725,4 – Criminel de guerre

– Odieux personnage qu’on ne trouve que parmi les vaincus (voir sous-rubriques précédentes).

– Admirons donc la décence (ou la prudence) d’un ministre français, grand gaulliste alors et encore plus grande gueule, André Malraux, qui, en 10 ans de ministère, n’est plus jamais allé faire un petit tour de l’autre côté du Rhin.

– Contemplons la statue londonienne d’Harris, surnommé Bomber, le créateur de l’aimable concept de bombardement moral, qui fit approuver par son patron Churchill la stratégie de terreur des bombardements massifs (bombes au phosphore) sur les villes et les populations civiles allemandes. Le boucher de Dresde envahie de réfugiés, c’était la toute fin de la guerre et il lui restait un stock de bombes incendiaires, assez même pour revenir les déverser sur les secouristes le lendemain. « Quand tu combats un monstre, veille à ne pas devenir toi-même ce monstre. » (Nietzsche – Par delà  bien et  mal)

– Clémenceau, le boucher, qui a son nom sur les plaques de nos grandes rues, qui d’abord condamna des millions de soldats à mort en 1917 en sabotant et en refusant les propositions de paix de Charles I, le nouvel empereur d’Autriche, soutenues par le pape, Benoît XV ; Clemenceau, l’affameur de l’Allemagne de 1919 et suite, l’occupant brutal, et son traité de Versailles, cause initiale de la seconde guerre mondiale. Là, il y aurait, pour une fois, matière valable à, au moins, repentance. « Le désastre de 1940 fut certainement la conséquence du traité de Versailles, ‘diktat’ qui étouffa la jeune démocratie allemande et amena Hitler au pouvoir. » (Claude Fouquet)

– Le président Truman, l’incendiaire de Tokyo, l’homme qui osa remerciera Dieu de lui avoir donné la bombe atomique ! Lui permettant de massacrer horriblement, et inutilement, par seul sadisme, les petits japonais. (Cf citation de Nietzsche, ci-dessus)

– Plus récemment encore, les Occidentaux excités de jouissance à l’idée de bombarder les villes serbes.

– On pense toujours à Hitler, un peu moins à Staline (malgré le charnier de Katyn), jamais à Trotski, l’idole de nos trotskistes actuels, l’un des grands responsables de la terreur et des massacres commis bien avant la période stalinienne, le superviseur de la répression sanglante des marins et ouvriers de Kronstadt… (Jean-Pierre Le Goff)

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« L’injustice et la cruauté, inséparables de la victoire, changeait de camp avec elle.  Après avoir découvert chez ceux dont on était séparé des sadismes déconcertants, il fallut bien reconnaître qu’ils se manifestaient de même chez ceux auxquels on se trouvait lié. » (Emmanuel Berl– sur la libération) 

« A-t-on condamné Churchill et Truman pour avoir ordonné les bombardements de Hambourg et de Dresde dont le seul but était de terroriser et de massacrer des populations civiles sans défense (et Tokyo, Hiroshima et Nagasaki) ? A-t-on jugé les tueurs de Katyn ? Staline fût-il traduit en justice pour l’assassinat de millions de Koulaks, de millions de Tziganes … A-t-on filmé l’entrée de l’armée rouge en Pologne, en Hongrie, en Tchécoslovaquie, en Autriche  et en Prusse orientale et nous a –t-on montré ses comportements et la terreur indicible qu’elle inspirait aux populations ? » (Jean Cau)

« La mise à mort des principes de la guerre juste, qui faisaient en théorie de la guerre un rituel à la fois violent et mesuré, un rituel qui ‘contenait’ la violence par la violence, cette mise à mort a d’abord été le fait de l’Occident. Le principe de discrimination, qui impose de n’attaquer que les combattants adverses, non les peuples tenus pour innocents, en particulier les femmes, les enfants et les vieillards ; le principe de proportionnalité, qui oblige à ajuster les moyens violents de la guerre aux objectifs politiques et stratégiques poursuivis, ces principes sont morts à Hiroshima … Ce qui ne veut pas dire qu’ils n’avaient pas été mis au tapis auparavant, par exemple lors des bombardements de Dresde et de Tokyo. » (Jean-Pierre Dupuy)

« Si nous avions perdu la guerre nous aurions été jugés comme criminels de guerre. » (général américain Curtis Le May – propos rapporté par Mac Namara, son conseiller alors) – « responsable du largage de bombes incendiaires sur soixante-sept villes du Japon impérial (cent mille civils carbonisés en une nuit à Tokyo), se concluant par le lâcher de deux bombes atomiques. » (Jean-Pierre Dupuy)

« Au nom de l’éthique de conviction, en criminalisant la guerre, on ne peut que criminaliser la paix … On ne négocie pas avec un criminel … La volonté de culpabiliser l’autre fait partie de l’arsenal de la propagande pendant la guerre, mais elle constitue une méthode désastreuse lorsqu’on veut susciter une paix par la négociation … La criminalisation de l’ennemi est à l’opposé de la reconnaissance de l’ennemi, condition indispensable lorsqu’on veut terminer un conflit par un compromis … La diffusion de la pensée idéologique sous couleur de moraliser les conflits est de nos jours à la racine de la criminalisation de la guerre et de la paix … Préjugé de notre époque. » (Julien Freund) – Et diktat de la dictature de la bonne conscience cupide américaine.

« Ton nom est enregistré dans tout l’univers, partout, au Bureau Fédéral d’Informations en Amérique, au Commandement Suprême Interallié à Paris, à la commission de contrôle de Berlin, dans tous les camps, dans toutes les prisons, dans tous les bureaux de C.I.C., C.I.D…. Partout enfin. Tous tes mouvements, même le plus petit … provoquent le changement de ta fiche dans tous ces fichiers. Est-ce que tu le savais ? … Les pays civilisés ne s’occupent pas des cas individuels. Le fait que tu sois coupable ou innocent est une question personnelle. Elle peut intéresser ta femme, tes enfants, tes voisins… Ce sont les seuls à se préoccuper de questions personnelles. Les pays civilisés voient les choses en grand. Ils ne s’occupent pas des cas individuels … Nous avons procédé par arrestations préventives et par catégories. Si nous avons besoin d’un coupable, d’un criminel de guerre, par exemple, nous l’avons sous la main et n’avons plus besoin de partir à sa recherche, de le poursuivre dans tous les villages et dans toutes les forêts. Il y aurait trop de temps perdu. De cette manière nous n’avons qu’à appuyer sur un bouton … et nous avons devant nous la fiche de l’individu avec sa photo et toutes les indications le concernant : la taille… et tout ce qui peut nous intéresser. Nous n’avons qu’à appeler le camp ou la prison où cet individu est enfermé et quelques heures plus tard, il  se trouve en chair et en os devant le Tribunal International de Nuremberg. C’est merveilleux. C’est le résultat de la technique. Tout est automatique … Comment voudrais-tu qu’ils puissent te relâcher ? Cela équivaudrait à une folie. Tu es pareil à un fil qui a été introduit dans le métier à tisser. Une fois introduit, on ne peut plus le retirer. Il faut attendre jusqu’à ce qu’il sorte de lui-même, tissé avec les autres, jusqu’à ce que son heure soit venue… Pas possible de faire autrement. Les machines sont précises. Avec elles il faut avoir de la patience. » (Virgil Gheorghiu – La vingt cinquième heure – discours d’un officier américain à un détenu qu’il connaissait) – Comment, sous prétexte de dénazification, les Américains ont raflé et détenu dans des camps (deux ans pour l’auteur) les malheureux qui erraient dans l’Allemagne dévastée des années 1945, 46, 47 – dont probablement une infime minorité de criminels se cachant, la plupart fuyant les atrocités de l’armée rouge, la misère noire en Europe centrale, la perte de toute leur famille et de tous leurs repères, les règlements de comptes partout… Imagine-t-on ce que pouvaient être l’Europe centrale et l’Allemagne en ces années d’apocalypse ? Non, puisqu’on le tait pudiquement et qu’on cache la légendaire brutalité américaine aseptisée, ni nouvelle ni changée aujourd’hui (voir le livre de Vladimir Volkoff, L’interrogatoire)

« Un crime de guerre commis par un Allemand a été poursuivi au-delà même des limites de la prescription. Un crime analogue commis par un Soviétique n’a jamais été poursuivi. En France, les crimes de droit commun commis par des résistants ont été expressément et globalement amnistiés par une loi. La règle qu’on peut lire derrière de telles pratiques est celle-ci :’lLes ressortissants d’un pays qui a gagné la guerre ne peuvent pas être coupables’. » (Alfred Fabre-Luce – Les mots qui bougent) – De même des exactions d’une frange de la soldatesque américaine pendant longtemps sur la population civile normande, et encore plus en Allemagne.

« Il n’y aura pas de mémoire équitable, donc pas de mémoire du tout, car la mémoire volontairement tronquée est par là même inexistante, aussi longtemps que gauche et droite réunies traiteront différemment les criminels vainqueurs et les criminels vaincus. » (Jean-François Revel)

« Les Etats totalitaires tuent en raison de leurs fondements scientistes ; les Etats démocratiques tuent à l’aide de leurs pratiques scientifiques … On tue, là au nom de ce qui nous apparaît comme une incarnation de l’injustice, et ici, au nom de la justice. » (Tzvetan Todorov – sur la honte monstrueuse de l’Amérique usant sans réelles justifications, par sadisme et racisme, de l’arme atomique contre les populations japonaises)

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