460,2 – Conscience

– En Français le mot désigne aussi bien la faculté de connaissance que la faculté de perception morale, n’est traitée ici d’abord et essentiellement que de la conscience morale.

– Dans ce sens, le mot est inconnu de nos élites politiques et médiatiques.

– Au sens moral, elle consiste en un rapport de soi à soi-même par lequel nous examinons ce que nous faisons et disons, en un dialogue silencieux avec un témoin logé en notre identité même.

« Elle obstrue l’homme partout d’obstacles. » (Shakespeare), elle est l’individu odieux « qui interroge toujours, un parent proche, vivant dans la même maison. » (Socrate) – Considérations dues à Hannah Arendt.

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« La sérénité de la conscience dont se satisfont ceux qui ont ‘heureusement esquivé les conséquences mauvaises’ mais qui devraient plutôt se demander si de ‘semblables actes vicieux n’eussent pu être accomplis par eux au cas où l’impuissance, le tempérament, l’éducation, les circonstances de temps et de lieu qui induisent en tentation … ne les en eussent écartés’. » (Myriam Revault d’Allonnes – citant Kant)

« La loi de l’innocence : plus l’effet est grand, plus petite est la méchanceté requise pour le produire … La quantité de haine et de méchanceté requise pour le massacre d’un seul homme par ses prochains est négligeable pour les employés qui sont derrière un tableau de commandes … Appuyer sur un bouton absout du bien comme du mal (aucun des pilotes d’Hiroshima n’a eu besoin de mobiliser la quantité de haine qu’il a fallu à Caïn pour tuer son frère Abel … Et les milliers d’équipages de bombardiers avant et après Hiroshima !) Des faits n’ayant requis aucune méchanceté restent fermés à l’examen moral et inaccessibles au remords. Rendre les coupables parfaitement étrangers à leurs actes … (Truman remerciant Dieu de lui avoir permis d’avoir la bombe) … Si nous ne savons plus que nous faisons quelque chose, nous pouvons par conséquent faire les pires choses … Nous allons périr noyés sous un déluge d’innocence. » (Günther Anders)

« Ce qu’a découvert Socrate c’est qu’on peut avoir des rapports avec soi-même aussi bien qu’avec les autres … Les siècles à venir devaient donner à l’odieux individu qui attend Socrate chez lui ( qui ne cesse de lui faire subir interrogatoires et contre-interrogatoires) le nom de conscience … Quelles que soient les voies qu’emprunte l’ego pensant dans son cheminement, le moi que nous sommes tous doit s’efforcer de ne rien faire qui rende impossible l’amitié et l’harmonie entre les deux-en-un. » (Hannah Arendt)

« ‘Tout homme qui entend vivre à l’aise tâche de vivre sans elle’. Et ce n’est pas difficile, car il suffit, pour cela, de ne jamais entamer le dialogue solitaire et silencieux qu’on appelle pensée. » (Hannah Arendt – citant Shakespeare qui fait parler les meurtriers)

« Bien tard, je t’ai aimée, ô beauté, et voici que tu étais au-dedans et moi au-dehors. » (saint Augustin)

« Si tu n’entends pas parler tout de suite ta conscience, ne crois pas éviter ses reproches ; elle enregistre. » (Anne Barratin)

« Pourquoi craint-on sa conscience ? Parce que c’est un créancier. » (Anne Barratin)

« Nous savons bien que pour être une ‘personne’, il faudrait que notre conscience fût autre chose qu’un grouillement de désirs. » (Georges Bastide)

« L’expérience de la faute traduit l’aspect moral de la conscience malheureuse corrélativement avec l’expérience de l’échec et l’expérience de l’erreur auxquelles elle est intimement liée. » (Georges Bastide)

« Les concepts, les représentations abstraites et générales, ont toujours été les meilleurs fourriers du malheur de la conscience. » (Georges Bastide)

« Une conscience sans scandales est une conscience aliénée. » (Georges Bataille)

« Des notions aussi fondamentales que celles de responsabilité, de cause objective, de sens (ou de non-sens) de l’histoire, ont disparu ou sont en voie de disparaître … A l’acharnement thérapeutique avec lequel on essaie de la ressusciter, cette conscience, on voit le peu de souffle qui lui reste encore. » (Jean Baudrillard)

« La liberté de conscience n’est pas refusée, elle est écrasée. Car elle est rendue insignifiante : ayez les idées que vous voulez, cela n’a pas d’importance. » (Maurice Bellet) – « Je viens d’un pays où on ne peut rien dire. J’arrive dans un pays où on peut tout dire, mais où finalement cela n’a aucune importance. » (Soljénitsyne – arrivé en Occident) – Du temps, terminé, où en Occident on pouvait encore tout dire.

« L’Occident croit farouchement à la supériorité et à l’autonomie de la tête, de la conscience, par rapport au reste du corps … La suprématie de la conscience correspond à l’histoire et au développement de la culture de l’individu … Le rationalisme occidental, sa méfiance envers le corps, son mépris de la pratique … sorte de virtualisation de la vie … vie dérisoire … Où nous sommes en train d’oublier la différence fondamentale qui existe entre la carte et le territoire … L’intellectualisation extrême de la vie nous a fait oublier une vérité de base : les corps pensent, la tête ne dirige pas le corps, elle fait partie du corps. Le pilote, le joueur de ping-pong, le saxophoniste … tous opèrent dans un mode de couplages entre parties extensives sans qu’intervienne aucune instance ou mécanisme représentationnel, ou s’ils le font, ce sera dans l’après-coup … Le corps formaté par la technique, par la société de l’utilitarisme est devenu pour nous ‘muet’ ; nous n’avons de lui que, pour ainsi dire, de mauvaises nouvelles. » (Miguel Benasayag – La fragilité)

« La conscience n’est pas seulement en retard, elle manque aussi toujours le présent … Quand elle réalise enfin  ce qui s’est passé, il est en train de se produire bien d’autres choses dont elle n’aura connaissance que bien après … Le présent lui fait défaut … Il nous faut rendre la conscience dépendante de nos pratiques. » (Miguel Benasayag) – Notion de retard exprimée par Hegel avec son expression sur La chouette de Minerve qui ne prend son envol qu’au crépuscule (expression commentée plusieurs fois dans ce recueil)– Le retard pris par la conscience sur l’action.

« La loi du clerc est, quand l’univers entier s’agenouille devant l’injuste devenu maître du monde, de rester debout et de lui opposer la conscience humaine. » (Julien Benda)

« Une conscience universelle, une conscience de l’étoffe la plus solide et la plus élastique … La conscience vient-elle à manquer ? Le protestant se trouve désarmé puisqu’elle seule lui permet de discerner le bien du mal. Elle doit lui remplacer l’intercesseur, le directeur, le confesseur … l’absolution … La pure conscience, épouse et sœur du pur sujet, offre au conformisme des commodités avec quoi aucune liturgie ne peut rivaliser. » (Emmanuel Berl) – L’auteur assimile fréquemment bourgeoisie et protestantisme.

« J’en ai assez de ces consciences pures. » (Georges Bernanos)

« Vous nous avez donnés à l’Etat. L’Etat qui nous arme, nous habille et nous nourrit prend aussi notre conscience en charge. Défense de juger, défense même de comprendre. » (Georges Bernanos)

« Faire de son mieux, dit-on. – Heureusement il y a cette ressource : faire de son mieux. C’est le refuge, le trottoir et le parapluie de la conscience. Quand on ne peut rien faire du tout, on fait de son mieux… » (Léon Bloy – Exégèse des lieux communs – 2, XXII)

« Être criblé de dettes, dit-on. – Par extension, il est parlé quelque fois du crible de la conscience, instrument défectueux et infidèle, laissant passer trop de choses et pouvant être comparé à un de ces vieux paniers percés dont il est imprudent de se servir… » (Léon Bloy – Exégèse des  lieux communs – 2, CXIII)

« Avoir le témoignage de sa conscience dit-on. – Selon les philosophes la conscience est le sentiment qu’on a de soi-même, sentiment presque toujours agréable … Il y a ceux qui n’ont rien sur la conscience et ceux qui ont quelque chose sur la conscience … Le vertueux Fouquier-Tinville, au moment d’être conduit à la guillotine où il en avait expédié tant d’autres, écrivit : ‘Je n’ai rien à me reprocher, je meurs sans reproches’. Ce témoignage de sa conscience est conservé aux Archives nationales. Une telle relique est probablement miraculeuse et on devrait la faire toucher aux imbéciles atteints de mansuétude… » (Léon Bloy – Exégèse des lieux communs – 2, XLI)

« Il y a ceux qui n’ont rien sur la conscience et ceux qui ont quelque chose sur la conscience. Il y a aussi ceux qui ont leur conscience pour eux. » (Léon Bloy)

Le phénomène de la fausse conscience (hors du domaine moral). « Le sujet social se trompe sur ses raisons ou sur ses motivations : je crois que ce que dit mon ami est vrai, mais mon esprit critique est aveuglé par mon amitié. » (Raymond Boudon)

Quatre sortes de conscience selon le Père Bourdaloue (cité par V. Jankélévitch) : « la bonne tranquille (paradis), la bonne troublée (purgatoire), la mauvaise troublée (l’enfer), la mauvaise paisible (le désespoir). »

« Avoir la conscience tranquille ; c’est une façon comme une autre de déguiser son inconscience. » (Albert Brie)

« La bonne conscience a deux visages : celle de l’être repu, satisfait de soi ; celle du révolté qui s’endort mécaniquement dans l’insulte et finit par devenir un rentier de la dénonciation. » (Pascal Bruckner)

« Conscience et complexité sont deux choses inséparables. » (Père Teilhard de Chardin)

« La perception du bien et du mal s’obscurcit à mesure que l’intelligence s’éclaire ; la conscience se rétrécit à mesure que les idées s’élargissent. » (Chateaubriand)

« Un simple démêlé entre moi et ma conscience me jeta sur le théâtre du monde. J’eusse pu faire ce que j’aurais voulu, puisque j’étais seulement témoin du débat ; mais de tous les témoins, c’est celui duquel je craindrais le plus de rougir. » (Chateaubriand)

« On se martyrise, on se crée, à coups de tourments, une ‘conscience’ ; et puis, on s’aperçoit avec horreur qu’on ne peut plus s’en défaire. » (Emil Cioran)

« L’inconscience est une patrie, la conscience un exil. » (Emil Cioran)

« La conscience est bien plus que l’écharde, elle est un poignard dans la chair. » (Emil Cioran)

« Il vaut mieux être animal qu’homme, insecte qu’animal, plante qu’insecte, et ainsi de suite. Le salut ? Tout ce qui amoindrit le règne de la conscience et en compromet la suprématie. » (Emil Cioran)

« Les hommes les plus malheureux : ceux qui n’ont pas droit à l’inconscience. Avoir une conscience toujours en éveil, redéfinir sans cesse son rapport au monde, vivre dans la perpétuelle tension de la connaissance, cela revient à être perdu pour la vie. La connaissance est un fléau et la conscience une plaie ouverte au cœur de la vie … Le mythe biblique du péché de la connaissance est le plus profond que l’humanité ait jamais imaginé … La connaissance se confond avec les ténèbres. Je renoncerais volontiers à tous les problèmes sans issue en échange d’une douce et inconsciente naïveté. » (Emil Cioran)

« Il n’y a point de liberté de conscience en astronomie, en physique, en chimie  … En ce sens que chacun trouverait absurde de ne pas croire de confiance aux principes établis dans ces sciences par des hommes compétents.» (Auguste Comte)

« Le moment contemporain n’a pas rompu, depuis les totalitarismes, avec le positivisme juridique. Nombre de nos concitoyens sont persuadés que ce qui est légal est moral par là même …  toute loi permissive vaut pour le label du Bien … Légaliser revient à dire que cela est permis légalement, donc que cela est permis moralement. » (Chantal Delsol) – Promulgation de l’inutilité – et pire de la nocivité –  de la conscience personnelle. Le gang dominant des Créons ne cesserait d’enterrer une Antigone d’aujourd’hui, pas plus qu’hier. Le but est toujours d’anesthésier la conscience.

« Il n’est pas un cynique, car il ne confond pas le bien et le mal … Mais … il a oublié qu’il possédait une conscience … la faculté de discerner le bien même contre les lois … Tout individu qui avoue ne reconnaître, comme critère du bien et du mal, que la loi positive, ou, ce qui revient au même, la loi du consensus social dictée ou plutôt suggérée par les bien-pensants, se trouve privé de conscience … Les comités remplacent … Ce que souhaite l’individu, c’est pouvoir répondre sans se poser la question. » (Chantal Delsol) – l’individu moderne, l’automate, confortable dans sa lâcheté acceptée.

« Donner mauvaise conscience est une manière de s’en faire une bonne. La culpabilisation progresse à une vitesse inversement proportionnelle à celle de la moralité. » (Jean-Marie Domenach)

« Il n’y a rien de plus séduisant pour l’homme que la liberté de sa conscience, mais rien non plus de plus torturant. » (Dostoïevski – Les frères Karamazov ; La légende du Grand Inquisiteur)

« La conscience n’empêche pas de commettre un péché, elle empêche seulement d’en jouir en paix. » (Théodore Dreiser)

« Nous contentons notre conscience plus facilement que notre amour-propre. » (Louis Dumur)

« Les gens qui ne transigent jamais avec leur conscience ont une conscience bien proche parente de leur intérêt. » (Louis Dumur)

« Si la conscience est difficile à satisfaire, la bonne conscience est facile à contenter. » (Michel Foucault)

« La conscience est la conséquence du renoncement aux pulsions. » (Sigmund Freud)

« Elle présente une curieuse particularité … Elle se comporte en effet avec d’autant plus de rigueur et de méfiance que l’être humain est plus vertueux, de sorte que ce sont finalement ceux qui ont poussé le plus loin la sainteté qui s’accusent d’être les pires pécheurs. » (Sigmund Freud)

Renforcement de la morale par les convictions : « Aussi longtemps que l’homme est satisfait de son sort, sa conscience morale aussi est bien disposée et accorde au ‘Moi’ toutes sortes de choses ; si un malheur l’a frappé, l’homme rentre en lui-même, connaît sa condition de pécheur, accroit ses exigences de conscience, s’impose des privations et se punit par des pénitences. » (Sigmund Freud) – Aujourd’hui, on accuse les autres, la société… C’est plus confortable et, parfois, plus rentable.

« La conscience, cette étrange aptitude à sortir de soi-même pour juger ses actes, n’est pas une faculté que nous nous serions forgée nous-mêmes, elle n’est pas non plus un don de la nature, car, en ce cas, elle ne nous reprocherait jamais rien. Elle est en nous le miroir d’une vérité universelle sans laquelle nos jugements ne seraient que des arrêts de complaisance. » (André Frossard)

« Celui qui agit est toujours sans scrupule, celui qui contemple seul a une conscience. » (Goethe) – Si je puis me permettre, Goethe s’égare un peu, ou bien je n’ai pas le contexte, même si l’action peut être salissante (ceux qui n’ont pas de mains…).

« L’homme d’action est toujours sans conscience ; il n’y a d’homme consciencieux que le contemplatif. » (Goethe)

« Parce que le propre de la conscience est de s’éprouver déchirée de la nature, l’idée du surnaturel est ce qu’il y a de plus naturel en l’homme. » (Nicolas Grimaldi)

« L’œil était dans la tombe et regardait Caïn. » (Victor Hugo – La conscience, La légende des siècles)

« Mieux vaut une conscience tranquille qu’une destinée prospère. J’aime mieux un bon sommeil qu’un bon lit. » (Victor Hugo)

« La conscience de l’homme, c’est la pensée de Dieu. » (Victor Hugo)

« Le premier des bons ménages est celui que l’on fait avec sa conscience. » (Victor Hugo)

« Après avoir entendu les paroles, ne scrutez pas trop les consciences. Vous trouveriez souvent au fond de la sévérité l’envie, au fond de l’indulgence la corruption. » (Victor Hugo)

« Là où les ‘âmes cadavéreuses ‘ ne voient rien, les natures morales discernent au contraire une foule de problèmes possibles … de ‘cas de conscience’ … ce qu’on appelle le ‘scrupule’ … Les choses ne se contentent pas d’exister ; elles méritent ou ne méritent pas d’exister … Tout ne peut pas se faire ; certaines actions, en dehors de leur utilité, parfois même contre toute raison, rencontrent en nous une résistance inexplicable. Telle est l’hésitation de l’âme scrupuleuse devant la solution scabreuse. » (Vladimir Jankélévitch)

« Le cher souvenir d’une pureté perdue (le paradis perdu est éternellement perdu), multipliée par le tourment d’une faute ancrée à notre âme, voilà toute la mauvaise conscience. » (Vladimir Jankélévitch)

« La conscience n’est pas une lumière qui éclaire sans la changer une réalité préexistante, mais une activité qui s’interroge sur sa décision et qui tient entre ses mains mon propre destin. » (Louis Lavelle)

« Il avait bonne conscience, elle n’avait pas beaucoup servi. » (Stanislas Jerzy Lec)

« Une conscience chargée de remords croit toujours qu’on parle de sa faute. » (Luther)

« Ce n’est pas la conscience qui détermine la vie, c’est la vie qui détermine l’existence, c’est l’existence, l‘être social qui détermine la conscience. » (Karl Marx et tout le matérialisme) – Contrairement à l’idéalisme qui descend du ciel sur la terre.- Les pensées dominantes ne sont pas autre chose que l’expression idéale des rapports matériels dominants.  – Il s’agit de la conscience intellectuelle, spéculative, non de la conscience morale.

 « Faut-il une perspicacité profonde pour comprendre que les idées des hommes, leurs aperçus concrets, comme leurs notions abstraites et en un mot leur conscience se modifient avec leurs conditions d’existence, avec leurs relations sociales, avec leur vie sociale ? L’histoire des idées que prouve-t-elle sinon que la production intellectuelle se métamorphose avec la production matérielle ? Les idées dominantes d’un temps n’ont jamais été que les idées de la classe dominante. » (Marx-Engels – Manifeste du parti communiste) – « Autrement dit, la classe qui est la puissance matérielle dominante de la société est aussi la puissance dominante spirituelle. »

« S’élever contre les fautes d’autrui pour mieux goûter sa propre vertu … Comme toute passion, l’indignation est sur le fil du rasoir de l’hypocrisie … La conscience malheureuse garant de la vertu. » (Jean-François Mattéi)

« L’étonnement stupéfait devant l’ordre du monde, serait-il conduit par le hasard, et l’indignation déchirée devant le désordre de l’injustice, serait-elle imposée par la nécessité. Ce sont là les deux modalités de la conscience et ses deux affections constitutives. » (Jean-François Mattéi)

« En acceptant, selon Rousseau et les Allemands, la souveraineté de leur conscience individuelle, ils ne font que s’adjuger à eux-mêmes les anciens attributs de Dieu. » (Charles Maurras – sur les athées)

« On ne vend pas seulement une information, mais, avec elle, le type de bonne conscience dont va se parer un interlocuteur, le récepteur … On lui vend de la bonne conscience sous prétexte d’information et on lui vend également le mode de pensée correcte qui le dispense de se référer à une idéologie clairement formulée, laquelle est bien présente cependant mais dissimulée. » (Charles Melman – sur le sensationnalisme et l’exhibitionnisme des média)

« Chose à peine croyable, un homme va, à lui seul, personnifier ce qui caractérise le troisième moment de la modernité (après les cités Athènes et Rome) : la naissance du sujet et de la subjectivité, le regard qui se porte vers la vie intérieure, le fonctionnement d’un endopsychisme complexe … Bon nombre de découvertes freudiennes sont présentes dans les ‘Confessions’, dont celle, essentielle, de conflit intrapsychique … ‘Je me trouvais aux prises avec moi, mon être même disloqué’ … cautionnant et encourageant la dévaluation de l’homme pécheur … L’autorité familialiste s’intériorise : sa puissance opère depuis l’intérieur de soi et non plus par l’action de la communauté ; la honte devient culpabilité … le conflit intra-volonté se situe ainsi entre ‘moi’ (fils d’Adam) et ‘moi’ (âme divine) … Lutte (déjà freudienne) entre deux parties du moi, l’une porteuse des pulsions et l’autre identifiée au surmoi … La conscience intime de soi,  est née voici seize siècles d’un génie malade de culpabilité. La subjectivité a été payée d’un abandon majeur : celui du plaisir d’être innocemment soi, si en accord avec les mœurs, coutumes, valeurs de la communauté. Le prix d’une vie intérieure est la perte de l’innocence … Jusqu’à Augustin, l’autorité s’imposait à l’individu depuis la communauté … avec la sanction de la honte. Avec Augustin, l’autorité du ‘genos’ s’intériorise, et la religion devient le lieu où va se jouer, à des millions d’exemplaires, le théâtre tout intérieur de la culpabilité d’ego … Le cadran où lire le bien et le mal se trouve désormais à l’intérieur de soi. La conscience morale se fait juge du moi coupable. » (Gérard Mendel – A considérer aussi que dans le monde déstabilisé d’Augustin (invasions barbares et chute de Rome), il devenait impossible de trouver, comme autrefois, un équilibre personnel et une identité stable à l’extérieur de soi, dans les liens communautaires. L’auteur analyse aussi le rôle indirect de l’incontestablement puissante mère d’Augustin, sainte Monique, dans le processus augustinien menant à la culpabilisation)

« Si j’avais un jour, pour porter un toast, à choisir entre le pape et la conscience, je le porterais d’abord à la conscience et ensuite au pape. » (cardinal Newman)

« La conscience a des droits parce qu’elle a des devoirs. » (cardinal Newman)

« La conscience révèle à l’homme sa propre culpabilité sans lui offrir le moyen de l’assumer et de la guérir. » (cardinal Newman – évoquant la nécessité d’une intervention extérieure et infiniment supérieure)

« Le souffle du monde rouille la conscience. » (cardinal Newman)

« La conscience est le guide personnel dont je me sers, parce que je ne peux pas ne pas me servir de moi-même. Elle est le plus proche instrument de connaissance mis à ma portée. Chacun le porte au plus profond de soi. » (cardinal Newman)

« La conscience, c’est une tristesse qu’on éprouve après un acte qu’on vient de faire et qu’on referait encore. » (Anna de Noailles)

« La bonne  conscience n’est pas autre chose que l’expression du désir que nous avons tous : être nous-mêmes, rester bien à l’aise. » (Cesare Pavese)

« Un pays dans lequel les questions de conscience sont considérées par le plus grand nombre comme des questions réelles, où les gens sont prêts dans l’ensemble à admettre qu’elles puissent être légitimement invoquées comme motifs, où ils sont prêts même à supporter les difficultés ou les graves inconvénients résultant de ce qu’autrui entend agir sur la base de tels motifs, un tel pays est libre. » (Karl Polanyi) – Serait-ce le cas de la France ?

« Il n’est rien de plus dangereux que les concours de bonne conscience, surtout quand ils se nourrissent du désarroi des plus faibles. » (Natacha Polony) – Ecouter la clique politico-médiatique dans ses grands moments d’indignation téléguidée et d’insulte aux plus faibles.

« Conflit entre le moi individuel qui n’admet aucun frein et le moi social représenté par un père, un camarade, un domestique … la voix de la conscience qui admoneste … Les scrupules de conscience, principes du bien … c’est Leporello, le double contraire de Juan, qui les personnifie … Projection de la conscience qui critique et juge dans le comparse Leporello et se venge dans le Commandeur. » (Otto Rank – Reprenant les nombreuses figures de Don Juan, le héros frivole, et les exhortations du valet, Leporello, critique des actes de son maître, comme l’intervention punitive du Convive de pierre, le Commandeur, le mort vengeur)

« Conscience … instinct divin, immortelle et céleste voix ; guide assuré d’un être ignorant et borné, mais intelligent et libre ; juge infaillible du bien et du mal, qui rend l’homme semblable à Dieu, c’est toi qui fait l’excellence de sa nature et la moralité de ses actions ; sans toi je ne sens rien en moi qui m’élève au-dessus des bêtes, que le triste privilège de m’égarer d’erreurs en erreurs à l’aide d’un entendement sans règle et d’une raison sans principe. » (J. J. Rousseau – Emile)

« Toute sa conscience, c’était la loi ; toute sa morale, c’était son droit. » (Georges Sand)

« Elle accable l’homme d’obstacles … tout homme qui entend bien vivre … tente de vivre sans. » (Shakespeare – Richard III)

« Les lois non écrites de la conscience. » (Sophocle – Antigone)

« Là où est la conscience, le bonheur s’enfuit. » (Sophocle)

« Lorsque la conscience est en jeu, l’amitié n’est pas une raison, car je dois plus à Dieu qu’à personne. » (sainte Thérèse d’Avila)

« Le plus grand mal de ce monde vient de ce que la conscience doive parfois, et même fréquemment, se faire suppléer par la gendarmerie. » (Edmond Thiaudière)

« Nous nous donnons à peu de frais bonne conscience en stigmatisant les horreurs du passé, ce qui nous permet de mettre entre parenthèses les horreurs du présent. » (Gustave Thibon) – Mais quand même pas les horreurs du passé qui apparaîtraient comme politiquement incorrectes.     

 « Un gouvernement où la majorité règne dans tous les cas, ne peut être fondé sur la justice. Ne peut-il exister de gouvernement où ce ne seraient pas les majorités qui trancheraient du bien et du mal, mais la conscience ? … Le citoyen doit-il jamais un instant abdiquer sa conscience au législateur ? A quoi bon la conscience individuelle alors ? » (Henry David Thoreau) – A donner l’illusion de la liberté, totalement fictive.

« Il y a une manière de mettre en relief la responsabilité collective et le péché social qui dilue la seule véritable instance imputable, la conscience morale singulière, car lorsque tous sont coupables, personne n’est coupable. » (Xavier Tilliette)

« Celle-ci, (la conscience) n’est en réalité rien d’autre qu’un autrui généralisé, le regard des autres à l’intérieur de nous … Nous possédons tous à l’intérieur de nous-mêmes, cette sorte de spectateur impartial et éclairé. » (Tzvetan Todorov)

« La conscience règne et ne gouverne pas. » (Paul Valéry)

« L’homme, ayant acquis cette propriété de s’écarter de l’instant même, du même coup il a   acquis à différents degrés la conscience de soi-même, cette conscience qui fait que, s’écartant par moment de tout ce qui est, il peut même s’écarter de sa personnalité : le moi peut quelquefois considérer sa propre personne comme un objet presque étranger. » (Paul Valéry))

« L’action de l’homme dépasse considérablement la conscience qu’il en prend ; la majeure partie de ce qu’il fait n’a pas sa contrepartie de pensée ou d’affectivité. Sinon, on réduirait d’énormes  ensembles ‘institués’ tels que la religion ou la vie culturelle à n’avoir pour contrepartie authentique que des moments discontinus d’émotion de la partie la plus fine de l’âme chez une petite élite. » (Paul Veyne)

« Nous pensons que la conscience participe d’un acte réflexe, comme la respiration, c’est faux, elle implique un effort, comme la nage. Si nous cessons, nous coulons. » (Colin Wilson) – Et nous voyons bien que nous coulons.

« L’œil, le doigt et la dent n’existent pas lorsqu’ils sont sains. N’est-il pas clair, dans ce cas que la conscience personnelle est une maladie ? » (Eugène Zamiatine – Nous autres, fiction sur le totalitarisme)

« S’il n’y a pas de sens à l’existence, alors notre conscience n’est qu’un cancer honteux. » (?)

« Elle n’empêche pas de commettre un péché, elle empêche seulement d’en jouir en paix. » (?)

« Il faut accorder quelque estime aux consciences qui se vendent, en effet elles s’aliènent. Nous sommes plutôt au régime des consciences qui se louent. » (?)

« Plus de gens ont soin de leur réputation que de leur conscience. » (?)

« Qui écoute sa conscience trouve un guide plus sûr que bien des avis. » (?)

Conscience d’être : « La conscience au sens le plus strict n’existe que là où un être a pour objet son genre, son essence. Seul un être qui a pour objet son propre genre peut constituer en objets, conformément à leur nature essentielle, d’autres choses ou êtres … L’homme a une vie intérieure et extérieure. La vie intérieure est celle qui le rapporte à son essence, à son genre. Il parle avec lui-même. L’homme est à lui-même simultanément, ‘Je’ et ‘Tu’. » (Ludwig Feuerbach)  – Cette conscience d’appartenir à un genre est différente de la simple conscience de soi dont est pourvu l’animal (sentiment de soi, perception et discernement dans l’aire du sensible)

Ci-dessous extraits d’un livre de Benjamin Fondane, La conscience malheureuse. Il est question là de la conscience d’être, non de la conscience morale. Du déchirement entre la perception primaire, la volonté vitale instinctive, et la connaissance, au sens du savoir, désireuse, ou forcée, de comprendre, de s’adapter au monde externe. D’Adam avant la chute et d’Adam après avoir mangé de l’arbre de la connaissance. Du moins à ce que j’ai cru comprendre de cet ouvrage fort réputé.

 « Paradoxe effrayant : les dieux ont été balayés, les mythes ont rejoint les poubelles, l’homme est parvenu à se détacher des préjugés, des chaînes et des forces qui l’asservissaient ; et cependant le malaise qui eût dû disparaître, ne fait qu’augmenter de volume.  Cette opposition sournoise qui met aux prises nos ‘instincts’ et notre ‘savoir’, ces instincts qui exigent la vie et la liberté et ce savoir qui exige le renoncement et l’obéissance (‘Malaise dans la civilisation’ de Freud) … Comment concilier ce besoin avide d’une culture, d’une discipline, d’un idéal, d’un devoir, dont notre conscience a soif, avec les besoins naturels, instinctuels, biologiques de l’homme, avec ce qu’ils ont de désobligeant, de choquant, pour la pensée, instinct d’agression et de mort, sexualité, intelligence faible et déraisonnable … Tout le monde s’est mis à genoux devant le principe de réalité, devant la raison … obéissant au principe de contradiction … Malgré cette soumission absolue  au savoir, et quoiqu’il se soit cramponné  à l’intelligence et au savoir, l’homme est retombé dans l’erreur et l’absurdité, je veux dire, dans l’instinct et dans la vie … Il confesse le savoir et n’agira que suivant ses intérêts … maquillés de toutes les couleurs du devoir, de la culture, de la civilisation … ‘Non seulement il faut supporter la nécessité, ne pas la cacher,  mais il faut encore l’aimer, Amor fati’ (Nietzsche) … Toute philosophie n’est donc qu’un conseil à la résignation, une édification, une morale dissimulée mais active, de négation … La ‘liberté’ d’un Kant est-elle préférable à ‘l’esclavage’ d’un Abraham ? … Le ‘Je’ est-il encore un Je existant ou est-il devenu un Je pensant ? Portant sur un monde ‘existant’ ou sur un monde ‘pensé’ … De l‘évidence vécue passionnément par la conscience de l’homme naturel, reste-t-il encore quelque chose dans l’évidence objective ? …  ‘Tu ne mangeras pas de cet arbre car alors tu connaîtras la mort’ (Genèse) … Existence et pensée logique peuvent paraître hétérogènes … Ceux que nous appelons les ‘primitifs’ ont résolu les équations les plus importantes de leur existence (vivre, se nourrir, établir un ordre de relations…) sans le moindre concept, sans savoir quoi répondre à nos questions impertinentes … Notre mentalité logique s’interpose comme un écran entre nous et le réel, or c’est par la sympathie, l’amour, la colère, l’angoisse, la peur que nous touchons au concret, non par les images, les symboles, les notions et les principes … Notre réalité est devenue ‘mentale’,  ce n’est pas la réalité que nous cherchons, mais le ‘savoir’ (si notre sang avait refusé de circuler jusqu’à la découverte de sa circulation par Harvey, il eût fait œuvre de civilisé et de sage ; car on ne peut agir sans savoir ’pourquoi’ on agit ;  mais nous en serions tous morts) … Cette ‘raison concrète’, cette nécessité dont nous sommes devenus esclaves (amor fati), ne nous apparaît pas seulement, à l’instar de Dieu, comme une catégorie étrangère, hostile et lointaine, mais, pis encore, comme une catégorie froide, sourde et indifférente … Nous n’avons fait que changer de maître … ‘Adorer la pierre, l’ineptie, la lourdeur, le destin, le néant, sacrifier Dieu pour le néant, ce mystère paradoxal de la suprême cruauté a été réservé à cette génération’ (Nietzsche) … Il arrive souvent que les hommes désirent ce qui n’est pas mais aussi qu’ils souhaitent l’inexistence de ce qui est. Ils font un grand gaspillage d’illusions, mais celle-ci témoigne de sa vitalité. A l’illusion de la foi, créatrice, s’oppose l’illusion de  l’anti-foi, destructrice. »

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