090,1 – Causes

– Les quatre causes d’Aristote. Ou la catégorisation des causes et des effets. – La cause matérielle (la matière qui constitue une chose) – La cause formelle (l’essence de cette chose) – La cause motrice ou efficiente, cause du changement (ce qui produit, détruit ou modifie la chose) – La cause finale (ce  ‘en vue de quoi’ la chose est faite). 

– Ne transformons pas les causes passées en raisons (soit en justifications) ; ou ayons au moins l’honnêteté de ne pas nous leurrer nous-mêmes sur nos motivations. Les deux domaines sont distincts. Une cause (passée,  cause efficiente et non finale) n’est pas une raison, c’est tout au plus un motif, un prétexte, parfois une justification. La cause peut avoir eu une réalité existentielle (on a été agi). La raison résulte d’une volonté personnelle (on agit). « Il a une raison d’avoir telle croyance, mais cette raison n’est pas une cause : c’est un souhait ou un désir, provoqué par le caractère désagréable de la pensée opposée … Confusion du vocabulaire psychologique des raisons avec le vocabulaire physique des causes. » (Donald Davidson)

– Toutes les formes de vengeance reposent sur l’établissement d’une raison par une cause passée et l’ambition d’honorer une cause présente. La réalité éventuelle de la première n’empêche pas le mécanisme d’être pervers, nuisible. Tout terroriste utilise cette argumentation : opprimé, qu’il prétend être (cause origine), il pose des bombes. L’argument secondaire (cause objectif, tourné alors non plus vers le passé ou le présent mais vers un futur idyllique) étant tiré du vieil adage des fourbes : « Qui veut la fin veut les moyens. »

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« Est-ce que les événements qui m’arrivent viennent de moi (attribution interne) ou d’influences extérieures à moi (attribution externe) ? Est-ce que ces événements vont durer (attribution de stabilité) ou seront éphémères (attribution d’instabilité) ? Est-ce qu’on peut en tirer des conclusions générales sur ce que je suis (attribution de globalité) ou ne signifient-ils rien de précis sur moi (attribution de spécificité) ? » (Christophe André) … Le système d’attribution causale du déprimé. « Différentes attributions, : D’abord en cas d’événement positif (ex : réussite à un examen,) ensuite en cas d’événement négatif (échec à l’examen) : D’abord ‘Cela ne vient pas de moi, j’ai eu de la chance’ ensuite ‘C’est de ma faute’ – D’abord  ‘Cela ne durera pas, ne se reproduira pas’ ensuite ‘Ce n’est qu’un début, cela va recommencer’  – D’abord ‘Cela ne veut rien dire, je suis quand même minable’ ensuite ‘Cela prouve bien que je suis minable’. » (même auteur) – Mais si l’exemple ci-dessus est celui du déprimé, tout le monde fonctionne suivant un système d’attribution causale.

« La distinction des actions intentionnelles et de celles qui ne le sont pas, est la possibilité de se demander ‘pourquoi ?’ Si la réponse est possible, alors l’action est intentionnelle et la raison donnée représente la raison d’agir de l’agent. » (Elisabeth Anscombe – citée par Michela Marzano)  

« Toute interrogation débutant par un ‘pourquoi ?’ (exclusivité humaine, seule notre espèce a la capacité de se retourner sur ces problèmes et de se poser la question ‘à quoi bon ?’) peut recevoir deux classes de réponses. L’une regroupe toutes celles qui commencent par un ‘parce que’ (explication de l’existence de l’objet contingent concerné). L’autre commence par la conjonction ‘en vue de’ (sens conduisant à un but) … L’une retient la chaîne des causes et des raisons expliquant pourquoi ‘ceci’ existe et se trouve être comme on constate qu’il est. L’autre porte en germe la question des fins dernières. » (Jean Baechler)

 « Un sentiment de sécurité devait s’accrocher à la confiance placée dans l’enchaînement linéaire des causes et des effets … En révélant des situations dans lesquelles un effet paraît sans commune mesure avec sa cause, la description de phénomènes émergentiels (climat, immunité…) introduit le hasard et l’incertitude dans la nature (remise en question de la conception mécaniste du monde de Descartes et de l’ambition déterministe de Laplace) … Sentiment de vertige qui accompagne les découvertes d’Einstein … ‘L’émergence fait surgir dans un système des propriétés originales, des phénomènes improvisés, des lois inattendues, qui n’appartiennent pas aux éléments composants … phénomène confus, ensemble désordonné, multitude fourmillante où aucune ordonnance régulière n’est composée ’ (Georges Matisse). ‘Qu’est-ce qui a propulsé le chaos comme un concept important ?’ (Katherine Hayles) … L’émergence imprévisible au moment où elle se produit, impossible avant qu’elle ne se réalise … L’idéal cartésien de maîtrise a été perdu. L’immaîtrise est le nouvel élément régulateur et elle implique à terme l’annulation même de l’initiative humaine. » (Jean-Michel Besnier)

 « Les causes ‘efficientes’, un individu manifeste tel comportement parce qu’il a été victime d’une lésion cérébrale … Les causes ‘finales’ (catégorie aristotélicienne), un individu accomplit telle action afin d’obtenir tel effet. Les motifs de type ‘parce que’ et les motifs de type ‘afin de’ … Les causes efficientes pouvant être également de caractère culturel, biologique ou psychologique. » (Raymond Boudon) – « Cause efficiente : impulsion ou force productrice qui engendre l’effet : force de travail ou de capital dans le cas d’une construction. » (Paul Watzlawick)

« Il existe deux types fondamentaux d’explication du comportement : celle ‘rationnelle’, qui explique le comportement de l’individu par son intention de satisfaire un désir ou d’atteindre un objectif. Et celle, ‘a-rationnelle’, qui l’explique par des forces échappant plus ou moins à son contrôle … Mais, un comportement peut être rationnel sans viser à satisfaire les préférences de l’individu, voire être rationnel bien que reposant sur des croyances fausses. » (Raymond Boudon)

« Les comportements, les actions, les croyances et les combinaisons de ces éléments s’expliquent de façon rationnelle ou irrationnelle, selon que l’explication s’introduit par une clause de type ‘Ils avaient des raisons de …, car…’ ou ‘Ils n’avaient pas de raisons de…, mais…’ » (Raymond Boudon)

« Ce qui vient au monde sans troubler ne mérite ni égards ni patience. » (René Char)

« Certaines causes louables (les droits des femmes, la protection de l’enfance) ont pris dans notre société, un caractère tellement sacré que leur traitement échappe à la raison …  Les crimes sexuels représentent une part croissante des faits condamnés par la justice, et l’on peut supposer que les dénonciations  abusives ont augmenté dans les mêmes proportions. Toute nuance disparaît dans l’appréciation des faits, tout est ‘viol’ … Tout individu mâle est potentiellement dangereux ; toute femme et tout enfant sont potentiellement menacés. » (Benoît Duteurtre  – suite au rappel de l’affaire d’Outreau, dont la leçon a été bien oubliée)

« La notion ‘d’attribution causale’ : la façon dont nous construisons pour nous-mêmes les explications des événements qui nous adviennent ou des comportements auxquels nous sommes confrontés (pourquoi ai-je raté… ? Pourquoi m’a-t-elle parlé sur ce ton ? Pourquoi cette rencontre ?), » (Philippe Gabilliet – Eloge de la chance)

« Tout advient par discorde et par nécessité » (Héraclite)  – Le consensus ne mène jamais qu’à la stagnation, c’est-à-dire à la soumission à la dominance telle qu’actuelle.

« La cause efficiente se manifeste par l’action, au sens propre du mot, l’action effectuée dans le présent ; la cause finale par le projet, c’est-à-dire l’action projetée dans l’avenir. » (Alexandre Kojève)

« Ce qui distingue l’action humaine d’un simple mouvement naturel, c’est la présence de motifs, de préférences, de dispositions, d’intentions, de raisons ; en bref, de tout ce qui peut pousser un individu à faire un choix, à prendre une décision, à accomplir quelque chose … Toute activité humaine poursuit des buts, adopte des règles, cherche à promouvoir des valeurs. Les buts définissent en général l’objet d’une activité, les règles en déterminent la forme, les valeurs permettent de la justifier et de l’évaluer d’un point de vue éthique. » (Michela Marzano)

« Les raisons d’agir. Les raisons explicatives permettent uniquement de rendre une action intelligible … Elles donnent une idée des motivations, mais ne justifient pas pour autant la conduite d’un individu … même en cas de consentement (d’une autre partie) …  Les raisons justificatives permettent de la justifier et de comprendre ainsi si l’action accomplie est ‘légitime’ d’un point de vue éthique. » (Michela Marzano)

« Nos actions ne sont généralement pas typiques et elles sont loin d’être comme des résumés de la personne … Actes de circonstances, réactions épidermiques, réponses automatiques à quelque stimulation avant même que la profondeur de notre être ait été sollicitée. Une colère, une empoigne, un coup de couteau : en quoi cela exprime-t-il une personne ? » (Nietzsche)  

« La mer change pour une pierre. » (Blaise Pascal)

« Les Français adorent des causes dont ils déplorent les conséquences. » (Céline Pina – sur les aberrations des écolos en matière de politique énergétique, entre autres ! et leur penchant pour les Verts)

« Abandonner les causes finales (résolution de Descartes), qui a d’abord touché les sciences affecte maintenant la quasi-totalité des activités humaines, évidées, éviscérées, vidangées. La définalisation évacue le sens de la vie, vidange la vie de toute trace de sens. Le progrès est devenu sa propre fin, progresser pour progresser… » (Robert Redeker – à propos du sport)

«  Rien d’autre que l’enchaînement et l’enchevêtrement des causes. » (Sénèque – sur le destin)

« Le nœud (gordien) exprime le mystère du monde créé. Rien n’est ni linéaire, ni causal, ni prévisible. Le nœud nous dit : prends soin du monde et de tout ce qui te rencontre. L’inattention te coûterait cher et te ferait rater les plus grands rendez-vous. Tu ne sais jamais à quoi le fil que tu tiens est relié de l’autre côté … Chaque geste que tu fais peut t’ouvrir ou te fermer une porte. Chaque mot que bredouille un inconnu peut être un message à toi adressé. A chaque instant la porte peut s’ouvrir sur ton destin … L’instant où tu t’es détourné, lassé, aurait pu être celui de ton salut. Tu ne sais jamais. Chaque geste peut déplacer une étoile … Tu tires un fil et tu ne sais jamais ce que tu vas ramener à l’autre bout. Tu mords dans une madeleine et tout Combray vient avec. Tu souris à un enfant et c’est le ciel qui s’ouvre… » (Christiane Singer – sur la symbolique du nœud gordien et le mystère du monde)

Une réaction curieuse, mais observable dans beaucoup de situations d’infériorité manifeste, peut-être proche de l’aliénation marxiste. « La causalité est toujours active, même chez les prétendus causés … Sous l’Ancien Régime, on voulait croire à la bonté du roi, le mal ne venant que de ses ministres ; sinon, ce serait à désespérer de tout, puisqu’on ne pouvait espérer chasser le roi comme on chasse un simple ministre … Le maître n’inculque pas une idéologie à l’esclave, il lui suffit de se montrer plus puissant que lui ; l’esclave fera ce qu’il pourra pour réagir, serait-ce en se forgeant une vérité imaginaire. L’esclave procède à ce que Léon Festinger appelle une réduction de la ‘dissonance’. » (Paul Veyne) – Sorte de justification, réduction, imaginaire de l’écart, rendant la situation plus supportable psychologiquement.

« Qui sème le vent récolte la tempête. » (proverbe)

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