocratiques qu’il y a de pays et de régimes, avec des échelles de valeurs toutes différentes), mais surtout parce qu’elle est facile à détourner. En effet, un régime pourra se targuer d’être ‘démocratique’ (traduction : disposer d’institutions démocratiques) et, par ce fait même, camoufler d’inavouables tentations totalitaires : pensée unique, interprétation à sens unique de l’Histoire, formatage de la jeunesse, de la philosophie, interdiction de l’expression publique et diverse des idées, ‘catéchisme’ politique, attaques et psychiatrisation des penseurs dissidents, etc…. Le plus gros et le plus insidieux des mensonges et des attentats contre la liberté de pensée étant peut-être, précisément, l’inversion des priorités de la liberté, faisant en sorte de considérer celle-ci comme un absolu, dont l’homme doit devenir esclave (ce qui institue de fait le règne du plus fort), plutôt que de prôner une liberté qui soit au service de l’homme. » (François Martin)

« On change le nom de ses passions et on croit avoir changé leur direction ; tels ces conseils municipaux affolés de démocratie, qui passent leur temps à débaptiser nos rues. » (Paul Masson)

« Je suis démophile, et c’est pour cela que je ne suis pas démocrate. » (Charles Maurras) 

« Aucun système démocratique ne semble pouvoir fonctionner aujourd’hui en dessous d’une certaine pression de confort. » (Bertrand Méheust) – Donc, avenir  du système ?

«  On a tort de penser que le sujet est avide de préserver sa singularité. Bien au contraire, on le voit se mettre  en quête de toutes les identifications collectives où il pourra venir se dissoudre. Le souci d’être pris en charge, de confier à des systèmes religieux, culturels, politiques, la direction de son existence, est plus évident que jamais. A mon idée, la démocratie, avec son idéal du libre choix, ne conduit pas forcément, du point de vue psychique, à l’état le plus satisfaisant, le plus heureux. L’aspiration moutonnière de nos contemporains est là pour le montrer…» (Charles Melman)

« La gogocratie. » (H. L. Mencken, sociologue américain)

« La contradiction ‘autorité-démocratie’. Plus la logique de l’argumentation progresse, parallèlement à la dynamique des sociétés démocratiques, plus l’espace de l’autorité est fragilisé … La famille est en train de devenir un espace de discussion, l’école de même. Les valeurs démocratiques, (égalité, espace public de discussion, argumentation rationnelle, refus de poser une supériorité a priori) se voient opposées point par point à l’autorité … L’autorité est maintenant à base de discussion publique, d’égalité des partenaires, d’argumentation, de contrat, de consensus. » (Gérard Mendel) – La légalité, caractéristique de la démocratie, l’emporte sur la légitimité. laquelle participe de la dimension de l’autorité. Mais aussi nul n’ignore que le gourdin est bien présent derrière ces valeurs démocratiques pour en soutenir la fiction.    

« Le peuple souverain n’a pas d’incarnation. Il n’a que des substituts : institutions, procédures, représentants collectifs, c’est-à-dire des images floues, abstraites et pauvres, intellectuellement satisfaisantes mais affectivement frustrantes. » (Yves Mény et Yves Surel) – D’autant plus avec la fusion-confusion-fraternisation incestueuse des politiques avec l’élite méprisante.

« Pour la plupart des individus aujourd’hui, être en démocratie signifie avoir le droit de faire ce qu’ils veulent et revendiquer haut et fort ce droit, y compris en réclamant des droits de tirage supplémentaires sur le bien commun pour faire précisément ce qu’ils veulent. Ce serait ainsi à la collectivité d’assurer la sécurité des ‘rave parties’ pour que les ‘raveurs’ puissent y faire ce qu’ils ont envie de faire … d’assurer le sauvetage des aventuriers de l’extrême, et de les réparer à l’hôpital, etc. etc. » (Yves Michaud) – Et le Gogo (d’ailleurs toujours heureux de payer, heureux comme s’il était baisé, ce qu’il est)  pense que ça va durer. 

« La démocratie directe et participative s’épuise et s’évapore dans les assemblées générales. De plus en plus de loufoques y participent jusqu’à ce que plus grand monde ne vienne. A un moment critique, des professionnels des appareils politiques reprennent la dynamique en main, des léninistes pratiquant un nouveau ‘centralisme démocratique’. » (Yves Michaud – sur Nuit debout)

« La démocratie ne doit  pas seulement être fraternité. Elle doit être aussi paternité. » (Michelet – cité par Paul Nizan) – Ce qui voulait dire : autorité, sécurité, direction et sens. Aujourd’hui, à cet énoncé, éclat de rire général.

« Il devrait y avoir en toute constitution un centre de résistance contre le pouvoir prédominant, et par conséquent dans une constitution démocratique un moyen de résistance contre la démocratie. » (John Stuart Mill)

« La question de la démocratie en Chine, en Inde, en Russie, et même dans l’Europe posthumaniste, me semble un effet de rhétorique, sinon un mensonge général ; la démocratie suppose une éducation qui s’est perdue avec la Technique et la fin du religieux. » (Richard Millet) – Elle suppose de même qu’on ne massacre pas systématiquement toute morale et toute vraie culture !

« La démocratie doit permettre au conflit d’apparaître. Un régime démocratique est fondé sur la division non sur le consensus. » (Jean-Claude Milner) – Pas chez nous, les choix effectués étant mortels, ceux qui les ont décidés ne saurait tolérer qu’ils soient discutés, d’où la pression médiatique exercée.

« Que faire du vide ? Que faire dans le désert ? Que faire du désert psychique et spirituel … On célèbre la démocratie … et on s’en plaint, on se lamente de ses mœurs, de sa liberté vide ou avide, éclatée et livrée à elle-même, invalide, paralysée … pauvreté des liens entre les individus … monde triste, terne, froid, glacé où l’expérience de la liberté n’est guère réjouissante. On vit mal dans les démocraties vieillissantes… » (Olivier Mongin) – Néanmoins ?

« Dans un Etat populaire, il faut un ressort de plus qui est la vertu. » (Montesquieu) – Aujourd’hui, rigolade générale.

« Le citoyen épuisé par une campagne électorale aussi épuisante qu’insane aspire au repos. Il est fatigué de toutes ces injonctions. La démocratie ne lui laisse guère l’occasion de souffler. Intrusive et directive, elle le poursuit jusque dans son foyer en l’appelant à s’exprimer sur tous les sujets. Le silence comme l’abstention sont aujourd’hui punis médiatiquement. La télévision, agent perturbateur du système, tance les indécis, les rêveurs, et tous ceux qui ne participent pas au débat national sous peine d’opprobre. » (Thomas Morales)

« La démocratie des publics, démocratie non républicaine, où les réunions de foule sont remplacées par le matraquage des média. » (Serge Moscocvici) – La création artificielle de l’hystérie au profit d’intérêts ou de délires cachés.

« La démocratisation est en même temps la création involontaire d’un milieu propre à la naissance des tyrans … Les conditions nouvelles qui entraîneront l’apparition d’hommes tous pareils et médiocres, hommes grégaires, laborieux, diversement utilisables, adroits, sont éminemment propres à donner naissance à des hommes d’exception du genre le plus dangereux et le plus séduisant … Je voulais dire ceci : que la démocratisation de l’Europe est en même temps une école de tyrans, dans tous les sens du terme, y compris le plus spirituel. » (Nietzsche – Par-delà bien et mal)

« Une époque de démocratie hisse l’acteur sur le pavois – à Athènes comme aujourd’hui. » (Nietzsche)

« Alors que le succès de la démocratie repose sur la préservation d’une image de l’homme issue de la société aristocratique, tout un ensemble de forces fait qu’il est impossible que cette image soit préservée. » (Robert Nisbet)

« La démocratie est le régime qui vit de sa propre critique. Qu’est-ce que c’est que cette démocratie qui commencerait par bâillonner ceux qui mettent le doigt sur ce qui fait problème ? » (Pierre Nora – répondant à l’immonde pamphlet de dénonciation et chasse aux sorcières de Daniel Lindenberg)

« Que vaut une démocratie pour laquelle le visage d’un homme compte plus que ses qualités  et sa volonté ? » (Alain Nueil – sur François Hollande)  –  En démocratie, mieux vaut une bonne dose de lâcheté et un visage toujours souriant et content de lui-même que d’être parfois tendu et qualifié d’anxiogène par quelque journaliste.

« Une démocratie n’est pas nécessairement libérale. Quelque chose qui n’est pas libéral peut encore être démocratique. Les sociétés basées sur le principe étatique de la démocratie libérale ne seront vraisemblablement pas capables, dans les prochaines décennies, de préserver leur compétitivité mondiale … L’Etat que nous bâtissons en Hongrie est un Etat ‘illibéral’, un Etat non libéral. Cet Etat ne nie pas les valeurs de base du libéralisme, telles que la liberté et d’autres que je pourrais citer… mais il ne met pas cette idéologie au centre de l’organisation de l’Etat et relève d’une approche nationale spécifique qui s’écarte de cette idéologie. » (Viktor Orbàn) –« Il n’en fallait pas plus pour que le premier ministre hongrois soit accusé de dérive autoritaire. » (Alexandre Devecchio) – Et que ne se déclenche contre lui la haine inextinguible entretenue par l’artillerie médiatique au service de la classe dominante et chargée d’écarter le danger  (comme vis-à-vis de Donald Trump, de Jair Bolsonaro, de Mattteo Salvini…) – Sur les démocraties dites illibérales voir à la rubrique Libéralisme, 175, 10

« Les démocraties occidentales en étaient venu à penser que les êtres humains ne désiraient rien d’autre que l’aisance, la sécurité et l’absence de souffrance. » (George Orwell) – Dés 1940, alors aujourd’hui !

« « Il avait saisi que ressembler aux autres servirait d’idéal dans la société en gestation ; que la pente de la société démocratique serait d’engendrer la confusion des rôles et des comportements, la subversion des catégories, d’âge, de sexe, de classe et de pouvoir. Que la passion de l’égalité serait ruineuse pour l’art … que l’idéal égalitaire chercherait aussi à domestiquer l’excellence … Elle n’est pas non plus sans conséquences sur les rapports des hommes et des femmes, entre lesquels elle tend à établir l’indifférenciation qu’elle chérit … car la pente irrésistible de l’égalité est de dissoudre toutes les discriminations, et l’obsession de l’homme démocratique consiste à postuler avant tout la ressemblance des êtres et l’homogénéité des lieux … L’absence de couleur esthétique observée en Amérique est selon lui dans l’exacte dépendance d’un moralisme omniprésent … De là, les mœurs sévères qu’on observe en Amérique, la gravité des individus, le sentiment qu’à tout instant chacun est averti de ce qu’il doit sentir et de ce qu’il doit faire … Un monde vide d’émotions esthétiques …  ‘sans ombres, sans ambiguïté, sans mystère, rien d’autre qu’une prospérité banale, visible au grand jour tout simplement’. » (Mona Ozouf – évoquant le romancier Henry James) –  Cet espace sans relief où s’ébattent des zombies dissimulant des Tartuffes est devenu le nôtre.  Si la démocratie présente assurément une fâcheuse tendance à l’uniformisation, celle-ci ne lui est pas inhérente et sa responsabilité dans cet état moutonnier obligé est bien moindre que l’anglo-saxonnisme dominateur sous lequel nous nous courbons servilement.

« La société hypermoderne a vu, dans l’ensemble, un accroissement des droits démocratiques … ainsi que des possibilités d’expression et de communication accrues, économiques et culturelles … Mais en même temps, et peut-être de façon dominante pour le moment, s’installent le règne de l’image, de l’émotion primaire, le culte des idoles, une situation propice aux manipulations et à la démagogie. » (Max Pagès) – Certes, et on s’en aperçoit tous les jours. Quant à l’accroissement des droits et des libertés d’expression récemment on ne peut qu’être fortement dubitatif.

« L’ennemi, le danger véritable de notre démocratie, ce n’est pas la théorie individualiste des grands hommes, mais toute théorie qui, au nom d’un principe quel qu’il soit, au nom d’un dogme quel qu’il soit, subordonnera l’initiative, l’action individuelle à l’esprit grégaire … Ce besoin de sociabilité veule et lâche qui est le fléau de l’époque moderne. » (Georges Palante – dans une charge contre le socialisme)

« La démocratie, comme l’a vu Tocqueville, est fondée sur deux principes : l’un positif qui promeut la défense de l’individu contre les abus de la puissance collective, l’autre néfaste, qui produit l’érosion des distinctions des vertus et des mérites à travers la montée inexorable d’un individualisme de type grégaire. » (Paul-François Paoli) – Il n’est même plus sûr du tout de nos jours que le principe  positif reste intact.

« La démocratie est mue par la passion de l’indistinction comme l’aristocratie l’était par celle de la distinction et c’est cette passion de l’indistinction qui, à terme,, est dangereuse pour l’humanité de l’homme. » (Paul-François Paoli)

« Ce n’est pas en ajoutant des corps à des corps qu’on fera surgir un esprit. » (Blaise Pascal)

« Une démocratie sans valeurs se transforme facilement en un totalitarisme déclaré ou sournois, comme le montre l’histoire. » (Jean-Paul II)

« Jamais les grands n’ont été aussi entourés ; jamais, sous aucun régime, dans aucun système les grands n’ont été aussi couverts contre le peuple, et le peuple aussi découvert contre les grands. » (Charles Péguy)

« Flatter les vices du peuple est encore plus lâche que flatter les vices des grands. » (Charles Péguy)

« Parce que la démocratie est insatiable dans la liberté et s’y trouve indifférente à toute autre chose, elle se transforme et mène nécessairement à la dictature. » (Platon) – Ne pas entendre le bruit des bottes, mais le règne absolu d’une oligarchie discrète et soudée.

« Nous vivons dans ses apparences, ce que nous connaissons sous ce nom est une organisation politique oligarchique validée par le suffrage universel. » (Natacha Polony)

« Les démocraties occidentales ont bien commencé à s’affaisser sur elles-mêmes. Avec la déligitimisation profonde de la notion de bien commun, le relativisme profond des valeurs et le règne sans partage du bon plaisir individuel, l’effondrement du niveau culturel et éducatif, la paupérisation d’une fraction croissante de la population, la montée des haines et des incompréhensions, c’est la concorde qui est minée de l’intérieur. » (Natacha Polony et le comité Orwell)

« ‘La démocratie, c’est ce qui reste de la République quand on a éteint les Lumières’ (Régis  Debray) … Le gouvernement républicain définit l’homme comme un animal raisonnable, né pour bien juger et délibérer avec ses congénères … Le gouvernement démocratique tient que l’homme est un animal par essence productif, né pour fabriquer et échanger … La démocratie libérale régit les rapports entre individus par le droit et le marché, dans une neutralité de valeurs … La République ne saurait exister sans les valeurs qui lui donnent sens. » (Natacha Polony)

« Marginalisation du pouvoir politique, donc démocratique, s’accompagnant parallèlement d’un engouement pour de oligarchies sociétales multiples : associations, communautés, lobbies, ONG, autorités administratives indépendantes, commissions, comités ou hauts conseils d’experts ou de militants, médias, instituts de sondages, juges internes, européens ou internationaux… ni désignés ni contrôlés par le suffrage universel. Les élus eux-mêmes semblant participer activement à cette dépolitisation en suivant systématiquement les consignes de ces oligarchies encouragées … et financées par les pouvoirs publics. » (Anne-Marie Le Pourhiet)

« Démocratie sociale, culturelle, sanitaire, administrative, participative, ethnique, sexuelle, environnementale, continue, sans oublier la fameuse e-démocratie… » (Anne-Marie Le Pourhiet) – Redoutable inflation destinée à masquer l’absence de démocratie tout court.

« Dans l’ambition démocratique, la course au succès a remplacé le désir de gloire. » (Raczymow – cité par Pierre Boncenne)

 « On voit revenir dans nos sociétés déboussolées une troublante interrogation : la démocratie est-elle confisquée par un petit groupe de privilégiés qui en usent pour leur bénéfice quasi exclusif ? » (Ignacio Ramonet – Géopolitique du chaos) – Voilà une question qui ne sera jamais posée.

« La représentation est devenue un métier exercé par une classe de politiciens professionnels qui, pour l’essentiel, s’autoreproduit et fait valider cette autoreproduction par la forme spécifique du peuple qu’il produit, à savoir le corps électoral. Celui-ci reconfirme le pouvoir de cette classe en choisissant entre les factions. » (Jacques Rancière)

« La démocratie est le règne de l’excès … Le ‘double bind ‘ de la vitalité démocratique : ou bien la vie démocratique signifiait une large participation populaire à la discussion des affaires publiques ou bien elle signifiait une forme de vie sociale tournant les énergies vers les satisfactions individuelles … Les propriétés qui étaient hier attribuées au totalitarisme, conçu comme l’Etat dévorant la société, sont devenues les propriétés de la démocratie, conçue comme société dévorant l’Etat … Les régimes démocratiques, avec leur pluralisme de partis, leurs élections, leur droit à l’information sont en parenté de plus en plus étroite avec la société personnalisée du libre service, du test et de la liberté combinatoire … Les bouleversements qui manifestent la démesure démocratique, le renversement de toutes les relations qui structurent la société : les gouvernants ont l’air de gouvernés et les gouvernés de gouvernants, le père traite son fils en égal, les jeunes s’égalent aux vieux  et les vieux imitent les jeunes … Le bon gouvernement, c’est le gouvernement de ceux qui ne désirent pas gouverner. S’il y a une catégorie à exclure de la liste de ceux qui sont aptes à gouverner, c’est en tout cas ceux qui briguent pour obtenir le pouvoir. » (Jacques Rancière – sur des thèmes nécessaires à son ouvrage pour une thèse qui n’est pas antidémocratique – La haine de la démocratie

« Le schéma de légitimation  fonctionne comme bilan de la catastrophe totalitaire … Réhabilitation de la démocratie ‘formelle’ par l’effondrement des mythes du peuple et de la démocratie ‘réelle’ … même si aujourd’hui la victoire de la démocratie formelle s’accompagne d’une sensible désaffection à l’égard de ses formes … Au thème de la volonté commune se substitue celui de l’absence de volonté propre, de capacité d’action autonome qui soit plus que la seule gestion de la nécessité. » (Jacques Rancière)  – Sur la réhabilitation des démocraties, notamment après la chute du du rideau de fer et du communisme.

‘Quoi que ce soit que la société fasse est bien parce que la société a choisi de le faire’ n’est pas un principe moral … Une société n’est totalement libre que quand le gouvernement a été constitutionnellement réduit à ses fonctions fondamentales et légitimes. » (Ayn Rand) – On en est loin ! La morale n’a rien à voir avec la dictature de la majorité et du gang politico-médiatique. 

« La politique active en démocratie ne laisse guère de loisir pour s’informer et peu de désir de le faire … L’ignorance ou les trous que certains grands dirigeants font voir … Le temps croissant dévoré par la vie médiatique. » (Jean-François Revel) – On ne peut courir les tréteaux et réfléchir, s’entourer de communicants et de laquais et disposer d’avis compétents. Cette incurie sur les dossiers n’est certes pas un des plus minces défauts entraînés par la démocratie. Madame Royal qui se piquait déjà d’écologie osait se présenter à la présidence en ignorant totalement la part du nucléaire dans la production d’électricité, le sait-elle depuis 2007 ?

« Il annonce (Alexis de Tocqueville) une sorte d’étouffement de la démocratie par elle-même, par l’achèvement extrême auquel elle parviendra … Dictature douce de l’opinion publique … homogénéité des sentiments, des goûts, des idées, des mœurs, soumettant les citoyens à l’esclavage, non d’une contrainte extérieure mais de la toute-puissance de leur propre consentement mutuel. Plus se perfectionne la démocratie égalitaire, et plus spontanément les hommes se ressemblent entre eux, plus ils veulent les mêmes choses … La toute-puissance de la majorité fait disparaître jusqu’au besoin de s’écarter de l’opinion dominante. L’homme original dépérit … sans qu’on ait besoin de le persécuter, faute d’audience, faute même de contradicteurs. L’égalité des conditions, base de la démocratie, au sens … de l’égalité non des richesses mais des statuts engendre l’uniformité de la pensée. » (Jean-François Revel – évoquant Tocqueville – Comment les démocraties finissent) – L’enfer du conformisme, aussi obligatoire que vide.

« Plus la technologie est sophistiquée, plus la démocratie doit céder le pas à la technocratie … Prôner le développement technologique sans limite, tout en prétendant que la démocratie saura prévenir les dérives et veiller à ce que les avancées profitent à toutes-et-tous, est une plaisanterie sinistre. » (Olivier Rey)

« Dans le corps politique, le gouvernement est le moyen et la félicité publique le but. Mais, en démocratie, le moyen et le but étant dans les mêmes mains, le peuple ne s’occupe que du premier. » (Rivarol)

« S’il y avait un peuple de dieux, il se gouvernerait démocratiquement. Un gouvernement si parfaits ne convient pas à des hommes. » (J. J. Rousseau) – Certes, oui. Mais Rousseau n’avait pas prévu que l’homme serait devenu un dieu pour lui-même, aussi le régime démocratique lui convient-il fort bien … à quelques petites bavures près (boucheries de 1914 et la suite) 

« Ce n’est plus le peuple, ni même l’électeur, qui gouverne dans la démocratie, c’est l’audience, une audience rétive, capricieuse, oublieuse qu’il faut résolument capter. Pour cela l‘homme d’Etat doit pousser devant lui son histoire, comme Sisyphe son rocher. La sienne, celle de sa famille, une histoire qui le représente, lui, en particulier. » (Christian Salmon)

« Le ‘storytelling’des hommes politiques et son décryptage compulsif par les médias sont devenus en quelques années les deux mamelles d’une démocratie envoûtée, qui a substitué le récit à l’action, la distraction à la délibération, l’art de la mise en scène à l’art de gouverner … De la joute à l’interactif … L’homme d’Etat apparaît de moins en moins comme une figure d’autorité … et de plus en plus comme quelque chose à consommer, un artefact de la sous-culture de masse … il a perdu ce double caractère que lui attribuait Ernst  Kantorowicz (‘Les deux corps du roi), il a perdu sa dimension supra-humaine, il traîne derrière lui son manteau écarlate … Désacralisé, profané par les médias, ridiculisé par les marchés, soumis à la tutelle des institutions internationales et des agences de notation, l’Etat est désormais ce trou noir qui aspire ce qui reste du rayonnement de la politique … Ce qui définit l’homme politique de l’âge néo-libéral ce n’est plus le respect des règles, mais l’aptitude à les changer (l’impérieux devoir de réformer) ; non plus la continuité d’une action, mais la capacité à tourner le dos à ses engagements.  » (Christian Salmon – La cérémonie cannibale)

« Qui dispose des moyens pour former la volonté du peuple … Le pouvoir politique est tout particulièrement en mesure de former lui-même, au départ, la volonté du peuple dont il est censé procéder ensuite. » (Carl Schmitt)

« Toute démocratie véritable repose sur le fait que ce qui est semblable reçoit un traitement semblable, mais encore, conséquence inévitable, que ce qui est non semblable ne jouit point d’un traitement semblable. Dans la démocratie entre donc nécessairement comme ingrédient, pour commencer, l’homogénéité, et ensuite, si besoin est, la mise à l’écart ou l’exclusion de l’hétérogène … la force politique d’une démocratie se manifeste à sa capacité d’écarter ou de tenir éloigné … celui qui menace l’homogénéité. » (Carl Schmitt) –Et la diversité alors !

« La démocratie d’opinion est le règne de l’expert en communication … L’électorat réagit comme le public à une offre. » (Dominique Schnapper) – Les fameux communicants dictant aux politiques ce qu’il faut dire.

« La démocratie ou le refus des limites. » (Titre d’un ouvrage de Dominique Schnapper)

« La démocratie est un projet utopique ; c’est précisément cette utopie, cette vocation, cette ambition à créer une société qui soit le contraire de la société réelle, qui soit contraire à ce qu’on observe dans le monde social, qui définit la démocratie elle-même … ce refus des limites qui caractérise aussi bien la société démocratique dans son ensemble que chacun d’entre nous en tant qu’homme démocratique … La société des hommes s’autoconstitue, s’autolégitime, elle n’admet plus aucune légitimité extérieure à elle-même … On entre dans un autre monde, un monde où chacun est responsable et constitutif d’une société humaine, entièrement humaine, qui ne comporte aucune légitimité extérieure à elle-même … Nous n’avons de liens entre nous que parce que nous sommes des citoyens. » (Dominique Schnapper)

« La démocratie providentielle se donne pour légitimité d’assurer l’égalité réelle des individus-citoyens (tâche sans fin). Elle privilégie tout ce qui est réel ; l’économique, l’historique et l’ethnique ; aux dépens de la transcendance civique ; les libertés réelles tendent à prendre le pas sur les libertés formelles … Elle privilégie toujours plus la recherche du bien-être des individus … Elle tend à refuser toutes les limites … Le poids du réel a pour effet d’épuiser les deux types de transcendance collective, religieuse et politique (qui veut mourir pour la France ?) … Les conditions  décentes d’existence assurée par l’Etat-providence ne donnent pas par elles-mêmes un sens à l’existence des individus. » (Dominique Schnapper)

 « Dans la dialectique entre les deux pôles, celui de l’identité (fait, mémoire, émotion partagée, fusion avec le semblable)  et celui de la citoyenneté (histoire, choix, appel à la raison, détachement par rapport à soi-même), le premier tend à devenir prépondérant … ‘Au rebours de l’ancienne règle qui voulait qu’on se dépouille de ses particularités privées pour entrer dans l’espace public, c’est au titre de son identité privée qu’on entend compter dans l’espace public’ (Marcel Gauchet) … Jusqu’à quel point le privilège donné à la particularité contre l’aspiration à la transcendance, aux émotions et aux passions aux dépens du contrôle de la raison et de la loi remettent-ils en cause les moyens de vivre avec l’autre ? … Affaiblissement du civisme et épuisement de la transcendance républicaine sous l’effet de l’extension de l’idée et des valeurs démocratiques … Remise en question de l’utopie de la représentation et de la distinction entre les individus concrets, d’un côté, et la Cité ou le peuple au sens politique, de l’autre … La démocratie d’opinion est le règne de l’expert en communication … Le vote comme l’opinion publique elle-même, devient plus réactif et émotionnel. L’électorat réagit comme le public à une offre. » (Dominique Schnapper)

« L’affaiblissement de la transcendance républicaine sous l’effet de l’extension de l’idée et des valeurs démocratiques … La démocratie providentielle se donne pour légitimité d’assurer l’égalité réelle des individus-citoyens. Elle privilégie tout ce qui est ‘réel’, l’économique, l’historique, l’ethnique, la recherche du bien-être, aux dépens de la transcendance civique … Elle tend à refuser toutes les limites … Ce poids accru du ‘réel’ a pour effet d’épuiser les deux types de transcendance collective, religieuse et politique … Les conditions décentes d’existence assurées par l’Etat-providence ne donnent pas par elles-mêmes un sens à l’existence des individus» (Dominique Schnapper) – Que reste-t-il d’une transcendance déjà faiblarde et molle dans le contexte de l’Etat-providence, c’est-à-dire réduit au rôle de simple fournisseur d’allocations ?

« L’étatisme tendance couveuse est la maladie infantile des sociétés démocratiques. » (Michel Schneider) – En France, c’est une maladie qui persiste jusqu’à l’extrême vieillesse de notre démocratie.

« Le jour où la domination sera exercée pour assurer aux dominés l’amour que les dominants ont su causer en eux, ce jour là, la tyrannie démocratique sera à son ultime perfection … Car, les politiques ne se contentent pas de l’obéissance, ils veulent l’assurance d’être des grands … Ils aiment être aimés … Une société d’enfants. »  (Michel Schneider)

« L’adhésion à la démocratie est fréquemment combattue, en ce sens qu’elle implique une tentative pour imposer les valeurs et les pratiques occidentales à des sociétés non occidentales. » (Amartya Sen) – On se demande quelles valeurs dignes de ce nom pourrait bien imposer l’Occident.

« La démocratie doit accorder une place capitale à la garantie de la libre discussion. » (Amartya Sen) – Certes, mais quand même pas sur les nombreux sujets qu’il est interdit d’aborder autrement qu’en révérence avec la doxa officielle, que ce soit interdit par la pratique ou même parfois par la loi.

 « Le marketing des personnalités politiques commence à ressembler de plus en plus au marketing des savonnettes … Pour ce qui est des résultats politiques, le marketing ne fait qu’inciter davantage à s’abstenir de raconter l’itinéraire du politicien et de dresser son bilan au pouvoir ; c’est trop lassant … Le responsable politique digne et guindé lasse, tandis que la personnalité brillante gagne des voix à la télé … Quand la démocratie prend modèle sur la consommation. » (Richard Sennett)

« La démocratie est un dispositif qui assure que nous ne serons pas gouvernés mieux que nous ne le méritons. » (G. B. Shaw)

« L’idéologie du consensus, mélange dissolvant d’utilitarisme et d’ordre moral, est à la fois, comme toutes les idéologies, un moyen et une fin. Son but : neutraliser les conflits, est également sa technique de domination. Elle règne par l’harmonie et le compromis … Ce qu’il est essentiel pour le pouvoir de briser, c’est la résistance des mentalités à un principe avancé, les modalités sont une simple affaire de temps … Lorsque la démocratie méconnaît la limite de sa juridiction et qu’elle empiète sur le domaine de la morale, elle tombe dans une tyrannie insupportable et est condamnée à employer les plus détestables moyens, l’espionnage des mœurs, l’inquisition des consciences. » (Alain-Gérard Slama)

« L’exercice du pouvoir politique se trouve légitimé, non par une lumière qui vient d’en haut, mais par la nécessité de l’approbation qui vient d’en bas. » (Peter Sloterdijk) – D’où manipulations, mensonges et tromperies pour l’acquérir et la garder.

« Les pressions sournoises de la démocratie sont largement aussi puissantes, mais beaucoup plus sournoises, que celles des pays totalitaires. » (Alexandre Soljenitsyne)

« L’histoire de la démocratie nous offre une combinaison bien remarquable d’utopies et de mythes. » (Georges Sorel)

« La démocratie électorale ressemble beaucoup au monde de la Bourse ; dans un cas comme dans l’autre, il faut opérer sur la naïveté des masses, acheter le concours de la grande presse, et aider le hasard par une infinité de ruses. Il n’y a pas grandes différences entre un financier qui introduit sur le marché des affaires retentissantes qui sombreront dans quelques années, et le politicien qui promet une infinité de réformes qu’il ne sait comment faire aboutir. » (Georges Sorel)

« C’est surtout pour les temps démocratiques que l’on peut dire que l’humanité est gouvernée par le pouvoir magique de grands mots plutôt que par des raisons, par des dogmes dont nul ne songe à rechercher l’origine, plutôt que par des doctrines fondées sur l’observation. » (Georges Sorel – Les illusions du progrès)  – « La prison des abstractions verbales qui rassurent ou enthousiasment. » (Pierre-André Taguieff) 

« ‘La démocratie mêle les classes’, mêlant les classes, elle affaiblit la lutte des classes … elle n’est que la ‘forme politique de la bourgeoisie’ … C’est un système d’intégration des classes qui, sous couvert de pacifier les antagonismes politiques par le moyen du suffrage et la libre compétition des partis, empêche définitivement la classe ouvrière de livrer la guerre sociale qui s’impose. » (Georges Sorel – par Alain de Benoist)

« Les radicalisations démocratiques, que sont le conformisme excessif, les demandes de droits extravagantes, la tyrannie de la majorité, la surenchère égaliste et uniformisante. » (Monique Canto-Sperber) – Parmi ces demandes de droits, le droit à l’enfant pour et par n’importe qui, n’importe comment, qui aboutira bien à détruire la société, sinon l’humanité.

 « Une démocratie dans laquelle le peuple n’a plus le droit de discuter de son identité est une démocratie sans le peuple, une coquille vide. » (Malika Sorel-Sutter – sur la France)

« Il ne faut pas sous-estimer le risque de perversion de la démocratie, son possible retournement en sens contraire lorsqu’elle devient un système dans lequel la majorité impose ses volontés ou son opinion aux minorités avec arrogance et mépris. » (Pierre-André Taguieff)

« Le terme ‘démocratie’ n’a de sens qu’au pluriel : il y a des démocraties parce qu’il y a des peuples, des nations, des communautés politiques. » (Pierre-André Taguieff)

  « Une démocratie suppose l’existence d’une communauté de citoyens qui imaginent avoir un avenir commun, et simultanément éprouvent qu’ils en sont responsables. » (Pierre-André Taguieff)

« Dans ces sociétés de non-participation (sociétés sans citoyens de pus en plus fréquentes, fragmentées, dépolitisées, sous l’effet de la mondialisation sauvage), la démocratie se réduit à un système de règles plus ou moins respectées … Car la corruption est le virus inéliminable des systèmes démocratiques-représentatifs. » (Pierre-André Taguieff)

« Le pacte implicite entre le démocratisme absolu et la médiocrité. Comme si le triomphe total de la démocratie au stade ‘démocratiste’ (vidée de toute dimension éthique, dénuée de tout horizon de significations excédant la fonction antitotalitaire) signifiait l’accroissement indéfini de la médiocrité, la normalisation de la vulgarité et de la bassesse. L’époque démocratiste est indifférente à la grandeur, elle est étrangère au sublime. » (Pierre-André Taguieff) – un tel magma ne mérite effectivement qu’un président ‘normal’ ; c’est tout dire.

« L’assimilation stricte de la démocratie avec l’individualisme libéral, concurrentiel et possessif … ainsi qu’avec sa religion séculaire, les ‘droits de l’homme’, auxquels s’ajoute désormais le culte de la Communication … référence à une divinité sans visage … L’étrange néo-démocratie qui se profile est dénuée de peuple souverain, s’imagine sans principe d’autorité ni instance de pouvoir, se veut sans histoire ni mémoire, elle prend la figure d’une pseudo démocratie de consommateurs et d’actionnaires frénétiques, d’ethniques fanatiques, d’administrés et d’électeurs apathiques. » (Pierre-André Taguieff)

« Suivant Bergson la démocratie ne peut répondre de façon claire et satisfaisante à nos inquiétudes ni à nos aspirations, n’étant qu’un ‘idéal, ou plutôt une direction où acheminer l’humanité’, illustrant ‘un grand effort en sens inverse de la nature’, de cette nature parfaitement étrangère aux idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité, dont l’enseignement pourrait tenir dans la devise ‘Autorité, hiérarchie, fixité’. » (Pierre-André Taguieff – citant Bergson)

« Le ‘démocratisme’ fait bon ménage avec le terrorisme intellectuel, lequel suppose, chez ses exécutants, la prétention au monopole de la vertu et de la lucidité … L’indignation poseuse et la dénonciation édifiante tiennent lieu d’analyses précises et de jugements argumentés … L’extension indéfinie de ce ton de donneur de leçons. » (Pierre-André Taguieff) – L’arrogance, le mépris et l’abjection que professe la profession politico-médiatique et ses sbires.

« Le danger des démocraties nouvelles, c’est la difficulté croissante pour les hommes de pensée d’échapper à l’obsession de l’agitation fascinatrice. » (Gabriel Tarde) – On n’imagine pas quelqu’un ayant la capacité et le souci de penser émettre chaque jour au moins deux déclarations solennelles, serrer cent mains, faire quinze bises, être au four et au moulin, se trouver sans cesse disponible pour aller là où sa popularité l’exige, calculer ses manigances, traiter ses maîtresses… Pitoyables et creuses marionnettes.

« Prendre des fictions législatives pour des réalités ; des votes pour des solutions ; un gain de suffrages pour une acquisition de force ;  une conquête de majorité pour une conquête de l’opinion … pauvre histoire. » (André Tardieu – sur les illusions démocratiques et l’intoxication qui s’ensuit) – Cinéma à destination des gogos. 

 « Elle est ordinairement pensée comme un mouvement, le mouvement, une sorte de création continue, de telle sorte que le seul arrêt de ce mouvement est perçu comme réaction … Un conservateur est encore réactionnaire lorsqu’il conserve la république telle qu’elle est. » (Albert Thibaudet – non littéral) – Explication du terme réaction. Dans une perspective progressiste, tout ce qui n’avance pas, est réactionnaire.

« Admirable définition de la démocratie déliquescente par le juge Clavel : ‘le droit de n’avoir aucun devoir’. » (cité par Gustave Thibon)

« Les démocraties appellent les despotismes par leur décomposition même : c’est une constante de l’histoire, que l’oubli organisé où nous vivons nous fait négliger … Il arrive un moment où n’importe quel pouvoir devient préférable à l’absence de pouvoir stable : l’anarchie engendre immanquablement la tyrannie. » (Gustave Thibon)

« Un régime démocratique ne peut rester sain que dans la mesure où subsiste, chez ses dirigeants, un esprit d’immolation … Une existence dure où les devoirs et les sacrifices l’emportent sur les privilèges … de façon que l’homme du peuple sente bien qu’il n’aurait rien à gagner, du point de vue de ses intérêts matériels … à céder à l’appel d’air corrupteur vers des fonctions qui lui sont devenues accessibles. » (Gustave Thibon) – De quoi faire se tordre de rire nos dirigeants-bouffons.

« La théorie de l’égalité appliquée aux intelligences. » (Alexis de Tocquevillle – définissant la démocratie)

« La démocratie brise la chaîne et met chaque anneau à part. » (Alexis de Tocqueville)

« Je regarde comme impie et détestable cette maxime, qu’en matière de gouvernement la majorité d’un peuple a le droit de tout faire. Qu’est-ce donc qu’une majorité, sinon un individu qui a des opinions et le plus souvent des intérêts contraires à un autre individu qu’on nomme la minorité. Le pouvoir de tout faire, que je refuse à un seul de mes semblables, je ne l’accorderai jamais à plusieurs. Ce que je reproche au gouvernement démocratique, ce n’est pas, comme on le dit, sa faiblesse, mais au contraire sa force irrésistible. » (Alexis de Tocqueville)

« Après avoir brisé les entraves des classes ou des hommes, l’esprit humain s’enchaînerait étroitement aux volontés générales du grand nombre. Pour moi, quand je sens la main du pouvoir qui s’appesantit sur mon front, il m’importe peu de savoir qui m’opprime, et je ne suis pas mieux disposé à passer ma tête dans le joug, parce qu’un million de bras me le présentent. » (Alexis de Tocqueville)

« L’idée d’un droit inhérent à certains individus disparaît rapidement de l’esprit des hommes ; l’idée du droit tout-puissant et pour ainsi dire unique de la société vient remplir sa place. Ces idées s’enracinent et croissent à mesure que les conditions deviennent plus égales et les hommes plus semblables. Tous estiment que le gouvernement agit mal ; mais tous pensent que le gouvernement doit sans cesse agir et mettre tout à la main. » (Alexis de Tocqueville)

« Cette forme particulière de la tyrannie qu’on nomme le despotisme démocratique … Plus de hiérarchie dans la société, plus de classes marquées, plus de rangs fixes ; un peuple composé d’individus presque semblables et entièrement égaux, cette masse confuse reconnue pour le seul souverain légitime. » (Alexis de Tocqueville)

« L’idolâtrie d’un seul est remplacé par la haine de cent mille rivaux. » (Alexis de Tocqueville)

« Cette foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs dont ils emplissent leur âme. » (Alexis de Tocqueville – prédiction su la démocratie individualiste et égalitariste)

« Ils ont détruit les privilèges de quelques uns et rencontrent la concurrence de tous. La borne a changé de forme plutôt que de place. » (Alexis de Tocqueville)

« Cette haine immortelle … qui anime les peuples démocratiques contre les moindres privilèges … L’homme des siècles démocratiques n’obéit qu’avec une extrême répugnance à son voisin qui est son égal ; il refuse de lui reconnaître des lumières supérieures aux siennes, il se défie de sa justice et voit avec jalousie son pouvoir ; il le craint et le méprise. » (Alexis de Tocqueville)

« La trame des temps se rompt à tout moment … On oublie aisément ceux qui vous ont précédé, et l’on n’a aucune idée de ceux qui vous suivront. Les plus proches seuls intéressent … Non seulement la démocratie fait oublier à chaque homme ses aïeux, mais elle lui cache ses descendants et le sépare de ses contemporains ; elle le ramène sans cesse vers lui seul et menace de le renfermer tout entier dans la solitude de son propre cœur. » (Alexis de Tocqueville) – rejoignant Edmund Burke : « Les gens qui ne regardent jamais en arrière vers leurs ancêtres ne regarderont jamais en avant vers leur postérité. » – « Le présent au centre de tout. » (Rémi Brague)- D’où notre inconséquente imprévision.

« Les républiques démocratiques mettent l’esprit de cour à la portée du plus grand nombre et le font pénétrer dans toutes les classes à la fois. C’est un des principaux reproches qu’on peut leur faire. » (Alexis de Tocqueville) – Et maintenant, la généralisation du lèche-bottes.

« Dans les sociétés démocratiques, chaque citoyen est habituellement occupé par la contemplation d’un objet très mesquin, qui est lui-même … Si les devoirs de chaque individu envers l’espèce sont plus clairs, le dévouement envers un homme devient plus rare, le lien des affections humaines s’étend et se desserre. » (Alexis de Tocqueville)

« Je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres. Ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine. Quant au reste des concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas. Il les touche, mais il ne les sent pas. N’existant qu’en lui-même, s’il a une famille, il n’a pas de patrie, hormis en lui-même. Au-dessus de lui s’élève un pouvoir immense et tutélaire qui se charge seul d’assurer sa jouissance et de veiller sur son sort. Il est absolu, régulier, détaillé, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l‘âge viril, mais il ne cherche au contraire qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance. Il aime que les citoyens se réjouissent pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur, mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre. Il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales  affaires, dirige leur industrie, règle leur succession, divise leurs héritages. Que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ? » (Alexis de Tocqueville – De la démocratie en Amérique, comme presque toutes les citations de l’auteur, lequel, c’est à noter, estimait la démocratie) – Ecrit à une époque (XIX°) où l’Etat faisait au moins ce qu’il a à faire.

« Le souverain ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige ; il force rarement d’agir, mais il s’oppose sans cesse à ce qu’on agisse ; il ne détruit point, il empêche de naître ; il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète … Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance. » (Alexis de Tocqueville – De la démocratie en Amérique ) – Nous y sommes, en pire !

« Dans ce système, les citoyens sortent un moment de la dépendance pour indiquer leur maître, et y rentrent … Ils se consolent d’être en tutelle, en songeant qu’ils ont eux-mêmes choisi leurs tuteurs. » (Alexis de Tocqueville)

« Les démocraties qui n’affrontent les problèmes du dehors que pour des raisons du dedans. » (Alexis de Tocqueville) – « Fâchons la Turquie pour satisfaire les Arméniens des Bouches- du-Rhône. » (Régis Debray)

« Le véritable drame pour la démocratie ne réside pas tant dans l’opposition de l’élite et de la masse, que dans la lucidité de la masse et l’aveuglement de l’élite. » (Emmanuel Todd)

« Les démocraties les plus anciennes, les Etats-Unis, la Grande Bretagne, la France notamment … se transforment progressivement en systèmes oligarchiques … La démocratie progresse là où elle était faible, mais régresse là où elle était forte …. Les ‘éduqués supérieurs’, après un temps d’hésitation et de fausse conscience finissent par se croire réellement supérieurs … vers l’oligarchie … La nouvelle classe dirigeante américaine postdémocratique, ‘the overclass’. » (Emmanuel Todd)

« La démocratie ne vous empêche pas de devenir un être moral, mais elle ne vous y oblige pas non plus. » (Tzvetan Todorov)

« La démocratie n’est pas immunisée contre la tentation du bien, qui peut la conduire à cultiver chez soi le ‘moralement correct’, et, à l’étranger, à larguer ses bombes, atomiques et ‘humanitaires’. » (Tzvetan Todorov) – et, Dieu sait, combien certaines aiment bombarder.

« Le premier recul des valeurs démocratiques consiste à renoncer à la responsabilité vis-à-vis de sa propre vie et à s’emparer du rôle de victime : rôle avantageux mais entièrement passif. Le second recul revient à dévaloriser son identité individuelle et à ne se voir que comme le membre d’un groupe, et plus grave encore, d’un groupe auquel on n’a pas choisi d’appartenir : sexe, race, ethnie. » (Tzvetan Todorov)

Au contraire des sociétés dites traditionnelles, il n’y a pas de place prédestinée dans la société démocratique « où le choix (de sa place, de son statut) est théoriquement illimité ; ce n’est plus la conformité à l’ordre mais le succès qui devient le signe de reconnaissance sociale, ce qui est une situation beaucoup plus angoissante. » (Tzvetan Todorov – sur la reconnaissance de distinction au-delà de la reconnaissance de conformité, simple constatation d’existence)

« Le totalitarisme peut nous apparaître parfois, à juste titre, comme l’empire du mal. Il ne s’ensuit nullement que la démocratie incarne, partout et toujours, le royaume du bien. » (Tzvetan Todorov)

« Les hommes ont aussi besoin de biens que le monde matériel ne leur procure pas : que leur vie ait un sens, que leur existence trouve une place dans l’ordre de l’univers, qu’un contact s’établisse entre eux et l’absolu. Le totalitarisme, à la différence de la démocratie, prétend satisfaire ces besoins … Lénine, Staline et Hitler ont été désirés par les masses, il ne faut pas l’oublier. Les démocraties … n’ont pas le droit d’ignorer ce besoin humain de transcendance … La démocratie ne satisfait pas le besoin de salut ou d’absolu ; elle ne peut pour autant se permettre d’en ignorer l’existence. » (Tzvetan Todorov) – Ce qui intéresse l’oligarchie qui manipule la démocratie, c’est le fric. Point barre.

« Parce qu’idéologiquement on a pulvérisé la démocratie en détruisant le sujet collectif, la démocratie ne devient plus ainsi que le décor d’elle-même … Les nouvelles élites du pouvoir gouvernent à distance, depuis le dehors du système politique, en promouvant un projet politique (multiculturalisme, post-démocratie, démocratie participative…) destiné aux masses, tandis qu’elles sont retranchées dans leurs quartiers d’exception (le campus, le média, la Bourse, le Tribunal…) à la façon d’une oligarchie, coupée des masses. Le souverain siège ainsi à l’extérieur de la communauté politique. Mais il n’y a plus de souverain. » (Shmuel Trigano)

« La démocratie ne s’est pas établie par des méthodes démocratiques, loin de là. » (Léon Trotski – Leur morale et la nôtre) – D’ailleurs on continue à l’imposer avec des bombes et des missiles, même atomiques (Hiroshima…), avec des blocus meurtriers d’innocents (Irak, Iran…)

« Une démocratie moderne, nécessairement cosmopolite. » (Philippe Val) – Pourquoi ? Voilà bien l’influence de la pensée terreur exercée par la pensée dominante.

« Sur cette question qui engage leur avenir et celui de leur descendance, les Français, pas plus que les autres Européens, n’ont été consultés et ils ne le seront pas. Telle est la réalité de la démocratie qui n’offre à choisir qu’entre des futilités. » (Dominique Venner – sur le multiculturalisme) – Mépris ou crainte du peuple, quel est le sentiment qui l’emporte ?

« Marcel Gauchet souligne le retournement de ‘la démocratie contre elle-même’ sous l’aspect d’une ‘déferlante individualiste’ qui remodèle l’ensemble des institutions (famille, civilité, citoyenneté, intimité, travail…). La victoire de la démocratie libérale sur son rival communiste après 1991 se paye d’un prix exorbitant : ‘La réalité de son exercice recule avec l’avancée de ses principes’. Une révolution intellectuelle fait disparaître le ‘souci du tout’ … entraîne la déliaison des individus … ‘Le lien social a beau être antérieur aux individus, c’est comme s’il était créé par eux’. » (Stéphane Vibert – citant Marcel Gauchet)

« Drôle de démocratie. Il y  a à la fois de plus en plus de protections pour de plus en plus de droits, et de plus en plus de régulation, de contrôle et d’auto-contrôle social et comportemental. Cela fait une société schizophrène quant au fond et névrotique quant à la forme. » (Pierre le Vigan)

« Nous ne sommes plus dans un système démocratique, nous avons basculé dans un système oligarchique protégé par une médiacaste mondialiste. » (Philippe de Villliers)

« La démocratie d’émotion …. Aujourd’hui, nous avons mis en œuvre les trois attributs du divin : l’ubiquité, l’instantanéité, l’immédiateté ; l’omnivoyance et l’omnipuissance. Cela n’a plus rien à voir avec la démocratie, c’est la tyrannie. » (Paul Virilio)

« Je doute que la plupart des hommes soient capables de gouverner leur propre vie. Ce n’est pas parce qu’on en réunit beaucoup et qu’on leur confie de grandes choses au lieu de petites que cela marchera mieux. » (Vladimir Volkoff – un personnage de L’interrogatoire)

« J’aime mieux obéir à un seul tyran qu’à trois cent rats de mon espèce. » (Voltaire – se jugeant correctement pour une fois)

« La démocratie, le pouvoir du plus grand nombre, ne sont pas des biens. Ce sont des moyens en vue du bien, estimés efficaces à tort ou à raison … La république de Weimar aurait pu décider de mettre les Juifs dans des camps de concentration … pareille chose n’est nullement inconcevable … Le crime et le mensonge ne sont légitimes en aucun cas. » (Simone Weil) – Il semble que sa préférence démontrée pour la démocratie ne l’aveuglait pas.

« Un ancien exemple de décision démocratique : la demande populaire de libérer Barabbas, et de crucifier Jésus. » (Simone Weil) – Il est vrai que la foule était manipulée, mais n’est-ce point là la démocratie ?

« Elle (l’égalité) n’a pas de place dans le monde de l’esprit. La beauté, la vertu, la vérité ne sont pas démocratiques. La démocratie politique est condamnée si elle s’efforce d’étendre l’exigence d’égalité à ces sphères plus élevées. La démocratie éthique, intellectuelle ou esthétique est quelque chose de fatal. Une éducation vraiment démocratique, c’est-à-dire qui saura préserver la démocratie, doit être … implacablement aristocratique, audacieusement élitiste … La démocratie exige que de petits personnages puissent ne pas prendre les grands hommes trop au sérieux, mais elle meurt quand ellle est pleine de petits personnages qui se prennent pour de grands hommes. » (Simone Weil – citée par Simon Leys)

« Démocratie veut simplement dire : assommement du peuple par le peuple, pour le peuple. » (Oscar Wilde)

« Le clientélisme, classique de la démocratie. » (Eric Zemmour)

« Démocratiser la démocratie. » (slogan, toujours plus)

« La maison qui est bâtie au goût de tous n’aura pas de toit. » (proverbe)   

« L’électeur mendie des faveurs chez le député, qui les mendie chez le ministre, lequel mendie les votes du député, qui mendie les suffrages de l’électeur … Une classe de citoyens, profondément méprisée du pays entier, fait métier, fait commerce de l’influence et de l’intrigue … Pas un caractère indépendant sur mille. » (?) –Tambouille et abaissement général.

« Tocqueville anticipe que l’un des principaux dangers pour les démocraties naissantes est de ne pouvoir protéger la liberté de tous contre l’individualisme de chacun. » (?) – Le danger n’existerait que pour les démocraties naissantes ?

« La démocratie est le nom que nous donnons au peuple chaque fois que nous avons besoin de lui. » (?) 

« En démocratie, il est interdit d’invoquer l’urgence, c’est trop dangereux électoralement, et donc de faire preuve de courage, il convient d’attendre la catastrophe. » (?)

Ci-dessous considérations de Friedrich von Hayek tirées de son ouvrage, Droit, Législation et Liberté, L’ordre politique d’un peuple libre. A noter que l’auteur est un vrai démocrate, mais est méfiant devant ce qu’il appelle la démocratie illimitée, s’occupant de tout et même de ce qui n’est pas du ressort du politique, livrée à la dictature de majorités, prêtes à tout pour conserver le pouvoir, ou le récupérer, soumises aux marchandages avec tous (d’autant plus qu’elle étend démesurément son domaine d’intervention), s’inclinant devant les  groupes de pression…

 « Le mot démocratie ne signifie rien de plus qu’une procédure spéciale de prise de décisions politiques, il ne nous dit rien sur ce que devraient être les objectifs du gouvernement … La démocratie est une forme de gouvernement dans laquelle aucune limitation n’est imposée au corps gouvernemental … Le pouvoir illimité est la conséquence fatale de la forme établie de démocratie … Toutes les limitations péniblement édifiées contre le pouvoir suprême au long de l’évolution vers la monarchie constitutionnelle ont été successivement démantelées comme  désormais inutiles … Le pernicieux principe de la souveraineté parlementaire (héritière de la tradition absolutiste du XVI° siècle, laquelle n’a même jamais été réellement acceptée comme légitime jusqu’à l’avènement de la démocratie moderne)… Les institutions démocratiques ont cessé d’être contenues par la tradition de suprématie du droit, conduisant à la ‘démocratie totalitaire’ … S’il n’existe aucune autorité judiciaire supérieure, qui puisse empêcher la législature de conférer des privilèges à des groupes particuliers, il n’ y a aucune limite au chantage qu’ils peuvent exercer sur le gouvernement, non en persuadant que cela est juste et équitable, mais en menaçant de retirer son appui … Démocratie de marchandages … Le présent système de vente aux enchères en vertu duquel, à intervalles réguliers, nous confions le pouvoir de légiférer à ceux qui promettent à leurs électeurs le plus d’avantages spéciaux … Si démocratie veut dire  gouvernement par la volonté arbitraire de la majorité, je ne suis pas un démocrate … La volonté du plus grand nombre n’a d’autorité et de caractère obligatoire pour le reste que si cette majorité prouve son intention d’agir avec justice et en s’engageant à suivre elle-même une règle générale … Si la démocratie moderne manque souvent au respect dû à la Loi, elle a aussi tendance à magnifier le rôle de l’Etat dans ses fonctions de service (nécessité du bornage étroit du secteur public) … Omnipotent, le gouvernement démocratique devient par là extrêmement faible. Ses pouvoirs illimités en font l’enjeu que se disputent les divers intérêts … Pour avoir rompu avec le principe de l’égalité de traitement devant la loi, l’on a ouvert les écluses à l’arbitraire permanent …  Une autorité qui devient une institution de bienfaisance se trouve exposé à un chantage irrésistible … Elle est obligé de payer son autorité avec de la discrimination (au sens ancien du terme). »

« La véritable valeur de la démocratie est de constituer une précaution sanitaire nous protégeant contre l’abus de pouvoir. Elle nous fournit le moyen d’écarter une équipe de gouvernants et d’essayer d’en trouver une meilleure … par changement pacifique … Mais ce n’est pas de loin sa plus haute valeur politique, car une démocratie sans limites pourrait bien être quelque chose de pire que des gouvernements limités autres que démocratiques. » (Friedrich von Hayek) – Et quand il n’existe plus de morale, d’honnêteté au sens large, et même de simple culture, quand une majorité, un groupuscule, un homme (ou une femme) peut faire n’importe quoi en ne rencontrant que les applaudissements des laquais des média, où sont les limites ?

« Nulle part les effets de la démocratie illimitée ne sont plus manifestes que dans l’accroissement continu du pouvoir du gouvernement central, assumant des fonctions précédemment exercées par des autorités régionales ou locales. » (Friedrich von Hayek) – Le gouvernement d’une de nos démocraties illimitées ne saurait tolérer aucun autre pouvoir, si restreint fût-il.

« Pour que la démocrate puisse servir durablement à une société d’hommes libres, la majorité d’un corps politiques ne doit certainement pas avoir pour mission de ‘structurer ‘ une société. » (Friedrich von Hayek) – Alors, il faudrait se priver d’accroître le chaos par des mesures dites sociétales réclamées par des groupuscules aussi bruyants qu’agités ? Ce serait trop triste.

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