650,2 – Chrétienté, Catholicisme, Protestantisme

– A l’inverse de tous les mythes, dans les Evangiles, l’histoire est racontée du point de vue de la victime et non de celui des bourreaux. Cela est fondamental. « Le récit de la Passion constitue une rupture décisive par rapport au silence prudent (sinon au mensonge) de la pensée mythique. » (Gil Bailie – reprenant René Girard)

– L’étonnant (mais l’inculture est-elle étonnante ?) est que les doctrines  anticapitalistes et les doctrines libertaires, s’en soient pris au catholicisme plutôt qu’au protestantisme ou au judaïsme, plus matérialistes, et plus rigides, par beaucoup de leurs aspects, au moins historiquement.

– Heureusement qu’il reste au moins une espèce, les chrétiens, sur laquelle on peut se défouler impunément sans craindre les hurlements du troupeau des nouveaux bien-pensants, des média et des milliers d’associations, ainsi que les foudres de la justice ou des fatwas.

– L’Eglise catholique est un caravansérail (c’est un de ses charmes, sa force et sa faiblesse), soit on y trouve et on arrive à y concilier toutes les couleurs et toutes les races, tous les milieux sociaux et tous les âges, les opinions temporelles les plus opposées, les formes de piété les plus diverses et d’attachement les plus variées. En effet, le christianisme n’est pas réservé à un groupe d’initiés (comme toute secte en tout temps ; de Parfaits, comme prétendirent l’être les Cathares jadis), à une race, à un peuple, à une terre… Ouvert à tous, il est sorti du temple dès son origine. D’ailleurs, dès celle-ci « il a été prêché par des ignorants et cru par des savants » (Joseph de Maistre).

– Contrairement aux idéologies humaines catastrophiques qui l’ont tenté, récemment encore, l’Eglise sait que, si on peut peut-être, légèrement, améliorer l’homme, l’homme ne créera pas une humanité nouvelle. Contrairement à toutes les idéologies qui réclament une foi aveugle, le christianisme admet et respecte le doute.

– Pendant près de quinze siècles, c’est l’Eglise qui a sauvegardé et assuré la transmission de la culture, pris en charge l’éducation, formé les élites (qui parfois se sont retournées contre elle : personnages de l’époque dite des Lumières, tous les révolutionnaires de 1789 comme plus tard Staline, ex-élève d’école religieuse), fondé les hôpitaux, assuré tout ce que recouvre le vaste terme d’assistance… « La dîme comblait les besoins que couvrent aujourd’hui la sécurité sociale, l’assistance publique et l’éducation nationale. » (Pierre Chaunu – résumé)

– C’est l’université médiévale (catholique) qui a instauré la pratique intellectuelle du libre examen bien avant Descartes, le protestantisme et les philosophes des Lumières. Ce sont les monastères qui ont défriché l’Europe. C’est dans les monastères qu’a été conservée la culture antique et par eux qu’elle a été transmise aux hommes de la Renaissance.

– Il était impensable pour les pouvoirs d’alors, féodaux ou monarchiques, de faire entrer leurs hommes d’armes dans ces enclaves de paix, ces lieux de refuge qu’étaient les églises, les monastères et l’université (création religieuse, comme les hospices…). L’institution de la trêve de Dieu limitait autant que possible les violences, donnait ses chances à la réconciliation, souvent provisoire mais bienvenue, surtout chez les petits.

– On peut aussi remercier l’Eglise, et l’inquisition, d’avoir préservé la civilisation des hérésies utopiques démentes et sanglantes qui auraient anéanti celle-ci (catharisme, Frères de ceci et de cela ; voir au début de la rubrique Esprit 280.

– On peut aussi remercier l’Eglise, et l’inquisition, d’avoir préservé la civilisation des hérésies utopiques démentes et sanglantes qui auraient anéanti celle-ci (catharisme, Frères de ceci et de cela ; voir au début de la rubrique Esprit 280, 1). Sans sa main, parfois de fer certes, nous ne serions probablement pas là.

– Les accidents de l’Histoire ont pu paraître parfois et inévitablement le conditionner. Il n’est cependant jamais lié même « s’il est difficile d’être l’Eglise des Barbares et des Romains, des saints et des pécheurs. » (?).

– Néanmoins, en France au moins, l’Eglise a paru, et paraît toujours parfois, oublier ce qui lui a valu jadis la reconnaissance et la fidélité des populations locales, soit qu’elle considérât leur défense comme un de ses devoirs. Elle les a abandonnées, elles l’ont quitté. « Inénarrable page d’histoire que celle des chrétiens marxistes des années 1970 … pas seulement anecdotique : toute une génération du clergé français a été imprégnée par leurs idées. Ce phénomène, greffé sur une crise générale de l’Eglise a bouleversé le catholicisme en France, accélérant la déchristianisation du pays. » (Jean Sévillia) – L’auteur a pu écrire qu’une des dernières forteresses marxistes était, au moins alors, l’épiscopat français. Et que l’on ne croit pas que ces illuminations d’illuminés sont terminées, la lâcheté bêlante et infantile dont les évêques font preuve vis-à-vis du terrorisme islamiste ne peut que dégoûter les gens droits et courageux, que contribuer à la déchristianisation.

– De même, les élites catholiques françaises, ou prétendues telles pour ces deux qualités : Michel Camdessus, Jacques Delors, (le mieux récompensé, donc sans doute le plus dévoué), Pascal Lamy… jouèrent un rôle disproportionné dans la construction européenne, et ce ne fut pas dans l’intérêt du peuple mais dans celui du libéralisme-libertaire cher à la mondialisation américaine qui se montra ravie de trouver des  collaborateurs aussi aveugles et dévoués, ou bien aussi soucieux de leur intérêt personnel.

– « Il a toujours mis sa gloire et son salut dans l’oubli de la nation française » (Rivarol – sur La Fayette – précurseur de ces élites). « Dans une organisation internationale, il faut toujours mettre un Français, car ils sont les seuls à ne pas défendre les intérêts de leur pays. » (un Britannique, dignitaire de la commission européenne). Il aurait pu ajouter, un Français grand bourgeois catholique, de gauche évidemment, c’est encore mieux. Il trahira tout pour se pavaner dans sa bonne conscience, du moins à l’époque sinistre du dernier tiers du XX° siècle ; trahisons comme les avaient perpétrées le professeur Mandouze, les journaux dits catholiques Témoignage chrétien et son ultra gauchisme benêt, La  Croix (surnommée La voix par le KGB, tellement ses honorables correspondants en France la trouvaient inconsciemment utile à leur propagande), grande admiratrice de Fidel Castro (« Fidel Castro, depuis qu’il est à la tête du pays, n’a pas perdu cette passion d’écouter : on peut l’interrompre, le critiquer … Il aide à la coupe de la canne à sucre. ») ; quand on sait ce qu’étaient les prisons cubaines !

– Le christianisme sera à nouveau respecté dans le monde quand il aura clairement décidé et annoncé sa rupture avec la corruption morale actuelle de l’Occident. Comme ont su le faire les Orthodoxes. Même si on ne lui demande pas de s’excuser pour la complicité passée de beaucoup de ses dignitaires avec l’horreur communiste, gauchiste et maoïste,  les cathos-maoistes des années 60-70, et aujourd’hui de renoncer à son attitude de soumission bêlante à la dictature du politiquement correct et à sa lâcheté face au terrorisme.

– Et la grotesque mascarade n’est pas finie, quand on se délecte dans une publication dite catholique avec l’expression de catholicisme démocratique et progressiste. Qu’en eût pensé Jésus ?

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« Berdiaeff a raison de dire que le monde, tel qu’il est modelé par les religions du péché, est plein de consolateurs de Job qui refusent de croire la ‘souffrance’ innocente et le succès matériel immérité … La sécularisation du calvinisme conduisit la masse à diviniser la réussite sociale ; elle ouvrit le chemin à un pragmatisme aussi bien adapté que possible au règne moderne de l’argent. » (Raymond Abellio)

« Lorsque la nouvelle Eglise fut conduite à condamner Jacob Boehme et à aider le pouvoir civil dans la guerre des Paysans, on put dire que son caractère prophétique était déjà  épuisé, elle qui avait reproché à l’Eglise catholique son excessive mondanisation, partait à son tour à la conquête des pouvoirs terrestres. » (Raymond Abellio)

« L’Eglise, comme moment du développement humain, oppose la foi à la croyance, et par exemple, veut qu’on s’en rapporte à un directeur, dirigé lui-même, avant de suivre n’importe quel rêve ou n’importe quel délire.  – Ce qui éviterait bien des stupidités nocives – « Le pouvoir spirituel (pas uniquement religieux) doit rappeler, par toutes les raisons tirées de la nature humaine, l’incertitude des jugements, la puissance des illusions, surtout collectives, l’aveuglement propre aux passions, le violent contraste entre l’idéal qui est inscrit sur les drapeaux et l’horrible action. Ce qui est convier chacun à un sévère examen de conscience. » (Alain)

« La grâce catholique, qui tempérait les décrets du Dieu unique par l’intercession de la Vierge et des Saints, a, tout compte fait, mieux traduit la somme des idées humaines que n’a pu faire l’abstraite et métaphysique Réforme. » (Alain)

« Le chrétien dit de gauche est moins celui qui montre audace ou liberté que celui qui a consenti à absorber la plus forte dose des idées courantes dans le milieu profane. » (Raymond Aron)

« Dans leur ardeur à combattre l’Eglise catholique, les Eglises protestantes ne voit pas qu’elles s’abîmeront elles-mêmes sous les ruines. Le protestantisme est une négation, il ne se maintient que par l’affirmation qu’est le catholicisme. » (Lucien Arréat)

« L’expérience du mal … infligé par la nature ou par les hommes, introduit une contradiction difficilement surmontable entre la toute-puissance et l’infinie bonté. » (Henri Atlan)

« Le miracle de l’être est aussi extraordinaire que celui de la Résurrection. » (Gaston Bachelard)

« L’Eglise repose et sur la paroisse et sur une hiérarchie transnationale. Le catholique peut simultanément se fondre dans une communauté proche et tangible et satisfaire ses besoins humains en contacts chaleureux, et participer par délégation à une entreprise qui embrasse les siècles et les continents … Expérience rare,, enrichissante et exaltante. » (Jean Baechler) – C’était plus ou moins le cas pour la vie de la cellule et Moscou !

« Ce sont les protestantismes qui se voient forcés de justifier toujours à nouveau, devant eux-mêmes et devant le monde, leur sortie de l’unité catholique, et c’est pourquoi ils ne peuvent faire autrement que d’être des protestataires et des polémistes ; autrement ils se renieraient eux-mêmes. » (Père Hans Urs Von  Balthasar)

« Le protestantisme s’est refroidi le cœur en bannissant la Vierge du ciel. » (Balzac)

« C’est le mérite de Max Weber d’avoir analysé rigoureusement la connexion d’une crise religieuse et du renversement économique dont le monde moderne est né … Luther formula une révolte naïve, à demi paysanne. Calvin exprima les aspirations de la classe moyenne des villes commerçantes. » (Georges Bataille) – Le protestantisme anglo-saxon est d’origine, comme d’orientation, calviniste.

« La critique protestante de l’Eglise romaine (en fait la recherche de l’activité par les œuvres) n’est pas le fait d’un scrupule étrange ; et sa conséquence dernière (indirecte) qui engage l’humanité à ‘faire’ exclusivement, sans viser plus loin, ce qui peut être fait dans ‘l’ordre des choses’, est bien la seule résolution correcte … La résolution du problème matériel … Mais comment l’homme pourrait-il se trouver, ou se retrouver, puisque l’action à laquelle l’engage de quelque façon la recherche est justement ce qui l’éloigne de lui-même ? … Sans doute les œuvres du Moyen Âge ne furent en un sens que des choses, qui pouvaient, à bon droit, paraître misérables. Néanmoins la figure médiévale de la société possède aujourd’hui le pouvoir d’évoquer ‘l’intimité perdue’ … On peut dire sans doute de la critique protestante des ‘œuvres saintes’ qu’elle abandonna le monde aux ‘œuvres profanes’, que l’exigence de la pureté divine ne sut qu’exiler le divin, et achever d’en séparer l’homme. On peut dire qu’à partir de là, la chose a dominé l’homme … La proposition fondamentale du marxisme est de libérer entièrement le monde des choses (de l’économie), de tout élément extérieur aux choses (à l’économie) … Affirmation radicale des forces matérielles et réelles ; négation non moins radicale des valeurs spirituelles. Les communistes donnent toujours le pas à la ‘chose’, contre ce qui ose n’avoir pas son caractère subordonné … Dans cette perspective, l’homme libéré par l’action, ayant décidément effectué la parfaite adéquation de lui-même à la chose, il l’aurait en quelque sorte derrière lui : elle ne l’asservirait plus. Un chapitre nouveau commencerait … Le capitalisme … est un abandon sans réserve à la chose, mais insouciant des conséquences et ne voyant rien au-delà. » (Georges Bataille) – Filiations entre protestantisme (calviniste), capitalisme, communisme … aspects de la mondialisation.

« Le calvinisme portait à sa conséquence extrême le renversement des valeurs opéré par Luther. Calvin ne se bornait pas à nier ces formes humaines de beauté divine auxquelles l’Eglise avait prétendu. Limitant la possibilité de l’homme aux œuvres utiles … la véritable sainteté des œuvres calvinistes résidait dans l’abandon de la sainteté, dans la renonciation à toute vie qui aurait en ce monde un halo de splendeur. La sanctification de Dieu se liait ainsi à la désacralisation de la vie humaine. » (Georges Bataille)

 « Si l’on revient sur le sentiment des grands réformateurs, on peut même dire qu’en donnant ses conséquences extrêmes à une exigence de pureté religieuse, il détruisit le monde sacré, le monde de la consumation improductive, et livra la terre aux hommes de la production, aux bourgeois. » (Georges Bataille) – Cette démarche « mit fin à la stabilité relative et à l’équilibre d’un monde où l’homme était moins éloigné de lui-même que nous ne le sommes à présent. » (Georges Bataille – ou ?) – « Nous ne pouvons nier que l’humanité présente a égaré le secret … de se donner à soi-même un visage où elle pût reconnaître la splendeur qui lui appartient … Comment l’homme  pourrait-il se trouver, ou se retrouver, puisque l’action … est justement ce qui l’éloigne de lui-même ? » (Georges Bataille)

« Dans le christianisme, contrairement à ce qui se passe dans le stoïcisme de Sénèque, l’éternité n’était pas le privilège de quelques individus (de quelques personnalités exceptionnellement méritoires et pleines de ressources), mais le destin de tous … si sa qualité restait à gagner … Des talents autres qu’intellectuels donnaient accès au domaine réservé … Laisser les choses en l’état où elles se trouvaient au temps de Sénèque serait revenu à déshériter tous les humains à quelques  exceptions près de leur droit à l’éternité, avec pour conséquence presque inévitable une vie consacrée à ‘panem et circenses’. » (Zygmunt Bauman)

« Le monde projette bien facilement sur l’Eglise ce qu’il ne supporte pas d’affronter lui-même. » (Père Luc de Bellescize – sur la pédophilie)

« La figure du thérapeute … Cet homme est tout entier soin pour l’homme … Il paraît d’abord comme le soignant de l’homme … les aveugles voient, les boiteux marchent, les sourds entendent … C’est par là qu’il commence : guérir les corps. Et le commencement dit quel est le sens de tout ce qu’il inaugure : restituer l’homme en son intégrité, rendre l’homme à lui-même … il ne soigne pas que le corps. Il met fin à la ‘possession’, à cet état où l’être humain ne dispose plus de lui-même … Il met fin encore à ce mal par lequel l’homme s’enferme dans la mort … ce que le péché désigne est la séparation première, qui met en dehors de l’ordre de vie … Ainsi la thérapie ne concerne point telle part de l’homme, mais tout l’homme, s’y montre une unité tout à fait première, où ne sont point séparés le physique, le psychique et même cette relation de l’homme à ces puissances qui lui échappent et sont pourtant présentes à sa vie … Jésus sait distinguer la maladie subie de la faute commise, il refuse l’ide de la maladie punition … Pécheurs, possédés ou malades sont des impurs, exclus du Temple, mis diversement hors de la communauté ; le thérapeute les réintègre … L’intolérable, c’est la guérison de l’autre pour ceux qui s’estiment eux-mêmes sans mal, et dont cette guérison ébranle l’équilibre illusoire. » (père Maurice Bellet – le Dieu pervers – sur le Christ) 

« Après la révolution française et pendant tout le XIX° siècle, l’Eglise a traversé une profonde dépression. Pourtant même désastreusement vaincue, en proie à la confusion et à l’hystérie, elle parvient encore à se montrer supérieure à la bourgeoisie triomphante. La charité n’est pas la justice, mais le profit est bien pire que la charité. Le peuple est pour l’Eglise un objet de  protection paternaliste, mais pour la bourgeoisie il n’est qu’un objet d’exploitation, un matériau … un corps étranger fondamentalement hostile. » (Piergiorgio Bellocchio)  

« Elevez vos écoliers à vénérer l’Eglise pour avoir si longtemps travaillé à empêcher le spirituel de choir dans le national. Honorez-là quels qu’aient été‚ ses mobiles, quand, au concile de Trente, elle repousse l’emploi des langues nationales pour la messe, maintient le latin.    Honorez l’ordre des Jésuites quand, en pleine guerre de Trente ans, leur général commande à ses collègues : ‘Ne disons pas ma patrie. Cessons de parler un langage barbare.’ Ne glorifiez pas le jour où la prière s’est nationalisée. » (Julien Benda)

« En substituant ‘l’inspiration’, c’est-à-dire l’opinion individuelle à l’autorité de la tradition incarnée par l’Eglise, Luther a ouvert la voie. L’individualisme en matière de religion a abouti à l‘individualisme en politique et au principe de la souveraineté populaire. » (Philippe Bénéton) – La voie était ainsi ouverte à toutes les catastrophes imminentes, d’abord écologiques, par incapacité d’adopter et de suivre une ligne de conduite raisonnable.

« Dans la mesure où la religion protestante met l’accent sur la foi individuelle et fait peu de cas du rituel et de la liturgie, elle ne remplit plus cette fonction d’intégration sociale que les conservateurs confèrent à la religion. La Réforme a été un ferment destructeur dans l’histoire européenne, un jalon essentiel dans cette histoire funeste qui a conduit au monde moderne. » (Philippe Bénéton) – Maintenant, tout le monde s’est mis à protester !

« Le christianisme fut un élément désagégateur de la puissance romaine. » (Roger Garaudy) – « L’Evangile hors de l’Eglise est un poison. » (Joseph de Maistre) – « Si nous séparons l’Evangile de l’Eglise, celui-ci devient fou. » (Père Danielou) – « L’idéologie révolutionnaire, le socialisme, la dictature du prolétariat dérivent du paupérisme des prophètes d’Israël. Dans la critique des abus de l’Ancien Régime par les orateurs de la Révolution, dans le procès du régime capitaliste par les communistes de nos jours, retentit l’écho des diatribes furibondes d’Amos et d’Osée contre le train de ce monde où l’insolence des riches opprime le juste, rançonne le pauvre ; de même que s’y répercute l’âpre vitupération des apocalypses juives et chrétiennes contre la Rome impériale. » (Louis Rougier). » (cités par Alain de Benoist) – Et il y aurait tellement de textes sur les jugements de Dieu en punition des fautes des Romains !

« La nouveauté de l’annonce chrétienne ne réside pas dans une pensée mais dans un fait : Dieu s’est montré. » (Benoît XVI)

« C’est le christianisme qui a, le premier, révélé cette liberté du sujet créateur, inconnue dans le monde pré-chrétien. » (Nicolas Berdiaeff)

« Luther excommuniait la raison, niait la philosophie, jugeait la nature humaine ruinée par le péché … attribuait tout à la grâce de Dieu ; rien à l’homme, à sa liberté ! Il n’admettait pas la réciprocité d’action entre ces deux natures, la divine et l’humaine. » (Nicolas Berdiaeff)

« L’Eglise n’a pas besoin de réformateurs mais de saints. » (Georges Bernanos)

« Un clergé socialisant démontre simplement qu’il ne sait plus parler qu’aux ventres. » (Georges Bernanos)

« ‘Je suis de mon temps’, répète-t-il et de l’air d’un homme qui rend témoignage de lui-même. Mais il n’a jamais pris garde qu’il reniait ainsi chaque fois le signe éternel dont il est marqué. » (Georges Bernanos – sur un prêtre mondain et progressiste)

« La chrétienté a fait l’Europe. La chrétienté est morte. L’Europe va crever quoi de plus naturel. » (Georges Bernanos – Les grands cimetières sous la lune)

« Les chrétiens de pain d’épice. » (Georges Bernanos)  – Est-il utile de préciser ?

« Le temps de l’histoire chrétienne contient le temps linéaire, tendu vers la parousie, le temps cyclique dans le retour liturgique des moments significatifs, et à chaque instant une échappée vers l’éternité. » (Alain Besançon)

« A l’époque de Soloviev et dans les milieux de la ‘renaissance religieuse’ russe, c’était un cliché répandu que d’insister sur le caractère pétrinien des catholiques, johannique des orthodoxes et paulinien des protestants. » (Alain Besançon – à propos de Soloviev) – Assez exact. Remarque d’intérêt pour les seuls chrétiens.

« Bien des sermons qui croient prêcher la charité, prêchent le slogan social du jour … Guère d’homélies où ne retentissent les mots ‘partage’, ‘exclusion’, ‘étranger’ (entendre immigrés), ‘jeunes’ (signifiant maghrébins), jetés aux fidèles tout chauds du journal télévisé … Beaucoup de sermons aujourd’hui enjoignent le chrétien d’être gentil, solidaire, responsable et égalitaire, de répandre sa tendresse sur les ‘exclus’… La confusion du discours démocratique et de la prédication chrétienne ne soulage en rien l’homme moderne dans ce qui est son mal intime, la privation de la vérité … sa réduction à l’opinion … Vide métaphysique qui fait souffrir l’homme moderne … le diminue et le mutile, ce qui est pire. C’est ce qu’ont vu et dénoncé des esprits aussi différents que Tocqueville, Flaubert, Nietzsche ou Péguy. » (Alain Besançon) – C’est un peu mieux depuis quelques temps, enfin !

« Séparer l’amour et la justice, dévaloriser cette dernière est une déviation fréquente du christianisme contemporain. » (Alain Besançon) – Cette parade morale de bien-pensants n’est pas pour rien dans l’éloignement des classes populaires, demanderesses de protection. – « Le bon peuple ne voit pas la nécessité d’écouter des sermons prêchant la morale humanitaire, le bon esprit social, l’antiracisme, la sympathie pour toutes les religions et autres recommandations prêchées tous les jours par la télévision. » (Alain Besançon – s’inspirant d’un livre de Guillaume Cuchet)

« Adieu l’enfer, adieu le péché originel, et même le péché tout court. Le mot est remplacé par des périphrases du type ‘manquement à l’amour’. Le mot justice est évité. A la place, amour encore, amour toujours … Un sublime du sirupeux … La catéchèse ne veut plus être moralisante, mot honni. Elle veut être gentille, comme est le discours ordinaire de la démocratie, et, si possible, plus insignifiante encore. » (Alain Besançon)

« Ce n’est pas l’athéisme idéologique qui prend la place du christianisme, mais plutôt l’agnosticisme, l’indifférence en matière de religion, ou le succès d’une religiosité nouvelle ‘l’humanitarisme’, qui a l’air d’envahir toutes les confessions chrétiennes, en les anesthésiant, en les relativisant, en dissolvant leurs formes propres. » (Alain Besançon) – Mais l’humanitarisme cher aux bisounours ne va pas durer.

« Sans compter les innombrables hérésies et sectes qui vont annonçant la seconde venue et promettent ‘paradise now’, nous constatons au contraire la tentation récurrente de transformer le royaume terrestre en une image symbolique et parfaite du royaume céleste par une mimésis abusive de celui dont le royaume n’est pas de ce monde, figeant ainsi le temps … ‘L’intégrisme, découvrant les prestiges de l’évolution, se mue en progressisme’. Il offre l’asile et l’immunité de la cathédrale au marxisme pourrissant et prépare en fin de compte l’établissement d’un nouvel et plus grave intégrisme. » (Alain Besançon – citant le Père Hans Urs von Balthasar et évoquant les remuants, bruyants et écervelés insupportables chrétiens bien-pensants de gauche).

« La tentation antidémocratique, la tentation démocratique qui menacent l’Eglise. La première est ancienne et, semble-t-il, derrière nous, puisqu’elle commence à la chute des Anciens Régimes et qu’elle s’éloigne avec le triomphe désormais acquis du Nouveau, de la démocratie libérale. La deuxième est actuelle mais ne devient vraiment forte que depuis l’éclipse du grand modèle antidémocratique, le communisme … Elle se résumerait dans l‘obsession humaniste,  le progressisme tous azimuts … Il est permis de voler, il n’est pas permis d’être propriétaire … la gnose chrétienne humanitaire … La disqualification du politique et le rêve d’un monde organique, non conflictuel … La confusion des deux ordres de réalité (la réalité du monde et son caractère illusoire, son néant) … La dégradation de la politique en mystique (toujours l’amour mis partout et à toutes les sauces). » (Alain Besançon)

« Luther ne s’est pas contenté de soumettre la liberté au bon vouloir des princes … ‘Que pique, que frappe, qu’égorge quiconque le peut. Si tu perds la vie, bienheureux sois-tu, jamais tu ne connaîtras plus sainte mort. Voici venus les temps étranges où un prince sert mieux le Ciel en faisant couler le sang que d’autres en priant’. » (Ernst Bloch – citant Luther et son pamphlet Contre les paysans brigands et meurtriers ) – Sur son appui à la répression de la révolte des Paysans et à la condamnation de Thomas Münzer, inaugurant, pour le meilleur comme pour le pire, une collaboration distancée temporel/spirituel qui a marqué les pays luthériens, la foi d’un côté, sola fide, les œuvres ailleurs – simplifié et partial certes)

« Il ne faut pas être plus catholique que le pape, dit-on. – A première vue, on pourrait être heureux pour le pape qu’il y ait des gens plus catholiques que lui, des avertisseurs qui lui disent : Arrêtez-vous, quand il va trop loin, c’est-à-dire toujours, n’est-ce pas ? Car le pape est le seul homme qui se trompe infailliblement… »(Léon Bloy –Exégèse des lieux communs – 1, XXXl)

« Parce qu’après avoir formé une nouvelle société religieuse, les réformateurs ont été conduits malgré eux-mêmes, et par la force des choses, à former une nouvelle société politique. » (Louis-Ambroise de Bonald – sur le protestantisme et la révolution de 89)

« L’intuition la plus profonde de la religion chrétienne, c’était le sens du ‘péché originel’. Pierre Ryckmans, catholique, concevait parfaitement qu’on ne croie pas en dieu, mais pas que l’on nie le ‘péché originel’, quel que soit le sens qu’on lui donne … Pas Adam et Eve croquant une pomme bien sûr … C’était l’idée que la nature humaine était faite pour quelque chose d’autre, qu’il y  a eu un formidable déraillement. » (Pierre Boncenne) – Plutôt le thème Juif repris par le christianisme.

« Pauvre Eglise, coincée entre ceux qu’éloigne son ignominie au service des riches et ceux qui dénoncent la perte des mystères, la stérilité et la décadence des solennités ! Le pire est que parfois les deux reproches s’additionnent. » (Jean Borie) – Le premier reproche n’a plus guère lieu d’être formulé.

« Chacun s’est fait à soi-même un tribunal où il s’est rendu l’arbitre de sa croyance; et, encore qu’il semble que les novateurs aient voulu retenir les esprits en les renfermant dans les limites de l’Ecriture sainte, comme ce n’a été qu’à condition que chaque fidèle en deviendrait   l’interprète et croirait que le Saint-Esprit lui en dicte l’explication, il n’y a point de particulier qui ne se voie autorisé par cette doctrine à adorer ses inventions, à consacrer ses erreurs, à appeler Dieu tout ce qu’il pense. Dés lors on a bien prévu que, la licence n’ayant plus de frein, les sectes se multiplieraient jusqu’à l’infini … Mais quelque chose de plus violent se remuait dans le fond des cœurs : c’était un dégoût secret de tout ce qui a de l’autorité et une démangeaison d’innover sans fin, après qu’on en a vu le premier exemple. » (Bossuet – sur les conséquences de la Réforme) – Attitudes qui, paradoxalement, apporteront du positif sous l’angle des libertés personnelles et politiques, et comme favorisant le progrès économique.

« L’exception religieuse américaine, entre autres raisons : l’existence aux Etats-Unis d’innombrables sectes protestantes a fait que le dénominateur commun du protestantisme américain est de caractère surtout moral, minimisant les différences entre les sectes du point de vue du dogme … Cette affirmation de la dimension morale du protestantisme américain relativement à sa dimension dogmatique lui a fourni une protection contre les effets ravageurs des progrès de la science. La science peut mettre le dogme en difficulté, non la morale … Protection dont ne pouvaient bénéficier ni le luthérianisme allemand ou scandinave, ni le catholicisme français. » (Raymond Boudon)

« Si on tient à isoler ce que le catholicisme a de propre et le récapituler dans l’unité, on pourrait peut-être le chercher du côté d’une certaine prise au sérieux de l’Incarnation, de la carnalité transfigurée par le Verbe. » (Rémi Brague) – Le corps.

« A notre époque où l’on aime à reprocher aux chrétiens un prétendu mépris pour le corps, souhaiter retrouver son corps par la résurrection serait une perversion … Non seulement le christianisme est coupable du retard des sciences et techniques, mais il a aussi rendu possible le contraire, les avancées excessives de celles-ci, en livrant la terre aux appétits déréglés de l’homme que la Bible considérait comme le maître … Le christianisme réussit donc cette prouesse d’avoir tout faux. Il est coupable de tout, mais aussi de son contraire. » (Rémi Brague) – S’il fallait veiller à ne pas se contredire, on ne pourrait plus rien démolir !

« Quelque chose entre dans le temps qui n’appartient pas au temps. » (Rémi Brague – Le sens de l’histoire – sur l’Incarnation) 

« Avec un Dieu qui parle on peut parler … Abraham marchande avec Dieu … L’homme en appelle de Dieu au concept de Dieu, en l’occurrence de Sa puissance à Sa bonté. Ce mouvement se rencontre d’un bout à l’autre du livre de Job … La figure du Dieu biblique n’est pas uniquement celle d’un Dieu qui commande, mais celle d’un Dieu qui accepte de discuter avec la créature qu’il a pourtant souverainement appelée à l’existence. La raison constitue donc un trait commun entre Créateur et créatures … ‘Seule sur la Terre, l’Eglise affirme que Dieu est lié par la raison’. » (Rémi Brague – citant Chesterton)

« La haine de beaucoup de nos contemporains envers l’Eglise n’est peut-être pas seulement la conséquence des injustices, réelles ou supposées, commises par elle ou en son nom, mais tout aussi bien celle des injustices commises envers elle. » (Rémi Brague) – Ce mécanisme de dédouanement psychologique, en vouloir a qui on a fait du tort, est tellement classique.

« Le christianisme reste la doctrine d’une dévaluation relative et raisonnée du monde … Il nous affranchit du corps mais le rétablit dans ses droits grâce à l’Incarnation. Il affirme l’autonomie humaine au moment même où il la subordonne à la transcendance divine … Il demande au croyant, ballotté ente ‘les périls de la jouissance’ et le refus de ‘l’enchanteresse douceur de la vie’, d’assumer le sensible sans l’idolâtrer, sans ériger les choses du monde en absolu. » (Pascal Bruckner – citant saint Augustin)

« Si nous étions des anges, nous n’aurions besoin ni d’églises ni de cultes, ni d’images, mais nous ne sommes que des hommes. Liée à cette lourde chair, notre âme s’élève quelquefois, mais elle retombe aussitôt. Il est nécessaire que l’Eglise nous rappelle sans cesse ce que nous sommes toujours prêts à oublier. » (saint Pierre Canisius, Qui savait de quoi il parlait puisqu’il était né en pleine Allemagne luthérienne – cité par Philippe Muray)

« Peut-on être chrétien dans un monde, le nôtre’ qui a renoncé à l’idée de vérité surnaturelle ? Le christianisme n’est pas une morale, ce n’est pas un vivre-ensemble, c’est d’abord une foi. » (question que pose Emmanuel Carrère suivant Paul-François Paoli et sur un certain christianisme contemporain transformé en morale plaintive et en discours lénifiant)

«  L’on s’étonne de l’irréalisme de certains chrétiens politisés qui poussent leur Eglise à participer aux avatars techniques et politiques de leur temps. Ils se croient révolutionnaires, alors qu’ils ne font que retomber dans la vieille faiblesse d’un Christianisme incapable de s’imaginer en dehors du pouvoir. » (Bernard Charbonneau)

« J’ai pleuré et j’ai cru. » (Chateaubriand – évoquant sa conversion, venue du cœur)

« L’âge politique du christianisme finit ; son âge philosophique commence. » (Chateaubriand)

« La chaire des prédicateurs, alors la seule inviolable, avait donné asile à la liberté politique. »  (Chateaubriand évoquant le règne de Louis XIV)

« Placés entre deux univers pour en être le lien, pour consoler les derniers moments d’une société expirante, et soutenir les premiers pas d’une société au berceau. » (Chateaubriand – sur les religieux lors de l’écroulement de l’empire romain et pendant les siècles suivants).

« Le monde moderne lui doit tout. » (Chateaubriand)

« La réformation a tort de se montrer dans les édifices catholiques qu’elle a envahis (Allemagne luthérienne) ; elle y est mesquine et honteuse. Le protestantisme aura beau dire qu’il est retourné au christianisme primitif, les églises gothiques lui répondent qu’il a renié ses pères : les chrétiens, architectes de ces merveilles, étaient autres que les enfants de Luther et de Calvin. » (Chateaubriand)

« Le temps du désert est revenu ; le christianisme recommence dans la stérilité de la Thébaïde, au milieu d’une idolâtrie redoutable, l’idolâtrie de l’homme envers soi. » (Chateaubriand)

« Le principal danger qui guette le christianisme, sa tentation mortelle, c’est l’oubli de la transcendance. » (professeur Chaunu)

« Sauver un homme de la dégradante certitude d’être l’enfant de son temps. » (Chesterton – rôle de l’Eglise)

« Bethléem est l’endroit par excellence où les extrêmes se touchent. L’univers y a été retourné comme un gant … Toute l’inquiétude et l’émerveillement du monde, qui avaient été fixés sur l’infiniment grand, s’étaient maintenant tournés vers l’infiniment petit … Le premier acte du drame divin fut joué non seulement sans décors, mais sans scène, dans les dessous obscurs. A soi tout seul, cela est la marque d’une révolution, d’un renversement du monde. Cette association de la puissance et de l’impuissance, de la divinité et de l’enfance… » (Chesterton) – Et cette remise en cause, cette simplicité, cette mise à notre niveau… sidéra, subjugua, changea des milliards d’hommes raides.

«  L’annonce de la visite du monde par son mystérieux constructeur … pulvérise et réduit au néant l’étude comparée des religions … Personne d’autre n’annonce de nouvelle. » (Chesterton)

« Si Jones adore le dieu qui est en lui, cela signifie en fin de compte que Jones adore Jones. Le christianisme est venu en ce monde d’abord pour affirmer  qu’un homme ne doit pas regarder à l’intérieur de soi-même, mais à l’extérieur. Le seul plaisir à être chrétien venait de ne plus être laissé seul avec la Lumière Intérieure, de reconnaître enfin l’existence d’une lumière extérieure. » (Chesterton)

« Le Christ des Evangiles pourrait, à juste titre, paraître moins rassurant que celui de l’Eglise …  Il ne tient aucun compte dans son institution du mariage, de l’état de la société palestinienne au premier siècle … A quel point ses idées étaient adaptées à son temps, la fin de son histoire le montre assez… » (Chesterton) – Il chasse les marchands du temple à coups de fouet et en renversant leurs échoppes, Il invective, et avec quelle dureté, les notables de son temps (Mt. 23 – Contre les scribes et les pharisiens, les fils de ceux qui ont assassiné les prophètes … Ainsi va retomber sur vous tout le sang innocent) – L’Eglise, qui a ses raisons, ne nous montre guère ce Christ de fureur, politiquement tout à fait incorrect. D’ailleurs on le lui fit bien voir !

« Je me considérerais comme déshonoré de lire sur le dalaï-lama la moitié des sottises dites sur le Pape. » (Chesterton)

« Les messages sont radicalement différents. Le Christ dit : ‘Cherchez d’abord le Royaume des Cieux et le reste vous sera donné par surcroît’. Bouddha dit : ‘Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et, ensuite, le reste ne vous sera plus nécessaire’. » (Chesterton)

« L’homme dut être plus fier qu’il ne l’était auparavant ; et il dut être plus humble qu’il ne l’avait jamais été. Aucun christianisme n’a jamais insinué qu’un duc (ni un évêque) ne pouvait être damné… » (Chesterton)

« Le paradoxe premier du christianisme est que la condition ordinaire de l’homme n’est pas sa condition saine ou sensée ; le normal est une anomalie … On lui a tout reproché, tous les contraires. La douceur, la non-violence des monastères versus la violence, l’élan héroïque des Croisades – Considérant un païen ou un agnostique on concédait que tous les hommes avaient une religion, considérant un mystique ou un spiritualiste on proclamait l’absurdité des religions – On faisait confiance en l’éthique d’Epictète parce que l’éthique n’a jamais changé, pas en celle de Bossuet parce que l’éthique a changé – Des phrases des Epîtres ou de la messe de mariage étaient la preuve du mépris pour l’intellect de la femme, mais on se moquait d’elles parce que seules les femmes se rendaient à l’église – Les bures grossières des moines choquaient mais aussi la pompe et le ritualisme de l’Eglise – Puritaine et assoiffée de sang, fastueuse et miséreuse, austère et raffolant de l’or et de la pourpre, ennemie des femmes et leur refuge, pessimiste et optimiste bornée – Où la vie moderne est trop complexe, l’Eglise paraissait à l’homme moderne trop simple, où la vie moderne est trop sombre, l’Eglise lui paraissait trop fastueuse … Le christianisme a surmonté deux contraires en les gardant tous deux, dans toute leur violence et dans leur couleur originale, rouge, noir, blanc, avec une saine horreur du mélange (tout mélange est dilution, perte de force et d’éclat) … Saint François, vibrant optimiste et saint Jérôme peignant un monde plus noir que celui de Schopenhauer … Elle condamne aussi impartialement le pessimisme des Manichéens que l’optimisme des Pélagiens … L’Eglise a exalté à la fois le célibat et la famille, la procréation et la non-procréation … Elle a maintenu ces deux positions côte à côte comme deux couleurs vives … comme le rouge et le blanc de l’écu de saint Georges. Elle a toujours manifesté une saine horreur du rose. Elle hait ce mélange de deux couleurs, faible expédient auquel recourent les philosophes. Elle hait cette évolution du noir au blanc qui donne le gris sale … Elle ne pouvait se permettre de dévier d’un cheveu si elle voulait poursuivre son expérience hardie d’équilibre instable consistant à ne rien exclure de l’humain. Il est facile d’être un fou, il est facile d’être un hérétique (il eût été plus facile d’accepter le pouvoir terrestre des Ariens, de tomber dans l’abîme de la prédestination calviniste). Il est toujours facile de laisser une époque en faire à sa tête, ce qui est difficile c’est de garder la sienne. » (Chesterton) – Suite de considérations éparses sur le Christianisme, que Jacques Maritain exprimait ainsi sous le nom de tendance universaliste. « La pensée catholique à cherché partout les concordances plutôt que les oppositions, les fragments de vérité plutôt que les privations et les déviations, à sauver et à assumer plutôt qu’à renverser, à édifier plutôt qu’à disperser. »

« Au Moyen Âge, on s’astreignait au salut, on croyait avec énergie : le cadavre était à la mode ; la foi y était vigoureuse, indomptable … Aujourd’hui, une religion édulcorée ne s’attache plus qu’à des fantasmes gentils, à l’Evolution et au Progrès. Ce n’est pas elle qui nous fournirait l’équivalent moderne de la Danse macabre. » (Emil Cioran)

« L’Incarnation est la flatterie la plus dangereuse dont nous ayons été l’objet. Elle nous aura dispensé un statut démesuré, hors de proportion avec ce que nous sommes. » (Emil Cioran)

« Aucune autre religion que la religion catholique n’a porté à ce point de tendresse la vision de la femme, de l’enfant, et la vie. » (Jean Clair) – Et c’est bien ce qui au fond enrage les harpies féministes (à distinguer des féministes sensées) telles les Femen, les Chiennes de garde

« Là sans doute a été et demeure aujourd’hui la grandeur de l’Eglise : elle est née de la contemplation et de l’adoration d’un enfant qui naît, et elle s’est fortifiée de la vision d’un homme qui ressuscite. Entre ces deux moments, la Nativité et Pâques,  elle n’a cessé de lutter contre la culture de mort. » (Jean Clair)

« Une religion qui, pendant quelques siècles, avait su par sa tendresse colorer notre vie. » (Jean Clair – sur le christianisme)

« La crise de la modernité témoigne peut-être avant tout de la disparition de deux composantes centrales du christianisme : la spiritualité et la fraternité. » (Frédéric Saint Clair)

« La voici, éclatante et peinte en rouge, la grande page qui sépare les deux Testaments ! » (Paul Claudel)

« Les papes qui tiennent tête aux tyrans furieux et à la foule misérable et imbécile, car Vous ne leur avez pas ordonné de vaincre mais de n’être pas vaincu. » (Paul Claudel) – Et à la meute médiatique d’aujourd’hui, féroce et stupide.

« Mes convictions philosophiques étaient entières. Dieu les avaient laissées dédaigneusement où elles étaient … L’édifice de mes opinions et de mes connaissances restait debout et je n’y voyais aucun défaut. Il était seulement arrivé que j’en étais sorti. » (Paul Claudel – sur sa conversion subite)

« Il y a beaucoup d’âmes mais il n’y en a pas une seule avec qui je ne sois en communion par ce point sacré en elle qui dit ‘Pater Noster.’ » (Paul Claudel) – « Ce qui nous unit à autrui est bien plus fort que tout ce qui nous en distingue. » (Hélie de Saint Marc)

« Une sédition systématique de l’individu contre l’espèce. » (Auguste Comte – sur la Réforme)

« Si l‘on méprise, agresse, tourne en dérision le christianisme, c’est parce qu’il a encore une vertu de dérangement … Car il est profondément inacceptable. S’il apportait une sagesse, on le respecterait, on dirait : ‘Bravo les sages’. Mais le christianisme est fondamentalement une contestation de l’ordre du monde comme il va. » (Guy Coq)

« Jésus avait dit : ‘Allez et instruisez’. Mais il n’avait pas dit : Allez avec des gendarmes, instruisez de par le préfet. » (Paul-Louis Courier – Ecœuré par l’initiative stupide d’un jeune curé)

« Si on admet la distinction de Louis Dumont entre individualisme (l’individu est la valeur suprême) et holisme (la valeur se trouve dans la société comme un tout); alors on peut dire que le christianisme a, involontairement peut-être mais puissamment servi l’individualisme. La révélation insiste sur l’itinéraire personnel du croyant et met l’accent sur le fait que son salut dépend de lui-même. La hiérarchie et l’obéissance ne visent pas à briser les volontés mais à assurer les objectifs de l’organisation. » (Marc Crapez)

« Qui a hérité de l’Ancien Testament ? » (Pierre Dac)

« Rien ne serait plus faux en ce sens que de faire du christianisme la religion de l’Occident. Il est d’un autre ordre. Il y a une religion de l’Occident. Cette religion est l’antique paganisme grec ou latin, celte ou germanique. Et il était l’équivalent de ce que sont l’hindouisme ou le taoïsme, l’animisme ou les religions américaines. C’est à Plotin que l’on peut comparer Cankara et Marc-Aurèle à Confucius. Ce paganisme valait les autres. Il n’est pas encore si loin de nous. Nous ne sommes jamais que des païens convertis … Ce génie religieux de l’Occident conditionne la manière occidentale d’être chrétien. Et nous avons le devoir d’y être fidèle. Mais non de l’imposer aux autres. » (Père Jean Daniélou – cité par Dominique de Roux)

 « Un Dieu impuissant ne peut être aimé que de manière désintéressé … L’amour total est totalement gratuit. L’impuissance de Dieu est la contrepartie de l’amour … Dieu s’est frotté au risque de l’homme pour s’en faire aimer. On ne peut aimer sans arrière-pensée celui que l’on craint, alors Dieu s’est fait faible. L’Incarnation n’a-t-elle pas été suspendue au consentement d’une jeune femme de Galilée ? » (Raphaël Debailiac – interprétant Gustave Thibon)

« Contrairement au dualisme de type iranien, essénien ou cathare, le christianisme s’est refusé la facilité manichéenne d’accorder au Mal une substantialité indépendante … Satan est un ange déchu, un ange rebelle, mais un ange encore … Le Mal et le Bien ont même origine, on ne peut se donner le premier sans le second. » (Régis Debray) – Ce qui implique, que l’homme étant coresponsable du Mal, le monde en devient améliorable.

« Tocqueville se demandait, en écoutant les prédicateurs américains ‘si l’objet principal de la religion est de promouvoir l‘éternelle félicité dans l’autre monde ou le bien-être dans celui-ci.’ » (cité par Régis Debray)

« ‘Diversité, pluralisme ’esprit d’ouverture’ es-tu là ? Protestantisme et multiculturalisme ne font qu’un. C’est de fondation. Cette émancipation du croire et du faire a mis fin au monopole de la foi, le relativisme des ‘credos’ (cujus regio, ejus religio), l’idéal d’un édifice sans pinacle ni pilier central. » (Régis Debray – sur le néo-protestantisme made in USA)

« Chez nous, toutes les valeurs traditionnelles sont chrétiennes, et quand la chrétienté s’efface, c’est comme si on nous retirait le sol sous les pieds – plus rien ne reste. » (Chantal Delsol – à propos de certaines innovations dites sociétales)

« La dignité humaine, la conscience personnelle, le projet d’amélioration du monde, la quête de la vérité … Ces pierres d’angle ne peuvent se déployer que dans un terreau préparé. C’est bien de l’héritage judéo-chrétien qu’elles proviennent … La fin actuelle de la chrétienté si elle traduit le terme d’une puissance, ne signifie nullement la fin du christianisme, lequel représente toujours l’inspirateur principal de ceux-là mêmes qui cherchent à le broyer. » (Chantal Delsol)

« Il faut se souvenir que le christianisme a été chez nous pendant presque vingt siècles la boussole de la vie des hommes ; qu’il a insufflé partout sa vision du monde, fait essaimer l’espérance, inspiré l’idée de progrès ; qu’il a inventé la démocratie moderne à partir des monastères, promu l’avènement de gouvernements partagés et d’Etats de droit, suscité indirectement les droits de l’homme, enraciné la certitude de la dignité personnelle. Tous les arts lui devaient leur inspiration. La morale du quotidien et la morale du gouvernant se réclamaient de lui. Cette marque omniprésente s’estompe et s’effiloche. » (Chantal Delsol)

« La différence entre le christianisme et les autres religions n’est pas que les chrétiens aient par le passé conduit des guerres terribles au nom de la foi, ils n’ont pas ce triste monopole,, mais qu’ils se repentent. » (Chantal Delsol) – On aimerait cependant entendre quelques repentances à propos d’Hambourg, de Dresde, de Tokyo, d’Hiroshima et de Nagasaki… même si ce n’était pas au nom de la foi.

« L’Occident a perdu le Christ, et c’est pour cela que l’Occident se meurt, uniquement pour cela. » (Dostoïevski – Les frères Karamazov) – Si la cause peut être discutée, la résultante est indéniable.

« Il ne faut pas oublier qu’être catholique, pendant longtemps, était presque suspect. » (François-Georges Dreyfus) – Le général-ministre André tenait des fiches. Que l’on ne s’imagine pas naïvement qu’en France cet espionnage et les mesures clandestines anti-catholiques ont disparus.

« Le clergé français, il faut le dire, ne fut pas à la hauteur de ce qu’on attendait de lui … En 1848 le clergé laissa encore une fois passer l’heure favorable et l’avènement de l’Empire opéra pour longtemps la dissociation entre le Peuple et l’idée chrétienne … La façon dont une partie de l’épiscopat se jeta aux pieds de César … Les catholiques semblent obéir à un impérieux besoin de monter la garde autour d’une société qui est la négation de tous leurs principes … On ne se gêne pas avec les catholiques, car, après les avoir couverts de crachats, on est sûr de les retrouver le lendemain aussi avenants, aussi empressés, aussi caressants que la veille. » (Edouard Drumont) – Meme si Drumont fait allusion à des comportements du XIX° siècle, rien n’est profondément changé dans l’inclination des dignitaires du clergé vers les dominants de l’époque (qu’on soit passé des conservateurs de jadis aux gauchistes planétaires d’aujourd’hui ne change rien, sauf peut-être que du côté des dominants actuels les crachats sont plus gros). L’état de la société française actuelle, à laquelle la partie bruyante de l’Eglise n’a pas peu contribué depuis des dizaines d’années, parait-t-il moralement et sociétalement si satisfaisant, qu’il faille poursuivre le service de soumission aux puissants et de persiflage méprisant pour les humbles ? Derrière les grands principes moraux, la lâcheté de responsables religieux, et malgré leur soumission sans cesse affirmée, le gang politico-médiatique épargne t-il à l’Eglise sa dérision systématique et ses mesures de destruction dites sociétales ? Lénine appelait les grands bourgeois gauchistes, et certains religieux progressistes : Les idiots utiles. Ils peuvent en être fiers.

« Plus d’ange intercesseur, plus de vierge consolatrice, mais plus rien non plus pour faire écran à la culpabilité, c’est en direct également qu’on chutera ; seul et sans appui. La grande messe de la transparence demandée au pêcheur face à Dieu… » (Anne Dufourmantelle – sur le protestantisme)

 « Luther avait chassé Dieu du monde en rejetant la médiation institutionnalisée dans l’Eglise catholique. Mais, pour Luther, Dieu était encore accessible à la conscience individuelle par la foi, l’amour et, dans une certaine mesure, par la raison. Chez Calvin, l’amour tombe à l’arrière-plan, et la raison ne s’applique qu’à ce monde … Le Dieu de Calvin est l’archétype de la volonté, où l’on peut voir l’affirmation indirecte de l’homme comme volonté, et au-delà, l’affirmation la plus forte de l’individu … Avec Calvin … le champ est absolument unifié. L’individu est maintenant dans le monde, et la valeur individualiste règne sans restriction ni  limitation. Nous avons devant nous l’individu-dans-le-monde … Il semblerait qu’au lieu de trouver dans un autre monde le refuge qui nous permet de nous débrouiller tant bien que mal avec les imperfections de celui-ci, nous ayons décidé d’incarner nous-mêmes cet autre monde dans notre action décidée sur celui-ci. » (Louis Dumont) – Ne pas ignorer que si le protestantisme de l’Allemagne du nord est luthérien, le protestantisme nord- américain est calviniste ; et ce n’est pas la même chose.

« La religion chrétienne est la plus idéaliste qui ait jamais existé … Elle est faite d’articles de foi très généraux beaucoup plus que de croyances particulières … Voilà comment il se fait que l’éveil de la libre pensée au sein du christianisme a été relativement précoce … La scolastique, premier effort méthodique de la libre réflexion … les droits de la discussion sont reconnus en principe … Plus rationnelle la conscience collective devient moins impérative. » (Emile Durkheim)

« Les historiens relèveront que le réveil de l’Islam aura été proportionnel à l’image de décadence que l’Occident renvoie au reste du monde. Les chrétiens ont tout à perdre à rester au milieu du gué. Leur absence de résistance à la paganisation de l’Occident, au retour en arrière vers l’Occident païen, nouvel Empire romain dont la capitale s’est juste déplacée de Rome à Washington peut leur coûter cher. Inévitablement, ils seront assimilés par les musulmans à la décadence occidentale offerte en modèle … Les Islamistes voient le christianisme derrière l’étalement d’un Occident obnubilé par la ‘Gay Pride’. Un comble ! Mais c’est ainsi que l’équation se répandra, si ce n’est déjà fait … Les Orientaux ont vite réalisés que l’Occident n’examinait pas la poutre qui  est dans le sien : des puissants qui ont détourné la démocratie à leur profit et qui manipulent les opinions, un argent roi, des mœurs débridées… » (Christophe Ecoche-Duval)

 « Toutes les formes économiques et politiques de protection des petits furent appliquées (interdiction de l’usure…) De même des interventions de l’Eglise en faveur de la paix (trêve de Dieu…) … L’Eglise médiévale ne s’est pas contentée de discourir sur la nécessité de l’incarnation de la foi et d’émettre des proclamations, elle a eu le courage de s’attaquer concrètement, pratiquement, à tout un ensemble de problèmes difficiles» (Jacques Ellul) – Il ne s’agissait pas de pieuses déclarations démagogiques comme aujourd’hui, mais  d’action et d’institutions pour arriver au résultat.

« La tradition chrétienne divise le chemin de la vie spirituelle en trois tronçons ou trois étapes ; la triple voie : purgative, illuminative et unitive. » (Père Gérard Eschbach – reprenant saint Bonaventure : éloignement du péché, imitation du Christ, réception de Dieu)

« Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » (Evangiles – première affirmation de la laïcité)

« L’invention du christianisme, c’est l’infini. Au point de vue moral, il a apporté d’autres choses au monde ; au point de vue philosophique, il a apporté cette idée là. » (Emile Faguet)

« Dissolution du Décalogue dans le dialogue. » (Alain Finkielkraut)– On dit aussi : Ne pas transformer le Décalogue en catalogue.

« Le pape François, lui, ne connaît ni problèmes ni dilemmes. Il ne s’aventure pas dans le labyrinthe de la responsabilité, il emprunte l’autoroute de l’amour … Il prône ‘une généreuse ouverture … qui soit capable de créer de nouvelles synthèses culturelles’ … Il réduit deux millénaires de christianisme à un  insipide message philanthropique et il débite, entre deux selfies souriants, tous les poncifs de la bien-pensance … La niaiserie de ce pape sentimental … Il inverse l’ordre de la transmission en demandant aux jeunes d’enseigner les adultes ‘à cohabiter dans la diversité, en partageant la multiculturalité’ … Je ne crois pas qu’on puisse excuser la cécité par la générosité … Il ne résiste à rien, ce pape, il accompagne de ses fadaises la liquidation du vieux monde. » (Alain Finkielkraut) – Un peu acide. Démagogie vaticane. C’est tellement plus facile et plus valorisant – « La nécessaire lucidité de l’éthique. », celle qui guide la morale de responsabilité, ne le concerne pas. Il préfère sans doute les applaudissements médiatiques.

« Tu croyais avoir échappé au monastère, mais désormais chacun doit être un moine sa vie durant. » (Sébastian Franck – cité par Max Weber caractérisant le refus d’une certaine souplesse de l’éthique et la transplantation de l’ascèse dans le monde par les églises ascétiques qu’engendra le protestantisme par rapport à la connaissance des limites des hommes qu’avait le catholicisme)

« Quand Luther libérait ses ouailles de la tutelle de l’Eglise, il les invitait à subir la loi d’une autorité bien plus tyrannique encore, celle d’un Dieu qui n’accorde sa grâce qu’au prix d’un assujettissement et de l’annihilation. La ‘foi’ de Luther était la conviction d’être aimé sous la condition d’abdiquer. » (Erich Fromm – cité par Alain Besançon)

« Il semble que la foi du charbonnier soit un peu moins vive depuis la découverte du pétrole. » (André Frossard)

 « Mitres molles, proposant un christianisme centriste. » (André Frossard – sur les évêques ouverts et progressistes des lamentables années 70)

« La religion chrétienne qui, en Europe, s’est si heureusement alliée à la culture pour mieux apprivoiser la sauvagerie naturelle des petits chefs et des grands princes … Luther avait aboli la polarité catholique entre pouvoir spirituel et pouvoir temporel et laissé aux princes laîc toute latitude d’exercer comme ils l’entendent le pouvoir absolu. » (Marc Fumaroli) – Explication partielle de la barbarie anglo-saxonne par rapport au catholicisme ?

« C’est tout à fait autre chose, mon ami, croyez-moi, c’est beaucoup, beaucoup plus que jamais, jusqu’ici, il ne vous a été donné d’entrevoir. » (Roger Martin du Gard – Les Thibaut) – Sur la religion catholique.

 « Déploiement de la transcendance d’un côté, achèvement de l’histoire de l’autre côté ; la parousie n’a pas arrêté d’y contrebalancer l’incarnation, l’infinie distance ouverte par le devenir- homme du fils de Dieu devant s’annuler, au terme, avec la seconde venue du Christ, en roi glorieux cette fois, et non plus pour l’annonce du royaume, mais pour son avènement. » (Marcel Gauchet) – Le temps droit, le temps rectiligne, le temps aboutissant…

« En y logeant le déroulement d’un plan de salut divin, il lui confère une épaisseur, une dignité et un sens global, entre la chute, la venue du Rédempteur et la fin des temps dont aucune autre tradition n’avait jusqu’alors investi le destin collectif de l’humanité. » (Marcel Gauchet) – Sur le message chrétien dans l’histoire.

« Qui aurait jamais cru que l’impuissance pouvait être le ressort de la vraie puissance ? … Sur ce singulier produit de l’histoire juive qui allait devenir le christianisme … Qu’une secte juive, totalement marginale, ait trouvé l’oreille de la société romaine, qu’elle l’ait conquise par le bas. » (Marcel Gauchet)

« L’absurdité logique de l’incarnation … apporte le dispositif structurel à partir duquel le hiatus entre ici-bas et au-delà va véritablement pouvoir prendre consistance. Le fils de Dieu, qui ne formule pas une loi, mais délivre un exemple donne à concevoir un Dieu d’ailleurs… Au travers de l’union en Christ de l’humain et du divin, c’est en fait de l’articulation entre ici-bas et au-delà qu’il est question. » (Marcel Gauchet) – Sur la dissociation du visible et de l’invisible opérée par le monothéisme et confortée par la double nature du Christ.

 « Scission entre l’ici-bas et l’au-delà signifiée par leur conjonction en Christ … médiateur entre ciel et terre qui au lieu d’emboîter les deux ordres en une soudure matérielle et spirituelle in questionnable, révèle à l’opposé, en l’énigme de son corps, l’infinie distance qui sépare l’humaine réalité du fondement divin … Le principe dé-hiérarchisant inscrit dans la division christique du divin et de l’humain » (Marcel Gauchet) – Votre maison vous est laissée et plus prosaïquement : Rendez à César.

« Jésus ne déclare pas dissous l’ancien système d’appartenance et le système des devoirs qui l’accompagne. Il désigne et instaure à côté une tout autre compréhension de l’obligation à base d’autonomie du cœur. Il ne fonde pas un orde individualiste. Mais il suscite une personne, un individu du dedans entièrement dégagés, du point de vue de la règle à laquelle ils obéissent et des fins qu’ils poursuivent, de la loi de l’inclusion qui régit ce bas monde. » (Marcel Gauchet)

« Impératif de se tenir au dehors d’un monde au-dedans duquel il faut admettre de vivre. Là réside probablement l’essentielle originalité de la relation au monde établie par le christianisme : dans cette ambiguïté principielle, réfraction directe de la conjonction des deux natures en Christ, et faisant du chrétien un être indéfiniment écartelé entre devoir d’appartenance et devoir de distance, entre alliance avec le monde et étrangeté au monde. Mais un être aussi chez lequel … la mobilisation en vue de l’autre monde et la passion pour ce bas monde cessent de simplement s’exclure. » (Marcel Gauchet)

« Le message de Jésus rejoint en l’être humain l’aspiration à se libérer de la violence du sacré. » (Claude Geffré)

Un prêtre ce n’est pas un homme ; mais l’immolation d’un homme ajoutée à celle de Dieu. C’est cela, le sacerdoce. » (Virgil Gheorghiu – prêtre orthodoxe)

« Son chapelet fait un bruit d’enfer. » (André Gide) 

« Les religions archaïques se fondent sur le mécanisme de la victime émissaire qu’elles sont incapables de critiquer  ou même de repérer. La Bible et les Evangiles repèrent et critiquent ce même mécanisme … elles le discréditent. » (René Girard)

« Le christianisme est la prise de conscience culturelle et morale de la nature sacrificielle de notre culture et de notre société … Il est à la source du scepticisme moderne. Il est révélation de boucs émissaires. Il est révélation. » (René Girard)

« Dans les mythes, les lyncheurs ont toujours raison et la victime toujours tort. Dans la Bible et les Evangiles,  les lyncheurs ont tort et la victime a raison. » (René Girard) – Ce que les lyncheurs d’aujourd’hui ne sauraient pardonner au judéo-christianisme.

« Le christianisme c’est une spiritualité, une vision du monde, mais surtout un processus de civilisation. » (Jacques Le Goff)

« C’est dans le Christianisme seul, disons plus précisément encore dans le Catholicisme, que se trouvent, en Occident, les restes d’esprit traditionnel qui subsistent encore. » (René Guénon) – Auteur, par ailleurs, peu porté sur le christianisme en général.

« Tout ce qu’il peut y avoir de valable dans le monde moderne lui est venu du christianisme. Il a apporté avec lui tout l’héritage des traditions antérieures. » (René Guénon)

« C’est l’introduction du ‘libre examen’ (notion clé du protestantisme) qui s’oppose absolument à une telle hypothèse (celle de garder la doctrine traditionnelle catholique) puisqu’elle permet toutes les fantaisies individuelles … Refus d’admission d’une autorité supérieure à l’individu, négation des principes qui est l’essence même de l’individualisme … Etats frappants d’anarchie et de dissolution … Partant du ‘rationalisme’ on devait tomber au ‘sentimentalisme’. » (René Guénon – La crise du monde moderne) – L’auteur faisant remonter l’apparition du monde moderne à la Réforme et à la Renaissance.

« Si le Protestantisme prétend maintenir l’autorité de la Bible, il la ruine en fait par le ‘libre examen’. » (René Guénon)

« L’idée  d’Eglise ‘nationale’ vit le jour d’abord dans les pays protestants … et c’est peut-être surtout pour la réaliser que le Protestantisme fut suscité, car il semble bien que Luther n’ait guère été, politiquement du moins, qu’un instrument des ambitions de certains princes allemands … Sans cela, il est probable que les conséquences de sa révolte auraient été tout aussi négligeables que celles de beaucoup d’autres dissidences individuelles. » (René Guénon) – Idée menée à bien par l’Anglicanisme, tentée par le gallicanisme.

« Contre cette folle espérance, héritée du prophétisme hébraïque, Celse (polémiste romain anti chrétien) opposait l’éternelle fixité du monde à laquelle il fallait consentir. » (Jean Claude Guillebaud)  – Le temps menant vers, le temps droit, le constructivisme, l’idée même de cheminement, de perfectionnement, de progrès sont issus du judéo-chrétien.

« L’antichristianisme spontané fait incontestablement partie de ces stratégies dissimulatrices (celles d’un nouvel antisémitisme). On pourfend le chrétien en visant secrètement le juif ; on rejette le Nouveau Testament en songeant à l’Ancien ; on dénonce l’Eglise pour atteindre, par ricochet, la Synagogue. La lutte médiatique et gratifiante contre ‘l’obscurantisme religieux’ devient ainsi l’habillage d’une hostilité inavouée à l’endroit de l’héritage biblique dans son ensemble. » (Jean-Claude Guillebaud)

« L’Eglise catholique n’a pas suivi la pente cathare, en ce sens qu’elle a appelé tous les fidèles à la perfection de la charité  et de l’amour. Elle a encouragé les écoles de perfection, mais en même temps qu’elle conseillait à chacun de monter plus haut, elle venait au secours de l’homme quelconque, de l’humanité moyenne et de tous ceux qui souffrent du mélange de la chair et de l’esprit, du bien et du mal … Elle tentait de faire passer le souffle de l’esprit à travers la condition quotidienne. Elle poursuivait l’œuvre de l’Incarnation … Elle venait au secours du pécheur en lui offrant à chaque instant le moyen de la réconciliation. Il n’y avait pas de caste de parfaits dans cette société catholique. Il n’y avait pas davantage de moments de perfection dans la vie de l’individu ; et, comme il n’y avait pas de moments de perfection, il n’y avait pas non plus de moments de désespoir … Le christianisme vient au secours de l’homme ; il reconnaît la division, la lutte intérieure. » (Jean Guitton)

« Luther ne rabaissait pas le niveau, il exhaussait ce niveau moyen, il exaltait la toute puissance, la toute liberté, la toute essence, la toute souveraineté de Dieu et de ses dons, sans rien accorder à la liberté de l’homme. ‘Sola fide’ ! Le protestantisme, s’il est une hérésie,  est dogmatiquement une hérésie de ‘maximum’. Restriction du ‘surnaturel quotidien’, affranchissement … Chargeons la foi et compensons en retranchant des devoirs d’obéissance aux rites … Bizarrement la prédestination donnait des ailes à l’agir, à l’entreprendre … La croyance dans le fatal libère du remords, de la crainte, on s’en sent d’ailleurs toujours excepté … Le plus dur est rassurant, comme l’excellence demande moins de peine que le médiocre. On voulait sauver un îlot de pureté contre la culture ‘occidentale’ émergeante alors. On voulait préserver le monde du Malin, soit qu’il l’ait accepté d’emblée, soit qu’il y ait été entraîné sans le vouloir, le protestantisme entra hardiment dans le jeu du monde. » (Jean Guitton)

« Le croyant est plus libre. L’incroyant est quelqu’un qui a déjà décidé … Moi, catholique, je suis absolument libre de penser que Bernadette était une hallucinée … tandis qu’un incroyant, il ne peut pas dire que c’est vrai … Renan affirmait que si d’aventure un miracle se produisait, il le nierait au nom des lois de la nature … A partir du moment où vous avez nié la possibilité d’un miracle, vous n’en verrez jamais. Donc je suis plus libre. » (Jean Guitton)

« Il ne voyait pas que le pontificat suprême était la fine pointe de l’Incarnation, le contrepoids de chair à toute idéologie, poussant les fidèles à se rassembler non pas seulement autour d’une doctrine, mais aussi d’un homme avec un visage et une histoire, parce que l’amour de Dieu est indissociable de l’amour du prochain … Le christianisme n’est pas qu’une idéologie, mais un magistère vivant. Ses fidèles ne se rassemblent pas seulement autour d’idées généreuses, mais autour de l’unicité de ce prochain en chair et en os, avec ses particularités, ses tics … qui interdisent de planer dans le vague de l’abstraction et ordonne que le rapport à l’Evangile s’exerce par une charité concrète. » (Fabrice Hadjadj) – Le christianisme est la rencontre d’une personne, le Christ.

« Sous l’actuel pontificat, c’est comme s’il y avait deux religions dans l’Eglise : d’une part la religion catholique dont les fins sont spirituelles et extra-terrestres (le salut éternel) et d’autre part la religion des droits de l’homme, la religion humanitaire dont les préoccupations sont uniquement terrestres » (Jean-Louis Harouel)

« Ne peut être véritablement chrétien celui qui, au nom d’un respect sans réserve des principes démocratiques, se plie mécaniquement au choix des sociétés démocratiques. » (Jean-Louis Harouel) – Le laquais qui a abdiqué tout sens critique pour les délices de la servilité.

« Du fait de la disjonction du politique et du religieux caractérisant le christianisme, on pouvait professer un idéal l’égalité fraternelle et accepter une réalité sociale inégalitaire, quitte à le corriger par son action charitable. De même, le conseil évangélique d’aimer son ennemi ne légitimait pas le fait de trahir son peuple en faveur de l’ennemi, qui se rapproche plus d’un marcionisme qui déteste le monde tel qu’il va et valorise les réprouvés, les ennemis. » (Jean-Louis Harouel) – C’est-à-dire qu’on pouvait respecter le monde, et donc le faire durer, tout en l’améliorant, en évitant les bouleversements brutaux et sanglants qui ont toujours écrasé les faibles.

« Dans la religion chrétienne, l’Idée divine est révélée comme l’unité de la nature humaine et de la nature divine … Dieu est conçu comme l’unité de l’universel et du singulier … C’est l’idée de l’Incarnation … l’union du fini et de l’infini. » (Hegel) – Il y a autre chose – aussi – dans l’Incarnation (même si la collaboration humaine, la Vierge Marie) y est affirmée.

« Luther n’avait pas compris que l’idée fondamentale du christianisme, l’anéantissement de la vie sensuelle, était trop en contradiction avec la nature humaine pour être jamais entièrement exécutable. Il n’avait pas compris que le christianisme, tel qu’il se trouvait alors, était un concordat entre Dieu et le diable, c’est-à-dire entre l’esprit et la matière, où la domination absolue de l’esprit était admise en théorie, mais où la matière était mise en état d’exercer par la pratique tous ses droits annulés. De là un prudent accomodement que l’Eglise avait établi au profit des sens. » (Heinrich Heine – sur l’intransigeance de Luther, très allemande)

« Comment nous devons à notre cher docteur, Martin Luther, la liberté de penser dont la littérature moderne avait besoin pour son développement … Les princes  (Allemands) qui ont accepté la réforme ont légitimé cette liberté de la pensée, et la philosophie allemande est un de ses résultats les plus importants. » (Heinrich Heine – sur le libre examen)  

« Les jésuites, ne pouvant élever la terre jusqu’au ciel, ont abaissé le ciel jusqu’à la terre. » (cité par Heinrich Heine) – Plaisanterie qui eût ravi Pascal.

« Le christianisme réussissait ce coup de maître de combiner la croyance farouche en l’individu – par rapport aux épîtres de saint Paul, l’ensemble de la culture antique nous paraît aujourd’hui curieusement policé et morne – avec la promesse de la participation éternelle à l’Être absolu. » (Michel Houellebecq)

 « Une des idées fondamentales de Max Weber, qui étudie la relation entre capitalisme et protestantisme, est celle-ci :  en empêchant les énergies de se déployer dans le champ du plaisir, vers la sensualité, le protestantisme les contraint à s’investir dans le travail, dans la croissance économique, dans le désir du gain. » (Johan Huizinga)

« L’accent mis par le protestantisme sur la conscience individuelle …  l’apprentissage des vérités divines directement dans la Bible a favorisé l’attachement américain à l’individualisme. ..  Leur culture protestante a fait des Américains le peuple le plus individualiste du monde. » (Samuel Huntington) – Emportant toutes les barrières collectives.  

« L’anti-catholicisme initial des américains provenait à la fois des combats qu’ils avaient mené contre le catholicisme pendant la réforme et du fait que l’Angleterre des XVII° et XVIII° siècles, qui se définissait par sa culture protestante,  considérait le catholicisme comme une menace importante … Les attitudes et les actions des Britanniques ont été reproduites dans les colonies américaines … imposant des restrictions sévères sur les organisations et les activités catholiques et réduisant l’attrait de l’Amérique pour des immigrants catholiques … On voyait l’Eglise catholique comme une organisation autocratique et antidémocratique, et les catholiques comme des gens habitués à la hiérarchie et à l’obéissance … Menace …  La régression des comportements et des actions anticatholiques est directement lié à l’américanisation du catholicisme … Les évêques ont fait de gros efforts pour réconcilier l’américanisme et le catholicisme et légitimer la présence des catholiques auprès des Américains protestants … en réconciliant l’universalisme catholique avec le nationalisme américain (nation élue…) et plus ou moins avec l’individualisme américain. » (Samuel Huntington) – Considérations sur le catholicisme américain et sa protestantisation forcée et relative. 

« Le christianisme, représenté par l’Eglise, a peut-être réalisé la forme d’organisation la plus sublime et la plus vaste de spiritualité humaine. Il doit aux Juifs ses impulsions mystiques et ses prémisses … ; aux Grecs l’ampleur philosophique et la puissance de sa pensée ; aux Romains la force organisatrice et le sens pratique. » (Karl Jaspers)

« Rien n’est manifestement plus profitable à l’homme que de se considérer comme élu. Celui qui croit en soi, quel qu’il soit, est supérieur à l’homme sans assurance. Le manque de noblesse du chrétien typique, qui croit à la lettre, provient de son inquiétude plébéienne. » (Hermann von Keyserling) – Au contraire des calvinistes primitifs et des musulmans.

« Le christianisme n’est nullement une religion de la connaissance ; il est une religion de l’action pratique et, comme telle, il dépasse toutes les autres … La meilleure expression d’une idée, au point de vue absolu, est celle qui donne les meilleurs résultats, peu importe si, oui ou non, elle satisfait l’esprit. Tel est le sens de la supériorité du christianisme. » (Hermann von Keyserling, agnostique)

« Face au trafic des indulgences, Luther réagit en protestant. » (Basile de Koch)

« Nous n’avons pas besoin d’un christianisme qui fasse la révolution politique ou qui se hâte de coopérer à la prétendue révolution sexuelle. Il y a assez de forces dans le monde pour tout cela. » (Leszek Kolakowski)

« Le christianisme est la croyance que Dieu s’est fait chair et ce, non pas ‘un jour quelque part’, dans l’obscurité vague de temps préhistoriques, mais en un lieu bien déterminé et à un moment bien déterminé. Il présuppose par conséquent que la corporéité ne peut pas être exclusivement mauvaise et que les valeurs invisibles peuvent revêtir une forme visible, que l’histoire profane peut être le milieu à travers lequel l’histoire sainte, l’histoire de la rédemption, advient à l’expression … Si nous réduisons le christianisme à ce minimum : à la croyance que le Christ-rédempteur est venu au monde à une époque historique pour délivrer les hommes du mal dont ils ne pouvaient se délivrer eux-mêmes, ainsi qu’à la capacité, découlant de cette foi, à renoncer à la haine, une chose nous frappe  : le christianisme comme programme politique ou comme système chrétien de gouvernement, c’est quelque chose qui, à proprement parler, n’existe pas. » (Leszek Kolakowski)

« Dès lors qu’ils étaient convaincus qu’un agir agréable à Dieu ne pouvait leur ménager les voies du ciel, les protestants ont dû chercher une alternative ; l’accomplissement terrestre. » (Hugues Lagrange) 

« Croire pour un catholique est un signe d’obéissance, pour un protestant, c’est un signe d’indépendance. » (Lamennais)

« Présentation de vérités abstraites … à travers des allégories et des exemples particuliers riches de sens, relatés comme des événements effectifs. Ainsi, la création figurée par l’image du jour naissant, la source du mal moral, par le récit de l’arbre interdit, l’origine des diverses langues, par l’histoire de la construction de la tour de Babel, etc. » (G. E. Lessing)

« Une culture qui, pour les apôtres ravis du multiculturalisme,  a le défaut (entre autres) de n’être pas assez exotique. » (Elisabeth Lévy –sur la chrétienté)

« Chercher à accréditer la notion d’un ‘Jésus historique’ … Pour la génération précédente, nous avons lancé l’idée d’un ‘Jésus historique’ de type libéral et humanitaire. Actuellement, nous sommes en train de mettre au point un nouveau ‘Jésus historique’ du type marxiste, catastrophique et révolutionnaire. De telles élucubrations, dont nous pensons offrir un nouvel échantillon tous les trente ans, offrent de multiples avantages… Dévier la dévotion des hommes vers un objet qui n’existe pas … L’accent est mis sur une théorie particulière qu’il est censé avoir défendue … Un tel être ne peut pas être l’objet d’un culte. Au lieu du Créateur adoré par sa créature, tu n’as plus qu’un chef acclamé par ses partisans et, finalement, plus qu’un personnage marquant. » (C. S. Lewis – Tactique du diable)

« Si l’on considère qu’avec les progrès de la philosophie négative du protestantisme n’importe quel esprit immature fut livré à lui-même en ce qui concerne les choses les plus importantes, c’est un miracle que la morale n’ait pas totalement disparu. » (Karl Löwith)

« Le monde considère comme une injure et une provocation toute existence qui n’est pas selon lui. Il se sent menacé par la moindre des conquêtes spirituelles de l’Eglise; et jamais il ne manque de réagir. » (cardinal Henri de Lubac)

« Il y a au fond de l’évangile la vue obsédante de l’unité de la communauté humaine. » (cardinal Henri de Lubac)

« Dans le concert universel, seul le christianisme affirme à la fois, indissolublement, pour l’homme une destinée transcendante et pour l’humanité une destinée commune. » (cardinal Henri de Lubac)

« Si l’esprit vient à manquer, le dogme n’est plus qu’un mythe et l’Eglise n’est plus qu’un parti. » (cardinal Henri de Lubac)

« Le christianisme est, d’une part, le plus conservateur, et, d’autre part, le plus révolutionnaire. Il est l’un et l’autre en un sens éminent. Il est l’un et l’autre à la fois … Ce pourquoi L’Eglise découragera toujours les révolutionnaires qui rêvent de s’en faire une alliée ; elle s’attirera toujours de leur part le reproche de détachement, de manque d’intérêt profond à leur cause, même lorsque son but et le leur paraissent coïncider. Mais elle n’inspirera pas davantage de confiance aux conservateurs ou aux détenteurs de l’autorité, qui sentiront toujours qu’elle leur échappe par le fond d’elle-même, même lorsqu’elle apparaît comme un de leurs soutiens, qu’elle se refuse à considérer leur ordre comme absolu et qu’elle y introduit sans arrêt un principe d’insatisfaction. (cardinal Henri de Lubac)

« La question n’est pas de savoir si les chrétiens sont toujours très intelligents (nous savons bien que non) : elle est de savoir si le christianisme est vrai. La question n’est pas de savoir si les chrétiens ont toujours fait ce qu’on attendait ou devait attendre d’eux (nous savons bien que non) : elle est de savoir si le christianisme est nécessaire au monde. » (cardinal Henri de Lubac)

« Nous désirons trop être rassurés, et nous n’acceptons pas d’être dépaysés. C’est pourquoi nous nous faisons une religion mesquine, et nous cherchons un salut mesquin. A notre mesquine mesure. » (cardinal Henri de Lubac)

« Les professeurs de religion sont toujours exposés à transformer le christianisme en religion de professeurs. » (cardinal Henri de Lubac)

« Quand on ne sait plus voir dans l’Eglise que ses mérites humains, quand on n’envisage plus en elle qu’un moyen … en vue d’une fin temporelle, quand on ne sait plus y découvrir … d’abord un mystère de foi, on ne la comprend plus du tout. Cela même qu’on en admire est alors dénaturé. L’Eglise a pour unique mission, de rendre Jésus-Christ présent aux hommes.Elle doit l’annoncer, le montrer, le donner à tous. Le reste, encore une fois n’est que surcroît. » (cardinal Henri de Lubac)

« On a observé chez les chrétiens de nos jours deux tentations inverses. Quelques uns inclineraient à prendre Jésus sans le Christ (l’homme historique seul), d’autres à prendre le Christ sans Jésus (Le Dieu détaché de l’Incarnation). Les premiers pourraient verser de la sorte dans un moralisme évangélique vidé de substance doctrinale, tandis que les seconds pourraient en venir à se perdre dans les constructions d’une gnose qui n’aurait plus de chrétien que le nom. » (cardinal Henri de Lubac)  

« L’Eglise sait fort bien qu’ici-bas elle ne triomphera jamais pleinement du mal, c’est-à-dire de la désunion … Jamais découragée, elle n’est pourtant pas utopiste …Elle sait que ‘l’état de guerre’, ayant notre germe en notre cœur à tous, sera jusqu’à la fin l’état de notre condition terrestre. La grande cité construite par Caïn à coups de crimes ne sera jamais ruinée tant que le temps subsistera … Elle sait aussi que les progrès les plus certains et les conquêtes les plus admirables de l’homme ont toujours quelque chose d’ambigu, dont le Mal peut tirer parti. Le ‘Mystère d’iniquité’ n’a sans doute pas encore exercé ses plus grands ravages. Comme à tous les âges de son histoire, et plus que jamais peut-être, elle en voit aujourd’hui monter l’ombre redoutable … Elle sait qu’elle est sur terre, en fin de compte, une étrangère. » (cardinal Henri de Lubac)

« Le christianisme ne connaît point parmi ses membres de discriminations analogues à celles que posaient les sectes gnostiques ou manichéennes : pas de ‘psychiques’ et de ‘spirituels’ répartis en deux classes, pas de ‘croyants’ et de ‘parfaits’. Dans la diversité de leurs charges et de leurs devoirs d’état, tous sont régis, à la suite du même Christ, par la même loi spirituelle. » (cardinal Henri de Lubac)

« L’Eglise ne dit rien d’elle-même ; elle ne prétend pas être elle-même la véritable source de la révélation, ainsi qu’on le lui attribue quelquefois à tort pour l’en blâmer : elle ne fait que suivre et déclarer la révélation divine. » (cardinal Henri de Lubac)

« Le dessein divin était d’associer la créature à l’œuvre de son salut. Reconnaître, contrairement à la Réforme, un rôle à Marie (et à l’Eglise) ce n’est pas opérer une usurpation sacrilège… Ce double mystère est, au contraire, garantie de sérieux de l’Incarnation. En Marie, la part de l’activité humaine est subordonnée, mais réelle et capitale. » (cardinal Henri de Lubac)

 « A l’intérieur du même individu, le fidèle et le citoyen apparaissent divisés entre eux … Le mal date de l’Evangile. C’est lui qui a distingué ce que nous appelons aujourd’hui le ‘temporel’ et le ‘spirituel’. C’est lui qui a fait de l’Eglise et de la cité deux choses, dont ni les limites ni les intérêts ne se recouvrent. » (cardinal Henri de Lubac) – Les deux cités, les deux glaives…

« Le Salut universel aussi bien qu’individuel s’accomplit et ne peut s’accomplir que dans le temps concret et par l’histoire. Tout, dans l’Eglise, inculque au chrétien cette loi. Si tout l’y rappelle à la pensée de l’éternité, tout l’y détourne aussi bien de la tentation de ‘sauter hors du temps’. Tout l’y dispose à prendre au sérieux la réalité de l’existence.» (cardinal Henri de Lubac)

« La Révélation chrétienne a dilaté à l’extrême les horizons de la communauté humaine où tout ‘moi’ se trouve à sa naissance, et en même temps elle a consolidé au maximum l’existence de ce ‘moi’, élément infime de cette communauté. Révélation de la fraternité universelle dans le Christ, révélation de la valeur absolue de chaque homme … Universalisation et intériorisation ; personnalisation et unification … saisir d’un seul regard, hors de toute intuition spatiale, le lien du personnel et de l’universel. » (cardinal Henri de Lubac)

« Primitif ou moderne, luthérien ou calviniste, orthodoxe ou libéral, le protestantisme se présente habituellement comme une religion d’antithèses. Rite ou morale, autorité ou liberté, foi ou œuvres, nature ou grâce, prière ou sacrifice, Bible ou pape, Christ sauveur ou Christ juge, sacramentalisme ou spiritualisme, mysticisme ou prophétisme… Le catholicisme n’accepte pas ce partage. » (cardinal Henri de Lubac)

« Il ne s’agit pas d’adapter le christianisme aux hommes, mais d’adapter les hommes au Christ. » (cardinal Henri de Lubac) 

« La Réforme fit perdre la confiance collective en Dieu : elle réduisit Dieu à une ‘idée’ (éloignement de l’Incarnation ?). L’Encyclopédisme se débarrassa même de cette idée. Et nous sommes dans la cécité absolue, nous ne nous voyons plus, nous ne voyons plus ce qui nous appartient. » (Père Giuseppe de Luca – sur les liens organiques qui reliaient le problème de la démocratie à l’humanisme et à la Réforme) 

« Le Christianisme a été prêché par des ignorants et cru par des savants, et c’est en quoi il ne ressemble à rien de connu. » (Joseph de Maistre)

« Depuis l’époque de la Réformation, il existe en Europe un esprit d’insurrection qui lutte d’une manière  tantôt publique, tantôt secrète, mais toujours réelle, contre toutes les souverainetés et surtout contre les monarchies … Le protestantisme naquit les armes à la main … et il fut rebelle dés qu’il eut le pouvoir de l’être … Il embrasa  l’Allemagne, la France, l’Angleterre. La guerre de trente ans fut son ouvrage … Partout il substitue la raison individuelle (or on sait ce qu’elle vaut !) : c’est-à-dire qu’il détruit tout … Si la religion est fondée sur un livre, si nous devons être jugés sur ce livre et si tous les hommes sont juges de ce livre, le Dieu des chrétiens est une chimère mille fois plus monstrueuse que le Jupiter des païens … Un livre séparé de l’autorité qui l’explique n’est rien … La grande base du protestantisme étant le droit d’examiner, ce droit n’a point de limites ; il porte sur tout et ne peut recevoir de frein … qu’est-ce qu’un protestant ?  Un anglican, un luthérien, un calviniste, un zwinglien, un anabaptiste, un quaker, un méthodiste, un morave, etc. (je suis las). Le protestant est un homme qui n’est pas catholique : en sorte que le protestantisme n’est qu’une négation. » (Joseph de Maistre – marqué par la participation des protestants à la chute de la royauté et à la révolution qu’il exècre)

« Point de morale pratique ni de caractère national sans religion ;

« Point de religion européenne sans christianisme ;

« Point de catholicisme sans le pape ;

« Point de pape sans la suprématie qui lui appartient. » (Joseph de Maistre) – L’enchaînement est rigoureux.

« L’homme savait bien qu’il pouvait irriter Dieu ou un dieu, mais non qu’il pouvait l’offenser. Les mots de ‘crime’ et de ‘criminel’ appartiennent à toutes les langues, ceux de ‘péché’ et de ‘pécheur’ n’appartiennent qu’à la langue chrétienne. Par une raison du même genre, l’homme a pu appeler Dieu ‘père’. » (Joseph de Maistre)

« Le  christianisme est la seule religion qui libère l’espace profane. » (Pierre Manent)

« L’Eglise est dans le monde mais n’est pas du monde. Si elle engage les hommes à se montrer fidèles aux formes sociales éprouvées par le temps, ce n’est pas qu’elle soit attachée à l’une ou l’autre de ces formes, c’est qu’elle sait que la stabilité des lois est un des biens de la multitude. » (Jacques Maritain) – Bien dont le désordre frénétique actuel veut la priver pour livrer les gens au stress permanent afin de mieux les asservir encore.

« Les catholiques ne sont pas le catholicisme. Le catholicisme n’est pas chargé de fournir un alibi aux manquements des catholiques. » (Jacques Maritain)

« Le mal est plus fréquent que le bien dans l’espèce humaine. Il est donc naturel qu’il y ait plus de mauvais chrétiens que de bons chrétiens. » (Jacques Maritain)

« Il y aurait grave erreur à imputer à l’Eglise les fautes et les erreurs commises par son personnel. » (Jacques Maritain) – Ce qui ne dédouane personne de sa responsabilité, de son devoir de vigilance.

« Il n’y a pas de dépassement dialectique possible du christianisme car il est le dépassement dialectique de tous les dépassements dialectiques concevables. » (Karl Marx – cité par Pierre Chaunu) – On peut penser qu’il s’agit d’un hommage.

«  Elle savait maintenant que ce n’est pas de mériter qui importe, mais d’aimer. » (François Mauriac – La Pharisienne)

« Il faut que le pape soit. » (Charles Maurras – l’agnostique)

« A Dieu le père, on peut très bien attribuer une figure maternelle. Je peux appeler Dieu le père, mais le doter de caractéristiques maternelles : amour universel, bonté, bienveillance, générosité, pardon… de telle sorte que dans la religion chrétienne, c’est bien davantage la figure maternelle qui se trouve spiritualisée … La relation fécondante s’établit entre la femme et le Saint-Esprit. » (Charles Melman – Voir Marie et le si effacé Joseph)

« Seul le christianisme, son histoire le prouve, permet aux extrêmement puissants d’éviter l’extrême folie. » (Jean-Claude Milner)

« L’Eglise … vend la globalisation planétaire avec le même  contenu et la même ferveur glacée que l’ONU, l’OTAN et les bureaucrates de Bruxelles. » (Thomas Molnar – fervent catholique)

 « L’Incarnation se met en travers de toutes les songeries gratuites, elle concentre la foi en Dieu sur un point, un corps, un réel … Les chrétiens affirment que l’origine de leur religion n’est pas le mythe mais le récit, et que celui-ci relate un événement unique, irréversible, possédant des coordonnées précises dans le temps et l’espace. » (Thomas Molnar)

« La primauté du spirituel étant jetée par la fenêtre, le protestantisme est obligé d’adopter le discours du temporel, notamment ce qu’il y a de plus dangereux et de plus excessif dans le temporel, la dernière mode. » (Thomas Molnar)

« Luther ne voulait que ‘le moins possible de lois humaines … Nous savons ce qui est bien … L’amour n’a pas besoin de lois … De vrais chrétiens n’ont besoin ni de lois ni de princes’ … Pour Calvin, c’était un rêve insensé, ‘Rejeter le gouvernement comme inutile est inhumain et barbare. Un gouvernement coercitif n’est pas moins nécessaire…’ »  (Thomas Molnar) – Les deux grandes variétés de protestantisme.

« Si je suis damné quoi que je fasse, était tenté de se dire le fidèle moyen …  eh bien, je m’orienterai vers la réussite mondaine … Puisque parmi les fidèles il n’y avait qu’un petit nombre d’élus, connus seulement du Seigneur, les autres étant damnés sans le savoir … la Réforme baissa le niveau moral du grand nombre des non-sauvés et qui se devinaient tels. » (Thomas Molnar – sur le Protestantisme – au moins à son origine) – « L’homme par lui-même ne peut rien … Aucune bonne œuvre qu’il accomplit ne peut faire de lui un juste, ni moins encore le sauver, parce que tout ce qui ne provient que de lui est mauvais. » (Claudio Magris – toujours sur le Protestantisme) 

« ‘L’Evangile sans le christianisme devient fou’ (cardinal Danièlou). De fait, c’est bien en opposant au christianisme des ‘idées chrétiennes devenues folles’ que la sécularisation et l’athéisme ont pu naître. ‘L’auto-affirmation de l’homme contre le christianisme est elle-même rendue possible par le christianisme (cardinal Walter Kasper) … La sécularisation n’est pas  seulement caractérisée par la perte d’influence des Eglises et la montée de l’indifférentisme de masse, mais aussi par le transfert dans la sphère civile des thèmes et des structures caractérisant la pensée judéo-chrétienne. » (Thomas Molnar)

« Chose admirable ! la religion chrétienne qui ne semble avoir d’objet que la félicité dans l’autre vie, fait encore notre bonheur dans celle-ci. » (Montesquieu)

«  Il sent avec force le premier mouvement du christianisme, le ‘Nada’, il sent peu le second, l’Union, le ‘Todo’ … Révérer l’infinie distance de Dieu. Mais l’incarnation ? » (Henry de Montherlant – sur certain ascétisme – Le maître de Santiago)

« Une religion par bonheur immobile, qui parle encore le premier langage des Evangiles. » (Paul Morand – sur la foi orthodoxe)

« J’étais de formation huguenot. Bienséance, Convenance, Décence, ces trois fées réformées me suivaient depuis le berceau. » (un personnage de Paul Morand)

« L’abbé Brémond me parlait des convertis, comme Péguy et qui veulent vous apprendre ce qu’est l’Eglise. Je ne ménage pas les veaux gras, mais, ajoutait-il ‘pas de tour du propriétaire’. » (abbé Mugnier) – Allusion à la parabole du Fils prodigue.

« La supériorité pratique des grandes religions chrétiennes,  c’est qu’elles ne doraient pas la pilule. Elles n’essayaient pas d’étourdir, elles ne cherchaient pas l’électeur, elles ne sentaient pas le besoin de plaire … Elles saisissaient l’homme au berceau et lui cassaient le morceau d’entrée … Elles ne s’embarrassaient pas de précautions pour instituer un rapport de conflit violent avec les fidèles dont elles avaient la charge … Elles n’encourageaient pas la vanité. » (Philippe Muray ou Louis-Ferdinand Céline)

« Ce ne sont pas le monde, ni les vivants, ni la nature, ni la matière dont les Pères de l’Eglise disent le plus grand mal, c’est la corruption dans l’homme, la nature ou la matière. Distinction subtile balayée par la Réforme et le jansénisme qui basculent, eux, dans le pessimisme. Ils héritent de Mani ou de Pélage… » (Philippe Muray)

« Parler aujourd’hui de ‘péché’ semble assez désuet dans la mesure où notre christianisme n’est plus tant un christianisme du péché qu’un christianisme de l’amour et de l’espérance. » (Jean-Luc Nancy)

« Le chrétien n’est pas de ce monde, mais il est dans le monde. » Echo de « Quand le siècle sera avec Dieu, Israël sera avec son siècle. » (André Neher)

« Si nous sommes réputés ‘pécheurs’, c’est-à-dire moralement responsables, c’est que nous sommes réputés avoir pu agir autrement que nous avons agi, c’est donc que nous sommes réputés être libres … L’idée même de ‘péché originel’ signifie que l’homme aurait pu faire que le monde ne fût pas ce qu’il est. » (Philippe Nemo)

« Il me semble que c’est la morale judéo-chrétienne de l’amour et de la compassion, d’une miséricorde qui doit aller au-delà de toute justice, qui, en apportant une sensibilité inédite à la souffrance humaine, un esprit, sans équivalent dans l’histoire antérieure connue, de rébellion contre l’idée de la normalité du mal, a donné le premier branle à la dynamique du progrès historique (prophètes, Psaumes, Sermon sur la montagne…) … La Bible rompant avec la sérénité de la morale païenne, rompt aussi avec le temps cyclique de l’Eternel retour (incompatible avec la lutte contre le mal) et inaugure un temps sinon linéaire, au moins ‘tendu vers l’avant’. » (Philippe Nemo)

« La foi est l’espérance en un amour. » (Jean Orcibal) – Concerne la foi chrétienne. N’est pas applicable à toutes les religions.

« La pensée moderne escamote la violence humaine et elle méconnaît, ce que ne fait pas la pensée religieuse, la menace mortelle qu’une crise mimétique fait peser sur toute société humaine … Elle a aboli le sacré, supprimé les interdits, déchaîné les rivalités mimétiques, elle ne peut donc repérer l’essence du religieux ni lui attribuer une fonction réelle. » (Christine Orsini – sur les thèses de René Girard) – La religion, chrétienne au moins, est hantée par le problème de la violence.

« Le protestantisme, qui s’est volontairement privé d’harmoniques, démeuble les lieux et dépouille les êtres, sans leur fournir les consolations que dispense la catholicité … Le monde plat et déblayé du protestantisme, son esprit d’égalité, le manque de nuances et de complications, l’allergie à toute forme de sélection, la détestable absence de clair-obscur offrent à l’élan démocratique toute latitude pour s’exercer. » » (Mona Ozouf – évoquant le romancier Henry James) – Sincérité certes, mais froideur et simplification (au sens castration, du moins apparente)  d’existences plus hétéroclites.

Sur la distinction des formes de pensée masculines et féminines : « L’Eglise paraît avoir accompagné une époque qui valorise ce qu’elle reconnaît comme éminemment féminin (sollicitude, domaine du cœur) au détriment des valeurs autrefois dévolues à la virilité … Hypothèse : le protestantisme beaucoup plus féministe dés l’origine puisque c’est dans ces pays que le féminisme est né, n’a-t-il pas renforcé cette tendance ? » (Paul-François Paoli)

« Le paradoxe du christianisme est que c’est justement parce que l’homme est créé à ‘l’image de Dieu’ qu’il peut aussi, par orgueil, s’octroyer le pouvoir de désobéir et d’affirmer sa dissidence … Le christianisme est, par excellence, la religion de la liberté, alors que l’Islam juridique est, par excellence, la religion de l’obéissance. » (Paul-François Paoli)

« Il n’y a pas le moindre lien entre la chrétienté d’un Moyen Âge catholique occidental, qui inspirait une civilisation organique fondée sur des ordres sociaux hiérarchisés, où primaient notamment les valeurs de contemplation, et l’univers des puritains évangélistes américains contemporains qui font du succès et du business des signes de la grâce divine … Ordres mendiants et ordres guerriers, franciscains prêchant la douceur, cisterciens de Bernard de Clairvaux prêchant la guerre sainte, jésuites et jansénistes au XVII° siècle. » (Paul –François Paoli) – Multiplicité suivant les lieux et les temps … et les hommes. Même dans une paroisse actuelle, on trouve de tout, et miracle que cela tienne ensemble.

« L’idée du péché originel induit un pessimisme anthropologique, mais aussi une forme d’indulgence. » (Paul-François Paoli) – Laquelle disculpe partiellement l’homme.

« Dominique Venner (brillant intellectuel français) était emblématique d’un certain paganisme qui attribuait à Jérusalem tous les maux de la modernité, à commencer par le messianisme dont le mondialisme serait un avatar après l’internationalisme révolutionnaire … La thèse n’est pas complètement dénuée d’arguments. » (Paul-François Paoli) – Semblablement Nietzsche.

« L’hérésie de Guillaume d’Okham, qui va ouvrir la voie à Hobbes puis à Luther est fondée sur une perte de confiance en la raison comme matrice du bien commun. L’individu perd confiance en l’institution, l’Eglise ou l’Etat, et se réfugie dans son intériorité, seule source de vérité et d’authenticité. Ce retrait dans la subjectivité va générer l’individualisme qui est au fond du protestantisme. » (Paul -François Paoli – résumant Michel Villey)

« Le culte bavard de l’opinion, la démocratie de l’émotion, l’invasion du champ politique par la morale ne relèvent pas du tout du paganisme, mais d’une forme de protestantisme qui va à contre-courant de notre histoire … Passion compassionnelle, autorité des victimes, impossibilité pour l’Etat de sévir dans des domaines régaliens qui relèvent de sa raison d’être … Nous sommes, sans le savoir, ni même le vouloir, devenus protestants parce que nous privilégions l’individu sur le groupe, la libre conscience sur la vérité déposée, la liberté sur l’autorité … Il existe bien des affinités qu’on pourrait qualifier d’anthropologiques entre protestantisme et libéralisme … La source de l’autorité n’est plus extérieure ou transcendante, elle est devenue intérieure et immanente. » (Paul-François Paoli) – Certes, mais c’est si délicieux de se coucher devant la perversité anglo-saxonne, et plus spécifiquement américaine.

« C’est au glaive des princes que la Réforme doit son succès en Allemagne ; si cet appui lui avait manqué, elle aurait eu la fin de l’hérésie des Albigeois. » (Vilfredo Pareto)

« La connaissance de Dieu sans celle de sa misère (celle de l’homme) fait l’orgueil. La connaissance de sa misère sans celle de Dieu fait le désespoir. La connaissance de Jésus-Christ fait le milieu, parce que nous y trouvons et Dieu et notre misère. » (Blaise Pascal)

« Aucune autre religion n’a demandé à Dieu de l’aimer. » (Blaise Pascal)

Devenir « le guide, grandiose mais non autoritaire, de tous ceux qui refusent le nouveau pouvoir de la consommation qui est complètement irréligieux, totalitaire, violent, faussement tolérant, répressif, corrupteur et dégradant. » (Pier Paolo Pasolini – sur le rôle de l’Eglise catholique au XXI° siècle) – Défendre le spirituel contre l’homo économicus, le lien social contre la folie de l’individualisme – Rôle un peu court car trop temporel, mais exact dans ce cadre restreint. 

« Ce que Jeanne d’Arc demandait à ses hommes, ce n’était pas des vertus, c’était une vie chrétienne. Et c’est infiniment autre chose. La morale a été inventée par les malingres. Et la vie chrétienne a été inventée par Jésus-Christ. » (Charles Péguy)

 « La personnalisation de la relation avec le divin se dessine déjà dans toute perspective monothéiste. Dés le judaïsme, dialogue entre Israël et Dieu … Avec le christianisme, et plus encore avec la Réforme, la personnalisation de la relation avec le divin connaît un développement sans précédent. Car, le réformé qui ne dispose plus de l’absolution de son Eglise, est confronté, dans une totale solitude, à un face-à-face direct avec Dieu, rencontre rendue plus angoissante encore par la doctrine de la prédestination … L’homme privé des intermédiaires pouvant jouer le rôle d’intercesseurs. Il est aussi seul devant l’Ecriture, car le ‘libre examen’ invite chaque membre à sonder les Ecritures… Privé des rites (symbolique régénérante et déculpabilisante), du prêtre (consolant et pardonnant), on arrive ainsi à une exacerbation sans précédent de l’individualisme … Comme l’écrit si bien Max Weber, dans cette optique, le réformé tenait scrupuleusement un journal religieux ‘pour se tâter le pouls’ … L’éthique protestante, avec son exigence de confrontation directe avec dieu, d’affirmation permanente de la valeur personnelle, représente une sorte d’absolu de la solitude de l’homme moderne … culpabilité. » (Evelyne Pewzner) – Le rapport étroit entre l’essor du protestantisme et l’explosion de l’individualisme était écrit (si je puis dire).

« L’idée qu’un enfant pauvre et minuscule pouvait incarner l’espoir du monde, le renversement absolu et potentiellement révolutionnaire de toutes les valeurs. » (Natacha Polony – sur Noël) – Pas sur la consécration de la grande bouffe, des illuminations et du grand gaspi.

« J’ai pensé que si l’Eglise de France en était réduite à répandre les idées marxistes dans le monde, il y avait un gros problème. » (Père François Ponchaud – sur les cathos-maos des années 70) – Le père, lui était au Cambodge depuis 10 ans, parlait khmer et a vu les Khmers rouges à l’œuvre au contraire de ses confrères parisiens marxisés. On va retrouver plus tard les mêmes ou leurs disciples, heureusement plus rares, investis dans la chasse aux prétendus racistes et dans le mépris du peuple français.

« En ces circonstances, les journalistes catholiques se distinguèrent particulièrement. Catholique et de ferme croyance, j’ai toujours remarqué que, de toutes les canailles, les canailles catholiques sont les pires. En 1946, ces bien-pensants humaient leur pichet de sang avec une volupté toute  spéciale. Surtout quand la victime était de leurs coreligionnaires. » (Robert Poulet – sur l’épuration en Belgique) – C’est hélas souvent vrai, du moins ce le fût. Mais attention, il ne s’agit que d’exceptions. Tous les journalistes catholiques (ou autres) ne sont pas des canailles.

« Il est permis d’appartenir à n’importe quelle religion, ou à aucune, sauf d’être catholique. » (Christiane Rancé) – Et sauf à encourir la moquerie, l’ironie, et souvent les insultes les plus basses.

« Le christianisme, le jardin d’enfants du communisme. » (Ayn Rand)

« La foi chrétienne ne se réfère pas à des idées, mais à une personne …Être chrétien, ce n’est pas d’abord prendre une décision éthique ou organisationnelle, mais c’est être séduit par une personne. » (cardinal Joseph Ratzinger)

« La foi chrétienne c’est reconnaître que le don précède l’action, sans pour autant déprécier l’action. C’est parce que nous avons reçu qu’il nous est possible de ‘faire’. » (cardinal Joseph Ratzinger)

« La préoccupation de l’Eglise primitive pour défendre la vraie divinité de Jésus a la même racine que la préoccupation de sa véritable humanité. Il ne saurait être ‘notre’ médiateur, s’il n’était véritablement homme; Il ne saurait faire aboutir la médiation, s’il n’était véritablement Dieu comme Dieu. » (cardinal Joseph Ratzinger)

« Le chrétien répondait aux païens que son Dieu ne ressemblait ni à Zeus ni à  Dionysos, mais plutôt à l’Etre Suprême dont parlait les philosophes d’alors. Le choix ainsi opéré signifiait l’option pour le ‘logos’ contre toute espèce de ‘mythos’, la démythologisation définitive du monde et de la religion …  La foi chr‚tienne a opté contre les dieux des religions pour le Dieu des philosophes, c’est dire contre le ‘mythos’ de la seule coutume pour la vérité‚ de l’être lui-même … Mais, le Dieu des philosophes est essentiellement ordonné à lui-même, il est pure pensée, se contemplant elle-même. Le Dieu de la foi, au contraire est défini fondamentalement par la catégorie de la relation. Il est l’Immensité créatrice qui embrasse la totalité … Le Dieu des philosophes est pensée pure. Le Dieu de la foi est amour. Pour lui, penser, c’est aimer. Ce n’est plus la pensée qui est divine, c’est l’amour. »  (cardinal Joseph Ratzinger)

« Je suis radicalement inquiet quand je lis les homélies du pape. J’aime bien le ‘aimez-vous les uns les autres’. Mais je ne comprends pas pourquoi le souverain pontife me dit que je devrais aimer les migrants plus que les autres. Sous Benoît XVI, j’envisageais éventuellement une conversion au catholicisme. Sous François, j’y ai radicalement et définitivement renoncé. » (Benoît Rayski) – Définitivement !

« Notre religion nous fournissait trop de points d’appui et pas assez de points d’envol. » (une religieuse – sur le cléricalisme – citée par Gustave Thibon)

« Se laisser enseigner par les Ecritures dans l’humilité de l’écoute tout en exerçant l’intelligence de la foi dans la responsabilité de l’interprétation. » (Paul Ricœur – cité par Marcel Gauchet) – Paradoxe du Protestantisme « La singularité de Luther fut de soutenir que l’être humain … devait affronter les questions de la foi sel et sans aide, plutôt que dans un cadre communautaire. On a là une théologie de l’individu. » (Richard Sennett) – Et une justification de l’éparpillement (qualifiable d’anarchique, sans l’aspect péjoratif du terme)

« Les deux puissances morales dont cette guerre contagieuse a de plus révélé la faiblesse, c’est le christianisme, et le socialisme. Ces apôtres rivaux de l’internationalisme religieux ou laïque se sont montrés soudain les plus ardents nationalistes. » (Romain Rolland – sur le délire réciproque de 1914)

« La doctrine (protestante) de la prédestination et de la justification par la foi est grosse d’une nouvelle optique de la vie … Le riche est le dépositaire du bien de Dieu, il doit le rendre productif (sens de la parabole du ‘mauvais serviteur’) … C’est faire injure à la Providence que de négliger un de ses dons … la réussite dans les affaires, signe de l’élection divine … Comment ne pas penser que l’on est au nombre des élus ? … Le calvinisme et les sectes issues de lui retournent à la vieille conception sémitique de la récompense… » (Louis Rougier)

« Un catholique du midi, à la différence d’un protestant, ne confond pas la morale avec les mœurs. » (Dominique de Roux) – Et c’est une différence non négligeable.

« La question de la culture est au cœur du catholicisme contemporain sous des formes très diverses (inculturation (reconnaissance de la culture environnante) , défense d’une culture européenne, référence au latin, théologie de la libération…), alors que le protestantisme va au contraire aller très loin dans la voie de la déculturation entre marqueurs religieux et marqueurs culturels. » (Olivier Roy)

 « La Réforme, d’emblée affirme, la disjonction absolue entre le religieux et le culturel … La réforme de Luther a consisté à affirmer une rupture non pas avec une religion, mais avec une culture religieuse (déviations, erreurs, rites… du catholicisme, proches du paganisme). » (Olivier Roy)

« Le christianisme référence identitaire et pas du tout référence religieuse (les ‘racines chrétiennes de l’Europe’) … La culture dominante considérée comme un christianisme sécularisé … Ce qui est en débat, c’est moins le contenu des valeurs que leur fondement (la société moderne étant bien celle qui prétend se fonder elle-même) … A l’heure où l’Eglise accepte une société civile séculière, on se trouve devant la divergence des valeurs … Depuis les années soixante croyants et laïques ne partagent plus les mêmes valeurs … La loi et la morale ‘naturelle‘ ne sont plus partagées. Les nouvelles valeurs (issues du modèle ‘soixante-huitard’) sont fondées sur l’individualisation, la liberté et la valorisation du désir, qui devient sa propre norme  et n’est plus soumis à d’autres contraintes que le désir des autres … ce ne sont plus des valeurs chrétiennes sécularisées. La liberté de la personne l’emporte sur toutes les normes transcendantes … Plus de morale naturelle … Le renoncement au mythe prométhéen de transformation de la nature par l’homme conquérant s’arrête au corps humain. Celui-ci est au contraire l’objet même de la liberté individuelle (toutes les manipulations, y compris celles portant sur la filiation, sont les bienvenues. Dans ce domaine, exit le principe de précaution dont on nous a rabattu les oreilles, au point de l’inscrire stupidement dans la Constitution) … Ce sont les définitions même de la division sexuelle, de la famille, de la procréation et de la transmission qui sont remodelées,  on s’affranchit des lois de la nature, ou plutôt celles-ci relèvent du seul domaine de la technique … Valeurs chrétiennes et valeurs occidentales ne coïncident plus, d’où la référence très vague à des traditions ‘culturelles’, comme si les valeurs chrétiennes  ne  se définissaient plus que comme marqueurs culturels (les crucifix des classes italiennes, les croix…) … Le système (ainsi sécularisé) est instable en termes de fondement des valeurs (ou plus exactement on peut se demander si, en l’absence de tout fondement, il reste des valeurs) … Désormais la rupture entre le catholicisme et la culture dominante ne porte plus sur le pouvoir ; et elle va bien au-delà d’un désaccord sur la morale, elle porte sur la question anthropologique, sur ce qui fonde la société en général …  Apparition de la notion politico-ecclésiale de ‘principes non négociables’ … ‘L’Etat libéral séculier  vit sur des principes normatifs que lui-même est incapable de garantir, car alors il cesserait d’être libéral’ (Le paradoxe soulevé par le juriste allemand Böckenförde). »  – Autant affirmer que l’évocation de valeurs par un Etat libéral ne constitue rien moins qu’une  escroquerie intellectuelle et que les nuisances catastrophiques qui vont découler du mépris des évidences anthropologiques ne sauraient tarder malgré les efforts énormes que le gang progressiste ne manquera pas de consentir pour mentir et les dissimuler.  (Olivier Roy – L’Europe est-elle chrétienne ? – Considérations éparses, notamment sur les valeurs)

« Elle a sanctifié les passions forcenées, béni les démences, acclamé les névroses qu’elle avait préalablement canalisées… Et tout mécréant que je sois aujourd’hui, je me réjouis dans le fond du cœur d’y avoir été admis (dans l’Eglise catholique), car j’en ai éprouvé de grands bienfaits dont je puis témoigner aujourd’hui d’autant plus impartialement que je ne crois pas y retourner jamais. » (Maurice Sachs) – Experte en humanité.  

 « Le mérite de l’éthique chrétienne devant l’Histoire fut d’avoir stimulé et protégé le génie créateur de l’homme, d’avoir rendu possible son épanouissement, grâce au frein qu’elle imposa à l’envie … en imposant à ses victimes de s’abaisser … Devant Dieu tous seront égaux, les pauvres auront même plus de chances d’être admis au ciel. » (Helmut Schoeck)

« Se faisant homme, Dieu me montre qu’à moi seul

« Je Lui suis plus et plus cher que tous les esprits. » (Angelus Silesius – sur l’Incarnation)

« Le dieu chrétien est le premier à étendre sa sphère sur ceux qui croient en lui comme sur ceux qui n’y croient pas … Il n’est pas le dieu de ses croyants, il est celui de l’être en général … Il brise l’exclusivité du groupe social … L’unité envahissante du dieu chrétien fait sauter le confinement sociologique dans lequel l’idée d’unité (due au groupe religieux) a pu d’abord prendre son essor. » (Georg Simmel)

« Au commencement de la pensée historiale chrétienne, la transformation du temps du monde en un temps d’attente qui rétrécit l’horizon à la courte période qui sépare la crucifixion de la réapparition du Messie. Ce minimum qui a dû servir de point de départ aux élargissements ultérieurs de l’horizon qui sont devenus nécessaires quand on commençait à ne plus pouvoir accomplir dans son existence l’attente du retour … Sans le christianisme il n’y aurait pas de périodisation de l’histoire … Devenue encombrante, non plausible, la pensée d’une fin dernière est cachée par la philosophie d’un progrès infiniment perfectible … Ainsi depuis le XVIII° siècle, des idées chrétiennes agissent contre le christianisme traditionnel … en donnant naissance à des philosophies de l’histoire résolument postchrétiennes ou antichrétiennes … L’impulsion des Lumières, puis du marxisme qui rend à la conception moderne du progrès la perspective messianique d’un commencement de la fin. » (Peter Sloterdijk)

« L’Eglise occidentale … n’a pas craint de s’enfoncer dans la fange de la vie historique. Ayant été pendant de longs siècles le seul élément d’ordre moral et de culture intellectuelle parmi les populations barbares de l’Europe, elle a pris sur elle toute la tâche du gouvernement matériel aussi bien que de l’éducation spirituelle de ces peuples à l’esprit indépendant et aux instincts farouches. En se vouant à ce dur travail, la papauté, comme le saint Nicolas de la légende pensait moins à sa propreté apparente qu’aux besoins réels de l’humanité. L’Eglise orientale, de son côté, avec son ascétisme solitaire et son mysticisme contemplatif, avec son éloignement de la politique et de tous les problèmes sociaux … désirait avant tout, comme saint Cassien, arriver au paradis sans une seule tache sur sa chlamyde … Là il ne s’agissait que de garder sa pureté. » (Vladimir Soloviev) – Il fallait bien que quelqu’un fasse le travail, même en courant le risque de se salir les mains.

« Suivant les principes de la Réforme, un vrai chrétien devrait pouvoir passer, à volonté, du type économique au type monacal (de l’insertion réussie dans le monde à l’ascétisme le plus rigoriste). Cette alternance est beaucoup plus difficile à obtenir d’un individu que l’exacte discipline d’un ordre monastique. » (Georges Sorel) – Sorel incline toujours, dans ses inclinations révolutionnaires, vers un certain élitisme de purs entraînant la masse.

« Détruisant la liaison visible avec l’infini (le prêtre ordonné), Luther, qui n’a connu que lui-même et non les hommes, a mis à la place de la faiblesse réelle l’héroïsme subjectif. Pour lui, la vie était une lutte désespérée contre le diable, et c’est cette lutte qu’il exigeait de chacun, et chacun restait seul dans ce combat (d’où le sérieux triste des pays protestants). La réforme a écarté tout le côté lumineux et consolant du mythe gothique : culte de Marie, vénération des saints, reliques, images, pèlerinages, sacrifice de la messe. Le mythe du diable et de la sorcière a subsisté, parce qu’il était la cause de l’incarnation et de la misère intérieure qui allait désormais atteindre son apogée. » (Oswald Spengler)

« A travers l’histoire, le monothéisme absolu s’est révélé quasi intolérable … L’Ancien Testament n’est qu’une succession de mutineries, de brefs retours … Qu’il s’agisse de la Trinité, de la prolifération des saints et des anges, ou des représentations concrètes de Dieu le Père, du Christ, de Marie, les églises chrétiennes ont … associé l’idéal monothéiste à des pratiques polythéistes. C’est ce qui leur a donné leur souplesse et leur puissance syncrétique. » (George Steiner)

« Pour plaire à son mari et à son parti, Mme de Puylaurens allait à l’église deux ou trois fois par jour ; mais, dés qu’elle y était entrée, le temple du Seigneur devenait un salon. » (Stendhal)

 « Il ne faut pas sous-estimer la responsabilité de la hiérarchie de l’Eglise, qui ne rate pas une occasion de culpabiliser ses ouailles et de leur faire encore plus courber l‘échine … L’ingérence continue et orientée des responsables de l’Eglise dans le débat sur l’accueil des migrants … Assister impuissants à la transformation de l’Europe en Liban, en Balkans ou encore en Syrie, avec les conséquences que l’on sait ? Est-ce cela qu’on appelle la charité chrétienne : donner pour se ménager une place au Paradis en se lavant les mains des conséquences ici-bas ? … Aujourd’hui, tout comme hier … et sans en avoir nécessairement pleine conscience, la hiérarchie de l’Eglise se retrouve du côté des puissants. » (Malika Sorel-Sutter) – Jadis, dans ses premiers temps, tout en ne renonçant pas à sa mission universelle, l’Eglise savait comprendre, se préoccuper des, protéger, les populations locales. Ce temps est bien fini, ainsi que l’a montré l’abandon et la perte de la classe ouvrière au XIX° siècle.

« Le catholicisme romain a depuis longtemps cette vertu mystérieuse de mettre en fureur les imbéciles. »  (François Taillandier )

« Avec cette exigence qui est de tirer l’homme vers le haut, l’Eglise catholique concentre sur elle une très forte négativité … Son rôle dans notre histoire collective est à peu près exclusivement abordé sous l’angle des abus ou des erreurs, parfois terribles, qu’elle a d’ailleurs reconnus. Mais rien sur ce qu’elle a apporté …  La charge de la preuve revient à celui qui cherche seulement à rectifier le discours dominant et spontané, et le ramener à un peu plus d’équité (en terme juridique, type même de procédure inquisitoriale). » (François Taillandier)

« Penser qu’il y a dans la nostalgie le lieu et le ressort d’un effort culturel, la conscience salvatrice de notre infériorité à l’idéal,  la perception d’une distance qu’il s’agit de combler, le sentiment de perte un des plus hauts qui puissent nous animer … Cette non coïncidence de l’homme à lui-même est la grande, et peut-être la seule, leçon du christianisme, qui fonde l’idée même de l’être humain dans la représentation de son incomplétude. » (François Taillandier)

« Le christianisme, la grande paire d’ailes indispensable pour soulever l’homme au-dessus de lui-même. » (Taine)

« En rejetant le sacré et l’idée de médiation, les protestants rejetèrent l’idée de hiérarchie, non seulement parce qu’ils répudiaient son incompatibilité fondamentale avec la foi, mais aussi parce qu’elle allait à l’encontre de l’engagement religieux tel qu’ils l’entendaient … Chaque personne se trouve seule dans sa relation avec Dieu … Toute la théologie catholique ne pouvait qu’équivaloir au refus présomptueux et blasphématoire de reconnaître la contribution exclusive et totale de Dieu à notre salut. Elle était une tentative arrogante d’entraver la souveraineté infinie de Dieu. Elle était donc tout à fait incompatible avec ce que les protestants définissaient comme la foi (schématiquement, tout est don exclusif de Dieu) … En refusant toute forme particulière comme lieu privilégié du sacré (lieux, périodes, gestes, pèlerinages, vénérations, monastères … messe même), ils refusaient du coup la distinction entre le sacré et le profane et affirmaient par conséquent, leur interpénétration … Il fallait trouver la plénitude de l’existence chrétienne à l’intérieur des activités de cette vie … d’où la préfiguration et la fondation de la prééminence de la vie ordinaire (travail, production, famille…), incidemment pour rompre la motivation indue de l’orgueil qui incitait les gens à transcender la vie laïque ordinaire. » (Charles Taylor)

« Le christianisme prend tout au sérieux, il ne prend rien au tragique. »(Gustave Thibon)

« Quiconque se hasarde à enseigner l’Evangile risque de voir se dresser contre lui les grandes et terribles vérités qu’il a lui-même affirmées. » (Lanza del Vasto) – D’où peut-être, en partie, la frilosité des chrétiens à communiquer leur foi.

« Principe de sécularisation de sociétés modernes. L’abaissement de Dieu (le dépouillement des attributs divins qu’on appelle la kénôse) qui dément la sagesse du monde, c’est-à-dire les songes métaphysiques de la religion naturelle qui le pense comme l’absolu, omnipotent, transcendant ; la sécularisation, c’est-à-dire la dissolution de toute sacralité naturaliste, est l’essence même du christianisme … le seul grand paradoxe, le seul scandale de la révélation chrétienne est, précisément, l’incarnation de Dieu, la kénôse, c’est-à-dire la mise hors circuit de tous les caractères transcendants, incompréhensibles, mystérieux … qui en revanche émeuvent tellement les théoriciens du saut dans la foi. » (Gianni Vattimo)

« Avec le principe ‘sola scriptura’, Luther a introduit dans le sanctuaire de la foi la philologie dont ‘l’influence corrosive’ (Novalis) s’est dès lors montrée irrésistible … Rien autant que la lecture n’annule la sensibilité religieuse … L’ébauche grossière et abstraite de la religion fournie par ces livres (Bible), rendant infiniment plus complexe l’action libre de vivification, de pénétration et de révélation du Saint-Esprit. » (Gianni Vattimo)

« On voit bien que la carte des succès de la Réforme coïncide avec celle de l’Europe du Nord-Est qui échappa à l’influence romaine et ne cessa de s’y opposer. » (Dominique Venner) – D’Arminius aux empereurs germaniques en lutte contre le pape romain.

« La sagesse populaire dit plaisamment : ‘soit bien manger, soit bien dormir’ … Le protestant préfère bien manger ; tandis que le catholique veut dormir tranquille. » (Max Weber – L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme)

« Le Dieu du calvinisme réclamait non pas des bonnes œuvres isolées, mais une vie toute entière de bonnes œuvres érigées en système. Pas question du va-et-vient catholique, authentiquement humain, entre péché, repentir, pénitence, absolution, suivis derechef du péché … Ni de tirer d’une vie, considérée dans son ensemble un solde… » (Max Weber)

« Nul moyen magique, voire nul moyen quel qu’il soit, de procurer la grâce à qui Dieu avait décidé de la refuser. Combiné avec la dure doctrine de la transcendance absolue de Dieu et de la futilité de tout ce qui est de l’ordre de la chair, cet isolement intime de l’homme (dans l’affaire la plus importante de sa vie, le salut éternel, l’homme de la Réforme se voyait astreint à suivre seul son chemin à la rencontre d’un destin tracé pour lui de toute éternité) constitue le fondement de l’attitude radicalement négative du puritanisme à l’égard de tout élément sensuel ou émotionnel … Il constitue l’une des racines de cet individualisme pessimiste, sans illusion… » (Max Weber) – Sur la doctrine dite de la prédestination, essentiellement calviniste et reçue par les mouvements dits puritains (piètisme, méthodisme, baptisme, quakers… bien que ce soit plus complexe !). Doctrine dont un certain Milton disait : « M’en coutât-il d’être expédié en enfer, jamais un tel dieu ne m’imposera le respect. »

« Dans les communautés ascétiques protestantes, l’admission dans la communauté eucharistique était conditionnée par une exemplarité éthique, ce qui s’identifiait à l’honorabilité dans les affaires … aucune autre église ou religion ne donna jamais lieu à la mise en place d’un tel dispositif … destiné à la formation systématique d’individus capitalistes. » (Max Weber) – « Le protestantisme qui sépara le ciel de la terre, et permit ainsi l’avènement du capitalisme, c’est-à-dire l’indépendance de l’économique. » (Pierre Boutang – réumant Max Weber)

« La vie du ‘saint’ ne s’écoulait plus dans des communautés monastiques hors du monde, mais à l’intérieur de celui-ci et de ses institutions … Quand le puritanisme transforma le monde en un immense monastère … Cette nationalisation de la conduite en ce monde, en considération de l’au-delà, fut la conséquence de la conception que le protestantisme ascétique se faisait du métier comme vocation … Sur terre, l’homme doit, pour assurer son salut, ‘faire la besogne de Celui qui l’a envoyé, aussi longtemps que dure le jour’. Ce n’est ni l’oisiveté ni la jouissance, mais l’activité seule qui sert à accroître la gloire de Dieu. » (Max Weber – L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme)

« Les erreurs de notre époque sont du christianisme sans surnaturel. » (Simone Weil)

« Elle maintient dans une unité organique des humanistes, des formalistes, des réformateurs, des rebelles et des conformistes puritains, des ecclésiastiques politiciens et des sœurs infirmières, des prêtres mondains et des anticléricaux … Elle permet une extraordinaire divergence dans sa discipline interne. » ( Morris West) – Sur l’Eglise catholique romaine. 

« La source qui, dans les Evangiles, coule transparente et calme semble écumer dans les Epîtres de Paul … du moins cela me semble à moi … Quelque chose comme l’orgueil ou la colère qui rime mal avec l’humilité des Evangiles. Comme s’il y avait bel et bien ici une insistance sur sa propre personne, et ce en tant qu’acte religieux, chose tout à fait étrangère à l’Evangile. Sans blasphème, j’aimerais poser la question : qu’aurais donc dit le Christ à Paul ? … Dans les Evangiles, il me semble, tout est plus simple, plus humble. On se trouve là comme dans une chaumière ; chez Paul, on trouve une Eglise. Là tous les hommes sont égaux, et Dieu même est un homme ; chez Paul, il y a déjà quelque chose comme une hiérarchie, des dignités et des charges … Ce que me suggère mon flair. » (Ludwig Wittgenstein)

« C’est dur d’être pape. Il n’a pas de collègue ; personne avec qui causer boulot. » (Jean Yanne)

« Le christianisme est d’abord une religion de la mort. Elle est par excellence la religion de la mort car elle annonce, et c’est la première bonne nouvelle, que la mort tue la mortalité. Le christianisme est une religion de l’Incarnation, et le contraire d’une religion de la réincarnation …  Le christianisme dit en effet que nous n’aurons pas à mourir à plusieurs reprises … à subir une perpétuelle errance … Le christianisme réunit l’âme et le corps dans une individualité unique, l’unicité de l’être … religion de l’individualité. » (Paul Yonnet)

« Le catholicisme subit la conjonction de deux traditions (hostiles), la laïcarde bouffeuse de curés des média français et la protestante antipapale des média anglo-saxons. L’alliance improbable mais redoutable de Voltaire et de Luther. Avec sa structure pyramidale et son discours moralisant, l’Eglise incarne tout ce qu’exècre un univers médiatique, baignant dans la culture soixante-huitarde, antihiérarchique et libertaire. » (Eric Zemmour)

« Les catholiques ont donné raison à Nietzsche pendant tout le XX° siècle. Cette espèce d’universalisme un peu benêt qu’il dénonçait les a fait tomber dans tous les panneaux du siècle. Et cela continue. Les chrétiens de gauche dans les années quatre-vingt ont été une catastrophe historique ! » (Eric Zemmour) – Et certains, laquais soumis, en remettent encore une couche.

« Je mets à distance ce christianisme devenu au cours de ces dernières décennies, dans la lignée de Vatican II, une folle machine à aimer l’Autre, quel qu’il soit et quelles que soient ses intentions. » (Eric Zemmour)

 « En rejetant les cultes idolâtres, dans le judaïsme Dieu parle à l’homme au lieu de parler en lui … désensorcellement du monde … Dieu élève l’homme au rang d’interlocuteur … Dieu a déserté la terre où avait voulu l’installer le paganisme … la révélation se substitue à la possession … la créature est distinguée de son créateur, elle en est libérée. » (?) – L’athéisme devient une possibilité. 

« L’événement suprême de l’histoire humaine, où l’éternité, pour ainsi dire, fait irruption dans le cours de la mortalité terrestre. » (?) – Sur la mort et la résurrection du Christ.

« Il est bien difficile d’être l’Eglise des Barbares et des Romains, des saints et des pécheurs. » (?) – Des pauvres et des riches, des Chinois et des Américains, des Africains et des Arméniens…

« Une Eglise progressiste est condamnée à mort : lorsque les chrétiens n’ont rien de plus à donner aux autres que l’approbation de ce que l’époque leur offre déjà, elle ne sert à rien. » (?)

Ci-dessous extraits simplifiés et arrangés de l’ouvrage de Max Weber, L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme. Principalement, en ce qui concerne le Protestantisme, ou plus exactement les Protestantismes, soit les deux principales tendances, Luthérianisme et Calvinisme, ainsi que les Méthodistes, Quakers, Piétistes…  et celles qu’on peut qualifier de sectes tels les Anabaptistes… ce par leur évitement du monde, leur orientation vers une existence communautaire à l’écart … Sachant qu’il existe des différences considérables entre toutes ces tendances et que le Luthérianisme est plus proche du Catholicisme (et moins orienté capitalisme, au sens de l’auteur) que le Calvinisme (l’Amérique protestante est calviniste). Cet ouvrage d’un laïc, en dehors de ses apports reconnus et remarquables sur les concordances entre protestantisme et capitalisme (au sens principalement de valorisation du travail et d’ascèse propice à l’accumulation) constitue une excellente approche pour un profane de l’esprit du protestantisme, au moins dans ses origines, bien plus facilement abordable que l’œuvre de n’importe quel théologien.

« Les réformateurs qui surgirent de fait dans les pays économiquement les plus développés (Hollande, Allemagne…) et parmi les classes bourgeoises économiquement ascendantes (en contradiction avec l’expérience constante suivant laquelle les minorités dominées ont coutume de se rattraper de leur exclusion politique par la recherche du gain – voir le cas exemplaire  des Juifs) ne réprouvaient pas un excès mais une insuffisance de la domination ecclésio-religieuse … Les catholiques (même parfois opprimés) ne considérant le gain que comme moyen de satisfaction des besoins vitaux n’ont jamais manifesté l’inclination protestante au rationalisme économique (La Florence bancaire des XIV°, XV° siècles, tolérait, au mieux, le marché de l’argent) … La notion de ‘profession-vocation’ s’exprime comme le dogme central de toutes les dénominations protestantes, la suprême élévation morale de l’accomplissement du devoir à l’intérieur des professions séculières … Rejet de la conduite de vie monacale (qui n’est que dérobade égoïste aux devoirs du monde) et accent moral et récompense religieuse du travail intramondain (en opposition complète avec le catholicisme) … Croyance qui identifie l’obligation inconditionnelle à l’égard de Dieu à l’acquiescement inconditionnel à la situation donnée … La doctrine de ‘l’élection par la grâce’ (la Prédestination), dogme essentiel : Dieu choisit souverainement ses élus ; la grâce est aussi impossible à perdre pour ceux à qui il l’accorde qu’à atteindre pour ceux auxquels il la refuse (‘Dussé-je aller en enfer, jamais un tel Dieu ne forcera mon respect’, ainsi en jugeait le poète Milton) … Se considérer comme un élu est un devoir, le doute une attaque du diable … Eloignement absolu de Dieu et absence de valeur de tout ce qui relève de la Création, isolement intérieur de l’homme, rejet du puritain, qui ne se préoccupe au fond que de lui-même, qui ne pense qu’à son salut personnel, de tous les éléments sensuels et affectifs au sein de la culture et de la religiosité subjective … L’amour du prochain, service à la gloire de Dieu et non pas de la créature, se manifeste dans l’accomplissement des tâches professionnelles … L’orientation mystique est tout à fait compatible avec le sens réaliste, avec l’agir ascétique, elle le soutient même par son rejet de toute dialectique … Tous les états d’âme étant fallacieux (aux yeux de Calvin du moins) la foi doit se confirmer dans ses effets objectifs pour servir de base sûre à la certitude du salut (de l’élection), la réussite ‘garantit’ l’élection … les œuvres ne constituent pas la cause effective de l’état de grâce, mais seulement la cause de sa connaissance, et seulement encore si elles ont été accomplies exclusivement pour la gloire de Dieu … La systématique ‘méthodique’ (méthodistes) de la conduite de vie, en vue d’obtenir la certitude du salut … Pas question du va-et-vient catholique, profondément humain, entre le péché, le repentir, la pénitence, la rechute,  pas question de se racheter par les moyens de grâce dispensés par  l’Eglise, peines temporelles, bonnes œuvres… Retranchement du monde (non par la solitude monastique ou non de quelques uns qui laisse à la vie quotidienne séculière son ingénuité naturelle, catholicisme), mais par le contrôle méthodique par l’individu de son état de grâce dans sa conduite de vie et, par là, à imprégner celle-ci d’ascétisme … Ce qui est véritablement répréhensible moralement c’est de se reposer sur ses possessions, de jouir de sa richesse, la possession n’est suspecte que parce qu’elle incite à cette forme de repos (oisiveté…), le repos éternel des saints est dans l’au-delà … le travail est le moyen ascétique éprouvé de longue date … La richesse ne fait problème que dans la mesure où elle constitue une tentation à se laisser aller à la paresse et à une jouissance peccamineuse de la vie … L’ascèse protestante intramondaine s’est opposée à la jouissance ingénue des possessions, elle a eu pour effet  de libérer la recherche du gain, de lever les obstacles qui s’opposaient à l’acquisition des biens, elle  a restreint la consommation. Le résultat extérieur va de soi : c’est la formation de capital par la contrainte ascétique à l’épargne … Diligence et frugalité ne peuvent produire autre chose que la richesse … L’orientation utilitariste s’est insinuée dans l’idée avec le dépérissement de la racine religieuse de celle-ci … Il fut réservé à l’ascèse puritaine de contribuer à la législation anglaise (dure) sur les indigents, prohibition de la mendicité (on est loin des ordres mendiants catholiques du Moyen Âge !). »

Ci-dessous, quelques méchancetés sur les chrétiens tirées du livre du romain Celse : Contre les chrétiens. Partiales, pas totalement fausses. Ce que Celse mettait indirectement en cause, il y a deux mille ans, c’était la prétendue supériorité de l’homme, l’ambition de maîtrise et de progrès. Pour énoncer simplement que ces patriciens-païens (au sens chrétien) de l’ancienne Rome reconnaissaient parfaitement la divinité sous une forme monothéiste et ne se laissaient pas griser par leurs idoles.

« Quiconque est un pécheur, quiconque est sans intelligence, quiconque est faible d’esprit, en un mot, quiconque est misérable, qu’il approche, le Royaume de Dieu lui appartient … Quelqu’un est-il ignorant, borné, inculte et simple d’esprit, qu’il vienne à nous hardiment …  Quel mal y a-t-il donc à avoir l’esprit cultivé, à aimer les belles connaissances, à être sage et à passer pour tel ? Est-ce là un obstacle à la connaissance de Dieu ? … Pourquoi cette prime accordée aux pécheurs ? Aux moins dignes ? … Dieu ne commettrait-il pas une suprême injustice, s’il se montrait complaisant pour les méchants, qui savent l’art de l’apitoyer, et délaissait les bons, qui ne possèdent point ce savoir-faire … Il est puéril de faire de l’homme le centre de la Création … Si l’on prétend que toutes les productions de la terre croissent pour l’homme, pourquoi plutôt pour l’homme que pour les bêtes sauvages et privées de raison ? Au prix d’un dur labeur et de toutes nos sueurs, nous arrivons à grand’peine à assurer notre subsistance. Pour elles, il n’est que faire de semer et labourer … Pour qui regarderait du haut du ciel sur la terre, quelle différence offrirait les actions des fourmis, des abeilles et les nôtres ? … Il faut rejeter cette pensée que le monde ait été fait en vue de l’homme plutôt qu’en vue du  lion, de l’aigle ou du dauphin … Dieu n’est pas l’exécuteur de nos fantaisies coupables et de nos appétits déréglés, mais le souverain régulateur d’une nature où règnent l’harmonie et la justice … Vous (les chrétiens) vous admettez les anges ; pourquoi vous n’admettez pas les démons ou les dieux subalternes ? Si les idoles ne sont rien, quel mal y a-t-il à prendre part aux fêtes publiques ? » 

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