085,1 – Bruit / Silence

– Notre société du vacarme juge que le premier est indispensable pour que l’individu évite de se retrouver avec lui-même et ne tombe dans la plus noire dépression, d’où la musique partout (si encore c’était du Beethoven, du Mozart et non de l’infâme RAP). Objectif secondaire : empêcher toute conversation, toute réflexion, les deux incompatibles avec la société de consommation et d’abrutissement.

– « Le vieux mot français ‘noise’ (qu’on retrouve dans ‘chercher noise’) vaut autant dire querelle que bruit (sens qu’il a gardé en anglais), tant les deux sont liés, chacun cause et effet de l’autre. » (Dominique Noguez)

– Il s’appelle parfois Buzz (bourdonnement) depuis l’avènement d’Internet et sert à occuper les esprits afin de les distraire des événements ou situations qui pourraient les concerner. Peut alors servir aussi bien à lyncher un gêneur qu’à faire jouer les trompettes de la renommée au profit de quelque loup ou louve resté(e) injustement dans l’anonymat. C’est aussi « Une stratégie de marketing qui a pour but de promouvoir une action, un produit, un service, une personne ou un événement en utilisant des modes de propagation médiatiques… » (Dany-Robert Dufour)

– Les jeunes festivaliers en recherche d’’hystérie collective ne sauraient aller jusqu’à penser que les émissions délirantes de décibels dont ils abrutissent nos campagnes, en plus de dévaster la terre dont ils prétendent prendre soin, tuent la faune d’alentour (oisillons, batraciens, petits animaux…). Les mêmes cons et connes iront défiler en ville pour défendre la nature. Pauvres petits merdeux, n’hésitons pas à le dire.

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 « Bruit : Produit principal et signe distinctif de la civilisation. » (Ambrose Bierce – Le dictionnaire du diable)

« La sonorisation générale à quoi la vie sociale est soumise équivaut objectivement à une interdiction de penser, avec plus d’efficace : les habitants s’en trouvent si contents que spontanément chez eux ils s’en appliquent la méthode et sur leurs enfants. » (Baudouin de Bodinat) 

« Avaler un petit déjeuner dans un hôtel, déjeuner ou diner dans un restaurant, prendre un verre à la terrasse d’un café, fréquenter un hypercentre commercial ou ludique, marcher dans la rue, attendre un train, se préparer au décollage d’un avion et même feuilleter des livres dans une librairie … il n’est plus guère d’activités qui échappent à la terrible ’musique’, au sens moderne du terme, autant dire à l’odieuse ‘sonorisation’ … Elle est le lubrifiant universel … Aucune pitié pour les malheureux, ‘Vous n’aimez pas la musique ?’ … L’équivalent, dans le champ visuel, de la nuisance civique, dans le champ auditif,  de cette sonorisation forcée, étant l’imposition des graffiti et autres tags. » (Renaud Camus)

« C’en est évidemment trop pour le festivus municipalis qui pourrait en devenir fou d’angoisse et s’effondrer sur le champ dans le néant intérieur qui l’habite : alors vite, faire du bruit, vite s’étourdir, vite de la distraction, vite du collectif, vite de l’agitation, vite du rien ! Les convulsions de Saint-Médard ne sont jamais bien loin. » (Anne-Sophie Chazaud – sur le délirant projet d’animation dans les cimetières de la maire de Paris ; une aussi indécente que vulgaire énormité de plus)

« S’il s’intoxique de bruit, c’est pour s’éviter, pour escamoter le réquisitoire que le moindre retour sur soi ne manquerait pas de lui faire entendre … La disparition du silence doit être comptée parmi les indices annonciateurs de la fin …Babylone la grande mérite de s’écrouler à cause de son tintamarre et de son tapage, des stridences de sa ferraille et des forcenés qui n’arrivent pas à s’en rassasier … Que chercher encore dans le brouhaha d’une planète babylonisée ? A secouer la Création par sa frénésie, par ses vociférations de monstre traqué, l’homme l’a rendue méconnaissable et en a compromis la paix pour toujours. « (Emil Cioran)

« Boum-Boum … Pour aller du côté de la perversion, il doit donc faire taire le névrosé qui existe en lui. Pour endormir la vigilance surmoïque légendaire du névrosé, des substances, de l’alcool ou des drogues. Mais ce n’est pas tout puisque ce passage est marqué par l’usage intensif de la pulsation et de la cadence hypnotique de la musique techno des raves. Ce flux sonore énorme … destiné à donner un ‘beat’ de marteau-pilon atteignant les 120 à 140 battements par minute, provoquant des accélérations limites du rythme cardiaque … mélange détonnant drogue + ‘boum-boum’ … servant littéralement à ‘se déchirer la tête’ ou à ‘s’éclater la tête’ … Techno-rave ou rap servent aux sujets à se bricoler, pour un laps de temps, un corps pornographique … Se placer dans cette position avec une musique aussi impérieuse … c’est se mettre en situation d’obéir sans condition à ce qu’exige cette pulsation pilonnante énorme appelée à devenir pulsion pilonnante s’exprimant par le va-et-vient incoercible. D’ailleurs on n’entend plus les sons de basse très puissants par les oreilles, mais on les ressent dans  l’abdomen … le corps échappe alors et se met à vivre sa vie de son côté … Je parle de l’emprise que la pulse binaire la plus grossière exerce sur les corps. Cette pulse, sans aucun contretemps ou jeu rythmique, emprisonne les corps. » (Dany-Robert Dufour)  – Aussi la musique deux temps des parades et autres prides. 

« Ce sont les ‘vacarmes de la vie’ qui introduisent toutes les dissonances et recouvrent la parole intelligible : vacarme de la ville, vacarme de la vitesse, vacarme de la politique et de la révolution, vacarme de la presse et de la publicité, caquetages et bavardages. » (Jacques Ellul – citant Kierkegaard)

« Taisez-vous donc et Dieu vous parlera. Comment voulez-vous qu’Il se fasse entendre quand vous faites tant de bruit ? » (Fénelon – à une dévote)

« Le bruit : cette calamité écologique dont on ne parle jamais. »  (Alain Finkielkraut)

« Chaque année dans les rues de Berlin, près d’un million de jeunes venus de toute l’Europe délivrent un grand message d’amour en dansant sur les rythmes envoûtants de la musique électronique. ‘We are one family’ hurlent-ils à la planète et, le lendemain du défilé, les lapins, les écureuils et les batraciens du ‘Tiergarten’ se ramassent à la pelle, le tympan crevé par les décibels. Les crapauds qui survivent à la ‘Love parade’ restent sourds. » (Alain Finkielkraut) – Belle jeunesse trop tarée même pour avoir l’audace de la barbarie.

« Le silence – le ‘blanc’ à l’antenne, comme on dit – devient l’ennemi à abattre … L’écriture sociétale (si l’on peut dire), musique et paroles confondues, tend ainsi à devenir comme une longue phrase sans ponctuation, sans le moindre espace entre les phrases, les mots, les lettres et les notes … Nous sentons peser sur nous comme un poids de bruit, un trop-plein de tumultes et de criailleries. » (Jean-Claude Guillebaud)

« Le bruit primordial (pour la médecine), le ‘non-silence des organes’. » (Michel Foucault)

« Moins le résultat est quantifiable, plus il faut faire de bruit. Et plus le bruit croit, plus les gens sont désocialisés et dépersonnalisés. » (Pierre-Patrick Kaltenbach – sur le vacarme médiatique et qualifié d’informatif)

« Le bruit a un avantage, on ne peut pas y entendre les mots. » (Milan Kundera)

« La transformation de la musique en bruit est un processus planétaire, qui fait entrer l’humanité dans la phase historique de la laideur totale. » (Milan Kundera)

« Si, jadis, on écoutait la musique par amour de la musique, aujourd’hui elle hurle partout et toujours … dans les haut-parleurs, dans les voitures, dans les restaurants, dans les ascenseurs, dans les rues, dans les salles d’attente, dans les salles de gymnastique, dans les oreilles bouchées des ‘walkmen’, musique réécrite, réinstrumentée, raccourcie, écartelée, des fragments de rock, d’opéra, flot où tout s’entremêle sans qu’on sache qui est le compositeur, sans qu’on distingue le début ou la fin (la musique devenue bruit ne connaît pas de forme). » (Milan Kundera)

« L’ordre festif. Ce ne sont pas les bruits de bottes mais ceux des sonos qui nous font marcher droit … On finit par penser que pourrir l’existence de ceux qui refusent d’adhérer au nouveau monde fait partie du programme. » (Elisabeth Lévy – sur le vacarme des prétendus concerts et l’occupation du domaine public par les hordes excitées par la municipalité parisienne)

« Le bruit, c’est la dynamique de notre système, l’expression audible de tout ce qui est triomphant, brutal et viril, notre seule défense contre les scrupules idiots, les remords amers et les désirs irréalisables. Nous finirons par remplir tout l’univers de bruit. » (C. S. Lewis – Tactique du diable) –  A entendre le vacarme, le diable à gagné.

« La musique, chose délectable en elle-même, avait été confisquée par les amateurs de bruit, et peut-être ceux qui en souffraient le plus étaient justement les vrais musiciens … Dites du mal de la musique : aucune discussion n’est possible. Vous êtes soit un aliéné soit un dépressif (de toutes façons, un vieux con) … la musique est totalitaire par essence puisque rien ne peut lui être opposé … C’est pourquoi tous les régimes visant à détruire l’individu ont marché en musique.» (François Marchand – sur le sauvage brouhaha actuel) – Encore pour ces derniers, s’agissait-il de vraie musique et non pas de grincements entrecoupés de glapissements.

« Rester seul avec soi, sans l’apport d’un élément extérieur, ne serait-ce que la fuite des images à la télévision ou le bruit de fond d’une radio permettant d’échapper à l’intériorité, ces images et ce bruit envahissant progressivement tous les lieux publics, cet isolement est, semble-t-il, devenu insupportable à la majorité de nos contemporains. L’esseulement réveille ce qui pourrait bien être le trait dominant de nos sociétés, l’angoisse de la solitude. » (Gérard Mendel)

« Notre époque, où il n’y a que du bruit et pas un son juste. » (Yves Michalon)

« Cette forme supérieure de civilisation qu’est l’absence de bruit … Redisons-le ; le degré de civilisation se mesure à sa capacité de réfutation du bruit. » (Richard Millet) – Jugez de notre civilisation d’après nos fêtes, parades, d’après l’ambiance de nos lieux, gares, aéroports, centres commerciaux, halls divers…

 « …La ‘cohésion sociale’ ne s’obtient plus que par le bruit, c’est-à-dire en écrasant tout sous le vacarme, à commencer par le social… » (Philippe Muray – sur la ‘fête de la musique’ et sur le vacarme contemporain)

« Loin d’être considéré comme un cataclysme abominable, on le voit au contraire fêté comme une sorte d’état de perfection auquel nul ne serait tenté de se soustraire sans faire preuve automatiquement des pires tendances régressives et pour tout dire réactionnaires. » (Philippe Muray)

« Que triomphe publiquement le vacarme des ‘raves’, et que se taise le carillon du clocher : tel est le nouvel évangile pervers. » (Philippe Muray)

« Beaucoup de bruit pour rien. » (comédie d’Alfred de Musset) 

« Il faut des fêtes bruyantes aux populations, les sots aiment le bruit, et  la multitude c’est les sots. » (Napoléon Bonaparte) – Ce qu’ont bien compris le Club Med., les gérants de halls  commerciaux et nos maires de progrès.

« L’âge venu, non seulement on est dérangé par le bruit, mais, en plus, on l’entend mal. » (Dominique Noguez)

« De nos jours, le seul niveau qui monte est celui du bruit. » (Georges Picard)

« Le son fait ‘mettre debout’ … La fonction secrète de la musique est convocative … Là où on veut avoir des esclaves, il faut le plus de musique possible (Tolstoï) … La musique depuis la Seconde Guerre mondiale est devenue un son non désiré, une ‘noise’, pour reprendre un ancien mot de notre langue. » (Pascal Quignard – Entre d’autres considérations sur le rôle de la musique et des orchestres de détenus dans les camps de concentration)

« Les oreilles n’ont pas de paupières … Ce qui est entendu ne connaît ni paupières, ni cloisons,  ni tentures, ni murailles. Indélimitable, nul ne s’en peut protéger … Il n’y a pas de sujet ni d’objet de l’audition. Le son s’engouffre, il est le violeur. L’ouïe est la perception la plus archaïque au cours de l’histoire personnelle, avant même l’odeur, bien avant la vision … il n’y a pas de sommeil pour l’audition. C’est pourquoi les appareils qui réveillent le dormeur font appel à l’oreille … La nature des sons est d’être invisible, sans contours précis, en puissance de s’adresser à ce qui est invisible, ou de se faire messager auprès de l’indélimitable. L’audition est la seule expérience de l’ubiquité. » (Pascal Quignard – La haine de la musique)

« Le bruit n’est pas plus la force que le tonnerre n’est la foudre. » (Père Joseph Roux)

« La sottise ne parle jamais à voix basse. » (Robert Sabatier)

« Le bruit fait peu de bien. Le bien fait peu de bruit. » (saint François de Sales)

« Je nourris depuis longtemps l’idée que la quantité de bruit qu’un homme peut supporter sans être incommodé est en raison inverse de son intelligence … Lorsque j’entends un chien aboyer pendant une heure, sans qu’on le fasse taire, je sais à quoi m’en tenir sur l’intelligence du propriétaire… » (Schopenhauer) – Que dire des zombies des discothèques et des rave parties ?  

« Saturé de musique, le tintamarre des média et le vacarme commercial assourdissent et endorment … nouveau bruit de fond, tohu-bohu de clameurs et de voix privées, publiques, permanentes, réelles ou virtuelles, chaos recouvert par les moteurs et les tuners d’une société du spectacle… » (Michel Serres)

« Le cerveau ne peut pas absorber le stimulus simultané du bruit et du sens. » (George Steiner – rave veut dire folie en anglais) – Etudier les écouteurs aux oreilles !

« Si le monde contemporain cessait de faire du bruit, on entendrait le rire du diable. » (un Théologien)

« Chut ! Pas de bruit ! » (anecdote sur Ignace de Loyola contemplant une fleur) – Les vraies croissances, progressions, se font sans bruit.

« Une forêt qui pousse le fait en silence, un arbre qu’on abat fait du bruit. » (proverbe)

« Plus que le bruit des bottes craignons le silence des pantoufles. » (?)

« Il ne faut pas dire que nous sommes entrés dans la civilisation de l’audio-visuel, ou de l’idio-visuel,, mais dans une civilisation du bruit et surtout du visuel, le bruito-visuel, l’abruto-visuel. » (?)

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