135,1 – Compassion, Pitié ; Solidarité

– Marchandise diffusée par le nombre ahurissant de boutiques subventionnées sous l’enseigne : SOS-jérémiade où l’on parle du cœur comme d’autres parlent du nez. (?) – « Festival de pleurnicheries. » (Elisabeth Lévy)

« La compassion enveloppante. » (?) – ou bien dégoulinante ? Elle trouve son épanouissement dans la nouvelle idéologie de bisounours dite du Care, avec laquelle chacun est censé prendre soin de tout et de tout le monde. Type même de l’idéologie qui dissout la politique dans la morale (Yves Michaud), conçue pour finir d’abrutir les populations et surtout leur cacher les pires turpitudes des maîtres bien-pensants autant que bienveillants. « Le cynisme compassionnel. » (Gaël Brustier, Jean-Philippe Huelin) – Spécialité du Bobo.

– « ‘Il vaut mieux faire pitié qu’envie’. Ce renversement du dicton populaire est la maxime de notre époque. » (Elisabeth Lévy)

-« La bouillie du cœur. » (Hegel) – Sur les belles âmes qui s’émeuvent sans cesse-

« La compassion, constat d’une incapacité. » (Chantal Delsol) – Chez l’autre.

– La compassion est une ‘co-souffrance’, nous sommes frappés comme par contagion, elle s’adresse à une personne particulière. « Au contraire de la pitié, elle ne peut comprendre que le particulier… » (Hannah Arendt). Elle s’exerce entre égaux, ou fait intervenir une certaine égalité.

– La pitié, elle, s’exerce de plus haut, elle s’attriste sans être touchée personnellement, elle s’adresse, ou peut s’adresser, à une masse indifférenciée, elle est susceptible de s’inverser en cruauté afin de sauver l’humanité malgré elle ; on en a vu des exemples ! Et on en voit encore quand une super puissance prétend imposer la démocratie par la force.

– Ces qualités, estimables en elles-mêmes, le sont moins si elles sont bruyantes, débridées, effrénées, s’exerçant tous azimuts sans un peu de discernement, afin de racheter à peu de frais les adeptes de ces vertus, qui n’en sont parfois que les brillants théoriciens. « Régime lacrymocratique, ou lacrymocratie » (Philippe Muray)

– Deux formes : la première, sentimentale, vise à se sentir bien ; la seconde, non sentimentale, à faire du bien. Quand on évoque l’émotion on suscite la première. Être vu en train de servir (Kouchner portant des sacs de riz devant les télévisions convoquées) ou bien Servir ; incompatibilité des deux formes.

– Font la fortune des média et des fabricants de mouchoirs type kleenex.

Kilomètre sentimental : expression journalistique pour exprimer cette évidence qui veut que notre intérêt pour autrui soit inversement proportionnel à la distance qui nous sépare de lui. Même sans cet effet de distance, il est bien évident que cent victimes à  Beyrouth, à Bagdad ou à Lagos ne présentent pas le même intérêt qu’une seule à Paris. Restons sérieux.

– En Europe au moins, toutes nos institutions caritatives sont d’origine chrétienne et ont été fondées par des chrétiens. Qu’elles soient aujourd’hui pour beaucoup sécularisées prouve simplement que ce qu’on a appelé la charité chrétienne a pénétré la société et c’est tant mieux. Il n’y a pas de charité (terme bien galvaudé) sans quelque forme d’idéal transcendental (soit extérieur et grandement supérieur à nous-mêmes). Mais évidemment, le charity business, qui vend de la bonne conscience en libre service, n’a nul besoin de cette dimension.

– Le vacarme médiatique joint aux mines et aux tons qu’on ressent si professionnellement apitoyés pour commenter les catastrophes de toute nature ne peut entraîner que ce que le pape appelle fort justement la mondialisation de l’indifférence.

– On voit même des paltoquets venir quémander des sous pour préjudice d’angoisse ; et notre société de lâches est prête à compatir à ces lamentations de minables.

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« Si vous les plaignez ils se sentent malheureux, sans remède ; si vous ne les plaignez pas, ils se disent qu’ils n’ont plus d’amis et qu’ils sont seuls au monde. » (Alain – sur les mélancoliques)

« La pitié est une forme de condescendance qui peut être humiliante, nous avons moins de réticence à utiliser le terme de compassion qui est sensibilité à la souffrance de l’autre sans impliquer de sentiment de supériorité … Il n’y a pas d’asymétrie comme avec pitié … Le déferlement compassionnel auquel s’adonne notre société rassemble tous les symptômes d’une grande confusion. Confusion entre sympathie et fusion affective, entre émotion et analyse, entre le temps réel et le temps différé nécessaire à la compréhension, entre morale et politique … La politique compassionnelle est le contraire d’une politique, la démocratie compassionnelle est une démocratie dévoyée… » (Myriam Revault d’Allonnes) – Suite et assemblage de considérations éparses sur la pitié et la compassion. 

« ‘On ne plaint jamais dans autrui que des maux dont on ne se croit pas exempt soi-même’. Car ‘Chacun peut être demain ce qu’est aujourd’hui celui qu’il assiste’ … Le souci pour l’autre est partie prenante du souci de soi. C’est pour ne pas souffrir moi-même que je ne veux pas que l’autre souffre, et je m’intéresse à lui pour l’amour de moi. La pitié est bonne pour moi autant que pour les autres. » (Myriam Revault d’Allonnes – citant Rousseau)

« La compassion ne règne ni sans partage ni sans mélange. La passion égalitaire (qui lui est favorable en principe) est en effet à double tranchant : le monde de la ressemblance induit la compassion, mais il engendre aussi l’inquiétude perpétuelle et surtout l’envie. » (Myriam Revault d’Allonnes) – Il est facile de deviner quel effet l’emportera en situation ou en période critique

« Les femmes ont toujours pitié des blessures qu’elles n’ont pas faites elles-mêmes. » (Jean Anouilh)

 « La pitié prise comme ressort de la vertu s’est avérée posséder un potentiel de cruauté supérieur à celui de la cruauté elle-même. » (Hannah Arendt – Essai sur la Révolution) – L’auteur analyse la compassion de Robespierre, de Saint-Just et d’autres pour les malheurs du peuple et la violence de la terreur : Le peuple, les malheureux m’applaudissent, disait Robespierre ; Tout doit être permis à ceux qui vont dans la direction de la Révolution, disait Saint-Just – « Les deux facettes du consensus compassionnel, la pitié et la terreur … En compatissant aux souffrances des victimes, on aide leurs bourreaux à remplir leur mission. » (Guillaume Erner) – Le terrorisme et les bougies ?

« La compassion … qui prête sa voix à la souffrance elle-même pour exiger une action directe et rapide, c’est-à-dire l’action par les moyens de la violence. » (Hannah Arendt – Essai sur la révolution)

« Tout le monde évite d’être une cause de peine pour ses amis. C’est pourquoi les natures viriles se gardent bien d’associer leurs amis à leurs propres peines … Un tel homme n’admet pas que d’autres se lamentent avec lui parce qu’il n’est pas lui-même enclin aux lamentations … Des femmelettes, au contraire, et les hommes qui leur ressemblent, se plaisent avec ceux qui s’associent à leurs gémissements. » (Aristote) – De nos jours, en Occident, ces concerts de lamentations et pleurnicheries sont même devenus une habitude, allant avec la société émotionnelle, compassionnelle, d’exhibitionnisme et de lâcheté généralisée. Voir la liste affolante des S. O. S. téléphoniques ! Laquelle témoigne seulement de la difficulté, sinon de l’impossibilité, de trouver un interlocuteur dans son entourage. Bravo la nouvelle société.

 « Chacun a la prétention de se présenter comme une victime, surtout les vainqueurs, afin d’engranger les bénéfices de la compassion : on devait autrefois éviter de se lamenter et de s’expliquer, on a tout à gagner aujourd’hui à se plaindre d’un trauma fondateur … L’industrie compassionnelle n’a que trop tendance à accorder à quiconque sait parler, le titre qu’il réclame, sans la moindre légitimité parfois » (Claude Arnaud) 

« Compte sur la pitié qui vient de la raison, celle qui vient du sentiment est variable. » (Lucien Arréat)

« L’époque s’est mise à parler du cœur comme on parle du nez. » (Christian Authier)

« Procès de sécularisation … La grégarité idéologisée doit conduire à la valorisation d’un ensemble excluant tout le reste : la nation, la race, la classe, la religion, la culture… La compassion idéologisée doit être sensible à toutes les misères du monde et s’émouvoir pour les soulager … L’amour idéologisé doit se disposer à assurer le bonheur d’autrui, au besoin malgré lui et contre lui … La justice idéologisée part en guerre contre toutes les injustices sans tenir compte ni des contextes ni des conséquences … Les résultats produits par la sécularisation d’une aire culturelle marquée par telle ou telle religion … Sachant que les aires  bouddhistes et musulmanes entament à peine un processus de modernisation (donc difficile de savoir), l’aire chrétienne et son segment judaïque vérifient les prédictions : autrui a été le prétexte de toutes les corruptions et perversions altruistes, induites par le traitement idéologique de la grégarité, de la justice, de l’empathie et de l’amitié. » (Jean Baechler) – «   Les idées chrétiennes devenues folles. » (Chesterton)

« Le sentiment que l’homme supporte le plus difficilement est la pitié, surtout quand il la mérite. La haine est un tonique, elle fait vivre, elle inspire la vengeance ; mais la pitié tue, elle affaiblit encore notre faiblesse. » (Balzac – La peau de chagrin)

« L’idéal compassionnel caractéristique du vaste jardin d’enfants qu’est devenue la société en quelques décennies, société de maternance généralisée où les plaintes et les pleurs ne cessent de se faire entendre. » (Olivier Bardolle)

« La pitié déplacée est une des causes les plus profondes des erreurs de jugement. » (Anne Barratin)

« Personne n’est encore mort de pitié. » (Anne Barratin)

« Tutelle vampirique, ingérence humanitaire … phase ultime du colonialisme … Le Nouvel Ordre Sentimental n’est que l’avatar du Nouvel Ordre Mondial. La misère des autres devient notre terrain d’aventures … Nous sommes les consommateurs du spectacle toujours délectable de la misère et de la catastrophe, et du spectacle émouvant de nos propres efforts pour la réduire … Nous veillons à reproduire la misère comme gisement symbolique, comme combustible indispensable à l’équilibre moral et sentimental de l’Occident … Pas de plus belle preuve que l’inauguration sur le toit de l’Arche de la Défense, par un buffet somptueux offert par la Fondation des Droits de l’homme, d’une exposition des plus belles photos de toute la misère des peuples … la souffrance universelle sanctifiée par le caviar et le champagne.» (Jean Baudrillard)

« Depuis quelques décennies, les bien-pensants qui s’invitent dans les média s’apitoient sur les assassins, regardent comme une geste héroïque la cavale d’un terroriste … Mais leur plus grand soulagement, c’est la sortie anticipée d’un meurtrier qui ‘a changé de comportement’ pendant ses années d’incarcération … Il n’est même plus question de savoir ce que pourraient penser ses victimes. Il est vrai qu’en général elles ne sont plus là pour parler. Quant à évoquer les risques de récidives, on vous répond ‘suivi médical’, question ayant d’ailleurs des relents populistes. » (Jean-Maxime Baye – Des enfants assassinés) – Suivi médical ! rigolade générale sauf chez les laquais des média et leurs disciples pour lesquels, de plus, seuls comptent les mobiles de l’agresseur et surtout sa réinsertion après écriture profitable d’un livre.

« On est meilleur quand on se sent pleurer. On se trouve si bon après la compassion ! » (Beaumarchais – La mère coupable)

« La compassion fait partie des sentiments obligés pourvu qu’elle prenne la forme qu’il faut … Elle vise moins le prochain que le lointain. L’amour de l’humanité ne concerne pas le cercle de famille ou celui du voisinage, il s’attache aux victimes anonymes des ‘exclusions’, discriminations, persécutions … En conséquence, prôner et afficher ce beau sentiment en public ne coûte guère : l’amour est libéré des servitudes de l’amour. » (Philippe Bénéton)

« L’égoïsme n’est pas moins présent, mais il se drape désormais dans des atours ‘humanitaires’ s’enrobant dans un discours dont la niaiserie est le trait dominant … ‘La dictature des Bons Sentiments qui, tel un niagara d’eau tiède se déversent quotidiennement sur les masses, aurons-nous le courage de dire que c’est ce moralisme qui est à l’origine de la bêtification contemporaine ?’ (Michel Maffesoli) … L’actualité se concentre sur les grands événements émotionnels (mort de Lady Di… ) traitant sur le mode lacrymal tous les drames de la planète  … avec déferlement de ‘cellules de soutien psychologique’ … Dans l’empire du bien, la compassion et la pitié se situent d’emblée à l’opposé de toute justice sociale … Les dames patronnesses s’appellent aujourd’hui Enfants de don Quichotte et Restos du cœur … Plus ‘d’exploités’, des ‘déshérités’, des ‘exclus’,  des ‘défavorisés’, des ‘plus démunis’. » (Alain de Benoist – Les démons du bien)

« J’ai beaucoup vu le deuil, la maladie, j’ai l’expérience de ma propre compassion. Même  sincère, elle n’exclut pas un certain désintérêt. Je me dis ‘C’est horrible, mais ça ne te regarde pas, et d’ailleurs tu le sais’. » (Emmanuel Berl) – Nous sommes ainsi faits.

« Qui s’aveugle volontairement sous prétexte de charité sur le prochain ne fait souvent rien autre chose que briser le miroir afin de ne pas se voir dedans. Car l’infirmité de notre nature veut que ce soit d’abord en autrui que nous découvrions nos propres misères. » (Georges Bernanos)

« Les misérables n’ont jamais été aimés pour eux-mêmes. Les meilleurs ne les souffrent ou ne les tolèrent que par pitié. Par la pitié, ils les excluent de l’amour, car la réciprocité est la loi de l’amour, il n’est pas de réciprocité possible à la pitié. » (Georges Bernanos)

 « Je ne suis pas une de ces femelles démocrates qui mettent dans le même sac la violence et le crime parce qu’elles ont placé trop bas, plus bas que le cœur, l’organe des émotions sensibles. » (Georges Bernanos) – Du temps où on parlait. Aujourd’hui, la meute des bourgeois bien-pensants et des harpies féministes déchiquèteraient l’auteur.

« L’homme de ce temps a le cœur dur et la tripe sensible. » (Georges Bernanos) – C’est encore bien pire depuis les années trente.

« A force de vouloir brider l’indignation par la compréhension, le singulier traumatisant par le pluriel sociologique, on rend possible, plus facile, tout ce qui devrait d’emblée nous révolter. » (Philippe Bilger)

« Mais … qu’on nous épargne les ‘scies’ sur la prison école du crime, quand à l’évidence, la leçon a été apprise avant. » (Philippe Bilger)

« L’enseignement de Rousseau sur la pitié a nourri une révolution dans la politique démocratique … La pitié est sur les lèvres de tous les hommes d’Etat, et tous prétendent que leur premier titre à gouverner est leur compassion. » (Allan Bloom – cité par Myriam Revault d’Allonnes) – Or, cette position, même sans démagogie ni fausseté, n’est pas celle qu’on attend d’un homme d’Etat.

« Pour qu’on éprouve de la pitié pour l’infortune des autres, nous enseigne Aristote, il faut que le même malheur puisse nous arriver à nous. » (Allan Bloom)

« Mieux vaut faire envie que pitié, dit-on. – Il est bien naturel de préférer la gloire humaine qui rapporte de l’argent et qui fait courir les jolies femmes, à la gloire de Dieu, qui ne procure, on l’a beaucoup vu, que la misère et l’humiliation. Nous garderons la lumineuse pitié pour nous-mêmes, considérant avec sagesse qu’il vaut mieux tenir que courir… » (Léon Bloy – Exégèse des lieux communs – 2, XXVIII)

 « Derrière cette politique de la compassion se cache le mépris. » (Fatiha Boudjahlat – sur la politique de l’Education de Mme Vallaud Berkacem) – Le mépris des petits. On peut étendre à toutes les politiques et à tous les politiques dites, ou dits, de gauche : la fausse compassion ne sert qu’à justifier l’orgueil des puissants et le mépris des faibles.

« Quelques uns donnent sans compter ; d’autres comptent sans donner. »(Albert Brie)

« La nation entière n’est qu’un immense syndicat de plaignants (5 millions de plaintes chaque année). Et nous donnons à nos moindres difficultés le caractère fantastique d’une tragédie. » (Pascal Bruckner) – Faut-il préciser de quelle nation il s’agit.

« La plainte est la forme dégradée de la révolte, la parole démocratique par excellence, la forme bavarde du renoncement. » (Pascal Bruckner)

« L’abolition de la souffrance sert d’abord la promotion des bienfaiteurs, lesquels se mettent en avant indépendamment des personnes à secourir. En s’adjoignant la publicité, la charité trahit son premier commandement : le tact et le secret … On se veut propriétaire de la souffrance de l’autre, on la recueille, on la distille comme un nectar qui vient nous consacrer. Il est une charité qui élève et qui prépare l’élévation de celui que l’on aide, il en est une autre qui le rabaisse, l’enfonce, lui demande de collaborer à sa propre inhumanité. Dès lors, le philanthrope se transforme non en ami des pauvres, mais en ami de la pauvreté. » (Pascal Bruckner) – Téléthon et autres exhibitions.

« Les média (et le marché, un centime pour… par pot de yaourt) réalisent ce prodige de nous lasser de phénomènes sur lesquels nous n’avons aucun pouvoir … Loin de nous mobiliser, ils nous installent dans une ambiance de catastrophe permanente … Les plus effroyables fléaux, loin d’entamer note quiétude, la mettent en valeur et en soulignent le prix … Dans ces contrefaçons, nos sociétés consument leurs idéaux … les ridiculisent en les célébrant. Et notre esprit de fraternité meurt alors non de dessèchement mais d’emballement, dans un déferlement de simulacres, de fanfares et de bons sentiments. » (Pascal Bruckner)

« Ils entretiennent la honte comme les techniciens vérifient les machines … Le discours misérabiliste veut avant tout des gens malheureux … Les misérables existent uniquement pour permettre aux  athlètes du devoir, aux martyrs de l’opprobre, de faire chaque matin l’exercice de leur cœur déchiré en brandissant leurs gémissements comme des haltères … En popularisant la représentation d’êtres infra-humains incapables de survivre sans les béquilles de notre bonté, on souligne leur infirmité et notre exquise sollicitude …  L’auto-flagellation est la voie royale vers la haine du genre humain … De l’éloge à l’anathème, de l’adoration de l’autre à son exécration dès lors qu’il ne soutient pas les placements de bonté, de gentillesse qu’on avait mis en lui … Dès lors que le guerillero, l’indigène ou le sauvage se révèle autrement…»  (Pascal Bruckner – sur les humanitaires – Le sanglot de l’homme blanc)

« L’ordre moral aujourd’hui ? Non pas tant le règne des bien-pensants que celui des bien-souffrants, le culte du désespoir convenu, la religion du larmoiement obligatoire, le conformisme de la détresse … ‘Je souffre, donc je vaux’ » (Pascal Bruckner)

« La compassion devient une variante du mépris dès lors qu’elle informe à elle seule notre rapport à autrui, à l’exclusion d’autres sentiments comme le respect, admiration ou la joie …L’humanitaire comme la charité ne cherche que des êtres affligés, c’est-à-dire des êtres dépendants. » (Pascal Bruckner)

« La nation entière n’est qu’un immense syndicat de plaignants. Et nous donnons à nos moindres difficultés le caractère fantastique d’une tragédie. » (Pascal Bruckner) – Faut-il préciser de quelle nation il s’agit ?

« C’est toujours par l’angélisme, à partir de cette blancheur-là qu’on fabrique censeurs, tueurs et flicaille en tout genre. (Annie Le Brun)

« Je suis autant éloigné que possible de ce mol attendrissement où se complaisent les humanitaires et dans lequel les valeurs et les responsabilités se confondent, les crimes s’égalisent, l’innocence perd finalement ses droits. » (Albert Camus)

« Un homme qui ne connaît pas la rigueur ne peut pas non plus connaître la pitié. La pitié qu’il éprouverait serait une sorte de lâcheté, d’égoïsme ; en somme de la sentimentalité ou guère mieux. » (Thomas Carlyle)  – Notre monde de pleureuses, de lâches… 

« Toutes les écoles idéalistes … ont donné le conseil de fuir le monde réel pour tenter de rejoindre un ordre supérieur plus sublime. Toutes ont construit un ordre moral strictement opposé à notre réalité empirique … Il a manifestement pensé là à la Révolution française, qui ayant commencé avec les idéaux moraux les plus élevés – liberté, égalité, fraternité – s’est achevée par le règne de la Terreur. La ‘loi du cœur’ avait en effet été considérée par la Révolution française comme étant le principe moral suprême. » (Ernst Cassirer – terminant sur un chapitre de la Phénoménologie de l’esprit de Hegel intitulé La loi du cœur et le délire de présomption)

« Une enfance malheureuse, cette panacée pour avocats. » (Jean Cau)

« Pour éviter les tensions qu’entraînent ses devoirs envers quelques-uns et pour reconnaître les droits de tous, il poserait comme principe d’une charité (ou d’une justice) universelle idéale la négation de la charité effective due à son prochain immédiat. A se vouloir le témoin de l’universel, il se prendrait pour un dieu responsable du tout alors qu’il est seulement responsable de la part que lui alloue sa condition d’homme. » (Père Michel de Certeau) – On reconnaîtra nos belles âmes.

« La pitié n’est qu’un secret repli sur nous-mêmes, à la vue des maux d’autrui dont nous pouvons être également victimes. » (Chamfort)

« Ce qui me hérisse, c’est les partis pris d’un bon cœur ; le cœur au service de la doctrine ; le cœur esclave, comme le cerveau. » (Jacques Chardonne)

 Pour être trop humain on peut devenir réellement l’ennemi de l’espèce humaine. L’homme qui ne veut pas que son cœur s’amollisse verra un jour se ramollir son cerveau. » (Chesterton)

« Être touché par la pitié implique qu’on le soit par l’envie car si l’on souffre des malheurs d’autrui, on peut également souffrir de son bonheur. » (Cicéron)

« La compassion n’engage à rien, d’où sa fréquence. Nul n’est jamais mort ici-bas de la souffrance d’autrui. » (Emil Cioran) 

« Réduire la bonté à une question de sentiment, de sensiblerie. Tirer la bonté, à laquelle ces imbéciles aspirent toujours du côté d’une compassion centrée sur soi-même. S’arranger pour que les humains, en croyant s’apitoyer sur autrui, ne pensent en fait qu’à eux-mêmes, à leur confort, à leur sécurité. Cette compassion les entraînera loin : par exemple, à supprimer les personnes fragiles qui demandent du temps, des soins, de l’argent. Au nom de cette compassion subjective, on peut empêcher les gens de naître, ou les précipiter dans la tombe avant l’heure. » (Paul Clavier – sur la tactique du diable) – Devrait être affiché dans tous les locaux d’associations, remis à tous leurs militants et militantes, répété à tous les journalistes qui gobent tout ou font semblant.

« Par pitié, par amour pour l’humanité, soyez inhumains ! » (une section de la Commune de Paris s’adressant à la Convention – citée par Hannah Arendt) – Ce qui fait dire à Hannah Arendt que « la pitié possède un potentiel de cruauté supérieur à celui de la cruauté elle-même. » – L’Histoire récente, contemporaine, comme ancienne, est remplie de ces exemples.

« Il faut se défier de la ‘sensiblerie’ de ces intellectuels cossus et efféminés. On ne saurait trop prémunir le peuple contre ‘les philanthropes. Il n’y a pas de plus grands ennemis’. » (Marc Crapez – citant ?) – les intellectuels grands bourgeois dits de gauche, grand amateurs d’honneurs, champagne et caviar.

« L’inflation de la compassion politique compte parmi les moyens biaisés auxquels le pouvoir politique fait appel pour exercer son autorité. Nos sociétés contemporaines se voient saisies par un ‘zèle compatissant’ … qui ne cesse de se manifester dans le champ politique. A tel point que certains dirigeants n’hésitent plus à faire de leur aptitude à compatir un argument décisif en faveur de leur droit à gouverner, et de la compassion une nouvelle figure du sentiment démocratique. La politique compassionnelle est une figure inauthentique du politique en ce qu’elle substitue une morale affaiblie et dévoyée de la déploration à une véritable éthique politique qui fonde le lien social … Elle opère une confusion entre la sensibilité et la souffrance d’autrui … La mise au premier plan de cette conscience victimaire procède du leurre et ne garantit pas que nous soyons plus sensibles à l’injustice. » (Anne Dalsuet)

« Expliquer, comme ils disent, ce serait déjà justifier. L’indigné doit rester propre. Zorro doit montrer une capacité de révolte intacte, une photo de Bibi dans un champ de décombres suite à une visite éclair n’a que des avantages : économie de preuves et d‘arguments, culpabilisation du spectateur ou du lecteur, désamorçage anticipé des contradicteurs réduits à d’odieux distinguos et à de filandreuses précisions. » (Régis Debray)

« A la différence de ‘pitié’ qui exprime une disposition affective (pas toujours très nette, la pitié est suspecte, d’autant plus que, comme le dit Spinoza, ’elle a les apparences de la moralité’), ‘sollicitude’ joint au sentiment une action et prolonge un mouvement du cœur par une vigilance, une attention, des soins qui exigent un engagement et une longue patience. La pitié est erratique, elle se disperse au gré des rencontres et des modes … alors que la sollicitude se concentre … elle ne vise pas des catégories mais des personnes concrètes qu’elle prend en charge. » (Jean-Marie Domenach)

« La dégoulinade de bons sentiments a poussé plus d’un commentateur à prophétiser l’advenue d’une ‘mondialisation de la solidarité’. Les bornes de l’indécence ont été franchies plusieurs fois (un géophysicien tirant parti du désastre d’un tsunami pour réclamer des sous pour sa discipline !) … ‘Il y a quelque chose de malsain à transformer un désastre en une histoire heureuse qui nous tient chaud au cœur … à en faire une histoire qui parle de nous, qui avons donné, beaucoup plus que d’eux, dont les vies ont été brisées’ » (Jean-Pierre Dupuy – citant David Brooks)

« Au sein du consensus compassionnel, la charité aspire à remplacer la solidarité, l’exception se substitue à la règle, l’émotion prend le pas sur la raison et l’instrumentalisation de la souffrance se traduit de multiples manières : des enjeux politiques biaisés et pervertis, une justice kidnappée par la victime, une rivalité mimétique incessante entre les communautés … La cause de la victime en est venue à servir l’injustice … ‘Que la misère des hommes ne nous empêche pas du moins de penser. Ne nous croyons pas tenus de déraisonner pour témoigner de nos bons sentiments’ (Raymond Aron) … Les hommes jouissant formellement des mêmes droits, ils doivent aussi bénéficier de la même sollicitude, la compassion, cause et conséquence de la démocratie … L’épidémie du harcèlement moral …Tout peut être pardonné à condition que l’on avoue ses souffrances (l’ouverture à l’exhibitionnisme et au mensonge) … Sous la compassion, la haine … au-delà de la victime, c’est le coupable, ou le responsable, qui est visé, la pitié agressive et le lynchage compassionnel (le notaire de Bruay en Artois, Pierre Leroy ; l’affaire Alègre à Toulouse ; la pédophilie ou l’absolu du fait divers compassionnel) et la chasse aux notables … Max Weber redoutait l’avènement d’une ‘dictature fondée sur l’émotivité des masses’ … Disparition de Lady Di et épiphanie compassionnelle … Ces deuils collectifs neutralisent les opinions divergentes … imposent leur loi faite de respect et de silence … font oublier l’inefficacité et les décisions discutables (on pleure, silence dans les rangs, Georges Bush après le 11 septembre). » (Guillaume Erner – considérations éparses sur la compassion)  – On verra également à ce sujet, la rubrique Victimes, 745, 1, notamment le paragraphe dû au même auteur.

« Je ne crois pas qu’on puisse excuser la cécité par la générosité. » (Alain Finkielkraut) – C’est un comportement servile d’hypocrites dont notre monde déborde. 

« La compassion et le clientélisme sont aujourd’hui l’avers et le revers d’une même médaille. L’esprit de capitulation se dissimule derrière l’élan du cœur. On cède devant la force du nombre en se racontant qu’on vole au secours des plus faibles. » (Alain Finkielkraut) – Notre lâcheté. 

« Selon Nietzsche l’univers moral où nous baignons est issu du soulèvement des faibles contre les forts et de l’aptitude de ces défavorisés de la vie à inverser les valeurs, c’est-à-dire à caractériser comme des vices les vertus des forts, par exemple, l’orgueil, la brutalité, la hardiesse, la singularité … et à conférer le nom de vertu aux conséquences habituelles de  leur faiblesse : humilité, compassion, zèle, obéissance.  » (Alain Finkielkraut reprenant Nietzsche)

« Pitié. – On doit toujours s’en garder. » (Flaubert – Dictionnaire des idées reçues)

« Il est bon d’être charitable – Mais envers qui, c’est là le point. » (La Fontaine – Le villageois et le serpent)

« En ce monde il se faut l’un l’autre secourir – Si ton voisin vient à mourir – C’est sur toi que le fardeau tombe. » (La Fontaine – Le cheval et l’âne)

« Qui désignai-je, à votre avis – Par ce rat si peu secourable ? » (La Fontaine – Le rat qui s’est retiré du monde)

« Les larmes noient l’intelligence des événements d’aujourd’hui. » (Renée Fregosi – sur les attentats et les génocides) – Société de lâches.

« Un monde maniaco-dépressif. Une démocratie lacrymale où tout le monde pleurniche. Même les intellectuels de plateaux n’analysent plus grand-chose, inaudibles entre deux sanglots, entre deux délations tristes ou invectives au ras des chrysanthèmes … La conséquence morbide de cette démocratie lacrymale est que toutes les causes finissent par se valoir … nivelées par les larmes … Juste des gens qui pleurent, juste des pleurs, la flotte salée dégueulasse… Maman ! Regarde Maman ! Regarde comme j’ai bien geint ! » (Nicolas Gardères)

« Les bons sentiments sont un moyen de ne pas penser et de se dispenser d’agir. Puisque nous compatissons … tout va bien. » (Marcel Gauchet)

« Les gens ont pitié des autres dans la mesure où ils auraient pitié d’eux-mêmes. » (Jean Giraudoux)

« Ces déluges de larmes, de paroles, de gestes, de vertus, qui amènent à courte échéance un déluge de sang. » (Jean Giraudoux) – On reconnaîtra la société émotionnelle des lâches.

« Notre monde qui devient un énorme hôpital, chacun de nous devenu infirmier de l’autre. » (Goethe)

« ‘Celui qui donne sa pitié au méchant fait tort au juste’. Ils ne donnent pas leur pitié. Ils la négocient contre leur image dans la glace. » (Gilles William Goldnadel – sur les Bien-pensants – citant le Talmud )

« Ne pas se perdre avec autrui. Il faut bien aviser à ne pas se noyer en voulant secourir ceux qui se noient. » (Baltasar Gracian)

« La compassion a commencé à prendre le pas sur la Justice … Ce sentiment de compassion peut venir prendre la place du politique qu’il envahit et qu’il détruit … l’émotion qui libère le sentiment de compassion se substitue à la justice, à la responsabilité et à la notion même de réalité. Elle vient fonder le droit et la morale à la place de la justice et de la politique … ce qui signifie la ruine de la démocratie … Ce qui frappe dans le compassionnel c’est qu’il peut coexister avec diverses formes de violence … ‘La haine comme facteur de lutte …intransigeante … qui en fait une efficace, violente, sélective et froide machine à tuer. Nos soldats doivent être ainsi’ (Che Guevara) … L’humaniste Léon Schwartzenberg demandant une avenue au nom de Robespierre. » (Béla Grunberger, Janine Chasseguet-Smirgel)

« Ne serait-il pas utile de dénoncer enfin l’aliénation dans laquelle l’intellectuel maintient le prolétaire en en faisant la pièce maîtresse sur l’échiquier de ses conflits. » (Béla Grunberger, Janine Chasseguet-Smirgel) – Aujourd’hui le migrant. Il est si valorisant de découvrir des victimes.  «  Les misérables ont été trop souvent le gisement ou l’alibi des intellectuels pour conquérir les places du savoir et du pouvoir. » (tiré de jean Baudrillard par Ludovic Leonelli)

« Il n’est plus assez loin pour que je l’ignore ; il n’est pas assez proche pour entrer dans le champ de ma responsabilité. Me voici en état d’apesanteur morale. Ce qui n’est pas sans un certain agrément. Concerné par tout, compatissant à tout, saisi d’un grand amour et d’une grande indignation pour l’humanité entière, mais débarrassé des exigences physiques d’un amour plus modeste, celui du ‘prochain’. » (Fabrice Hadjadj – sur les étalages de misères présentées par les média)

« Il existe une  trahison de l’Etat envers les ‘petits blancs’ … On regarde la pauvreté en Seine –Saint-Denis, alors qu’elle est presque aussi grande pour la jeunesse du Pas-de Calais, du nord, des Pyrénées-Orientales, de l’Aude, de l’Aisne ou des territoires urbanisés des Ardennes. .. Et c’est au nom de la religion des droits de l’homme qu’a eu lieu cette trahison» (Jean-Luc Harouel) – Les hautes juridictions, Conseil d’Etat…,  étant à la pointe du combat contre le peuple – « Un des aspects de la participation des élites au suicide assisté de la France, suicide obligatoire, car présenté comme l’accomplissement du bien tel qu’il résulte de l’inexorable mécanique millénariste des droits de l’homme. » (idem)

« La gloire de la charité, c’est de deviner. » (Ernest Hello)

« On regardera le crime comme une maladie, et cette maladie aura ses médecins qui remplaceront vos juges, vos hôpitaux qui remplaceront vos bagnes … On traitera par la charité ce mal qu’on traitait par la colère. Ce sera simple et sublime. La croix substituée au gibet. » (Victor Hugo) – « Hugo aimait les assassins, c’est un fait … Ils sont partout dans son œuvre. » (Charles Péguy) – « Victor Hugo a forgé l’arme absolue, l’arme de destruction massive : la compassion. L’amour qu’il porte à tous les assassins, et au-delà à tous les déviants, va faire trembler sur ses bases une société française déjà bouleversée par la Révolution … Même objectif que Robespierre : la création d’une humanité régénérée. Ce que ‘l’Incorruptible’ tenta de réaliser par la guillotine, le poète génial l’accomplit par l’amour. » (Eric Zemmour) – On continue dans l’illusion perverse avec le rêve éveillé de la déradicalisation.

« Le binôme indignation/compassion, base de la morale. Il suffit pour avoir une belle âme de manifester une réprobation toute verbale face au racisme, au communisme, à la violence, au totalitarisme, d’écouter un concert rock contre… » (François-Bernard Huyghe)

« Les crises de larmes du journal télévisé où s’exprime une sensibilité de dame catéchiste … Le bulletin d’informations télévisées ressemble à un bulletin paroissial. » (François-Bernard Huyghe)

« Le ‘buonismo’, comme le nomment les Italiens, est l’approche compassionnelle de tous les problèmes : le seul fait d’apparaître comme victime fait de vous le héros des temps modernes. » (Roland Jaccard)  – Une société qui masque sa férocité par ses pleurnicheries.

« Cette fonte et débâcle soudaine de la disposition autiste. » (Vladimir Jankélévitch)

« La haine du mal peut même rendre les hommes méchants si elle est trop forte, trop dominante … Des leçons trop violentes d’humanité en furent suivies de cruautés épouvantables. La pitié fut tournée en rage. On massacra Louis XVI, sa sœur et tout ce que la France avait de plus vertueux, par un féroce amour pour les nègres de l’Amérique et par une féroce horreur pour la Saint-Barthélemy. Les tableaux trop énergiques et trop répétés de l’humanité souffrante rendirent les cœurs inhumains. Le pathétique outré est pour les hommes une source funeste d’endurcissements. » (Joseph Joubert)

« Dans la mesure où la compréhension s’approfondit, la distance, le gouffre s’élargit entre ce qui est compréhension et ce qui est connaissance. Une compréhension idéale, en définitive, ce serait une acceptation totale de l’autre que l’on accompagne dans ses démarches vitales, dans le vécu duquel on se glisse et on se fond, en en magnifiant la subjectivité et en abandonnant toute référence critique de responsabilité sociale … Une compréhension à tout prix nuit aux deux partenaires. » (Carl Jung)

« Si le malheur vous attire vous ne manquerez pas d’amis. » (Hanif Kureishi)

« La compassion, slogan de la social-démocratie … Une compassion mal placée dégrade aussi bien les victimes, réduites à n’être que des objets de pitié, que ceux qui voudraient se faire leurs bienfaiteurs et qui trouvent plus faciles d’avoir pitié de leurs concitoyens que de leur appliquer des normes impersonnelles qui leur donneraient droit au respect … La compassion est devenue le visage humain du mépris. » (Christopher Lasch)

« En remuant des pulsions profondes et des fantasmes constitutifs chez les téléspectateurs, sans enraciner ces images dans la pensée concrète d’aucune histoire singulière et sans leur ouvrir la perspective d’une saisie rationnelle, ce n’est pas la ‘fraternité’ ou la ‘solidarité’ humaine qu’on sollicite et qu’on renforce, c’est le sentimentalisme à fleur de peau que l’on exploite, comme la première série américaine venue. Le monde devient un (pitoyable) spectacle télévisuel qui ne cesse ‘d’hystériser’ ceux qui s’y laissent prendre. » (Dominique Lecourt) 

« Mais bien sûr, en personnes paisibles, bien nourries et bien élevées, nous irons allumer des bougies devant le Carillon et le petit Cambodge puis donner notre sang à la Salpêtrière en attendant la saison III du désastre. » (Anne-Sophie Letac – sur des attentats barbares) – Et, pourquoi pas, une manifestation ou une marche de plus ?

« Commentée avec les mêmes mots, les mêmes voix graves, les mêmes yeux humides, toutes les tragédies humaines finissent par se ressembler. Et le journaliste peut se transformer en porte-micro de la souffrance … L’objectif n’est pas d’expliquer mais d’impliquer … d’inviter le téléspectateur non plus tant à voir qu’à vivre. Donnez-nous des otages, des victimes, des accidents d’avion ! Donnez-nous de l’émotion. Permettez-nous de vous montrer combien nous sommes bons ! … Une fois épuisées les opportunités émotionnelles offertes par le spectacle de la désolation puis par celui de la douleur, l’information se concentre sur le mouvement de générosité planétaire. La solidarité est immense ; elle doit être bruyante … Nous sommes tous formidables …  » (Elisabeth Lévy – sur les comportements médiatiques) – Ce procédé de pleurnicherie généralisée, pratiqué par les hypocrites présentateurs, permet de ne pas traiter les questions ainsi que de disqualifier ceux qui privilégient la réflexion aux sanglots bidons. Télévision de midinettes (voir d’ailleurs l’assistance dans les gradins).

 « La compassion à géométrie variable … Les militants des droits de l’homme qui, en Occident, crient légitimement à la barbarie dés qu’un intellectuel laïque est exécuté n’auront, des années durant, pas un mot pour ces victimes là. Ce choix entre bonnes et mauvaises victimes, celles pour qui on manifeste et celles sur lesquelles on ferme les yeux est une des constantes de la censure contemporaine … Certaines victimes sont plus égales que d’autres, et certains criminels plus coupables que d’autres. » (Elisabeth Lévy – sur les victimes des gouvernants soi-disant démocrates algériens dans les années 90) – Comme sur les Serbes bombardés, comme sur la quarantaine d’habitants d’Odessa brûlés vifs en 2012 ou 13 par les paramilitaires de Kiev, régime sous-marin de l’Occident dressé contre la Russie.

« J’ai beaucoup plus de compassion dans mes rêves qu’à l’état de veille. » (Georg Christoph Lichtenberg)

« Consolations à l’adresse des malheureux qui sont nés un 29 février. » (Georg Christoph Lichtenberg – titre d’un livre)

« Nous savons avec quelle rapidité le comportement social peut se dégrader lorsque la sélection naturelle cesse d’intervenir … Les intérêts de l’espèce s’opposent malheureusement aux exigences humanitaires … Les sentiments d’humanité que nous devons avoir pour chacun en particulier s’opposent aux intérêts de l’espèce humaine en général. La pitié que nous éprouvons envers les asociaux (qui n’y sont pour rien, précise et développe l’auteur) nous empêche de protéger les êtres normaux. D’ailleurs, on ne peut même plus employer les qualificatifs de ‘supérieur’ ou ‘d’inférieur’ en parlant des hommes, sans être soupçonnés de plaider pour la chambre à gaz. » (Konrad Lorenz) – Du temps où les inquisiteurs aussi hypocrites que bien-pensants n’interdisaient  encore pas de parler un peu. Et où la pitié s’exerçait autrement qu’en mots creux.

 « Tu peux sembler – et être réellement – pitoyable, fidèle, humain, intègre, religieux : fort bien ; mais tu dois avoir entraîné ton cœur à être exactement l’opposé, si les circonstances l’exigent. » (Machiavel) – Ce que devrait être un homme d’Etat. Rien à voir avec nos pitoyables gugusses.

« Un prince ne doit avoir cure du mauvais renom de cruel pour maintenir ses sujets unis et fidèles car, avec très peu d’exemples, il sera plus pitoyable que ceux qui par excès de pitié, laissent se poursuivre les désordres, dont naissent meurtres ou rapines : en effet ces derniers frappent d’habitude toute une collectivité, et les exécutions venant du prince frappent un individu en particulier. » (Machiavel – Le Prince)  – Impensable en démocratie pleurnicharde.

 « La posture compassionnelle est là, très souvent, pour masquer un manque de réelle sympathie … maternisation de la société. » (Michel Maffesoli – évoquant les politiciens)

« Les producteurs emblématiques de ces niagaras d’eau tiède de bons sentiments nous submergeant quotidiennement … prenant des poses. » (Michel Maffesoli – sur les grandes gueules médiatiques)

« Il faut toujours rendre justice avant d’exercer la charité. » (Malebranche) – « Celui qui prêche l’amour au mépris de la justice et qui se pose en clerc, est proprement un imposteur. » (Julien Benda) – Ce qui implique de ne pas céder au chantage à l’affectif, source de toutes les déraisons et décadences.

« La préservation, sans parler de l’amélioration, d’une communauté politique est incompatible avec sa transformation durable en salle des urgences. «  (Pierre Manent)

« Les époques les plus meurtrières son annoncées, un peu à l’avance, par une progression irrésistible des bons sentiments. » (François Marchand)

« La relation de pitié n’est pas symétrique. Il existe un sentiment de supériorité fondé sur la pitié : ‘ça vous est arrivé, mais ça ne peut m’arriver’. C’est cette asymétrie qui distingue la pitié de la compassion. La compassion est une relation potentiellement symétrique … La pitié se forme à partir d’un point de vue privilégié, comme si elle était à l’abri … Quand le point de vue de celui qui s’apitoie ne dispose pas d’une telle protection … on passe de la pitié à la compassion. » (Avishaï Margalit)

« La ‘déferlante compassionnelle’ dont nous sommes si souvent aujourd’hui les témoins participe plutôt d’une certaine délectation, d’une espèce d’auto-promotion, devant le spectacle du malheur d’autrui. Et, dans la même logique, elle contribue à alimenter notre voyeurisme. Il y a dans le discours compassionnel une jouissance ambiguë devant la détresse d’autrui, qui pousse certains à se déguiser en ‘secouristes imaginaires’ pour l’approcher de plus près ou pour l’utiliser à des fins commerciales ou politiques. Le compassionnel … a partie liée avec l’émotion facile, le sensationnel, la complaisance gratuite ; il ‘surfe’ sur toutes les vagues émotives et, par là, instrumentalise la détresse qui lui sert d’aliment … Entre la posture compassionnelle et l’indifférence pure et simple, la distance n’est pas grande. Celle-ci choisit d’ignorer le mal, celle-là l’entretient à ses propres fins, sans vraiment la voir et sans chercher à y remédier. » (Michela Marzano)

« Cette passion, considérée comme le ressort moral et politique de la vertu, possède ‘un potentiel de cruauté supérieur à celui de la cruauté elle-même’. » (Jean-François  Mattéi – citant Hannah Arendt – Elle-même citant une pétition d’une section de la Commune de Paris adressée à la Convention pendant la Terreur « Par pitié, par amour pour l’humanité, soyez inhumain. »

« A la différence de la pitié, la miséricorde possède une dimension de bienveillance, de clémence et même de pardon à l’égard de tout homme, qu’il soit victime ou criminel. » (Jean-François Mattéi)

« La pitié est susceptible de conduire à l’injustice, voire à la cruauté, quand elle devient un principe général d’action que la politique instrumentalise pour les besoins de sa cause. Il est des pitiés idéologiques, prétendant viser l’humanité tout entière, qui ont une forme tout à fait impersonnelle … Lorsque l’idéologie  s’empare de la souffrance pour satisfaire ses desseins, elle pervertit la miséricorde en pitié et l’indignation en ressentiment du fait de son exigence de généralisation. » (Jean-François Mattéi) – C’est tout à fait le cas aujourd’hui où  la pitié officielle n’est que le masque d’une dictature idéologique. 

« Une telle ‘logique de la pitié’ dispense de penser dans la mesure où elle nous incite à jouer ‘l’émotion contre la raison’ » (Jean-François Mattéi – citant Michel Onfray – à propos d’un incident totalement inventé par la victime, cas de plus en plus fréquent)

« Le vertige totalitaire qui hante … les indignations collectives qui …. se livrent à des délices de vengeance sur des abstractions idéalisées … Il n’y a pas plus d’indignations unanimes que de culpabilités collectives … Les excès de sensibilité lacrymale, qui font la double économie d’une émotion sincère et d‘une authentique réflexion. » (Jean-François Mattéi)

« Notre société adore ces zones, ces régions qui peuvent être considérées comme les réserves du malheur et qui donnent à nos sentiments charitables l’occasion de s’employer. » (Charles Melman) – Limitons nous à l’expression des sentiments, c’est déjà beaucoup !

« On ne vend pas seulement une information, mais, avec elle, le type de bonne conscience dont va se parer un interlocuteur, le récepteur … On lui vend de la bonne conscience sous prétexte d’information et on lui vend également le mode de pensée correcte qui le dispense de se référer à une idéologie clairement formulée, laquelle est bien présente cependant mais dissimulée. » (Charles Melman – sur le sensationnalisme et l’exhibitionnisme des média)

“Jusqu’à un certain point l’idée ou la vue du Malheur mobilise nos meilleurs  sentiments, mais, dans certains cas particuliers, au-delà de ce point elle ne les commande plus. Il serait erroné de croire que ce phénomène soit dû invariablement à l’égoïsme inhérent au cœur humain. Il procède plutôt d’une certaine désespérance de pouvoir remédier à un mal excessif et organique. Pour un être sensible, la pitié, souvent, est souffrance. Lorsqu’on voit finalement que d’une telle pitié ne saurait sortir un secours efficace, le sens commun ordonne à l’âme de s’en débarrasser. » (Herman Melville – Bartleby, le scribe)

« La vue compassionnelle du monde et des êtres n’empêche nullement un égoïsme tout aussi bienveillant. Il faut donner compassion, soin et sollicitude aux autres, mais sans s’oublier soi-même. C’est une générosité  ‘moi d’abord.’ L’individualisme possessif devient présentable quand il dégouline d’émotion feinte.  L’homme de notre temps ne pleure pas, il pleurniche. Il ne compatit pas, il s’émeut. » (Yves Michaud – Contre la bienveillance)

« ‘La confluence silencieuse des entités apathiques de la vie volatilisée’ … La chape étouffante des opinions bien-pensantes, la signature des manifestes, pétitions … ces très curieuses manifestations qu’on appelle des ‘marches blanches’ … rassemblements sans demander vengeance, pour exprimer l’émotion, la solidarité avec les victimes et familles des victimes, la solidarité entre les participants, leur compassion, leur indignation, leur bonne volonté et leur impuissance … Les fleurs et les bougies … Passons à la radio, écrivons des tribunes… » (Yves Michaud – citant Hegel) – L’engagement compassionnel.

« La compassion s’exprime dans les média, sur les plateaux des débats télévisés, dans les éditoriaux des journaux, sur les réseaux sociaux … pour les pauvres, les immigrés, les exclus, les sans-papiers, les réfugiés, les Roms, les migrants, les victimes de toutes sortes … Les mêmes média, ou presque, célèbrent dans des histoires  saintes qui n’ont rien à envier  à celles du passé sulpicien les vedettes, les ‘people’, les patrons à succès, les chevaliers d’industrie et parfois même les escrocs et les assassins. Le plus risible est que beaucoup de ces personnages se présentent en héros de la bienveillance : ils animent des fondations, patronnent des ONG, militent pour … Même les pires voyous se drapent aujourd’hui dans la bienveillance et l’amour du prochain … L’individualisme possessif devient présentable quand il dégouline d’émotion feinte … Ce que Hegel décrit comme conscience morale plaintive, nous le voyons effectivement se réaliser comme pleurnicherie. » (Yves Michaud)

« Notre incapacité à  appréhender la nouvelle situation (l’actuelle) avec la tyrannie des bons sentiments, avec la politique de l’émotion et de la compassion, avec la vision morale du monde ; avec la tyrannie de la bienveillance … L’appartenance à une communauté politique se construit sur le renoncement réfléchi et obligé à certaines particularités pour asseoir la souveraineté collective, que les droits sont les corrélats des devoirs assumés, que le bien commun présuppose ces renoncements … Si nous voulons que le mot citoyen garde le sens qu’il a pris depuis les théories du contrat social, il nous faut en finir avec la bienveillance, la compassion et le moralisme et revenir aux conditions  strictes de l’appartenance à une communauté républicaine. » (Yves Michaud – Contre la bienveillance)

« L’idéalisme humanitaire cosmopolitique … Martin Wight regroupait sous la bannière de Kant ‘les subversifs, les libérateurs et les missionnaires’ en prenant comme illustration la Réforme protestante, les révolutionnaires français et les communistes internationalistes. C’est dire jusqu’où peut mener l’idéalisme radical … L’idéalisme politique contemporain (figures mondaines, ONG, militants et théoriciens des droits de l’homme …) relève en son fond de l’idéalisme kantien en le teintant non pas de rationalité mais de bienveillance … Une crise est vue comme un combat entre bons et méchants, avec un souci exclusif des victimes (les bons Tutsis contre les méchants Hutus) … Description sur le mode ‘western’ (avec ‘Hitler’ au bout de deux phrases) … La politique idéaliste semble réussir dans l’immédiat de l’action urgente, mais les effets à plus long terme sont en général catastrophiques (conflits figés, présence de l’ONU à durée indéfinie, camps de réfugiés devenant des villes, économies parallèles artificielles, chaos politiques durables) … Faire ‘l’autruche humanitaire’ … Bhlisme (l’idéalisme de la bling bling politique), kouchnérisme (l’idéalisme du baba humanitaire) et l’hulotisme (l’idéalisme de l’ULM-écologie), variétés de l’affairisme compassionnel et communicationnel … dignes de la rubrique mondaine. » (Yves Michaud)

« La vision morale du monde ne doit en aucun cas tenir lieu de politique : elle peut, éventuellement, combler l’âme des êtres sensibles, elle n’a que des relations légères et très volatiles avec la réalité. Dans le meilleur des cas, elle exprime la vie rêveuse. Dans le pire, la vie hypocrite … Les morales / politiques du soin (du ‘care’) en reviennent à la patriarchie plutôt qu’à la démocratie, au gouvernement des familles, des pasteurs, des prêtres, des accompagnants, des coaches, des soignants et des nounous, plutôt qu’à la souveraineté du peuple citoyen. » (Yves Michaud)

« Pour qui sait à quel point l’univers des médias et du show-biz est impitoyable et cynique, il est difficile de croire que sa compassion désormais si ostensible, pour le sort des S. D. F. ne cache pas quelque chose. Et ce qui est effectivement caché par cette mise en visibilité officielle de l’exclusion, ce sont les millions de travailleurs comptabilisés à présent parmi les ‘nantis’ sous prétexte qu’ils partagent avec les golden-boys le ‘privilège’ apparemment exorbitant d’avoir un travail et un toit. » (Jean-Claude Michéa)

« A l’image de Rousseau, j’avoue ne pas beaucoup croire à l’authenticité morale de ces nobles engagements militants qui se révèlent à l’expérience parfaitement compatibles avec le mépris le plus tranquille de ceux qui nous entourent. C’est d’abord dans notre vie quotidienne et dans la manière dont nous traitons nos proches, que nos dispositions proclamées à  l’humanité peuvent réellement se vérifier. » (Jean-Claude Michéa)

« Se plaindre est un des moyens d’obtenir. La pitié est d’un magnifique rapport. » (Henry de Montherlant)

« Il y a une règle, que nous ne pouvons donner notre charité qu’un peu loin de nous, non tout près. » (Henry de Montherlant)  – Certes, oui. Mais avec cette précision que les charitables officiels, les indignés de profession, les pleureuses médiatiques au chevet des Papous et méprisants de leur concierge se valorisent (à tous les sens du terme) tout en ne donnant rien.     

« Je n’aime pas la naïveté. Je hais le vice et le crime. Mais, en regard de la naïveté, je crois que je préfère encore le vice et le crime. » (Henry de Montherlant – La reine morte) – Celle-là fait souvent plus de dégâts.

« Quand elle prétend s’immiscer dans le monde moderne, elle rend un son qui n’est pas net. Elle ressemble au riche qui visite un pauvre et lui fait la charité. » (abbé Mugnier) – Sur la noblesse. Mais tout à fait adéquat pour qualifier les affectations charitables de nos élites-bobos.

« Le caritatif a remplacé le qualitatif. » (Philippe Muray)

« Lorsque soixante-huit personnes se font massacrer à Louxor, tout ce que déclenche cette boucherie ce sont des réflexions sur la chute du tourisme en Egypte. » (Philippe Muray) – Admirable Occident pétri de compassion.

« Toute calamité collective est totalitaire, recrutante, racoleuse et embrigadante. Les belles âmes adorent se faire mobiliser, enrégimenter, lever comme des troupeaux, faire don de leurs précieuses, de leur charitables, de leurs vertueuses et humanitaires personnes aux causes les plus poignantes. Ainsi existent-elles. Peut-être même n’existent-elles qu’ainsi, nourries par le cordon ombilical de la misère des autres, par ces souffrances collectives où elles abolissent du même coup leur individualité … Militantisme compassionnel. » (Philippe Muray)

« Il est très malsain d’avaler les sentiments avec une grande cuiller. » (Robert Musil – évoquant les pleureurs-culpabilisateurs professionnels)

« La morale de la pitié universelle … C’est de la compassion que s’élève un grand nuage, prenez garde, ô humains. » (Nietzsche – Zarathoustra)

« La conclusion tirée par tous les imbéciles, qu’il doit bien y avoir quelque chose de vrai dans une cause pour laquelle quelqu’un accepte de mourir … Cette conclusion a constitué un obstacle considérable à l’examen, à l’esprit d’examen et de prudence … Les martyrs ont fait tort à la vérité. Maintenant encore il suffit d’une persécution un peu rude pour donner un renom de respectabilité au plus banal des sectarismes. » (Nietzsche – L’Antéchrist)

« Secourir les Grecs, pleurer sur le Bulgare, s’émouvoir de l’infortune des noirs américains, on n’a pas inventé de meilleur moyen pour oublier l’ouvrier lyonnais et concilier une âme tendre avec le souci de ses intérêts. » (Roger Nimier) –Mettre les exemples à jour.

« Choisir ses opprimés en fonction de l’aversion que l’on voue aux oppresseurs. Ce tropisme est celui du parti intellectuel depuis Dreyfus … L’idéologue redresseur de tort est, depuis toujours, moins excité par la misère des victimes que par le profil du bourreau. » (Paul-François Paoli) – Règle élémentaire de tout intellectuel vénéré et encensé par les média.

« C’est alors que l’on ‘découvrit’ ou que l’on inventa le personnage de Mère Térésa … Bien que son action concrète à Calcutta eût commencé en 1948, personne n’en avait entendu parler … La figure mythologique de Mère Térésa, ancrée et légitimée par la tradition religieuse dans laquelle elle s’inscrit, a permis de rendre acceptables socialement des pratiques qui passaient pour être d’un autre âge, en rendant leur critique impossible … Mère Térésa a été choisie par l’histoire pour symboliser la nouvelle bonté, naguère déconsidérée, et transformée en figure mythologique de telle sorte que la mise en cause des actions humanitaires est devenue impossible … La bonne volonté est devenue principe d’action. » (Perrot, Rist et Sabelli) – Il s’agissait de casser la philosophie pratique des changements structurels devenus impossibles pour le libéralisme triomphant de retour, de se contenter de soigner les  symptômes de la misère plutôt que de s’attaquer à ses causes. Figure choisie par l’histoire pour conforter quelque orientation ou justifier indirectement un changement de cap (les exemples de métamorphisation d’individus concrets pour leur accorder une valeur symbolique telle qu’elle entraîne l’apparition d’une croyance commune nécessaire à une époque sont nombreux, un seul : Pasteur et le Progrès) ; Calcutta, lieu emblématique de la misère. Il va sans dire que n’est évoqué que le personnage construit, et non la personne concrète de Mère Térésa, qui n’est pas en cause même si cette pluie mondiale et soudaine d’honneurs (des dizaines de prix et distinctions, dont le prix Nobel de la paix) auraient peut-être pu lui faire soupçonner qu’on lui faisait jouer le premier rôle dans une énorme manipulation que cette grande dame n’aurait certainement pas approuvée si elle avait pu la deviner.

« L’homme d’Etat se doit aujourd’hui de manifester constamment ses élans compassionnels. Il est ainsi dispensé d’agir pour la solidarité. » (Michel Pinton)

« Pour ceux-là, il est plus important de protéger de la stigmatisation que de l’agression. » (Samuel Piquet – à propos des encerclements, attouchements et viols de masse) – Ceux-là : les politiques, les média pourris, les féministes. Tous et toutes des lâches.

« Aie pitié des autres, mais arrange-toi pour ne pas faire pitié. » (Plaute)

« Une pluie de pleurnicheries sociétales dégoulinantes de compassion artificielle et de sollicitude ‘gynécocentrique’ accompagnée de l’habituel réflexe de la castration par la répression pénale. La bêtise ordinaire poursuit ainsi inlassablement son œuvre de pollution démocratique et juridique. » (Anne-Marie Le Pourhiet) – Sur le délire du harcèlement sexuel.

« L’énorme sanglot mondial déclenché par la mort de Diana. » (Ignacio Ramonet) – Un monde de midinettes.

« En matière de crime il faut fermer la porte à la pitié. » (cardinal de Richelieu)

« En général, l’indulgence pour ceux qu’on connaît est bien plus rare que la pitié pour ceux qu’on ne connaît pas. » (Rivarol)

« Cette clémence dont on a fait une vertu se pratique tantôt par vanité, quelquefois par paresse, souvent par crainte, et presque toujours pour les trois ensemble. » (La Rochefoucauld)

« La pitié est souvent un sentiment de nos propres maux dans les maux d’autrui ; c’est une habile prévoyance des malheurs où nous pouvons tomber. » (La Rochefoucauld)

« La pitié est souvent un sentiment de nos propres maux dans les maux d’autrui. C’est une habile prévention des malheurs où nous pouvons tomber ; nous donnons du secours aux autres pour les engager à nous en donner en de semblables occasions ; et ces services que nous leur rendons sont à proprement  parler des biens que nous nous faisons à nous-mêmes par avance. » (La Rochefoucauld

« Avec toute leur morale, les hommes n’eussent jamais été que des monstres, si la nature ne leur eût donné la pitié à l’appui de la raison. » (J. J. Rousseau – Discours sur l’inégalité) – Opposition aux philosophes strictement rationalistes de son temps (Condorcet).

« Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher loin dans leurs livres des devoirs qu’ils dédaignent de remplir autour d’eux. Tel philosophe aime les Tartares pour être dispensé d’aimer ses voisins. » (J. J. Rousseau) – Remords d’avoir mis ses cinq enfants à l’asile pour pouvoir écrire, et se faire entretenir, en paix ?

« Les hommes à l’âme sensible, attendris et les larmes aux yeux, … L’alliance des larmes et des poings levés … Celui qui devant une sanction frappant un méfait constaté, s’agite et pétitionne  … ne risque rien pour lui-même. Il contribue seulement à la dégradation à terme de la société … Il cherche son intérêt à court terme, au détriment, à long terme, de la santé sociale … ‘L’âme sensible’ se met au-dessus de l’utilitariste bienfaisant, alors qu’elle est très au-dessous. L’invention de la ‘responsabilité universelle’ (nous sommes tous coupables … de la faim dans le monde, de la guerre du…) … Cette invention ne prend que parce que la ‘responsabilité’ est immédiatement transposée et projetée en culpabilité des autres, des boucs émissaires à la mode ; trusts, impérialisme… … Comme le ‘nous sommes tous pécheurs’ des sermonneurs religieux … ils sert de préliminaire, de fertilisateur du terrain, pour que l’idéologie puisse ensuite semer la bonne parole. » (Raymond Ruyer)

« En France la droite ne revendiquait plus l’indépendance nationale ni la gauche le progrès social ; Des deux côtés (Nicolas – Ségolène) triomphait le kitsch, on se mit à raconter des histoires (scènes de ménage, ruptures, infidélités…) … Plutôt que des convictions, on vit s’affirmer des ‘valeurs’, au lieu des compétences, on afficha sa compassion … L’enjeu électoral se concentra alors presque logiquement autour des victimes, des personnes à forte résonance émotionnelle, on eut droit à la surenchère des compassions … Ce sont les fameuses ‘séquences émotions’ (terme de communicant) … ‘A vos larmes, citoyens !’ (Jean Baudrillard) … En prenant sur soi la part du malheur social, l’homme politique compassionnel se défausse ainsi de sa responsabilité politique et s’affuble d’une conscience morale qui lui permet de demandera u peuple de se sacrifier. » (Christian Salmon –sur la campagne électorale de 2007 … et la suite)

« La clémence qui pardonne aux assassins n’est qu’une meurtrière. » (Shakespeare)

« Dans la morale, la sympathie dans la souffrance (pitié) est mentionnée beaucoup plus fréquemment que la sympathie dans la joie … On prend part plus facilement et plus fréquemment aux souffrances, parce que cette attitude est accompagnée dans beaucoup de cas de l’arrière-pensée consolatrice : ‘Quelle chance que cette souffrance me soir épargnée’ ; tandis que la sympathie dans la joie se heurte le plus souvent à l’inhibition exercée par la jalousie que fait souvent naître la vue du bonheur d’autrui. » (Max Scheler)

« L’indulgence montrée à l’égard du crime et du vice n’est pas une preuve de gentillesse mais une source d’injustice pour laquelle nous devrons tous payer. » (Roger Scruton)

« Les foules rassemblées par les promoteurs de telle ou telle bonne cause platonique s’occupent surtout à s’admirer elles-mêmes d’être là réunies dans l’euphorie d’une généreuse unanimité dont elles sont bien tranquilles qu’elle est sans conséquence, qu’elle ne les engage à rien. » (Jaime Semprun)

« Comme le feu, la compassion finit par s’éteindre … La fatigue de la compassion. » (Richard Sennett)

« La compassion … cette sympathie exagérée, pour des infortunes qui ne nous sont pas connues, renferme d’abord quelque chose d’absurde et de déraisonnable … Cette commisération factice n’est pas seulement absurde, elle semble même impossible. » (Adam Smith) – La philanthropie apparaît comme contraire à la loi naturelle, à la lutte économique pour la vie, tels sont les débuts du libéralisme.

« Ils prennent l’étiolement de leur âme pour de la civilisation et de la générosité. » (Stendhal)

« Celui qui fait preuve de miséricorde envers le cruel se conduira bientôt avec cruauté avec le miséricordieux. » (Talmud)

 « A maintes reprises … on a affirmé qu’une société instrumentale (accordant la priorité aux résultats) traduisant un mode d’existence commercial, capitaliste, et finalement bureaucratique,  occultant les significations les plus profondes, tend à vider l’existence de sa richesse, de sa profondeur ou de son sens. Il ne reste plus de place pour l’héroïsme, pour les vertus … Mais des normes élevées nécessitent des sources morales fortes … Disposons-nous toujours des moyens de voir que ‘cela est bon’ ? … L’obligation de bienveillance peut mener au sentiment d’être indigne qui peut conduire à projeter le mal hors de soi, sur une personne ou un groupe (bouc émissaire) … L’absence de sens qui accompagne fréquemment un  sentiment de culpabilité peut conduire à l’adhésion à une idéologie fortement polarisée pour donner un sens à sa vie et retrouver un sentiment de pureté fondé sur l’opposition aux puissances des ténèbres (‘Les Démons’ de Dostoïevski) … Les aspirations et les idéaux spirituels les plus élevés menacent d’imposer à l’humanité les fardeaux les plus écrasants. Les grandes visions spirituelles de l’histoire humaine ont aussi été des coupes empoisonnées (jusqu’au marxisme récemment) … Si les idéaux les plus élevées sont aussi les plus destructeurs, alors la voie la plus prudente est peut-être la plus sûre. (Charles Taylor) – On pourrait aussi évoquer l’imposition brutale de la démocratie à certains pays si ce noble idéal ne dissimulait pas parfois quelques intérêts plus concrets. – Le Grand Inquisiteur de Dostoïevski était moins dangereux que certains personnages des Démons.

« Il y a de l’iniquité jusque dans la compassion. Le malheur accidentel des gens heureux nous touche plus que le malheur continu des gens malheureux. » (Edmond Thiaudière)

« La pitié envers le troupeau implique à la fois la recherche de la brebis égarée et le rejet de la brebis galeuse … Il faut rechercher la brebis égarée, pardonner à l’Enfant prodigue, mais il faut aussi savoir s’amputer d’un membre pourri. » (Gustave Thibon)        

« Toutes les chutes appellent la compassion et le pardon, sauf celles qui se déguisent en ascensions. » (Gustave Thibon)

« On s’épuise à n’aimer que par pitié; le jour vient où l’on a besoin de recevoir, et, ce jour-là, on réagit férocement contre l’être aimé.  On devient démon à vouloir jouer à Dieu. » (Gustave Thibon)

« On assiste à une hystérisation permanente de tout drame, de toute difficulté de la vie. » (Jacques Thuile, psychiatre)

« Le compassionnel barbouillé de culpabilité n’est souvent que le maquillage de l’impuissance ou de la lâcheté. » (Denis Tilllinac) – L’auteur a fait quelques progrès de lucidité depuis le temps ou il admirait le pantin Chirac.

« Dans les siècles démocratiques, les hommes se dévouent rarement les uns pour les autres, mais ils montrent une compassion générale pour tous les membres de l’espèce humaine. » (Alexis de Tocqueville) – C’est beaucoup plus économique, beaucoup moins fatigant, la posture engendre une vaste bonne conscience et elle permet de donner des leçons aux autres, sans compter qu’elle facilite l’accès aux média larmoyants. Qui dit mieux !

« La culture thérapeutique exprime la société qui a renoncé au rayonnement, à la grandeur, à la conquête, au salut ou à la révolution politique. Elle met l’accent sur le soin, le bien-être, l’éradication de la maladie et de la souffrance. A ce titre, elle est une utopie antitragique. » (Eric Vartzbed – psychothérapeute – cité par Paulina Dalmayer)

« Si la lutte contre la souffrance se met à servir la logique du marché, tôt ou tard cette logique du marché va reproduire le système de la souffrance qui sert sa logique, pour son plus grand profit … Qu’un homme politique poursuivi par la justice décide de s’abriter derrière une action humanitaire afin de faire diversion est révélateur quant à l’’utilisation cynique de la souffrance pour se bâtir une image. Qu’un autre homme politique prétende inventer la charité parce qu’il se fait filmer en train de pratiquer celle-ci en dit long sur la façon … dont on manipule la générosité … Entremêlons la dénonciation du mal ainsi que la charité à nos stratégies de vente, ainsi nous serons inattaquables … je ferai de la publicité à ta souffrance si ta souffrance fait de la publicité à ma publicité. » (Bertrand Vergely) – Je n’ai pas identifié le premier homme politique (il y en a tellement dans ce cas), dans le deuxième, tout le monde  a reconnu ce pantin arriviste richissime   de Bernard Kouchner – « Quand tu fais l’aumône ne fais pas sonner la trompette devant toi, comme les hypocrites qui se donnent en spectacle … pour obtenir la gloire qui vient des hommes … afin que ton aumône reste dans le secret. » (Evangiles)

 « Frères humains, qui après nous vivez,

« N’ayez les cœurs contre nous endurcis,

« Car, si pitié de nous pauvres avez,

« Dieu en aura plutôt de vous mercis. » (François Villon)

« Un malheur trop grand met un être humain au-dessous de la pitié : dégoût, horreur et mépris. La pitié descend jusqu’à un certain niveau, et non au-dessous. Comment la charité fait-elle pour descendre au-dessous ? » (Simone Weil)

« Je n’ai pas un prisonnier à me reprocher. J’ai tout exterminé. Nous ne faisons pas de prisonniers. Il faudrait leur donner le pain de la liberté et la pitié n’est pas révolutionnaire. » (général Westermann – au comité révolutionnaire, sur un des massacres de Vendéens, à Savenay) – Comme le montraient les Robespierre, Carrier, Fouquier Tinville. Comme le montreront Lénine, Trotski, le doux Joseph Staline et les communistes de chez nous quand de Gaulle leur laissa la bride sur le cou.  – « Nous ferons de la France un cimetière plutôt que de ne pas la régénérer à notre façon. » (Carrier) 

« S’il y avait moins de compassion de par le monde, il y aurait moins de problèmes. » (Oscar Wilde)

« La grande douleur des pauvres, c’est que personne n’a besoin de leur amitié. Personne ne vient chez nous avec le sentiment qu’il pourra recevoir quelque chose de nous ! Personne ne croit que nous, les pauvres, nous pouvons donner quelque chose. Personne n’a besoin de notre amitié ! » (Père Maurice Zundel – citant une femme pauvre) – Bouleversant. – « Recatégorisées en victimes collatérales du ‘consumérisme’, les pauvres sont aujourd’hui, et ce pour la première fois de l’histoire, purement et simplement un souci et une nuisance. Ils ne possèdent aucun mérite … Ils n’ont rien à offrir … Ils forment un trou noir qui aspire tout ce qui l’approche. » (Zygmunt Bauman)

 « Celui qui a pitié des méchants finira par être cruel avec les bons. » (précepte issu de la tradition juive) – Nos sociétés occidentales abêties.

« Les larmes sont réservées aujourd’hui à ceux qui les font couler. » (?)

« Les bons, innocents, créent la justice, les méchants, coupables et pour cela, inventent la pitié. » (?)

« On ne refuse pas la pitié aux malheureux pourvu qu’ils n’en demandent pas davantage. » (?)

 « Les adeptes fortunés de la compassion … répandant une chaleur humaine moralement fausse. » (?) – Qui de nos jours ?

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