115,1 – Civilisation, Société, Social ; Citoyen ; Communauté

– Les civilisations, ensembles plus vastes et plus pérennes que les nations, sont des totalités fermées sur elles-mêmes, des entités vivantes, civilisations « dont chacune imprime à son matériau, l’humanité, sa propre forme, dont chacune a sa propre idée, ses propres passions, sa vie, son vouloir et son sentir propres, sa propre mort. » (Oswald Spengler)

– « Une civilisation est d’abord l’œuvre d’une élite. » ( Jacob Burckhardt ?)

– Si, conformément au credo officiel et dictatorial de la non-pensée  cher aux nouveaux bien-pensants, toutes les civilisations se valent, on ne voit pas pourquoi s’opposer à l’infibulation et à l’excision (entre autres joyeusetés) ? Pourquoi renier celles qui ont pratiqué les sacrifices humains (d’enfants notamment) et l’esclavage ? « Pourquoi fallait-il s’opposer au nazisme, qui prétendait justement en proposer une nouvelle ? » (Yves Roucaute).  

– C’est à travers la culture dont elle est productrice, sa vitrine, mais aussi son fondement et son lien, qu’on voit exister, se révéler, ou démissionner une civilisation. Aucune n’est infinie et nous savons qu’elles sont mortelles. Combien de civilisations, certaines brillantes, sont mortes ? La nôtre, sans culture va durer combien de temps ?

– A la fin de la civilisation romaine, on se livrait à des orgies, rien de si proche du désespoir ; sur le Titanic, l’orchestre jouait, mais là lucidement, par courage, chez nous aujourd’hui, on consomme !

– « Que l’Occidental, fatigué de lui-même jusqu’à la nausée, profite des derniers instants de liberté dont il dispose encore pour se délecter de ces moments exquis, si caractéristiques des fins de civilisation, en accrochant à sa face s’il le souhaite, et pour faire bonne figure, le sourire reposant du Bouddha. » (Olivier Bardolle). Le sursis ne se compte même plus en décennies.

Vers la fin de  la rubrique Modernité, 495,1, on trouvera des extraits de l’ouvrage  de Pierre Thuillier, La grande implosion, où l’auteur démontre plaisamment pourquoi tout va se casser la gueule et dans quelle stupidité s’est vautrée notre époque.

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« Plus une civilisation est développée, plus accompli est le monde qu’elle produit, plus les hommes se sentent chez eux dans l’artifice humain, plus ils éprouvent du ressentiment envers tout ce qu’ils n’ont pas produit, tout ce qui leur est mystérieusement donné. » (Hannah Arendt)

« La civilisation, c’est l’élaboration de l’ordre qui tend toujours vers plus de simplification. »  (Aristote) – Alors, nous ne sommes plus civilisés.

« L’homme qui ne peut pas vivre en communauté ou qui n’en a nul besoin, parce qu’il se suffit à lui-même, ne fait pas partie de la cité : dès lors, c’est un monstre ou un dieu. » (Aristote – Politique)

« Sans l’avantage espéré d’un plus grand effort, nulle civilisation. » (Lucien Arréat)

« Notre civilisation ne serait-elle pas faite de plus de promesses que de réalités ? » (Lucien Arréat)

« Pour changer de civilisation. » (rien de moins, titre d’un livre de Martine Aubry, qui s’y est mise avec cinquante chercheurs et citoyens pour expliquer, sinon réaliser, cet urgent, vaste et indispensable programme)

« Deux amours ont bâti deux cités; l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu fit la cité terrestre ; l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi fit la cité céleste… Les deux sont mêlées, enchevêtrées… Jusqu’à la discrimination du jugement final. » (saint Augustin)

« Les crimes de l’extrême civilisation sont certainement plus atroces que ceux de l’extrême barbarie, par leurs raffinements, la corruption qu’ils supposent et leur degré supérieur d’intellectualité. » (Barbey d’Aurevilly)

« Les traits dépressifs et schizoïdes, hystériques, paranoïaques et obsessionnels de notre civilisation et de notre culture se développent de plus en plus. En tant que signe de quoi ? Plus que d’un malaise, plus que d’une crise, il s’agit de quelque chose semblable à un ébranlement du traditionnel et du coutumier, sans que l’horizon d’un autre enjeu ne s’ouvre aux êtres fatigués et usés que nous sommes. » (Kostas Axelos –  Problèmes de l’enjeu) – Nous avons voulu tout détruire, tout bouleverser.

« La culture et l’acculturation distribuent les individus en populations distinctes, alors que la nature les rassemble en une espèce exclusive et que la vie les personnalise en personnalités uniques. » (Jean Baechler)

« L’alliance du temple, du palais et du bazar est la colonne vertébrale de chaque ville-capitale. » (Jean Baechler) – les pouvoirs religieux, de la force politique et de l’économie.

« Nous pouvons définir une civilisation par la hiérarchie qu’elle introduit entre les activités humaines possibles. Celles-ci sont en nombre limité : religieuses, politiques, militaires, économiques et ludiques … Toujours l’une ou l’autre se voit conférer une importance majeure, aussi bien dans les faits que dans la représentation que les sociétaires se font de l’idéal. Nous avons ainsi des sociétés à dominante politique, militaire, religieuse… Aucune rationalisation ne peut justifier l’une quelconque des hiérarchies de valeurs : arbitraires, instables, mises en place à la suite de conflits et reflétant des rapports de force … Plus la perception de la pluralité des possibles est nette, plus la contestation a des chances de se déchaîner. » (Jean Baechler) – D’où l’instabilité chronique des sociétés occidentales modernes où tout est permis, indépendamment de toute hiérarchisation.

« Il y a une civilisation européenne et des cultures anglaise, française, espagnole, mais certainement pas de civilisation espagnole, française, anglaise… Par contre, il ne serait pas abusif de parler d’une civilisation américaine, distincte de la civilisation européenne. » (Jean Baechler) – L’américaine en passe d’avaler et de détruire toutes les autres (y compris non européennes) en faisant disparaître leurs cultures-fondements qui les rendent proches et constitutifs d’une aire de civilisation.

 « La matière première d’une civilisation est un composé de problèmes et de solutions … Les faits de civilisation sont, fondamentalement, des problèmes que des populations humaines se sont posées, parce qu’ils se posaient à elles, et les solutions qu’elles leur ont apportées et qu’elles ont retenues, parce qu’elles ont jugé qu’elles résolvaient convenablement leurs problèmes et que des expériences répétées les ont renforcées dans cette conviction … Les problèmes qui se posent nécessairement à une espèce animale définie comme libre, finalisée, non-programmée, rationnelle et faillible, entre autres : – L’ordre démographique, se reproduire et se perpétuer – L’ordre hygiénique, santé, alimentation, abris, vêtements – L’ordre pédagogique, reconstitution des compétences à chaque génération – L’ordre sodalique, la coopération indispensable pour atteindre certains objectifs (travaux, chasse…) – L’ordre agorique (de place publique),  commerce, échange, partage – L’ordre politique, résolution non-violente des conflits, paix, justice – L’ordre ludique, l’indispensable détente entre deux tensions – L’ordre technique, l’acquisition des ressources nécessaires, l’efficacité – L’ordre éthique, la destination de l’espèce, la béatitude, le bonheur, l’ordre des fins dernières religieuses et séculières, ordre extérieur couronnant l’édifice des ordres … » (Jean Baechler – Les matrices culturelles)

« Depuis déjà longtemps, l’empire romain agonisait. »(Jacques Bainville)

« Une civilisation qui a perdu tout ce qui, religion ou doctrine, avait une valeur ‘ordonnatrice’ et en est devenue davantage aléatoire … L’absence de valeurs reconnues, la perte d’une  ‘’conscience d’ensemble’ … Un univers de la dispersion … Une civilisation dont l’homme se trouve progressivement éloigné et qui lui apparaît comme une patrie devenant étrangère  … Ordre, sens, appartenance pris ensemble dans les turbulences du changement, de la métamorphose et de l’aléa … Rendant possible ‘une civilisation durablement immunisée contre tout sens de la vie’. » (Georges Balandier – reprenant des thèmes d’André Malraux)

« En fait de civilisation rien n’est absolu. Les idées qui conviennent à une contrée (un milieu) sont mortelles dans une autre. » (Balzac – Médecin de campagne)

« Les identités religieuses et culturelles ont déjà ‘plus d’épaisseur’ que l’identité civique. Elles apportent plus d’émotions, de liens de parenté, de solidarité, même si cela s’accompagne parfois de plus d’exclusion. » (Benjamin Barber) – En déduire que l’appartenance forte à une communauté (fut-elle littéraire, scientifique, sportive…) l’emporte sur la citoyenneté qu’on a par trop négligée et même dévaluée (nationalismes guerriers, puis critiques de toutes sortes, repentances à n’en plus finir, multiculturalisme destructeur…)

« Théorie de la vraie civilisation. Elle n’est pas dans le gaz, ni dans la vapeur, ni dans les tables tournantes. Elle est dans la diminution des traces du péché originel. » (Baudelaire Mon cœur mis à nu)

« La ‘mixophobie’ urbaine, réaction prévisible et répandue : partager l’espace avec des inconnus, côtoyer des individus indésirables, pêle-mêle chaotique … Tendance à créer des îlots de similitude au milieu d’une mer de différence, promesse de confort spirituel sans devoir faire l’effort de comprendre, de négocier, de trouver des compromis, de s’adapter, de faire l’effort qu’exige la vie dans la différence, attrait des communautés ‘d’identiques’, séparation territoriale … Mais, si elle repousse, la vie en ville fascine, les mêmes aspects repoussent et attirent, répulsif et aimant, vie urbaine ambivalente, la ville suscite la ‘mixophilie’ autant qu’elle sème et alimente la ‘mixophobie’. » (Zygmunt Bauman)

« L’opposition entre communauté et société, rapport organique et rapport mécanique, se retrouve dans l’opposition entre le holisme et l’individualisme, le système du don et du contre-don par opposition à l’échange marchand, la communauté de l’être par rapport à la société de l’avoir, le principe de subsidiarité par opposition à la centralisation administrative, l’Empire par opposition à l’Etat-nation, l’éthique des vertus par rapport aux morales déontologiques, la concrétude par opposition à l’abstraction… » (Alain de Benoist)

« ‘Je distingue l’idée d’une culture de sa réalisation historique. J’oppose la première à la seconde comme l’âme au corps’ … les cultures sont définies comme de véritables ‘organismes’. Les civilisations, elles, n’en sont que les formes ultimes, décadentes et figées. » (Alain de Benoist – évoquant Oswald Spengler)

Distinction civilisation et culture : « La civilisation correspond aux efforts d’amélioration du milieu social, et la culture aux efforts d’amélioration de la personnalité intérieure … La triple opposition : culture-âme-vie / civilisation-intellect-raison … Le long  binôme oppositionnel entre culture allemande et civilisation française … les civilisations ne sont que les formes ultimes, décadentes des cultures, que le dernier moment, celui qui précède la fin … la civilisation tue sa culture … La culture est la manifestation originale/ originelle, libre et spirituelle, d’une communauté historique de vie ; la civilisation, la manifestation d’ordre intellectuel et impersonnel qui aboutit au machinisme et à la mécanisation totale de la vie humaine … L’opposition qui se développe chaque jour sous nos yeux entre une pluralité de cultures (organiques) et une civilisation (mécanique) unique. » (Alain de Benoist – s’inspirant de divers auteurs, notamment Oswald Spengler)

« Tous les peuples, toutes les sociétés, toutes les cultures traversent, au cours de leur évolution, plusieurs périodes : naissance, enfance, virilité, épanouissement complet et finalement vieillesse, décrépitude, déchéance et mort. Les valeurs créées par la culture sont immortelles, mais les peuples eux-mêmes, en tant qu’organismes vivants, sont mortels. » (Nicolas Berdiaeff) – Ne pas confondre culture avec civilisation. Les civilisations grecques et romaines sont mortes, pas leur culture.

« On ne comprend rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas qu’elle est d’abord une conspiration contre toute forme de vie intérieure. » (Georges Bernanos) – « Tout deuil sur les illusions de sociabilité est une progression vers la vie. » (Fabrice Luchini)

« Les civilisations sont mortelles, elles meurent comme les hommes, et cependant elles ne meurent pas à la manière des hommes. La décomposition, chez elles, précède leur mort, au lieu qu’elle suit la nôtre … Une civilisation  ne s’écroule pas comme un édifice, elle se vide peu à peu de sa substance … Une civilisation disparaît avec l’espèce d’homme le type d’humanité sorti d’elle » (Georges Bernanos)

« ‘La contre-civilisation moderne’ s’apprêtait ‘à risquer l’homme’ pour s’accomplir … ‘Ou l’expérience échouera, ou elle avilira l’homme pour qu’elle puisse se poursuivre coûte que coûte’. » (Georges Bernanos – La France contre les robots ? – cité par David Bosc) – Depuis un peu plus d’un demi-siècle l’avilissement de l’homme a été réussi, maintenant il s’agit de détruire les conditions de la vie. Cela ne demandera pas plus de temps.

« L’image du troupeau et de la ruche, l’Etat moderne et la cité antique … Le troupeau peut avoir besoin d’un berger mais chaque animal paît pour son propre compte et on peut facilement le séparer des autres. Dans la ruche, au contraire, il y  a répartition du travail en vue d’un résultat pour lequel tout le monde œuvre en commun. Se séparer de la ruche, c’est mourir … ou bien, le bateau qui est destiné à gagner un port et à laisser se disperser ses occupants et le bateau qui est destiné à rester en mer pour toujours, et les différences de relations qui s’établissent à bord.  » (Allan Bloom)

« J’ai pensé que ‘Titanic’ était le nom de code de la civilisation expansionniste … La prophétie de destination de cette activité titanesque à remodeler le monde. » (Baudouin de Bodinat)

 « Une civilisation exténuée … et sur le point de s’éteindre, dans un dernier effort démiurgique, consacrant ce qu’il lui reste de puissance et de préhension à engendrer les automates qui prendront la relève et perpétueront son principe au-delà d’elle-même. » (Baudouin de Bodinat)

« Les civilisations ont été créées par une petite aristocratie intellectuelle, jamais par les foules. » (Gustave Le Bon)

« Faut-il regretter que la raison ne soit pas le guide des foules ? Nous n’oserions le dire. La raison humaine n’eût pas réussi sans doute à entraîner l’humanité dans les voies de la civilisation avec l’ardeur et la hardiesse dont l’ont soulevée ses chimères. » (Gustave Le Bon)

« Quand une civilisation se définit essentiellement par la consommation, elle se tire elle-même une balle dans le pied en déclassant une partie importante de sa population, et en bafouant aussi ouvertement le seul idéal collectif qu’elle ait été capable de se donner … Elle vit en porte-à-faux permanent entre ce qu’elle donne et ce qu’elle promet. » (Françoise Bonardel)

« Ordre naturel (physis) et ordre social (nomos), distinction due à la civilisation gréco-romaine renforcée par l’influence du christianisme (séparation entre les ordres temporel et spirituel) qui fut la première à établir les règles d’une organisation sociale qui ne répondrait à rien d’autre qu’à la volonté humaine guidée par la raison …  Ce paradigme de distinction s’oppose frontalement au mode de pensée islamique qui repose sur une indistinction totale entre nature et social, organisation de la nature et organisation de la société, deux organisations parfaitement confondues … D’où l’impossibilité de lui opposer des arguments d’ordre rationnel, pas plus d’ailleurs que l’argument de la dignité de la femme quant au port du voile (le vêtement étant relatif à l’époque, au lieu, à la civilisation) … Même en Occident, durant des siècles, l’ordre social, bien que conçu comme distinct de l’ordre naturel, ne lui en restait pas moins étroitement lié. Ce n’est qu’à l’époque contemporaine que nous assistons à une déconnexion progressive (mais excessivement brutale) entre ordre social et ordre naturel ; les éléments de la nature étant vus comme des contraintes, des chaînes dont il faudrait se délier. Ce qui est prôné n’est en effet ni plus ni moins qu’un ordre social nouveau ne reposant sur rien, un ordre social hors-sol … Indifférenciation entre l’homme et la femme, abolition de la figure du ‘pater familias’, procréation sans hommes, etc. » (Diane de Bourguesdon) – Prétention de l’Occident à tout régenter. On verra au résultat. C’est tout vu !

« Pour qu’il y ait du commun, il faut qu’il y ait une proximité culturelle, et pas seulement de principe ou institutionnelle » (Laurent Bouvet) 

« La façon de naître, de vivre, d’aimer, de se marier, de penser, de croire, de rire, de se nourrir, de se vêtir, de bâtir ses maisons et de grouper ses champs, de se comporter les uns vis-à-vis des autres. » (Fernand Braudel – sur ce qu’est une civilisation)

« Une civilisation est une continuité qui, lorsqu’elle change … s’incorpore des valeurs anciennes qui survivent à travers elle et restent sa substance. » (Fernand Braudel)

« Être barbare, c’est se croire civilisé, rejeter les autres dans le néant. Alors qu’être civilisé, c’est se savoir barbare, connaître la fragilité des barrières qui nous séparent de notre propre ignominie et que le même monde porte en lui la possibilité de l’infamie et du sublime. » (Pascal Bruckner)

« Là où la civilisation est installée, je ne doute pas que la moralité ne se corrompe. Mais là où on la fonde, les vertus sont nécessaires. » (Roger Caillois)

« Par quoi se distinguent les grands moments de culture et de civilisation ? Par la présence d’une classe cultivée … qui est toujours une classe héritière. Aucune culture ou civilisation ne peut atteindre un haut degré de développement si à chaque génération elle doit repartir de zéro. La classe cultivée qui assume la responsabilité de cette culture ou de cette civilisation doit elle-même bénéficier de l’héritage, et doit à son tour en assurer la transmission. Il est donc indispensable qu’elle ait une existence de classe plus longue qu’une seule génération. C’est là une constatation éminemment désagréable, parfaitement déplaisante, même, aussi peu convenable que possible … contredisant l’idéal d’égalité. Qu’une constatation soit désagréable, cependant, n’implique en aucune façon, et n’en déplaise au ‘wishful thinking’ institué, qu’elle ne soit pas juste et fondée. » (Renaud Camus) – Mais dans la déraison où nous sommes, qu’importe la réalité.

« Peut-être la civilisation moderne nous a-t-elle apporté des formes de vie, d’alimentation et d’éducation qui tendent à donner aux hommes les qualités d’animaux domestiques. » (Alexis Carrel)

« La civilisation n’a pas pour but le progrès de la science et des machines, mais celui de l’homme. » (Alexis Carrel) – Nous l’avons complètement oublié.

« Il est certain que la qualité d’un groupe humain diminue quand son volume augmente au-delà de certaines limites. » (Alexis Carrel) – Il est certain que la quantité s’oppose généralement à la qualité.

« Plus une chose était éloigné du premier principe, cause, origine et source de toutes choses, l’Un, l’Absolu …  moins elle possédait de perfection … Tout était relié par une chaîne d’or jusqu’aux pieds de Dieu. «  (Ernst Cassirer) – « Sur le système féodal, image exacte et contrepartie fidèle du système hiérarchique général. Il était une expression et un symbole de l’ordre cosmique universel établi par Dieu et, de ce fait, éternel et immuable … Cela jusqu’au système astronomique de Copernic qui ne distinguait plus entre le monde d’en haut et le monde d’en bas, plus ‘d’au-dessus’ ni ‘d’au-dessous’. » (idem)

« Une société montre son degré de civilisation dans sa capacité à s’autolimiter. » (Cornelius Castoriadis) – Alors plus de civilisation française, ce dont on se doutait.

« Ce qu’on appelle crise de civilisation n’est que le refus apeuré de toute hauteur. » (Jean Cau)

« Toute civilisation s’écroule lorsque divorcent sa violence et sa foi, sa force et sa mystique. Lorsque ses défenseurs continuent de veiller sur les tours mais entendent, dans les cabarets de la ville, le peuple qui les moque … Lorsqu’une civilisation est en train de sombrer dans la décadence, elle dresse en tremblant le bilan de ses siècles et, par peur de ses juges, n’hésite pas à appeler crimes ses grandeurs, à battre sa coulpe et à témoigner de mille remords pour avoir été orgueilleuse et grande. Sachant qu’elle va crever, elle veut apitoyer les mystérieux juges tapis dans la postérité et commet l’erreur de croire que ses aveux lui vaudront le pardon de ses gloires alors qu’ils ne lui rapporteront que d’éternels mépris. Il n’est que d’ouïr, en notre temps, cette rage d’aveux qui possède l’Occident. Ni la postérité ni les peuples qui le cernent ne lui en demandent tant mais c’est plus fort que lui, rien ne l’arrête. Seule la mort, dirait-on, sera capable de stopper ce vomissement. » (Jean Cau – Le chevalier, la mort et le diable)

« Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde. » (Aimé Césaire) – De profundis !

« Plus les peuples avancent en civilisation, plus l’état du vague des passions augmente. Le grand nombre d’exemples qu’on a sous les yeux, la multitude de livres qui traitent de l’homme et de ses sentiments rendent habile sans expérience. On est détrompé sans avoir joui ; il reste encore des désirs, et l’on n’a plus d’illusions. L’imagination est riche, abondante et merveilleuse, l’existence pauvre, sèche et désenchantée. On habite, avec un cœur plein, un monde vide, et, sans avoir usé de rien, on est désabusé de tout. » (Chateaubriand)

« Qu’est-ce qu’une civilisation ? Une mise en système de l’absurdité de la vie, un ordre provisoire dans l’incompréhensible. Dés que ses valeurs s’épuisent et ne conduisent plus l’individu à la foi et à l’action, la vie dévoile son non-sens. » (Emil Cioran – sur la France)

« Comme les ‘vertus’ des barbares consistent précisément dans la force de prendre parti, d’affirmer ou de nier, elles seront toujours célébrées par les époques finissantes. La nostalgie de la barbarie est le dernier mot d’une civilisation … Le combat est inégal entre les peuples qui discutent et les peuples qui se taisent, d’autant plus que les premiers, ayant usé leur vitalité en arguties, se sentent attirés par la rudesse et le silence des derniers … La licence, la débauche même, sied bien à une civilisation, ou tout au moins elle s’en accommode. Mais le désarroi, quand il s’étend, elle le redoute, et se tourne vers ceux qui y échappent et en sont indemnes. Et c’est alors que le barbare commence à séduire, à fasciner les esprits délicats, les esprits tiraillés, qui l’envient et l’admirent. » (Emil Cioran)

« La disparition de l’irrationnel dans le sang est le danger des civilisations à l’heure de leur maturité … Autrefois, l’homme respirait dans les mythes ou en Dieu ; à présent, dans les considérations faites à leur sujet. » (Emil Cioran)

« L’obsession des remèdes marque la fin d’une civilisation ; la quête du salut, celle d’une philosophie… » (Emil Cioran)

« Une civilisation est atteinte quand les ‘délicats’ y donnent le ton … On n’adhère plus à ses élans, on les cultive sans y croire. » (Emil Cioran)

« Plus la civilisation se différencie et se complique, plus nous maudissons les liens qui nous y attachent. »(Emil Cioran)

« Une civilisation commence à déchoir à partir du moment où la Vie devient son unique obsession. Les époques d’apogée cultivent les valeurs pour elles-mêmes ; la vie n’est qu’un moyen pour les réaliser ; l’individu ne sait pas vivre, il vit. » (Emil Cioran)

« L’intérêt que le civilisé porte aux peuples dits arriérés est des plus suspect. Inapte à se supporter davantage, il s’emploie à se décharger sur eux du surplus des maux qui l’accablent, il les engage à goûter ses misères, il les conjure d’affronter un destin qu’il ne peut plus braver seul … La civilisation, son œuvre, sa folie, lui apparaît comme un châtiment qu’il s’est infligé et qu’il voudrait à son tour faire subir à ceux qui y ont échappé jusqu’ici. »(Emil Cioran)

« Une civilisation débute par le mythe et finit dans le doute. Aux croyances diverses qu’elle avait enfantées et qui maintenant s’en vont à la dérive, elle substitue un système d’incertitudes, elle ‘organise’ son naufrage métaphysique … Le doute remplace l’extase. » (Emil Cioran)

« Le scepticisme comme phénomène historique ne se rencontre qu’aux moment où une civilisation n’a plus d’âme, dans le sens que Platon donne au mot ‘ce qui se meut de soi-même’. En l’absence de tout principe de mouvement, comment aurait-elle encore un présent, comment surtout un avenir ? » (Emil Cioran)

« Fondements de la civilisation : reconnaître ce qui est au-dehors de nous, ce qui est différent de nous. Ce qui s’appelle religion, nature, société, culture. Le signe de la décadence c’est l’intériorisation, le fait de tout rapporter à nous. » (Giorgio Colli) – « Le caprice absolu de la ‘libre personnalité’. » (Nietzsche)

« Lavé du préjugé occidentaliste, il veut démettre la conception usuelle de la civilisation comme d’un ensemble structurel de faits matériels et institutionnels qui seraient objectivables. Une civilisation consiste au contraire en un état d’âme originel, une saisie d’abord sensible et esthétique du monde, noyau d’un mode d’être et d’un style de vie irréductibles … Au commencement n’est pas le besoin, l’économie, la commodité mais ‘l’émotion et motion fondatrice’ … leurs lieux éminents d’expression sont la religion, au sens du culte liturgique, et la poésie, au sens de la création artistique. L’histoire est sans nécessité. Ni linéaire, ni cyclique, elle est pluridirectionnelle. » (Jean-François Colosimo – évoquant le préhistorien et africaniste Leo Frobenius)

« Le déficit de civilisation s’est créé en parallèle au déficit financier. » (Christian Combaz)

« Une civilisation est faite de plus de morts que de vivants. » (Auguste Comte)

« La civilisation consiste … dans le développement de l’esprit humain, d’une part, et, de l’autre, dans le développement de l’action de l’homme sur la nature, qui en est la conséquence. » (Auguste Comte)

« L’homme est social avant d’être un individu, défini par ses relations et non par son autonomie … Après avoir été demandeuses d’imitation et d’acculturation rejet de la légitimité universaliste par des cultures extérieures fières de leurs  différences … L’Occident s’attirant la détestation à force de vouloir imposer un modèle. » (Chantal Delsol) 

« Les sociétés froides ne se donnent pour but que de persévérer dans l’être, de demeurer dans le passé ; elles ‘produisent extrêmement peu de désordre, d’entropie, et ont tendance à se maintenir indéfiniment dans leur état initial’. Tandis que les sociétés chaudes, essentiellement les sociétés modernes, utilisent leur énergie à la transformation, vivant sur le désordre et l’entropie dont elles tirent des équilibres nouveaux et précaires, et se métamorphosent sans cesse. » (Chantal Delsol – reprenant la distinction de Claude Lévi-Strauss)

« Une civilisation qui ne croit pas aux mots qu’elle emploie est morte. » (Jean-François Deniau)              

« Les carottes sont cuites ! » (Michel Déon) – Sur la civilisation occidentale, c’est évident.

« C’est dans les moments d’effervescence que ce sont, de tout temps, constitués les grands idéaux sur lesquels reposent les civilisations … Ces ‘délires’ ont leur logique spécifique, celle des sociétés chaudes, distinctes de celle des sociétés raisonnantes qui fonctionnent dans les sociétés froides ou dans les sociétés refroidies. » (Henri Desroche) – Sociétés froides, sociétés calmes, vivant sur elles-mêmes, matérialistes, décadentes ou en attente de…

« L’Européen parle de progrès parce qu’à l’aide de quelques découvertes scientifiques il a établi une société qui a confondu le confort avec la civilisation. » (Disraeli – cité par Alain Gras) – La télévision, la bagnole, le téléphone, même l’eau courante et le chauffage central n’ont rien à voir avec ce que recouvre le mot de civilisation, et surtout sa réalité.

« Claude Lévi-Strauss explique que la rencontre entre civilisations est enrichissante à proportion de la diversité des civilisations mises en contact, et que, dès leur contact, cette diversité s’érode. » (Jean-Philippe Domecq) 

« La civilisation a rendu l’homme plus sanguinaire ; plus ignoblement sanguinaire que jadis. » (Dostoïevski)

« Des civilisations millénaires peuvent s’éteindre en quelques lustres. » (Dany-Robert Dufour)

« ‘Il y a eu la civilisation athénienne, il y a eu la Renaissance, et maintenant, on entre dans la civilisation du cul’ (Jean-Luc Godard – ‘Pierrot le fou’) … C’est précisément autour de la célébration du cul que se déroulent les plus grandes manifestations célébrées dans les grandes villes du monde moderne : 700.000 personnes à la Gay Pride de Paris, 3 millions à Sao Paulo, 1 million à Cologne… » (Dany- Robert Dufour)

« Chaque civilisation a les ordures qu’elle mérite. » (Georges Duhamel)

« La loi des trois fonctions, ou la trifonction : – La fonction sacerdotale, première fonction – La fonction guerrière, deuxième fonction – La fonction productive, troisième et dernière fonction. … L’activité des hommes se répartit entre trois grands cycles incarnés respectivement par les rois et les prêtres, les guerriers, les paysans : l’autorité sacrée, la force, la fécondité. Cette clé des relations sociales s’applique à tous les peuples indo-européens et seulement à eux … Jupiter, Mars, Quirinus ; la fameuse triade capitoline. » (D’après Georges Dumézil) – Cette structure traditionnelle est aujourd’hui inversée, primauté de l’économie.

« L’individualisme extra-mondain (type renonçant, religieux) est opposé hiérarchiquement au holisme : supérieur à la société, il la laisse en place, tandis que l’individualisme intra-mondain (celui des modernes) nie ou détruit la société holiste et la remplace (ou prétend le faire) … Il n’y a plus rien d’ontologiquement réel au-delà de l’être particulier … Nous avons quitté la communauté pour une société … Le nominalisme, qui accorde réalité aux individus et non aux relations, aux éléments et non aux ensembles, est très fort chez nous. » (Louis Dumont)

 « Une civilisation ‘perd sa force’, comme le disait Bergson ; quand elle ne sait plus où elle va, quand elle est incapable de promouvoir des idéaux et des valeurs partageable est intériorisées ; quand, au contraire, elle propose des idéaux multiples, contradictoires, ou des idéaux d’indifférence, de haine, et où donc l’idéal du moi, comme le surmoi collectif et individuel commence à se déliter. Les personnes sont dans l’incapacité de se reconnaître dans les identifications, elles perdent leurs repères ; à partir de ce moment là, les comportements pervers, paranoïaques, apathiques se généralisent … Quand une société n’est plus capable de proposer des idéaux, il ne peut plus y avoir de processus d’idéalisation chez l’individu, sauf l’idéalisation de la haine, l’idéalisation d’une conduite qui n’a d’autre sens que de s’exprimer en tant que négativité sans but .. C’est une possibilité très sombre. Tout peut alors advenir.. » (Eugène Enriquez) – Cela pourrait se passer où ?

« On a voulu croire que, pour obtenir la paix, il fallait lisser les aspérités, écraser les nuances et éviter les disputes, or c’est exactement le contraire : une société qui redoute les désaccords ou les affrontements … est une société en danger, qui se censure elle-même … Le vivre-ensemble n’est qu’une modalité coercitive de la volonté générale : quiconque refuse d’y obéir ‘y sera contraint par tout le corps social, on le forcera d’être libre.’ » (Raphaël Enthoven – citant J. J. Rousseau)

 « Les civilisations traditionnelles furent des civilisations de l’être … Ce qu’on prend pour immobilité avait un sens d’immutabilité … Les civilisations modernes sont dévoratrices de l’espace, les civilisations traditionnelles furent dévoratrices du temps … On ne parle déjà plus d’autres terres mais d’autres planètes … Tumulte confus de mille voix qui se fondent peu à peu dans un rythme uniforme, atonal, impersonnel … La vocation ‘faustienne’ de l’Occident … ‘Où fuyez-vous en avant, imbéciles ?’ (Georges Bernanos) … A l’inverse, les civilisations traditionnelles donnent le vertige par leur stabilité, leur identité, leur fermeté intangible et immuable au milieu du courant du temps et de l’histoire … Retourner aux origines voulait dire se rénover, boire à la source de l’éternelle jeunesse, confirmer la stabilité spirituelle contre la temporalité. » (Julius Evola)

« Le concept de civilisation se confond, à peu de chose près, avec celui de production. On n’entend parler que d’économie, de consommation, de travail, de rendement, de classes, de salaires, de propriété, de marché… » (Julius Evola)

« Lorsqu’un cycle de civilisation touche à sa fin, il est difficile d’aboutir à un résultat quelconque en résistant, en s’opposant directement aux forces en mouvement. Le courant est trop fort, on serait englouti …  … Il pourrait être bon de contribuer à faire tomber ce qui déjà vacille et appartient au monde d’hier, au lieu de chercher à l’étayer et à en prolonger artificiellement l’existence. C’est une tactique possible, de nature à empêcher que la crise finale ne soit l’œuvre des forces contraires dont on aurait alors à subir l’initiative … ‘Ce qui tombe, il faut encore le pousser. Tout ce qui est d’aujourd’hui tombe et succombe : qui voudrait le retenir ? Mais moi, je veux encore le pousser’. » (Julius Evola – citant Nietzsche – Ainsi parlait Zarathoustra)

« Le peuple hindou peut éprouver moins de difficultés à s’annexer notre civilisation matérielle que nous n’en éprouvons nous-mêmes à  nous assimiler les connaissances spirituelles qu’il est capable d’en tirer. » (Elie Faure) – Toute l’Asie a démontré la validité de cette prévision datant d’un siècle. 

« Qu’est-ce en effet qu’être civilisé, sinon distinguer et distinguer encore ? » (Alain Finkielkraut)

« Le comble de la civilisation serait de n’avoir besoin d’aucun bon sentiment, d’aimer le juste en soi, le beau pour le beau. » (Flaubert) – Et non pour l’amour de l’humanité ou pour l’amour de Dieu (encore que pour celui-ci ?) 

« Le premier être humain qui lança une insulte au lieu de jeter une pierre est le fondateur de la civilisation. » (Sigmund Freud)

« Le barbare, il faut bien l’avouer, n’a pas de peine à bien se porter, tandis que pour les civilisés, c’est là une lourde tâche. » (Sigmund Freud)

« Le progrès de la civilisation doit être payé par une perte de bonheur due au renforcement de ce sentiment. » (Sigmund Freud – traitant du sentiment de culpabilité engendrant le mécontentement de soi)

« Une  civilisation qui laisse insatisfaits un si grand nombre de ses membres et les pousse à la rébellion n’a pas d’espoir de se maintenir durablement, et d’ailleurs ne le mérite pas. » (Sigmund Freud) A quelle civilisation pensait-il dans L’avenir d’une illusion ?

« La beauté, la propreté et l’ordre occupent manifestement une place particulière parmi les exigences de la civilisation … sans être aussi vitales que  la maîtrise des forces naturelles … ce que montre l’exemple de la beauté, c’est que la civilisation ne se soucie pas uniquement d’utilité … Or nous pensons mieux caractériser la civilisation par d’autres traits, par la considération et la pratique dont font l’objet les plus hautes activités psychiques, les réalisations intellectuelles, scientifiques et artistiques, le rôle décisif accordé aux idées dans la vie des hommes, parmi lesquelles, les systèmes religieux … qu’on y voie de hautes productions de l’esprit ou des aberrations déplorables, on est obligé de reconnaître que leur présence, et leur prééminence,  indique un haut niveau de civilisation … également la façon dont sont réglées les relations  des gens entre eux, les relations sociales … C’est le remplacement du pouvoir de l’individu par celui de la communauté qui constitue le pas décisif vers la civilisation … l’assurance que l’ordre de droit, une fois donné, ne sera pas de nouveau enfreint au bénéfice d’un individu. » (Sigmund Freud – Malaise dans la civilisation) – Freud discernerait-il encore des traces de civilisation dans la société française d’aujourd’hui ?

« A force de s’universaliser, la civilisation occidentale est même devenue inutile (c’est dire qu’elle est en agonie) … ‘Le décadent ne voit pas et se réjouit de sa décadence’. » (Julien Freund – citant Arthur de Gobineau)

« Pour la première fois au monde, une civilisation a perdu la mémoire. Elle n’enregistre pas, elle subit le discontinu sonore et bariolé de l’information audio-visuelle, et ses intelligences amnésiques, faute de souvenirs ne se transmettent plus rien. Vous allez de pulsions d’origine inconnue en sensations que vous n’avez même plus le temps de relier entre elles pour en tirer une pensée. » (André Frossard – faisant parler le diable)

« On reconnaît le degré de civilisation d’un peuple à la manière dont il traite ses animaux. » (mahatma Gandhi)

« Il n’y a pas de symétrie temporelle entre événements sociologiques inverses. Que la grandeur et la décadence ne se réalisent pas dans le même temps est une constatation banale, à laquelle il n’est pas assez souvent prêté attention. » (Alain Gras) – Exemple entre cent : Rome.

«  Une civilisation abritant des nations aussi troublées est inapte à faire la guerre et à traverser des crises plus importantes, ce dont sont parfaitement conscient les empires situés à l’Est. D’abord une crise sanitaire, le Covid-19 aura surtout été une crise civilisationnelle à l’Ouest du globe. Depuis déjà plusieurs années, les nations occidentales refusent de sacrifier des hommes dans les conflits armés: chaque mort est vue comme une tragédie à ne jamais répéter. C’est le règne des opérations télécommandées et des drones. (Jérôme Blanchet-Gravel – L’Occident mort de peur)

« L’histoire vraie n’est pas celle du va-et-vient des frontières, c’est celle de la civilisation. Et la civilisation c’est, d’une part, le progrès des techniques, d’autre part, le progrès de la spiritualité. » (René Grousset) – Du dernier point de vue nous sommes assez mal partis.

« Les grandes civilisations originales, les grands humanismes fondamentaux, nous pouvons les compter sur nos doigts. Il y a la civilisation grecque appelée à devenir un jour la civilisation occidentale. Il y a la civilisation indienne dont le bouddhisme est la fleur suprême. Il y a la civilisation extrême-orientale, celle de la Chine et du Japon. » (René Grousset)

« Périodiquement l’humanité, à travers des tâtonnements infinis, se met en marche vers un nouvel idéal. Elle finit par l’atteindre, le réalise en une courte et singulière réussite, mais, au lieu de s’y tenir, elle s’en déprend soudain, l’abandonne et repart comme à l’aventure, sans axe et sans guide, jusqu’à ce qu’elle imagine à l’horizon le plan de quelque autre société parfaite qu’elle accourt édifier … C’est une loi historique que le développement d’une société semble toujours s’opérer autour d’une idée-force, à la fois raison interne et but de cette société, car tout groupement humain comme tout homme se dirige plus ou moins consciemment ‘vers l’invisible étoile en lui-même apparue’. » (René Grousset)

« En général, aucune civilisation n’est détruite du dehors sans être tout d’abord ruinée elle-même, aucun empire n’est conquis de l’extérieur, qu’il ne se soit préalablement suicidé. Au V° siècle, l’empire romain allait s’effondrer de lui-même, bien plus que sous le coup des grandes invasions, omnipotent et impuissant, chargé de tout, il succombait sous sa charge. L’empire romain allait tomber pour les raisons économiques qui menacent la société moderne. » (René Grousset) – Prémonitoire. C’est fait, pour la France en particulier, pour l’Europe occidentale en général. « L’impressionnabilité illimitée et la compréhension ouverte à tout, qui sont les caractères distinctifs des époques de décadence. » (Georg Simmel) –  Ouf ! nous ne serions pas tout à fait en époque de décadence, en effet  si les critères d’impressionnabilité  larmoyante et d’universelle béate compréhension de n’importe quoi sont satisfaits, on ne peut dire que notre culture soit riche et variée.

« Le stade des dominations impérialistes cède inévitablement, chaque fois, devant les organisations plus élaborées où préside l’Esprit … Les grandes civilisations sont des civilisations de qualité … L’exemple d’Athènes est typique (faisant pâlir l’empire perse-achéménide). » (René Grousset) – Certes, oui, mais c’était avant que l’empire des média n’ait les moyens de bloquer toute avancée et diffusion de ce que l’auteur appelle l’Esprit.

« En se diffusant, une civilisation perd en profondeur une partie de ce qu’elle gagne en étendue. » (René Grousset)

« Une civilisation qui ne reconnaît aucun principe supérieur, qui n’est même fondée en réalité que sur une négation des principes, est par là-même dépourvue de tout moyen d’entente avec les autres, car cette entente, pour être vraiment profonde et efficace, ne peut s’établir que par en haut, c’est-à-dire précisément par ce qui manque à cette civilisation anormale et déviée. Nous avons donc, d’un côté, toutes les civilisations qui sont demeurées fidèles à l’esprit traditionnel, et qui sont les civilisations orientales, et, de l’autre, une civilisation proprement antitraditionnelle, qui est la civilisation occidentale moderne. » (René Guénon) – L’auteur écrivait dans les années 1920. Si l’opposition des deux formes reste vraie, si le jugement reste pertinent (et même bien pire depuis lors) pour l’Occident qui, ne pouvant s’entendre avec les formes restées traditionnelles des autres, ne peut que les dévorer par la globalisation, il est à rectifier pour au moins certaines civilisations orientales profondément contaminées et parfois amenées, sur leurs marges, à la violence aveugle d’un terrorisme hideux.

« Qui dit individualisme dit nécessairement refus d’admettre une autorité supérieure à l’individu, aussi bien qu’une faculté de connaissance supérieure à la raison individuelle ; les deux choses sont inséparables … Ce qui ne s’était jamais vu jusqu’à présent, c’est une civilisation édifiée tout entière sur quelque chose de purement négatif, sur une absence de principe. » (René Guénon)

« La civilisation occidentale moderne apparaît dans l’histoire comme une véritable anomalie : parmi toutes celles qui nous sont connues, cette civilisation est la seule qui se soit développée dans un sens purement matériel, et ce développement monstrueux, dont le début coïncide avec ce qu’il est convenu d’appeler la Renaissance, a été accompagné, comme il devait l’être fatalement, d’une régression intellectuelle correspondante ; nous ne disons pas équivalente, car il s’agit là de deux ordres de choses entres lesquels il ne saurait y avoir aucune commune mesure. » (René Guénon – Orient et  Occident) – Cette prétendue civilisation qui détruira le monde. 

« Aucune civilisation ne peut recouvrir l’autre en effaçant les valeurs de la précédente. » (Jean-Claude Guillebaud)

« Pour le ‘politiquement correct’, toutes les civilisations sont légitimes, sauf la civilisation européenne et son rejeton américain, accusés du péché suprême d’ethnocentrisme. » (Jean-Louis Harouel)

« L’homme n’a pas adopté de nouvelles règles de conduite parce qu’il est devenu intelligent ; il est devenu intelligent parce qu’il a adopté de nouvelles règles de conduite … Les outils fondamentaux de la civilisation, le langage, la morale, le droit et la monnaie sont tous le fruit d’une croissance spontanée et non d’un dessein. » (Friedrich von Hayek)

« La vierge Marie était la dame châtelaine de l’Eglise catholique, et qui attirait et retenait les chevaliers du Nord par son doux et céleste sourire. » (Heinrich Heine) – Sur son influence gigantesque des siècles durant.

« La civilisation avance mais n’en devient pas plus parfaite. » (J. G. Herder)

« Nos sociétés ne seraient-elles pas prédisposées à des oscillations entre des phases d’intense préoccupation envers les affaires publiques et d’autres presque exclusivement attachées au progrès individuel, aux objectifs relevant du bien-être privé … sous la pression de facteurs exogènes certes, mais aussi de facteurs endogènes … La longue période de paix et de grandissante prospérité traversée par l’Europe avant la Première Guerre mondiale avait suscité, dans de larges secteurs des classes moyennes et supérieures, un sentiment de réaction contre l’amour de l’ordre et de la sécurité, contre l’âpreté au gain, contre la mesquinerie propre à la bourgeoisie. Pour ces groupes, la guerre venait comme un remède à leurs sentiments d’ennui et de vide (l’enthousiasme guerrier d’août 1914 à Paris comme à Berlin) … Nombre de changements dans les comportements deviennent mieux intelligibles si l’on donne toute sa place au concept de déception. » (Albert Hirschman)

« Nous savons qui nous sommes seulement quand nous savons qui nous ne sommes pas et souvent seulement quand nous savons contre qui nous sommes. » (Samuel Huntington – Le choc des civilisations)

« Nous avons un peu de peine à le reconnaître, mais nous assistons à l’agonie de nos sociétés. Les symptômes sont si nombreux … Le premier est que nous avons désappris à lire et à écrire. Et que nous avons oublié que le silence et la solitude sont les conditions de la culture. Bref, qu’il vaut mieux avoir pour compagnons Montaigne, Baudelaire Amiel ou Proust que Laurent Ruquier, des jeux vidéo ou des professionnels de la compassion. L’agonie d’une civilisation tient aussi au fait qu’elle a perdu ses défenses immunitaires. Elle ne sait plus comment se défendre, ni même pourquoi elle devrait le faire. Elle est devenue totalement nihiliste, mais d’un nihilisme qui est de l’ordre du renoncement parfois, de la bêtise souvent, de la lâcheté toujours … On privilégie le vivre-ensemble, la tolérance, voire une neutralité bienveillante. » (Roland Jaccard) – La lâcheté mène à l’esclavage, le rêve de nos élites, déjà esclaves de leur corruption matérielle et surtout mentale.

« Durkheim voyait dans la religion une force intégrative et il a établi, pour les suicides, que ceux-ci variaient en raison inverse du caractère intégrateur de la religion, plus de suicides chez les protestants que chez les catholiques, plus chez ceux-ci que chez les juifs … Des faits analogues se vérifient pour ce qui est de la santé mentale … Si la cohésion sociale n’empêche pas l’éclosion de troubles mentaux, elle joue un rôle efficace pour les réduire … Des sociétés mieux intégrées, des styles de vie plus communautaires constituent une protection contre l’angoisse, le suicide, la maladie mentale. Freud relevait déjà que l’acceptation d’une névrose universelle dispense le sujet de la tâche de se créer une névrose personnelle. » (Roland Jaccard)

« Comment créer une communauté d’hommes déracinés ? Ils ne peuvent y répondre, chacun selon son style, que par le simulacre. » (Claude Jannoud)

« Une civilisation ayant prétention à être la Civilisation unique est un système de décivilisation … nécessairement orienté vers la mort. » (Robert Jaulin)

« Nous sommes civilisés au point d’en être accablés … Mais quant à nous considérer comme déjà moralisés, il s’en faut encore de beaucoup. » (Emmanuel Kant)

« Vico … avait décrit les déclins périodiques et inévitables des civilisations : la disparition des autorités et des mythes, la décomposition de la solidarité tribale spontanée, l’absorption exclusive de chacun par ses intérêts privés, etc. … La réification et la ‘gemeinschaft’ évaporée. » (Leszek Kolakowski) – Nous y sommes. Témoin : « La nostalgie vaine du village. » (même auteur)

« Une grande civilisation est d’abord une civilisation qui a une voirie … A Babylone il y  a des égouts, à Rome il n’y a que ça. La Ville commence par là, ‘Cloaca maxima’, l’empire du monde lui était promis. On devrait donc en être fier. » (Jacques Lacan – à propos de la m….)

« Le refus du passé, attitude superficiellement optimiste et progressiste, se révèle, à l’analyse, la manifestation du désespoir d’une société incapable de faire face à l’avenir. » (Christopher Lasch)

« Nous sommes en train de perdre le sens de la continuité historique, le sens d’appartenir à une succession de générations qui, nées dans le passé, s’étendent vers le futur. » (Christopher Lasch)

« L’échec historique de l’Occident, et donc de ses valeurs porteuses du progrès, est la seule possibilité pour que la question du ‘bien’ puisse être posée à nouveau au sein des sociétés humaines à la place de celle  du ‘combien’ qui lui a été substituée à partir des temps modernes … Est-il absurde, farfelu et monstrueux de parler d’une fin de la civilisation occidentale ? … Inévitable non seulement parce que toute civilisation est mortelle, mais surtout parce qu’elle peut se lire dans les limites et les échecs de l’occidentalisation. La civilisation du progrès porte en elle-même les germes de sa propre destruction … Nulle nécessité que cette chute soit fracassante et apocalyptique, la décomposition peut se faire en douceur … Crépuscule des dieux ou paisible coucher de soleil» (Serge Latouche)

« La relation sociale est le miracle de la sortie de soi. » (Emmanuel Levinas) – « On est bien à l’étroit quand on se renferme au-dedans de soi-même. » (Fénelon)

« Sans rites traditionnels et sans coutumes présentant un bien commun que tous les membres du groupe estiment et défendent, les êtres humains seraient absolument incapables de former des unités sociales plus grandes que le groupe familial primitif, que le lien instinctif de l’amitié personnelle peut encore tenir ensemble. » (Konrad Lorenz) – Condamnés à la désintégration violente ?

« Pas d’enfants sans leur mère ; pas de peuple sans ses chefs … Pour reprendre deux termes (introduits par Ferdinand Tönnies) pas de communauté réalisée (gemeinschaft) sans une société (gesellschaft) dans laquelle et à travers laquelle elle se réalise … Société hiérarchique (gesellschaft) et communauté de grâce (gemeinschaft). » (cardinal Henri de Lubac – sur l’Eglise) – On peut étendre hors de l’Eglise. Pas de communauté d’esprit sans une structure, minimale au moins, et pas de structure viable sans communauté d’esprit.

« On ne peut craindre et se plaindre en permanence d’un choc des civilisations, voire d’un islam conquérant, et rester les bras ballants lorsque la civilisation à laquelle on est censé appartenir agonise … ‘Les civilisations ne sont pas assassinées : elles se suicident’ (Arnold Toynbee). » (Sonia Mabrouk) – Encore faudrait-il ‘en avoir’ un minimum, ce qui n’est pas la prérogative dominante du lâche, ni ne constitue la préoccupation dévorante du féminisme militant.

« La consistance d’un ensemble social vient essentiellement d’une force invisible qui prend corps dans les totems, emblèmes ou images diverses, et par là même constitue le corps social. » (Michel Maffesoli) – « Fonction rituelle des emblèmes : faire parler la ‘Référence’ … Ce qui est en cause dans le juridisme très étroit de l’emblématique, ce n’est pas seulement le destin, toujours menacé, d’un système familial, mais l’enjeu de légitimité avec ses conséquences sociales en tout genre. Les familles n’étant qu’un cas particulier de la lutte des organisations pour la légitimité, c’est-à-dire pour la vie … Toute organisation, comme tout sujet, revendiquant un titre à la vie doit entrer dans l’emblématique. » (Pierre Legendre) – Blasons, drapeaux…

Nous sommes « au temps des options. Religions, philosophies, systèmes de valeurs, conceptions politiques s’alignent en bon ordre sur les gondoles d’un supermarché et chacun, selon le besoin ou l’envie du moment, prend sur un rayon ou sur un autre, les articles qu’il veut, deux packs de christianisme, trois de bouddhisme zen, deux hectos d’ultralibéralisme, un petit morceau de socialisme, et les mélange selon ses goûts en un cocktail personnel … Ce qui est faire offense au sérieux et à la dignité des religions et  de toutes conceptions … Typique est le New Age, bouillie du cœur bien intentionnée … Ce syncrétisme exacerbé est typique des moments de passage d’une civilisation à une autre : et ce n’est pas par hasard qu’il était florissant à la fin de l’Empire romain et de la civilisation antique, époque à laquelle la nôtre ressemble de plus en plus, quand prospéraient des cultes superstitieux de toutes sortes et que l’on fabriquait de nouvelles idoles avec les dieux délabrés de tous les panthéons. » (Claudio Magris) 

« Une civilisation de l’homme seul (privé de transcendance) ne dure pas très longtemps. » (André Malraux)

« La nature d’une civilisation, c’est ce qui s’agrège autour d’une religion. Notre civilisation est incapable de construire un temple ou un tombeau. Elle sera contrainte de trouver sa valeur fondamentale, ou elle se décomposera. » (André Malraux) – Alors qu’elle ne sait que bétonner et bitumer, quelle valeur peut-elle bien trouver au milieu des décombres dans ce chantier de démolitions ?

« Nous vivons dans une civilisation qui, à la question : qu’est-ce que font les gens sur terre ?, répond ‘je ne sais pas’. » (André Malraux – à la fin de sa vie) 

« Les instincts primaires étant par nature même rebelles à un report de leur satisfaction, leur transformation répressive demeure une nécessité pour toute civilisation. » (Herbert Marcuse)

« La culture exige une sublimation continuelle : elle affaiblit par là Eros, le bâtisseur de la culture. Et la désexualisation, en affaiblissant Eros, libère les pulsions destructives. Ainsi la civilisation est menacée par cette dé-fusion instinctuelle au cours de laquelle l’instinct de mort s’efforce de prendre le pas sur les instincts de vie. La civilisation, qui a son origine dans la renonciation et qui se développe grâce à une renonciation progressive, tend vers l’auto-destruction. » (Herbert Marcuse)

« Une civilisation ne mérite ce nom que si elle est une culture, un développement véritablement humain et donc principalement intellectuel, moral et spirituel. » (Jacques Maritain)

« Une civilisation qui connaîtrait le prix de la vie humaine, mais qui établirait comme ses valeurs suprêmes la vie périssable de l’homme, le plaisir et qui par suite redouterait la mort comme le plus grand des maux, qui éviterait saintement tout risque de sacrifice et tremblerait de penser à la mort, une telle civilisation ne serait pas civilisation, mais dégénération. Son humanisme serait une délicatesse de lâches. » (Jacques Maritain) – l’Occident.

« Donnez-moi la force humaine et vous obtiendrez une société d’esclavage, le moulin à eau et vous obtiendrez une société féodale, la machine à vapeur et vous obtiendrez une société capitaliste. » (Karl Marx)

« Fondements de la civilisation : reconnaître ce qui est au-dehors de nous, ce qui est différent de nous. Ce qui s’appelle religion, nature, société, culture. Le signe de la décadence, c’est l’intériorisation, le fait de tout rapporter à nous … Tout rapporter à soi, le caractère marquant de l’homme moderne. » (Jean-François Mattéi)

« Sept ou huit civilisations majeures vont s’affronter dans l’avenir : à savoir, les ‘civilisations occidentales, confucéenne, japonaise, islamique, hindouiste, slave-orthodoxe, latino-américaine et, peut-être africaine’. » (Armand Mattelart – citant Samuel Huntington)

« L’individu qui vient au monde dans une civilisation trouve incomparablement plus qu’il n’y apporte … Une civilisation est d’abord un capital, et un capital transmis, capitalisation et tradition, deux termes inséparables de l’idée de civilisation … Le civilisé, parce qu’il est civilisé, a beaucoup plus d’obligations envers la société que celle-ci ne saurait en avoir jamais envers lui, il a plus de devoirs que de droits … Inventez le calcul différentiel ou le vaccin de la rage, soyez Claude Bernard, Copernic ou Marco Polo, jamais vous ne paierez ce que vous devez au premier laboureur ni à celui qui frêta la première nef. » (Charles Maurras)

« Le pacte implicite qui lie l’opinion au système : un confort matériel toujours accru en échange d’un vide de sens toujours plus effrayant … Aucune société n’est aussi rigide que la nôtre, aucune n’est aussi profondément incapable de s’adapter à des conditions vraiment nouvelles. » (Bertrand Méheust) – Le confort matériel lui-même va décroître, restera le vide existentiel. Que de beaux lendemains de douce entente !

« Notre incapacité à  appréhender la nouvelle situation (l’actuelle) avec la tyrannie des bons sentiments, avec la politique de l’émotion et de la compassion, avec la vision morale du monde ; avec la tyrannie de la bienveillance … L’appartenance à une communauté politique se construit sur le renoncement réfléchi et obligé à certaines particularités pour asseoir la souveraineté collective, que les droits sont les corrélats des devoirs assumés, que le bien commun présuppose ces renoncements … Si nous voulons que le mot citoyen garde le sens qu’il a pris depuis les théories du contrat social, il nous faut en finir avec la bienveillance, la compassion et le moralisme et revenir aux conditions  strictes de l’appartenance à une communauté républicaine. » (Yves Michaud – Contre la bienveillance)

« Le paradoxe central de notre époque : celui d’une société qui n’a jamais été aussi libérale quant à ses principes économiques, ni aussi à gauche quant à l’évolution des mœurs. » (Jean-Claude Michéa)

« L’idée (qu’on songe à Freud) selon laquelle la civilisation serait un ‘simple vernis’ prêt à craquer (les situations extrêmes ayant le privilège de révéler, non pas tant la part d‘ombre de l’être humain que sa véritable nature) …  idée inspirée par les effets socialement destructeurs, la désorganisation des solidarités traditionnelles les plus solides qu’exercent les guerres civiles, la barbarie et le fanatisme extrême qu’elles revêtent. » (Jean-Claude Michéa)

« La mort du monde rural a été le prodrome de la fin de la civilisation européenne, donc de l’humanisme. » (Richard Millet) – N’en déplaise à l’auteur ce quasi-génocide ne date pas des années 1960 mais de la guerre de 1914 où la paysannerie française, celle-ci au moins, fut assassinée pour les intérêts anglais et pour assouvir la haine de nos bourgeois pour l’Allemagne.

« Une société sans bistrot attesterait la fin de notre civilisation. Avec la faillite des idéologies, la mondialisation triomphante, la religion en cartouchière, l’individualisme forcené, le bistrot semble le dernier refuge où l’autre n’est pas un homme à abattre, où l’étranger a un visage. La liberté de causer ou pas avec son prochain dans un rapport qui n’est pas marchand tient du miracle absolu. » (Thomas Morales)

« Nous avons été les premiers à affirmer que plus les formes de civilisation sont compliquées, plus la liberté individuelle doit être restreinte. » (Mussolini) – C’est une évidence. Avis aux masses de Gogos qui réclament toujours plus de réglementation.

« Il n’y aura pas de choc des civilisations car la vôtre va se coucher. » (un musulman) – « L’Islam ne peut que gagner parce que la modernité est intrinsèquement incapable d’étancher la soif de spiritualité de l’homme. » (un Frère musulman) – Elle fait même tout pour ridiculiser le peu qu’il en reste.

« Une civilisation n’est possible qu’avec une spiritualité qui la soutient et qui, elle-même, découle d’une religion. Depuis que le monde est monde, c’est ainsi. L’Histoire témoigne qu’il n’y eut pas de civilisation construite sur l’athéisme et le matérialisme qui, l’un et l’autre, sont des signes, voire des symptômes, de la décomposition d’une civilisation. » (Michel Onfray – sur un livre de Houellebecq) – L’auteur a bien changé. Bravo à lui. 

« La production ne produit pas seulement de la marchandise ; elle produit en même temps des rapports sociaux, de l’humanité. Le ‘nouveau mode de production’ a donc produit une nouvelle humanité, c’est-à-dire une nouvelle ‘culture’, en modifiant anthropologiquement l’homme. Cette  ‘nouvelle culture’ a cyniquement détruit les cultures précédentes … En produisant de la marchandise on produit en fait de l’humanité (des rapports sociaux) … Les besoins induits par le vieux capitalisme étaient au fond très semblables aux besoins primaires. Au contraire, les besoins que le nouveau capitalisme peut induire sont totalement et parfaitement inutiles et artificiels. Voilà pourquoi, à travers eux, le nouveau capitalisme ne se limiterait pas historiquement à changer historiquement un type d’homme, mais il changerait l’humanité elle-même. » (Pier Paolo Pasolini – Lettres luthériennes) – Pas besoin d’être marxiste pour connaître le lien de cause à effet entre mode de production et les conditions d’existence au sens large.

« Une civilisation qui a cessé de prendre en charge l’âme des hommes. » (Louis Pauwels) – La nôtre. Sauf pour la détruire.

« Si toutes les civilisations se valent, qu’en est-il de ces manchettes vantant les ‘grandes civilisations’ ?  A quoi peut-il bien servir de ‘changer de civilisation’ ? » (tiré de André Perrin)

« Combien Louis Dumont a insisté sur l’opposition entre société hiérarchisée et société non hiérarchisée, ‘homo hierarchicus’ et ‘homo aequalis’ : dans le premier cas on peut considérer que la notion d’unité de la société en tant qu’elle préexiste à ses membres, est la notion première, dans le second cas, au contraire, celui où l’égalité apparaît comme un impératif existentiel, l’individu constitue la valeur prioritaire, c’est lui et non plus le groupe qui est conçu comme l’être réel. Dés lors on passe de la notion de communauté à celle de société … de l’univers holiste à l’univers individualiste … passage qui trouve son achèvement avec le tournant décisif que représente l’essor du protestantisme. » (Evelyne Pewzner) – Ailleurs l’auteur remarque une évolution similaire (en Occident !) dans le passage du clan, du lignage à la famille nucléaire restreinte à : Père, Mère, enfants.

« La communauté correspond à la ‘société du statut’, la société à la ‘société du contrat’. » (Karl Polanyi) – Sociétés antiques et sociétés modernes.

« Les civilisations sont les fards de l’humanité. » (Pierre Reverdy)

«  Ce qui caractérise la civilisation occidentale, c’est qu’à travers d’innombrables mécomptes elle ne s’est finalement pas dérobée aux défis qui la menaçaient … Elle a cherché continuellement à améliorer la condition humaine, ne prenant son parti d’aucune fatalité naturelle chaque fois qu’elle était remédiable ; d’aucune injustice sociale, du moment qu’elle était redressable ; d’aucune ignorance, du moment que les problèmes posés avaient un sens … cherchant à devenir maîtresse de son destin en changeant l’ordre des choses, plutôt que de le subir avec résignation … Elle est la seule qui se soit élevée à l’idée de progrès … Alors que les autres ne couvrent, dans l’espace et le temps, qu’une aire relativement restreinte, seule elle aspire à s’universaliser. » (Louis Rougier) – Même si maintenant elle en fait un peu trop.

« La civilisation conçue comme l’achèvement matériel et moral d’une culture donnée. » (Olivier Roy)

« Les Etats occidentaux, prospères, sont menacés, non par les belles manœuvres de leur prolétariat bien encadré, mais par la micro-décomposition des mœurs, la fatigue de la vie civilisée, le dégoût de l’ordre policé, l’ardeur à détruire et l’envie du parasitisme généralisé. » (Raymond Ruyer) – Et ils ne sont même plus prospères. On aura détruit aussi cela.

« La civilisation exalte la pulsion sexuelle mais affaiblit l’instinct de procréation … Envie de se dispenser d’une lourde corvée, en dissonance avec tout le style de la modernité, avec l’utilitarisme ou l’hédonisme de la civilisation … La diminution de la natalité et l’anti-natalité suit la civilisation comme son ombre. » (Raymond Ruyer – sur la dénatalité qui accompagne les civilisations ‘arrivées’) 

« L’abandon du temps par la civilisation est frappant en Occident. Ce qu’on appelle ‘l’accélération de l’histoire’, c’est plutôt le raccourcissement de l’envergure temporelle dans la vie sociale … Cette accélération est surtout celle des ‘usures’ … On peut organiser avec beaucoup plus de fantaisie ce qui n’est pas destiné à durer … Pour un ‘renonçant’ du temps, une foule de dissipations, de libérations, de transgressions, de gaspillages et de libertinages, d’imprévisions, d’extravagances cessent d’être insensés et dangereux pour l’avenir, puisqu’il n’y a plus d’avenir. … Des décors de théâtre pour un petit nombre de représentations n’ont pas besoin d’être solide. » (Raymond Ruyer)

« Un peuple sans croyances organiques, sacralisées, religieuses, peut certainement subsister quelques décennies, ou à la rigueur un siècle ou deux, en organisant sa vie technocratiquement et avec des idéologies matérialistes fortes et superficielles ; qui profitent, au surplus, de la survie inaperçues de vieilles croyances ou d’habitudes religieuses hérités du passé. Mais un tel système hybride ne peut durer… En tout cas il est exclu que règne longtemps l’anti-système religieux qui caractérise notre phase de civilisation : anti-ascétisme, tout désacralisé, démythifié, démystifié, déconstruit, sans normal ni anormal, et qui est incapable de traverser le temps, de durer … La vie sociale n’est durable que si des nourritures psychiques et spirituelles s’ajoutent aux nourritures matérielles.  Les peuples périssent encore plus souvent en perdant leur âme qu’en perdant leurs ressources. »  (Raymond Ruyer)  – Durer exclut le n’importe quoi.   

« Une civilisation n’est jugée vieille que lorsqu’elle imagine sa propre fin. » (Robert Sabatier)

« Un monde possédant une civilisation parfaite pourrait être en même temps un monde saturé de haine, un monde ‘démoniaque’. » (Max Scheler) – C’est vers quoi tendent toutes les utopies socialistes à base d’envie.

« Négation à l’Etat de son caractère d’unité suprêmement englobante … L’Etat devient un groupe social ou une association qui, dans le meilleur des cas, côtoie mais jamais n’est au dessus des autres associations. L’homme singulier y vit dans une multitude de devoirs et de relations de loyauté, juxtaposés sans aucune hiérarchie (religions, syndicats, associations de multiples sortes, partis, clubs, famille…) … Partout il doit fidélité et loyauté, partout est impliquée une éthique … Pour tous ces complexes de devoirs, pour la ‘pluralité des loyautés’, il n’existe aucune ‘hiérarchie des devoirs’, aucun critère … de ce qui a priorité et de ce qui vient en second … Le lien à l’Etat n’est qu’un simple cas à côté de nombreux autres liens. » (Carl Schmitt – sur le pluralisme anglo-saxon, fantasme destructeur et désastreux pour l’individu égaré, comme pour l’Etat rabaissé et la cohésion de la société anéantie)

« Avez-vous remarqué combien d’excellentes vérités sur la société moderne ont tout d’abord été dites par des réactionnaires ? Et c’est bien normal : comme ils n’avaient rien attendu de l’avenir, ils étaient plus libre de le voir venir lucidement, sans préjugés, et donc de le considérer une fois qu’il a été là. » (Jaime Semprun)

« C’est l’idée même d’une civilisation qui s’est volatilisée comme la couche d’ozone … Toute entreprise escomptant la durée étant frappée de dérision, le monde appartient maintenant à ceux qui en jouissent vite, sans scrupules ni précautions … dans le mépris non seulement de tout intérêt humain universel, mais aussi de toute intégrité individuelle … Tout se passe donc comme si, par la grâce d’un désastre confusément perçu par tous comme irréversible, on était en haut délivré de la charge d’avoir à maintenir le monde existant, et en bas de celle d’avoir à le transformer. » (Jaime Semprun)

« La sociologie classique oppose la ‘Gesellschaft’ à la ‘Gemeinschaft’ (distinction de Ferdinand Tönnies), la première désignant simplement la fonction alors que la seconde fait place à des relations émotionnellement plus complexes entre individus. La Gemeinschaft unit les individus malgré tout ce qui peut les séparer, tandis que la Gesellschaft les sépare malgré tout ce qui les unit (Robert Nisbet) … Cette opposition en recouvre toute une série d’autres : Ensemble et relations de nature individuelle, impersonnelle et contractuelle, dominées par le Droit (Gesell…) ou d’états affectifs, de traditions  et d’habitudes (Gemein…) …. La conduite d’étrangers et celle de voisins, la conduite dans les grandes structures ou dans les petites, les comportements qui privilégient la règle et ceux qui sont de caractère plus spontané. » (Richard Sennett – essentiellement à propos du travail ou de  l’aide sociale) – On s’approcherait des distinctions société ou association et communauté, modernité et tradition. – « La communauté se fondait sur le sentiment, l’association sur l’intellect. La communauté faisait appel à l’imaginaire et aux émotions, l’association à l’intérêt égoïste bien compris. La communauté encourageait la croyance, l’association, le scepticisme. La communauté était une extension de la famille … La coutume, l’habitude et la foi gouvernaient la vie en communauté, le ‘raisonnement froid’ la vie de la métropole moderne. La communauté était féminine, la métropole  masculine. » (Christopher Lasch – reprenant des distinctions de Tönnies)

« Les trois défis qui s’imposent à l’individu à l’ère de la fragmentation. Être capable de se définir à travers de constantes mutations professionnelles et en l’absence d’institutions susceptibles de donner un sens à la vie … Comment gérer les relations et se gérer soi-même, tout en migrant sans cesse d’une tâche, d’un emploi ou d’un lieu à l’autre – Rester à la hauteur dans une société où le talent n’a plus sa place et où les compétences deviennent rapidement obsolètes … L’ordre social allant contre l’idéal du métier, du faire une seule chose vraiment bien, la culture moderne célébrant le potentiel plus que le bilan – Se situer dans les rapports à entretenir avec le passé … Comment laisser filer le passé, l’oublier.  Gageant que l’homme ne saurait se construire dans ces conditions, Sennett parie sur une révolte contre cette culture de la superficialité, où le consumérisme tient lieu de politique et les gadgets de mesures sociales. Un moi axé sur le court terme, focalisé sur le potentiel, abandonnant volontiers l’expérience passée. La plupart des gens ne sont pas ainsi ; ils ont besoin d’un récit de vie durable, ils s‘enorgueillissent de bien faire quelque chose de précis, et ils prisent les expériences qu’ils ont vécues. » (Richard Sennett)

« Une société dont le sens se perd parce que son action est impossible devient une communauté et, par conséquent, se ferme, élabore des stéréotypes ; une société est une communauté en expansion, tandis qu’une communauté est une société devenue statique. » (Gilbert Simondon)

« Les civilisations développées entrent dans leur phase critique quand aucun appui extérieur ne montre plus aux individus leur mesure. » (Peter Sloterdijk) – Formes de transcendance, ambition externe de suprématie politique ou économique, idéaux de réalisations, de progrès, de culture… On voit dans quel état est la nôtre !

« Presque inconsciemment, l’historien, dés qu’il se laisse aller à embrasser de longs espaces de temps, se représente malgré lui les civilisations comme passant par trois périodes : une époque de gestation, les temps primitifs ou héroïques, caractérisés par la rudesse et la vigueur barbare, supposée forte d’une saine simplicité ; puis l’épanouissement ou âge classique, période de plénitude et d’équilibre ; enfin l’heure de la décadence, qui amène l’énervement et la morbidesse (?), le raffinement excessif et la corruption. » (Peter Sloterdijk)

« Chaque civilisation a son printemps, son été, son automne et son hiver. » (Oswald Spengler) – Avant sa disparition.

« Une civilisation hautement évoluée est inséparable du luxe et de la fortune. » (Oswald Spengler) – Des Médicis, des Rothschild, des Camondo…  

« Chaque grande culture commence par un thème grandiose qui naît du paysage non urbain, qui se développe en multiples accents dans les villes, leurs arts et leurs modes de penser, et qui s’éteint dans les villes cosmopolites en un final matérialiste. » (Oswald Spengler)

« Chute d’une culture dans la civilisation … La civilisation commence à donner à toutes les formes de sa culture passée une autre marque, un autre sens, une autre application … La culture (acmé d’une société) se fige, elle devient civilisation … Elle ne produit plus, elle ne fait qu’interpréter … Perte de l’âme de la culture qui l’a engendrée … Elle suppose accompli l’acte de création proprement dit … En général, une époque de culture est dominée par le sentiment de l’honneur, celle de la civilisation par l’argent. » (Oswald Spengler)

« Aucune civilisation ne peut durer sans définir la fin à laquelle elle tend. »  (Léo Strauss)

« L’humanité s’installe dans la monoculture ; elle s’apprête à produire la civilisation en masse, comme la betterave. Son ordinaire ne comportera plus que ce plat. » (Claude Lévi-Strauss – Tristes Tropiques

« Dans la prétendue ‘société de réseaux’ planétaire, idéalisant l’absence d’Etat, où la vie humaine est indéfiniment ‘flexibilisée’, c’est-à-dire précarisée, insécurisée, fragmentée, le républicanisme civique peut apparaître comme une utopie. » (Pierre-André Taguieff)

« Changement de civilisation. » (Christiane Taubira – que je cite avec réticence – à propos du mariage pour tous) – Un personnage fût-il politicien est-il mandaté pour changer la civilisation millénaire de millions d’autres présents et à venir ?

« L’existence de multiples milieux sociaux, avec leurs interférences et leurs conflits, est la marque caractéristique d’une vraie civilisation. » (Gustave Thibon)

« Une civilisation semblable à un train qui va à l’abîme, ou au butoir, mais de mieux en mieux climatisé, avec des sièges toujours plus moelleux, et privé de signal d’alarme. » (Gustave Thibon) – Depuis ces lignes, la climat. ne marche même plus et les sièges ne cessent de devenir inconfortables.

 « Les civilisations ont paru et disparu, mais la Civilisation a chaque fois réussi à se réincarner en nouveaux exemplaires du genre, car, pour immenses qu’aient été les ravages sociaux de guerres et de lutte des classes, ils n’ont jamais embrassés toutes choses. En disloquant les couches supérieures d’une société, ils ont rarement empêché les couches inférieures de survivre, plus ou moins intactes (La fonction historique de l’Eglise chrétienne servant de chrysalide entre la civilisation gréco-romaine et ses filles, les civilisations de Byzance et de l’Occident, comme aussi celle de la troisième Rome, Moscou)… Chacune de ces civilisations est un effort pour accomplir un acte de création, entreprise faite en commun, où l’homme essaie de s’élever au-dessus de la simple humanité … vers quelque forme de vie spirituelle … Elles se disloquent et se désagrègent quand elles sont placées face à des défis qu’elles ne réussissent pas à affronter. » (Arnold Toynbee – La civilisation à l’épreuve – 1947)

 « Les civilisations sont plus vieilles, et plus étendues, que nos patries … Les Etats sont susceptibles de vie courte et de mort subite … Il faut penser l’histoire en termes de civilisation et non en termes d’Etat et penser aux Etats comme à des phénomènes presque secondaires et éphémères de la vie des civilisations au sein desquelles ils apparaissent et disparaissent. » (Arnold Toynbee)

« Un des plus frappants stigmates de désintégration est l’apparition d’un phénomène à l’avant-dernière phase du déclin et de la chute ; quand une civilisation se décompose, elle s’octroie un sursis en se soumettant à l’unification politique forcée, sous la forme d’un Etat universel. » (Arnold Toynbee)

« Les différents symptômes de désagrégation à travers les âges, suivant Arnold Toynbee : le passage d’une armée de conscrits amateurs à un corps de mercenaires professionnels recrutés dans le prolétariat intérieur, puis extérieur, l’adoption d’une ‘lingua franca’ appauvrie, le syncrétisme en religion, la réceptivité des élites indigènes aux modes culturelles venues du dehors, l’esprit de promiscuité, le port de prénoms empruntés au dominant extérieur, le mimétisme vestimentaire, etc. » (Le grand historien Arnold Toynbee – cité par Régis Debray) – Où en est-on en France aujourd’hui ?

« L’homme est le seul à avoir conscience d’avoir conscience. La première conséquence de la conscience réflexive sera la contestation de la loi de l’espèce … Le conflit entre les forces naturelles et les forces culturelles … Pourquoi ce singe au poil rare a-t-il édicté lui-même des interdits pour s’empêcher de satisfaire des désirs d’autant plus impératifs que leur finalité est dictée par la majorité de ses gênes … La culture opposée à la dictature naturelle de l’espèce. » (Philippe Val) – L’auteur, très obéissant à la doxa dominante parisienne,  est un farouche adversaire de tout ce qui est naturel ou peut apparaître tel, allant, parmi mille férocités, jusqu’à (simple exemple) qualifier de nostalgiques des lois archaïques (on sait quel mépris l’expression cache bien mal) les femmes qui refusent l’anesthésie péridurale pour accoucher. 

« Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles …Nous sentons qu’une civilisation a la même fragilité qu’une vie …  Les civilisations sont mortelles … mais elles ne meurent pas à la manière des hommes. La décomposition chez elles précède leur mort, au lieu qu’elle suit la nôtre. » (Paul Valéry)

« Il faudra bientôt construire des cloîtres, rigoureusement isolés, où ni les ondes ni les feuilles n’entreront. Dans lesquels l’ignorance de toute politique sera présumée et cultivée. On y méprisera la vitesse, les nombres, les effets de masse, de surprise, de contraste, de répétition, de crédulité et de nouveauté. C’est là, qu’à certains jours, on ira, à travers les grilles, considérer quelques spécimens d’hommes libres. » (Paul Valéry)

« Ils ont épuisé et le nom et le concept de Dieu, de Nature, de Fatalité qui symbolisèrent si longtemps l’objet de leur salut et de leur perdition … Il ne leur reste, pour rendre compte d’une destinée si contraire à leurs espérances, qu’à invoquer, ‘ultima ratio’, la nécessité économique. Ainsi se referme sur son point de départ et d ‘arrivée le cercle d’une civilisation viciée, dont l’économie a scellé simultanément la naissance et le dépérissement. » (Raoul Vaneigem – Adresse aux vivants

« L’extraordinaire poussée des villes dans le monde qui, tendanciellement, va faire qu’une grande majorité des êtres humains vit et va vivre dans de très grandes villes ; au-delà de la simple géographie, c’est une rupture anthropologique tout à fait fondamentale, une expérimentation de l’espèce humaine … réseaux de métropoles (reliées plus entre elles qu’avec leurs arrière-pays) … … Les investissements vont des zones développées des pays développés vers les zones développées des pays développés. Le système d’archipels se renforce (les investissements ne vont pas en Inde mais à Bangalore) … Les riches ont de moins en moins besoin des pauvres, les pauvres devenant plutôt un fardeau … On arrive à une problématique où les arrière-pays qui étaient les tissus nourriciers des centres deviennent des charges, des fardeaux et c’est ce que Singapour a parfaitement compris en sortant de la fédération malaise. » (Pierre Veltz) – Inutile de donner des chiffres pour Changaï, Pékin, Tokyo-Yokohama, Dacca, Lagos, Mexico, Sao Paulo… De toutes manières, personne n’en sait plus rien et l’accroissement est tel !

« Civilisation, culture, tradition, sont des notions voisines au point d’être interchangeables dans le langage courant. La culture est première dans l’ordre chronologique de la fondation. Elle se rapporte à la permanence des mentalités profondes. Elle est créatrice de sens. La civilisation est une culture qui a reçu une forme historique, créatrice d’une ensemble de qualités propres dans l’ordre matériel, intellectuel, artistique et moral. La tradition est l’âme d’une culture et d’une civilisation. » (Dominique Venner) – C’est bien pourquoi, extirper la tradition, c’est tuer et la civilisation et la culture.

« La civilisation fait rage. » (Alexandre Vialatte)

« Dès que quelqu’un se présente avec un sujet aussi grave que l’effondrement de notre civilisation, les gens préfèrent tirer sur le messager et pointer ses contradictions plutôt que de se remettre en question sur sa propre vie. » (Julien Wosnitza)

« Trop d’animalité défigure l’homme civilisé, trop de civilisation crée des animaux malades. »(?)

« La valeur d’une civilisation se mesure non à ce qu’elle sait non créer, mais entretenir. » (?)

« Pour la première fois une civilisation ne connaît pas sa raison d’être. » (?)

« La principale utilité de la civilisation, c’est de compliquer la vie. » (?)

« Seul ce qui nous dépasse peut nous unir. » (?)

« Si l’individu devient la fin de la civilisation, alors nous sommes la fin de la civilisation. » (?)

« Entre les années 1950 et aujourd’hui, qui peut nier que nous avons changé de civilisation ? » (?) – Et ce ne fut pas toujours confortable, n’en déplaise aux jeunes qui nous envient la période qu’on appelle les trente glorieuses, tout en ignorant le contexte matériel et psychologique d’une jeunesse se déroulant autour des années cinquante, inimaginable pour eux, en plus du caractère intrinsèquement glauque de cette période de début d’après guerre.

Ci-dessous extraits du livre riche et plaisant de Régis Debray, Civilisation, comment nous sommes devenus américains. Ici, passages plus civilisationnels alors que des morceaux plus spécifiquement américano-européens se trouvent à la rubrique Europe, 295,1

 « Une civilisation agit, elle est offensive. Une culture réagit, elle est défensive … Une civilisation a gagné quand l’empire dont elle procède n’a plus besoin d’être impérialiste pour imprimer sa marque, quand la domination devient l’hégémonie … Il y avait en 1919 une civilisation européenne, avec pour variante une culture américaine. Il y a, en 2017, une civilisation américaine, dont les cultures européennes semblent … des réserves indigènes … Les annales suggèrent que le rôle-titre sur la scène mondiale dure cinq siècles, au plus, avant qu’un second rôle ne monte en tête d’affiche. Du ‘quattrocento’ au siècle américain, l’Europe  occidentale a rempli son contrat … les équipes sortantes tendent le plus souvent à adopter les priorités des derniers arrivés, ne serait-ce que pour rester à bord … Ce n’est pas plus la faute de Rome si tous les Barbares ont voulu devenir romains que celle des Etats-Unis si tant d’allogènes rêvent de devenir un jour américains … L’occupation militaire n’est nullement nécessaire,  un bon et véritable empire est un empire par invitation où le client vient tirer le patron par la manche. Que font d’autre, l’Europe, les pays Baltes, l’Ukraine ? … Ce que l’américanisation, colonisation sans colons, a d’exceptionnel, c’est l’enveloppement par le haut et par le bas. Par Harvard et par Hollywood (où ranger la Silicon valley, aux deux bouts, en haut et en bas ?) … Ce qui n’a pas éclos aux ‘States’ n’a pas ou peu d’intérêt. C’est deuxième classe. C’est province … Contester le nouvel ordre qui survient exige des ressources morales et psychologiques que seule peut procurer une conviction religieuse solidement ancrée. Il faut pour équilibrer une poussée centrifuge, une très forte homogénéité culturelle, voire une mystique nationale … Parvenue au meilleur de sa fermentation, une civilisation peut alors en inséminer d’autres, auxquelles elle léguera tout ou partie de ses caractères originaux. Civilisation, c’est propagation. Décadence, c’est transmission, donc rebond, donc survie … Rien ne meurt, tout se transforme, mais l’érosion ne fait pas rêver, alors que Déluge, Apocalypse et Jugement dernier font partie de notre stock mythologique … D’où, pour nous, s’effondrer est grand, décliner est médiocre … On se gardera de voir dans l’actuelle prolifération des musées le signe que nous sommes bien entrés dans l’âge esthétique … âge pour gens de goût et collectionneurs plus que pour voleurs de feu … C’est à la fin du vieil empire austro-hongrois, dernier successeur de l’empire romain d’Occident, quand entre 1870 et 1930, alors que tout allait mal que Vienne devint la capitale de l’esprit objectif du monde occidental, sous les masques de l’opérette et des valses, de Mayerling et de Sissi … La haute culture viennoise a jeté les bases de toutes les inventions du siècle, alors que le centre de l’Europe continentale passait de Vienne à Berlin … Cette joyeuse apocalypse qui n’a pas seulement illuminé son siècle, mais a fécondé le suivant. »

Ci-dessous, extraits du livre de Norbert Elias, La dynamique de l’Occident, sur la formation des grandes unités politiques (Etats) et l’édification de la civilisation occidentale actuelle par, notamment, ce qu’il appelle le processus de monopolisation (valable en politique avant de l’être en économie). Les exemples sont souvent pris en France, car son histoire est la plus typique du processus occidental.

« Les petites dynasties féodales (issues de groupes de guerriers) n’avaient que peu de chances d‘opposer une résistance victorieuse aux grands seigneurs … Ce qui marque dorénavant la société, ce sont les luttes des maisons princières pour imposer leur hégémonie à des ensembles territoriaux plus vastes … Le nombre de ceux qui … peuvent encore participer à la lutte pour des chances territoriales et militaires s’est fortement réduit (quelques quatre maisons, dont les rois d’Angleterre, en plus de la maison de France) … Une société de guerriers caractérisée par une compétition relativement libre s’est transformée en une société où la concurrence est soumise à une réglementation d’allure monopolistique … Comme dans la société capitaliste plus tard et la poussée des Etats, surtout européens, vers l’hégémonie, les luttes entre les maisons de guerriers puis de grands seigneurs féodaux s’orientent dans le sens de la monopolisation … sans qu’on puisse prévoir à l’origine l’emplacement de leur centre et le tracé de leurs limites … ‘Il ne voulait pas tout le terrain, il voulait seulement le terrain à côté du sien’ (remarque au sujet d’un pionnier américain) … Le cercle des concurrents se rétrécit, la pression concurrentielle, présente dés le début du processus, crée des interdépendances étendues et, de plus en plus, et la position monopolistique de l’un d’eux aboutit … à la formation d’un Etat absolutiste … A l’époque de la plus grande désintégration féodale que l’Occident ait connue, s’amorcent des mécanismes d’interdépendance qui s’orientent vers l’intégration d’unités sans cesse plus grandes qui se terminent par la lente victoire de quelques concurrents et finalement d’une seule unité … Et on voit se dessiner, par suite du débordement des interdépendance, la lutte pour l’hégémonie dans un système englobant la terre habitée (tendance à la mondialisation pressentie par Norbert Elias) … La plus grande liberté pulsionnelle et la menace physique plus immédiate qui pèse sur les membres de toutes les sociétés qui n’ont pas encore développé de puissants monopoles centraux … Les hommes libres et victorieux ne sont pas tenus de réfréner leurs pulsions et leurs émotions, mais tous sont également menacés par les passions et les débordements … alors que la monopolisation de la violence physique (par une autorité centrale) fait de l’exercice de la violence un acte prévisible, impose une attitude plus réservée et rend possible une collaboration dépassionnée entre les hommes … La société occidentale a donné naissance à un réseau d’interdépendances qui s’étend par-delà les mers (colonisation) et qui englobe d’immenses régions intérieures … Les ‘couches inférieures’ sont de plus en plus exposées à l’influence des contraintes extérieures, qui se transforment dans le psychisme de l’individu en autocontraintes … L’effort tendant au maintien de la supériorité du groupe dominant se traduit par le renforcement du contrôle que ses membres exercent les uns sur les autres … Stricte observation d’un code du comportement et développement d’un Surmoi … comme, au niveau de l’individu, crainte de la déchéance personnelle, de la perte de prestige … A la cour, le calcul l’emporte, dans la société non civilisée, c’est la pulsion … C’est dans les milieux plus ou moins liés à la cour que se développe … l’approche psychologique de l’homme, c’est-à-dire l’habitude d’examiner les chaînes de motivations et les interdépendances lointaines qui déterminent ses propres actes et ceux des autres, l’habitude de la prévision … L’interdépendance s’accroît … Le raffinement civilisateur de l’aristocratie (de cour) est destiné à la mettre à l’abri de la poussée des couches inférieures, autant que sa fonction (pour le monarque) est de faire contrepoids à la bourgeoisie, d’où son souci d’afficher un savoir-vivre distingué, une sociabilité de bon aloi, une urbanité à toute épreuve, un goût exquis, de se distinguer … Elle assurait la fonction d’une ‘bonne société’ … la mise en place et le maintien d’un mécanisme tant soit peu stable du Surmoi … lequel a toujours présupposé un niveau de vie relativement élevé et une certaine sécurité … phase d’imitation et d’assimilation des comportements et des modes de conduite par la large couche inférieure montante … suivie de la phase du refus, de la différenciation et de l’émancipation caractérisée par l’accroissement de la force sociale et de la conscience de soi du groupe montant à laquelle le groupe supérieur répond par une réserve et un isolement plus marqués. »

 

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